Je porte en moi deux histoires violentes :
L’esclavage de mes ancêtres
aux Antilles et l’extermination de mes ancêtres par les nazis.
Ma mère Eliane Dervain et mon père Maurice Cukierman se sont
rencontrés à Paris au moment du procès des « 16 de Basse-Pointe »,
dans lequel ma grand-mère Mme Cécile Aliker fut citée comme témoin.Toute leur
vie commune, ils ont lutté contre le racisme, le capitalisme et pour la justice
sociale.
Ils m’ont transmis le sens de ce qui les a unis, ce qui a
fait le moteur quotidien de leur couple :
essayer de comprendre le monde, œuvrer à l’émancipation
humaine.
Au cœur de leurs actes, LA « RELATION » au sens où
l’entend GLISSANT, ABATTRE LES MURS ET FAIRE VIVRE LA CREOLISATION .
Je n’ai jamais entendu mon père confondre le peuple allemand
et les nazis. Je n’ai jamais entendu ma mère confondre le peuple français et
les békés esclavagistes. Ces békés furent indemnisés par l’Etat pour
l’abolition et sont toujours aux commandes de l’économie de l’économie
antillaise ; ils possèdent les terres, les monopoles de l’import et du
commerce, ne produisent rien de local hors subventions……
Ils sont les profiteurs de la profitasyon avec la
bénédiction du gouvernement français et des lois applicables aux DOM.
Ceux qui luttent en Guadeloupe, Martinique, Guyanne, à la
Réunion, ceux qui,expatriés en Métropole suivent les événements tragiques,
connaissent la complexité des rouages du système néo-colonial où prennent place
en créolisation les « juifs, coolies,levantins,chi-chines, zorey,nèg,chabins,mulat…. »
L’histoire longtemps occultée commence à émerger. Elle est
encore trop confidentielle pour permettre aux peuples d’abattre les murs,
d’entrer en relation et pour les français de comprendre le fonctionnement de la
société antillaise, de comprendre qu’avec cette lutte de revendication sociale
forte et digne pointe aussi la revendication du droit à l’émancipation d’un
peuple, la revendication du droit à son histoire, marquée par la bestialisation
de l’humanité noire. Cette lutte est donc aussi un combat contre le racisme.
Et cela, qui n’est pas nommé dans les médias et au
gouvernement ne doit pas être dévoyé par un anti-sémitisme immonde. Comme est
immonde la manière dont le gouvernement d’Israèl traite le peuple de Gaza et
qu’est inacceptable le vocable utilisé d’anti-sémite dès lors qu’on exprime une
opposition à la politique d’expansion coloniale israélienne.
LES MURS ENFERMENT
AUSSI CEUX QUI LES ELEVENT.
Seule la relation peut construire un autre monde.
La lutte des peuples entre en relation.
Allons ensemble manifester le 21, comme toute l’équipe du théâtre dans lequel
je travaille en Région Parisienne avec toute l’équipe de la création du
spectacle qui s’y répète : un spectacle où se métissent les genres, les
formes, les cultures ; du théâtre, du slam, de la danse hip hop, tango, de
la musique,mis en scène par D’ de Kabal, un artiste antillais de la banlieue
qui veut détruire les murs.
Leïla Cukierman