Patrice Patricot



Même dans la musique, il n’y a pas d’arrangement avec la mort. Car évoquer le souvenir de Patrice Patricot, musicien complet et accompli, c’est aussi, ce qu’il ne faisait jamais, évoquer une maladie en forme de parcours du cœur battant, tellement elle vous impose, au moment de monter sur scène, d’être vaillant. Contre toute attente, alors qu’il n’avait peut-être jamais été aussi beau, jamais paru aussi en forme, alors, surtout, qu’il avait renoué avec l’amour, c’est le palpitant qui a flanché. Maigre consolation : la saloperie qu’il avait contractée si jeune est allée se faire pendre ailleurs, Patrice l’a vaincue définitivement.

« All The Things You Are » était son standard préféré. Il en connaissait cent versions, mais c’est la sienne qui nous manque aujourd’hui… Toutes ces choses qu’il a été, ce travailleur acharné, cet air digne de vieux sage indien, cette volonté résolue de toujours remettre les couverts (26 000)… Et puis cette passion de toutes les musiques qui a fait école, parfois buissonnière, auprès de tant d’élèves, mais aussi des Marmots ou de Dorothée Daniel.

Patrice était contre la basse… tout contre ! A tel point qu’il avait fini, lui qui ne parlait jamais de sa famille, sauf de son fils – son autre combat pour la vie – dont il était si fier, par adopter une vieille grand-mère sur laquelle il voulait passer le reste de ses jours à user le bout de ses doigts. Et derrière l’instrumentiste, il y avait aussi une voix d’une clarté inouïe, révélée aux temps fondateurs de l’Atheneum par le pianiste Rémy Decormeille. Une des plus troublantes qu’on ait jamais entendue.

Une étoile est née, il y a 48 ans. Ici-bas, elle ne donnera plus rendez-vous à la coda pour personne, mais elle scintille déjà quelque part au firmament de la jazzosphère éternelle.