"La Liberté reste notre raison de vivre "
(Albert Camus)
Discours
solennel à l’occasion du couronnement du buste d'Apáczai devant le Lycée
Chers collègues, élèves et invités ! Année après année, nous ouvrons ici les journées Apáczai pour commémorer Janos Apáczai Csere, personnage qui a donné son nom à notre école et pour couronner son mémorial. Cette année ne fait pas exception, mais aujourd’hui la présence du Lyceum Apáczai de Cluj ainsi que celle de nos partenaires Comenius donne une plus grande ampleur à l’évènement. Permettez-moi de saluer chaleureusement les élèves et les enseignants italiens, espagnol, polonais, français, transylvaniens.
Comenius et Apáczai : deux humanistes européens Comenius était le contemporain et le collègue de Janos Apáczai, car tous les deux étaient des enseignants. Que pouvons-nous savoir de ce grand pédagogue ? Comenius (né Jan Amos Komenský le 28 mars 1592 à Nivnice, en Moravie (mort le 15 novembre 1670 à Amsterdam) fut un pédagogue et écrivain tchèque, « l’enseignant des nations ». Il peut être considéré comme l’un des premiers pédagogues modernes. Ses parents ont émigré de Hongrie. Il paraît que son nom original fut Janos Szeges (d’après son testament découvert en 1968). Apaczai, comme nous le savons, est né en 1625, à Apacza, dans une libre famille paysanne de Transylvanie. Comenius fit ses études supérieures de théologie à l’Académie d’Herborn et à l’université de Heidelberg. Apaczai fit ses études dans des universités aux Pays-Bas: il put écouter les conférences des professeurs de renommée mondiale aux universités à Leyden et à Utrecht, à l'Université de Harderwijk, il fut titulaire d'un doctorat en théologie. La princesse, Suzanne Lórántffy appela Comenius à participer à la reconstruction du collège, pour transformer le collège Sarospatak en formation des prêtres et aider à y fournir un niveau élevé de connaissances modernes. Susanne Lórántffy fut aussi qui intervint en faveur d’Apaczai, pour le nommer à la tête du Collège protestant de Cluj Comenius développa, dans plusieurs œuvres, ses conceptions
sur l’amélioration du système scolaire. Il décrit un système scolaire en quatre
étapes dont tous les niveaux d’éducation… éducation tout au long de six années dont la dernière unité fut
l’école de l'adolescence nommée l’Académie et les voyages à l’étranger. Apaczai
et Comenius passèrent également plusieurs années dans des universités
étrangères. De nos jours, nombreux étudiants font un voyage à l'étranger pour passer quelques mois, ou années dans une école secondaire ou dans une université étrangères en vue de mener des recherches, ou simplement de travailler quelques jours avec des étudiants d'autres pays, de se familiariser avec leur pays, leurs cultures. Malheureusement, cela n’a pas été toujours ainsi. Cette année vous travaillez sur les années 60. Pour les élèves qui participent au programme Comenius c’est de l’histoire, pour moi c’est le monde de mon enfance. La frontière... Moi-même j’ai été élevé dans un petit village près de la frontière autrichienne ...Bien que nous soyons à 20 km de la frontière autrichienne, un monde nous en a séparés. Le lien n’était que l’arrivée de quelques autocars autrichiens ou allemands et de 2 à 3 camions par jour. Non seulement on ne pouvait pas (ou très difficilement) voyager en Autriche, mais il était interdit de se rapprocher de la frontière. On ne pouvait pas voyager sans une autorisation spéciale. Même celui qui a été tellement chanceux d'avoir obtenu un passeport (parce que pas tout le monde a obtenu un passeport, le refus est arrivé très facilement, si les autorités pensaient qu'il existait un risque de dissidence), ne pouvait pas être tout à fait satisfait, car il ne pouvait pas emporter suffisamment de devises pour se payer un hôtel et subvenir à ses besoins essentiels.
Le témoignage de Mme Sparing Köves Ildikó, titulaire de la médaille Apaczai
Le lundi 4 avril 2011, 16h30
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Lettre d'Albert Camus à la nation LIBRAIRE GALLIMARD
Mademoiselle Michelle Dalbret Association des Français Libres 12, Rond-Point des Champs Elysée Paris (VIIIº)
Paris, le 23 novembre 1956.
Mademoiselle, J’ai sincèrement regretté de ne pouvoir répondre à votre invitation comme vous le désiriez. J’ai pourtant été touché par vos arguments et par la sympathie que vous avez bien voulu me montrer. Mais, outre la répugnance personnelle que j’ai à parler en public, je ne puis répondre à tout ce qui sollicite en même temps et de toutes parts un écrivain libre. De plus, le refus que j’ai déjà opposé à d’autres appels me rendait difficile de répondre au vôtre. Je voudrais enfin me consacrer autant que possible à faire aboutir l’appel des écrivains européens à l’ONU dont j’ai pris l’initiative. Pourtant je voudrais ne pas être tout à fait absent mardi soir parmi vous. Puisque vous vous adressez à de jeunes auditeurs, peut-être pourriez-vous leur dire ce que, présent, je leur aurais dit et que je vais essayer de résumer. La seule chose que je puisse aujourd’hui affirmer publiquement, après avoir participé, directement ou indirectement, à vingt années de notre sanglante histoire, est que la valeur suprême, le bien dernier pour lequel il vaut la peine de vivre et de combattre, reste toujours la liberté. Les hommes de ma génération ont eu 20 ans à l’époque où Hitler prenait le pouvoir et où s’organisaient les premiers procès de Moscou. Il nous a fallu, pendant 10 ans, lutter d’abord contre la tyrannie hitlérienne et contre les hommes de droite qui la soutenaient. Et pendant que dix autres années, combattre la tyrannie stalinienne et les sophismes de ses défenseurs de gauche. Aujourd’hui, malgré les trahisons successives et les calomnies dont les intellectuels de tous les bords l’ont couverte, la liberté, reste notre raison de vivre. J’avoue avoir été tenté ces dernières années de désespérer du sort de la liberté. Trahie par ceux dont c’était la vocation de la défendre, piétinée par nos clercs devant les peuples silencieux, j’ai craint sa mort définitive et c’est pourquoi il m’a semblé parfois que le déshonneur de notre temps recouvrait toutes choses. Mais la jeunesse hongroise, celle d’Espagne et de France, celle de tous les pays nous prouve aujourd’hui qu’il n’en est rien et que rien n’abat ni n’abattra jamais, cette force violente et pure qui pousse les hommes et les peuples à revendiquer l’honneur de vivre debout. Vous tous qui entrez maintenant dans notre histoire, n’oubliez pas cela. Ne l’oubliez en aucun lieu, ni en aucun temps ! Et si vous pouvez accepter loyalement de tout discuter, n’acceptez jamais que la liberté de l’esprit, de la personne, de la nation soient jamais mises en cause, même provisoirement, fut-ce une seule seconde. Vous devez savoir maintenant que lorsque l’esprit est enchainé, le travail est asservi, que l’écrivain est muselé quand l’ouvrier est opprimé, et que, lorsque la nation n’est pas libre, le socialisme ne libère personne et asservit tout le monde. Que le sacrifice hongrois, devant lequel nous avons remâché notre honte et notre impuissance, serve au moins à nous rappeler cela. Nous serons moins tentés d’accabler notre propre nation, et elle seule, sous ses péchés historiques. Nous serons plus soucieux, sans cesser d’exiger d’elle toute la justice dont elle est capable, de sa survie et de sa liberté. Vous n’aurez pas alors à nous imiter, nous qui dans cette longue lutte, nous sommes usés à combatte, pour rectifier les mots et dénoncer les mystifications, dans l’interminable et stériles luttes civiles. Vous chercherez ce qui vous réunit plutôt que ce qui vous sépare. Une certaine solitude, dure à vivre, risquera ainsi de vous être épargnée. Alors, peut-être, vous referez à vous tous ce pays que j’aime aujourd’hui comme la liberté elle-même et qui, malgré ses malheurs, ses faiblesses, ses fautes, continue de mériter en ce monde notre fidélité. Mais de toutes manières, partout et toujours, gardez la mémoire de ce que nous venons de vivre afin de rester fidèles à la liberté, à ses droits comme à ses devoirs, et afin de ne jamais accepter, jamais, que quelqu’un, homme, si grand soit-il, ou parti, si fort qu’il soit, pense pour vous et vous dicte votre conduite. Oubliez vos maitres, ceux qui vous ont tant menti, vous le savez maintenant, et les autres aussi, puisqu’ils n’ont pas su vous persuader. Oublier tous les maitres, oubliez les idéologies périmées, les concepts mourants, les slogans vétustes dont on veut encore continuer de vous nourrir. Ne vous laissez intimider par aucun des chantages, de droite ou de gauche. Et pour finir, n’acceptez plus de leçons que des jeunes combattants de Budapest mourant pour la liberté. Ceux-là ne vous ont pas menti en vous criant que l’esprit libre et le travail libre, dans une nation libre, au sein d’une Europe libre, sont les seuls biens de cette terre et de notre histoire qui vaillent qu’on lutte et qu’on meure pour eux.
Voilà, mademoiselle, ce que j’aurais souhaité dire mardi à votre auditoire. Et que peut-être vous direz pour moi. Croyez, je vous prie, à mes sentiments respectueux, Albert Camus Mémoire sur la dictature communiste Une phrase sur la tyrannie Là où il y a tyrannie tyrannie il y a pas seulement à la gueule des fusils pas seulement en prison il y a tyrannie pas seulement dans les chambres d'interrogatoire ni dans la voix de la sentinelle criant dans la nuit pas seulement dans le réquisitoire sombre et fumeux pas seulement dans les aveux et le Morse du prisonnier pas seulement dans la sentence glacée du juge prononçant : coupable il y a tyrannie pas seulement dans le "garde-à-vous" ! dans ce cri de la raideur militaire : " Feu" dans le roulement du tambour, pas seulement dans la façon dont un cadavre est balancé dans la tombe, pas seulement dans les nouvelles chuchotées avec peur à travers des portes furtivement entrouvertes; pas seulement dans le doigt devant la bouche qui veut dire : tais-toi il y a tyrannie tyrannie encore ... Gyula Illyés (1902-1983) Poète, conteur, auteur dramatique hongrois
| La "baraque la plus gaie"
du camp socialiste Les années 60 en Hongrie
C'est avec beaucoup d'éclat et un remarquable sens pédagogique que le professeur Poros András nous a expliqué en français comment fonctionnait la société hongroise à l'époque de Kádár après la révolution antistalinienne de 1956. Repères chronologiques: 1948-1990 La période du "socialisme d'Etat"
1957-68 la
période étudiée "Les années 60" L'expression « socialisme du goulash » désigne le régime politique en œuvre en République populaire de Hongrie durant la Guerre froide. Elle désigne la politique instaurée dans la deuxième moitié des années 1950, après la fin du régime stalinien de Mátyás Rákosi et la répression de l'insurrection de Budapest. Cette politique, menée sous l'impulsion de János Kádár, est considérée comme plus tolérante que celle en vigueur dans les autres pays du bloc soviétique. On trouve également dans certains ouvrages l'expression de « baraque la plus gaie du camp socialiste » qui permet de souligner le particularisme du régime hongrois, tout en insistant sur le caractère relatif du « laxisme » attribué aux dirigeants du Parti communiste au pouvoir. Quels étaient les principes de base d'une dictature socialiste ? C'est une économie planifiée dictée par l'Etat, marquée par le "plein emploi", c'est à dire que tout le monde a la possibilité de travailler. Le régime a le devoir de fournir du travail à tout le monde. celui qui ne travaille pas est considéré comme un délinquant. Il y avait en réalité un chômage caché, il fallait parfois faire semblant de travailler. Le régime met l'accent sur l'industrialisation au détriment de l'agriculture, le paysan étant mal considéré. L'état détenait le monopole dans le domaine de l'éducation ( l'école, l'encadrement de la jeunesse-Les pionniers-).Les gens vivaient dans une situation de guerre, dans une économie de guerre d'où les restrictions, le rationnement... Le régime était dirigé par un parti unique qui contrôlait tout. Les réformes de János Kádár Les cercles concentrés de la consolidation : Les cercles de la consolidation s'élargissaient sur la surface ondulante du beau Balaton Je me souviens, un jour d'été, on allait en bateau de Bélatelep à Révfülöp Ah l'ancien, ah le lac Balaton, les anciens étés, même si sans bateau à voiles Ah l'ancien, ah sur la terrasse, on y était assis en été, en regardant tout au long du lac Táguló
gyűrűkben konszolidációt hullámzott a szép Balaton Chanson dans les années 60 au Lac Balaton
Durant la période stalinienne la formule était " si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous" après 1956 le régime de János Kádár cherche à éviter à tout prix toute nouvelle insurrection et a besoin d'assoir sa légitimité, le slogan deviens alors " Si vous n'êtes pas contre nous, vous êtes avec nous", comment traduire cette formule ? ne manifestez pas, ne faites rien contre nous, on pratique l'armistice. Le régime de Kadar va évoluer selon le principe des "cercle concentrés" afin de consolider un régime qui avait été mis à mal avec la révolution de 1956. Par petites touches le régime va procéder à des réformes visant à assouplir le "socialisme d'état" sans remettre en cause l'appartenance au bloc soviètique.
La politique économique et ses nouvelles priorités : Cette politique peut se résumer par les points suivants :
1968 apparaît bien comme l'année des remises en question avec l'irruption de la jeunesse, on peut citer trois évènements : Aux Etats-Unis : Contre la guerre du Viêtnam se développent des mouvements antimilitaristes ( hair, les Hippies), le Mai des étudiants à Paris et enfin le Printemps de Prague. Le printemps de Prague écrasé par l'URSS et les" pays frères" du Pacte de Varsovie remet en cause le rôle dirigeant de l'URSS. Afin d'éviter toute agitation en Hongrie Kadar va devoir mener une politique d'équilibre délicate : Ne pas contrarier le grand frère soviétique tout en cherchant à adoucir le socialisme à la sauce goulash !
Notes prises par Daniel Micolon à l'occasion des Journées Apáczai et programme Comenius, conférences en langues étrangères vendredi 8 avril 2011.
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