Je suis née à Casablanca, en 1960.
Une grande partie de ma vie s’est passée en France où je suis arrivée déjà formée à la culture française.
En 1978, de retour au Maroc après le décès de mon père, j’ai découvert le Maroc et sa force à éveiller l’imaginaire et le sentiment du beau (paysages, côté « gaulois irréductibles ») malgré une époque triste à mourir. J’ai donc continué à écrire, je le fais depuis l’âge de 11 ans. J’ai découvert l’écriture en France, le sens à lui donner, au Maroc.
Mon écriture:
La période historique la plus fascinante à mes yeux, celle dont je traite, est le début du 20ème siècle, celui de mes origines aussi, et de toute la civilisation contemporaine du Maroc.
Ecrire m’arriva très tôt, dès l’âge de dix ans, mais le sens de mon écriture, ce fut lors de mon retour au Maroc, alors jeune adulte de dix sept ans, quand je découvris les paysages et l’humanité profonde et fusionnelle de mon pays natal.
faut ajouter une pincée d’amour propre, en ces temps de nationalisme exacerbé : par le fait du métier de mon père, j’ai vécu une partie de ma vie à l’étranger, et reçu une instruction française. Bien sûr, je voulus prouver que j’en savais autant que les autres sur l’histoire du Maroc et sa géographie.
A un âge où j’aurais pu me gaver de musique, de cinéma, de fêtes etc (c'est vrai que nous vivions une période d’austérité qui mettait le moindre disque de rock chez les disquaires de Casablanca à plus de 200 DH), j’ai lu des livres d’historiens français sur le Maroc, qui m’ont donné une idée exacte bien que partielle, de l’histoire du Maroc.
Les murailles de Rabat ont pris un sens pour moi, ainsi que tous les paysages que je pouvais aller voir, car voyager était encore une aventure, sans téléphones portables pour qu’on vous retrouve dans une gare routière à Meknès ou Ouarzazate.
J’ai aussi, durant de chauds été dans la campagne de Sidi Kacem, beaucoup raconté en arabe, des histoires dont j’inventais les péripéties chaque après midi, quand nous étions assis dans les chambres les moins chaudes de la maison. Mon premier texte abouti et édité, je l’ai créé à partir de témoignages sur l’esclavage recueillis auprès de ma grand-mère Lalla Mina, lors cette fois de longues soirées de Ramadan, et elle m’a même dessiné des croquis des bijoux de son époque, et parlé d’objets que j’ai retrouvé au musée des arts africains et océaniens à Paris. Il s'agit de L’esclave d’Amrus (en 1993 chez L'harmattan) Les deux autres titres édités à L'Harmattan, sont la continuation de ce voyage dans un temps et une géographie romantiques mais déjà presque oubliés. Fatoum la prostituée et le saint (en 1998) Mbark et Juliette le mystère des colons allemands (en 2006) | J’ai eu le plaisir d'être éditée pour la première fois au Maroc chez Marsam, en octobre 2008 dans l'anthologie Côté Maroc, dirigée par Jean Pierre Koffel. Il s'agit d'une nouvelle :
La première aventure de Mbark.
Mon désir d’écrivain:
Ecrire dans la langue de mes premières vraies créations, l’arabe marocain, langue qui se dissout dans ma mémoire, et qui de plus en plus, influence et parasite (pour donner j’espère de beaux champignons !) le français devenu ma langue naturelle.
Je viens d’achever un roman qui se commence au début du 20ème siècle et continue jusqu’aux années 1970, non encore publié. Je suis aussi sur un texte qui se passe de nos jours, et qui se rapprochera de la langue marocaine dans le vocabulaire utilisé (bref j'écris, et pour toucher mes lecteurs, je fais cet essai d'écriture en ligne et presqu'en direct, Atika. Je présenterai quelques aspects de mon écriture : la langue, la forme et les thèmes La langue n’est pas une langue de choix, c’est une langue de circonstance. Je traduis les images et les sensations dans une langue qui a été celle qui a porté le sens de mon existence nomade. Je n’ai pas seulement créé en français, j’ai d’abord beaucoup raconté en arabe marocain. Exilée de cette langue superbe et authentique, celle de mon enfance, j’ai rencontré le français et sa littérature. Car le marocain ne sert « qu’aux » chansons, théâtre, cinéma. Et le temps me restera-t-il d’écrire dans ce marocain, avant qu’il ne se dissolve dans ma mémoire ? Je l’espère encore un peu ! La forme : le récit plus que le roman fleuve. Tout projet littéraire a dans mon esprit des longueurs « dostoievskiennes » (mais oui !), et tout finit par se resserrer sur des romans courts, des romans cinématographiques. Le cinéma est l’art qui m’a le plus influencée. Mon écriture se veut cinématographique et écrire, c’est commencer par quelques scènes que je ne garde pas forcément, mais qui lancent le récit dans le mouvement de la narration. Je crée un cadre mental (ou oral!), où chaque scène se déroule sur un écran de cinéma imaginaire. Le synopsis n’est pas rigide, la surprise créative reste de mise, et prend sa revanche. Les thèmes .L’idée romanesque me vient le plus souvent d’anecdotes trouvées dans des documents d’histoire, des récits de ma grand-mère, de vieilles cartes postales, auxquels il faut donner un sens, le « sens du Maroc ». Et tout reste alors à faire, c’est à dire écrire. Et dans cette étape, ma sensibilité prend le relai : odeurs, couleurs, mouvements, gestes et paroles. En essayant d’échapper à l’explicatif (difficile quand on est lu par des non marocains) ou au pittoresque, horrible piège de la colonisation. |
