Association des Internes de Psychiatrie Marseillais


Argumentaires

        Autour du titre « Mauvais Genres » le comité d’organisation a privilégié un abord réflexif et critique de la discipline, tout en adressant un clin d’œil au passé réputé sulfureux de la ville portuaire. Le congrès parcourt ainsi quelques domaines périphériques de la psychiatrie, comme l’addictologie ou la sexologie, et engage une réflexion oblique sur la psychiatrie, par le quotidien et l’histoire. Nous avons souhaité aborder chaque fois les enjeux théoriques en lien avec des questions pratiques. Et susciter une réflexion sur les évolutions actuelles de notre discipline, et son enracinement historique.


        La première journée aborde l'addictologie et la sexologie, deux pratiques non sans lien avec la psychiatrie classique, mais qui s’en dégagent par une approche très différente des questions posées, et des thérapeutiques très spécifiques. Une réflexion sur le champ de la psychiatrie, en constante redéfinition, peut ainsi y lire des transformations actuellement à l’œuvre.

        Pour la deuxième journée, la temporalité et ses variations serviront de fil directeur. La notion de quotidien, pris dans le temps vécu, est questionnée comme l’ombre des constructions nosographiques qui ont constitué la psychiatrie, alors qu’elle semble au cœur de sa pratique. À l’autre bout de l’échelle, le temps de la longue durée, celui dont la  psychiatrie est issue, avec cet étrange éclectisme qu’éclaire un peu le détour par l’histoire.


        Cet assemblage thématique est le fruit des discussions collectives au sein de l’association marseillaise. Il témoigne aussi d’une ambiance marseillaise, celle d’un port méditerranée marqué par son histoire. Et de quelques caractéristiques locales de la pratique psychiatrique : un centre de référence nationale en sexologie, une action pionnière dans le champs de la réduction des risques en addictologie, dans les année 1980, et un haut lieu de la phénoménologie psychiatrique française, autour de la figure de Arthur Tatossian.



·      DEPENDANCE, DROGUES, ADDICTOLOGIE : WORK IN PROGRESS.

Interne responsable : Aurèlie Tinland

Modérateur : Pr Christophe Lançon

En prenant le pouvoir sur leur prise en charge, les usagers de drogues ont transformé les approches des médecins : la réduction des risques et l’auto-support ont consacré ce changement de paradigme. La question des salles de shoot, telle qu’elle a été posée récemment à l’opinion publique, montre pourtant que la question de l’usage de substances psychoactives est loin d’avoir atteint une neutralité amorale.

L’addiction, dans une société sans frein pulsionnel, est pourtant un mode de vie adapté : on s’automodifie, on gère les risques et les émotions par les psychotropes, on porte Dior Addict.   

Le prescripteur est à l’interface d’injonctions sociales complexes, où se perçoit plus que jamais la double face du pharmakon—remède et poison. Au-delà des normes éthico-politiques, la question serait de savoir comment vivre avec cette puissance intéressante mais redoutable qu’on appelle drogue.

 

--> Les intervenants

 

Jean-Pierre Couteron est psychologue clinicien, responsable de la consultation spécialisée en addictologie du CEDAT à Mantes la Jolie, et président de l'ANITEA (Association Nationale des Intervenants en Toxicomanie et Addictologie). Il a participé au niveau national aux débats sur la refonte du système de prise en charge  (plan addiction 2007-2011, création des CSAPA, des CAARUD). Il est un défenseur des salles de consommation supervisées. Il vient de publier avec Alain Morel chez Dunod : "L'aide mémoire en addictologie en 46 notions", et "les conduites addictives" ont été publié en 2008 également chez Dunod.

 

Pascal Nouvel, est Philosophe, Directeur du département de philosophie de l'Université Paul Valéry - Montpellier III. Il est également titulaire d’une thèse de science. Il a publié de nombreux articles et ouvrages sur l’épistémologie des sciences et les biotechnologies http://pascalnouvel.net/. "Le possible et les biotechnologies", a été publié, en 2003, avec Claude Debru, au édition Presse Universitaire de France. Son dernier livre s’intitule "Histoire des amphétamines", publié en 2008 également au PUF.

 

Pierre Toubiana, est Médecin, Responsable de Mission Sida Toxicomanie de Marseille. http://www.marseille.fr/sitevdm/jsp/site/Portal.jsp?page_id=866

 

·      SEXUALITE ET PSYCHIATRIE : UN MELANGE DES GENRES ?

Interne responsable : Sandrine Dye

Modérateur : Pr Dominique Pringuey

 

L’idée initiale était de pouvoir aborder le corps dans le contexte de la psychiatrie. Certes nous sommes aujourd’hui loin de la dualité corps-esprit telle que Descartes la présente. Mais il y a loin que nous considérions le corps dans notre pratique quotidienne. Nous aurions même un problème ayant pour nom mind/body.

 

Le sexe s’est imposé naturellement. Un sujet dont on parle partout mais très peu avec nos patients. Et quand on en parle c’est en passant, comme à la dérobée pour rechercher les effets indésirables de traitement psychotropes. C’est pourtant un champ très vaste qui ne fait pas toujours partie des programmes de formation des internes. On a donc souhaité inviter à ce congrès des professionnels qui se sont penché sur le sujet, qui peut paraitre si délicat à aborder pour les internes et pourtant si essentiel dans la vie. L'idée de cette demi-journée est de proposer des pistes de réflexions et une ouverture sur le domaine de pratique qui est celui de la sexologie.

 

L’après-midi s’ouvrira avec le  Dr Mireille Bonierbale qui présentera, à travers l'évolution de sa carrière de femme psychiatre sexologue, comment la sexologie a pris sa place dans la pratique psychiatrique. Ensuite le Dr Audrey Gorin interviendra sur l'importance de la rechercher et prendre en charge les troubles sexuels dans le suivi des patients sous traitement médicamenteux en psychiatrie.  Enfin, le Dr Jacques Waynberg parlera de la place de la sexologie dans la pratique psychiatrique et du rôle du psychiatre  faces à des difficultés sexuelles de patients, aussi bien en amont qu'en en aval.

 

 --> Les intervenants

 

Mireille Bonierbale est psychiatre, sexologue, PH au CHU de Marseille. Elle est l’un des membres fondateurs de l'Association Inter Hospitalo Universitaire de Sexologie (AIHUS). Elle occupe de nombreuses fonctions en lien avec son activité de sexologue. Elle est rédactrice en Chef de Sexologies : Revue Européenne de Santé sexuelle http://www.elsevier.com/wps/find/journaldescription.cws_home/707397/description#description, coordonatrice de l'Unité Fonctionnelle de Sexologie et de Dysphorie de Genre. Elle dirige l'enseignement du diplôme interuniversitaire de Sexologie des facultés de Médecine de Marseille et Montpellier.

 

Audrey Gorin est psychiatre, sexologue. Elle est chef de clinique dans le Service du Pr Lançon et exerce au sein de l’unité fonctionnelle de sexologie et de dysphorie de genre. Elle est cofondatrice du congrès SEXOGYN qui vise à favoriser les échanges entre les différents intervenants du champ de la sexologie http://www.gynecomarseille.com/1--congres-sexogyn.htm.

 

Jacques Wainberg est médecin, sexologue, formé aux Etats-Unis, notamment à l'Institut Kinsey, à la Fondation Masters & Johnson et au National Sex Forum Institute de San Francisco.  Il est fondateur et directeur  de l'Institut de Sexologie à Paris qu’il dirige, expert consultant à l'OMS. Il est un des cofondateurs de la Société Française de Sexologie Clinique. Il dirige l’enseignement du diplôme d’université « Sexologie et Santé Publique » à l'Université Denis Diderot (Paris VII). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages de sexologie destinés au grand public et de films sur le sujet. http://www.sexologie-fr.com/

 

 

 

·      LE QUOTIDIEN : L’ÉVIDENCE PERDUE DE LA PSYCHIATRIE

Interne responsable : Jean-Arthur Micoulaud-Franchi

Modérateur : Pr Jean Naudin

 

Nous allons essayer de questionner la problématique du quotidien sous l’angle phénoménologique, que la psychiatrie Marseillaise par la figure d’Arthur Tatossian connaît bien, et voir comment a notre avis il existe un renouveau de la phénoménologie en psychiatrie qui se retrouve peut être dans les théories cognitive et dans les thérapeutique nouvelle de remédiation cognitive et de réhabilitation en particulier pour la schizophrénie.

Car la schizophrénie est bien la pathologie qui se prête tout particulièrement à cette problématique du quotidien.

Il est désormais classique de reprendre le titre du livre de Blankenburg, La perte de l’évidence naturelle, pour définir le vécu schizophrénique. Il s’agirait de ne plus éprouver comme allant de soi, ce qui justement normalement va de soi. Voilà les propos que rapporte Blankenburg  dans son anamnèse subjective (qui entre parenthèse est un terme que l’on utilise plus guère) de la patiente Anne:

« Que me manque-t-il vraiment ? Quelque chose de si petit, de si unique, quelque chose d’important sans quoi on ne peut pas vivre (…) Dans les choses quotidiennes les plus simples, j’ai besoins de soutien…C’est vraiment l’évidence naturelle qui me manque. (…) Chaque être humain doit savoir comment se comporter. Les bases m’ont manqué. Il y a tellement de choses qui me sont étrangère. Il s’agit de la vie simplement, de la conduite de la vie. »

Et on constate dans la retranscription plus complète, la difficulté même de dire ce petit rien qui malgré tout est essentielle.

 

Nous avons donc voulu dans cette demi journée, étudier tout d’abord d’un point de vue philosophique, avec François de Gandt, ce que pourrait etre le monde d'une malade.Puis nous verrons d’un point de vue psychiatrique, avec Bernard Pachoud, comment la phénoménologie permet d’être ce courant psychiatrique qui permet d’être attentif a des dimensions qui dans sous le regard médicale classique nous échapperait. Enfin nous verrons, avec Nicolas Frank, comment l’on peut essayer le reconstruire du quotidien.

 

L‘objectif de cette demi journée serait alors de nous questionner sur cette ambiguïté justement à vouloir expliciter et objectiver, pour le traiter, ce qui justement est implicite et subjectif dans ce sentiment de quotidien.

 

--> Les intervenants

 

François de Gandt, philosophe et historien des sciences à l’université Lille III.
Il nous donnera l’occasion de revenir sur la phénoménologie psychiatrique, qui a connu à Marseille un destin singulier. Outre sa connaissance des origines philosophiques de la phénoménologie (
"Husserl et Galilée : sur la crise des sciences européennes", Vrin, 2004) il nous reconduira aux origines suisses en la personne de Ludwig Binswanger.

 

Bernard Pachoud, est Psychiatre, Philosophe, Chercheur au Centre de Recherche d’Épistémologie Appliquée (école polytechnique).

Il a dirigé avec Francisco Varela, Jean Petitot, et Jean-Michel Roy, le livre majeur sur la neurophénoménologie, Naturaliser la phénoménologie : Essais sur la phénoménologie contemporaine et les sciences cognitives, édité en 2002 au CNRS. Il a publié de nombreux article d’épistémologie et de philosophie. Parmi ces publications récente il a participé au numéro spéciale, en 2009, du Journal of Consciousness Studies sur Varela, intitulé Ten Years of Viewing From Within: The Legacy of F.J. Varela, son article avec Claire Petitmengin : The Validity of First-Person Descriptions as Authenticity and Coherence, permet de faire une analyse épistémologique sur les descriptions en première personnes http://www.imprint.co.uk/jcs_16_10-12.html. Et on peut noter sa publication sur les Enjeux et significations du « retour de la conscience » en sciences cognitives en 2000 dans la revue Intellectica http://www.intellectica.org/archives/n31/n31_table.htm,

 

Nicolas Franck, est Psychiatre, PUPH, Chercheur à Institut des Sciences Cognitives, Lyon.

Il est l’auteur de très nombreuse publications internationales, c’est recherches concernent les troubles cognitifs dans la schizophrénie, et les conséquences de ces découvertes pour la thérapeutique. Il est inspiré par la phénoménologie notamment pour les théories du Self en psychiatrie. Parmi ces publications récentes en français, on peut noter : "Approche neurocognitive des troubles du vécu dans la schizophrénie" dans L'Évolution Psychiatrique. Il a publie également un livre destiné au grand publique, "La schizophrénie, La reconnaître et la soigner", au édition Odile Jacob, en 2006, permettant avec un langage claire d’informer les patients souffrant de schizophrénie et leurs familles. http://www.isc.cnrs.fr/jea/nfranck.html

 

 

·      LES PÉRIPÉTIES DE L'HISTOIRE DE LA PSYCHIATRIE

Interne responsable : Grégoire Billon

Modérateur : Dr Catherine Paulet

 

Il semblerait que la psychiatrie souffre d’amnésie antérograde. Elle oublie à mesure les chemins qui l’ont conduit au présent. Pourtant, l’historiographie de la psychiatrie est en pleine expansion, déborde dans les domaines adjacents du savoir, comme en témoigne par exemple la consécration de Foucault en icône culturelle. Se joue également une  « extraordinaire politisation sélective de l’histoire de la psychiatrie », comme l’ont appelée les historiens Roy Porter et Mark S. Micale dans Discovering History of Psychiatry. Chacun relit l’Histoire à sa convenance, livrant parfois des versions alternatives résolument contradictoires.

En France, comme le souligne Pierre Henri Castel (et d’autres : voire la récente Histoire de la folie de l’Antiquité à nos jours de Claude Quétel) ces questions sont longtemps resté incarcérées dans un paradigme explicatif omniprésent chez les épigones de Michel Foucault, pris dans « les délices et les angoisse de la critique des assujettissements » des individus par un supposé biopouvoir (P.H. Castel). Aux dépens d’une description des concepts et de leurs usages, contextualisées sur le fond grouillant des formes historiques et sociales.

La psychiatrie serait prise aussi dans une dialectique manichéenne, faite d’allers-retours entre un pôle organiciste, scientifique, en un mot « naturaliste » de ses théories et ses pratiques, volontiers accusé de réductionnisme ; et un pôle psycho dynamique, « humaniste », qui développerait une médecine « douce » en marge voire en opposition aux sciences de la nature, réputées « dures » (A. Fagot-Largeault). Que faire alors de l’exigence éthique intrinsèque à la médecine d’une pratique rationnelle et fondée ?

 

Nous avons souhaité consacrer une demi journée à ces enjeux historiques, épistémologiques et philosophiques.

Pour nous y introduire, nous recevrons 3 intervenants.

 

--> Les intervenants :

 

Anne Fagot Largeault, Professeur honoraire au Collège de France, chaire de philosophie des sciences biologiques et médicales ; elle est également psychiatre. Ses travaux de philosophe-médecin abordent ces problématiques intriquées avec une particulière acuité, comme en témoigne le recueil récemment publié, "Médecine et philosophie", PUF, 2010. http://www.college-de-france.fr/default/EN/all/bio_med/index.htm

Brigitte Chamak, est Sociologue et Neurobiologiste, Chercheur au Centrede Recherche Psychotropes, Santé Mentale et Société (CESAMES). Ses domaines de recherche privilégiés sont la construction des savoirs dansle champ des neurosciences et l'évolution des représentations en santé mentale, particulièrement autour de l'autisme, où elle analyse l'importance de la mobilisation associative dans la redéfinition des concepts. http://www.cesames.org/spip/spip.php?article23


Pierre Henri Castel est psychologue clinicien, et directeur du Centre de Recherche Psychotropes, Santé mentale et Société (Université Paris Descartes). Ses travaux sur l’histoire et l’épistémologie des sciences psychologiques et médicales ont fait l’objet du récent l’ouvrage "L’ésprit malade. Cerveaux, folies, individus", Les éditions d’Ithaque, 2009. http://pierrehenri.castel.free.fr/


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interne psychiatrie Marseille,
20 oct. 2010 03:51