UNE DÉMARCHE INNOVANTE

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Nous avons fait la connaissance de la Compagnie Alouette/ACM Ballet il y a un an (fin 2005). Leur première intervention dans notre établissement a été classique, dans une salle de spectacle où les résidents avaient été accompagnés. Très vite, ce mode d'intervention leur a semblé inadapté au contexte : temps de brancardage très long et attente interminable pour les premiers arrivés, fatigue d'un grand nombre de patients, très âgés....

Cette réflexion allant dans les sens du projet de vie de notre hôpital (prise en charge "au plus près" des résidents les plus fragiles et les plus isolés), la proposition de la compagnie nous a tout de suite séduits. Danser dans les chambres, les couloirs, les lieux de vie, au plus près des patients, c'était nouveau et ils l’ont fait!
Les réticences de principe ont vite été balayées et l'hôpital a vu débarquer la Compagnie avec beaucoup d'étonnement et de plaisir. Chacun, résidents et personnel, a pu louer leur professionnalisme et leur bonne humeur. Certains ont découvert, d'autres se sont remémoré des expériences anciennes (spectacles à l'Opéra, cours de danse de la petite enfance, premier bal...). Les sourires sont apparus et la journée a été illuminée.
Plusieurs mois plus tard, ils sont revenus, et miracle! Un grand nombre de personnes se souvenaient d'eux. Le public était conquis d'avance.
» Hôpital Sainte Périne (Assistance Publique - Hôpitaux de Paris) - Paris 16


Un projet innovant, à la fois artistique et social

Par équipe de quatre, des danseurs professionnels évoluent dans les services sur des journées complètes, de chambre en chambre, à la rencontre de chacun, mais en priorité des personnes les plus affaiblies ou isolées.
Des chorégraphies courtes et adaptables à tous les espaces viennent surprendre et émouvoir. Ces moments dansés sont source de plaisir. Ils se basent sur un art qui parle à beaucoup, indépendamment de considérations sociales, intellectuelles, culturelles, générationnelles. Chez les patients, la vision des corps en mouvement et l’écoute de la musique activent les mémoires sensorielles et émotionnelles. Les pensées se détournent de sensations qui peuvent devenir envahissantes, et la douleur est, peut-être un temps, apaisée.


Dans sa conception, le projet n'est dirigé vers aucune spécialité en particulier, même si, jusque là, nous avons souhaité travailler en gériatrie.


La démarche est novatrice dans la mesure où

Il s’agit purement d’une démarche de spectacle, qui n'a rien à voir avec l'art-thérapie ou un travail d'ateliers. Les chambres deviennent scènes, pour le plaisir à la fois des connaisseurs (anciens danseurs, ou amateurs de ballet...) et de ceux qui n'ont jamais eu l'occasion d'assister à des représentations. Elle n'a aucun objectif d'étude, de recherche, d'observation; aucune finalité autre que la création de moments de plaisir et d'échange autour de la danse.

Non seulement les artistes font entrer la danse à l’hôpital, mais ils touchent de façon personnalisée des personnes que leur état isole. En réunissant patients, familles, soignants, les intermèdes dansés créent entre les uns et les autres de nouveaux liens qui dépassent les préoccupations communes habituelles (maladie, soins, handicap, fin de vie). 

Les danseurs investissent les services sur des journées complètes, s'intégrant à la vie des unités. Ils font naviguer leur chariot-loge au milieu des charriots de soin et s’arrêtent dans les chambres à la demande des patients qui souhaitent quelques minutes de spectacle ou sur proposition des professionnels de la santé.

L'action touche autant les personnes qui sont atteintes physiquement, que celles qui souffrent de la maladie d'Alzheimer ou de troubles apparentés. Elle est aussi dirigée vers les soignants, qui profitent d'intermèdes festifs au milieu de leur travail.

Objectif

Proposer des instants de plaisir et d’échange autour de la danse.

Les effets

- Le cadre et les circonstances (douleur, difficulté à se mouvoir, soins, fin de vie) passent un peu en arrière plan.

- Un courant d’air frais chamboule le quotidien sans perturber le fonctionnement des unités.

- Un mieux être des personnes, un mieux vivre à l’intérieur de l'univers du soin.

- Des liens nouveaux entre les différents acteurs de la communauté hospitalière.

- Des moments de plaisir pour le personnel aussi qui créent un autre regard, une plus grande disponibilité/écoute envers les patients.



Un personnage à lui tout seul, le charriot... On y trouve de tout,
la chaine hifi, des chaussons, de la laque, les costumes, de l'eau, des bonbons, la conduite du jour ...

Le grand âge

L’accès au grand âge s’accompagne souvent de perte d’autonomie, à des degrés plus ou moins prononcés. Le vieillissement de la population accentue l’importance de la prise en charge des personnes âgées dépendantes. Dans cette prise en charge, il convient de donner une place au plaisir, à l’expression des émotions, au maintien du lien social, à la communication sous quelque forme que ce soit.

Communiquer

Pour les personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de troubles apparentés, les animations traditionnelles de type occupationnel ne sont pas adaptées. Il faut inventer de nouvelles approches pour maintenir ou retrouver des formes de communication.

Si la perte de mémoire et de repères spatiotemporels est l’incidence majeure de ces maladies, pour autant les centres de l’émotion ne sont que peu ou pas touchés. Depuis notre plus tendre enfance des évènements ont suscité des émotions. Ces évènements peuvent être oubliés, mais émotions et souvenirs sont ancrés au plus profond de nous. Certaines formes de mémoire persistent tant que la vie persiste. On peut facilement en conclure que si la mémoire émotionnelle est intacte, c'est par elle que peut se faire la communication.

L’un des aspects de l’art, justement, est de permettre l’expression de l’émotion et, du coup, il devient un lien essentiel avec l’entourage quand d’autres formes de communication disparaissent. D’où la nécessité de développer, en particulier dans les services gériatriques de longue durée, l’apport de toutes les ouvertures artistiques susceptibles de répondre au besoin d’adoucir la vie et la fin de vie.

« J'ai lu avec attention votre projet qui s'inscrit tout à fait dans l'esprit de ce que je souhaite promouvoir au sein de notre établissement : des divertissements et des spectacles déconcentrés pour toucher le plus grand nombre, et donner un moment de bonheur et d'évasion à ceux, en particulier, qui ne se déplacent plus et, à ce titre, ne peuvent plus assister aux spectacles présentés dans les salles polyvalentes. Les résidents hospitalisés dans les longs séjours sont de plus en plus âgés et malades, c'est donc la culture et le spectacle qui doit aller vers eux. Vous avez tout mon soutien dans cette entreprise difficile mais qui apporte tant de bonheur et fait oublier les vicissitudes de la vie aux personnes qui nous sont confiées. À bientôt j'espère et bravo ! » (Hôpital Sainte Périne - Paris 16)



Considération artistiques

Dans le contexte particulier de l'hôpital, nous avons choisi de concevoir les chorégraphies comme nous le ferions pour des lieux dédiés au spectacle. Nous apportons couleurs, fantaisie, humour, sensualité, là où il est habituellement question de soins et de fin de vie. Nous compensons l'inadaptation des lieux par le choix des costumes et des musiques, une diffusion sonore de qualité et le travail.

CRÉATIVITÉ: l’idée de danser dans des espaces comme des chambres semble contraire à notre formation et à nos expériences de danseurs. Mais les contraintes (peu d'espace, absence d'éclairages et de décors), et la fréquence de nos passages dans les services, jouent comme des moteurs de créativité. Il faut imaginer des chorégraphies courtes et , adaptables aux espaces particuliers dans lesquels nous évoluons, qui amènent plaisir et émotion en quelques instants. Les pièces dansées doivent tenir compte des contraintes d’espaces, de la proximité du public, du fait que les spectateurs, souvent alités, ont un champ de vision restreint.

PRECISION : le cadre de notre travail impose une grande maîtrise des mouvements. Dans les chambres, la télévision, le vase, les tableaux, le fauteuil et… le patient ne sont jamais bien loin. 

EXPRESSION : les danseurs sont "à nu", sans la protection que constitue habituellement la distance entre la scène et le public. D’où l’importance des regards, en particulier.



Quelques idées que nous gardons en tête, avec l’espoir de les voir se concrétiser petit à petit : 

Interventions de chorégraphes extérieurs qui s’engageraient à nos cotés en créant pour nous des chorégraphies, ou en nous transmettant des pièces de leur répertoire à proposer dans les hôpitaux. Une fois intégré le "cahier des charges" liés à la spécificité des lieux, il y a toute liberté dans les propositions quant au choix des musiques, au style, aux compositions des programmes.

Idem pour des couturiers, qui pourraient imaginer des costumes. Une vitrine inhabituelle pour leur travail. Un impact immédiatement visible. Le bonheur de participer à des créations artistiques là où il s'en fait peu.

Avec une générosité dont nous leur sommes infiniment reconnaissants, Wilfride Piollet et Jean Guizerix, danseurs étoiles de l'Opéra de Paris, ont accepté de nous épauler dans notre démarche. Outre les danseurs, qui créent la majorité des pièces, Nathalie Adam nous a également apporté ses talents de chorégraphe et répétitrice.