A la recherche du dragon perdu


Errance Bretonne 

Nous sommes partis à la recherche du dragon perdu. Des recherches bibliographiques nous l’ont situé sur les cotes bretonnes. Wrmonoc, en 884, a écrit la légende de Saint Pol Aurélien (492-572), sans doute l’évêque fondateur le plus connu et le plus populaire en Bretagne. Pol se rend à l’île de Batz où vit le comte Wirthur. Il trouve l’endroit  idéal pour y construire un monastère

Le Comte le supplia de délivrer cette Ile des exactions d'un horrible Dragon, long de soixante pieds, couvert de dures écailles. Il sortait souvent de sa caverne et, se ruant sur les maisons alentours, dévorait hommes, femmes et bétail sans aucune distinction. Saint Pol consola le Comte et passa la nuit à prier avec ses prêtres. Le lendemain matin, il célébra une messe et se mit en chemin vers la caverne du Dragon, vêtu de ses habits et attributs sacerdotaux. Le Comte et le peuple le suivirent jusqu'à un endroit et ils lui montrèrent la caverne du Dragon, sans oser aller plus loin. Un jeune gentilhomme de la paroisse de Cléder offrit son aide à Saint Pol. Ce dernier accepta cette proposition et, ayant beni son épée, ils marchèrent tout deux contre le Dragon.

Arrivé devant sa tanière, le Saint lui commanda de sortir. C'est ce qu'il fit en roulant les yeux en sa tête, en froissant la terre de ses écailles et sifflant si horriblement, qu'il fit retentir les rivages alentours. Le saint s'approcha de lui, et jeta sur lui son étole pour le lier au col. Il lui ordonna de suivre son gentilhomme, qui le mena comme un chien en laisse, saint Pol le frappant de son bâton. Ils arrivèrent à l'extrémité de l' Ile vers le Nord. Saint Pol lui ôta son étole et lui commanda de se précipiter dans la mer, ce qu'il fit. Dès lors, ce lieu s'appelle Toullar-Sarpant, c’est-à-dire, le trou du Serpent. Aujourd'hui encore, la mer y fait un bruit étrange de temps à autre, sans aucune cause apparente.

Pour Dom Lobineau, la représentation du Serpent n'est en fait qu'une allégorie qui traduit la destruction du paganisme sur l’ile. Mais pour M. de Freminville, il s'agit d'un crocodile, car la Bretagne était à cette époque très peu habitée, et propice au développement de cet animal.

Pour Ogée, il s'agissait d'un véritable saurien. Pour Wrmonoc, il s'agissait d'un vrai dragon de 35~38 mètres de long. Enfin pour Paul Cheval, ce serait en fait une pirogue de Saxons, que Saint Pol pousse à la noyade.

Le  trou du serpent  apparait  comme  un poing de pierre, recouvrant le gouffre où saint Paul a précipité le dragon.





A proximité, une plage présente des oeufs de dragon. Quelle rivière énorme descendant les monts d'Arrés a roulé ces blocs de granit?


 

 

En  regardant  les pierres  assemblées, on observe de curieuses fosses qui ressemblent à des tombes mérovingiennes, en plus longues et plus étroites. «On dirait des sépultures d’un ancien âge que l’on aurait violées pour emporter de très longs squelettes ancestraux » dit P.J. Hélias dans le « Cheval d’orgueil ». Ce sont des fours à goémon, orientés vers la mer, pour faciliter la combustion. Jusqu'au XVII° siècle et probablement depuis le VI° siècle, les algues servaient d'engrais, d'aliment pour le bétail et de combustible. Un mélange algue et bouse séchée appelé « glaouad » était préparé durant la bonne saison et stocké sous forme de pains plats  jusqu'en hiver. Au XVII° siècle, on découvre que les cendres de goémon contiennent de la soude, fondant nécessaire à la fabrication du verre, importée jusqu'alors d'Alicante. Puis, en 1811, Bernard Courtois, pharmacien inventeur de la morphine, isole l'Iode des cendres de goémon. Dés 1828, une usine est installée à Conquet, elle poursuivra ses activités jusqu'en 1955. Il fallait une tonne de goémon vert pour donner deux cent kilos d'algues sèches. Les algues  brulées  donnaient  40 kg de  soude  qui permettait  de produire  200 à 600 g  d'iode.

Souvent, une construction de pierre borde la côte. Ce sont les corps de garde  édifiés  pour  surveiller  l'approche de navire ennemis. Depuis l'ordonnance de Colbert de 1685, qui organisa la défense des côtes françaises, tout homme de 19 à 60 ans vivant dans les paroisses côtières se trouvait assujetti au service dans les milices garde-côtes. Ce régime des milices était mal vu car les hommes devaient abandonner foyers et travaux  pour venir effectuer les corvées et les gardes. Des constructions plus modestes servaient  de poudrière. Les miliciens communiquaient d'un poste à l'autre par des feux ou des signaux de fumée. Ils aidaient notamment les corsaires dans leur guerre à l'Anglais.

Trou de flibustiers, vieux nid A corsaires ! 
Dans la tourmente, Dors ton bon somme de granit
Sur tes caves
que le flot hante...
Ronfle à la mer, ronfle à la brise;
Ta corne dans la brume grise,

Ton pied marin dans les brisans...

-Dors: tu peux fermer ton oeil borgne

Ouvert sur le large, et qui lorgne
Les Anglais, depuis trois cents ans

           Tristan Corbière 

Le 28 février 1793, un peu avant midi, gros émoi sur la côte; on sonne le tocsin: une escadre anglaise, à la poursuite d'un corsaire français, se rapproche de la côte. La présence de ces navires inquiète. La garde est renforcée aussi bien à l’Ile de Batz qu'à l’Ile de Sieck où sont dépêchés à la hâte quinze soldats du bataillon du Calvados et quinze citoyens pour servir à la batterie du corps de garde équipée de deux pièces de douze. Le corsaire échappe à l'ennemi qui s'éloigne. L'alerte est levée.

N'est-ce pas le lougre Point du Jour, du Corsaire Balidar qui mouille à l'ouest de l'île? Antonio Baladares, corsaire Batzien d'origine portugaise,  est signalé à l'ïle de Batz, sous l’empire Son bateau, mouillé à l’affût sous le vent de l’île, par vent de Nordet guette l'Anglais. Dés qu’un  guetteur posté au corps de garde sur la côte Nord signalait au large, une voile ennemie, au largue en provenance de la Manche Est, il déraperait rapidement  son ancre et faisait voile, vent de travers, pour intercepter sa proie par surprise au large de l’Île. La position n’était pas tenable par vent d’Ouest son navire mouillait alors dans le chenal. Il vendait ses prises à Roscoff ou Morlaix. . En 1808, il prend le Goodrick navire anglais qu’il vend à Saint Malo, en 1809, Le Vanguard, navire de 395 tonneaux, vendu à Dieppe. La même année, avec le Pourvoyeur, il prend encore aux anglais, Little Arthur, Exchange of Wells, John Bull, She Suckey. Un jour, il saute le premier à l’abordage d’un navire anglais, se battant ŕ coups de crosse avec les matelots qui l’entourent. Pendant qu’il se bat ainsi, le vent écarte son navire, et Balidar reste seul à bord du navire anglais. Un coup de poing par ci, un coup de pied par là et il saute à la mer, rejoignant son navire.Une autre fois, dans la baie de Lannion, alors qu'il donne des ordres avec son porte-voix, il tombe à l’eau. Il n'est pas facile pour un bateau en marche, de récupérer un homme à la mer. Mais Balidar n’a pas lâché son porte-voix, grâce aux manœuvres qu’il ordonne à ses matelots, il est repêcher.

D'après Georges Dubosc, le corsaire n’était pas un écumeur de mer mais un combattant régulier. Pour armer en course, il fallait, tout d’abord, une commission en guerre délivrée par l’amirauté, c’est ce qu’on appelle souvent la lettre de marque. En outre, l’armateur était tenu de déposer une caution de 15.000 livres pour les déprédations et les dommages que le corsaire pouvait causer envers des nationaux ou des neutres ; il prenait l’engagement de combattre sous le pavillon de France et de le hisser avant de tirer le premier coup de canon - le coup de semonce. De plus, les deux tiers de l’équipage devaient être composés de matelots français et commandés par des officiers français. Ces formalités remplies, tout navire trouvé en mer porteur de marchandises devant approvisionner l’ennemi, était de bonne prise et adjugé au corsaire qui le ramenait au port français, où on devait le vendre aux enchères. Sur le produit de la vente, une retenue était tout d’abord prélevée pour les invalides de la marine et le reste était réparti entre l’armateur et l’équipage du corsaire. De plus, il y avait toute une série de primes, soit pour les canons enlevés, soit pour les bâtiments capturés après combat.

				Dors, vieille coque bien ancrée;
Les margats et les cormorans
Tes grands poètes d'ouragans
Viendront chanter à la marée...
Où battaient-ils, ces pavillons,
Echarpant ton ciel en haillons !...

 A y regarder de plus près, c'est le Belem: "un fameux trois mâts fin comme un oiseau". Une coque en acier, des mâts en bois, une longueur à la flottaison de 48m avec une largeur maximale de 8,80m pour un creux de 4,90m, il fût construit en moins de 6 mois et lancé le 10 juin 1896. Treize hommes d'équipage survécurent, au Brésil, à un violent incendie dans lequel les 115 mules de sa cargaison furent brulées vives.  Le 8 mai 1902, à 8h du matin, une nuée ardente dévaste le port de St Pierre de la Martinique, Le Belem, faute de place, avait du aller s'ancrer la veille dans une autre baie. Le Capitaine Julien Chauvelon, que cette mésaventure avait irrité, médita cette version nautique de l'ânesse de Balaam.

En mars 1914, le Duc de Westminster le transforme en yacht de plaisance, puis le céde, en 1921, à Sir Arthur Ernest Guinness qui le rebaptise Fantôme II. En 1939, Il fut désarmé à l'Ile de Wight, dans la rade de Cowes où il resta 12 ans. Pendant la guerre, il abrita un moment le quartier général des Forces Françaises Libres, section des vedettes rapides. Un bombardement détruisit ses vergues et ses voiles. En 1951, le Comte Vittorio Cini en fait un navire école accueillant une soixantaine de jeunes apprentis marins. En janvier 1979, les Caisses d'épargne l'achetèrent aux chantiers vénitiens. Il fut à nouveau utilisé comme bateau école, pour ceux qui souhaitent découvrir les modes de navigation et les usages de la marine d'autrefois.

Martin, entrepreneur à Brest , termine le 1 octobre 1836, la construction du phare de l’ile, une tour en maçonnerie de pierre de taille de 40 mètres de hauteur, sur corps de logis carré de deux étages. Le premier  feu fixe blanc, 72m au dessus de la mer, est remplacé, en 1893, par un feu à 4 éclats réguliers, avant de passé à quatre éclats groupés en quinze secondes.  Le faisceau du phare ne balaye plus l'ile,  l'ambiance nocturne en est quelque peu changée.

Le chardon des dunes ou panicaut maritime  cède la place  à son cousin l'artichaut, apparu dans le Léon dés 1661.

 

  

Maintenant que mon temps décroit comme un flambeau,
  Que mes tâches sont terminées; (...)
  Et je pense, écoutant gémir le vent amer,
  Et l'onde aux plis infranchissables;
  L'été rit, et l'on voit sur le bord de la mer
  Fleurir le chardon bleu des sables. 
                     Victor HUGO  Paroles sur la dune

 

Contre l'insomnie, les états nerveux (angoisse,  neurasthénie), antispasmodique et anodine,
la passiflore 
profite de la douceur du climat.

 

 

Des fleurs violettes aux tiges délicieusement acidulées, la grande mauve, qui selon Pythagore, "modère les passions et tient le ventre et l’esprit en liberté"

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 L'oignon rosé, issu d'une graine rapportée du Portugal par un moine au milieu du 17ème siècle, est d'abord  cultivé essentiellement pour nourrir les équipages des navires de commerce. En 1828, Henri Olivier, cultivateur à  Roscoff, affrète une gabare, pour aller vendre ses oignons en Angleterre. Il est bientôt imité par un nombre croissant de Johnies, qui chapelets d'oignons  tressés en bottes de 4 kgs enfilées sur un bâton porté à l'épaule, parcourt, dés la fin de l'été, la campagne anglaise. Le nombre de ces casse sonnettes atteint mille cinq cent en 1929.

 

  

Jusqu'en 1786, les offices avaient lieu dans la chapelle Sainte-Anne, construite sur l'emplacement du monastère, fondé vers l'an 530 par Paul Aurélien et détruit par les Viking, vers 878. L'édifice semble remonté à la date, où le duc Alain Barbetorte fonda l'église de Batz (952). La chapelle est envahie par le sable à la fin du XVIII° siècle. On note qu'en 1722, les rues de Roscoff sont recouvertes de deux pieds de sable qu'on enlève par charretées. 

 

 

 L'église Notre-Dame du Bon Secours (XIIème siècle), reconstruite en 1873-1874 à l'emplacement de l'ancien cimetière de l'île domine le port de Kernoc et renferme une relique vénérée sous le nom d'étole de saint Paul Aurélien (tissu oriental datant du VIIème siècle).

 

  Le camping sauvage est interdit  presque partout,
mais dés les premiers jours de septembre, il y si peu de campeurs que cela fait peu de différence.

 


  

 

 

 

 

Près du sémaphore, la grève blanche (Aod Venn), 800m de sable fin, invite à la baignade,  l'eau à 16° nous ramène à la réalité du temps, fin de l'été, et des lieux.


   Diner au Grand hôtel Morvan, à Pors Kernoc, armoire bretonne et charme désuet,
   tenue par Hortense, la mémoire de l'ile. Elle a même connu soeur Saint-Tite et le
   temps des processions pour la pluie, quand les citernes s'asséchaient. Un peu de
   vin colorait l'eau pour masquer le gout. Aujourd'hui, l'eau vient de Roscoff par
   une canalisation sous-marine. La commune de Roscoff ne possède pas de
   ressource en eau potable. Elle dépend pour son approvisionnement du château
   d'eau de Kerguennec, dépendant du syndicat de l'Horn.  Ne comblez pas trop vite
   vos citernes: pour éviter une énorme amende de 28 millions d'euros, le captage de
   l'Horn  sera fermé le 30 juin 2009.
 

 

    De la Chaise du Curé, qui lisait à haute voix son bréviaire face à la mer, l'ile Callot invite à l'exploration, île à mi-temps, elle est accessible par une chaussée submersible, mais libre, pendant environ trois heures, à marée basse. Il existe aussi un passage dans le sable, où se sont noyées les voitures de ceux qui croyaient bien le connaître.

Nous ne visiterons pas les Calotins, horaire de marée mal négocié. Nous ne connaitrons pas le bateau stop, ni le camping sauvage forcé par une marée inflexible. Oubliées les carrières de granite qui "tient bien ses arrêtes" selon Vauban. 

 

Nous nous contenterons d'admirer de loin son granite rose sur les murailles du château du Taureau. Les habitants de Morlaix, après le pillage de la ville  par  les anglais,  en  1522,
ont fait construire une forteresse sur l'ilot du Taureau.  Reconstruite  au XVII°  et  XVIII° siècle, selon  les directives  de Vauban,  elle fut tour à tour, prison,  villégiature, école de voile,  elle est maintenant  un monument accessible aux visiteurs.

 
 

 

 

 



 

 


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 à  orlai

 

 

 

 

 

 

 

  Notre randonnée se termine à Morlaix, en remontant le fleuve Dosenn, confluent de deux rivières, le Jarlot et le Queffleut. A marée basse cela  ressemble à un cimetière. Des bateaux en bois se décomposent, dans la vase, entourés de poussettes vélos et ferrailles diverses.

 

 

 

 

 

 

    Un peu d'auto-stop pour retrouver notre voiture laissée en gare de Roscoff. Nous  voilà à Saint Thegonnec où nous découvrons l'enclos paroissial,  ensemble des 16ème et 17ème siècles, restauré après l'incendie de juin 1998.


 

 

 

 

 

 

 

Tegoneg, disciple de Pol Aurélien aurait apprivoisé un cerf qu'il attelait pour transporter les pierres destinées à la construction d'une chapelle.  Un jour, un loup ayant dévoré le cerf, Tegoneg  l'apprivoisa, le loup tira alors la carriole du saint. 

 

 

 

 

 

            Retour à Carantec pour le but initial de cette escapade, le mariage de Caroline et Mathieu

 

 

 

 

 

 

 

Nous ne pouvions retourner dans nos montagnes sans un petit bonjour au Mont Saint-Michel.

« Li Couesnon a fait folie: Si est le Mont en Normandie », Couesnon en sa raison le rendra aux Bretons.

 

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