conte pour les grands enfants / Dominique Feniès Elle était une fois une puce qui ne savait pas qu'elle était une puce. D'ailleurs, on le lui aurait dit, elle aurait dit : "Je suis pas avancé plus car je sais même pas ce qu'est une puce ! Seulement je sais c'est petite". Mais personne ne lui disait pas, car personne lui parlait que minisculeusement. Il est vrai, c'était une puce d'une catégorie étrangère, elle venait du pays "Madhiar" et elle réflexisait une langage que personne ne comprenait pas non plus. Sinon, elle réceptionnait bien toutes les langages qu'on lui parle, sauf l'animal. Un jour, comme elle visitait en Paris, elle entendit ternuer très fort ! Atschaïa, atchaïum, atatchouliboum, aussitôt, une tempête de poussière s'éleva, tous les volets claquèrent aux fenêtres, les pots de fleurs s'envolèrent, les réverbères scintillèrent : les gens s'étaient même immobilisés dans la rue quelques instants, à moitié terrorisés. Sauf pas elle. Elle se retourna et vit un petit personnage qui se mouchait bruyamment. Elle cria tout fort : - A vot' souhaite, Monsieur ! - Mmm, quoi ? grognassa le petit personnage qui arrangeait ses deux écharpes autour de son cou. C'est que, ce tout petit personne avait lui aussi une langage très personnel à lui tout seul ; son langage, c'était qu'il aimait pas tellement parler ! - Je dis à vot' souhaite, car vous avez ternué… Dans la vie, il faut toujours essayer de réaliser son souhaite… - Ah… mmm, mes souhaits…oui, mm, mm… mes souhaits… marmonna t-il... Quels sont-ils mes souhaits, finalement…? Il trouvait que c'était là une question suffisamment préoccupante pour qu'il doive répondre quelque chose… Il regarda la puce ravissante qui lui avait parlé, fit un effort et marmonna : - J'aimerais bien… j'aimerais bien, euh, mm…, j'… Et il éternua de nouveau. Atschaïa, atchaïum, atatchouliboum, quatre vélos se renversèrent avec leurs occupants, la vitrine de la boutique Chanel Coco se brisa, quinze chapeaux, une perruque et trois sacs à main s'envolèrent, et tous les journaux du kiosque le plus proche se distribuèrent gratuitement à la volée. La puce n'avait pas bougé, mais après elle rigolât… - Oh là là, beaucoup de monde s'est mis à fuir dans tous les sens dessus-dessous sans demander ce qu'il reste ! Puis elle ajouta : - Quand même, vous allez trapper froid, si vous ferez pas attent… att… att… Attchaoup ! Et la puce se mit à ternuer aussi. Zalitcha, zalitcho, zalattchaoup, en un instant, toutes les ombres disparurent, le trottoir devînt tout propre, les murs tout blancs, comme si la ville venait d'être reconstruite… Même, deux enfants qui jouaient alentour et qui auparavant avaient les mains sales n'en revenaient pas : elles étaient maintenant toutes propres ! - Mm, ah, mm, mm, eh bien, comment dit-on dans ses cas là…? A vos amours, hein… lança le petit personnage, un peu gêné quand même… - A les vot' aussi, répondit la puce, étincelante de blancheur… Ah ça, ils avaient bien avancé… Ils se regardaient maintenant l'autre et l'autre pendant plusieurs secondes sans rien parler… Que le langage-silence du petit personnage… Spontanément, ils se mirent à marcher à côté l'un l'un. Comme ils se dirigeaient vers les quais de la bord de Seine, le petit personne découvrit qu'il avait très envie de parler maintenant ! Enfin, pour lui, ça voulait juste dire quelques mots ! - Mes souhaits, mm mm… J'aimerais faire quelque chose de grand dans la vie, dit-il… La puce répondit tac-tac : - Mais vous êtes petite… Si vous voulez êt' quelque chose grand dans la vie, c'est peut-êt' commencer à manger les soupes ! Le petit personnage eût l'air terriblement embarrassé… Pour une fois qu'il parlait ! Il était tout de même un géant ! Le temps de réfléchir, il fit semblant d'éternuer, atschaïatchouliboum, ce qui créa une vague de deux mètres de haut qui, sur la Seine, fit s'entrechoquer deux péniches, et virevolter trois bateaux-mousses... Il aurait mieux fait de ne pas attraper froid aussi... - Mm, quand même, grommela t-il fortement, je suis plus grand que vous, je vous dépasse d'une vingtaine de têtes ! La puce fit une échappatoire en rigolant : - Je voulais juste dire vous êtes pas grand pour un géante ! Le géant devînt un petit peu tout rouge, et elle crut qu'il allait encore ternuer. Mais non, il prit juste sa respiration pour dire : - Je suis peut-être petit par rapport à des grands géants, mais je suis aussi un grand géant par rapport à des choses petites, comme, comme… les puces, voilà… Puis il continua à marcher de rien comme si n'était, en sifflouant… La puce se mordit la lèvre inférieure. Elle savait pas ce qu'est les puces, mais elle comprenait quand même comment les puces sont sans doute petites… - Je suis pas petit puce… Mais vous, vous êt' comme un grand petit lutin ! Ce coup-ci, le géant devint vraiment rouge foncé. On aurait presque pu croire qu'il allait se mettre vraiment en colère, mais non, il respira trois fois de suite rapidement, et se contenta finalement de répondre : - Au revoir madame la Puce, et veuillez passer la bonn' fin de journée… Et il tourna les talons à lui. - Tendez ! Tendez ! J'ai toujours voulu rencontrer un géante comme toi, dit-elle en le rattrapant. Dis-moi, tu excuses, hein ? Tout en marchant à côté lui, elle se disait aussi qu'elle comprenait pas grand chose à ce personnage finalement, il était si… sceptible… Elle continua : - Je propose qu'on va guster une glace chez Tatillon. T'inquiètes petit géante, je t'offre… Ils ont des glaces nougates avec de la fourrée aux framboises et au chocoulis. Tu vas voir, c'est unicum comme goût tellement c'est très bon. En plus, c'est sans colorantes. Y'a pas de conservatoires dedans. Ils coururent chez Tatillon. La puce était ravie car à l'entrée il y avait des grands portes, comme dans les aéroportes. Le petit géant déroula les deux chaussettes géantes qu'il avait hissées le matin autour se son cou, et les suspendit au porte-manteau. Ils s'assirent chacun sur un taboulé, l'un face l'autre, et se gardèrent dans les yeux pendant un petit temps… jusqu'à la puce dise finalement : - Je sais qui est les géantes, j'ai lu des cyclopédies complètes dessus, excrément bien documentées. Hop, hop, ils commandèrent une litre glace nougate, et dix litres glace poire chocolate pour le géante. - Mm, mm, ah, vous avez lu des encyclopédies en entier, finit par demander le géant, tout de même impressionné… - Oui, quand j'en ai fatigue des phrases, des mots, des virgules, et de l'autographe français, alors je lis entre eux… Je sais les géantes habitent dans les montagnes et fabriquent des trésors ! - Mm, mm, mm, j'aime pas trop les trésors, grogna le géant. Parce que tout le monde en a au moins un, et tout le monde veut quand même prendre celui des autres… Mais j'aimerai bien aller dans les montagnes… Mm, et aussi en Afrique, et aussi près de la mer, et aussi sur d'autres étoiles, et aussi… - Tu parles bien finalement petit géante… Mais dis-moi, c'est quoi une puce ? Il se mit à réfléchir très fort, ce qui coloria son visage en rouge et en bleu. Puis il gronda ses gros sourcils : - Hé bien, euh, mm… Je ne sais pas, dit-il presque gêné. - Et quoi plus ? demanda-t-elle très malice avec un grand sourire… - Mm, d'abord c'est petit… - Explique moi plus, petit géante, demanda-t-elle encore avec ses jolis yeux… - Mm, mm, bon… C'est un animal qui saute tout le temps pour essayer de s'envoler, et qui vit dans les pelages des chiens, ou bien dans les penderies. Cette fois-ci, c'est la puce qui devint toute rouge ! Elle mit ses deux mains sur ses poignets, et cria : - J'suis pas ça comme ! Le géant se dit : zut, zut, il faut que je me rattrape très vite, que je dise quelque chose de très intelligent… très vite… - Mm, mm… c'est aussi quelqu'un qui a l'esprit qui fait des bonds dans tous les sens... (Il devait trouver ses mots au fur et à mesure qu'il parlait, et il n'aimait pas ça…) Mais il continua et put réussir à dire d'un seul bloc ou presque : Mm, mm, c'est bien entendu une personne très intellectuelle… qui a lu des livres… et qui a un avis sur tout… - J'ai pas d'avis sur tout, dit la puce… Zut, il avait encore gaffé. Un silence pas comme il aime le géant s'installa dans un atmosphère particuillère... Il dut fournir un très gros effort pour essayer de réfléchir à nouveau. Pendant ce temps-là, il ne pouvait pas finir sa glace… Mais bon, elle allait voir ce qu'elle allait voir, si elle continuait de le provoquer… Il commença une nouvelle phrase presque longue : - Mm, tous les gens qui ont un avis sur tout changent tout le temps d'avis… Alors toi, est-ce que tu changes souvent d'avis ? Ah, ça, il n'avait jamais parlé aussi intellectuel… Certainement, elle l'inspirait… Il se demandait où tout cela allait l'emmener… - Non répondit la puce avec un drôle de sourire charmeur et contrarié… je change pas d'avis tous les temps. Enfin si, des fois… Enfin non, ça dépend… Mais quelquefois, si… Et quelquefois pas… Elle fit une moue avec ses lèvres et lança avec autorité : c'est pas du jeu, tu veux me réembobiner… Si je réponds non, je change pas d'avis, tu vas dire je suis têtue comme une puce… et si je dis oui, je change souvent d'avis, tu vas dire je suis girouette comme une puce… Ne sachant plus que répondre, le géant prit un mouchoir (en réalité la nappe de la table de chez Tatillon) et se moucha en un grand bruit qui fit trembler de frayeur tous les clients… On leur fit signe de sortir, c'était une maison confortable, ici… - Comme c'est promis, je t'offre, dit la puce en allant la caisse, mais je voulais te demander que est-ce que je peux que je t'offre avec l'argent que je te devrai quand je t'aurai emprunté, d'accord… ? Le petit géant compris d'abord pas tout, alors elle lui expliqua plus lentement… - Tu comprends, je suis désolé, je suis interdit bancaire ; j'ai déjà tout le temps des penalties sur le compte chèque, alors je fais attention avec… Le géant éternua pour de bon, histoire de faire le ménage chez Tatillon avant de partir. Plus tard, ils marchaient de nouveau dans Paris… - J'en ai marre de sautiller à côté toi, prend moi dans ta poche, lui dit la grande puce. - Mais pour aller où ? lui demanda le géant en la faisant grimper sur ses épaules, de façon à ce qu'elle soit confortablement installée sur ses chaussettes. - D'abord, on va chez moi, d'accord ? dis la puce, je ferai infusionner une tisane pour ton rhume de toi. Et après, on pars en Afrique… Il faut toujours réaliser ses souhaites, non ?… Il fait chaude là-bas, comme ça tu n'auras pas besoin de quatre chaussettes pour te habiller chaque le matin, et même entre midi. - C'est que, mm, pour commencer, je crois que je préfèrerais d'abord aller à la montagne, dit le géant. - C'est pas ça possible, je crois… Vaut plus mieux l'Afrique… - Mm, mm, et pourquoi que ? répondit le géant, qui commençait à bien maîtriser le langage de la puce étrangère. - A cause que de la pollution !!! De la provenance de mon pays, le Madyar, je suis traversée en France par les montagnes des Alpes… ; eh bien le Mont Blanc… il était tout noir ! - Ah bon, dit le petit géant interloqué… Mais ici, à Paris, c'est encore beaucoup plus pollué que dans les Alpes… Ils arrivaient chez la grande puce, au 7ème étage du maison où la puce garde les enfants d'un famille bourgeoise. Une fois coincé à terre, le petit géante remplissait l'espace tous les 9 m² du logiment, mais il se sentait bien avec elle, moins seul, et il y avait des livres partout. - Je sais ça, que c'est pollué en Paris aussi… repris la grande puce, alors qu'ils buvaient de la tisane verte avec du plat gouyach qu'elle avait chauffé pour lui… L'autre jour, je raconte, j'étais inscrire pour garder plus les enfants encore, et on s'est promené vers le zoo avec eux… Eh bien, les ours blancs... ils étaient devenus tous noirs aussi… Pauv' les enfants ! ils étaient déçeptionnés… Heureusement, j'ai fais comme si j'ai tombé malade de suite, j'ai ternué, zalitcha, zalitcho, zalattchaoup, et ploups ! les ours sont revenus tout blancs… Et les enfants étaient contents, ils voulaient voir plein d'autres animals maintenant…On m'a indique un autre zoo, où je pouvrais voir de vrais animals, pas pollués. J'y ai allé avec les enfants, ils étaient exités parce que c'est mieux que jouer au barbie-foot… Là, on arrive, et il n'y avait que des osses, des osses partout… C'était le zoosse du Muséoum d'Histoire Naturelle. Oh, pauv' les animals…, et pauv' les enfants aussi, j'étais colère qu'on m'a trompé… J'ai fait semblant que je tombe malade encore, zalitcha, zalitcho, zalitchaoup, hop j'ai ternué, et là, tous les animals et tous les osses sont venus devenus blancs, comme tombés en pomme. C'est vrai, en un instant, c'est devenu le zoosse du Muséoum de Poussière Naturelle… Les enfants, eux, ils rigolaient, rigolaient… On s'est fait sortir par la directeur, pour pas qu'on aille voir les autres osses dans les salles... Depuis, je n'aime pas les animals… - Bon, écoute, je veux bien aller en Afrique, répondit le petit géant, mais en Afrique, il y a aussi beaucoup d'animaux, et même des animaux très dangereux… - C'est pas graphe, il y a des licornes, j'aime bien les licornes… - Des licornes ? réfléchit le petit géant… tu veux dire… des… rhinocéros ? - Oui c'est ça, des licornes… Et aussi des troupeaux de cendrillons… - Des troupeaux de cendrillons ?… de sangliers ? tu veux dire ? reprit le géant - Beh oui, c'est ça ! Pourquoi que tu fais exprès tu comprends pas ce que je dis, des "troupeaux de cendriers" ! Et aussi des ourangans, et aussi des vaches entières, pas comme chez le boucher… Même un jour, dans mon pays, j'ai vu un amimo, c'était comme un pingoué, mais avec de la tapisserie rayures dessus. - Mm, tu veux dire un zèbre ? - Non, un zèbra ça vole pas… - Ah, un oiseau avec des rayures, mm, mm… une perruche ? - Non, c'était pas un perruche, ni un pie, il sortait de la mer… - Il y a une mer dans ton pays ? - Bien sûr, dit la puce en riante, et aussi en faisant des chatouilles entre les écharpes du géante, et en lui donnant des coups de pieds dans le jambe… y'a même une Marine Nationale, avec plein de paquelaids et… un gros paquebot. - Mm, eh bien, écoute, on n'a qu'à aller dans ton pays, dit le géant qui commençait à être fatigué d'essayer de réaliser son souhait… - C'est pas de questions ! je suis viendru en France, c'est pas pour partir démissionnément. Je voulais rencontrer un géante, ça est vrai, mais je voulais aussi voir des châteaux fortes, parce que en Madyar, les châteaux fortes n'existent que entre les livres de princesses. Et puis je voudrais aussi contrer avec des artistes intellectuels de France… - Des artistes ? - Oui, Molière, Simone de Bovary, Jean-Paul Tarte… mais ils sont tous mourus… - Ah, ceux-là oui, mais pas tous les autres… - C'est vrai ça que tu dis, au cinéma ils sont plus vivants, dit la puce. J'ai déjà vu tous les films de Jean-Luc Bobard, et aussi Allen… - Alien!? fit remarquer le petit géant… - Pas Alien ! Allen…, les films de Goody Allen, tu comprends ! Elle mit un disque de Jane Birkini en fonds pour le atmosphère, lui servit trois tartes au pavot, lui versa encore dix litres de tisane verte, et puis lui demanda : - Alors on y va en Afrique ? Tu me protègeras contre les animals… - C'est aussi mon souhait d'aller en Afrique dit le géant en resserrant ses chaussettes autour du cou, mais je te propose qu'on passe aussi par la montagne pour y aller... Pas par les Alpes, mais par les Pyrénées… Comme ça je réaliserai deux souhaits en même temps, la montagne et l'Afrique… Mm, quand est-ce qu'on part ? - Avant, je voudrais te demander un petit chose, dit la puce en contorsionnant… Il trouve que j'ai un devoir de langage de français en philousophie à rendre pour… Elle fit une grimace… Je crois c'est demain matin… Je voudrai te demander que est-ce que tu voudrais bien que j'aimerais que tu le corriges avec moi ce soir ? - C'est à dire, mm, je veux bien dit le géant, mais je suis pas sûr d'y arriver, je suis pas un intellectuel… - C'est pas drame, c'est facile, j'ai déjà fait les idées… - Et, mm, quel est le sujet, demanda le petit géant, soudainement préoccupé… - C'est facile, le sujet c'est : "La matière du théâtre dans le couloir de la théologie de la sucrifiction du Christ face à la lumière du "Dieu est morte" de Nietzche." Tu vois, ce sera rapide. C’est ainsi, hélas, qu’ils ne partirèrent jamais en Afrique, car le petit géant mis trois ans rien que pour corriger les foots d’ortographes…Après il lui faudrait encore quelques années pour comprendre cette thèse tout à fait nouvelle. Dominique Fenies, 2004 |
|