Opinions, soutiens, prises de positions2

Obama- Netanyahu. Sanctions ou guerre ?
Charles Enderlin, 5 mars 2012

Barack Obama recevra Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche, ce lundi, 5 mars. La plupart des médias israéliens qualifient cette rencontre comme « très importante ». Certains commentateurs parlent même d’instant historique, comme si l’avenir de la paix au Proche-Orient va en dépendre. Peut être, on verra dans les mois à venir si c’est le cas.

En tout cas, le Premier ministre israélien a mis la barre très haut. Il demande à la communauté internationale et en particulier à l’administration américaine de poser trois conditions aux Iraniens AVANT même d’entamer toute négociation avec Téhéran.

1 : Le démantèlement de l’usine d’enrichissement d’uranium, installée sous une montagne à Fordow, près de Qom, la ville sainte

2 : L’arrêt toute opération d’enrichissement d’uranium dans les autres centres nucléaires iraniens.

3 : Le transfert hors d’Iran de l’uranium existant, enrichi à plus de 3,5%. Actuellement les Iraniens enrichissent à taux de 20%. C’est-à-dire qu’à partir de là, ils pourraient, en quelques mois, obtenir de l’uranium « militaire » enrichi à plus de 90%.

Benjamin Netanyahu veut  donc obtenir d’Obama la promesse ferme d’un engagement militaire américain contre l’Iran si les Ayatollah continuent leurs opérations d’enrichissement. Là, il faut rappeler que, selon les agences de renseignement américaines, les dirigeants iraniens n’ont pas décidé de passer au stade de fabrication de l’arme nucléaire. En fait, ils se donneraient la possibilité de s’engager dans cette voie, ultérieurement. C’est cette capacité que les dirigeants israéliens veulent empêcher à tout prix.

Shimon Pérès a donné le ton, hier devant les délégués d’AIPAC, le lobby pro-israélien, réunis à Washington : « L‘Iran est un régime diabolique, cruel, moralement corrompu. […]. La paix est toujours l’option que nous privilégions, mais si nous sommes obligés de combattre, croyez-moi : nous vaincrons ! […]  Le régime iranien est basé sur la destruction, c’est un affront à la dignité humaine. L’Iran est le centre, le mécène et le financier de la terreur dans le monde. L’Iran est un danger pour le monde entier, son ambition est de contrôler le Proche-Orient, il pourra ainsi contrôler le plus grande partie de l’économie mondiale. Il doit être stoppé et il sera stoppé »

Prenant la parole, Barack Obama lui a répondu : « On parle trop de guerre. Au cours des dernières semaines, de telles discussions n’ont servi que le régime iranien, en faisant grimper le prix du pétrole, dont il dépend pour financer son programme nucléaire. […] Je crois fermement qu’il y a encore la place pour la diplomatie, accompagnée d’une certaine pression,  pour résoudre cette crise. […] Mais, comme je l’ai déjà dit très clairement au cours de mon mandat, je n’hésiterai pas à utiliser la force pour protéger les Etats-Unis et leurs intérêts » Le président américain a répété qu’il fera « tout ce qui est nécessaire pour préserver l’avantage militaire israélien, parce qu’Israël doit toujours avoir la possibilité de se défendre seul contre toute menace ».

Au Canada où il était en visite officielle, Benjamin Netanyahou s’est félicité de ces prises de position. Va-t-il exiger, lors de son entretien à la Maison Blanche, un plan d’action précis contre l’Iran ? Jusqu’à présent, le Premier ministre israélien et Ehud Barak, le ministre de la Défense, ont toujours refusé de s’engager à avertir l’administration américaine de l’imminence d’une offensive israélienne en Iran.

Une telle initiative militaire parait exclue dans un avenir proche. D’abord parce qu’Obama veut laisser les sanctions internationales faire leur effet sur les dirigeants iraniens. Et puis, une nouvelle guerre au Moyen Orient serait malvenue en pleine campagne électorale aux Etats-Unis. Il demande donc à Netanyahu d’attendre… Dans l’état actuel des choses, les dirigeants israéliens n’ont pas d’autre choix vu l’impréparation de l’arrière israélien. 40% de la population d ‘Israël ne dispose pas de Kits de protection et l’usine qui produit les masques à gaz doit fermer ses portes au cours des prochaines semaines, faute de financement.

En attendant, le débat sur l’opportunité d’une guerre avec l’Iran vient d’être relancé. Vendredi dernier, trois jours avant la rencontre de Washington, le grand quotidien Yediot Aharonot a publié, sur huit pages, une interview d’Ouzi Arad peu favorable à Benjamin Netanyahu, dont il fut pendant quinze ans le principal – et fidèle- conseiller. Cet ancien analyste du Mossad devenu professeur de diplomatie et stratégie au centre universitaire de Herzliyya a été prié de quitter son poste de directeur du Conseil national de sécurité, en février 2011, après avoir été accusé d’être à l’origine d’une fuite. Il affirme avoir été victime d’une conspiration fomentée par certains hauts fonctionnaires de la présidence du conseil. Selon, Yediot Aharonot,  les avocats d’Arad affirment que cette affaire de fuites n’a été qu’un prétexte pour le limoger. Le Premier ministre lui aurait retiré sa confiance pour une autre raison : l’affaire du nucléaire iranien. Arad aurait présenté diverses options à Netanyahu ainsi que les conséquences éventuelles d’une frappe sur les installations iraniennes, définissant les dégâts qu’Israël  pourrait subir. Le chef du gouvernement n’aurait pas apprécié que ces analyses circulent sous forme de rapports écrits. Toujours d’après les avocats d’Arad, Netanyahu ne voulait pas que de tels documents puissent servir à une éventuelle commission d’enquête si elle devait voir le jour.

Visiblement, en s’exprimant ainsi, juste avant une rencontre cruciale à Washington, Arad a brulé tous les ponts avec son ancien patron et la présidence du conseil et, Yediot Aharonot a voulu poser la question du mode de prise de décision au sommet de l’état d’Israël avant, peut être une nouvelle guerre dans la région.



L’apartheid a un visage
Samah Jabr - Bitterlemons
samedi 25 février 2012 - 13h:1
La restriction par Israël à la valeur de la vie humaine, combinée à l’expansion de la répression sociale et au déni, est en train d’éroder la société israélienne comme elle érode celle du peuple qu’elle occupe.

Le mois dernier, en début de soirée et alors que je conduisais sur la route n°1 à Jérusalem, dans le quartier de Sheikh Jarrah, j’ai été agressée par plusieurs garçons de colons. Ils avaient entre 12 et 13 ans et étaient vêtus de la robe religieuse orthodoxe. L’un a jeté et fait exploser un pétard sur ma voiture pendant que j’étais arrêtée à un feu de circulation, me rendant à un cours à l’Institut israélien de psychanalyse.

La police israélienne est arrivée sur les lieux pour voir quelle était cette perturbation, les jeunes étant toujours là. Plutôt que de les réprimander et malgré mon désarroi, la police m’a dit qu’il s’agissait « seulement » d’un jouet de Pourim. Ils m’ont demandé de déplacer ma voiture sinon ils me mettraient une contravention. Des automobilistes arabes qui passaient m’ont dit que ces garçons harcelaient souvent les conducteurs, crachant sur les femmes arabes et lançant des pierres sur les automobilistes arabes dans le secteur. La police ne faisait rien contre cela.

Je suis arrivée à ma classe de psychothérapie psychanalytique en pensant à tous ces gosses palestiniens qui avaient reçu des balles dans les yeux ou derrière les genoux, ou été heurtés par des voitures de colons parce qu’ils étaient accusés d’avoir jeté des pierres sur des voitures israéliennes. L’apartheid est un système de discrimination - semblable à ce système qui contrôle chaque domaine de la vie palestinienne sur notre terre. Chaque jour resté sans solution, mon peuple est contraint de s’enfoncer dans l’injustice et la dépossession.

Jeudi dernier, un camion n’a plus été contrôlé sous la pluie et est entré en collision avec un car palestinien transportant des élèves. Le car s’est retourné et a pris feu, un incendie qui a dévoré six petits enfants et leur enseignant et en a brûlé gravement plusieurs autres.

Des accidents de la circulation ont lieu partout. Partout aussi, des enfants meurent dans des accidents malheureux. Ce qui a été inhabituel dans cette tragédie, c’est qu’elle s’est produite à un endroit qui s’appelle (d’après le système d’apartheid local), « Zone C », près de ce que les Palestiniens appellent le check-point de Jaba et que les Israéliens appellent la place Adam, après la colonie proche. Une équipe d’urgences médicales et une caserne de pompiers israéliennes sont tout près, à moins de trois minutes du lieu de l’accident. En Zone C, l’Autorité palestinienne n’a aucun pouvoir et la plupart du temps, les Palestiniens ont l’interdiction par Israël d’y construire. Tandis que les colonies israéliennes s’agrandissent sur la terre palestinienne et que leurs résidents circulent sur des routes bien construites et sûres, les Palestiniens dans ces zones doivent se débrouiller avec des infrastructures délabrées et l’absence des services de base.

Une vidéo filmée dans les premières minutes de l’accident montre des hommes et des femmes palestiniens, non aguerris contre le feu, accourir sur les lieux et utiliser leurs mains nues, les petits extincteurs de leurs voitures et des seaux d’eau pour éteindre le brasier. D’autres ont pu entrer à l’intérieur du car en feu et en ressortir en portant des enfants qui brûlaient, dont certains furent transportés dans un hôpital dans des voitures particulières. Avant que les ambulances n’arrivent, le feu avait été éteint et les enfants évacués. Des témoins disent que les ambulances sont arrivées 45 à 50 minutes après l’accident. L’hôpital palestinien le plus proche, le Croissant-Rouge palestinien, serait normalement à 20 minutes de là, s’il n’y avait cet enchevêtrement quotidien de circulations provoqué par le check-point de Qalandia, à l’entrée Sud de Ramallah.

Benzion Oring, responsable du ZAKA, un service d’urgences médicales israélien de Jérusalem, a déclaré à Ynet que ses équipes de secours avaient eu des problèmes au début pour rejoindre l’endroit parce que le secteur est proche des villages palestiniens. « Nous sommes arrivés sur place après avoir été assurés d’obtenir les autorisations nécessaires », a-t-il dit. Bon, mais pourquoi les Israéliens n’ont-ils pas besoin de toute cette préparation pour entrer dans le secteur quand il s’agit d’arrêter un Palestinien ? Les soldats postés au check-point à seulement 100 mètres de l’endroit n’auraient certainement pas attendu autour du car en train de brûler, s’il avait transporté des enfants israéliens.

Et bien sûr, les médias israéliens se sont focalisé sur les équipes médicales israéliennes qui finalement sont arrivées sur place et ont aidé à secourir les enfants, emmenant quelques gosses dans les « bons » hôpitaux israéliens, sans mentionner que les check-points et le mur israéliens avaient retardé les sauveteurs. Et ce n’est pas le premier accident où des vies palestiniennes sont perdues parce que les pompiers et et les équipes médicales ne sont pas autorisés à entrer en Zone C, ou parce qu’ils sont retardés par les check-points israéliens, les couvre-feux et les murs, ou le siège de Gaza.

Sous l’occupation israélienne « éclairée », il existe des règlements pour chaque type de discrimination et une loi pour chaque crime. Les droits des personnes et leur chance de survivre dépendent de là où ils vivent. Les cartes d’identité, les plaques d’immatriculation, les possibilités d’accès aux routes, aux hôpitaux et à toutes les sortes de services sont accordées sur la base de l’identité nationale. Les personnes sont classées comme supérieures, alors on leur accorde les droits humains intégraux, ou comme inférieures, et on les laisse survivre sur les restes de leurs occupants. Cette restriction à la valeur de la vie humaine, combinée à l’expansion de la répression sociale et au déni, est en train d’éroder la société israélienne comme elle érode celle du peuple qu’elle occupe.

* Samah Jabr, écrivain indépendant, est psychiatre. L’un des objets politiques de son combat est un État unique pour une perspective de paix et de liberté commune. Ses chroniques touchantes nous parlent d’une vie au quotidien en pleine occupation ; d’un regard lucide, elle nous fait partager ses réflexions en tissant des liens entre sa vie intime, son travail en milieu psychiatrique et les différents aspects politique d’une situation d’apartheid.

d'après : http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=11849


Le monde selon Guéant
Brahim Senouci le 06 février 2012

Le ministre de l’Intérieur français vient de déclarer que toutes les civilisations ne se valent pas. J’ai été choqué comme beaucoup de gens par cette sortie mais, à bien y réfléchir, je l’ai trouvée opportune.

D’abord, j’abonde dans le sens de M. Guéant. La civilisation occidentale est incontestablement supérieure à toutes les autres. A celles et ceux qui n’en sont pas convaincus, demandez aux peuples qui ont bénéficié de ses bienfaits ce qu’ils en pensent. Demandez aux Algériens, enfumés par Saint-Arnaud, emmurés par Canrobert, suppliciés par Bigeard, massacrés à Skikda, jetés par grappes dans les ravins de Guelma et Sétif ce qu’ils en pensent. Demandez aux Malgaches, aux Vietnamiens, aux Congolais, aux esclaves dont les têtes ornent les frontons de bien des hôtels particuliers de Bordeaux et de Nantes. Demandez aux peuples originels d’Amérique du Sud ce qu’ils pensent de la Renaissance occidentale et de l’Eglise très chrétienne s’interrogeant sur leur humanité. Demandez aux Amérindiens… Non, pas les Amérindiens. Il n’y en a plus.

Oui, la civilisation occidentale est supérieure aux autres. Elle a inventé l’industrie de l’automobile, l’industrie électrique, l’industrie de l’acier, l’industrie de la mort. C’est avec la même précision, le même souci du détail qui ont présidé à la fabrication de voitures ou d’avions qu’elle a conduit l’œuvre de destruction des juifs, des tziganes, des communistes dans les camps de la mort.

Les propos de Guéant sont-ils surprenants ? Non, assurément.

Pour permettre la mainmise coloniale sur les pays du Sud, il a fallu construire une image de l’ennemi de nature à donner à l’entreprise une justification rationnelle. Cette image fait partie de la psyché occidentale. Le doux Victor Hugo s’était ému des massacres commis en Algérie et en Afrique. Il les avait dénoncés dans une déclaration fameuse dans laquelle il disait notamment : La barbarie est en Afrique, je le sais, mais […] nous ne devons pas l'y prendre, nous devons l'y détruire ; nous ne sommes pas venus l'y chercher, mais l'en chasser. Nous ne sommes pas venus […] inoculer la barbarie à notre armée, mais notre civilisation à tout un peuple. Le bon poète se contentait de réprouver les méthodes de la colonisation sans remettre en cause son bien-fondé, eu égard au caractère barbare des populations qu’elle devait soumettre.

Cette prémisse est encore présente aujourd’hui. C’est ce qu’exprime Guéant ainsi que ses soutiens. Même dans les rangs de ceux qui s’offusquent de sa déclaration, on n’en trouve guère pour remettre en cause de manière radicale la prémisse en question. La plupart d’entre eux sont, au mieux, sur la même ligne que Victor Hugo, le talent en moins…

En fait, cette déclaration n’agit que comme le révélateur du maintien dans l’inconscient collectif occidental de la grille de lecture du monde qui prévalait au 19ème siècle. Nous et les autres

En Algérie, un certain discours habille la période coloniale d’un certain charme. Au temps de la France, soupirent le chauffeur de taxi, le marchand des quatre saisons, le biznessman…, on était si bien. C’est que la mémoire est courte quand elle charrie humiliations, frustrations, tragédies. Et puis, il faut bien échapper à la morosité bien réelle d’aujourd’hui en se réfugiant dans un paradis artificiel. Il faut espérer que la sortie du Guéant serve au moins à faire œuvre pédagogique, en particulier pour les jeunes générations qui n’ont jamais vu un soldat français sur la terre d’Algérie. Il les éclairera sans doute sur la réalité de la présence française en Algérie et sur la persistance de la matrice du mépris et de la haine qui a accouché d’une colonisation barbare. C’est au nom de ce même mépris que le député apparenté socialiste de la Martinique, Serge Letchimy, descendant d’esclaves, a été sommé de s’excuser après avoir reproché au ministre de l’intérieur de conduire la même politique que celle qui a mené naguère aux camps de concentration…

Reste que la déclaration de Guéant est inquiétante, d’autant plus que la crise actuelle, qui menace le leadership occidental, est de nature à faire ressurgir les vieux fantômes et la tentation d’une solution qui découle de la fameuse prémisse. Si les Barbares sont les autres, cela signifie, aux yeux de l’Occident, qu’ils n’ont aucun droit à participer à la marche du monde, encore moins à contester l’ordre existant. L’Occident peut être tenté d’appliquer à grande échelle les techniques utilisées au 19ème siècle pour maintenir sa prééminence. Se prémunir contre le danger de la guerre commande qu’on en finisse avec des stéréotypes aussi stupides que meurtriers. Seule, cette remise en cause radicale nous épargnera des conflits dévastateurs en permettant une négociation saine sur la mise sur pied d’un monde égalitaire et solidaire. 

d'après : http://brahim-senouci.over-blog.com/article-le-monde-selon-gueant-98737539.html




Un Etat ou deux Etats en Palestine ? Quelles sont les conditions de la paix ?

lundi 6 février 2012, par Pierre Stambul

Conférence-débat à Montauban à l’invitation de l’AFPS 82 le samedi 4 février 2012 par Pierre Stambul (co-président de l’Ujfp).

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En 1988 à Alger, la direction de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) a reconnu l’Etat d’Israël dans ses frontières d’avant 1967 et a limité ses revendications à un Etat palestinien sur 22% de la Palestine historique (Gaza, Jérusalem Est et Cisjordanie). Avant d’examiner les circonstances historiques qui ont mené à cette concession majeure et ce qui s’en est suivi, il convient de faire une constatation facile : près de 20 ans après les accords d’Oslo, conséquences de la décision d’Alger, l’occupant a détruit dans les faits toute possibilité d’établir un Etat palestinien qui soit autre chose que la juxtaposition de bantoustans isolés et non-viables. Alors, utopie pour utopie, revenons sur ce débat « un Etat/deux Etats ».

La question fondamentale : l’Etat juif.
Sans doute, parmi les Juifs qui arrivent en Palestine dès les années 1900, beaucoup cherchent un refuge, face à l’antisémitisme européen. Mais le projet politique qui est à l’œuvre, le sionisme, a dès le départ une autre signification qui est raciste. Pour les sionistes, la Palestine est « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » (phrase due à Zangwill dans un autre contexte) et le peuple palestinien n’existe pas.
Pour les sionistes, les Juifs ont vécu 2000 ans d’exil et de souffrance lors d’une longue parenthèse (la diaspora) et ils ont fait leur « retour » sur la terre de leurs ancêtres. On sait aujourd’hui qu’il n’y a eu ni exil, ni retour (lire Shlomo Sand). Pour les sionistes (c’est enseigné en Israël et on trouve ces délires sur de nombreux sites sionistes), la Palestine était (faiblement) peuplée de populations composites amenées là par l’occupant ottoman. Le candidat républicain aux présidentielles américaines Newt Gingrich a repris officiellement ces thèses négationnistes sur la non-existence du peuple palestinien. En 1919, Ben Gourion écrit que ces fellahs qui vivent en Palestine sont sûrement des descendants d’Hébreux (là il n’a pas tort) et qu’ils vont donc accepter le projet sioniste. Là, bien sûr il se trompe.
Le projet sioniste est un projet de conquête colonial très particulier. Il ne vise pas à exploiter les autochtones mais à les nier, à les expulser et à les remplacer par des Juifs. Ce projet est raciste : l’existence, la dignité et les droits des Palestiniens sont totalement niés.
Le KKL qui va déposséder les Palestiniens de leur propre pays a été fondé en 1901. La banque coloniale juive date de 1899. L’Agence juive est créée en 1929 et dans les faits, c’est plus que l’embryon du futur Etat juif. Le syndicat Histadrout est créé en 1920 et dans ses statuts, il vise à établir une « patrie de travail pour le peuple juif ».
Avant le sionisme, environ 4% de la population palestinienne était juive. En majorité, cette population arrivée à partir de la fin du XVIIIe siècle était très religieuse. Ces Juifs palestiniens vivent en bonne intelligence avec leurs voisins musulmans ou chrétiens et ils seront longtemps hostiles au sionisme. Les Palestiniens ne sont pas contre une cohabitation avec les Juifs. Mais après la déclaration Balfour, ce qu’ils constatent, c’est une conquête rampante de leur pays et surtout la création d’un véritable Etat avec ses institutions et son armée qui grignote leur territoire et a d’entrée comme projet leur expulsion.
La révolte palestinienne de 1929 et surtout la grande révolte de 1936 qui sera impitoyablement réprimée par le colonialisme britannique ne traduisent pas un refus de cohabitation mais un refus de domination.
L’Etat juif en construction prépare très tôt l’expulsion qui se déroulera en 1948 parce qu’il ne donne pas la moindre place aux Palestiniens.

Avant 1948 : les forces opposées à la partition.
Dès le début du mandat britannique, dans le monde arabe, des forces s’opposent au colonialisme et imaginent le Proche-Orient après l’indépendance. Ils s’adressent naturellement aux Juifs, mais les sionistes n’ont qu’une seule idée en tête, créer un Etat juif, et l’intégration des Juifs dans le Proche-Orient est à l’antithèse de leur projet. Ils se considèrent européens.
En Palestine, il y a un parti politique qui regroupe à la fois des Palestiniens et des Juifs : c’est le parti communiste. Dans sa perspective, la Palestine doit devenir un Etat binational socialiste et indépendant. À l’intérieur du Yichouv, (terme qui désigne les Juifs établis en Palestine avant la création d’Israël), le concept d’Etat juif ne fait pas l’unanimité.
Des intellectuels de premier plan (Martin Buber, Judah Magnes) défendent l’idée d’un Etat binational. Ce courant, appuyé de l’extérieur par Hannah Arendt, obtiendra plus de 40% des voix aux élections syndicales et politiques dans le Yichouv peu avant la guerre de 1948. Mais ce courant sera balayé par l’hystérie nationaliste et le basculement majoritaire de l’opinion juive vers l’idée du « transfert » : l’expulsion de tous les Palestiniens au-delà du Jourdain.
Quand Staline, pensant poser des problèmes aux Britanniques, se rallie à l’idée de la partition de la Palestine, le PC suit, contre la volonté de la majorité de ses militants.
Quand l’ONU vote le plan de partage de 1947, les Palestiniens refusent en masse. Quel peuple pourrait accepter la partition de son propre pays ? Non seulement ce plan de partage caresse dans le sens du poil l’idéologie sioniste (qui est au départ une théorie de la séparation affirmant que le « vivre ensemble » est impossible), mais il est d’une injustice criante. Les Palestiniens, plus nombreux, héritent de la partie la plus petite et la plus pauvre.
Dans le plan de partage, il y a très peu de Juifs dans le futur Etat palestinien alors qu’il y a plus de 40% de Palestiniens dans le futur Etat juif. En fait, la guerre de 1948 ne commence pas le 15 mai, jour où l’ONU reconnaît l’Etat d’Israël. À cette date, 375000 Palestiniens vivant dans la partie juive ont déjà été expulsés. C’est la partition qui cause la guerre.
Comme le montre Ilan Pappé dans son livre (« la guerre de 48 en Palestine »), les dirigeants sionistes ont habilement combiné violence et diplomatie pour imposer la partition, réaliser de façon préméditée le nettoyage ethnique et consolider immédiatement le fait accompli.

Le droit international à géométrie variable
L’ONU a reconnu l’Etat d’Israël à sa création, mais ne l’a pas reconnu explicitement comme Etat juif. D’autant que toutes les lois promulguées faisant des non-juifs des sous-citoyens sont totalement contraires au droit international et à la déclaration des droits de l’homme.
Les accords d’armistice prévoyaient de façon très précise le retour des réfugiés palestiniens. Or dès 1949, le nouvel Etat viole les accords d’armistice en interdisant aux réfugiés de rentrer, en détruisant leurs villages et en confisquant leurs terres. Au lieu d’obliger Israël à respecter ses obligations, l’ONU obtempère : elle crée l’UNRWA qui plus de 60 ans après gère (fort mal) les réfugiés, mais elle a renoncé à exiger leur retour.
Les dirigeants israéliens ont parfaitement compris qu’avec le fait accompli, ils sont gagnants à tous les coups. Tout le monde pense aujourd’hui que l’Etat d’Israël reconnu après la guerre de 1948 est celui qui a existé. C’est faux : la communauté internationale a capitulé sur la question des réfugiés.
Fondamentalement, le nettoyage ethnique prémédité de 800000 Palestiniens en 1948 (la Naqba) et la conquête puis la colonisation de 1967 ne diffèrent pas sensiblement. Ils sont aussi « illégitimes » l’un que l’autre. La grande différence, c’est que l’ONU a reconnu le fait accompli de 1948, mais n’a pas reconnu celui de 1967. C’est sur cette distinction que se basent les partisans d’un Etat palestinien sur la base des frontières de 1949. Il me semble qu’on mélange là « légal » et « légitime ». Qu’y a-t-il de légitime dans un partage 78%/22% alors que les deux peuples sont en nombre sensiblement égal ? Qu’y a-t-il de légitime à avaliser les violations des accords de cessez-le-feu ?
Après la guerre de 1967, la communauté internationale va systématiquement capituler face aux dirigeants israéliens. Des motions sont votées pour l’évacuation des territoires occupés. Les dirigeants israéliens répondent en accélérant la colonisation pour la rendre irréversible. Quand Israël envahit le Liban, l’ONU envoie des troupes (la FINUL) qui tireront sur les Libanais mais jamais sur l’envahisseur israélien. Dès cette époque, le fait accompli et l’impunité d’Israël se sont substitués au droit. Des années plus tard, la Cour de la Haye condamnera le mur qui balafre la Cisjordanie et, depuis cette condamnation la longueur du mur a plus que doublé.
Après 1967, l’OLP apparaît comme l’expression pluraliste du peuple palestinien et comme l’outil pour empêcher sa fragmentation. Le consensus dans l’OLP, c’est « un seul Etat laïque et démocratique » en Palestine. Autrement dit, l’égalité des droits entre les habitants de cette région, quelles que soient leurs origines ou leur religion avec le retour des réfugiés dans leurs foyers. Un tel projet impliquant la fin de l’Etat juif, la propagande israélienne continuera d’affirmer que les Palestiniens veulent jeter les Juifs à la mer et qu’Arafat est un nouvel Hitler. Ceux qui ont été réellement jetés à la mer, ce sont les Palestiniens, en 1948 (voir le film d’Eyal Sivan « Jaffa ou la mécanique de l’orange »).

D’Alger à Oslo
On peut comprendre Arafat qui va utiliser tout son poids en 1988 à Alger pour faire reconnaître Israël par l’OLP. On en est, à l’époque, à la troisième génération de réfugiés. La population des territoires occupés s’est soulevée (c’est l’Intifada) et affronte à mains nues l’armée de l’occupant. Arafat pense ainsi permettre aux Palestiniens de reprendre l’initiative. Il pense sauver l’essentiel.
Une minorité palestinienne importante va refuser ce processus : le FPLP est resté jusqu’au bout partisan d’un Etat unique. Le regretté Edward Saïd était tout à fait partisan d’un rapprochement avec les anticolonialistes israéliens, mais il avait très justement analysé les dangers de la stratégie qui a mené aux accords d’Oslo. Parmi les raisons de l’opposition à ce processus, il y en a une qui est indiscutable : le sacrifice des réfugiés à qui tout retour véritable est refusé et celui des Palestiniens d’Israël, victimes de discriminations et d’apartheid dans un Etat qui les transforme en étrangers dans leur propre pays.
Les négociateurs palestiniens d’Oslo parlaient hébreu et connaissaient la mentalité israélienne. Ils avaient intériorisé la question du génocide juif et l’usage qu’en faisaient les Israéliens. Il leur a peut-être manqué une compréhension de ce qu’est le sionisme. À Oslo, les Palestiniens ont reconnu Israël. Ils ont offert aux Israéliens un compromis très avantageux pour eux : la reconnaissance du fait accompli de 1948, l’oubli de la Naqba et la possibilité de s’insérer dans un Proche-Orient en paix. Les Israéliens ont reconnu l’OLP, mais ils n’ont jamais reconnu le peuple palestinien et son droit à avoir un Etat. Sûrs de leur force, ils ont traité par le mépris la « paix des braves » chère à Arafat.
Jamais les mots décrivant ce qui est à l’œuvre ne seront cités à Oslo : nettoyage ethnique, colonisation, occupation, apartheid. Jamais rien ne sera signé sur le démantèlement des colonies. Pire : entre la signature des accords d’Oslo et l’assassinat de Rabin, 60000 nouveaux colons seront installés. Les seuls textes qui sont signés portent sur la sécurité de l’occupant. Peu de temps après Oslo, les territoires occupés sont fragmentés en trois zones (A, B et C), prélude à l’annexion définitive d’une partie d’entre eux.
Bref Oslo n’a pas seulement été une gigantesque escroquerie. Ce processus portait en lui la négation de la création d’un Etat palestinien sur 22% de la Palestine historique.

« Vous le mettez où, l’Etat palestinien ? »
Poursuivant une fuite en avant criminelle pour les Palestiniens et suicidaire pour les Israéliens, les différents gouvernements israéliens ont installé des centaines de milliers de colons. Ils sont près de 250000 dans le grand Jérusalem Est, zone annexée et considérablement agrandie qui va de Ramallah à Bethléem et coupe en deux la Cisjordanie. Petit à petit, les colonies du grand Jérusalem sont intégrées dans l’espace urbain. Et il y a près de 300000 colons dans le reste de la Cisjordanie. Certains sont des colons « économiques », banlieusards venus à cause de l’immobilier bon marché. Mais il y a des dizaines de milliers de colons appartenant au courant « national-religieux » pour qui « Dieu a donné cette terre au peuple juif ». Comment imaginer une paix sans un affrontement forcément violent avec cette OAS intégriste ?
Aujourd’hui en Cisjordanie, une énorme partie du territoire a été de fait annexée par le tracé du mur. Les colonies ont été considérablement agrandies avec une stratégie de « colonisation spatiale ». L’occupant multiplie les « zones industrielles », les décharges, les stations services et la quasi-totalité des villes palestiniennes sont encerclées par le mur et les colonies.
Sur la question « un Etat/deux Etats », donnons la parole à des personnalités palestiniennes ou israéliennes anticolonialistes. Shlomo Sand ne se définit pas comme antisioniste et il est partisan de deux Etats sur la base des frontières d’avant 1967. Mais c’est adversaire résolu de la notion « d’Etat juif ». Il répète à l’envi : « Etat juif et démocratique », c’est un oxymore, une contradiction totale. Si l’Etat est juif, il ne peut pas être démocratique. Pour lui, tous les citoyens devront jouir des mêmes droits.
Hind Khoury, ancienne représentante de la Palestine en France, est bien sûr pour deux Etats. Mais elle a toujours précisé dans les réunions que nous avons animées ensemble, que l’occupant avait détruit dans les faits la possibilité de créer un Etat palestinien viable.
J’ai eu en 2007 une discussion téléphonique avec Uri Avnéry qui est partisan de deux Etats : « mais Uri, s’il y a la paix, que fait-on des 500000 colons ? » « Soit ils partent, soit ils acceptent de devenir citoyens palestiniens. » « Mais Uri, vous y croyez ? » « Oui, je verrai cela de mon vivant ». Uri, qui a 88 ans, est un combattant infatigable mais j’ai du mal à partager son optimisme.
La même année, je suis reçu avec d’autres par Victor Batarseh, maire FPLP de Béthléem. Il explique la position historique de son parti pour « un seul Etat laïque et démocratique ». Mais, ajoute-t-il, « si les Israéliens signent la paix sur la base des frontières d’avant 1967, nous l’accepterons ». À ce moment, il ouvre de façon théâtrale les fenêtres de sa mairie. La colonie d’Har Homa (qui date de 1997, après Oslo) arrive à quelques mètres de sa mairie : « vous le mettez où, l’Etat palestinien ? »
Enfin Eyal Sivan, à la fête de l’Humanité 2011 (de mémoire). « la candidature palestinienne à l’ONU est la dernière gesticulation sur la base de deux Etats. On est de fait entré dans une lutte pour l’égalité des droits dans un espace unique ».

La question étatique n’est pas centrale.
Dans la situation actuelle, les deux solutions semblent utopiques. Deux Etats, ça suppose un affrontement improbable avec des centaines de milliers de colons. Au Sinaï en 1978, il y avait 12000 colons. À Gaza quand Sharon a décidé l’évacuation, il y en avait 8000. Là, il y en a 500000. D’où la tentation de ceux qui martèlent « deux peuples, deux Etats » d’éviter de poser la question de la colonisation, voire de proposer que les Palestiniens en aient moins que les 22%. On « échangerait » les blocs de colonies contre quelques arpents de désert (c’est la position de « La Paix Maintenant »). Non seulement ces propositions ont quelque chose d’immoral (où est l’égalité entre les deux peuples ?), mais avec l’évolution de la société israélienne, elles sont irréalistes. L’actuel gouvernement israélien est persuadé que les Palestiniens, face au déséquilibre des forces, deviendront à terme marginalisés comme les Amérindiens ou les Aborigènes d’Australie. Dans les faits, la frontière internationalement reconnue (la « ligne verte ») n’existe plus.
Mais la solution à un Etat affronte un obstacle pour l’instant insurmontable. Les Israéliens ont été élevés dès le biberon dans le sionisme et le complexe de Massada, c’est-à-dire dans l’idée que tout le monde veut les détruire, qu’ils ne peuvent se défendre que par eux-mêmes et que le suicide est préférable au compromis. Dans leur grande majorité, ils imaginent que la fin de l’Etat juif signifie « Les Juifs à la mer ». La poussée du racisme en Israël fait qu’aujourd’hui une cohabitation égalitaire semble impossible. On est dans l’impasse tant qu’il n’existera pas, parmi les Israéliens, un mouvement de masse favorable à la solution d’un seul Etat comme moyen de sortir de la folie sioniste.
À l’Ujfp, on ne privilégie pas la question étatique. Il y a pour nous des revendications fondamentales : refuser la fragmentation de la Cisjordanie (Gaza, Cisjordanie, Jérusalem, Palestiniens de 48, réfugiés).
Exiger la fin de l’occupation, de la colonisation, de l’apartheid, Exiger le droit au retour des réfugiés sans lequel on nie le nettoyage ethnique de 1948. Exiger l’égalité des droits (politiques, économiques …). Quand ces conditions seront réalisées, les négociateurs examineront la formule étatique et il y aura peut-être d’autres solutions qu’un Etat ou deux Etats. En tout cas, s’il y a deux Etats, il faudra garantir l’égalité des droits pour tous et on ne voit pas pourquoi, l’Etat juif serait 4 fois plus grand que l’Etat palestinien.

Fin de l’impunité et BDS.
Le sionisme a gommé les différences idéologiques et ce n’est pas par hasard que la société israélienne dérive de plus en plus vers l’extrême droite. En disant Non à toute solution qui soit autre chose qu’une capitulation des Palestiniens, les dirigeants israéliens ont créé une situation qui ressemble de plus en plus à celle du Sud des Etats-Unis à l’époque de la ségrégation ou de l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid.
La troisième session du tribunal Russell a siégé au Cap au mois de novembre 2011. Après avoir constaté et décrit en détail les exécutions ciblées, la torture, les mauvais traitements, le refus du retour des réfugiés dans leurs foyers, l’impossibilité de circuler librement, la séparation forcée des populations, le « châtiment collectif » infligé à la population de Gaza, les destructions de maisons, l’impact du mur et les démolitions réitérées des villages du Néguev, le tribunal en a conclu que l’Etat d’Israël est coupable d’apartheid.
Le droit international prévoit explicitement le boycott comme réponse à l’apartheid.
La dernière période a montré que l’impunité d’Israël est la principale cause du blocage actuel. Cette impunité est le résultat de la complicité active des principaux dirigeants occidentaux. Ils sont complices, pas parce qu’ils sont mal informés, mais qu’ils sont profondément « solidaires » d’un Etat surarmé, morceau avancé de l’Occident au Proche-Orient.
L’épisode de l’échec (prévisible) de la candidature palestinienne à l’ONU montre une chose. Si la diplomatie a son importance, ce n’est pas par cette voie qu’on arrêtera la fuite en avant criminelle du fait accompli israélien. Tout au plus, la communauté internationale organisera un nouveau processus d’Oslo (à l’image des discussions d’Amman) où comme d’habitude on demandera aux Palestiniens de capituler en acceptant un Etat palestinien croupion et en renonçant au droit au retour des réfugiés. Et comme aucun dirigeant palestinien ne pourra accepter cela (sauf à se tirer une balle en pleine tête), on lui fera porter la responsabilité de l’échec, ce qui avait valu à Yasser Arafat une véritable condamnation à mort après l’échec des discussions de Camp David et Taba.
Fondamentalement, le premier acte d’une « paix juste et durable » serait une reconnaissance du crime fondateur : l’expulsion des Palestiniens de leur pays était un crime qu’il faut réparer. Pour cette réparation, le fil conducteur, c’est le droit international et l’égalité entre les deux peuples. Les partisans de « deux peuples, deux Etats » oublient 1948 et partent de 1967.
En 2005, 172 associations palestiniennes ont lancé un appel aux sociétés civiles du monde entier pour le BDS (boycott, désinvestissement, sanctions). Examinons bien les revendications de cet appel : fin de l’occupation, égalité des droits pour les Palestiniens de 48, droit au retour des réfugiés. Autrement dit, l’appel rejette toute fragmentation du peuple palestinien alors que la revendication d’un Etat sur 22% de la Palestine l’accepte implicitement. L’appel ne se prononce pas sur la formule étatique, mais il constate qu’entre Méditerranée et Jourdain, la moitié de la population subit discriminations, inégalités et répression permanente.
Le BDS a rencontré de très nombreux succès. Les initiateurs de l’appel insistent sur tous les aspects du BDS : économique (après Agrexco, les grandes firmes israéliennes visées sont Keter et Méhadrin), universitaire, culturel, syndical, sportif, juridique, politique… On ne boycott pas les individus mais tout ce qui représente l’occupant. Le BDS a provoqué le retrait de nombreux investissements et il a fait perdre beaucoup d’argent à des multinationales compromises dans l’occupation (Véolia, Alstom, Dexia …). Là où la diplomatie est impuissante, le BDS est en mesure de rompre le front intérieur et la cuirasse du sionisme en Israël. Le modèle c’est le boycott de l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid.
C’est la principale voie à suivre aujourd’hui.




George Ibrahim Abdallah : dénoncer la farce de la justice française
Othman Tazghart - al-Akhbar
publié le dimanche 22 janvier 2012.

C’est un secret de polichinelle que le militant révolutionnaire George Abdallah, largement ignoré par les médias occidentaux, a été illégalement condamné à une peine de prison à vie qu’il purge depuis trois décennies. Mais les autorités françaises n’ont de cesse de le garder derrière les barreaux, alors qu’il aurait légalement déjà dû sortir de prison.

Les autorités françaises insistent sur le maintien d’un ex-combattant des Factions Armées Révolutionnaires Libanaises (FARL) en prison, malgré le fait que 28 ans se soient écoulées depuis qu’il a été placé en détention. Ceci est une violation des plus graves des procédures juridiques françaises et de la Convention européenne des Droits de l’Homme, qui stipule que les détenus condamnés à une peine à perpétuité doivent être libéré après avoir purgé une période maximale de 18 ans.

Georges Ibrahim Abdallah, qui a commencé son combat en tant que membre du Parti Social Nationaliste Syrien (PSNS), puis du Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) avant de rejoindre les FARL, a été arrêté à Lyon ’en octobre 1984. À l’époque, les FARL étaient accusés d’un certain nombre d’opérations de type commando, la plus importante étant celle qui avait conduit à la mort de l’attaché militaire américain à Paris, Charles Robert Ray (le 18 Janvier 1982) et à celle du diplomate israélien Yaacov Bar-Simantov (le 3 avril 1982).

Initialement, les autorités françaises ne parvenaient pas à trouver assez de preuves pour accuser Abdallah d’avoir participé à ces opérations. En dehors de quelques tracts établissant qu’il appartenait au FARL et d’un faux passeport algérien en sa possession, les autorités françaises peinaient à organiser un procès contre lui. Par conséquent, quand il est paru devant le tribunal pour la première occasion en juillet 1986, il avait été inculpé pour une seule charge, l’utilisation d’un document de voyage falsifié.

Dans ses mémoires, intitulées Les Années de l’Elysée, et publiées en 1988, Jacques Attali, le conseiller du président François Mitterrand, a écrit le 6 mars 1985 : « Nous n’avons aucune preuve contre Georges Ibrahim Abdallah. La seule chose dont nous pouvons l’accuser c’est d’être en possession d’un faux passeport ».

A l’origine, Abdallah aurait dû être libéré de prison après 18 mois. Mais son cas à vite pris une tournure très différente, conduisant à sa condamnation et à l’emprisonnement à vie.

Isabelle Coutant-Peyre qui était membre de l’équipe de la défense d’Abdallah (alors dirigée par le célèbre avocat Jacques Vergès), rappelle les détails de la « conspiration judiciaire » contre les révolutionnaires libanais : « Abdallah a été soudainement rappelé à la cour le 28 février 1987. Nous avons été surpris qu’il se soit alors retrouvé face à des charges différentes et à de nouvelles preuves qui n’étaient pas incluses dans son dossier lors du premier procès. L’accusation a affirmé que des armes avaient été trouvées dans des cachettes secrètes et des appartements appartenant à Abdallah. Ceci a été pris comme une preuve de sa participation dans les opérations de commando menées par les FARL en France en 1982 ».

Et Coutant-Peyre d’ajouter : « Le tribunal n’a pas hésité à condamner notre client à la prison à vie, malgré les protestations de l’équipe de la défense que les preuves contre lui n’étaient pas incluses dans le procès initial et aient été fabriquées plus tard pour le faire condamner rétroactivement. Cela a été une violation des plus graves de la procédure légale ». Il était clair que Abdallah était devenu la victime d’un complot des services de renseignement.

Toutefois, les détails de la conspiration mise au point par la DST française (renseignement intérieur) n’ont pas été révélées avant le 10e anniversaire de la condamnation d’Abdallah. Dans ses mémoires, intitulées La lutte contre l’espionnage : Mémoires du directeur de la DST, l’ancien directeur du renseignement français, Yves Bonnet, a également révélé quelques-uns des fils de la conspiration.

« Nous avons été en mesure de recueillir suffisamment d’informations contre Abdallah après que la tête du réseau anti-terroriste, Jean-François Clair, ait réussi à recruter un informateur qui était très proche des FARL », écrit Bonnet. Il mentionnait l’informateur de l’époque comme étant « Jean Paul M. » en indiquant aussi qu’il était avocat.

En juillet 2001, alors qu’Abdallah était déjà en prison depuis 17 ans, l’avocat Jean-Paul Mazurier, un membre de l’équipe de la défense d’Abdallah, a jeté une bombe qui a secoué le système judiciaire français. Dans une longue interview au journal Libération, il a avoué être l’informateur évoqué par Yves Bonnet. L’avocat a révélé en détail comment les services français de renseignement l’avaient recruté pour espionner son client (ce qui est en soi un élément suffisant pour une annulation de la peine d’Abdallah).

Mazurier a ajouté que la DST lui avait dit de faire en sorte que son client pense qu’il partageait ses convictions révolutionnaires et qu’il était en faveur de la lutte pour la cause palestinienne. Abdallah a commencé à lui faire confiance et lui a permis de rencontrer ses amis des FARL au Liban. Ceci a rendu plus facile pour les services de renseignement français la pénétration dans le groupe et la collecte d’éléments pour faire ensuite condamner Abdallah.

A la suite du scandale déclenché par les aveux de l’avocat-informateur, tout le monde s’attendait à ce que l’équipe de la défense d’Abdallah présente une requête devant la cour pour reconsidérer la condamnation de son client. La loi française interdit que l’on ait recours à des avocats, des médecins ou des journalistes pour espionner des accusés et pour recueillir des preuves contre eux.

Toutefois, l’équipe de la défense ont pris une autre décision. Elle a décidé d’attendre jusqu’en 2002 pour présenter une demande de libération d’Abdallah après que la durée de sa peine ait expiré. Malgré le rejet systématique de ces demandes répétées sur une période de dix ans, l’équipe de la défense s’est abstenue de de déposer une requête en annulation de la condamnation sur la base de l’incident d’espionnage. Tous ceux de l’équipe de la défense, avec qui Al-Akhbar a pu parler, ont refusé d’expliquer les raisons derrière cette non-décision. L’un d’entre eux a déclaré : « Cette question devrait être posée aux camarades d’Abdallah dans les FARL ».

Quant à l’ancien directeur de la DST, Yves Bonnet, il admet maintenant que ce qui s’est passé était « une conspiration illégale du renseignement ».

« Nous nous sommes vraiment comporté comme des criminels dans cette affaire », a-t-il dit, ajoutant : « Je dois ajouter ma voix aujourd’hui à ceux qui appellent à la libération d’Abdallah. Il est temps de mettre un terme à l’injustice dont nous nous sommes rendus responsables à son égard ».

Consultez le site pour la libération de George Ibrahim Abdallah

Sources : http://english.al-akhbar.com/conten... / http://www.info-palestine.net/artic...

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11502


Maintenant c’est votre tour
Avraham Burg (Haaretz, Via UJFP)
publié le lundi 16 janvier 2012.

http://www.ujfp.org/spip.php?article2088

dimanche 8 janvier 2012

Il est tout à fait probable qu’il n’y aura qu’un seul Etat entre le Jourdain et la mer - ni le notre, ni le leur, mais un Etat commun. Il est susceptible d’être ... certainement pas démocratique, comme celui qui existe aujourd’hui.

Maintenant c’est votre tour [1]

Haaretz, dimanche 25 décembre


J’ai écouté très attentivement le discours que la droite tient aujourd’hui. Certains orateurs expriment des remords, d’autres se demandent "Qu’est-ce qui nous est arrivé ?" pendant que d’autres encore se lamentent toujours : "Ils sont contre nous, ces jeunes qui se révoltent."

Ils ont un dénominateur commun : la gauche, un terrible et sombre ennemi, cause de tout ce qui a mal tourné pour eux. Un diable rusé et insaisissable qui contrôle les médias, le Bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahou et la diplomatie mondiale. S’il n’y avait pas la gauche, toutes leurs bonnes mesures auraient été comprises par tous. Ces voyous se plaignent car nous donnons d’eux une image misérables. Il serait intéressant de voir combien de temps encore ils auront peur de cet épouvantail qui n’impressionne plus que lui- même.

Pendant la plus grande partie de ces 30 dernières années, la droite a dirigé le gouvernement, le Parti travailliste ne l’ayant conduit que pour de très courtes périodes. Le Parti travailliste historique n’aurait jamais accepté que les Israéliens lui préfèrent le Likoud et ses satellites. Il n’aurait jamais accepté de renoncements pour faire partie du gouvernement et de devenir la feuille de figuier par excellence [2] , le certificat de cacherout des échecs de la droite dans tous les domaines - et le purificateur en chef de toutes ses vermines.

Très généreusement, Ehud Barak, a décidé de porter au Parti travailliste le coup de grâce et d’envoyer ses anciens collègues se rasseoir sur les bancs de l’opposition. Seul le temps dira s’ils vont y retrouver leur esprit et leurs valeurs. Une chose est claire : le gouvernement Netanyahu actuel ne comprend aucun produit dérivé de gauche, ni ne subit aucune influence d’un parti de gauche. Ils sont là, seuls. Toute cette saleté leur appartient et ils doivent la nettoyer tout seul. Voilà à quoi ressemble un parti de droite quand il n’a pas une baby-sitter fatiguée. C’est leur coalition de rêve –législation de droite, nationalisme étriqué et économie sans pitié. C’est ce qu’ils sont. C’est ce que la nation a élu et c’est ce qu’ils ont eu.

Nous ne devons pas les déranger. Laissons-les aller jusqu’au bout, jusqu’à la fin de leur législature et jusqu’au bout de leur vision politique. Qu’ils légifèrent seuls !

Non seulement il faut nous interdire d’intervenir mais on doit s’abstenir de toute sorte de rapport avec eux. Quand ils soumettront leurs lois stupides au vote, il faudra refuser de participer au scrutin. Qu’ils ne puissent pas dire qu’ils ont adopté une législation par une majorité qui l’a emporté sur une minorité. On ne doit pas collaborer avec ce spectacle de la démocratie qui consiste à se mettre un bandeau sur les yeux. Ces votes à la Knesset doivent se dérouler sans aucune présence de la minorité, seulement avec le dictat de la droite religieuse.

L’opposition ne doit plus prendre d’initiative pour la paix ; cela ne ferait qu’aggraver la situation. Cela pourrait faire croire, ici ou à l’étranger, que la situation actuelle est provisoire, qu’il est encore possible de remettre les génies engraissés dans leur petite bouteille. Mais ce ne serait qu’une tromperie cynique parce ce n’est pas possible, parce que nous avons franchi toutes les lignes rouges et tous les points de non-retour.

Jusqu’à présent, nous qui voulons la paix, errions à travers le monde, répandant l’espoir qu’il y aurait bientôt des solutions, alors que sur le terrain le gouvernement s’activait à créer des faits les rendant impossibles. Avec le temps, notre discours semblait victorieux (Netanyahu a dit « deux Etats ») alors qu’il était mort. Leurs actions l’ont remporté et ont presque tué chacun d’entre nous.

Alors finies les illusions. Il n’y a plus deux Etats entre le Jourdain et la mer. Laissons les députés de droite, les Katz [3] et les Elkin [4] , voyager autour du monde en montrant la beauté de leurs visages sans la couche de maquillage trompeuse que nous leur avons gracieusement fournie.

En attendant, nous devons examiner comment nous pouvons entrer dans le nouveau discours israélien ; il a un potentiel machiavélique. Les diplomates vont remplacer l’expression « deux Etats pour deux peuples » par une formulation de type civique : toutes les personnes entre le Jourdain et la mer ont le même droit à l’égalité, de justice et de liberté. En d’autres termes, il est tout à fait probable qu’il n’y aura qu’un seul Etat entre le Jourdain et la mer - ni le nôtre, ni le leur, mais un Etat commun. Il est très probable que ce soit un pays manifestement pas démocratique, avec des discriminations nationalistes, racistes et religieuses. Quelque chose de pas différent de ce qui existe aujourd’hui. Une entité ayant une base commune pour au moins trois partenaires : une droite idéologique déjà prête à étudier sa faisabilité ; une gauche, dont une part est en train de se libérer des illusions de « juif et démocratique », et une part non négligeable de l’intelligentsia palestinienne.

Le cadre conceptuel sera convenu - un Etat démocratique qui appartient à tous ses citoyens. Sa mise en pratique pourrait être un terrain fertile pour les conflits et pour la créativité. C’est une opportunité qui vaut le coup d’être saisie, malgré notre immense expérience à manquer chaque occasion et à en accuser tout le monde sauf nous-mêmes.

Version anglaise disponible sur : http://www.haaretz.com/print-editio...

Traduction de l’anglais et notes : MO

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11481


Voyageurs de la Liberté
mercredi 11 janvier 2012 par Philippe Lewandowski

Les faits
Le 15 novembre 2011, 6 activistes défient la ségrégation hypocrite existant dans les transports en commun desservant les territoires palestiniens occupés. L’hypocrisie est en effet patente : « Bien qu’il ne soit pas officiellement interdit aux Palestiniens d’utiliser les transports publics israéliens en Cisjordanie, ces lignes sont de fait ségréguées puisque beaucoup d’entre elles passent par des colonies (par définition illégales) exclusivement juives, dont un décret militaire interdit l’entrée aux Palestiniens. [ 1] » La ligne choisie est la ligne 148 de la compagnie Egged, l’arrêt d’embarquement celui de la colonie de Psagot, la destination Jérusalem. Dès l’arrêt, les réactions des voyageurs juifs sont, disons consternantes [2]. Les deux premiers bus qui passent ralentissent, puis continuent sans s’arrêter. Lorsque le troisième s’arrête, les six activistes y montent, accompagnés d’un policier israélien et d’une vingtaine de journalistes. Ils ne parviennent pas à destination : le bus est immobilisé au « check point » de Hizma, situé à l’entrée de la colonie juive de Pisgat Zeev, à Jérusalem-Est ; les voyageurs de la liberté en sont extirpés et mis en état d’arrestation. Ils sont libérés le soir même. Leur courageuse initiative est à saluer, mais elle ne semble guère avoir retenu l’attention des grands médias occidentaux, même si elle se réfère à un précédent prestigieux.

La référence historique
La forme d’action mise en œuvre reprend celle du Mouvement pour les Droits Civiques des Noirs américains il y a cinquante ans : le 4 mai 1961, un groupe de sept Noirs américains accompagnés par six militants blancs prirent place, à Washington, DC, dans deux bus à destination de la Nouvelle Orléans. Si la Cour Suprême avait déclaré en 1946 que les voyages entre les États devaient être libres de ségrégation raciale, cet arrêt était loin d’être appliqué partout. Les premiers « voyageurs de la liberté » ne parvinrent pas à destination : ils se heurtèrent à la violence en Caroline du Sud, et surtout en Alabama, où l’un des bus fut détruit par le feu. Un second groupe, de 10 personnes, partit de Nashville : arrestations, refoulement et tabassages fut leur lot. Tel fut également le sort du troisième groupe, de 27 participants, qui prit le relais. Ces « voyages de la liberté » se poursuivirent néanmoins jusqu’en septembre, lorsque la loi fut enfin appliquée dans tous les Etats-Unis. [ 3]

Le débat palestinien
Les Palestiniens sont sensibles à l’évènement, qui provoque même un débat politique permettant de préciser les limites d’une analogie pouvant être trompeuse. C’est ainsi que Linah Alsaafin écrit :
« Nul doute que ce qu’on fait les six voyageurs de la liberté fut significatif. (…) L’apartheid est très vivant en Palestine occupée. C’est la réalité que nous respirons par nos poumons congestionnés tous les jours de nos vies éveillées.
Les voyages de la liberté ont été conçus comme un acte anti-colonial reflétant une [action] antérieure victorieuse pour des droits civils. Mais notre lutte n’est pas une lutte pour les droits civils. C’est une lutte contre une occupation étrangère. Nous devons appeler à la libération d’une population indigène victime d’une autorité d’implantation colonialiste dévastatrice, qui a poursuivi un nettoyage ethnique, commis des massacres à grande échelle, imposé des punitions collectives et restreint les déplacements des Palestiniens pendant des décades.
Les objectifs des « voyageurs de la liberté » étaient clairs et transparents, ainsi que l’indiquait leur seconde déclaration de presse, lors de laquelle ils ont rappelé qu’ils ne cherchaient pas à déségrégationner les bus des colons, étant donné que « la présence des colonisateurs et des infrastructures qui les desservent est illégale et doit être démantelée » (déclaration du 13 novembre 2011). » [4]
Mais peut-être est-il erroné d’opposer lutte pour les droits civils et lutte de libération nationale. Car outre le fait de constituer une forme d’action concrète pour les populations directement concernées, même une lutte aux objectifs limités ouvre des perspectives politiques qui ne sont pas passées inaperçues aux yeux des dirigeants sionistes. C’est ainsi qu’Ehud Olmert, ancien premier ministre israélien, déclarait :
« Si un jour arrive où la solution à deux États s’écroule et où nous devons faire face à un combat de type Sud-Africain pour l’égalité des droits civiques (incluant les Palestiniens des territoires occupés), alors, dès que cela se produira, ce sera la fin de l’État d’Israël. [5] »
Il explicitait ses craintes plus avant :
« Le temps nous est compté. De plus en plus de Palestiniens ne sont plus intéressés par une solution négociée, à deux États, car ils souhaitent changer l’essence même du conflit en passant d’un paradigme de type Algérien à un paradigme de type Sud-Africain ; d’un combat contre « l’occupation », pour reprendre leur vocabulaire, à un combat de type « un homme = une voix ». C’est bien sûr un combat beaucoup plus clair, beaucoup plus populaire et, au final, beaucoup plus puissant. [6] »
Comment mieux illustrer l’impasse de la politique officielle des autorités israéliennes ? D’une part, elles font (pour le moins) des pieds et des mains pour tenter d’empêcher toute reconnaissance d’un État palestinien, d’autre part elles craignent encore plus la solution à un État. Et que penser de la panique de ceux qui se prétendent « la seule démocratie du Proche-Orient » devant un slogan aussi légitime et élémentaire que « un homme = une voix » ?

Philippe Lewandowski
d'après : http://www.democratie-socialisme.org/spip.php?article2539

La Tunisie, le Hamas, la Palestine et les juifs

Alain Gresh - Le Monde diplomatique
publié le mercredi 11 janvier 2012.

Premier ministre du gouvernement palestinien à Gaza, Ismaïl Haniyeh, dirigeant du Hamas, a quitté Tunis lundi 9 janvier à l’issue d’une visite de cinq jours. Il était accompagné à l’aéroport par le premier ministre tunisien Hamadi Jebali et le président du parti Ennahda Rached Ghannouchi, qui étaient venus l’accueillir. Ce long séjour, à l’invitation du gouvernement, illustre les changements intervenus sur la scène arabe depuis un an.

Rappelons d’abord que le gouvernement présidé par Haniyeh est issu des élections démocratiques tenues en Palestine en janvier 2006. C’est le refus des Occidentaux et de certains pays arabes, ainsi que du Fatah, de reconnaître les résultats du suffrage populaire, qui a entraîné une escalade entre le Hamas et le Fatah et la création de deux autorités en Palestine (lire « Gaza, quelques articles contre la pensée unique »).

La visite de Haniyeh s’inscrivait dans le cadre d’une tournée dans la région : Turquie, Soudan, Qatar et Bahreïn. L’étape du Bahreïn est un peu étrange, dans la mesure où ce pays ne joue pas un rôle majeur et où, de plus, il écrase son opposition ; mais il s’agissait pour le Hamas de faire un geste de bonne volonté en direction de l’Arabie saoudite, très réticente à son égard. La tournée de Haniyeh consolide la place du Hamas sur la scène régionale et confirme que la victoire des forces liées aux Frères musulmans (en Tunisie, en Egypte, au Maroc et peut-être en Libye) a déjà des conséquences sur la géopolitique régionale, et notamment sur le conflit israélo-palestinien.

Le Fatah n’a pas caché son mécontentement de ne pas avoir été associé à la réception de Haniyeh en Tunisie. Comme, d’autre part, un incident a éclaté à la suite d’un obscur problème lié à l’entrée d’une délégation du Fatah à Gaza, on peut douter que les tentatives de réconciliation entre les deux organisations avancent. M. Abbas a même appelé à la réévaluation de cette réconciliation (« Abbas : Fatah must reevaluate reconciliation pact with Hamas », Haaretz, 9 janvier).

Lors de sa visite en Tunisie, Haniyeh a rencontré les autorités et s’est rendu dans les villes symboles de la révolution tunisienne. Au cours d’un meeting à Tunis, il a été ovationné par quelque 5 000 personnes et a appelé les peuples du printemps arabe à lutter contre Israël.

Mais c’est un incident à son arrivée à l’aéroport qui a soulevé la polémique, comme le rapporte le quotidien tunisien Le Temps (« Ennahdha a-t-il perdu le contrôle de ses troupes ? ») :

« Des dizaines de jeunes ont scandé des slogans anti-juifs lors de l’accueil du Chef du gouvernement du mouvement islamiste palestinien Hamas, Ismaïl Haniyeh, jeudi à l’aéroport international de Tunis Carthage. Keffiehs autour du cou et drapeaux palestiniens à la main, ces jeunes ont laissé éclater leur haine des Juifs en scandant avec ferveur les slogans “Tuer les juifs est un devoir”, “Virer les juifs est un devoir”. Ils faisaient partie des quelque 2 000 personnes qui ont accueilli le secrétaire général du mouvement Hamas... »

Dans une réaction rapportée par l’AFP, Peres Trabelsi, l’un des représentants de la communauté juive, a déclaré : « Il n’y a pas de sionistes en Tunisie et on ne veut pas être mêlés au problème du Proche-Orient, la Tunisie est notre pays. » Cette communauté compte environ un millier de personnes (contre 100 000 à l’indépendance en 1956).

Ajmi Lourimi, membre du Bureau politique d’Ennahda, a déclaré, dans des propos rapportés par Le Temps, : « Les slogans anti-juifs scandés, jeudi, à l’aéroport de Tunis Carthage constituent un acte isolé qui ne traduit ni les positions du mouvement Ennahdha, ni celles du gouvernement tunisien. Les personnes qui ont accueilli Ismaïl Haniyeh n’étaient pas exclusivement des militants d’Ennahdha. Et pour un évènement pareil, on ne peut pas interdire les gens portant d’autres idées ou idéologies d’assister aux côtés de nos militants. Des sympathisants d’Ennahdha ont même empêché un jeune de faire flotter un drapeau noir emblématique d’un autre parti. Et puis comment peut-on demander à un gouvernement qui ne peut pas interdire des manifestations qui lui sont hostiles, en vertu du nouveau climat des libertés qui règne dans le pays, d’interdire aux gens d’assister à l’accueil du dirigeant d’un pays frère ou de scander tel ou tel slogan ? Ennahdha, qui croit à la cohabitation entre les différentes religions et respecte la liberté du culte, dénonce ces slogans anti-juifs émanant d’une minorité qui ne représente rien dans la société tunisienne. Contrairement à ce que pensent certains intellectuels, Ennahdha contrôle pleinement sa base, mais il faut garder à l’esprit que les niveaux de conscience politique ne sont pas identiques auprès des militants et sympathisants d’un même parti. Globalement, il ne faut pas tenter de donner une grande importance à cet incident ou en faire un épouvantail. »

Le 9 janvier, Rached Ghannouchi a aussi publié un communiqué affirmant que les juifs de Tunisie étaient « des citoyens à part entière avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres ».

Pourtant, ces manifestations, même limitées, sont inquiétantes. Non seulement elles déstabilisent les quelques milliers de juifs encore présents dans le monde arabe, mais elles s’inscrivent dans un climat général contre les minorités – voir la situation des chrétiens en Irak, obligés de quitter leur pays à la suite de sa « libération » par les Etats-Unis, ou celle des coptes en Egypte.

Pour les juifs de Tunisie, une autre dimension mérite d’être mentionnée. Il n’y a pas que les extrémistes islamistes qui considèrent que les juifs de Tunisie ne sont pas des citoyens tunisiens : le gouvernement israélien non plus. Le vice-premier ministre Sylvan Shalom, lui-même originaire de Tunisie, a déclaré en décembre 2010 : « J’appelle les Juifs vivant en Tunisie à venir s’installer en Israël le plus rapidement possible. »

Les juifs tunisiens ont rejeté cet appel avec force. Quant au parti Ennahda – dont le dirigeant Ghannouchi a rencontré des représentants de cette communauté –, il avait lui aussi qualifié d’« irresponsable » et d’« irrationnel » l’appel lancé par Shalom aux juifs de Tunisie. Selon l’AFP, Ennahda a affirmé que « la Tunisie reste, aujourd’hui et demain, un Etat démocratique qui respecte ses citoyens et veille sur eux quelle que soit leur religion... Les membres de la communauté juive en Tunisie sont des citoyens jouissant de la plénitude de leurs droits et de leurs devoirs ». (Lire aussi, dans Le Point (28 décembre 2011), « Les juifs tunisiens, dragués par Israël »).

Se confirme ainsi le danger de cette position israélienne qui, en appelant les juifs du monde à s’installer en Israël, met en doute leur appartenance aux différentes communautés nationales. Comme je l’écrivais ici même, « l’“Etat juif” contre les juifs »...

Sources : http://blog.mondediplo.net/2012-01-...

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11465


Les préjugés « ordinaires » d’un écrivain israélien
Alain Gresh - Le Monde diplomatique
publié le jeudi 5 janvier 2012.

A. B. Yehoshua est incontestablement un grand écrivain israélien. Mais, bien qu’ayant soutenu et la guerre contre le Liban en 2006 et l’invasion de Gaza il y a trois ans, il prétend appartenir au « camp de la paix ». De la paix des cimetières, faudrait-il préciser. Car sa pensée est fondamentalement coloniale, ne concevant l’Autre, le Palestinien, que comme profondément différent.

Dans une libre opinion publiée par le quotidien Haaretz le 2 janvier et intitulée « An unwelcome intro to the binational state », il veut répondre à Avraham Burg, l’ancien président du parlement israélien, et sans doute l’une des plus courageuses personnalités du pays. Celui-ci écrivait, dans « Now it’s your turn » (Haaretz, 23 décembre), qu’il n’existerait demain qu’un seul Etat entre la Méditerranée et le Jourdain et que celui-ci serait aussi peu démocratique qu’Israël aujourd’hui.

« Même si, parmi nous, beaucoup croient qu’il est possible d’empêcher la création d’un tel Etat par des mesures politiques énergiques, il faut pourtant s’y préparer, à la fois intellectuellement et émotionnellement, tout comme nous nous préparons à d’autres situations d’urgence. L’objectif de cette préparation est de garantir qu’un Etat binational ne sapera pas la structure démocratique d’Israël, et ne détruira pas complètement l’identité collective juive-israélienne qui a pris forme au cours des dernières décennies.

L’avènement d’un Etat binational ne serait pas seulement dû aux agissements d’Israël, mais serait également le résultat de la coopération silencieuse des Palestiniens, tant à l’intérieur d’Israël qu’au-delà de ses frontières. Même les membres pragmatiques du Hamas veulent entraîner Israël, comme une première étape, vers une telle éventualité.

(...) « Pour le peuple palestinien, un Etat binational dans l’intégralité du grand Israël est une meilleure option que le morceau de Palestine haché et découpé qui pourrait être arraché des griffes d’Israël après beaucoup de peine et de sang ».

« Grâce à la puissante économie d’Israël et ses liens étroits avec l’Occident, un Etat binational, même à moitié démocratique, pourrait promettre aux Palestiniens une vie meilleure et plus sûre, et (surtout) un territoire plus vaste que celui qui pourrait être obtenu après des dizaines d’années de campagne menée avec l’objectif d’obtenir toute la Palestine.

(…) Cette vision d’un Etat binational explique peut-être l’obstination de l’Organisation de libération de la Palestine, à la fois au sommet de Camp David en 2000 et pendant les négociations entre l’Autorité palestinienne et le gouvernement Olmert. Elle pourrait aussi avoir influencé la position de l’Autorité palestinienne au cours des derniers contacts avec le gouvernement israélien actuel, une position destinée à empêcher l’émergence d’une véritable solution. »

Ah bon ? On sait que selon la propagande israélienne, au sommet de Camp David de 2000 entre Ehud Barak et Yasser Arafat, le premier ministre israélien avait présenté une offre généreuse que les Palestiniens auraient rejeté. Pourtant, les mémoires de la plupart des protagonistes — y compris américains — publiées depuis confirment qu’il n’en a rien été. Que Barak n’a jamais proposé de rendre même 95 % des territoires occupés. Qu’il avait décidé, avant même le sommet, de faire porter la responsabilité d’un échec prévisible sur Yasser Arafat. C’est Barak qui a inventé l’idée qu’il n’y avait pas de partenaire palestinien pour la paix (lire « Le “véritable visage” de M. Ehoud Barak », Le Monde diplomatique, juillet 2002). Yehoshua peut-il ignorer tous ces témoignages ? Peut-il ignorer la responsabilité de Barak, qualifié à juste titre par Uri Avnery de « criminel de paix » ?

Quant aux négociations entre Mahmoud Abbas et Ehud Olmert, on nage aussi en pleine propagande israélienne. Je renvoie Yehoshua au journal, très instructif, d’un des négociateurs palestiniens, Ziyad Clot : Il n’y aura pas d’Etat palestinien, Max Milo, 2010.

A moins que l’intransigeance de la direction palestinienne corresponde, pour Yehoshua, au fait de ne pas accepter que les 22 % de la Palestine historique qu’elle réclame soient encore amputés, que l’Etat palestinien n’ait aucune souveraineté, ni sur son espace aérien ni sur ses frontières, bref, que ce soit un simple bantoustan.

Mais le meilleur est à venir. L’écrivain affirme que cette volonté des Palestiniens d’avoir un Etat binational « explique aussi la passivité sinon incompréhensible des Palestiniens quant à l’organisation de protestations civiles et non violentes contre les colonies. Peut-être cela explique-t-il qu’ils restent dans leur lit quand des voyous brûlent leurs mosquées ».

Mépris ? Impudence ? Ignorance ? L’écrivain ne connaît-il pas l’histoire de la première Intifada (non violente) ou celle de la seconde, souvent armée ? Ont-elles réussi à stopper la colonisation ? Quant à parler de Palestiniens qui dorment pendant que des voyous brûlent leurs mosquées, c’est oublier que les colons bénéficient de la protection de l’armée, qu’ils sont souvent armés et n’hésitent pas à tuer – pendant que Yehoshua écrit ses chroniques dans Haaretz...

Et l’auteur de conclure que, si l’on veut éviter cet Etat binational, il faudra « persuader les Palestiniens de se mobiliser » pour cette solution à deux Etats. Le problème du colonisateur est de toujours rejeter sur le colonisé la faute : celle d’être arriéré, celle de ne pas se mobiliser selon les normes qu’il fixe, celle de dormir dans son lit douillet.

Source : http://blog.mondediplo.net/2012-01-...

d'après :http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11443


En 2012, les Palestiniens doivent se ressaisir
D'après ISM-france.org le 1er janvier 2012 - Khaled Amayreh

2011 n'a pas été une année particulièrement mauvaise pour la Palestine. Des centaines de prisonniers politiques et de la résistance palestinienne ont pu retrouver la lumière du jour après avoir été libérés des geôles et des camps de détention israéliens. Il est sûr que beaucoup de ces héros auraient passé le restant de leurs vies dans les prisons sionistes sans l'"accord Shalit" et la capitulation d'Israël aux conditions du Hamas pour la libération du soldat sioniste capturé. Grâce à l'accord, des centaines de familles palestiniennes, qui avaient perdu tout espoir de revoir leurs bien-aimés vivants, ont pu retrouver leurs enfants, frères, maris et filles.
Arrivée à Rafah des prisonniers palestiniens libérés, le 18 octobre 2011 (photo Eyad Baba/AP)

Israël avait eu recours à tous les moyens imaginables de ses services de renseignement pour localiser le soldat, en vain, et Shalit a été détenu sous le nez d'Israël quelque part dans la Bande de Gaza pendant plus de 60 mois. Ce seul fait devrait nous faire porter un regard d'admiration et de gratitude sur les soldats inconnus et héroïques qui ont gardé ce précieux secret pendant tant de mois et d'années.
2011 nous a apporté le printemps arabe, qui a envoyé aux poubelles de l'histoire plusieurs régimes tyranniques pro-américains. Certains d'entre eux, comme celui de l'ex-président Moubarak en Egypte, étaient un sérieux handicap pour la lutte palestinienne.
En 2008-2009 par exemple, le régime égyptien a conspiré, comploté et collaboré avec l'entité sioniste pour assassiner et torturer la Bande de Gaza, permettant à Israël de mener son attaque néo-nazie sur le territoire côtier pratiquement sans protection, tuant, réduisant en cendres et mutilant des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants palestiniens.
De plus, le régime a cherché à consolider le siège israélien criminel de Gaza en construisant un autre mur de béton, pour que les Gazaouis ne puissent faire entrer la moindre boite de lait depuis le côté égyptien des frontières pour leurs enfants affamés.
En conséquence, le dégagement de ce régime est considéré comme une grande victoire tant pour les peuples égyptien que palestinien, pour les Egyptiens parce que le régime corrompu de Moubarak avait supprimé les droits de l'homme et les libertés civiles pour complaire aux intérêts israéliens et américains, et pour les Palestiniens parce que l'entité sioniste le considérait comme un atout stratégique puisqu'il lui permettait de brutaliser les Palestiniens en échange de l'aide et de la protection des Etats-Unis.
Les élections qui ont eu lieu en Tunisie et en Egypte furent aussi de bon augure pour la cause palestinienne. Le triomphe des partis islamiques et affiliés, en particulier les Frères musulmans, est peut-être une des meilleures nouvelles que la cause et le peuple palestinien aient reçu depuis des décennies.
Nous n'attendons pas, bien sûr, de miracles du printemps arabe. Cependant, il ne fait aucun doute que les changements stratégiques qui ont lieu dans le monde arabe ont brouillé et déstabilisé les calculs stratégiques d'Israël dans la région.
Israël, qui devient un Etat fasciste pur et dur, avait probablement prévu de s'embarquer dans des mesures impensables contre les Palestiniens, comprenant éventuellement des massacres génocidaires, l'émigration forcée et le nettoyage ethnique. Grâce aux printemps arabes, en particulier la révolution égyptienne, Israël y regardera certainement à deux fois avant de poursuivre sa politique de lebensraum contre ses voisins.
La fin de 2011 a également rapproché le peuple palestinien de la réconciliation et de l'unité nationale. Le Hamas a accepté de rejoindre l'OLP et toutes les parties sont convenues de former un gouvernement d'unité nationale, de libérer les prisonniers politiques et de tenir des élections pour l'Autorité palestinienne ainsi que pour le Conseil national palestinien.
 Ce qui est particulièrement important, c'est que le moral du peuple palestinien s'est considérablement amélioré en 2011 malgré les incessantes agressions et les provocations sionistes.
 Néanmoins, il reste beaucoup à faire en 2012. La réconciliation nationale doit se matérialiser sur le terrain et les Palestiniens ordinaires doivent en ressentir les effets tangibles.
 Toutefois, il est peu probable qu'une véritable unité nationale s'instaure entre le Fatah et le Hamas si l'Autorité palestinienne et le régime de Ramallah ne mettent pas fin à l'ignoble coopération et coordination avec l'armée sioniste d'occupation. La coordination sécuritaire a été un triste chapitre de l'histoire palestinienne récente et elle doit cesser le plus vite possible.
 De plus, avec le vol incessant de la terre palestinienne par le régime sioniste, l'AP doit avoir le courage de déclarer la fin du processus de paix mensonger.
Pourtant, démanteler l'infrastructure de l'AP sera plus facile à dire qu'à faire. Mais il est évident que son existence milite contre et entrave l'existence d'un Etat palestinien viable et territorialement contigu ; les dirigeants palestiniens ne doivent pas hésiter à dissoudre l'AP. Après tout, l'établissement d'un Etat palestinien indépendant n'est-il pas la raison d'être de l'AP elle-même, comme Sa'eb Erekat l'a dit à plusieurs reprises.
De toutes façons, les dirigeants palestiniens doivent cesser de jouer avec le sort et le destin de la population et de la cause palestiniennes. Nous nous sommes livrés trop et trop longtemps à des jeux politiques futiles, et l'heure de vérité doit sonner. Ce qui signifie également de reconnaître que la création d'un Etat palestinien viable en Cisjordanie , avec Jérusalem pour capitale, n'est plus une option réaliste étant donné l'expansion phénoménale des colonies juives.

Les dirigeants palestiniens, dont le Fatah et le Hamas, doivent se ressaisir en 2012 et s'assurer que ce ne soit pas une nouvelle année d'attente vaine.
D'après : http://www.ism-france.org/analyses/En-2012-les-Palestiniens-doivent-se-ressaisir-article-16457

2012 : Faire face aux intimidations, agir pour la justice en Palestine

Ilan Pappe - The Electronic Intifada
publié le vendredi 30 décembre 2011.

Ce long chemin qui conduit au rachat de tous ceux d’entre nous qui veulent la justice commence par exiger des universitaires, des journalistes et des politiques en Occident de manifester un minimum de fermeté et de courage face à ceux qui veulent nous intimider. Et qui aboient bien plus fort qu’ils ne mordent.

Si nous avons une liste de souhaits pour 2012, en tant que Palestiniens et amis de la Palestine, l’un des premiers doit être notre espoir de pouvoir traduire le changement spectaculaire qui s’est produit ces dernières années dans l’opinion publique dans le monde en une action politique contre la politique israélienne sur le terrain.

Nous savons pourquoi cela ne s’est pas encore concrétisé : les élites politiques, intellectuelles et culturelles en Occident se recroquevillent dès lors qu’il s’agit ne serait-ce que d’envisager une action selon leur propre conscience ou selon les souhaits de leurs sociétés.

Cette année écoulée a été particulièrement éclairante pour moi à cet égard. J’ai rencontré cette timidité à chaque étape des nombreux voyages que j’ai entrepris pour la cause en laquelle je crois. Et ces expériences personnelles ont été accentuées par des cas plus généraux montrant la façon dont les gouvernements et les institutions ont cédé devant les intimidations d’Israël et d’organisations juives pro-sionistes.

Toute une série de complicités

Bien sûr, on a vu le président US Barack Obama céder devant l’AIPAC, le lobby pro-israélien, ainsi que le silence et l’inaction persistants de son Administration devant la colonisation israélienne de la Cisjordanie, le siège et les assassinats à Gaza, le nettoyage ethnique des Bédouins dans le Néguev et la nouvelle législation discriminant les Palestiniens en Israël.

La complicité s’est poursuivie avec le recul honteux du juge Richard Goldstone après son rapport pourtant plutôt timide sur le massacre de Gaza - un massacre qui commençait il y a trois ans aujourd’hui, exactement. Et puis il y a eu la décision des gouvernements européens, spécialement de la Grèce, de s’opposer à ce que les campagnes d’aides humanitaires et de solidarité ne parviennent à Gaza par la mer.

En marge de tout cela, il y a eu encore les poursuites en France contre des militants qui appelaient aux boycotts, désinvestissements et sanctions (BDS) et quelques volte-face de certains groupes et organisations non gouvernementales en Europe cédant sous la pression et se rétractant après avoir décidé de rompre leurs liens avec Israël.

Apprendre par sa propre expérience comment fonctionne l’intimidation pro-israélienne

Ces dernières années, j’ai appris de première main comment fonctionnent de telles intimidations. En novembre 2009, le maire de Munich s’est trouvé terrifié devant les menaces d’un groupe lobbyiste sioniste et a annulé ma conférence dans sa ville. Plus récemment, le ministre des Affaires étrangères autrichien a annulé sa subvention pour une initiative à laquelle je participais, et, finalement, c’est ma propre université, l’université d’Exeter, que je voyais avant comme un havre de sécurité, qui est devenue glaciale quand une bande de voyous sionistes a prétendu que j’étais un mystificateur et un juif qui se haïssait lui-même.

Chaque année, depuis que je suis venu ici à Exeter, des organisations sionistes, du Royaume-Uni et des États-Unis, demandaient à l’université d’enquêter sur mon travail et étaient repoussées. Cette année, une même démarche a été prise au sérieux, momentanément dois-je dire. J’espère que c’est juste une défaillance temporaire ; mais on ne sait jamais, avec une institution universitaire (la bravoure ne fait pas partie de leurs caractéristiques).

Faire face aux pressions

Mais il y a aussi des exemples de courage, dans le monde et localement : le syndicat des étudiants de l’université de Surrey, mis sous fortes pressions pour annuler mon intervention, n’a pas cédé et a permis à la conférence d’avoir lieu.

La Commission épiscopale des évêques de Seattle, sur Israël/Palestine, a été confrontée à la colère des synagogues de la ville et au Consul général israélien à San Francisco, Akiva Tor, pour son projet de conférence avec moi en septembre 2011 au Town Hall de Seattle, mais elle a courageusement écarté cette campagne d’intimidation. Les accusations coutumières d’ « antisémitisme » n’ont pas fonctionné là-bas - elles ne fonctionnent jamais là où les gens refusent de se laisser intimider.

L’année qui s’achève a été aussi celle où la Turquie a imposé des sanctions militaires et diplomatiques à Israël en raison du refus des Israéliens d’assumer la responsabilité de leur agression contre le Mavi Marmara. L’action de la Turquie se distingue particulièrement des habitudes européennes et internationales de se contenter, au mieux, de déclarations sans portée, et de ne jamais faire payer à Israël le prix réel de ses actes.

Ne pas céder à l’intimidation

Je ne veux pas sous-estimer la tâche qui nous attend là. Ce n’est que récemment que nous avons appris combien d’argent était injecté dans ces machines d’intimidations dont le seul but est de faire taire toute critique d’Israël. L’an dernier, les Fédérations juives d’Amérique du Nord et le Conseil juif pour les affaires publiques - des groupes de lobby pro-israéliens influents - ont alloué 6 millions de dollars sur trois ans pour s’opposer aux campagnes de BDS et salir le mouvement de solidarité avec la Palestine. Et ce n’est pas la seule initiative du genre en cours.

Mais ces forces sont-elles aussi puissantes qu’elles semblent l’être aux yeux d’institutions très respectables comme les universités, les centres communautaires, les Églises, les médias et, bien sûr, les femmes et hommes politiques ?

Ce que vous apprenez, c’est qu’une fois que vous vous êtres recroquevillés, vous devenez la proie d’un éreintement continue et implacable jusqu’à ce que vous chantiez l’hymne national israélien. Si vous ne cédez pas, vous découvrez qu’avec le temps, dans le monde, la capacité d’intimidations des lobbys sionistes à vous atteindre se réduit petit à petit.

Réduire l’influence des États-Unis

Il est certain que les centres de pouvoir qui alimentent cette culture d’intimidations sont liés, dans une large mesure, aux États-Unis, ce qui m’amène au deuxième souhait de ma liste pour 2012 : mettre fin à la domination nord-américaine sur les affaires des Israéliens et des Palestiniens. Je sais que cette influence ne peut être aisément enrayée.

Mais les problèmes de timidité et les intimidations appartiennent à une sphère américaine d’activités où les choses peuvent, et doivent, être différentes. Il n’y aura aucun processus de paix ou même de Paix américaine en Palestine tant que les Palestiniens, quelle que soit leur direction, permettront à Washington de jouer un tel rôle central. Ce n’est pas comme si les décideurs politiques US pouvaient brandir la menace devant les Palestiniens que sans leur implication, pas de processus de paix possible.

En réalité, l’histoire a prouvé qu’il n’y avait aucun processus de paix - au sens d’un véritable mouvement vers la restauration des droits palestiniens - précisément en raison de l’implication états-unienne. Une médiation extérieure peut être nécessaire pour servir la réconciliation en Palestine. Mais doit-elle être américaine ?

Si les élites politiques sont nécessaires - avec d’autres forces et mouvements - pour aider à changer sur le terrain, un tel rôle doit venir aussi d’ailleurs dans le monde et pas seulement juste des États-Unis.

On peut espérer que le rapprochement récent entre le Hamas et le Fatah - et la nouvelle tentative de reposer la question de la représentation palestinienne sur une base plus large et plus juste - conduira à une position claire des Palestiniens montrant combien il est faux de penser que cette paix ne peut se réaliser qu’avec les Américains comme médiateurs.

Éclipser le rôle US désarmera les organismes sionistes états-uniens et leurs émules en Europe et en Israël en matière de pouvoir d’intimidations.

Laisser l’autre Amérique remplir un rôle

Cela permettra aussi à l’autre Amérique, celle de la société civile, du mouvement Occuper Wall Street, des campus progressistes, des Églises courageuses, des Afro-Américains marginalisés par les politiques dominantes, des Amérindiens et de ces millions d’autres Américains qui ne se sont jamais fait prendre par la propagande de l’élite sur Israël et la Palestine, cela leur permettra de jouer un rôle plus central dans l’ « implication américaine » en Palestine.

Cela bénéficiera aussi l’Amérique, car elle profitera de la justice et de la paix en Palestine. Mais ce long chemin qui conduit au rachat de tous ceux d’entre nous qui veulent la justice commence par exiger des universitaires, des journalistes et des politiques en Occident de manifester un minimum de fermeté et de courage face à ceux qui veulent nous intimider. Et qui aboient bien plus fort qu’ils ne mordent.

Ilan Pappe est professeur d’histoire et directeur du Centre européen pour les études palestiniennes à l’Université d’Exeter. Son dernier ouvrage est intitulé Out of the Frame : The Struggle for Academic Freedom in Israel (Pluto Press, 2010).

27 décembre 2011 - The Electronic Intifada Source : http://electronicintifada.net/conte... Traduction : JP

D'après :  http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11431


Les Palestiniens sont des héros qui bravent la dictature israélienne

Amira Hass - Dissident Voice
publié le dimanche 25 décembre 2011.
Les Palestiniens sont des héros et c’est la seule chose qui ressort des attaques des voyous des collines (les colons ndt) contre eux. Les mains sont les mains de voyous, et la tête ? La tête est celle du régime hostile imposé aux Palestiniens qui les persécute à chaque instant de leur vie, jour après jour, semaine après semaine depuis des décennies.

Vivre dans de telles conditions et rester sain d’esprit — c’est de l’héroïsme. "Et qui dit que nous sommes sains d’esprit ?" me répondent les Palestiniens. Eh bien voilà la preuve qu’ils le sont : ils sont capables de se moquer d’eux-mêmes.

Les voyous des collines ne sont que la cerise sur le gâteau. La plus grosse partie du travail est faite par les voyous en gants de chevreau. Contrairement à ceux qui ont lancé des pierres à l’adjoint du commandant de brigade, ceux-là sont les chouchous d’Israël. La chair de notre chair. Des officiers et des soldats, des juges militaires, des architectes et des hommes d’affaire au service de l’armée, du ministère de l’Intérieur et des employés de l’Institut de la Sécurité Nationale. Les mains sont leurs mains. La tête est celle du peuple juif israélien qui par des voies démocratiques envoie son gouvernement imposer ses dictats aux Palestiniens.

En quoi consiste la dictature israélienne sur les Palestiniens ? Ce n’est pas seulement le contrôle de leur espace et la création d’enclaves isolées les unes des autres ; pas seulement l’envoi de jeunes israéliens de 19 ans —masqués et armés jusqu’aux dents— dans des raids militaires (560 le mois dernier selon le groupe qui supervise ce secteur dans le département des négociations de l’OLP) ; pas seulement les arrestations quotidiennes (257 arrestations en novembre dont 15 Gazaouis) et les 758 blocs de pierres mis en travers des routes de Cisjordanie pour les condamner temporairement le mois dernier.

La dictature n’est pas seulement l’interdiction faite aux Palestiniens de construire dans plus de 60% de la Cisjordanie, l’invention quotidienne de nouvelles lois pour les priver de leurs droits civiques et les expulser, ni la démolition en 2011 de 500 maisons palestiniennes, de puits, de citernes, d’abris pour les animaux, des toilettes et autres structures essentielles. La dictature est tout cela et beaucoup plus encore.

La dictature israélienne est l’art des deux poids deux mesures (les Palestiniens n’ont pas le droit de construire sur leur terre cultivable car elle est classée en zone rurale mais l’état peut légaliser une colonie juive construite sur de la terre cultivable palestinienne). Israël est le champion de l’arrogance et de la prétention ("la seule démocratie") et il détient la palme de l’hypocrisie ("prêt à retourner à la table des négociations à tout moment"). Ce qui empêche les Palestiniens de devenir fous de colère, c’est qu’ils savent que tout cela se retournera contre les Israéliens eux-mêmes.

Tous ceux que la dictature israélienne a blessés se sentent seuls, démunis, furieux et désespérés. Mais chaque famille à sa manière cultive son humanité. D’une manière étonnante et émouvante, —en dépit de rivalités internes, d’une répartition injuste du fardeau, de manifestations d’ignorance et d’opportunisme, et de leaders décevants — la dictature israélienne a rendu les Palestiniens plus solides et plus solidaires.

C’est le sumud* dont l’avocat Raja Shehadeh a parlé il y a longtemps, quand nous vivions encore dans l’illusion que le peuple juif israélien pouvait guérir de la maladie du pouvoir. Ce que recouvre ce mot est aussi vrai de chaque individu que de chaque famille : c’est la capacité de résilience, la capacité de se contrôler avec beaucoup de sagesse et de finesse, qui est à la base du courage qui est devenu la norme en Palestine et qui se transformera en résistance collective de masse quand le moment sera venu.

Les Palestiniens sont des héros et ce n’est pas seulement une belle tournure journalistique. C’est une fait dont les voyous n’ont que faire mais qui pourrait peut-être toucher les gens qui ferment les yeux —et il y en a beaucoup. Les gens ferment les yeux parce qu’ils veulent que tout soit normal. Ce qu’ils ne voient pas n’existe pas et ne les gêne pas. La normalité israélienne a besoin que les Palestiniens disparaissent ou au moins qu’ils se taisent et se rendent. Mais la bravoure des Palestiniens n’a pas fini de contrarier les espoirs israéliens de normalité.

Article paru originellement dans Haaretz.

Source : http://dissidentvoice.org/2011/12/p... / http://www.info-palestine.net/artic... Traduction : Dominique Muselet

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11419


Les Indignés israéliens peuvent-ils changer la donne dans la région ?
NPA - mercredi 14 décembre 2011

C
et été, Tel Aviv a connu la plus grosse manifestation des Indignés. Clairement antilibéral, ce mouvement citoyen pourrait donner naissance à une nouvelle société civile israélienne définie par la citoyenneté plutôt que par l’appartenance au « peuple juif ».

Qui l’aurait prédit ? La plus grande manifestation des Indignés (proportionnellement à la population du pays) a eu lieu à Tel Aviv, capitale d’un des pays les plus réactionnaires de la Planète : 400 000 personnes, c’est-à-dire l’équivalent de 4 millions de personnes en France. Plus même que la manifestation qui faisait suite aux massacres de Sabra et Chatila, en 1982. Qu’exigeaient les Indignés israéliens ? « Le peuple veut la justice sociale » et « contre les privatisations – (retour à) l’État providence ».
Un mouvement de masse
Quand, le 14 juillet 2011, Daphné Leef, une jeune femme de 24 ans, plante sa tente sur le Boulevard Rothschild à Tel Aviv pour protester contre l’impossibilité de trouver un logement, elle ne se doutait pas qu’en moins de dix jours, elle serait suivie par des milliers de jeunes et de moins jeunes qui, dans toutes les villes du pays, plantent à leur tour une tente, transformant le pays en un immense campement de protestation. Pour les jeunes couples, la question du logement est le symbole du démantèlement de l’État social : pendant deux générations, ce dernier se devait d’avoir une politique de logement social pour installer les millions d’immigrants venus s’installer dans l’État juif. La dérégulation néoliberale qui commence dans les années 1980 et la privatisation de l’immobilier font que le logement cesse d’être un droit et devient une marchandise. Puis ce sera le tour de l’éducation et de la santé qui, s’ils restent en principe gratuits, reviennent en fait de plus en plus cher si l’on veut obtenir un peu plus que le minimum.

Rapidement la revendication sur le droit au logement va s’étendre à une remise en question de l’ensemble de la contre-reforme néolibérale : « l’éducation n’est pas une marchandise », « la santé n’est pas une marchandise » deviennent des slogans populaires dans les manifestations de plus en plus massives qui accompagnent les campements au cours de l’été. Pour culminer, le 3 septembre, avec la manifestation des 400 000.

Dès ses premiers pas, le mouvement insiste, à travers ses porte-parole sur son caractère « social mais pas politique ». Décodée, cette définition signifie le refus de se positionner sur les questions liées au conflit israélo-arabe. « Ni droite, ni gauche » affirment Daphné Leef et ses amiEs, « nous sommes le peuple uni : religieux et laïques, Ashkenazes et Séfarades, droite et gauche » mais elle ajoute aussi « Juifs et Arabes », ce qui, en Israël, est loin d’aller de soi.

Les citoyens palestiniens d’Israël (20 % de la population) n’ont d’ailleurs pas attendu Daphné pour se mobiliser, et dans les villes mixtes, comme par exemple Haïfa ou Beer Sheva, nous sommes témoins, pour la première fois peut-être dans l’histoire d’Israël, de manifestations populaires véritablement judéo-arabes.

Du centre à la périphérie
Au départ, le mouvement reste cantonne a Tel Aviv et à Jérusalem, et sa composition sociale est essentiellement petite bourgeoise. La présence active de l’Union nationale des étudiants donne, dans une certaine mesure, le ton et le caractère de classe du mouvement, d’où sont absentes les classes populaires. Conscients de cette limite qui est à la fois géographique et sociale, les dirigeants décident de se tourner vers la « périphérie ». Par périphérie on entend, en Israël, ce qui n’est ni Tel Aviv ni Jérusalem, et plus particulièrement les villes dites dedéveloppement, c’est-à-dire sous-développées où, dans les années cinquante et soixante, on a parqué les immigrants juifs venus des pays arabes.

Pari gagné : fin août, de grandes manifestations mobilisent les couches populaires dans ce qui est l’équivalent des banlieues en France. C’est alors que le gouvernement décide enfin de réagir. Jusque-là Netanyahou, architecte en chef de la contre-réforme néolibérale, avait haussé les épaules, persuadé qu’il s’agissait d’un happening de jeunes bobos (« sushi et narguilé », selon un de ses ministres) qui s’éteindrait de lui-même, au plus tard à la fin des vacances scolaires.

Comme chaque fois où il a été confronté à un mouvement de masse, le gouvernement décide de la mise en place d’une commission nationale d’experts dont le mandat est de suggérer de nouvelles priorités budgétaires, tout en s’abstenant d’élargir le budget. En d’autres termes, réduire le budget de l’éducation pour améliorer le système de santé… ou le contraire. Sous la direction du professeur Manuel Trachtenberg, économiste plus proche des solutions sociales-démocrates que néolibérales, cette commission a eu le mérite d’affirmer dès le début qu’on ne pouvait pas ne pas toucher au budget militaire qui dévore près d’un tiers des ressources nationales. Plus intelligents que leur ministre Ehoud Barak, qui s’était frontalement opposé à toute coupe dans le budget de ladéfense, en disant avec l’arrogance d’un kibbutznik devenu millionnaire, « Ici, c’est pas la Suisse », les chefs de l’armée avaient anticipé les suggestions de la commission Trachtenberg et proposé de réduire eux-mêmes les dépenses de leur ministère, pensant éviter ainsi une intervention extérieure dans le plus opaque des budgets gouvernementaux.

Commission alternative
Les dirigeants du mouvement ne sont pas tombés dans le piège de la commission Trachtenberg et décidèrent de mettre en place une commission alternative, composée d’économistes, de sociologues et de militants du mouvement social. À la tête de cette commission, un sociologue militant, Yossi Yona, et l’ancien adjoint du Gouverneur de la Banque d’Israël, Avia Spivak. Contrairement à la commission officielle, les Arabes sont bien représentés, de même que les femmes et d’autres secteurs sociaux qu’on a l’habitude de marginaliser. Le fait que le porte-parole de cette commission soit un des dirigeants du Mouvement Solidarité Cheikh Jarrah est plus que symbolique. Car la commission Yona-Spivak, refusant de déshabiller Paul pour vêtir Pierre, s’est positionnée sur des choix politiques : ses propositions de coupes substantielles dans le budget de la défense et de réductions massives des subventions aux colonies, l’identification de la population arabe comme une priorité nationale, s’inscrivent dans ce qu’elle appelle elle-même des choix stratégiques, à savoir un tournant vers une politique de paix, même si celle-ci n’est décrite que d’une manière très générale.

Le gigantesque fossé entre les propositions de la Commission Trachtenberg, qui ont été ratifiées à la hâte et du bout des lèvres par le gouvernement, et celles de la commission alternative ont amené Daphné Leef à annoncer une reprise des manifestations. Celles-ci restent cependant peu probables : un mouvement tel que celui que nous avons connu cet été, sans structure et sans direction, ne se réorganise pas d’un coup de baguette magique, certainement pas quand il mobilise essentiellement les classes moyennes. En effet, si la participation de la grande majorité des travailleurs est indéniable, c’est en tant que citoyens qu’ils ont participé, pas comme classe, avec ses organisations et ses directions. L’absence de la Histadrout – principale confédération syndicale – dans les mobilisations a été remarquée. Au moment où se négocient les effets de ces mobilisations en termes d’acquis et de réformes, son retour est programmé.

Le retour à la maison des classes moyennes a laissé le champ libre aux couches les plus défavorisées, voire marginales: les vrais sans-logis, les mères célibataires sans emploi fixe, les employés des compagnies de main-d’œuvre. Ce sont eux que l’on rencontre dans ce qui reste des campements où ils s’accrochent non par protestation mais parce qu’ils n’ont vraiment pas où loger. Ils squattent les nombreux immeubles vides, et n’hésitent pas à réagir violemment à la violence policière. Le temps des manifestations bon enfant est bien fini, la lutte de classe reprend ses droits.

Naissance d’une société civile
Sans présager du futur, on peut d’ores et déjà affirmer que l’acquis numero un des mobilisations sociales de l’été 2011 aura été la naissance d’une société civile israélienne, autonome de l’État, voire en conflit avec celui-ci. Formée dans la colonisation de la Palestine et en conflit avec son environnement arabe, pendant plus de cinq décennies, la société israélienne ne s’est pas réellement démarquée de l’État : elle se devait de servir le projet sioniste et lui était soumise. Certes, au cours de ses 65 ans d’histoire, Israël a connu des mobilisations sociales, des explosions populaires, des grèves parfois dures. Mais celles-ci restaient des événements circonscrits dans le temps, et en général dans l’espace, d’autant plus qu’il était très facile de les démobiliser par une tension aux frontières ou tout simplement en brandissant la bannière de la sécurité.

Cette fois, les tentatives de ce genre ont fait long feu comme l’a montre le refus d’annuler les manifestations après l’attentat près d’Eilat… dont les circonstances laissent d’ailleurs planer de sérieux soupçons sur son authenticité. Sans nécessairement se positionner politiquement, le nouveau mouvement social israélien ne se laissera pas aussi facilement piéger que ceux qui l’ont précédé.

Osons même tenter une hypothèse plus audacieuse, celle d’une redéfinition du concept de « peuple ». Jusqu’à cet été, le « peuple israélien » ne signifiait pas l’ensemble des citoyens du pays, mais plutôt le « peuple d’Israël » tel qu’il apparaît dans la Bible, à savoir les Juifs. Les mobilisations sociales des derniers mois seraient-elles le baptême d’un nouveau peuple, défini non pas par ses origines ethnico-confessionelles mais par la citoyenneté ? Auquel cas, elles marqueraient alors le début de la fin du sionisme et le remplacement de l’État juif par l’État de tous ses citoyens, comme le revendique la gauche antisioniste ? Il est bien trop tôt pour l’affirmer, mais l’été 2011 nous permet au moins d’y rêver et surtout nous appelle à redoubler nos efforts pour faire de ce rêve une réalité.

Michel Warschawski
d'après : http://www.npa2009.org/content/les-indign%C3%A9s-isra%C3%A9liens-peuvent-ils-changer-la-donne-dans-la-r%C3%A9gion

Les banquiers sont les dictateurs de l’Occident
Robert Fisk (The Independent) - publié le vendredi 16 décembre 2011.

Écrivant depuis la région même qui produit le plus de clichés au mètre carré que n’importe quelle autre « histoire » - le Moyen-Orient -, je devrais peut-être prendre un moment avant de dire que je n’ai jamais lu autant d’âneries, autant de bêtises absolues, que je peux en lire sur la crise financière mondiale.

Mais je ne vais pas me retenir. Il me semble que l’information sur l’effondrement du capitalisme est tombée si bas que même au Moyen-Orient on ne s’abaisse pas à ce point devant les institutions et les « experts » de Harvard qui ont contribué à provoquer toute cette catastrophe criminelle.

Démarrons avec le « Printemps arabe » - terme en soi déformant verbalement de façon grotesque l’immense prise de conscience arabo-musulmane qui secoue le Moyen-Orient - et ses parallèles falots avec les manifestations sociales dans les capitales occidentales. Nous avons été submergés d’articles comme quoi les pauvres et les défavorisés en Occident « avaient pris exemple » sur le « Printemps arabe », que les manifestants en Amérique, au Canada, en Grande-Bretagne, en Espagne et en Grèce avaient été « motivés » par les énormes manifestations qui ont fait tomber les régimes en Égypte, en Tunisie et - jusqu’à un certain point - en Libye. Mais ce ne sont que des balivernes.

La véritable similitude, inutile de le dire, a été escamotée par les journalistes occidentaux, si prompts à vanter les rebellions anti-dictateurs des Arabes, si soucieux d’ignorer les manifestations contre les gouvernements occidentaux « démocratiques », si enclins à dénigrer ces manifestations, à suggérer qu’elles ne font simplement que copier la dernière mode dans le monde arabe. La vérité est quelque peu différente. Ce qui a conduit les Arabes par dizaines de milliers, puis par millions, dans les rues des capitales du Moyen-Orient, c’est une exigence de dignité et un refus de laisser les dictateurs et leurs familles s’approprier en réalité leurs pays. Les Moubarak et les Ben Ali, et les Kadhafi, et les rois et émirs du Golfe (et de Jordanie), et les Assad, tous ils ont cru avoir un droit de propriété sur leur nation tout entière. L’Égypte appartenait à la S.A. Moubarak, la Tunisie à la S.A. Ben Ali (et à la famille Traboulsi), la Libye à la S.A. Kadhafi, et ainsi de suite. Les martyrs arabes contre la dictature sont morts pour prouver que leurs pays appartenaient à leurs propres peuples.

Et c’est là le véritable parallèle avec l’Occident. Les mouvements de protestations s’en prennent en effet au Big Business - une cause tout à fait justifiée - et aux « gouvernements ». Ce qu’ils ont réellement découvert cependant, quoique un peu tard, c’est que pendant des décennies ils ont participé à une démocratie frauduleuse : ils ont scrupuleusement voté pour des partis politiques - qui ensuite remettaient le mandat démocratique et le pouvoir obtenus du peuple aux banques, à leurs dérivés les opérateurs en bourse, et aux agences de notation, tous trois soutenus par la coterie désinvolte et malhonnête des « spécialistes » d’université renommées et des « think tanks » d’Amérique, lesquels entretiennent la fiction d’une crise de la mondialisation alors qu’il s’agit d’une escroquerie financière de masse imposée aux électeurs.

Les banques et les agences de notation sont devenues les dictateurs de l’Occident. Tout comme les Moubaraks et les Ben Alis, les banques ont cru - elles croient toujours - être les propriétaires de leurs pays. Les élections qui leur ont donné le pouvoir sont - grâce à la lâcheté et à la collusion des gouvernants - devenues aussi fausses que les scrutins derrière lesquels les Arabes étaient forcés de s’aligner, décennies après décennies, pour consacrer les propriétaires de leur propre territoire national. Goldman Sachs et la Banque royale d’Écosse sont aujourd’hui les Moubaraks et Ben Alis des États-Unis et du Royaume-Uni, chacun engloutissant la richesse du peuple avec des récompenses et des bonus bidon pour leurs patrons malfaisants, autrement plus rapaces que leurs avides confrères-dictateurs arabes pouvaient l’imaginer.

Je n’ai pas eu besoin du film Inside Job de Charles Ferguson sur la BBC2 cette semaine - bien qu’il y ait aidé - pour m’apprendre qu’agences de notation et banques américaines sont interchangeables, que leur personnel circule facilement entre les agences, les banques et le gouvernement américain. Les gars des notations (presque toujours des gars, bien sûr), ceux qui notaient AAA les prêts subprime et leurs dérivés en Amérique, sont maintenant - et grâce à leur influence vénéneuse sur les marchés - en train de dépouiller les peuples d’Europe en menaçant d’abaisser ou de retirer les notations mêmes des nations européennes qu’ils avaient prodiguées à ces criminels avant le krach financier aux États-Unis. Je crois que l’euphémisme tend à avoir le dernier mot. Mais, pardonnez-moi, qui sont ces créatures avec lesquelles les agences de notations sèment plus la panique chez les Français que Rommel en 1940 ?

Pourquoi mes copains journalistes à Wall Street ne me le disent-ils pas ? Comment se fait-il que la BBC et CNN et - oh, non, même Al Jazeera - considèrent ces communautés criminelles comme des institutions de pouvoir non contestables ? Pourquoi n’y a-t-il aucune enquête - Inside Job en a ouvert la voie - sur ces scandaleux doubles jeux ? Cela me rappelle aussi tellement la façon tout aussi lâche dont de nombreux journalistes américains couvrent le Moyen-Orient, évitant étrangement toute critique directe d’Israël, encouragés par une armée de lobbyistes pro-Likoud, pour expliquer aux téléspectateurs comment on peut se fier à la façon qu’a l’Amérique de « faire la paix » dans le conflit israélo-palestinien, pourquoi les bons sont les « modérés » et les méchants, les « terroristes ».

Les Arabes ont au moins commencé à se débarrasser de cette absurdité. Mais quand les manifestants de Wall Street font de même, ils deviennent alors des « anarchistes », des « terroristes » sociaux des rues américaines qui osent exiger que les Bernankes et les Geithners subissent le même genre de procès que Hosni Moubarak. Nous, en Occident - nos gouvernements -, nous nous sommes créés nos dictateurs. Mais, contrairement aux Arabes, nous ne pouvons pas les atteindre.

Le Taoiseach (chef du gouvernement) irlandais, Enda Kenny, a solennellement informé sa population cette semaine qu’elle n’était pas responsable de la crise dans laquelle elle était tombée. Ce qu’elle savait déjà, bien sûr. Ce qu’il ne leur a pas dit, c’est qui il fallait blâmer. N’est-il pas temps pour lui et ses collègues premiers ministres de l’Union européenne de nous le dire ? Et pour nos journalistes, eux aussi ?

Du même auteur : voir liens en fin de l’article http://www.info-palestine.net/artic...

10 décembre 2011 - The Indedendent - traduction : JPP

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11381



Tentative d’arrestation d’un chef militaire israélien à Bruxelles
Mondialisation.ca, Le 9 decembre 2011 par David Cronin

Né à Dublin en 1971, David Cronin est l’auteur de « Europe’s Alliance with Israel : Aiding the Occupation » (Pluto Press, 2011). Il a écrit pour de nombreux journaux, parmi lesquels The Guardian, The Wall Street Journal Europe, European Voice, Inter Press Service, The Irish Times et The Sunday Tribune. Comme militant politique, il a tenté une arrestation citoyenne de Tony Blair et d’Avigdor Lieberman pour crimes contre l’humanité.

Le 8 décembre au matin, j’ai tenté d’arrêter un stratège militaire israélien coupable de développer des armes destinées à tuer des Palestiniens.
Yitzhak Ben-Israel, ancien chercheur dans l’armée d’Israël et au Ministère de la défense se tenait devant la salle de réunion d’un hôtel de luxe bruxellois quand je suis arrivé. Je suis passé devant lui et me suis dirigé vers le bureau pour m’enregistrer afin d’assister à une conférence intitulée « Technologie et terrorisme » que ce personnage devait animer.

« Bonjour, dis-je à la femme derrière le bureau, mon nom est Cronin.

- Cronin ?, dit un homme en costume sombre qui venait de s’approcher, vous êtes David ? (Je n’avais pas donné mon prénom.

- C’est juste, répondis-je. »

La femme et lui jetèrent un coup d’œil rapide sur la liste et m’affirmèrent que mon nom n’y figurait pas. Quand j’ai expliqué que j’avais envoyé un e-mail exprimant le souhait d’être présent à la conférence, ils m’ont répondu qu’il s’agissait d’un événement privé.

« Mais cela est financé par l’Union européenne. Et cela a été annoncé publiquement sur Internet, insistai-je. »

La conversation continua inutilement pendant un moment jusqu’à ce que l’homme me dise :

« Vous voulez la police ? La police est là. » (Je n’avais nullement demandé la police). » Je me suis retourné et deux hommes venaient d’arriver.

« Faites-vous partie de la sécurité de l’hôtel ?, demandai-je.

- Non, nous sommes les services de renseignement belges, me répondit l’un des deux fonctionnaires.

- Cet homme, juste là, c’est Ben-Israel, lançai-je en le montrant du doigt, je suis venu pour lancer une arrestation citoyenne à l’encontre de cet homme. M. Ben-Israel, vous êtes accusé de crimes contre l’humanité. Je vous demande de vous rendre par vous-même aux deux officiers de police ici présents. »

Un des officiers me demanda de m’identifier. « Mon nom est David Cronin, je suis journaliste indépendant, dis-je, je crois sincèrement que M. Ben-Israel a développé des armes dont le but est de tuer des Palestiniens. »

J’ai essayé d’entrer dans les détails, mais les deux policiers était déjà en train de me faire descendre les escaliers. Dans le hall de l’hôtel, ils m’ont demandé mes papiers et ont noté mes coordonnées. Je leur ai demandé qu’ils enregistrent une déclaration de ma part où j’aurais pu expliquer pourquoi Ben-Israel devait être arrêté. Bien qu’ils aient accepté d’écouter mes arguments, ils ont refusé de prendre une déclaration formelle et à la place ils voulaient me faire visiter le poste de police.

QUI EST BEN-ISRAEL ?

Général en retraite, Ben-Israel, est impliqué dans le développement des armes les plus horribles de l’arsenal israélien. Il y a des preuves flagrantes qu’il a fourni son expertise à une équipe israélienne qui a adapté les armes étasunienne DIME (Dense Inert Metal Explosive) pour une utilisation sur Gaza. En 2006, Ben-Israel a indiqué qu’il était au courant des test de DIME, une arme qui arrache les membres et cause de sévères brulures. Il fit l’éloge de cet arme dans une interview à la télévision italienne, déclarant : « une des idées est de permettre de frapper les cibles sans entraîner de dommages sur d’autres personnes. »

Des témoignages, rassemblés dans les hôpitaux de Gaza que Israël a attaqué fin 2008-début 2009, affirment la présence de métaux inhabituels dans les corps des victimes de bombardements. Ceci indique que le DIME a pu être utilisé durant cette assaut qui a duré trois semaines, l’opération Plomb durci.

Ben-Israel a reçu trois récompense en Israël pour avoir aidé à inventer des armes. En 1972, il a été honoré pour son rôle dans la réalisation du système de bombe de l’avion F-4E fourni à Israël par l’entreprise d’armement McDonnell Douglas. Quatre ans plus tard, il gagna un prix similaire pour sa contribution à l’élaboration d’une nouvelle technologie pour l’armée israélienne : le système C4 conçue pour permettre au commandement militaire de diriger plusieurs opération en même temps. Et en 2002, il remporta le Prix de la défense d’Israël pour un « projet introduisant un nouveau concept de conflit armé ».

LA JOUISSANCE D’ASSASSINER

Membre de la Knesset (parlement israélien) entre 2007 et 2009, il a été un fervent supporteur de l’Opération Plomb durci. Dans un article d’opinion, paru en 2009 sur le site Ynet, il s’est réjoui de la manière dont Israël s’était passé des règles du combat armé qu’il avait l’habitude de jouer (selon lui) : « Avant, c’était comme si le côté faible (Hamas, Hezbollah) pouvait attaquer les citoyens de manière ininterrompue, pendant qu’Israël hésitait à utiliser sa puissance militaire substantiel (avion de chasse, tank et missiles guidés) par peur de blesser des civils. Mais l’opération récente a montré que même les mosquées utilisées par les groupes terroristes ne sont plus un obstacle pour Israël. »

Il est écœurant de voir que quelqu’un qui se réjouit de l’assassinat massif de civils puisse être un invité à une conférence sponsorisée par l’Union européenne.

Comme je l’ai écrit il y a quelques jours, un autre crime commis par Ben-Israël est qu’il siège au conseil d’administration de l’Université Ariel située dans une colonie en Cisjordanie. Les représentants européens savent que ces établissements violent la 4ème convention de Genève de 1949 qui interdit à une puissance occupante de transférer ses populations civiles dans des territoires qu’elle occupe.

Ben-Israel parut quelque peu perplexe quand je me suis confronté à lui aujourd’hui. Il n’a certainement jamais eu à faire face auparavant à une telle tentative qui le tiendrait responsable de ses crimes. Hé bien, il faudrait qu’il s’habitue à ce genre d’action ! Lui ou d’autres membres de la politique d’Israël et de son élite militaire doivent s’attendre à faire face à la justice. Partout où qu’ils aillent.

David Cronin
The Electronic Intifada, 8 décembre 2011.
d'après : http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=28133




Conférence sur la Palestine au forum Echaâb : La résistance armée, seule voie vers la liberté
El Moudjahid le 30 novembre 2011

© DR
Le Centre des études stratégiques Echaâb a organisé hier une conférence-débat autour du thème «Liberté pour la Palestine». Cette rencontre animée par le directeur du centre des études d’El- Aqsa, le Pr Amer Moussa, a été l’occasion pour le conférencier de  souligner le danger qui menace le caractère sacré de la mosquée Al-Aqsa, face au mutisme des pays arabes, dépassés, selon lui, par leurs crises internes. «El Qods est soumise à une attaque non conventionnelle, dont le but est d’expulser ses habitants arabes palestiniens, et de dévier la population arabe de sa lutte nationale contre l’occupation», a-t-il dit, ajoutant que la division palestinienne et le black-out médiatique imposé par l’occupant israélien sont les principales causes de la situation actuelle de la vieille ville.
M. Moussa a rappelé dans ce sens,  les tentatives de judaïsation d’El Qods pour modifier l’identité de la mosquée d’al-Aqsa et l’ancienne ville, par les excavations visant à construire une ville historique juive, sous et autour de la mosquée et du dogme d’al-Aqsa, des synagogues et des musées, mais également par l’expulsion des Arabes vers la périphérie en leur imposant des conditions de vie difficiles, notamment la construction du mur de séparation.
L’orateur a estimé que l’adhésion de l’Etat palestinien à l’Unesco constitue un acquis important pour la résistance palestinienne et contribuera forcément à la protection du patrimoine historique et culturel des Palestiniens. L’autre acquis de la résistance palestinienne, selon   M. Moussa, est l'accord signé sous médiation égyptienne entre Israël et le Hamas, pour la libération de 1 027 détenus palestiniens dont  477 ont été déjà libérés, alors que les consultations sont en cours pour libérer un second groupe de 550 prisonniers.
Par ailleurs, l’orateur a estimé que la solution pour la cause palestinienne serait dans la résistance armée.
Il a demandé dans ce sens, aux peuples arabes de soutenir davantage la cause palestinienne sur tous les plans, notamment matériel et politique mais aussi sur le plan médiatique, afin, dira-t-il, de renforcer ce projet de résistance armée.
Evoquant le printemps arabe, M. Moussa a estimé que cela peut avoir à court terme, un aspect négatif, juste le temps que durera l'instabilité.
En fin de compte, ce printemps arabe ne peut qu'avoir un impact positif sur les peuples arabes et inéluctablement sur la Palestine a-t-il dit, et d’ajouter : «L’ouverture démocratique dans ces pays ne peut être que bénéfique pour la cause palestinienne».
Salima Ettouahra
D'après : http://www.elmoudjahid.com/fr/actualites/20307

Seymour Hersh : Réactivation contre le programme nucléaire de l’Iran de la propagande qui précéda la guerre contre l’Irak
interview-vidéo "Democracy now !", traduction "la Revue des Ressources"
. publié le samedi 26 novembre 2011.

Alors que les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Canada ont prévu d’annoncer un ensemble coordonné de sanctions contre l’industrie iranienne du pétrole et de la pétrochimie aujourd’hui, Seymour Hersh, journaliste d’investigation de longue date, interroge le consensus croissant sur le supposé programme iranien d’armes nucléaires. La pression internationale sur l’Iran s’est accrue depuis que l’Agence internationale de l’énergie atomique des Nations Unies a révélé dans un rapport la « possible dimension militaire » des activités nucléaires de l’Iran, attestant d’une preuve « crédible » qui « indique que l’Iran a mené des activités pertinentes pour le développement d’un engin nucléaire explosif ». Dans son dernier article pour le blog du New Yorker, intitulé « L’Iran et l’AIEA », Hersh affirme que le récent rapport est un « document politique », et non une étude scientifique. « Ils [JSOC] n’ont rien trouvé. Rien. Pas de preuve d’un quelconque armement », dit Hersh. « En d’autres termes, aucune preuve de construction d’une bombe. Ils ont des installations pour enrichir, mais pas d’installations distinctes pour construire la bombe. C’est un fait brut. »

Seymour Hersh : Réactivation contre le programme nucléaire de l’Iran de la propagande qui précéda la guerre contre l’Irak

Amy Goodman :
Aujourd’hui, les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Canada ont prévu d’annoncer un ensemble coordonné de sanctions contre l’Iran. ABC News et le Wall Street Journal indiquent que les sanctions viseront le pétrole de l’Iran et l’industrie pétrochimique. Le week-end dernier, le président Obama a averti que toutes les options n’avaient pas été mises sur la table.
Président Barack Obama : Les sanctions sont déjà très incisives et leur portée énorme, et nous construisons hors de la plateforme qui a déjà été établie. La question est de savoir s’il existe des mesures supplémentaires que nous pouvons prendre. Et nous allons explorer toutes les possibilités pour voir si nous pouvons résoudre ce problème diplomatiquement. Je l’ai dit à plusieurs reprises, et je vais le redire aujourd’hui, nous ne mettons pas toutes les options sur la table.

Amy Goodman : La pression internationale sur l’Iran s’est accrue depuis que l’Agence internationale de l’énergie atomique des Nations Unies a révélé dans un rapport la "possible dimension militaire" des activités nucléaires de l’Iran, attestant d’une preuve "crédible" qui "indique que l’Iran a mené des activités pertinentes pour le développement d’un engin nucléaire explosif ». L’AIEA a adopté une résolution exprimant vendredi, je cite, sa « préoccupation croissante » relative au programme nucléaire de l’Iran d’après les conclusions du rapport.
Le président du parlement iranien a déclaré hier que l’Iran réviserait ses relations avec l’AIEA après le rapport. Ali Larijani a indiqué qu’il pourrait être difficile pour l’Iran de continuer à coopérer avec l’organe de surveillance nucléaire.

Ali Larijani : [traduction] Si l’agence agit dans le cadre de la Charte, nous acceptons le fait d’être membre de celle-ci et assumons nos responsabilités. Mais si l’agence veut s’écarter de ses responsabilités, alors il ne faut pas s’attendre à la coopération de l’autre.

Amy Goodman : [Au Président du parlement iranien]. En attendant, certains Iraniens ont exprimé le souhait d’une coopération accrue avec l’AIEA.

Said Bahrami : [traduction] Compte tenu du fait que le gouvernement a apporté beaucoup de précisions, il serait mieux pour lui d’élargir sa coopération avec l’AIEA et de les laisser voir par eux-mêmes, de près, de telle façon qu’il n’y aurait aucun prétexte pour les superpuissances.

Amy Goodman : La semaine dernière, le Pentagone a confirmé qu’il avait reçu de nouvelles et puissantes bombes destructrices de bunker capables de détruire les sites souterrains, y compris les installations nucléaires iraniennes. Les bombes de 15 tonnes ont six fois la taille de l’actuel arsenal anti-bunker de la Force aérienne.

Les nouvelles sanctions contre l’Iran ont également suivi les allégations du mois dernier par les États-Unis selon lesquels des responsables iraniens avaient été impliqués dans un complot déjoué visant à tuer l’ambassadeur saoudien à Washington. On s’attend à ce que les Etats-Unis annoncent aujourd’hui que le secteur financier de l’Iran est « principalement une entreprise de blanchiment d’argent ». Cette phrase déclenche un article du Patriot Act des Etats-Unis qui prévient les entreprises européennes, asiatiques et latino-américaines, qu’elles pourraient être empêchés de faire des affaires avec les États-Unis si elles continuaient à travailler avec l’Iran.

Et bien, pour parler davantage des sanctions et des implications du rapport de l’AIEA, nous allons à Washington, DC, pour parler avec Seymour Hersh – journaliste lauréat du prix Pulitzer d’investigation. Il a fait des reportages sur l’Iran et la bombe durant la dernière décennie. Son dernier article est intitulé « L’Iran et l’AIEA ». Il est dans le New Yorker.

Bienvenue à Democracy Now ! Seymour. Dites-nous ce que l’on doit, selon vous, comprendre à ce qui se passe en Iran en ce moment à propos de son secteur de l’énergie nucléaire.

Seymour Hersh : Bon, en fait, l’article que vous mentionnez était sur le blogue. Pas dans le magazine, mais sur la page Web. *

Mais vous avez mentionné l’Irak. C’est le même genre — ou presque le même — je ne sais pas si vous voulez appeler cela une « psychose », mais c’est une sorte de pays imaginaire qu’on se construit ici, comme dans le cas de l’Irak, le même genre — aucune leçon apprise, évidemment. Tenez, j’ai fait des reportages sur l’Iran, et je pourrais vous dire que dès 2004, sous George Bush, et en particulier le vice-président, M. Cheney, nous étions — comprenez Cheney était particulièrement préoccupé par l’existence d’installations secrètes pour la construction d’une arme, ce qui est très différent de l’enrichissement. Il y a enrichissement en Iran. Ils l’ont reconnu. Ils ont des inspecteurs sur place. Il y a des caméras là-bas, etc. Et c’est tout : l’Iran est signataire du Traité de non-prolifération. Personne ne les accuse de tricher. En fait, le dernier rapport dont tout le monde s’est entiché dit aussi que, une fois encore, nous ne trouvons aucune preuve que l’Iran ait détourné de l’uranium du processus d’enrichissement. Et c’est un enrichissement, pour l’essentiel, à des niveaux très bas et à des fins pacifiques, disent-ils, à 3.8 pour cent. Et oui, il y a un petit pourcentage enrichi à 20 pour cent pour usage médical, mais c’est assez faible, et cela se passe également sous les caméras, sous les yeux de l’inspection.

Ce qui s’est passé à cette époque, en 2004, 2005, 2006, 2007, et même jusqu’à la fin de leur mandat, c’est que Cheney a continué à envoyer par le commandement interarmées des Forces d’opérations spéciales (les JSOC) des équipes en Iran. Ils travailleraient avec différents groupes dissidents — les Azéris, les Kurdes, même Jundallah, qui est une faction d’opposants sunnites très fanatiques — et feraient tout ce qu’ils peuvent pour essayer de trouver des preuves d’une installation souterraine illicite. Nous avons tout surveillé. Nous avons une surveillance incroyable. Par rapport à ce que nous faisions alors, nous pouvons même faire mieux maintenant. Et certaines choses sont très techniques, très classifiées, mais je peux vous le dire : il n’y a pas grand chose que vous puissiez faire en Iran en ce moment sans que nous le découvrions. Ils n’ont rien trouvé. Rien. Aucune preuve de la moindre militarisation. En d’autres termes, aucune preuve d’une installation pour la construction de la bombe. Ils ont des installations pour enrichir, mais pas des installations séparées pour construire une bombe. C’est simplement un fait. Nous n’avons rien trouvé, si cela existe. C’est toujours du fantasme. Nous voulons toujours penser — comme beaucoup de gens — que ces installations existent.

Dans les dernières semaines, le grand changement a été la sortie d’un nouveau rapport de l’AIEA. Et ce n’est pas un rapport scientifique, c’est un document politique. Il reprend beaucoup des vieilles allégations qui avaient été faites au fil des années, et qui ont été examinés par l’AIEA, sous le régime ou la direction de Mohamed El Baradei — l’Égyptien qui a dirigé l’AIEA pendant 12 ans, qui a gagné un prix Nobel de la Paix pour son travail — quelqu’un qui se méfiait beaucoup de l’Iran au début et qui fut de moins en moins méfiant au fur et à mesure que l’Iran s’ouvrait. Mais le nouveau directeur de l’AIEA, un fonctionnaire japonais nommé Amano, une sorte de fonctionnaire vieux jeu issu du parti de centre-droit au Japon, je suis sûr que c’est un gars honnête, il croit ce qu’il croit. Mais une série de documents Wikileak de l’ambassade américaine à Vienne, l’une des ambassades à Vienne, nous a appris quelle bonne nouvelle ce fut de placer Amano là. C’était l’année dernière. Ces documents ont été publiés par le groupe de Julian Assange et sont assez importants, car les documents disent que Amano a promis son allégeance à l’Amérique. Je comprends qu’il a été élu en tant que candidat marginal. Nous l’avons beaucoup soutenu. Six scrutins. Il était considéré comme faible par tout le monde, mais nous l’avons poussé dans le jeu. Nous l’avons mis en place. Il a répondu en nous remerciant et en disant qu’il partage nos points de vue. Il partage nos points de vue sur l’Iran. Fondamentalement, c’était juste une expression d’amour. Il va faire ce que nous voulions.

Rien de neuf dans ce nouveau rapport. Ce n’est pas moi qui parle. C’est dans l’article que j’ai fait pour le blogue du New Yorker, c’est différent dans le blogue parce qu’il y a plus du rapport dedans. J’ai parlé à d’anciens inspecteurs. Ce sont des voix différentes de celles qui s’expriment dans le New York Times et le Washington Post. Il y a d’autres personnes qui ne sont pas évoquées et qui sont beaucoup plus sceptiques sur ce rapport, et la couverture médiatique vous les cache, tout simplement. Donc ce que nous obtenons dans la presse dominante est une mince partie de l’analyse du rapport. Il s’agit d’une analyse totalement différente, et qui est très peu nouvelle.

Et la façon dont ça fonctionne, Amy, ce n’est pas clair : au fil des ans, un rapport sera affiché dans un journal londonien, dont les informations se révèlent être fausses, se révèlent être de la propagande, initiée par nous ou bien par une agence d’intelligence européenne. Tout cela s’est passé, si vous vous rappelez les trucs d’Ahmed Chalabi, pendant les préparatifs pour la guerre en [Irak], tous les propos, vous savez, les grands arsenaux qui existaient à l’intérieur de [l’Irak]. Le même genre de propagande est utilisée maintenant — excusez-moi, j’ai un léger frisson — que celle qui, au fil de la dernière décennie, s’est affichée dans divers journaux. L’AIEA le regarde, décide que ce n’est pas une fabrication, ou qu’on ne peut certainement pas soutenir que ça l’est au regard de tout ce qu’ils savent. Tous ces anciens rapports, à l’exception, dans une nouvelle étude que l’AIEA a sortie, de 30 ou 40 éléments anciens, et avec seulement trois éléments postérieurs à 2008, sont tous — de l’avis de nombreuses personnes à l’intérieur de l’AIEA — des fabrications peu fiables voire fausses. Voilà où nous en sommes.

Amy Goodman : Donc, Seymour Hersh, vous dites qu’il ne s’agit pas de nouvelles informations. Il s’agit d’un nouveau chef de l’AIEA qui fait la différence ici. Pouvez-vous parler davantage de l’infiltration américaine en l’Iran, de JSOC en Iran, de la surveillance, aussi, en Iran ?

Seymour Hersh : Bien sûr. Je veux dire, le genre de trucs qu’ils ont faits. Je pourrais vous raconter des trucs qui étaient secrets il y a huit, neuf ans. Nous pouvions — et en l’occurrence, nous l’avons fait — si nous soupçonnions l’existence d’une installation souterraine, où nous avons vu certains creuser, disons dans une zone de montagne, nous pouvions border la route — quand il y avait des camions qui montent et descendent la route — avec ce qui semblait être des cailloux. En fait, c’étaient des capteurs qui permettent de mesurer le poids des camions entrant et sortant. Si un camion entrait à vide et sortait chargé, on pouvait supposer qu’il sortait avec les déblais, donc qu’ils faisaient creuser. Nous avions ce type de surveillance.

Nous avons également mis toutes sortes de compteurs passifs pour les mesures de radioactivité. Pour l’uranium, le plutonium – ce qu’ils font surtout là-bas c’est de l’uranium enrichi. Ils ne fabriquent pas de plutonium. Mais vous pouvez le pister. À un certain point, il faut déplacer le plutonium. Dès que vous le sortez et commencez à le déplacer, vous pouvez le pister. Vous pouvez trouver des compteurs Geiger, si vous voulez utiliser cette ancienne appellation, vous pouvez mesurer la radioactivité et la voir augmenter. Si nous désirons aller dans un immeuble vérifier s’ils n’avaient pas procédé à quelque enrichissement dont nous n’aurions pas été avertis, alors nos troupes, parfois même avec les Américains, vont dans un immeuble de Téhéran où nous soupçonnons des activités louches, elles orchestrent une perturbation dans la rue, prélèvent quelques briques, vont vers une autre section faire cliqueter un compteur Geiger, par exemple, ou un appareil de mesure et procèdent à des contrôles.

Et nous avons aussi une incroyable compétence pour rechercher des aérations, et ce à partir de satellites. Si vous construisez une installation souterraine, il faut la ventiler. Il vous faut y faire entrer de l’air. Vous devez trouver un moyen pour éliminer l’air vicié et insuffler de l’air frais. Et nous avons des gars, dans la communauté, qui sont des experts, des gens formidables. Certains d’entre eux sont partis à la retraite et ont monté leur entreprise pour faire ça. Ils vérifient toute la surveillance aérienne pour trouver des aérations afin que nous puissions, avec insistance, mettre en évidence un dessin d’installation souterraine. Nada. Nous avons fait chou blanc.

Et le plus important, permettez-moi de le souligner — le nouveau rapport de l’AIEA et nous-mêmes le disons — est que si vous ne détournez pas d’uranium, si vous vous n’en subtilisez pas en contrebande en un lieu secret pour y fabriquer la bombe — ce sur quoi l’AIEA est absolument catégorique — tout ce qu’ils enrichissent, quel qu’en soit le pourcentage d’enrichissement est sous l’oeil des caméras et des inspections. Tout est visible, en vertu du traité — le traité de sauvegarde. Personne n’accuse l’Iran de violer le traité. Ils les accusent juste de trichoter, ou sur certains éléments de preuve qu’ils ont. Et il n’y a eu aucune preuve d’un détournement. Donc, si vous avez l’intention de faire une bombe, il va vous falloir en apporter les éléments depuis ailleurs. Et vu le type de surveillance que nous avons, cela va être difficile à faire, d’importer d’un pays tiers de l’uranium et de l’enrichir, ou directement de l’uranium enrichi. C’est un plan à grande échelle.

Et ce à quoi on assiste — comme je le disais, c’est à une sorte d’hystérie comparable à ce que nous avions à propos de l’Irak, mais cette fois pour l’Iran. Et ce n’est pas un plaidoyer pour l’Iran. Il y a beaucoup de choses contestables du côté des Iraniens, comme la manière dont ils traitent la dissidence, etc, etc. Donc, j’essaie juste de faire entendre ma voix dans le raffut actuel. Et en ce qui concerne les sanctions, excusez-moi de le dire, mais vous savez que cela fait 60 ans que nous sanctionnons Cuba, et Castro, tout malade qu’il soit, est toujours là. Les sanctions ne marcheront pas. L’Iran est un pays qui produit du pétrole et du gaz, de moins en moins, mais toujours en quantités importantes. Et ils ont des clients dans l’Extrême-Orient, les Iraniens. Ils ont des clients pour leur énergie. Nous sommes perdants dans cette affaire.

Amy Goodman : Comment jugez-vous l’administration Obama par rapport à l’administration Bush au sujet de l’Iran ?

Seymour Hersh : Je ne peux pas trouver une comparaison. Elle est pareille – elle est un peu moins belliqueuse, mais ça reste identique. Je pense et j’ai toute raison de croire que, contrairement à M. Bush, la perspective d’une attaque inquiète vraiment le président Obama. Il ne veut pas voir les Israéliens bombarder l’Iran. C’est le genre de propos que nous avons reçus dans la presse ces derniers temps.

Et il y a de nouveau, comme vous l’avez mentionné, les bombes de 15 tonnes construites par Boeing. Le problème est que la plupart des installations de l’Iran, celles que nous connaissons, les installations déclarées et sous inspection des caméras en un endroit appelé Natanz, sont à environ 23-24 mètres sous terre. Il faudrait un déluge de bombes pour leur causer de sérieux dommages. Vous pourriez certainement faire des dégâts, mais le coût au niveau international serait prodigieux. L’argument incitant à bombarder est vraiment vague et sans force. Certaines études — des études techniques, du MIT et d’autres lieux, et le gouvernement israélien a également impliqué ses scientifiques dans ces études — ont montré que ce serait vraiment difficile de faire des dégâts considérables, étant donné la profondeur des installations souterraines. Mais vous en entendez parler pourtant.

Et il y a ceci, jugez-en : ce président n’a rien dit sur les nouveaux événements de la place Tahrir. Nous sommes muets. Il est resté muet sur ce genre d’attitude belliqueuse. Mais je crois comprendre, du point de vue de l’information brute, qu’il comprend davantage les enjeux. Je pense qu’en ce moment il enfile le costume d’un dur dans le cirque politique. Vous le savez bien, tout le monde cherche à capter le vote indépendant. Je ne sais pas pourquoi cela semble si important d’aller chercher des gens incapables de décider s’ils sont démocrates ou républicains, mais ça semble le parti pris.

Amy Goodman : Bien, passons à la réponse d’Israël au rapport de l’AIEA. Hier, le ministre de la Défense israélien Ehud Barak a déclaré dans une interview à CNN que le temps était venu de traiter avec l’Iran. Lorsqu’on lui a demandé spécifiquement si Israël attaquerait l’Iran, voilà comment il a répondu :

Ehud Barak (Ministre de la défense) : Je ne pense pas que ce soit un sujet de discussion publique. Mais je peux vous dire que le rapport de l’AIEA en a fait réfléchir plus d’un dans le monde, dirigeants comme citoyens. Et les gens comprennent que le moment est venu. Amano dit sans détour ce qu’il a trouvé, contrairement à Baradei. Et c’est devenu un problème majeur qui, de façon urgente je pense, devient un enjeu majeur pour les sanctions, la diplomatie intensive. Les gens comprennent maintenant que l’Iran est déterminé à se doter d’armes nucléaires. Il n’y a aucune autre explication possible ou envisageable pour ce qu’ils ont réellement fait. Et qu’on doit arrêter.

Amy Goodman : C’était le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak. Seymour, votre réponse ?

Seymour Hersh : Et bien, ce qui me rend nerveux c’est que Barak et Bibi, Bibi Netanyahou, vont de concert sur ce sujet. Sur la plupart des sujets ils ne sont pas d’accord. Là ils sont tous deux d’accord, et c’est inquiétant parce que, encore une fois, c’est un problème politique là-bas. Tout le monde en Israël — le pays entier — se déplace rapidement vers la droite. Et je peux juste vous dire que j’ai aussi parlé — malheureusement, les règles du jeu sont tellement nulles en Israël que je ne peux pas l’écrire — à des gens très haut placés dans le renseignement en Iran, en Israël, plutôt. Si vous remarquez, vous n’en entendez pas beaucoup parler, mais l’ancien chef du Mossad qu’il a quitté, Meir Dagan (c’est le gars qui a orchestré la tentative d’assassinat à Dubaï, etc., pas vraiment une colombe) a été véhément au sujet de la folie de s’en prendre à l’Iran, au motif qu’on n’est pas sûrs de ce qu’ils ont. Ils sont certainement loin d’avoir une bombe. Israël a affirmé durant 20 ans, vous le savez, qu’ils l’auraient dans les six mois cette bombe.

Mais je peux vous dire que j’ai parlé à des officiers supérieurs israéliens en Israël qui m’ont dit, Amy, qu’ils savaient que l’Iran, comme la communauté du renseignement américain l’a déclaré — je pense que c’était en 2007 — il y avait une évaluation du National Intelligence devenue publique qui disait, essentiellement, que l’Iran avait bien cherché à avoir une bombe. Ils avaient eu une guerre de huit ans avec l’Irak, une guerre terrible, de 1980 à 1988. Et nous, en l’occurrence, les Etats-Unis, étions du côté de l’Irak, celui de Saddam Hussein à cette époque. Alors l’Iran commença dans les années suivantes à s’inquiéter au sujet des déclarations de l’Irak relatives à la construction d’une arme nucléaire, de sorte qu’ils ont bien essayé, durant cette période, disons entre 87 et 97 de l’obtenir — mais en 2003, plus question. Le NIE [Évaluation du National Intelligence] américain l’a déclaré en 2007 — évaluation complétée en 2011. J’ai écrit à ce sujet il y a un an dans The New Yorker. L’évaluation a dit que oui, ils ont cherché à avoir une bombe, mais ils savaient qu’ils ne pouvaient l’avoir, et qu’en aucune façon ils ne pouvaient faire une bombe dissuasive envers l’Amérique ou Israël. Ils ne sont pas stupides. Cette société perse a quelques milliers années d’existence. Ils ne peuvent pas nous décourager. Nous avons trop de bombes. Ils pensaient peut-être qu’ils pourraient dissuader l’Irak. Après notre invasion de l’Irak et notre victoire en 2003, ils se sont arrêtés. Ils avaient fait quelques études. Nous parlons de modélisation informatique, etc., pas de construction. Cela ne fait aucun doute qu’ils ont réfléchi comment obtenir une bombe ou comment être en mesure d’en construire une. Cela, ils l’ont fait, mais ils se sont arrêtés en 2003.

C’est encore le consensus américain. Les Israéliens vous diront en privé, « Oui, nous sommes d’accord. » Ils ont arrêté la plupart de leur planification, même leurs études, en 2003. La position israélienne est qu’ils n’ont pas arrêté à cause de ce que nous avons fait en Irak mais parce qu’ils ont vu que nous avions détruit l’Irak — c’est ce que m’a confié un général — en trois semaines quand eux avaient échoué à le faire en huit ans. Ils pensaient être les prochains sur la liste. Mais le consensus était que, oui, ils avaient arrêté. Et puis, si vous demandiez à des Israéliens sérieux, intelligents et avisés — et ils sont nombreux — travaillant dans le renseignement : « Pensez-vous vraiment que, s’ils avaient une bombe — et ils en sont dépourvus maintenant — ils frapperaient Tel-Aviv ? » la réponse était : « Pensez-vous qu’ils soient fous ? Nous les incinérerions. Bien sûr que non. Ils sont là depuis 2.000 ans. Cela n’arrivera pas. » Leur crainte était qu’ils puissent fournir une bombe à quelqu’un d’autre, etc.

Mais il y a un élément rationnel dans la communauté du renseignement israélien qui n’est pas exprimé par les dirigeants politiques. C’est la même folie que nous avons ici. Il y a un élément rationnel dans notre communauté du renseignement qui a dit, en 2007, et qui l’a redit l’année dernière : ils n’ont pas la bombe. Ils n’en construisent pas une. Au sein de la NIE, 16 agences sur 16 en sont venues à la même conclusion dans un vote interne, avant la mise à jour en 2011 de l’étude de 2007. Il n’y a tout simplement pas de bombe. Cela ne signifie pas qu’ils n’en rêvent pas. Cela ne signifie pas que les scientifiques ne fassent pas des études sur ordinateur. Cela ne signifie pas que les physiciens de l’Université de Téhéran ne fassent pas ce que les physiciens aiment faire, écrire des articles et faire des études. Mais il n’y a tout bonnement aucune preuve d’un effort systématique pour aller de l’enrichissement d’uranium à la fabrication d’une bombe. C’est un processus immense et difficile. Vous devez prendre un gaz très chaud et le convertir en un métal, puis le convertir en un noyau. Et il vous faut le faire à distance, parce que vous ne pouvez pas vous trouver près de ce genre de truc. C’est mortel. C’est radioactif.

Alors, oui, c’est vrai, je suis bien seul à le dire. Et vous savez combien The New Yorker est précautionneux, même sur un article de blogue. Cet article a été vérifié et revérifié. Et je cite des gens – Joe Cirincione, un Américain qui s’est impliqué dans le désarmement durant de nombreuses années. Ce sont des voix différentes de celles que vous lisez dans les journaux. Je suis parfois injurié par les mêmes voix que nous lisons dans le New York Times et le Washington Post. On ne nous permet pas de confronter des points de vue différents. Il y a, non seulement à l’intérieur de la communauté du renseignement américain, mais aussi à l’intérieur de l’AIEA à Vienne, beaucoup de gens qui ne supportent pas ce que fait Amano, et beaucoup de gens qui, fondamentalement, sont très gênés par la direction que Amano leur fait suivre. Je reçois des courriels — et cet article est sorti un week-end je crois — de gens qui travaillent à l’AIEA et qui sont comme fous, me disant : « Continuez ainsi ! ». Je parle de l’intérieur de l’AIEA car c’est une organisation qui ne s’occupe pas de la presse.

Ce n’est pas une étude scientifique, Amy. C’est un document politique. Et c’est un document politique dans lequel Amano joue notre jeu. Et c’est le même jeu que les Israéliens reprennent, et ceux qui n’aiment pas l’Iran. Et je souhaite que nous puissions faire la distinction entre nos sentiments relatifs à l’Iran, aux mollahs et à ce qui s’est passé avec les étudiants de 1979, et la réalité qui offre je pense une très sérieuse chance pour que les Iraniens nous octroient le type d’inspections que nous voulons, en retour d’un geste de sympathie comme une levée des sanctions et le respect qu’ils réclament avec insistance de notre part. Et ce n’est pas ce que fait cette administration.

Amy Goodman : Seymour Hersh, je vous remercie beaucoup pour votre présence.

Amy Goodman, entretien avec Seymour Hersh  le 21 novembre 2011
Traduction Régis Poulet
le 25 novembre 2011
* L’article du 18 novembre 2011 intitulé « l’Iran et l’AIEA » (AIEA : International Atomic Energy Agency) est sur le blogue de Seymour Hersh dans le New Yorker. Son article du 6 juin 2011 « Iran and the Bomb » est à lire dans la rubrique ’ Annals of National Security ’ du magazine éditorial ; il est également accessible en ligne dans le New Yorker numérique.
« Seymour Hersh : Propaganda Used Ahead of Iraq War Is Now Being Reused over Iran’s Nuke Program », Democracy Now ! Nov. 21 2011
Le 26 novembre 2011 (la Revue des Ressources) par Amy Goodman, Régis Poulet (traducteur), Seymour Hersh : http://www.larevuedesressources.org...

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11317

Arrêtez-les, ils sont fous et dangereux !

 
Michel Warschawski (lecourrier.ch)
publié le mercredi 16 novembre 2011.

AU PIED DU MUR

Cela fait plusieurs années que les dirigeants israéliens menacent d’attaquer l’Iran, ou plutôt pressent les Etats-Unis de le faire. Le régime iranien est systématiquement identifié par les médias israéliens au régime nazi des années trente, et, si l’on veut éviter une nouvelle Shoah, il est indispensable de l’éradiquer par la force avant qu’il n’ait acquis les moyens de détruire ladite civilisation judéo-chrétienne. La chute de l’administration néo-conservatrice à Washington, qui partageait les visées bellicistes israéliennes, n’a fait que renforcer les appels du gouvernement israélien en faveur d’une offensive militaire contre le régime des Ayatollahs. Profitant de l’incapacité de Barack Obama à s’opposer aux dirigeants israéliens, à la veille d’une campagne électorale qui s’annonce problématique pour le président sortant, ceux-ci ont haussé le ton.

Souvent interrogé lors de conférences publiques sur l’éventualité d’une frappe israélienne contre l’Iran, j’ai toujours répondu que nos dirigeants étaient courageux mais pas téméraires, et que les menaces d’attaque n’étaient que du bluff. En effet, les capacités de riposte iranienne étaient énormes : bombardement massif des villes israéliennes, bombardements des puits de pétrole des pays du Golfe les plus liés aux Etats-Unis, rupture du flux pétrolier vers l’Europe en coulant un ou deux bateaux dans le détroit d’Ormuz, vague d’actions terroristes dans les pays occidentaux, etc. Une attaque contre l’Iran coûterait extrêmement cher à Israël et à ceux qui l’auraient laissé faire, d’où ma quasi-certitude qu’une telle attaque contre l’Iran n’aurait pas lieu.

Depuis quelques semaines, mes certitudes en ont pris un coup. Malgré l’avis défavorable de l’état-major et de l’ensemble des agences de renseignements israéliennes, et malgré l’opposition de l’allié stratégique américain, il semblerait de plus en plus que l’équipe au pouvoir à Tel-Aviv soit décidée à passer outre et à prendre les risques incommensurables qu’une agression militaire impliquerait. Car la troïka qui tient les rênes du gouvernement israélien est composée de fanatiques irresponsables et extrêmement dangereux : Benjamin Netanyahu, Ehoud Barak et Moshe Yaalon sont, tous les trois, des docteurs Folamour. Surtout Ehoud Barak, qui semble être le plus déterminé dans ces visées guerrières et suicidaires. Le ministre de la Défense a été plusieurs fois décrit dans les médias israéliens comme un dangereux psychopathe armé d’une idéologie faite de brutalité et de racisme « nous sommes une villa dans la jungle », aime-t-il répéter – persuadé d’être un génie stratégique qui comprend toujours mieux que les autres ce qu’il faut faire. Le fait qu’il ait toujours échoué n’y change rien : il n’a jamais gagné une guerre, il a essuyé des gifles électorales et réduit son parti à l’état groupusculaire avant de quitter le navire qu’il a fait lui-même chavirer. Jamais Israël n’a connu de dirigeant à la fois si incapable et si dangereux.

Avec de tels personnages à la tête du pays, les risques d’une attaque contre l’Iran sont à ce point réels que des généraux à la retraite, des politiciens et d’anciens chefs de renseignements ont décidé de monter au créneau et de débattre publiquement les projets gouvernementaux et les risques qu’ils impliquent. Ils peuvent s’appuyer sur nombre de dirigeants européens qui, à l’instar d’Alain Juppé, mettent en garde contre les conséquences catastrophiques d’une offensive israélienne. Mais les mises en garde ne sont plus suffisantes : ce qui semble se préparer nécessite de fortes pressions politiques et commerciales, capables de ramener le gouvernement de Tel-Aviv à la raison. Si c’est encore possible.

* Militant anticolonialiste israélien, fondateur du Centre d’information alternative (Jérusalem/Bethléem).

http://www.lecourrier.ch/arretez_le...

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11298


C’est Israël, le danger... pas l’Iran !
info-palestine, lundi 14 novembre 2011 - 07h:25

Combien de fois faudra-t-il répéter cette histoire ? Elle est pourtant de notoriété publique aux Etats-Unis, en Europe, dans le monde arabe, et dans le monde entier.

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Ehud Barak, ministre de la Défense israélien et criminel de guerre multirécidiviste, s’amuse beaucoup à manipuler le matériel mortifère qu’il affectionne tant, lors d’une visite dans une fabrique d’armes en Israël

La presse internationale en fait des reportages depuis la fin des années 1960. Les détails historiques de l’affaire sont également bien connus.

En 1955, le président Dwight Eisenhower a donné à Israël son première petit réacteur nucléaire, installé à Nahal Sorek. En 1964, la France a permis à Israël de construire son réacteur nucléaire beaucoup plus puissant à Dimona dans le Naqab (Néguev). En 1965, Israël a volé 200 livres de composés riches en uranium aux Etats-Unis grâce à ses espions à la Nuclear Materials and Equipment Corporation company en Pennsylvanie. En 1968, Israël a détourné un navire libérien dans les eaux internationales et a volé ses 200 tonnes de yellowcake [concentré d’uranium avant purification].

Israël possède des bombes nucléaires depuis le début des années 1970.

Malgré les démentis officiels américains, Golda Meir, le quatrième Premier ministre d’Israël, aurait préparé le lancement de 13 bombes nucléaires sur la Syrie et l’Egypte en 1973 et a été stoppée de justesse de commettre cet acte génocidaire quand Henry Kissinger a fourni à Israël le transport aérien pour le plus massif transfert d’armes de toute l’Histoire, pour inverser le cours de la guerre de 1973 (comme l’avait rapporté Time Magazine).

Israël a eu une collaboration permanente dans le domaine des armes nucléaires avec le régime sud-africain d’apartheid pendant des décennies, et cette collaboration ne s’est achevée qu’avec l’effondrement du régime en 1994.

Depuis, les experts ont estimé qu’Israël avait en sa possession plus de 400 engins nucléaires, dont des armes thermonucléaires dans la gamme des mégatonnes, des bombes à neutrons, des armes nucléaires tactiques et des suitcase nuke [armes nucléaires suffisamment miniaturisées pour être transportables dans une mallette).

Il dispose également de systèmes de missiles pouvant être lancés avec une portée de 11500 km (qui peuvent donc aller au-delà de l’Iran). Israël a également des sous-marins capables de lancer des attaques nucléaires, ainsi que des chasseurs à réaction qui peuvent lâcher des charges nucléaires.

Israël a empêché avec zèle ses voisins de même acquérir des réacteurs nucléaires à des fins pacifiques. Cet Etat a violé le droit international en bombardant en 1981 le réacteur nucléaire d’Osirak - en cours de construction en Irak avec une collaboration française - dans une attaque sans aucune provocation préalable, et même si le réacteur devait être utilisé, selon les gouvernements français et irakien, à des fins pacifiques et scientifiques.

Israël a aussi bombardé en 2007 ce qui, selon ce qu’affirmaient des rapports de ses services de renseignement, aurait été un réacteur nucléaire nord-coréen en construction en Syrie. Le Mossad israélien a également été lié au cours des dernières décennies à l’assassinat de nombreux égyptiens, irakiens et iraniens spécialistes du nucléaire .

Israël continue de refuser de signer le Traité de non-prolifération nucléaire et refuse de permettre aux membres de la Commission internationale d’énergie atomique (IAEA) d’inspecter son réacteur de Dimona.

Israël, un pays prédateur et agressif qui a toujours lancé des guerres contre tous ses voisins depuis sa création, qui a expulsé des centaines de milliers de personnes, fait des millions de réfugiés palestiniens, libanais, égyptiens, et a assassiné des dizaines de milliers de civils et utilisé des armes interdites au niveau international (du napalm jusqu’au les bombes au phosphore, pour citer les cas les plus notoires), continue d’occuper les territoires palestiniens et d’opprimer le peuple palestinien en violation du droit international.

Israël s’appuie sur une idéologie étatique raciste, anti-arabe et anti-musulmane, à laquelle souscrivent ses dirigeants, les structures gouvernementales et les institutions et qui se retrouve dans sa culture populaire et politique et dans un grand éventail de ses lois.

En effet, Israël a non seulement constamment lancé des guerres contre ses voisins, mais il a aussi exhorté les puissances mondiales à envahir ces mêmes voisins tout en se faisant le commanditaire de campagnes racistes et haineuses anti-arabes et anti-musulmanes aux États-Unis et en Europe. Israël a intégré ce racisme dans ses programmes scolaires et universitaires et dans une grande partie de sa production culturelle.

Politiques racistes

Protecteur d’Israël, les Etats-Unis sont le seul pays au monde qui ait jamais délibérément utilisé des bombes nucléaires contre des populations civiles, qui continue de vouloir justifier cette décision 66 ans après cet acte génocidaire, et qui conditionne sa population, dans ses programmes scolaires et dans les médias pour continuer à la défendre.

Les Etats-Unis ont également assuré que l’arsenal nucléaire d’Israël ne serait jamais discuté au Conseil de sécurité des Nations unies, malgré les propositions régulières au fil des décennies pour pouvoir en parler. L’insistance des Etats-Unis à garder la capacité nucléaire d’Israël « secrète » [malgré son caractère public] a pour raison, entre autres choses, de faire perdurer l’aide américaine à Israël car au niveau légal, une condition clé pour recevoir une telle aide est que les pays bénéficiaires soient signataires du Traité de non-prolifération nucléaire. Or Israël refuse de le signer.

Pourtant, les États-Unis et Israël, qui ont été les principales menaces à la paix mondiale et même les principaux fauteurs de guerre au niveau mondial depuis la Seconde Guerre mondiale, insistent à prétendre que l’Iran, un pays dont le régime actuel n’a jamais envahi aucun pays - mais a plutôt été envahi par l’Irak de Saddam Hussein en 1981 à l’instigation des dictatures du Golfe riches en pétrole et leurs parrains américains et français - serait une menace pour la paix dans le monde si elle possédait une arme nucléaire.

La politique raciste des États-Unis quant à savoir qui devrait être autorisé à posséder des armes nucléaires et qui ne l’est pas (en fonction de critères raciaux, au bénéfice de ceux qui sont européens ou de souche européenne), il doit être clair que dans la mesure où existerait une course au nucléaire au Moyen-Orient, elle est encouragée par le bellicisme d’Israël et sa possession de ce genre d’armes de destruction massive. Si le Moyen-Orient doit être une zone exempte d’armes nucléaires, alors les pressions internationales doivent commencer par s’appliquer sur Israël qui est le seul pays de la région à posséder de telles armes, et non pas par l’Iran, que celui-ci soit ou non en train d’en développer.

Le racisme de l’administration Obama envers les Arabes et les Musulmans n’a vraiment pas de limites, mais pour les habitants du Moyen-Orient (Arabes, Turcs, et Iraniens), les critères racistes dont use Obama ne sont pas terriblement persuasifs. Avoir ou ne pas avoir l’arme nucléaire est une question de sécurité humaine et absolument pas un privilège racial européen. Alors que les Etats-Unis n’ont pas à craindre les bombes nucléaires israéliennes, les pays voisins d’Israël et leurs populations civiles ont été pendant des décennies (et continuent d’être) terrorisés par l’existence de ces mêmes bombes, et pour de bonnes raisons.

Une fois que Barack Obama aura compris cela, les peuples de la région reconsidéreront leur opinion sur la crédibilité des Etats-Unis quand ceux-ci disent craindre une prétendue prolifération nucléaire.

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* Joseph Massad est professeur associé de politique arabe et d’histoire intellectuelle à l’Université de Columbia. Son dernier livre s’intitule : The Persistence of the Palestinian Question ; Essays on Zionism and the Palestinians - Version française : La persistance de la question palestinienne.

d'après : http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=11432


Libre opinion - La lâcheté de Barack Obama
Victor-Lévy Beaulieu, écrivain  3 novembre 2011  États-Unis

Je comprends mieux maintenant que le soir de son élection à la Maison-Blanche, Barack Obama n'ait pas parlé d'Abraham Lincoln, le seul président américain qui n'a pas trompé ses électeurs. Durant la campagne qu'il mena de son Illinois natal, il avait martelé cet engagement: «Je mettrai fin à l'esclavage des Noirs.» Quand il arriva à Washington après son élection, il répondit aux journalistes qui l'interrogeaient sur son programme abolitionniste: «Je ferai ce que j'ai dit que je ferais.»
Et Abraham Lincoln fit effectivement ce qu'il avait dit qu'il ferait: il mit fin à l'esclavage des Noirs américains.
À son arrivée à la Maison-Blanche, Barack Obama promit la lune aux Américains et au monde entier. Il prit notamment parti pour le peuple palestinien et admit que celui-ci devait devenir un État à part entière. Trois ans plus tard, Barack Obama a retourné sa veste et est devenu plus Israélien que l'État juif en endossant, de façon éhontée, le sionisme que promeuvent ses dirigeants, et dont l'ancien président Shimon Peres a lapidairement résumé les intentions: «Les Palestiniens, ces fils de chiens, nous allons les jeter à la mer.»

On colonisa donc les territoires occupés illégalement, on encercla le peuple palestinien en construisant un épais et haut mur, on mit la main sur Jérusalem-Est, ce lieu sacré pour les Palestiniens, et l'on s'est mis à y construire des milliers de logements, on écrasa au bulldozer les plantations d'oliviers des Palestiniens, on fit le contrôle systématique de tout ce qui entre et sort de la Palestine: le terrorisme d'État devint la règle commune par-devers le peuple palestinien. Rien de moins qu'un camp de concentration, voilà ce qu'Israël a fait de la Palestine, au mépris du droit international. Dénoncé mille et une fois par l'Organisation des Nations unies, Israël n'en a toujours fait qu'à sa tête, en toute impunité.

L'entrée de la Palestine à l'UNESCO aurait pu faire de Barack Obama ce grand politique que le monde attendait. Mais un deuxième mandat à la Maison-Blanche étant loin de lui être acquis, Barack Obama a cédé aux puissants lobbys juifs américains et a pris parti contre la Palestine. Israël en a aussitôt profité pour mettre à exécution son plan d'occuper encore davantage Jérusalem-Est pour y construire encore davantage de logements pour les colonisateurs juifs et pour étrangler économiquement la Palestine en ne lui versant plus les 50 millions de dollars auxquels elle a droit tous les mois comme remboursement pour les profits dégagés par les douanes et la TVA. Et cela, a dit le premier ministre israélien, constitue à peine des représailles. Sous-entendu: «Nous ne reculerons devant rien pour vous anéantir si vous ne vous pliez pas à notre politique sioniste.»

Permettrait-on à un autre pays dans le monde de pratiquer un tel terrorisme d'État auquel on doit encore, cerise sur le sundae, tous ces assassinats ciblés, même de politiciens palestiniens pourtant élus démocratiquement par leur peuple?

Barack Obama aurait pu changer définitivement la donne entre Israël et la Palestine. Mais plutôt que de pratiquer la paix comme il s'était engagé à le faire dans son célèbre discours du Caire, il a décidé, par pur électoralisme, de s'adonner, comme ses amis israéliens, au terrorisme d'État en coupant toute l'aide américaine à l'UNESCO; et Stephen Harper, qui est en train de transformer le Canada en pays belliqueux, à la solde des marchands d'armes cupides et corrompus, a évidemment emboîté le pas à Obama.

Le comité d'Oslo, qui a attribué en 2009 le prix Nobel de la paix à Barack Obama, devrait le lui retirer: Barack Obama ne méritait pas et ne mérite toujours pas un tel hommage. Bientôt, il aura sur la conscience plus de crimes contre l'humanité que George W. Bush, son prédécesseur fasciste. Faut le faire, tout de même, quand on vient de l'Illinois, le pays d'Abraham Lincoln, celui de la liberté!

Victor-Lévy Beaulieu, écrivai
D'après : http://www.ledevoir.com/international/etats-unis/335076/libre-opinion-la-lachete-de-barack-obama

Admission de la Palestine à l’UNESCO : Sarko collabo !
Youssef Boussoumah (PIR) - publié le mercredi 2 novembre 2011.

La reconnaissance de la Palestine à l’Unesco en dépit de son caractère limité au plan diplomatique est un camouflet incontestable pour la diplomatie sioniste. Les Palestiniens vont ainsi pouvoir tenter de freiner, via cette agence onusienne, la main mise israélienne sur les lieux saints ou historiques de Cisjordanie. En effet, nous ne le dirons jamais assez, le tombeau de Rachel, le Caveau des Patriarches, la demeure supposée d’Abraham avec la mosquée El Khalil à Hébron, 4eme lieu saint de l’islam, mais aussi beaucoup d’autres lieux de souvenirs chrétiens situés dans les territoires palestiniens occupés par Israël depuis 1967 sont sous la menace permanente du rouleau compresseur sioniste. A ce sujet rappelons par exemple le massacre d’une trentaine de palestiniens que Baruch Goldstein, un proche du rabbin Kahana (un des fondateurs de la LDJ), n’hésita pas à commettre en 1994 dans cette même mosquée El Khalil d’Hébron.

Depuis l’annonce de ce succès palestinien, dans les rangs sionistes, c’est la consternation. Feu contre Sarkozy. "Sarko collabo !" s’écrient les manifestants pro-israéliens regroupés devant l’Unesco. Alors que celui ci, au lendemain de son élection, n’était pas loin d’être sacré roi d’Israël. Il suffit d’écouter les radios communautaires juives les plus en pointe pour s’en convaincre. Les sionistes, qui, il y a quelques mois encore, confiants et insouciants ne juraient que par leur champion, sont désormais au bord de la syncope. Quasi orphelins politiques, ils prennent conscience des limites d’un lien qu’il croyaient indéfectible entre eux et la diplomatie française. La fin d’une grande illusion : pouvoir peser de façon définitive sur l’orientation du Quai d’Orsay dont le premier secrétaire du PS François Hollande avait estimé, le 30 novembre 2005, qu’il restait prisonnier « de la politique arabe de la France », ajoutant, à la grande satisfaction du CRIF, qu’il y avait un « problème de recrutement au Quai d’Orsay et à l’ENA » et que « le recrutement « devrait être réorganisé » dans un sens plus pro-israélien s’entend évidemment.

Cette assurance des milieux sionistes encouragée par les déclarations d’officiels français qui jusqu’au bout affirmaient qu’ils feraient voter contre cette admission est aujourd’hui battue en brèche. En effet, ces derniers, plusieurs jours auparavant, n’allèrent-ils pas jusqu’à faire pression sur des pays africains qui déjà s’appétaient à voter en faveur de l’admission des Palestiniens à l’Unesco ? D’autant que les Palestiniens annoncent dés aujourd’hui leur intention de présenter leur candidature dans plusieurs autres agences onusiennes. Pour beaucoup d’observateurs engagés dont le CRIF, il y a péril en la demeure. Tout cela crée un précédent inquiétant pour Israël et augure mal de la suite de ce bras de fer diplomatique.

Comment comprendre ce qui est assimilé à une véritable trahison ? Une motivation essentielle s’impose. Evidemment celle-ci recoupe des intérêts politiques bien compris. Il est clair que Paris entend présenter aux Palestiniens une sortie honorable après le refus français de soutenir leur admission à l’Onu. Une compensation qui présente l’avantage d’offrir une victoire diplomatique facile à Mahmoud Abbas face à ses concurrents de Hamas.

Mais il y a autre chose, Paris n’espère t-il pas ainsi revenir sur le devant de la scène dans une région hautement symbolique pour son prestige et ses intérêts, à peu de frais et avec le soutien de la direction palestinienne ? La France se rappelant soudainement que jusqu’en 1948 elle était considérée comme Gardienne des lieux Saints chrétiens n’a-t-elle pas trouvé là l’opportunité de se remettre en selle dans la région ? Une prérogative dont la "Fille aînée de l’Église", selon la terminologie consacrée, pouvait s’enorgueillir depuis le XVIe siècle, moment où les Capitulations passées entre François 1er et Soliman le Magnifique en 1535, firent de ce pays un acteur majeur dans ce qui était encore le Levant. On peut effectivement penser à un sursaut de la diplomatie française, celle-ci n’ayant jamais digéré cette éviction, tant Israël, en dépit du sionisme militant des gouvernements successifs, de la IVe comme de la bienveillance de ceux de la Ve, après Pompidou, a toujours traité par le mépris ses prétentions.

Au passage, profitons de cette occasion pour revenir sur un mythe prégnant. Celui du lobby sioniste. Il est en effet facile de démontrer à tous ceux parmi les défenseurs de la Palestine convaincus de façon souvent obsessionnelle que la politique française sur le proche Orient s’est toujours décidée au dîner du CRIF, en dépit des intérêts de l’Etat, qu’il n’en est rien. Prenant les gesticulations d’un Roger Cukierman ou d’un Richard Prasquier , ex et actuel dirigeants du CRIF pour paroles d’évangile, ils vont répétant à tout bout de champ, "il faut faire comme les juifs, il faut faire comme les juifs" c’est à dire « un lobby ». Ignorant qu’un lobby tout puissant qu’il puisse paraître au quotidien, derrière des effets de manche et artifices tonitruants constitue souvent une impasse, pour deux motifs essentiels. D’une part l’illusion de pouvoir inverser du tout au tout la politique étrangère d’un Etat. Alors qu’un lobby ne fonctionne en fait que pour autant qu’il va dans le sens des intérêts de l’Etat auprès duquel il exerce. En effet, comment imaginer, et d’ailleurs cela ne s’est jamais vu, un Etat abdiquer de ses intérêts essentiels pour les beaux yeux d’un Enrico Macias, par exemple ? D’autre part, l’action d’un lobby enchaîne une communauté forcément minoritaire à la politique d’un Etat par définition monstre froid, cynique et sans état d’âme. Celle ci, jamais à l’abri d’un retournement, à terme risque de se mettre en porte à faux par rapport au reste du pays en cas de contestation massive de tel ou tel aspect de la politique de ce même Etat. Avec tous les dangers que cela comporte, parce qu’alors aucun revirement n’est possible et aucune aide de l’Etat n’est à espérer.

Tout cela cependant ne saurait faire passer au second plan une donnée essentielle. Il y a dans le vote français à l’Unesco la prise en compte de deux bouleversements majeurs. D’une part, la perte de puissance tendancielle et relative mais bien réelle des Etats-Unis et d’Israël, surtout depuis la guerre de 2006, dans la région arabe. D’autre part, son corollaire, la montée en puissance d’une opinion publique arabe décomplexée allant de pair avec la progression de la démocratie dans cette même région. Avancée démocratique que les récentes élections en Tunisie illustrent à merveille et dont nul ne saurait amoindrir la portée. Il est clair que pour tout esprit averti du Quai d’Orsay, ce qui s’est passé en Tunisie et ce qui est en gestation dans d’autres pays est le signe incontestable d’une évolution structurelle. Le printemps arabe n’est pas un leurre, le scénario n’est pas définitivement écrit mais assurément nous sommes au début d’une ère nouvelle. Le Quai d’Orsay vient d’en prendre acte et se positionne pour demain.

Youssef Boussoumah, membre du PIR

http://www.indigenes-republique.fr/...

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11257


Chronique du jour : CE MONDE QUI BOUGE
Tunisie, est-ce que tout est joué ?

Fewzi BENHABIB - Le soir d'alger - 27/10/2011

C’est tout le paradoxe de cette révolution tunisienne qui a vu un parti Ennahda s’emparer d’une révolution faite par des jeunes au nom d’idéaux démocratiques et progressistes.
Les résultats partiels rendus publics par la commission électorale confirment, certes, la poussée islamiste, mais Ennahda, qui récolterait 40% des voix s’adjugerait entre 65 et 70 sièges sur les 217 en lice, n’aura donc pas une majorité suffisante pour gouverner et devra nouer des alliances avec des partis non islamiques, de gauche, principalement avec le Congrès pour la République (CPR) de Moncef Marzouki et Ettakatol (Forum démocratique pour le travail et les libertés) de Mustapha Benjaafar, qui auraient obtenu entre 15 et 16% de voix chacun. En acceptant de former avec Ennahda un gouvernement d’union nationale, ces deux partis lui ont apporté cette caution démocratique qui lui manquait. Et dès hier, les discussions entre les trois partis ont commencé. Non sans arrière-pensées politiciennes. En contre-partie de ce soutien inattendu, Mustapha Benjaafar escompte se faire élire chef de l’Etat par l’Assemblée constituante, alors que durant la campagne électorale, il avait plus d’une fois écarté toute alliance avec les islamistes. Autre paradoxe, il se pourrait que l’Assemblée constituante soit dominée par les partis de gauche et non islamiques. En effet, outre le CPR, Ettakatol, le Parti démocratique progressiste (PDP) de Maya Jbiri, qui aurait obtenu entre 8 et 10% de voix, le Pôle démocratique moderniste (PDM) qui a franchi la barre des 5%, le PCOT (Parti communiste ouvrier tunisien) de Hamma Hemami qui a récolté quelques sièges, totaliseraient ensemble plus de voix qu'Ennahda. On aurait donc une Assemblée constituante dominée par les partis de gauche et progressistes. De ce fait, le parti islamique n’aura peut-être pas les coudées franches pour faire ce qu’il veut. La rédaction de la nouvelle Constitution ne sera pas une tâche facile pour lui. La question est donc de savoir, dans le cas où cette Assemblée venait à refuser ses propositions, si Ennahda serait tenté de passer en force en faisant appel à la rue. Plusieurs de ses dirigeants ont d’ailleurs laissé planer une telle possibilité. «Si la Constituante n’honore pas ses engagements, le peuple y répondra par le slogan “Dégage”» a menacé Noureddine Bhiri, président du bureau politique du parti. Autrement dit, il n’exclut pas de faire appel à la rue pour imposer ses vues. Si c’est vraiment le cas, il lui faudra compter avec tous ces jeunes, les vrais acteurs de la révolution du 14 janvier, et les femmes, décidés à ne pas se laisser déposséder de leur révolution et des acquis de la modernité. Car s’il y a une chose qui semble acquise, c’est que les Tunisiens ne se sont pas débarrassés d’une dictature pour la remplacer par une autre. Ennahda, dont les statuts ne font aucune référence à l’islam, et qui s’est engagé à respecter le statut de la femme, à ne pas remettre en cause l’interdiction de la polygamie, sait qu’il est attendu au tournant. Il sait surtout que rien n’est encore joué. Il va donc agir avec prudence afin de ne pas heurter frontalement cette partie des Tunisiens qui lui est hostile. Outre la rédaction de la nouvelle Constitution et son adoption par une Assemblée nationale dont une partie importante des députés ne lui est pas acquise d’avance, la priorité d'Ennahda, qui a promis beaucoup de choses sur le plan socio-économique, dont un revenu national par habitant de 1 000 euros, et d’accepter l’alternance au pouvoir, sera de consolider son pouvoir et de ne pas décevoir ceux qui ont voté pour lui. Dans un an, ce sera les élections législatives et Ennahda espère bien les remporter afin d’asseoir durablement son pouvoir.
H. Z.

d'après : http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/10/27/article.php?sid=125038&cid=

Libye, Otan et médiamensonges : « Un ouvrage de contre-propagande ».
Michel Collon-Investig'action le 13 octobre 2011

Après Bush, le cyclone (2005), Les 7 péchés d’Hugo Chavez (2009), Israël, parlons-en ! (2011), Michel Collon récidive avec la récente publication de Libye, Otan et médiamensonges. Cet ouvrage, qui se veut un manuel de « contre-propagande » est le fruit de deux missions en Libye, des textes de Jean Bricmont, Cédric Rutter et Simon de Beer, en sus d’une série de témoignages et d’entretiens avec des Libyens.

D’emblée, Michel Collon, spécialiste des stratégies de désinformation (Irak, Yougoslavie, Venezuela, Palestine…), interpelle le lecteur par un questionnement clairement énoncé dans la 4e de couverture. Trois victimes de la guerre, selon l’auteur, méritent d’être soulignées : la vérité, les civils qui meurent sous des bombes « pas forcément humanitaires », et enfin, ceux qui sont sujets à la désinformation. Quatre chapitres, traitant sous différents angles la guerre de Libye, composent cet ouvrage de 192 pages (publié par les Editions : Investig’Action - Bruxelles & Couleur livres-Charleroi, septembre 2011). A commencer par Comprendre la guerre.

Sous la plume de Michel Collon, ce chapitre explique exhaustivement, certains paradoxes : budget alloué aux guerres et pauvreté, la politique « des deux poids, deux mesures », massacres de civils et guerre humanitaire, le « tiraillement » d’Obama soucieux des intérêts et valeurs. Dans ce contexte, quelle comparaison possible entre les « révoltes » tunisienne, égyptienne et libyenne ? Mohamed Hassan pose la bonne question selon l’auteur, en qualifiant la guerre de Libye de « révolte populaire, guerre civile et agression militaire ». De la spontanéité, le mouvement a été « récupéré et transformé en guerre civile (qui avait été préparée) ». Au niveau de l’opposition libyenne, c’est un ensemble hétéroclite, avec notamment une aile démocratique, des dignitaires de Kadhafi retournés par l’Ouest, des clans libyens mécontents du partage des richesses et, enfin, des combattants de tendance islamique. Ainsi, concernant cette guerre « préparée », l’affaire remonte, selon l’auteur, au 21 octobre 2010. Coup fomenté par les services secrets français avec la complicité de Nuri Mesmari, chef du protocole de Kadhafi », qui était quasiment son bras droit. Autre connexion, celle d’un certain Hifter avec la CIA. Haut militaire libyen, qui après l’expédition du Tchad, à la fin des années quatre-vingt, il émigre aux Etats-Unis. Enfin, le tout couronné par l’ordre secret signé par Obama et autorisant la CIA à mener des opérations en Libye, afin de renverser Kadhafi. Objectifs : contrôler l’ensemble du pétrole, sécuriser Israël, empêcher la libération du monde arabe, empêcher l’unité africaine et installer l’Otan comme gendarme de l’Afrique. Abordant le volet communication, Michel Collon explique les cinq principes de la propagande de guerre appliqués à la Libye, interpelle le lecteur sur les sources d’information, etc. En conclusion à ce chapitre, l’auteur repose la question de Lénine : « Que faire ? » Faut-il croire à une « aube véritable » avec un « autre système de relations internationales » basées sur le respect et la liberté ? « Un monde sans guerre, ça dépend de chacun de nous ». Quand ?
Dans le second chapitre, le trio Cédric Rutter, Jean Bricmont et Simon de Beer, analysent respectivement le « front de l’image » et le bombardement sur Benghazi, l’impérialisme humanitaire et les critères d’une « guerre juste ». Ainsi, du médiamensonge, à l’impérialisme humanitaire, avec notamment la problématique du droit de l’homme, droit d’ingérence et droit du plus fort, sujet d’un livre de Jean Bricmont, aux enjeux de cette guerre « qui ne sont pas humanitaires », le lecteur découvrira les rouages de la désinformation. Thème qui sera également développé dans le troisième chapitre par Simon de Beer qui a accompagné Michel Collon (du 4 au 11 juillet 2011) en Libye.
Trois témoignages sur une réalité désavouant complètement les informations fabriquées par Al Jazeera et autres médias à la solde de l’Otan. En d’autres termes, « des tribus libyennes qui soutiennent Kadhafi, les faux mercenaires qui ne sont autres que de paisibles africains gagnant leur vie en Libye, etc ».
Enfin, au dernier chapitre, Michel Collon invite le lecteur à une discrimination entre le « vrai » et le « faux ». Plus d’une dizaine de médiamensonges sur 25 informations analysées. D’où la nécessité d’une lutte collective contre le médiamensonge, à sa source. Un livre qui nous livre des analyses lucides, sans idées préconçues, bien documenté et qui mérite lecture.
Pour rappel, Michel Collon a commencé sa carrière à l'hebdomadaire belge Solidaire. Il a poursuivi son travail de manière indépendante à travers livres, films et site Internet.
Bibliographie :
Attention, médias ! Médiamensonges du Golfe - Manuel Anti-manipulation (épuisé)
Poker menteur, Les grandes puissances, la Yougoslavie et les prochaines guerres (épuisé, disponible en anglais)
Monopoly, l'Otan à la conquête du monde (épuisé)
Bush, le cyclone, Les lois économiques qui mènent à la guerre, la pauvreté et d'autres crimes, Oser dire, 2005
Les 7 Péchés d'Hugo Chavez, Investig'Action/Couleur livres, Bruxelles/Charleroi, 2009
Israël, Parlons-en !, Investig'Action/Couleur livres, Bruxelles/Charleroi, 2010
Filmographie :
Reportage avec Carlos Fittoria : Sous les bombes de l'Otan, 45', Bruxelles, 1999
Avec Vanessa Stojilkovic : Les Damnés du Kosovo ; documentaire, 78', Bruxelles, 2002

Il est co-auteur du film documentaire Les Damnés du Kosovo sur la guerre menée par l’Otan en Yougoslavie. Il a produit le documentaire de Vanessa Stojilkovic, Bruxelles – Caracas sur l’expérience du Venezuela. Il est membre du conseil consultatif de la télévision latino-américaine TeleSur. Son livre Bush le cyclone (2006), prenant pour point de départ la catastrophe de La Nouvelle-Orléans et la guerre en Irak, étudie les liens entre l’économie et la guerre, ainsi que le rôle des médias.
d'après : http://www.michelcollon.info/Libye-Otan-et-mediamensonge-Un.html

Déclaration d’un Bantoustan en Palestine
Haidar Eid - Al Jazeera
publié le dimanche 16 octobre 2011.

Si la demande d’adhésion aux Nations Unis est acceptée, il y aura davantage de contrôle par les Israéliens, et pas une vraie indépendance.

L’euphorie provoquée qui caractérise les discussions des grands médias autour de la future déclaration d’une Palestine indépendante en septembre ignore la réalité sur le terrain et les avertissements des critiques. Montrer une telle déclaration comme une avancée, et un défi au processus de paix défunt et au gouvernement de droite israélien, sert à obscurcir le refus d’Israël de respecter les droits des Palestiniens tandis qu’est renforcé le soutien implicite de la communauté internationale d’un état d’apartheid au Moyen Orient.

La campagne pour une reconnaissance est menée par Salam Fayyad, premier ministre désigné de l’Autorité Palestinienne (AP) située à Ramallah. Elle est basée sur une décision prise pendant les années 70 par l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) d’adopter le programme plus souple d’une « solution à deux Etats ».

Ce programme maintient que la question Palestinienne, l’essence même du conflit israélo-arabe, peut être résolue avec l’établissement d’un « Etat Indépendant » comprenant la Cisjordanie et la Bande de Gaza, avec pour capitale Jérusalem Est. Avec ce programme les réfugiés Palestiniens rentreront au nouvel état de Palestine mais pas chez eux en Israël, qui se définit en tant que « Etat Juif ». Cependant « l’indépendance » ne tient pas compte de cette question, et ne prend pas en charge les appels lancés par les 1,2 million de citoyens Palestiniens d’Israël à transformer la lutte en mouvement anti-apartheid, vu qu’ils sont traités comme des citoyens de troisième catégorie.

Tout ceci est sensé être implémenté après le retrait des forces Israéliennes de la Cisjordanie et de Gaza. Ou serait-il simplement un redéploiement des forces comme on l’a constaté pendant la période d’Oslo ? En revanche les adeptes de cette stratégie prétendent que l’indépendance va garantir qu’Israël va considérer les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie comme un seul peuple, et que la question de la Palestine peut être résolue en accord avec la loi internationale et que cela va ainsi satisfaire un minimum de droits politiques et nationaux au peuple Palestinien.

Oublions le fait qu’Israël a érigé jusqu’à 573 barrières et check-points permanents à travers la Cisjordanie occupée, auxquels il faut ajouter 69 check-points volants ; et vous voudrez peut-être également ignorer le fait que les colonies exclusivement juives ont annexé plus de 54% de la Cisjordanie.

Pendant la conférence de Madrid, l’ancien Premier Ministre Yitzhak Shamir et son gouvernement « pro-guerre » n’a même pas accepté le « droit » à une autonomie administrative. Cependant, avec l’arrivée du gouvernement « plus modéré » Meretz/Travailliste, conduit par Yitzhak Rabin et Shimon Peres, les dirigeants de l’OLP se sont enfuis en Norvège pour des négociations derrière des portes closes. En signant les accords d’Oslo, Israël était libéré du lourd poids que respéresnet l’administration de Gaza et des sept villes surpeuplées de la Cisjordanie. La première Intifada s’est terminée par une décision officielle - et secrète - de l’OLP sans réaliser les projets nationaux intermédiaires, principalement « la liberté et l’indépendance », et sans le consentement du peuple que l’organisation prétend représenter.

Cette même idée « d’indépendance » était autrefois rejetée par l’OLP, parce qu’elle n’intègre pas les droits légitimes minimums des Palestiniens et parce que c’est l’antithèse de la lutte palestinienne pour la libération. Ce qui est proposé à la place de ces droits est un Etat uniquement par le nom. Autrement dit, les Palestiniens doivent accepter une autonomie complète sur seulement une partie de leur territoire, et oublier la souveraineté ou le contrôle des frontières, des réserves d’eau, et plus important, le retour des réfugiés. C’est cela l’accord d’Oslo et c’est aussi la « Déclaration d’Indépendance » voulue. Pas étonnant, donc, que le Premier Ministre Binyamin Netanyahu ait fait comprendre qu’il va peut-être donner son accord pour un état Palestinien « à partir de négociations ».

Cette déclaration ne promet pas non plus d’être en accord avec le plan de partition de 1947, qui ne laissait que 47% de la Palestine historique bien que ceux-ci comprennent plus des deux tiers de la population. Une fois déclaré, le futur état « indépendant » de Palestine occuperait moins de 20% de la Palestine historique. En créant un Bantoustan et en l’appelant un « Etat viable », Israël va se débarrasser du fardeau de 3,5 million de Palestiniens. L’AP va régner sur un maximum de Palestiniens avec un minimum de fragments de territoire - fragments que nous pouvons appeler « l’Etat de Palestine ». Cet « Etat » va être reconnu par des dizaines de pays - les chefs de tribus des infâmes Bantoustans de l’Afrique du Sud seront très envieux !

Nous pouvons seulement présumer que l’indépendance largement discutée et fêtée va simplement renforcer le même rôle joué par l’AP sous les accords d’Oslo. Principalement le maintien de l’ordre et les mesures de sécurité destinées à désarmer les groupes de la résistance palestinienne. Ce sont les premières exigences présentées aux Palestiniens à Oslo en 1993, Camp David en 2000, Anapolis en 2007 et à Washington l’année dernière. Entre temps, dans le cadre des négociations et demandes, aucun engagement ni obligation ne sont imposés à Israël.

Tout comme les Accords d’Oslo ont signifié la fin d’une résistance populaire non-violente de la première Intifada, cette déclaration d’indépendance à un but similaire, principalement de stopper le soutien international croissant pour la cause des Palestiniens depuis l’assaut israélien de l’hiver 2008-2009 contre Gaza et l’attaque contre la Flottille de la Liberté en mai dernier. Néanmoins il n’est pas à la hauteur pour ce qui est de garantir aux Palestiniens une protection minimum et une sécurité face aux futures attaques ou atrocités venant d’Israël.

L’invasion et le siège de Gaza étaient un produit d’Oslo. Avant que les Accords d’Oslo aient été signés, Israël n’avait jamais utilisé la totalité de son arsenal de F-16, bombes au phosphore, et munitions DIME pour attaquer les camps de réfugiés à Gaza et en Cisjordanie. Plus de 1200 Palestiniens ont été tués de 1987 à 1993 pendant la première Intifada. Israël a dépassé ce chiffre pendant son invasion en 2009 ; il a réussi à tuer brutalement plus de 1443 personnes rien que dans Gaza. Ceci n’inclut pas les victimes du siège depuis 2006, qui a été marqué par des bouclages et des attaques répétés d’Israël avant l’invasion de Gaza et depuis lors.

En fin de compte, ce que cette « déclaration d’indépendance » proposée au peuple palestinien est un mirage, une « patrie indépendante » qui est un Bantoustan déguisé. Bien que soutenue par un grand nombre de pays sympathisants, elle n’est pas à la hauteur de fournir aux Palestiniens la liberté et la libération. Un débat critique - plutôt que biaisé et démagogique - requiert une étude des distorsions de l’histoire à travers les déformations idéologiques.

Ce qui à besoin d’être abordé, c’est une vision historique et humaine des questions palestinienne et juive, une vision qui ne nie jamais les droits d’un peuple, qui garantisse une égalité complète, et qui abolisse l’Apartheid - au lieu de reconnaître un nouveau Bantoustan 17 ans après la chute de l’Apartheid en Afrique du Sud.

Source : http://english.aljazeera.net/indept... / http://www.info-palestine.net/artic... Traduction de l’anglais : ForAGoodCause

Haidar Eid - Al Jazeera
* Dr. Haidar Eid est un professeur associé aux Etudes Culturelles à l’université gazaouie d’Al-Aqsa et au conseil d’administration de la Campagne Palestinienne pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël.
D'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11205

Appel : 17 octobre 1961- 17 octobre 2011

publié le mercredi 12 octobre 2011.

La CCIPPP se joint aux signataires de l’appel du collectif 17 octobre 61 et vous invite à participer aux rassemblements et actions qui auront lieu dans les prochains jours

Pour connaitre les actions dans votre région : http://www.17octobre61.org/

Appel

17 octobre 1961- 17 octobre 2011

50ème anniversaire

Vérité et Justice

Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d’Algériens manifestaient pacifiquement à Paris contre le couvre feu discriminatoire qui leur avait été imposé par Maurice Papon, Préfet de police de Paris. Ils défendaient leur droit à l’égalité, leur droit à l’indépendance et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce jour-là, et les jours qui suivirent, des milliers de ces manifestants furent arrêtés, emprisonnés, torturés ou, pour nombre d’entre eux, refoulés en Algérie. Des centaines perdirent la vie, victimes d’une violence et d’une brutalité extrêmes des forces de police.

50 ans après, la Vérité est en marche. Cependant, la France n’a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les guerres coloniales qu’elle a menées, - en particulier la Guerre d’Algérie - non plus que dans le cortège de drames et d’horreurs qu’elles ont entraînés, comme ce crime d’Etat que constitue le 17 octobre 1961. Certains osent encore aujourd’hui continuer à parler des "bienfaits de la colonisation", célébrer le putsch des généraux à Alger contre la République et le pouvoir encourage les nostalgiques de l’Algérie Française et de l’OAS.

La "Fondation pour la mémoire de la Guerre d’Algérie ", dotée de plus de 7 millions d’euros, créée en application de l’article 3 (dont l’abrogation est demandée sous sa forme actuelle) de la loi du 23 février 2005 vantant les "aspects positifs de la colonisation" est sous la coupe d’associations nostalgiques qui voudraient pouvoir exiger des historiens qu’ils se plient à la mémoire de "certains" témoins. Pour être fidèles à leur mission scientifique, les historiens ont besoin de pouvoir accéder librement aux archives, échapper aux contrôles des pouvoirs ou des groupes de pression et travailler ensemble, avec leurs homologue des deux rives de la Méditerranée. La vérité doit être dite sur l’organisation criminelle de l’OAS que certains, au sein même du parti du Président de la République, cherchent à réhabiliter. Ce n’est qu’à ce prix que pourra disparaître la séquelle la plus grave de la guerre d’Algérie, à savoir le racisme dont sont victimes aujourd’hui nombre de citoyens ou de ressortissants d’origine maghrébine ou des anciennes colonies, y compris sous la forme de violences policières récurrentes, parfois meurtrières.

On ne construit pas la démocratie sur des mensonges et des occultations. 50 ans après, il est temps :

- que les plus hautes Autorités de la République reconnaissent les massacres commis par la Police Parisienne le 17 octobre 1961 et les jours suivants, comme un crime d’Etat.
- que la Fondation pour la Mémoire de la guerre d’Algérie soit re-fondée sur des bases totalement différentes.
- que la liberté d’accès aux archives soit effective pour tous, historiens et citoyens.
- que la recherche historique sur ces questions soit encouragée, dans un cadre franco-algérien, international et indépendant.

Toutes les associations, organisations (syndicats, partis politiques…) qui souhaitent signer cet appel doivent prendre contact en confirmant leur accord avec un message adressé à contact@17octobre61.org

Signataires de l’appel 2011

Associations :

17 octobre contre l’oubli

4ACG (Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre)

ACB (Association de Culture Berbère)

ACCA (Agir Contre le Colonialisme Aujourd’hui)

Act Up-Paris

ACU (Association des communistes unitaires)

AHDH (Association Harkis Droits de l’Homme)

AMF (Association des Marocains en France)

ANPNPA (Association Nationale des Pieds Noirs Progressistes et leurs Amis)

ANPROMEVO (Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS)

APCV (Agence de Promotion des Cultures et du Voyage)

ARAC (Association Républicaine des Anciens Combattants)

Association Rennes-Sétif

ASSAF

ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins en France) (et aussi ATMF-Paris 75)

Au Nom de la Mémoire

CAPJPO- EuroPalestine

CCIPPP

CIMADE

CNAFAL (Conseil National des Associations Familiales Laïques)

Collectif DAJA

Collectif "D’ailleurs nous sommes d’ici" (et les collectifs locaux : 33, gardois)

Collectif Réseaux Intervention Réflexion Quartier Populaire

Comité Mumia Abu Jamal de Saint-Denis

Compagnie Jolie Môme

Coup de Soleil

FNACA - Paris (Fédération Nationale des Anciens Combattants d’Algérie)

Forum France Algérie

Générique

Ici on noie les Algériens

Inter collectif de soutient des luttes des peuples du monde arabe

La Parole Errante

Le 93 au Coeur de la République

Le Maghreb des Films

LDH (Ligue des Droits de l’Homme)

Les Oranges

Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons

Manifeste des Libertés

Mémoire à Vif

MIR (Maison Internationale de Rennes)

Mouvement de la Paix

MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples)

Per à Pace ( pour la paix) [ association corse]

Planet DZ

Réfractaires Non-Violents à la Guerre d’Algérie

RIRQP

Ruptures (Réseau féministe)

Sortir du Colonialisme

SOS Racisme

Survie

UAVJ(Une autre voix juive)

UJFP (Union juive française pour la paix)

Syndicats :

CFDT (Confédération Française Démocratique du Travail)

CGT - URIF (Union Régionale Ile de France de la Confédération Générale du Travail)

CNT (Confédération nationale du travail)

FIDL (Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne)

FSU (Fédération Syndicale Unitaire)

Fédération SUD Education

SM (Syndicat de la Magistrature)

Solidaires (Union syndicale Solidaires)

Sud-Ptt

UNEF (Union Nationale des Étudiants de France)

UNL (Union Nationale Lycéenne)

Organisations Politiques :

ACDA (Agir pour le Changement Démocratique en Algérie)

Alternative Libertaire

CCA (Cercle Communiste d’Alsace)

EELV-Paris (Europe Écologie Les Verts)

FASE (Fédération pour une Alternative Sociale et Écologique)

MJCF (Mouvement des Jeunes Communistes de Français)

NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste)

PCF (Parti Communiste Français)

PG (Parti de Gauche)




Pourquoi les Nations unies doivent dissoudre le « Quartet »
Ali Abunimah - lundi 10 octobre 2011 - 07h:16

Ce quartet a été formé pour aider les négociations israélo-palestiniennes, mais en réalité son émissaire, Tony Blair, l’utilise pour son profit personnel.
Tony Blair, ici environné de ses collaborateurs israéliens, visite un des points d’accès du camp de concentration qu’est devenu la bande de Gaza. Criminel patenté, Blair devrait être traduit devant la CIJ pour crimes de guerre en Irak. Quant au Quartet dont il est l’envoyé, il ne sert qu’à favoriser la colonisation israélienne des territoires palestiniens et devrait être dissout dans les meilleurs délais.

Récemment, l’émissaire du Quartet, Tony Blair, a été l’objet de critiques acerbes de la part des responsables proches du dirigeant de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. On a même murmuré que les collaborateurs d’ Abbas pourraient demander officiellement son renvoi.

Blair est devenu l’émissaire du Quartet le jour où il a cessé d’être le Premier ministre du Royaume-Uni en 2007 ; bien que son rôle ait été sans aucun doute néfaste pour le peuple palestinien et nuisible pour le droit international, cela ne suffirait pas pour demander son renvoi.

Le Quartet - un comité spécial composé du Secrétaire général des Nations unies, d’officiels des USA, de l’Union européenne, de la Russie qui monopolise le prétendu « processus de paix » - a lui-même détruit le peu de crédibilité qui restait aux Nations unies concernant la question palestinienne.

C’est en fait une façade pour une opération qui travestit les exigences posées par Israël et les USA aux Nations unies en positions "internationales", évinçant le droit international et les innombrables résolutions sur la myriade de graves infractions aux conventions de Genève, commises par Israël.

Pour commencer à restaurer la crédibilité des Nations unies, le Secrétaire général Ban Ki-moon devrait quitter le Quartet et cesser de le financer et de le soutenir. Faute de quoi, les États membres des Nations unies devraient exiger qu’il le fasse.

Véhicule pour les ambitions et l’enrichissement personnels de Blair

Nabil Shaath, associé principal d’Abbas, s’est plaint officiellement que Blair se faisait « l’avocat de la défense » d’Israël vis-à-vis de la demande d’admission comme membre à part entière présentée par Abbas pour la Palestine aux Nations unies.

Ceci n’a rien de surprenant pour ceux qui ont suivi la situation, mais ce qui est nouveau est que la critique est publique et que Blair focalise l’attention

Dans un épisode récent de Investigative Documentary Dispatches,(document d’enquête) sur Channel 4 de la télévision britannique, l’émission a révélé combien Blair a utilisé le Quartet pour favoriser ses intérêts commerciaux personnels et ceux de ses clients.

Selon ce documentaire, Blair a utilisé son poste dans le Quartet pour s’introduire auprès de dirigeants arabes avec lesquels son bureau privé et confidentiel Tony Blair Associates (le nom rappelle de façon frappante le tristement célèbre Kissinger Associates)a alors signé des contrats d’expert-conseil.

Blair a décroché un contrat d’une valeur de 40 millions de dollars auprès de l’émir du Koweït pour lui prodiguer des conseils sur les « réformes » et un autre, s’élevant supposément à des millions de dollars, auprès des dirigeants des émirats Arabes unis.

Mélanger ainsi son rôle officiel et privé, Blair l’a également fait en Palestine.

Blair a joué un rôle décisif dans les pressions exercées sur Israël pour l’attribution, en novembre 2009, de fréquences à la société de téléphonie mobile Wataniya en Cisjordanie occupée. Wataniya est la propriété du géant des télécoms qatari Q-Tel qui a acheté Wataniya en 2007 pour 2 milliards de dollars au moyen d’un prêt accordé par la banque JP Morgan, selon le documentaire de Channel 4.

Blair travaille aussi pour JP Morgan qui le paie plus de 2 millions de dollars par an pour des conseils " stratégiques". Selon le documentaire britannique, JP Morgan devait réaliser des « bénéfices substantiels » si l’affaire était conclue. Israël, faut-il le rappeler, n’a accepté d’attribuer les fréquences à Wataniya que si l’AP renonçait à donner suite, par le canal des Nations unies, aux conclusions du rapport Goldstone sur les crimes de guerre commis par Israël à Gaza,

Un autre marché important que Blair a traité avec Israël concerne les contrats obtenus par British Gas pour exploiter les gisements de gaz naturel d’une valeur de 6 milliards de dollars dans les eaux territoriales de la Bande de Gaza occupée. Bien que Blair ait prétendu publiquement que le marché profiterait aux Palestiniens de Gaza, aucun Palestinien de Gaza n’a jamais été consulté.

Blair a négocié le marché directement avec le premier ministre Benjamin Netanyahu, qui selon Channel 4 « aimerait qu’Israël contrôle la fourniture de gaz ainsi que tout excédent de production qui serait vendu à Israël, et non pas sur le marché".

En d’autres termes, Blair ne se contente pas de s’enrichir lui-même et ses clients (aussi bien lui que JP Morgan ont nié sur Channel 4 tout « conflit d’intérêts »), il collabore en outre au colonialisme, à l’exploitation, au pillage et aux profits tirés par Israël des territoires palestiniens occupés en faisant cyniquement semblant "d’aider les Palestiniens ».

Absence de responsabilisation

S’il est difficile de tracer la limite entre la mission officielle du Quartet et les intérêts personnels de Blair, c’est en raison d’un manque total de transparence et de responsabilisation. Apparemment, Blair n’est pas tenu de respecter les règlements stricts en matière de conflits d’intérêts et de divulgation auxquels sont soumis les fonctionnaires des Nations unies ou les officiels britanniques, bien que ce soient apparemment des fonds des Nations unies et du gouvernement britannique qui financent le bureau de Jérusalem à coups de millions de dollars par an alors que Blair y passe à peine quelques jours pas mois.

En 2007, le « Programme d’assistance au peuple palestinien » des Nations unies a dépensé plus de $ 400.000 pour les trois voitures blindées de Blair. La plus grosse partie des frais administratifs du bureau de Blair incombe aux contribuables britanniques

Personne ne sait qui peut recruter ou renvoyer Blair. Toutefois, celui-ci n’a fait qu’exploiter la situation et il est le symptôme d’un problème plus large : celui du Quartet lui-même.

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Les exigences du Quartet et des Nations unies n’ont été adressées qu’aux Palestiniens tandis qu’Israël a continué à coloniser illégalement et en toute impunité [GALLO/GETTY]

Écran de fumée pour les Américains et les Israéliens

On parle souvent du Quartet comme si c’était un organe officiel, alors qu’il a été constitué en 2002 en tant que comité informel. Aucune résolution des Nations unies ne lui octroie de mandat, bien qu’il semble prendre une allure permanente et avoir la préséance sur toutes les autres institutions internationales.

Dès le début, le Quartet n’a pas été tellement un forum international participant à la solution de la question palestinienne qu’un substitut de l’intervention internationale réelle et une couverture pour le contrôle US.

Un diplomate français qui a été consultant principal auprès de Tony Blair au bureau du Quartet à Jérusalem, Anis Nacrour, a dit à Channel 4 que dès le début, le Quartet a été un « écran de fumée pour l’activité des USA et du tandem américano-israélien. En fin de compte, tout ceci permettait de gagner du temps pour que le gouvernement israélien puisse faire tout ce qu’il voulait ».

Les exigences ne visent que les Palestiniens

La fameuse « feuille de route » du Quartet de 2002 par exemple, imposait des devoirs stricts, aussi bien à l’Autorité palestinienne qu’à Israël. Les Palestiniens devaient sévir contre toute résistance à l’occupation et reprendre « la coordination de la sécurité » avec l’armée d’occupation tout en entreprenant des « réformes » dictées par l’extérieur afin de préparer la naissance de "l’État" palestinien. Parallèlement, Israël était obligé de « geler toute activité des colonies » et de « mettre immédiatement fin à la violence perpétrée contre les Palestiniens ».

Près de 10 ans plus tard, l’Autorité palestinienne a consciencieusement sauté à travers tous les cerceaux au point que le négociateur, Saeb Erekat, se vantait auprès des officiels US en 2009 de ce que dans l’exécution des devoirs de la feuille de route, lui-même et ses collègues de l’AP étaient allés jusqu’à « tuer notre propre peuple pour respecter l’ordre et la légalité ».

Pourtant, durant la même période, Israël tuait des milliers de Palestiniens, commettant des atrocités caractérisées de crimes de guerre et il continuait à voler et à coloniser les terres palestiniennes en toute impunité. Dans sa dernière déclaration le Quartet n’a même pas osé mentionner le mot « colonies » ; il a demandé à l’AP de revenir au même carrousel de négociations, tandis qu’Israël continuait à construire sur les terres palestiniennes.

Le Quartet légitimise le siège de Gaza et les Nations unies obéissent

En septembre 2010, la mission d’enquête internationale chargée par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies de mener une enquête sur l’attaque israélienne contre la flottille, a conclu que le siège et le blocus israélien de Gaza sont illégaux, position antérieurement prise par le Comité international de la Croix-Rouge.

Le Secrétaire général des Nations unies devrait adopter et défendre cette position. Au lieu de quoi, l’actuel détenteur du poste, Ban Ki-moon, prend ses ordres auprès du Quartet au mépris du droit international qu’il a juré de faire respecter.

Chose choquante, en mai dernier, alors qu’une autre flottille se préparait à appareiller pour Gaza, Ban a écrit aux gouvernements des États méditerranéens pour qu’ils « usent de leur influence » afin d’empêcher les bateaux de partir à Gaza.

Dans sa lettre, il disait que les flottilles n’étaient pas « utiles » et que le Secrétaire général « estimait que l’assistance et les marchandises destinées à Gaza pouvaient être acheminées par des passages légitimes et des circuits établis ». Ban fondait sa position sur une déclaration du Quartet.

Bien entendu « les passages légitimes et les circuits établis » mentionnés par Ban étaient ceux qu’Israël avait imposés unilatéralement dans un effort délibéré de punir collectivement Gaza et de calculer les rations alimentaires de sa population - constituée pour moitié d’enfants -selon les « formules mathématiques » révélées par Gisha, groupe israélien de défense des droits humains.

En d’autres termes, le Secrétaire général soutenait, sur la base de la position du Quartet, qu’Israël avait le droit de faire ce qui lui plaisait, indépendamment de l’illégalité de ses actions et de leur dangerosité pour la population de Gaza.

En outre, le Secrétaire général est devenu une recrue, tout comme le gouvernement grec plus tard, de la campagne américano-israélienne visant à arrêter la flottille pour éviter ainsi aux Israéliens d’avoir à envoyer des voyous aborder les bateaux transportant des pacifistes civils.

Pour maintenir le consensus du Quartet dicté par Israël et les USA, le Secrétaire général des Nations unies a fait fi du droit international et a réduit au silence tous les autres États membres des Nations unies.

Les États membres doivent reprendre les Nations unies et mettre fin au Quartet

Il est vrai qu’il y a eu récemment une scission au sein du Quartet, la Russie bloquant certaines des initiatives les plus déplorables des USA à savoir notamment, selon certaines sources, l’inclusion dans la dernière déclaration du Quartet de la demande d’Israël d’être reconnu en tant que « État juif ». Ces différends ne reflètent toutefois aucun débat ni processus véritables : ils montrent simplement l’outrance de la proposition américano israélienne.

Les 191 autres membres des Nations unies ne devraient pas tolérer que leur rôle revienne à un seul membre - représenté par un Secrétaire général faible et complaisant - dans un comité spécial qui a en fait été contrôlé par les USA dans l’intérêt d’Israël.

Les États de la Ligue arabe devraient au moins exiger que le Secrétaire général des Nations unies se retire du Quartet et cesse de financer le bureau de Tony Blair avec des fonds qui étaient censés aider les Palestiniens dont la vie a été dévastée par les politiques israéliennes mêmes que Blair facilite.

Si les Nations unies veulent commencer à jouer un rôle utile dans la restauration des droits usurpés aux Palestiniens, elles doivent commencer par abolir le Quartet obstructionniste et irrémédiablement corrompu.

(JPG)

*Ali Abunimah est l’auteur de One Country, A Bold Proposal to End the Israeli-Palestinian Impasse. Il a contribué à The Goldstone Report : The Legacy of the Landmark Investigation of the Gaza Conflict.
Il est le cofondateur de la publication en ligne The Electronic Intifada et consultant politique auprès de Al-Shabaka, The Palestinian Policy Network.

d'après : http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=11283


Palestine: pourquoi son admission à l'ONU a échoué
JMD el 06/10/11

Palestine: pourquoi son admission à l'ONU a échoué

Le président de l'AP s'est trompé de porte pour demandé la reconnaissance de l'état palestinien, il devait aller directement à l'AIPAC :

LA RASQUE FRANÇAISE EN LIBYE

RobertBibeau@hotmail.com

 5.10.2011


COMPENDIUM DE L’IMPÉRIALISME FRANÇAIS
 
Le petit Napoléon, un temps l’étoile montante du Directoire, dérangeait bien des troublions avides de mettre la main sur le pouvoir afin de s’assurer le partage des prébendes et des « royautés », des cachets et des loyautés parmi leur clan bourgeois – aristocratique (Eh oui ! Ils n’avaient pas tous été guillotinés contrairement à ce qu’on vous laisse penser). Le dit Napoléon fut donc invité à manifester son talent et sa cupidité « libératrice » contre les mamelouks (un peuple bâtard et inhumain, pensait le Directoire) implantés en Égypte, une pomme de discorde entre les deux puissances colonisatrices (France et Britannique).
 
Bien peu d’historiens français décrivent l’équipée carnassière napoléonienne pour ce qu’elle fut – un massacre colonialiste contre un peuple autochtone afin de distraire  un concurrent encombrant. L’historiographie française a toujours le talent de présenter les dictateurs étrangers comme des tyrans et les siens comme des libérateurs ou des pacificateurs.
 
Et ils récidivent les nationalistes chauvins, apologistes de la grandeur de l’empire français. Dernièrement, un tout petit Napoléon des balcons (Neuilly-sur-Seine) – pâle imitation du grand massacreur des peuples du XIXe  siècle – ils font avec ce qu’ils ont sous la main les malandrins – a cru bon de lancer une opération aéroportée contre le peuple d’à -côté (les libyens, à côté des mamelouks, aujourd’hui devenus égyptiens).
 
Le petit Blingbling belliqueux affréta donc son porte avions et astiqua ses canons pour porter l’agression jusqu’aux portes d’Al Khoums, histoire de massacrer un peu de ces Arabes récalcitrants qui se soulèvent spontanément depuis quelque temps. Une petite guerre de rapine vite faite ne pouvait pas faire de mal à la glorieuse marine, à l’armée et à l’aviation françaises désoeuvrées depuis la fin de l’échauffourée contre la Côte d’Ivoire enfin « pacifiée » à la canonnière blindée…façon XXIe siècle, c’est-à-dire avec tout plein de verbiages « humanitaires »… mais dites donc, où est passé Kouchner, l’autre compère ? L’armée impériale française avait une autre occasion d’étaler son armement et de démontrer ses talents. Que de ventes juteuses pour les ci-devant!
 
Et pensez donc, le petit aspirant « Führer » ne pouvait mieux choisir son terrain d’agresseur. Son ami et concurrent Berlusconi, de fort mauvaise posture, en mode majeur dans le lit de quelques mineures, n’était pas en position de répliquer à la capture de sa chasse gardée. Berlusconi fut pris le pantalon raccourci tout comme son ami Kadhafi.
 
Mais voilà que le Gengis Khan de notre temps avait mal jaugé son adversaire qui s’avéra infiniment plus pervers que ses congénères. Ben Ali avait fui précipitamment, (avec la caisse) et on avait fait passer ce déplacement pour une conquête « révolutionnaire ». Moubarak s’était fait tirer l’oreille (les sommes à piller étant plus consistantes) mais l’armé locale était venue à bout de ses réticences à force d’allonger les prébendes et suite à quelques soulèvements populaires – contrôlés – qui laissaient présager le pire. Pour le Ramadan anticipé le Rais avait pris sa retraite dans sa datcha de Charm el Cheikh. Depuis, le terminal de Rafah est toujours fermé et l’armée égyptienne sanguinaire s’active à massacrer les vrais révoltés de la place Tahrir ainsi que les gazaouïs dans leurs tranchés (loin des caméras de l’étranger).
 
Mais voilà que le Guide de la Jamahiriya n’acceptait pas qu’on le liquidât et s’accrochait à son émirat qui pourtant ne lui avait été concédé qu’a condition de loyauté. Vous avez parfois de ces affidés qui s’attachent aux privautés attachées à leur principauté.
 
Pourtant, l’armée et les services secrets français s’étaient dépensés sans compter. Soulèvement « populaire spontané » des « révoltés » de Benghazi bien formés, bien armés (comme vous savez, vous tenez tous quelques canons anti-blindés sur votre propriété, on ne sait jamais qui vous aurez à bombarder), mercenaires affrétés tout frais héliportés du côté des puits de Benghazi. Le moment était approprié, le drapeau de la royauté stipendié fut hissé ; allons peloton de la libération au secours de notre roitelet obsolète. Pourtant, rien n’y faisait, les renforts recrutés parmi les insurgés d’Afghanistan, d’Irak, du Qatar et du Soudan ne parvenaient  nullement à « libérer » la contrée en faveur de ce roi abhorré.
 
L’AGRESSION DE L’OTAN
 
C’est le moment que choisit le « grand conquérant » pour réclamer secours à son ami et concurrent qu’il avait jusqu'à présent négligé de manière éhontée. Ce qui n’était d’abord que guerre de conquête pour le repartage d’une néo-colonie entre rivale de second lit devint pomme de discorde entre grands comparses de l’OTAN – appelée à la rescousse pour trancher le différend et renverser le « tyran » – pas celui de Paris, celui de Tripoli – puis, mettre au pouvoir un sous fifre plus accommodant. La guerre ne fut pas aisée et de fait elle n’est toujours pas terminée.
 
Pourtant, le petit mécréant et son acolyte Cameron sont venus, ils ont vu mais ils n’ont pas encore vaincu et mal leur en prend car maintenant ils ont un véritable soulèvement paysan entre les dents et personnellement je parie que ces deux là se ridiculiseront tout autant qu’un insignifiant qui, du haut d’un porte-avion désarmé, avait annoncé, il y a dix ans passés, la fin des combats en Afghanistan…ils n’en finissent plus de tomber les soldats de l’amirauté depuis « la fin » des atrocités commandées…par le Pentagone.
 
LE NÉO-COLONIALISME FRANÇAIS

      L’impérialisme français a dirigé les activités d’agression en terre libyenne. Et même si l’OTAN – l’organisation de collusion des assoiffés de profits, de ressources naturelles et de marchés – est intervenue pour sauver la mise, il demeure que la classe capitaliste monopoliste française assume la première responsabilité dans cette rasque* et ces massacres de civils libyens et c’est elle, cette classe parasitaire française, qui se présente la première à la curée pour le partage du butin spolié (1).
 
Il n’est nullement question ici de disculper l’impérialisme étatsunien, leur maître à penser moderne et ancien, mais on ne doit pas dissimuler la responsabilité de sa propre bourgeoisie impérialiste nationale derrière de pseudo analyses complaisantes et compatissantes. Les puissances impérialistes collaborent et s’affrontent pour défendre les intérêts de leur propre clan national. L’impérialisme français est sanguinaire (Indochine, Algérie, Afrique noire) et il doit être renversé comme celui du lilliputien canadien, de la perfide Albion et de la sanguinaire Washington.  Allons, enfants de la Patrie, votre heure de gloire est arrivée et votre pire ennemi est à vos côtés.
 
Mes ennemis je les connais bien – mes « amis » je n’en sais rien – camarades, préservez-moi des miens.

* Rasque = bourbier
(1)  L’impérialisme canadien, sous Harper, a aussi participé à l’agression et est imputable pour ce crime de guerre contre le peuple libyen.
Salutations cordiales.
d'après : http://www.robertbibeau.ca/palestine.html


Solidarité avec Houria Bouteldja : une accusation « qui nous insulte tous »
Protection-Palestine publié le mardi 4 octobre 2011.


Militante de longue date contre toutes les discriminations racistes, Houria "Bouteldja est poursuivie pour « injure raciale contre les Français ». L’assignation se fonde sur des propos tenus lors d’une émission de télévision, où Houria a dit « souchiens » pour « Français de souche ». Cette initiative émane de l’AGRIF (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne), groupuscule toulousain connu pour ses positions d’un racisme extrémiste." (Politis.fr)
- Signez la pétition (lien dans l’article)

Que ceux-là mêmes qui exercent les pires violences à l’encontre des minorités puissent se présenter comme de courageux défenseurs des Français [blancs, de souche] insultés, ce n’est pas un fait isolé, c’est le signe d’une dérive inquiétante. Les soussignés déclarent qu’ils soutiennent Houria Bouteldja dans sa juste défense contre une accusation qui nous insulte tous.

lundi 3 octobre 2011

Signer la pétition

- Premiers signataires : Alain Badiou, philosophe ; Etienne Balibar, philosophe ; Saïd Bouamama, sociologue, militant ; François Burgat, politologue ; Sharon Courtoux, association Survie ; Christine Delphy, directrice de recherche au CNRS ; François Gèze , éditeur ; Jean-Marie Gleize, écrivain, professeur des universités ; Eric Hazan, éditeur ; Stéphane Lavignotte, pasteur ; Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire ; Jean-Luc Nancy, philosophe ; Jacques Rancière, philosophe ; Denis Sieffert, directeur de la rédaction de Politis ; Odile Tobner, auteur de Du racisme français ; Enzo Traverso, Professeur de sciences politiques ; Antoine Volodine, écrivain.

- Ainsi que : Omar Alsoumi, ancien président de la GUPS et de Génération Palestine ; Armelle Andro, maîtresse de conférence, co-responsable de l’Unité de recherche ’Démographie, genre et sociétés’ - INED ; Paola Bacchetta, sociologue, Berkeley ; Mohamed Bensaada, militant QNQF (Quartiers Nord, Quartiers forts) ; Pascale Casanova, enseignante ; Maxime Cervulle, enseignant-chercheur ; Grégoire Chamayou, philosophe, chercheur CNRS ; Michèle Cohen-Halimi, Maître de conférences en philosophie ; Raphaël Confiant, écrivain ; Cédric Durand, économiste ; Inez Fisher-Blanchet, historienne au centre de recherches caraïbes-amériques ; Ramon Grosfoguel, Professeur, University of California at Berkeley ; Nacira Guénif ; Ghazi Hidouci, ancien ministre de l’économie (Algérie) ; Hugues Jallon, éditeur ; Razmig Keucheyan, maître de conférences en sociologie ; Stefan Kipfer, Professeur, York University ; Asma Lamrabet, présidente du GIERFI (groupe international d’études et réflexion sur femmes et islam) ; Oruno D. LARA, historien directeur du centre de recherches caraïbes-amériques ; Laurent Lévy, essayiste ; Raphaël Liogier, Professeur des universités, Directeur de l’Observatoire du religieux ; Stella Magliani-Belkacem, La fabrique éditions ; Gustave Massiah, économiste ; Marwan Mohammed, sociologue ; Karine Parrot, professeure de droit ; Mathieu Rigouste, chercheur en sciences sociales ; Joël Roman, philosophe et éditeur ; Catherine Samary, Maître de conférence en économie ; Patrick Simon, démographe ; Rémy Toulouse, éditeur.

Houria Bouteldja est porte-parole des Indigènes de la République.

http://www.politis.fr/Solidarite-av...

D'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11156


DEMAIN L’ÉTAT PALESTINIEN, TOUJOURS DEMAIN
Alain Gresh (Le monde diplomatique)
publié le dimanche 2 octobre 2011.


octobre 2011

En 1948 - qui s’en souvient ? - , les États-Unis avaient hésité à reconnaître Israël (lire ci-dessous). En 2011, ils n’hésitent pas à bloquer l’adhésion de l’Etat palestinien aux Nations unies. Ce veto, encouragé de fait par l’Union européenne, vise, une fois de plus, à « reporter » la décision et à parier sur une reprise des négociations bilatérales - dont l’échec est inscrit dans le mépris d’Israël envers le droit international.

Depuis l’Antiquité, le paradoxe formulé par le philosophe grec Zénon d’Elée a hanté les logiciens : est-ce qu’Achille « au pied léger » pourrait gagner une course s’il accordait cent mètres d’avance à une tortue ? Non, répond Zénon, car le héros de L’Iliade ne pourrait jamais la rattraper : en effet, il réduirait d’abord de moitié son retard, puis de la moitié de la moitié, ainsi de suite à l’infini, sans que jamais la distance entre les deux ne soit nulle (1).

C’est dans le même marathon sans fin que s’est engagée l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) avec sa quête d’un État. Chaque étape franchie semble la rapprocher du but, mais il reste toujours une moitié de la distance à parcourir, une dernière condition à remplir, une ultime concession à consentir. En 1999, l’OLP annonça qu’elle proclamerait la naissance de l’État palestinien, à l’issue de la période intérimaire d’« autonomie » de la Cisjordanie et de Gaza voulue par les accords d’Oslo de 1993. Les États-Unis et l’Union européenne firent pression et, en échange d’un report, l’Union affirma durant un sommet à Berlin, en mars 1999, « sa disposition à considérer la reconnaissance d’un Etat palestinien ».

En mars 2002, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) proclamait son attachement à la vision d’une région dans laquelle coexisteraient deux États, Israël et la Palestine. L’année suivante, le Quartet (États-Unis, Union européenne, Russie et ONU) publiait une « feuille de route » prévoyant la création de l’Etat palestinien avant la fin 2005. Après un gel des négociations, le président George W. Bush convoquait à Annapolis, en novembre 2007, l’une de ces réunions si médiatiques qu’affectionne la « communauté internationale », où se côtoyaient l’Europe et la Russie, la Syrie et l’Égypte, les Palestiniens et les Israéliens : un communiqué prédisait que l’horizon serait finalement atteint à la fin 2008. Le 23 septembre 2010, dans son discours devant l’Assemblée générale de l’ONU, le président Barack Obama exprimait son espoir de voir la Palestine intégrer l’Organisation en septembre 2011. Un an plus tard, il annonçait qu’il opposerait son veto à une telle admission.

Cette longue histoire de promesses bafouées a contraint la direction palestinienne à s’adresser directement aux Nations unies, à se dégager des négociations bilatérales « sans conditions préalables », c’est-à-dire dans un contexte où le renard « libre » s’ébat dans le poulailler « libre ». Ce faisant, elle reconnaissait de facto l’échec de sa stratégie passée.

En 1969, à la suite de la défaite arabe de juin 1967 (2), les mouvements armés de fedayins prenaient le contrôle de l’OLP et se débarrassaient de l’ancienne direction, qui avait failli en s’alignant sur les régimes arabes. La nouvelle orientation de l’OLP se fondait sur trois piliers : la lutte armée, méthode privilégiée à l’époque dans ce que l’on appelait le tiers-monde, où il fallait comme le disait Ernesto Che Guevara « créer un, deux, trois, de multiples Vietnam »-, la libération de toute la Palestine (et donc la destruction des structures sionistes d’Israël) et l’édification d’un Etat démocratique où coexisteraient musulmans, juifs et chrétiens ; l’indépendance de la direction palestinienne (notamment à l’égard des régimes arabes).

Le principal succès de l’OLP fut de réussir à regrouper sous sa bannière tous les Palestiniens - de l’ingénieur travaillant au Koweït au paysan de Hébron, en passant par le réfugié du camp libanais de Bourj Al-Barajneh -, à renforcer leur cohésion nationale et à exprimer leur volonté d’indépendance. En revanche, l’échec de la lutte armée, le refus de la grande masse des Israéliens d’adhérer à l’utopie de l’État démocratique, l’opposition même des alliés de l’OLP, notamment ceux du « camp socialiste », à l’idée de la destruction d’Israël, vont l’entraîner à s’engager dans le jeu diplomatique.

La direction palestinienne avait déjà obtenu de multiples succès dans ce domaine : non seulement elle avait remis la Palestine sur la carte politique - le sort des Palestiniens n’était plus réduit à un simple problème de « réfugiés », il relevait du droit à l’autodétermination d’un peuple -, mais elle se vit reconnaître par les pays arabes comme seul représentant du peuple palestinien. En 1974, Yasser Arafat était accueilli triomphalement à New York à l’Assemblée générale de l’ONU, dont l’OLP devint membre observateur.

Mais ces avancées se heurtaient toujours aux deux mêmes obstacles : Israël et les États-Unis, qui refusaient de discuter avec une « organisation terroriste ». Il faudra encore de longues années, d’interminables tractations et surtout, le déclenchement de l’Intifada des pierres en décembre 1987 pour que le statu quo apparaisse à tous comme dangereux et que, en Israël même, de nombreuses voix s’expriment en faveur d’un compromis.

En novembre 1988, le Conseil national palestinien proclamait la naissance de l’État palestinien et acquiesçait au plan de partage de la Palestine voté par l’Assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947.

Arafat confirmait ces orientations devant l’Assemblée générale de l’ONU réunie à Genève le 13 décembre 1988. Mais Washington restait insatisfait. Une semaine plus tard, le responsable palestinien lut une déclaration - rédigée par le gouvernement américain (3) ! - confirmant qu’il renonçait au terrorisme, acceptait la résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies (4) et reconnaissait Israël. Une page semblait tournée, une autre s’ouvrait avec les accords d’Oslo et la poignée de mains entre Arafat et Itzhak Rabin, le 13 septembre 1993, sur la terrasse de la Maison Blanche, sous l’œil attentif du président William Clinton.

Changement de stratégie

La voie dans laquelle se sont engagés Arafat et ses pairs se révèle être une impasse dix-huit ans plus tard. Aucune souveraineté palestinienne n’a été établie en Cisjordanie et à Jérusalem. Le nombre de colons en Cisjordanie, cent mille en 1993, frôle les trois cent mille actuellement, et ceux de Jérusalem sont passés de cent cinquante mille à deux cent mille. L’économie est asphyxiée et les rapports sur le boom que connaîtraient ces territoires omettent de rappeler que le produit national brut (PNB) par habitant y est plus faible qu’en 2000 et que seule une couche sociale étroite profite de cette situation (5). Si l’Autorité palestinienne collabore efficacement avec les occupants israéliens pour combattre le « terrorisme », elle a aussi imposé un pouvoir autoritaire qui rappelle celui mis en place chez les voisins arabes.

Cet échec, les électeurs palestiniens l’ont sanctionné en votant pour le Hamas en janvier 2006, avant que la victoire leur soit confisquée par la « communauté internationale » alliée à M. Mahmoud Abbas. Mais, pas plus que l’OLP, le Hamas n’offre une stratégie crédible aux Palestiniens. Il se réclame de la lutte armée, mais son bilan dans ce domaine, comme celui des organisations fedayins après 1967, est bien mince. Et il a imposé, depuis bientôt trois ans, un cessez-le-feu vis-à-vis d’Israël à toutes les organisations palestiniennes de Gaza. Quant à son autoritarisme, il le dispute à celui de M. Abbas.

Cette crise aurait pu durer, le Fatah et le Hamas s’agrippant aux branches du pouvoir. Mais le réveil arabe a bouleversé la donne. La chute des régimes tunisien et égyptien d’abord, la fermeté de la Turquie face à Israël ensuite, ont affaibli Washington et Tel-Aviv, privant aussi M. Abbas d’un allié de poids, le président égyptien Hosni Moubarak - tandis que le Hamas était ébranlé par le soulèvement en Syrie. La déception à l’égard du président Obama, incapable de faire pression sur son allié Benyamin Nétanyahou (le premier ministre israélien), s’accentue. En a-t-il seulement la volonté à un an d’une élection présidentielle qui se révèle bien incertaine ?

Sur la scène israélienne, et malgré les manifestations d’opposition à l’ordre néolibéral, la grande majorité de la population, traumatisée par la seconde Intidafa et conditionnée par la propagande de ses dirigeants, s’est ralliée à l’intransigeance du gouvernement, et M. Nétanyahou fait presque figure de modéré face à son ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman. Mme Shelly Yachimovich, députée et nouvelle dirigeante du Parti travailliste, déclarait récemment que le projet de colonisation n’était « ni un péché ni un crime » puisqu’il avait été lancé par les travaillistes eux-mêmes (ce qui est vrai) et qu’il était donc « totalement consensuel ». Commentant ces affirmations, M. Henry Siegman, ancien directeur du Congrès juif américain, remarquait : « Laissons de côté l’argument bizarre qui veut que le consensus entre des voleurs légitime le vol. Alors que de telles positions sont défendues par les travaillistes en Israël aujourd’hui, comment croire que pourrait émerger la moindre perspective de paix (6) ? »

Et pourquoi les Israéliens refuseraient- ils le statu quo ? L’ordre règne en Cisjordanie, grâce notamment à la collaboration palestinienne. L’isolement international d’Israël n’a que peu de conséquences tant que persiste le soutien des États-Unis et que l’Union européenne maintient et étend les privilèges commerciaux, économiques et politiques accordés à cet Etat - Israël vient d’être admis comme membre observateur de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (appelée CERN), sans doute pour le récompenser d’avoir deux cents bombes atomiques. Sans les sanctions internationales et un isolement croissant, sans la forte mobilisation de la population de l’intérieur, et s’il avait fallu compter sur la seule bonne volonté de la communauté blanche, l’Afrique du Sud ne se serait jamais débarrassée de l’apartheid.

L’incapacité de l’OLP à obtenir quoi que ce soit par les négociations et le bouleversement de la scène arabe ont poussé M. Abbas à se présenter devant les Nations unies. Mais la signification d’une telle internationalisation est encore difficile à mesurer. Amorce-t-elle un changement de stratégie ? Ou s’agit-il de reprendre les pourparlers dans des conditions légèrement améliorées ?

La population palestinienne reste sceptique, d’autant qu’elle sait que, quel que soit le résultat du vote, le jour d’après, elle continuera de ployer sous l’occupation, même si les menaces israéliennes ou américaines restent peu crédibles : elles affaibliraient leur seul interlocuteur palestinien et mettraient en péril la coopération sécuritaire qui est tout à l’avantage de Tel-Aviv.

En revanche, l’usage du droit de veto par Washington affectera le poids des États- Unis dans la région - on a pu entendre le prince Turki Al-Fayçal, l’ancien ambassadeur saoudien à Washington, affirmer que cela précipiterait la fin des relations historiques entre Riyad et Washington (ce qui semble tout de même un peu exagéré) (7).

Un statut d’État observateur, similaire à celui de la Suisse jusqu’en 2002, ouvrirait la voie à l’adhésion de la Palestine à la Cour internationale de justice (CIJ) et à la Cour pénale internationale (CPI) (8). Si les décisions de la première sont de peu de conséquence (elle a condamné en 2004 l’édification du mur par Israël, sans suite), la CPI offre la possibilité de poursuivre des responsables, des officiers, des soldats, des colons israéliens (dont un certain nombre disposent de passeports français et européens) pour crimes de guerre - et même de reposer la question de la colonisation puisque, selon ses statuts, celle-ci est un crime de guerre (9). C’est sans doute la raison pour laquelle M. Nicolas Sarkozy a demandé aux Palestiniens de renoncer à ce droit ! Il leur a également enjoint de reprendre les négociations sans conditions (ce qu’exige Israël), promettant simplement qu’elles aboutiraient d’ici un an, mais sans préciser ce qui se passerait si cette échéance, une fois de plus, n’était pas respectée.

L’expérience montre qu’il ne sera pas possible pour les Palestiniens de sortir de l’impasse sans créer un rapport de forces différent. Ils pourront y parvenir en s’unifiant, en s’appuyant sur les révolutions arabes et en mobilisant leurs soutiens internationaux pour faire pression sur Israël.

Alain Gresh.

(1) Rapporté par Aristote, Physique, livre VI.

(2) L’attaque d’Israël contre l’Egypte, la Syrie et la Jordanie aboutit à l’occupation du Sinaï, de la Cisjordanie, de Gaza, de Jérusalem-Est et du Golan.

(3) Mécontents de sa déclaration à Genève, les Etats- Unis avaient exigé qu’il lise un texte qu’ils avaient préparé. En échange de quoi, ils acceptèrent l’ouverture d’un dialogue avec l’OLP.

(4) Votée en novembre 1967, elle dénonce l’acquisition de territoires par la force et fait allusion aux Palestiniens en utilisant le seul terme « réfugiés ».

(5) Lire Sandy Tolan, « Ramallah, si loin de la Palestine », Le Monde diplomatique, avril 2010.

(6) Henry Siegman, « September madness », Foreign Policy, Washington, DC, 15 septembre 2011.

(7) « Veto a state, lose an ally », The New York Times, 11 septembre 2011.

(8) La question de l’adhésion de la Palestine a soulevé un vif débat parmi les juristes sur lequel on ne peut revenir ici. Cf. « Palestinian membership at the United Nations : All outcomes are possible », 11 septembre 2011, http://english.dohainstitute.org

(9) Pour une analyse des positions des acteurs, on lira International Crisis Group, « Curb your enthusiasm : Israël and Palestine after the UN », Bruxelles, 12 septembre 2011.

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11151


Les villageois de Nabi Saleh refusent d'accueillir une délégation américaine
Palestine Info, le 28 septembre 2011

(©Photo d'archive d'Anne Paq voir album sur  https://picasaweb.google.com/111010752666834214526)

Dans une mesure de protestation contre la politique américaine envers les Palestiniens, les habitants du village de Nabi Saleh près de Ramallah ont refusé, la nuit dernière, d'accueillir une délégation du consulat américain qui envisageait de se rendre dans le village pour déterminer leurs besoins et fournir des projets.

Le mouvement de la résistance populaire palestinienne "Intifada" dans le village de Nabi Saleh, au nord-ouest de la ville de Ramallah, a déclaré mardi 27/9, dans une conférence de presse, que les activités populaires dans le village ont refusé de recevoir une délégation du consulat américain qui a demandé de se rendre dans le village, pour y rencontrer les dirigeants de la résistance populaire.

Il a ajouté que ce rejet est venu en réponse à la claire partialité américaine à l'entité occupante qui tue le peuple palestinien et viole les droits de l'homme dans les territoires palestiniens, ainsi qu'une protestation contre le discours d'Obama injuste contre le peuple palestinien, ainsi à l'encontre de son allignement à l'entité sioniste, où il a justifié ses crimes et défendu son terrorisme organisé, en plus les menaces d'utiliser le Veto contre le projet de l'Etat palestinien.


Il a confirmé que tout responsable officiel américain n'est pas le bienvenu dans le village, ni pour la résistance populaire, ni pour les habitants, jusqu'à nouvel ordre, ou au moins jusqu'à ce qu'il y ait un changement de la position de l'administration américaine qui est en faveur de l'occupation, selon le communiqué.

Source : Palestine Info

d'après: http://www.ism-france.org/communiques/Les-villageois-de-Nabi-Saleh-refusent-d-accueillir-une-delegation-americaine-article-16106


Palestine : Résistance contre l’homophobie et l’occupation. Interview avec Haneen Maikey
Haneen Maikey, Alex De Jong (LCR Belgique)
publié le mardi 27 septembre 2011

Mercredi, 14 Septembre 2011

En juin dernier, Haneen Maikey, directrice d’Al-Qaws, association palestinienne militant pour la diversité sexuelle, était de passage à Amsterdam pour parler de la lutte pour l’émancipation sexuelle et contre l’occupation israélienne. Notre camarade Alex de Jong s’est entretenu avec elle sur la réalité d’être « queer » (1) et palestinienne et sur l’apport des groupes queer au mouvement pour la libération de la Palestine.

Haneen Maikey : Je suis venue partager mon expérience comme activiste queer palestinienne. Les médias ont tendance à marginaliser notre mouvement : si quelqu’un écrit sur la population queer en Palestine, c’est souvent pour dédaigner notre voix. Loin de nous écouter ou de souligner nos acquis, on met en avant notre prétendue condition de victimes. C’est là l’une des raisons pour lesquelles il nous semble important de parler de nos expériences dans des occasions telle que celle-ci, ou comme je l’ai fait pendant une récente tournée de conférence aux Etats-Unis.

Al-Qaws est un groupe de base qui travaille pour les droits de la population LGBTG (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres), qui se consacre à répondre aux nécessités de chaque personne et à créer une communauté où les gens peuvent reconnaître librement toutes leurs identités, sans devoir choisir, par exemple, entre s’assumer comme queer ou s’assumer comme palestinien. Nous pensons que cela fait partie d’une vision plus vaste qui défie et rompt avec les hiérarchies sexuelles et de genres actuelles dans la société palestinienne.

La Palestine est l’une des rares sociétés arabes où s’est développée une voix clairement queer au cours de ces 15 dernières années, à quoi attribues-tu cela ?

HM : Il y a également des associations similaires en Afrique du Nord, où il existe beaucoup de groupes courageux, mais encore informels. La Palestine et le Liban sont les seuls pays comptant des groupes organisés de manière formelle. La société palestinienne est très séculaire, très organisée. La résistance est un fait de la vie quotidienne et notre identité s’est vue niée pendant des décennies.

J’ai grandi dans un petit village du nord et ce n’est pas avant d’avoir déménagé à Jérusalem que je me suis affrontée au racisme et me suis découverte comme palestinienne. Dans ma famille, ceux qui ont vécu le traumatisme de la Naqba (3) en 1948 n’en parlent pas. La société israélienne nie systématiquement l’identité palestinienne des « arabes qui vivent en Israël ». Ainsi, l’expérience de découvrir ton identité et de devoir lutter pour elle nous est très familière. Adapter cette expérience au fait d’être queer fut relativement facile.

Au cours des 63 dernières années, on nous a constamment comparés avec la société israélienne. On dit, par exemple, qu’il y a chez nous de l’homophobie et qu’on assassine les gens queer, que les Israéliens par contre reconnaissent les droits des homosexuels. De telles comparaisons ont de quoi faire réfléchir.

Lorsque notre groupe est né, il était totalement apolitique, nous ne parlions pas de politique avant la guerre du Liban en 2006, et nous n’étions intéressés que par nos expériences personnelles. Mais il est impossible d’échapper à la politique. Dans la seconde Intifada, initiée en l’an 2000, les Palestiniens en Israël ont participé pour la première fois à la résistance. La police israélienne a assassiné des citoyens palestiniens d’Israël pendant les manifestations. Ce type de faits nous a obligés à questionner notre identité et je crois que ce fut aussi la première fois que j’ai demandée à mon grand père comment il avait vécu la Naqba.

Ce n’est pas par hasard qu’un mouvement comme le nôtre se développe à Jérusalem, centre symbolique de la confrontation entre la société israélienne et palestinienne. A l’instant même où j’ai posé le pied à Jérusalem, je suis devenue Autre.

Comment compares-tu la découverte de ton identité comme palestinienne avec la découverte de ton identité comme queer ?

HM : Ce fut graduel. En réalité, je ne suis jamais sortie de « ma boîte »… disons qu’il n’y avait pas de « boîte ». Avec Al-Qaws, nous avons créé un espace où les personnes peuvent explorer leur identité sexuelle sans complications, en écoutant d’autres parler de leur propre histoire.

Avant, je me sentais bizarre de parler de l’identité queer alors que quand je rentrais à la maison un soldat israélien exigeait que je m’identifie comme palestinienne. De nombreux autres membres de notre collectif ont vécu cela. Les stratégies occidentales qui parlent de « visibiliser » et de « faire ressortir » les choses ne sont pas relevantes pour nous. Le mouvement de libération gay en Occident peut encourager notre motivation, mais nous n’allons pas le copier. Une « gay pride » à Ramallah ne servirait à rien, entre autres choses parce que beaucoup de nos membres n’ont pas fait leur « coming out » dans le sens occidental de ce terme.

Nous avons tous des amis ou des membres de nos familles qui savent, mais d’autres pas. Les personnes changent d’un lieu à l’autre. Nous pouvons avoir cette flexibilité d’identité sans le « rituel » du « coming out ». Nous n’appartenons pas à une culture chrétienne, nous n’avons pas cette tradition de la confession. Dans le contexte occidental, faire son « coming out » est un dérivé organique de ce contexte social. Il s’agit d’une approche très individualiste, qui est le produit d’une société individualiste. La société palestinienne, elle, est beaucoup plus collective, c’est comme faire partie d’une énorme famille. Ainsi, mes parents sont plus dérangés par le fait que j’habite loin d’eux que par le fait que je suis lesbienne.

Beaucoup d’entre nous entretiennent donc un lien solide avec leur famille et ne sont pas disposés à rompre avec elle en faisant un « coming out » dans le sens occidental du terme. Ce n’est pas qu’ils ont peur de subir une quelconque violence, c’est seulement qu’ils valorisent bien plus le lien avec la famille. Se déclarer n’est pas une condition, ni un présupposé pour avoir un mouvement queer vivant et nous avons démontré que nous sommes capables de construire une communauté sans que tous ses membres doivent faire un « coming out » à tous les niveaux.

Avez-vous des contacts avec d’autres groupes queer ou féministes palestiniens ?

HM : Nous collaborons étroitement avec Aswat (« voix » en arabe), une organisation de lesbiennes palestiniennes. Aswat est une fraction indépendante d’un collectif féministe. Nous gérons avec elle une ligne téléphonique de soutien et organisons des activités de diffusion. Nous comptons également avec un vaste réseau de groupes qui travaillent sur les droits sexuels, le féminisme et les droits humains, à l’intérieur d’Israël et en Cisjordanie.

Avez-vous des contacts avec des groupes israéliens ?

H.M : Ce sujet est plus compliqué. Nous sommes primordialement intéressé par la société palestinienne et pas autant à coopérer avec des groupes israéliens. Il y a des connaissances personnelles entre les différents types de collectifs, mais au cours de ces trois dernières années nous avons pris des chemins distincts. Notre vie est plus radicale et politique, nous abordons les liens entre les différentes formes d’oppression.

De leur côté, malheureusement, beaucoup de groupes israéliens LGBT acceptent le fait qu’Israël est une nation et luttent pour s’intégrer à elle au moyen de la conquête de droits spécifiques. Pour moi, peu importante que tu sois Palestinien ou Israélien, je ne suis donc pas d’accord avec cet activisme libéral. Mais nous avons aussi de bons contacts avec certains groupes radicaux antisionistes qui tentent de défendre les intérêts de la communauté sans oublier le contexte social d’ensemble.

Il y a deux ans, on a tiré sur deux jeunes homosexuels dans un des centres gays de Tel Aviv et notre collectif a exprimé sa solidarité face à ce crime motivé par la discrimination. Cependant, quand nous avons participé à la grande manifestation contre ce crime, nous avons du constater que l’événement était dominé par des hommes, des politiciens blancs de droite. Shimon Peres était à la tribune, déclarant qu’« il ne faut pas tuer » alors deux mois avant, il avait participé à l’assassinat de centaines de Palestiniens à Gaza. En outre, on a joué l’hymne national israélien. En tant que personnes palestiniennes, nous étions exclues. Nous avons demandé à monter sur la tribune pour prendre la parole, mais on nous l’a refusé sous prétexte qu’il ne s’agissait pas d’un acte politique… Comme si la question n’était pas politique ! Cette manifestation n’était rien d’autre qu’un rassemblement symbolique.

En plus de l’occupation, à quels problèmes se confronte la population queer en Palestine ? Ici, on nous abreuve d’informations sur la montée du fondamentalisme religieux…

HM : En réalité, je ne crois pas que cette tendance politique à un impact dans la vie quotidienne. La société palestinienne est très séculière, malgré le fait qu’il y a des femmes qui portent le hijab ou des hommes qui se laissent pousser la barbe. Je vis à Jérusalem et je passe beaucoup de temps en Cisjordanie et je ne vois pas de ras de marée extrémiste qui appelle à raviver la religion. Je crois bien avoir bue plus de bières en Cisjordanie qu’à Tel Aviv…Mais la société palestinienne est très diverse, il y a ceux qui vivent dans des grandes villes, d’autres dans des petits villages, on ne peut pas parler d’une expérience unique.

Les personnes queer palestiniennes, à l’intérieur et à l’extérieur d’Israël, s’affrontent à deux types de défis. Le premier consiste en des difficultés qui sont universelles ; se sentir isolées, grandir dans une société hétéronormative, traverser une crise parce qu’on est différent. Et ensuite il y a l’homophobie, un autre défi tout aussi universel qui touche chaque personne queer.

Évidement, la société palestinienne a ses particularités, par exemple, elle est très patriarcale. Même un frère cadet aurait le droit de dire à sa sœur ce qu’elle doit faire. Une autre particularité est le tabou que représente le fait de parler de sexualité, et cela même s’il s’agit de personnes hétérosexuelles qui en parlent. Parler d’homosexualité est donc une façon d’encourager un dialogue sur la sexualité en général. Nous ne cachons pas notre orientation, quelle soit lesbienne, gay ou quoi que ce soit, mais parler de sexualité est une précondition pour aborder le sujet.

Il est possible que certains groupes pour les droits humains ou des collectifs de femmes ne désirent pas avoir de contacts avec nous, mais quand la problématique concerne la sexualité en général, ils ne peuvent pas prendre leur distance. La sexualité n’est pas une question exclusive des gays ; les groupes de femmes, pour les droits humains, les groupes LGBT, nous avons tous quelque chose à dire et à apporter à ce sujet.

Le second type de défis est lié au fait d’appartenir à une double minorité : être palestinien et queer. Il n’est pas possible d’éviter la discrimination qu’on t’impose pour le fait d’être « arabe » ou palestinienne. Toute discrimination n’est pas systémique ni organisée, cela peut aller de gens qui se moquent de toi pour ton accent quand tu vas faire des achats ou quand, à bord d’un autobus, quelqu’un te dit qu’il ne veut pas t’entendre parler en arabe ou que des soldats t’arrêtent. Le racisme pénètre tout. Les gens de Cisjordanie sont confrontés à l’occupation dans leur vie quotidienne, la liberté de mouvement est limitée par une infinité de postes de contrôle. Nous devons affronter à la fois l’homophobie dans la société palestinienne et dans la société israélienne et, en plus, l’occupation et le racisme.

Quelle est la contribution spécifique d’un groupe queer comme Al-Qaws au mouvement pour la libération de la Palestine ?

HM : Je crois que les plus marginalisés sont ceux qui pourront énormément bénéficier du changement social et qu’ils seront les plus engagés à le réaliser. Tu peux faire le choix de parler concrètement de l’homosexualité et œuvrer pour les droits des homosexuels, mais tu peux aussi parler de la sexualité en général et des autres modalités de sexualité marginalisées, parler des droits humains et de toutes les formes d’oppression que tu connais. Tel est notre travail ; nous voulons inclure d’autres questions, ne pas nous limiter au monde homosexuel. Par exemple, nous voulons inclure les personnes qui se sentent opprimées par leur genre ou parce qu’elles ne souhaitent pas se marier.

Nous sommes un petit groupe et nous devons tisser des alliances pour impulser un changement dans la société, et c’est là dessus que nous concentrons nos efforts. Nous avons déjà dix ans d’existence et les 7 premières années furent consacrées à développer nos capacités, à débattre sur la conception de notre collectif.

Nous sommes conscients que différents groupes ont tenté de manipuler la question queer en Palestine. Par exemple, certains groupes palestiniens nous ont accusé d’être « occidentalisés ». Il y a aussi l’argument classique des libéraux qui affirment que la sexualité n’est pas politique, qu’elle n’affecte que la vie privée des personnes. Le gouvernement israélien utilise la problématique des droits de la population homosexuelle afin de donner l’illusion qu’Israël serait une sorte de « paradis gay » au Moyen Orient et accuser la société palestinienne d’être homophobe, de manière inhérente.

Notre expérience apporte une perspective unique. Quand j’étais en tournée aux Etats-Unis, les sionistes nous ont lancé des tas d’accusations. Nous aurions voulu avoir un débat, mais eux sont incapables de dialoguer avec une queer palestinienne politisée. On suppose que les gens comme moi se font assassiner par l’Autorité palestinienne ou qu’elles n’existent tout simplement pas…

L’une de nos principales campagnes politique consiste à contre balancer ce qu’on appelle en anglais le « pinkwashing ». Ce « lavage rose » s’intègre dans une vaste campagne du gouvernement israélien : l’utilisation cynique de droits relativement progressistes pour les homosexuels d’Israël afin de détourner l’attention internationale de l’occupation et des violations des droits humains commises par lui.

Il arrive souvent que les gens contestent notre initiative avec l’argument : qu’y a-t-il de mal à ce qu’Israël promeuve ses politiques de droits pour la communauté gay ? Mais le fait est qu’il ne s’agit pas de ces droits, mais bien du fait qu’Israël viole les droits humains et maintient une occupation qui opprime un autre peuple. Il s’agit d’un gouvernement qui profite de mes peines, qui parle en mon nom et qui affirme que ma société est arriérée et homophobe par nature. Ma lutte est vue avec mépris et mon peuple est diabolisé.

Cela a un impact direct sur notre image internationale, mais surtout dans la jeunesse palestinienne gay qui intériorise ces idées et rêve de fuir en Israël, bastion supposé des droits des homosexuels. Mais la loi est très claire : aucun palestinien ne peut obtenir le statut de réfugié en Israël. Ce pays n’aidera ni ne protégera aucun palestinien homosexuel. La campagne israélienne de « pinkwashing » n’est rien d’autre qu’une façade, un prétexte pour légitimer sa politique d’occupation.

C’est là une autre raison pour laquelle tu es à Amsterdam, n’est-ce pas ?

HM : Oui, je donne demain un atelier sur le « pinkwashing » et le tourisme gay en Israël. Je parlerai spécifiquement de la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) en tant qu’outil pour contre balancer les politiques israéliennes.

Pourrais-tu nous parler un peu plus de ce « BDS queer » ?

HM : Nous nous considérons comme faisant partie intégrale de la société palestinienne. Nous ne le disons pas dans un sens nationaliste, mais bien dans le sens que nous souffrons des mêmes vexations que le reste de la population palestinienne. L’occupation affecte également les personnes queer, le racisme ne fait pas de différence entre queer et hétéro. C’est pour cela que nous sommes partie prenante des campagnes contre l’occupation, la discrimination et le Mur.

Nous pensons que nous pouvons apporter une perspective distincte à cette lutte, c’est pour cela que nous avons voulu fonder un collectif séparé, indépendant, capable de soutenir la campagne BDS à partir de la perspective queer.

Nous voyons la campagne BDS comme une stratégie prometteuse, bien structurée, non violente et qui jouit du soutien de l’énorme majorité de la société civile palestinienne. Cela créé une nouvelle vague de résistance, indépendante de l’Autorité palestinienne. Après 63 années d’occupation, de négociations de paix et d’initiatives pour appuyer la « coexistence », tout cela a été infructueux. La campagne BDS est novatrice, elle se base sur les droits humains. Il ne s’agit pas de lutter contre tout ce qui est israélien, mais bien de défier l’occupation par l’Etat d’Israël.

Cette campagne est idéale pour nous, comme queer de Palestine, car c’est un espace où nous pouvons nous exprimer comme partie intégrante de la société palestinienne et promouvoir la stratégie du BDS dans un contexte queer. Notre principal objectif avec « Queers de Palestine pour la campagne BDS » est d’établir un dialogue international avec des collectifs queer et d’encourager les groupes radicaux et modérés à soutenir cette campagne. Seule la pression extérieure pourra forcer Israël à mettre fin à l’occupation.

La campagne BDS est en train de gagner en force à l’échelle internationale, quelle a été votre expérience en son sein ?

HM : Ce aspect de notre collectif est encore jeune : PQBDS (Queer palestiniens pour le BDS) est né il y a plus ou moins un an et demi. Nous avons invité des universitaires et des artistes queer à boycotter les institutions israéliennes qui entretiennent des liens avec le gouvernement.

De notre point de vue, la meilleure impulsion, au moins en Europe, vient de la campagne contre la décision de la IGLYO (Organisation Internationale de Jeunes et Etudiants Gays, Lesbiennes, Bisexuels et Transgenre) de célébrer son assemblée générale à Tel Aviv en décembre prochain. La IGLYO représente autour de 75 organisations, de sorte que cette campagne nous a permise de toucher une grande quantité de collectifs internationaux.

L’objectif principal est de boycotter l’assemblée générale et notre appel a mis sur la table à la fois la question des droits des queer et celle de l’occupation. Des dizaines de groupes LGBT en Europe se sont vu obligés d’aborder la question, et nous pensons que c’est déjà un acquis extraordinaire (depuis lors, l’IGLYO a effectivement décidé de ne plus tenir son assemblée en Israël, Ndt).

Quels sont les plus importants acquis que vous avez obtenus selon toi jusqu’à présent ?

HM : Après dix ans de militantisme, nous nous sommes consolidés comme partie intégrante de la société et nous avons démontré que nous apportions quelque chose de spécifique. Nos idées sur l’identité et la sexualité injectent un composant nouveau dans la société palestinienne, et nous suscitons beaucoup d’intérêt, également parmi les activistes palestiniens hétérosexuels. Il y a y compris des hétéros qui participent aux activités que nous organisons, car ils s’y sentent plus libres. Le meilleur acquis de notre mouvement c’est d’avoir créé une infrastructure et une communauté solides.

Alex de Jong travaille à temps partiel comme bibliothécaire pour l’Institut International de Rercherche et de Formation (IIRF) à Amsterdam. Il est rédacteur de la revue mensuelle « Grenzeloos » du SAP, section hollandaise de la IVe Internationale. Source : http://www.grenzeloos.org/2011/08/0....

Titre original en néerlandais : « Tegen homofobie en bezetting ». Traduction française pour le site www.lcr-lagauche.be

Notes :

(1) Queer est, à la base, un mot anglais signifiant « étrange », « peu commun », souvent utilisé comme insulte envers des individus gays, lesbiennes, transsexuels… Par ironie et provocation, il fut récupéré et revendiqué par des militants et intellectuels gays, transsexuels, bisexuels, adeptes du BDSM, fétichistes, travestis et transgenres à partir des années 1980, selon le même phénomène d’appropriation du stigmate que lors de la création du mot négritude. Il sert aujourd’hui avant tout de point de ralliement pour ceux qui - hétérosexuels compris - ne se reconnaissent pas dans l’hétérosexisme de la société, et cherchent à redéfinir les questions de genre. Se définissent ainsi comme queer des personnes aux pratiques et/ou préférentielles sexuelles non hétérosexuelles, mais qui ne souhaitent pas se (voir) définir plus précisément, que ce soit par leur sexe (homme ou femme) ou leurs pratiques. (Source : Wikipédia)

(2) La Naqba (« La Catastrophe » en français) désigne l’expulsion et l’exode de plus de 700.000 Palestiniens de leurs terres et villages par les sionistes israéliens en 1948.

http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?view=article&id=2232:palestine-resistance-contre-lhomophobie-et-loccupation-interview-avec-haneen-maikey&option=com_content&Itemid=53

D'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11135



Obama : le « premier Président juif » d’Amérique ?
samedi 24 septembre 2011 - 06h:57 - Marwan Bishara  - Al Jazeera

Après le discours du Président US aux Nations-Unies, notre principal analyste se demande pourquoi les dirigeants américains continuent de plier devant les exigences d’une puissance étrangère. Al Jazeera.
(JPG)Barack Obama est devenu plus pro-israélien que George W Bush,
soutient l’analyste M. Bishara.
(Gallo/Getty)

Obama est « le premier Président juif ». Tel est le titre de l’édito du New York Magazine, écrit par John Heilemann et citant un important collecteur de fonds d’Obama. En écoutant Obama aux Nations-Unies mercredi, beaucoup ont hoché la tête, et pas moins en Palestine et dans le monde arabe. Le Président US a embrassé la position israélienne de rejet de la reconnaissance internationale d’un État palestinien indépendant. Mais ce n’est pas une position juive. C’est une position sioniste radicale. Beaucoup de juifs, dont des juifs des États-Unis et d’Israël, n’adoptent pas de telles positions extrémistes. Mais qu’Obama ait surpassé son prédécesseur, George W. Bush, qui fut le plus radical partisan d’Israël de tous les Présidents US, cela a laissé tout le monde pantois en Israël. En écoutant le Président US sioniste, on croyait entendre les pères fondateurs d’Israël eux-mêmes. Jamais, on n’avait entendu un Président US lire directement les papiers du gouvernement israélien.

Une propagande passant pour de l’histoire

On aurait pu penser qu’après six décennies de dépossessions, quatre décennies d’occupation et deux décennies de processus de paix, le Président Obama reconnaisse quelque désaccord politique et morale qu’il fallait régler. Qu’il rappelle, et non qu’il sape ses propres paroles prononcées au Caire il y a un an et demi, sur la nécessité pour Israël de cesser ses colonies illégales en Palestine. Qu’il rappelle, et non qu’il sape sa propre vision - lire sa promesse - depuis la même scène, en septembre dernier, d’un État palestinien d’ici un an, c’est-à-dire cette semaine. Qu’il rappelle, et non qu’il sape sa propre rhétorique à propos de la liberté dans la région arabe. Ou qu’il rappelle, et non qu’il sape sa proclamation de l’importance d’une paix basée sur un retrait, pas davantage de la même logique de guerre. Hélas, le Président a anéanti son slogan entier, « Le changement, nous pouvons y croire ».

Son intervention s’est inspirée de la pire propagande officielle d’Israël. De fait, une grande partie est le copier-coller de la stratégie d’Israël. Il a parlé de « faits » historiques qui ont longtemps été réfutés par des historiens israéliens, et de vérités qui ne sont rien de plus qu’une interprétation unilatérale d’une situation politique.

Obama a prétendu que les Arabes avaient lancé des guerres contre Israël. Alors qu’en réalité, c’est Israël qui est l’agresseur, lançant ou instiguant des guerres, en 1956, 1967, 1982, 2006 et 2008. Seule, la guerre de 1973 a été déclenchée par des Arabes, mais seulement aux fins de récupérer des territoires occupés et après que les USA et Israël aient rejeté les ouvertures de paix d’Anwar el-Sadat. Il a insisté sur le travail des Israéliens pour forger un État prospère dans leur « patrie historique ». Mais le monde dans sa grande majorité, et certainement le monde arabe, a considéré la création d’Israël comme un projet colonial sous des prétextes théologiques. La Serbie croit aussi que le Kosovo est le lieu de naissance de sa nation ; doit-elle être autorisée à forger un État prospère de sa propre initiative, un État exclusivement serbe, sur ce territoire ?

Tous les peuples occupés doivent-ils chercher à s’arranger avec leurs occupants en dehors de l’intervention de la communauté internationale ? Est-ce ainsi que les nations d’Afrique et du Moyen-Orient ont obtenu leur indépendance des puissances coloniales européennes ? Tout un peuple doit-il vivre sous occupation jusqu’à ce que son occupant soit satisfait des conditions de sa reddition ?

C’est de la politique, stupide

Tout commentateur en fonction vous rappellera qu’il ne faut pas vous attendre à beaucoup d’actes concernant Israël d’un Président US pendant une année électorale. Comme Heilemann l’illustre dans son article, la carrière d’Obama s’est construite sur ses relations avec les généreux donateurs juifs de Chicago. Effectivement, le type le plus fortuné du Parti démocrate de ces dernières décennies est devenu le chef de Cabinet d’Obama, Rahm Emmanuel. Aujourd’hui, il est le maire de Chicago. Mais ce n’est pas juste qu’une question d’argent. Cela touche aussi au soutien déterminant du Congrès sur les questions nationales pressantes qui peuvent faire le succès ou l’échec de la présidence Obama. Et le lobby israélien, l’AIPAC, peut faire un enfer de la vie du Président tout au long de l’année qui vient. Maintenant, je comprends tout cela. Mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi c’est accepté comme un fait accompli ! Cela tient de la politique ! A prendre ou à laisser ! Si c’est le cas, au moins appelons un chat un chat ; et l’administration(s) US pour ce qu’elle semble tant paraître : ni juive ni sioniste, plutôt hypocrite. Elle parle de justice mais poursuit une politique inique ; elle parle de répressions mais promeut ses propres intérêts à tout prix. Elle prêche la liberté mais soutient l’occupation ; elle parle de droits humains mais elle insiste pour confier le poulailler au loup, et seulement au loup.

Tous des dindons de la farce

Pourquoi les Palestiniens ont-ils été tenus d’être les victimes de la politique US tout en étant les otages de la politique israélienne au cours des six dernières décennies ? Pourquoi la plupart des Israéliens doivent-ils continuer à vivre dans un État garnison incapable de normaliser ses relations avec ses voisins ? Pourquoi les Américains doivent-ils voir leurs politiciens pris en otage par une puissance étrangère et ses partisans influents ?

Le lobby juif pro-israélien, J Street, a commenté la soumission alarmante à Israël non seulement de Démocrates mais aussi de Républicains, disant : « Il n’y a aucune limite, semble-t-il, dans la façon dont les politiciens américains sont tombé ces jours-ci dans la soumission à Israël pour obtenir des gains politiques ». Même s’il y a eu une logique stratégique dans le soutien US à Israël dans le passé, l’obséquiosité actuelle de Washington n’a guère de sens. Washington a longtemps usé de son influence sur Israël pour qu’il soit un levier stratégique de domination sur les dirigeants arabes. Seul Washington peut empêcher Israël de partir en guerre et obtenir des concessions en matière de diplomatie, estimaient autrefois les dirigeants arabes. Mais les dictateurs qui ont exploité la Palestine pour capitaliser un soutien national, ou qui l’ont troquée contre des faveurs occidentales, appartiennent au passé. Les Arabes d’aujourd’hui sont amers et furieux de la complicité américano-israélienne en Palestine et ils ne seront pas aussi facilement bridés ou achetés que leurs dictateurs déchus.

Marwan Bishara est un éminent analyste d’Al Jazeera. Il a été précédemment professeur de Relations internationales à l’université américaine de Paris. Il a beaucoup écrit sur la politique mondiale, et il fait largement autorité sur les questions moyen-orientales et internationales.

d'après : http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=11221



Révolution et contre-révolution en Libye
Greg Oxley (PCF Paris 10e)


12-09-2011

La vague révolutionnaire qui a déferlé à travers l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, renversant ou ébranlant les régimes en place, a été vécue comme une catastrophe par les puissances impérialistes. Et pour cause. La stabilité de ces dictatures était d’une importance stratégique vitale pour l’impérialisme. Elles servaient à terroriser les masses du monde arabe. Elles facilitaient l’exploitation des travailleurs et le pillage des ressources de la région. Il en était de même en Libye, où, à l’origine, le soulèvement du 19 février à Benghazi était une extension des révolutions en Egypte et en Tunisie. Cependant, le cours ultérieur des événements a vu la révolution libyenne détournée au profit des objectifs stratégiques des puissances impérialistes.

Pour justifier leur intervention militaire, Sarkozy, Cameron et Obama ont fait mine de découvrir la nature dictatoriale du régime de Kadhafi. Or tous soutenaient son régime à la veille de la révolution. Depuis la chute du régime, des documents ont établi que la CIA et le MI6 travaillaient étroitement avec les services de renseignement de Kadhafi, lui fournissant notamment des informations sur des opposants au régime. Par ailleurs, selon le Wall Street Journal, des entreprises occidentales comme Bull, Boeing, Narus et Amesys auraient fourni au régime du matériel de surveillance permettant de faciliter l’élimination des opposants.


L’intervention impérialiste

Nous ne nous attarderons pas ici sur les prétextes officiels de l’intervention. Celle-ci n’avait évidemment rien à voir avec la démocratie et la protection des civils. La vérité, c’est que les impérialistes ont vu dans la situation qui se développait en Libye, début mars, une opportunité d’intervenir pour renforcer leur position dans une région d’une importance stratégique majeure. Il s’agissait pour eux d’y imposer un gouvernement entièrement soumis à leurs intérêts – et de s’emparer au passage du pétrole et de contrats civils et militaires. Sous Kadhafi comme aujourd’hui, la seule et unique chose qui préoccupe les impérialistes est la préservation de leurs propres intérêts économiques et stratégiques.


Cette opération militaire a été rendue possible par les caractéristiques spécifiques de la situation en Libye, au lendemain de la première poussée de l’insurrection de Benghazi. Au fond, celle-ci avait les mêmes causes que les révolutions en Tunisie et en Egypte. L’ouverture de l’économie libyenne aux investisseurs capitalistes étrangers a permis à une petite minorité de la population de concentrer d’immenses richesses entre ses mains, pendant que les inégalités sociales s’accentuaient. Le mouvement à Benghazi a été suivi par des soulèvements et manifestations importantes dans d’autres villes. Les couches les plus opprimées de la population voulaient en finir avec la dictature et l’exploitation. Elles ont entraîné une partie des classes moyennes et des soldats de l’armée libyenne. Mais l’ampleur du mouvement dans les autres villes n’a jamais atteint le niveau de l’insurrection de Benghazi. A Tripoli, ville décisive, la population est restée relativement passive. Sans cela, les impérialistes n’auraient pas pu engager leur opération militaire, pas plus qu’ils ne le pouvaient en Tunisie ou en Egypte. C’est l’essoufflement de l’élan insurrectionnel – et, en particulier, la situation à Tripoli – qui leur a ouvert la possibilité d’intervenir. La révolution avait perdu pied – et l’intervention impérialiste a ruiné la perspective d’une généralisation de l’insurrection révolutionnaire.


Le CNT

Compte tenu de la relative facilité avec laquelle les masses tunisiennes et égyptiennes avaient renversé Ben Ali et Moubarak, les insurgés libyens pensaient certainement, au début, que Kadhafi ne tiendrait pas longtemps. Et ils n’étaient pas les seuls à penser ainsi. De nombreux anciens ministres, diplomates et chefs militaires ont quitté un navire qu’ils croyaient en perdition. D’exécutants sanguinaires du régime de Kadhafi, ils se sont transformés en autant d’« oppositionnels ». Ces anciens kadhafistes, rejoints par de nombreux agents des puissances occidentales, dominent l’actuel Conseil National de Transition (CNT). Le président de ce conseil, Moustafa Abdel Jalil, était le ministre de la Justice de Kadhafi, autrement dit son tortionnaire en chef. Quant à Mahmoud Jibril, qui préside l’exécutif du CNT, il officiait à la tête du « bureau du développement économique national » libyen, depuis 2007. Autrement dit, il était le fer de lance de la politique de libéralisation et de privatisation de l’économie libyenne. Soutenu politiquement, militairement et financièrement par les puissances impérialistes, le CNT n’est pas une instance révolutionnaire, mais contre-révolutionnaire. A maintes reprises dans l’histoire, une fraction de l’ancienne classe dirigeante a profité d’une révolution qui lui est totalement étrangère pour s’emparer du pouvoir. C’est exactement ce qui s’est passé en Libye.


La chute de Kadhafi

Sarkozy et Cameron étaient convaincus que le régime de Kadhafi tomberait très rapidement. Il n’en a rien été. Malgré l’intensité des bombardements, les « sanctions financières » contre Kadhafi et l’armement des milices agissant sur le terrain, l’ancien régime s’est maintenu pendant six mois. Pourtant, Kadhafi n’avait pas de base de soutien significative dans la population. Le dictateur était détesté des masses libyennes. Son pouvoir reposait essentiellement sur un appareil répressif impitoyable. Des dizaines de milliers de personnes – hommes, femmes et enfants – croupissaient dans les prisons de Tripoli, où elles subissaient des viols et des sévices effroyables. Ce qui a permis à Kadhafi de tenir aussi longtemps et de conserver le contrôle d’une fraction significative de l’armée, c’est précisément l’apparition à la tête des « rebelles » de ces réactionnaires connus de tous les Libyens – et leur connivence avec les grandes puissances impérialistes. Mais à la longue, les missiles qui pleuvaient par milliers sur les troupes et infrastructures du régime ont rendu ses forces armées inopérantes. Sans appuis solides, le régime se désintégrait, et sa faiblesse évidente a créé les conditions d’une insurrection de la jeunesse et des travailleurs de Tripoli, qui ont fait tomber le régime comme un château de cartes. Les insurgés tripolitains se battaient depuis seize heures lorsque les milices extérieures à la ville et acheminées sur place avec l’appui de l’OTAN y sont arrivées pour proclamer « leur » victoire.


Les miliciens, que les médias occidentaux regroupent sous l’étiquette de « forces rebelles », ne sont pas politiquement homogènes. Il y a parmi eux des milliers de jeunes et de travailleurs qui se sont battus héroïquement – souvent au prix de leur vie – pour renverser la dictature qu’ils avaient de bonnes raisons de haïr. Ils se considèrent comme des révolutionnaires en lutte pour une Libye libre et démocratique. Mais ces éléments ne prédominent pas. Ce ne sont pas eux, ni leurs représentants, qui occupent les positions dirigeantes et vont prendre le pouvoir dans le pays. Les milices les plus puissantes sont sous le contrôle d’éléments réactionnaires qui ne valent pas mieux que Kadhafi.


Il est difficile de prévoir ce qui se passera en Libye dans les mois à venir. Les successeurs de Kadhafi ne parviendront pas aisément à consolider un régime stable, compte tenu des rivalités entre les chefs militaires, dont certains sont liés à Al Qaida, comme Abdel-Hakim Belhaj, aujourd’hui l’un des commandants des forces rebelles à Tripoli. Tant que Kadhafi était encore en place, ces rivalités – marquées par l’assassinat du général Abdul Fattah Younes – demeuraient en arrière-plan. Mais à présent, elles vont apparaître au grand jour. A cela s’ajoutent les rivalités entre les puissances impérialistes qui ont participé à la guerre. Enfin, les jeunes et les travailleurs libyens ne se laisseront pas facilement imposer une nouvelle dictature dirigée par d’anciens kadhafistes et d’autres éléments réactionnaires. De ce point de vue, la priorité des impérialistes et de la classe dirigeante libyenne sera de désarmer tous les insurgés authentiquement révolutionnaires et de mettre en place un appareil gouvernemental et répressif au service des intérêts capitalistes.


Le cours ultérieur des événements en Libye dépendra pour une grande partie de l’évolution de la situation internationale, et surtout, dans un premier temps, de ce qui se passera en Tunisie et en Egypte. Les révolutions dans ces pays voisins sont encore inachevées. Elles connaîtront de nouvelles phases d’essor. Si la classe ouvrière prend le pouvoir en Tunisie ou en Egypte, cela modifiera complètement le rapport de forces entre les classes en Libye – et dans toute l’Afrique du Nord.

Greg Oxley (PCF Paris 10e)

d'après : http://www.lariposte.com/revolution-et-contre-revolution-en,1672.html

Quand « le Monde » colporte la propagande sioniste
David Cronin - 14 août 2011 - The Electronic Intifada - Traduction : JPB - CCIPPP

J’étais hier dans un café à Bruxelles lorsque j’ai pris une copie du Monde. Dans une section intitulée « Les laboratoires du futur », le quotidien français avait une pleine page d’un article sur l’institut israélien de technologie de Haïfa, plus connu comme Technion.

Décrite par le titreur du journal comme un « Éden high-tech », l’université était couverte de louanges pour ses travaux innovants sur le traitement de la maladie de Parkinson et sur l’envoi de micro-satellites dans l’espace. Peretz Lavie, président de l’université, était cité expliquant que le Technion était un modèle de coexistence entre les étudiants Israéliens et Palestiniens et qu’il y aurait la paix au Moyen-Orient si tout le monde suivait l’exemple du Technion. En fait, le seul signe que les problèmes de la région peuvent avoir prise sur le campus était un paragraphe sur l’obligation pour les étudiants d’abandonner leurs livres pour mener les guerres d’Israël (comme l’attaque sur le Liban en 2006).

Il semble clair que Laurent Zecchini, l’auteur de ce papier, soit s’est seulement basé pour l’information sur les autorités universitaires, soit s’est désintéressé de creuser ses liens avec l’armée. Parce qu’avec un minimum de recherche sur Internet, il aurait facilement trouvé une étude détaillée du Technion par Tadamon !, une association canadienne de soutien à la Palestine.

Harmonie à Haïfa ?

Cette étude s’adresse aux radotages officiels du Technion. Loin d’être un lieu d’harmonie, les étudiants palestiniens de l’université d’Haïfa ont été traités d’une manière ouvertement raciste. L’an dernier, 10 de ses étudiants ont été arrêtés quand ils ont organisé une protestation contre le meurtre par Israël de neuf militants de la flottille de la liberté pour Gaza. Pourtant il n’eut aucune arrestation d’étudiants sionistes qui organisèrent une grande contre-manifestation, laquelle contrairement à la palestinienne, n’était pas autorisée par la police.

De plus, le Technion a un passé de coopération étroite avec les compagnies société d’armement israéliennes Rafael et Elbit, qui toutes les deux ont fourni des armes utilisées dans l’offensive contre Gaza en 2008 et 2009. Le Technion a même joint ses forces avec Rafael pour monter un cours de gestion des affaires spécifiquement destinés aux dirigeants de cette compagnie.

Si Zecchini avait eu le goût de faire un peu plus de recherches, il aurait pu aussi contacter l’Alternative Information Center, un groupe de campagne opérant à Jérusalem et en Cisjordanie. Il a attiré l’attention sur certaines inventions du Technion, dont un bulldozer télécommandé pour aider l’armée israélienne à démolir les maisons palestiniennes.

Au passage, le Technion prend part à de nombreuses activités scientifiques de recherche financées par l’UE. Et ces activités ont bénéficié de l’attention non critique des médias dernièrement.

Hypnotisé par le meurtre

Le mois dernier, chez moi à Dublin, j’ai vu un article de The Irish Times célébrant les gigantesques 7 milliards d’euros que l’UE attribuera à la recherche en 2012. Comme l’auteur de l’article, Conor O’Carroll de l’Irish Universities Association, n’indiquait pas qu’Israël (avec son industrie d’armement) sera parmi les bénéficiaires de cette largesse, j’ai contacté les éditeurs du journal en demandant si je pouvais écrire une tribune libre rectifiant cette omission. Pas de chance m’a-t-on dit ; l’actualité est bien trop chargée en ce moment.

Pourtant, The Irish Times a pu trouver de la place il n’y a pas si longtemps pour promouvoir les triomphes scientifiques d’Israël. En mai, il a placé un article facile sur « la plus grande densité de start-up du monde » en Israël et comment il a su mettre ses « guerres intermittentes »à son profit. « Les unités de l’armée agissent souvent comme des incubateurs pour les start-up technologiques » a écrit le journaliste Ian Campbell. Hypnotisé par cette histoire à succès, Campbell a oublié d’indiquer comment les produits de cette culture d’entreprise aboutissent à des outils d’oppression.

Tant Le Monde que The Irish Times sont considérés comme des journaux de référence dans leurs pays respectifs. Ceci mesure à quel point ils sont soumis à la propagande israélienne, qu’ils sont contents de présenter les canards sionistes comme des faits indiscutables.

Leur lecture me rappelle souvent mon commentaire favori venant de George Orwell : « Le langage politique est conçu pour que les mensonges paraissent vrais et le meurtre respectable et pour donner au vent un air de solidité. »

A lire aussi : Boycott universitaire d’Israël et la complicité des institutions universitaires d’Israël dans l’occupation des territoires palestiniens occupés : http://www.pourlapalestine.be/docs/...

d'après : http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=11024


Pour la Fête de l’Humanité, suivre le drapeau israélien
Omar Alsoumi - Oumma.com
publié le vendredi 26 août 2011.

L’affiche de la Fête de l’Humanité 2011, éditée et placardée à des centaines de milliers d’exemplaires, cache un drapeau israélien au cœur d’une iconographie apparemment censée rendre hommage aux révolutions arabes.
J’étais heureux de découvrir dans mon quartier la semaine dernière les affiches de l’édition 2011 de la Fête de l’Humanité. Voilà près de 10 ans que je suis fidèle à ce grand rendez-vous militant, lieu d’échanges, de réflexions et de rencontres. Mon attention a été retenue par cette grande affiche représentant une belle jeune femme basanée au poing levé sur fond rouge.
Ses yeux soulignés de khôl, son tatouage au henné et sa chevelure noire ondulée ne laissent aucun doute : il s’agit du portrait d’une Arabe, allégorie sans doute des luttes victorieuses de la jeunesse contre l’oppression, pour la dignité et la justice. Heureux de voir les camarades communistes rendre cet hommage mérité, je m’approche et découvre que les mèches colorées qui s’entrelacent avec ses cheveux sont en fait des guirlandes de drapeaux. Je m’attendais à découvrir d’abord les drapeaux de la Tunisie et de l’Egypte, pays dont les révolutions ont inspiré les suivants : Libye, Syrie, Bahrein, Yémen, etc… Cela me semblait la suite logique de cette iconographie, une dédicace à la mémoire de ces martyrs de la liberté et à leurs familles endeuillées.

Déformation militante ? C’est possible. Mes yeux ont été presque crevés par le drapeau israélien que je découvre dans les cheveux de cette beauté orientale. Ce drapeau, j’ai surtout l’habitude de le voir sur les tourelles des tanks qui assiègent et bombardent Gaza, sur les miradors de ces barrages militaires qui privent mes frères et sœurs de liberté de mouvement, sur les grillages de ces colonies qui rongent la terre de Palestine, et notamment Jérusalem, Al Qods. Comble de l’hypocrisie, le drapeau israélien est juxtaposé au drapeau palestinien, comme pour ces projets financés par le Centre Shimon Pérès pour la Paix, où les Palestiniens, pour exister et avoir le droit à la parole sont systématiquement affublés d’un compagnon-tuteur israélien.

Je me rappelle immédiatement cette affiche de la fédération 93 du PCF, diffusée au lendemain des massacres de Gaza et des manifestations historiques qui avaient traversé la France. Le slogan « un Etat Palestinien ! » y figurait sous les drapeaux palestinien et israélien, accolés. Dans les deux cas, le choix des images exprime l’analyse et le message politique du parti à un moment historique précis : quand les Arabes se lèvent en masse pour combattre l’oppression, le PCF nous rappelle qu’il faut se soucier du destin de l’Etat colonial sioniste. Il nous impose la normalisation de cette présence israélienne au cœur de notre révolte. Un mirador surplombe notre lutte.

Ce sont là les pensées qui m’ont immédiatement traversé. J’ai partagé mon sentiment de rejet et de dégoût avec l’ami qui m’accompagnait et lui ai dit : « cette année, je n’irais pas à la Fête de l’Humanité ». Je refuse de participer à un événement dont l’affiche, qui est l’image-symbole de ce rendez-vous aux 500 000 visiteurs, arbore le drapeau des crimes sionistes.

En regardant encore et encore cette affiche, je me rends compte combien son propos est inacceptable. D’abord, il n’est pas anodin que le symbole choisi pour les révolutions arabes soit une femme. Alors même que l’immense majorité des martyrs tombés pour la liberté sont des hommes, le choix d’une figure féminine reflète cette triste permanence du regard orientaliste : l’Arabe fait peur, à moins d’être une femme maquillée, tatouée, cheveux au vent. En choisissant de parer les cheveux de cette belle arabe d’une guirlande de drapeaux des cinq continents, les graphistes ont internationalisé, en fait désarabisé, les révolutions arabes, comme s’il était honteux de mettre tous les drapeaux des pays arabes en lutte. Hortefeux l’a rendu populaire, on connaît le dicton : « Quand il y’en a un peu, ça va, c’est quand il y’en a beaucoup que… ».

Moi qui pensais que les révolutions arabes avaient changé radicalement le regard porté sur nous, je suis triste de me rendre compte que, sans creuser beaucoup, on débusque encore cet imaginaire paternaliste qui opère jusque dans les rangs de ceux qui se prétendent nos meilleurs amis. Si, par faiblesse sans doute, je suis prêt à tolérer les manifestations ambigües de cet inconscient, il y a un principe inamovible : c’est moi ou le drapeau israélien. Soit j’obtiens des d’explications de la part des responsables de la Fête de l’Humanité sur le sens politique de ce drapeau israélien, soit j’inciterai tous mes frères et sœurs, Palestiniens, Arabes et anti-colonialistes à ne pas participer cette année à la Fête de l’Humanité.

D'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11014

La dernière étape de la libération de la Palestine et du reste de l'humanité : développer une attitude victorieuse
Par Mazin Qumsiyeh

Après avoir terminé mon dernier livre sur la résistance populaire en Palestine au cours des 130 dernières années, j'ai la certitude absolue que le sionisme politique échouera et que les réfugiés palestiniens reviendront dans leurs maisons et sur leurs terres. Ma conviction est fondée sur les leçons de l'histoire en Palestine, et celles des luttes similaires en Afrique du Sud, Vietnam et Algérie. Certaines des particularités qui seront capitales pour notre succès sont :
- L'histoire incroyable et enthousiasmante de la résistance populaire locale : le sous-titre de mon livre, "Une histoire d'espoir et de prise de pouvoir". Les Palestiniens ont recours à plus de 200 formes de résistance populaire, donc un large spectre de ce que nous appelons en Arabe "Sumud" (fermeté, résolution, persévérance). La résistance est le premier élément qui barrera la route au projet sioniste. Cinq millions et demi de Palestiniens vivent toujours dans le rêve israélien du "Grand Israël".

La dernière étape de la libération de la Palestine et du reste de l'humanité : développer une attitude victorieuse- La croissance exponentielle du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions. En seulement 5 ans (2005-2010), nous avons engrangé plus de victoires que les mouvements de boycott en Afrique du Sud, des années 1950 aux années 1980.

- les manifestations en Algérie et en Tunisie nous disent que l'ère des dirigeants arabes conservateurs, égoïstes et antidémocratiques est (et doit être) terminée. Les formidables ressources intellectuelles du monde arabe pourront enfin s'exprimer pour construire une société dynamique (dans les domaines culturel, économique, scientifique, etc.).


- Malgré la censure/le contrôle des grands médias, les gens de conscience ont fait émerger la vérité et nombre de mythes
sionistes ont été démolis. L'internet n'a fait qu'accélérer le mouvement.

- La publication de
l'appel à action de la société civile en 2005 et le document Kairos/Palestine en 2009 ont donné un énorme élan à l'activisme dans le monde entier, y compris dans les principales églises.

- La croissance de la solidarité internationale n'a pas de parallèle dans l'histoire. En dépit des tentatives des autorités israéliennes de stopper ce soutien international par tous les moyens (y compris en refusant l'entrée de nombreux activistes), le mouvement ne fait que se renforcer. Nous sommes passés de quelques centaines de militants à des dizaines de milliers, et d'un bateau à sept. Et jusqu'à 60 navires se préparent à briser le siège de
Gaza plus tard dans l'année.

- Nous sommes un peuple très fier et tenace. La scène artistique et culturelle florissante en
Palestine et dans la communauté palestinienne en exil est la preuve de l'esprit d'un peuple tourné vers la vie et qui refuse de se laisser déshumaniser. Nous ne recourrons pas aux tactiques de ceux qui ont choisi d'être nos ennemis. De la Dabka à la délicieuse nourriture et aux autres traditions culturelles, la Palestine est restée non seulement dans notre environnement physique, mais profondément dans nos cœurs. Nous sommes la population la plus instruite de la région.

En
Palestine, ces raisons, et beaucoup d'autres, renforcent notre certitude qu'inévitablement, nous réussirons à mettre fin à des décennies de répression, de colonisation et d'occupation. Nous avons été confrontés, presque seuls, à l'entreprise coloniale la mieux organisée, la mieux financée et la plus soutenue par l'Occident de l'histoire.

Les gens de bon sens comprennent que ce qui nourrit la propagation des fondamentalismes, c'est le traitement d'exception dont bénéficie
Israël, qu'il est financé et protégé alors qu'il bafoue les droits humains et le droit international. Les sionistes s'acharnent à contrôler et à manipuler, et nous devons continuer à résister calmement et à refuser d'être asservis. Nous racontons nos histoires avec dignité et nous expliquons pourquoi ce système raciste/tribal porte tort à toute l'humanité. Nous le faisons sans haine envers des individus, mais avec colère et haine pour les actions inhumaines de quelques floués qui pensent qu'ils peuvent s'en tirer éternellement avec leurs crimes de guerre et leurs crimes contre l'humanité. De plus en plus de gens dans le monde voient la réalité et se joignent à notre combat. Je parle et je montre la réalité de la région de Bethléem à des groupes de visiteurs presque chaque jour. Je reçois fréquemment des invitations pour des conférences à l'étranger, mais j'ai choisi de limiter ces voyages parce qu'il y a tant de choses à faire ici.

Nous parlons à des groupes divers, quelquefois à la consternation des puritains de tous bords. J'ai parlé par exemple dans des facultés ou des écoles aux Etats-Unis, où la majorité des étudiants et des professeurs sont juifs (par exemple Brandeis, Manhattenville), j'ai parlé à la faculté de défense de l'OTAN, dans des églises conservatrices, dans des synagogues et des centres communautaires juifs, dans les réunions éditoriales de journaux d'influence appartenant à des sionistes, et nous avons même fait une conférence à l'Académie navale des Etats-Unis.


En
Cisjordanie , j'ai discuté avec des visiteurs allant de dirigeants ecclésiastiques à des membres du Congrès des Etats-Unis, des parlementaires britanniques, du personnel consulaire des Etats-Unis, et même à des universitaires israéliens. Certains, en particulier à gauche, refusent ces rencontres et quelques-uns nous critiquent ouvertement pour ces initiatives. Mais si nous voulons parler aux soldats israéliens pour leur dire qu'ils commettent des crimes de guerre en obéissant aux ordres et si nous arrivons quelquefois (bien que rarement) à toucher le cœur de nos oppresseurs directs, pourquoi ne pourrions-nous pas parler aux autres êtres humains, quelque soit leur contexte ? Il est contre-productif d'imaginer le pire dans les êtres humains, de méjuger l'évolution de l'histoire et de ne vouloir parler qu'à ceux avec qui nous sommes d'accord. C'est une attitude d'échec qui relègue beaucoup des militants de gauche à brandir des pancartes aux coins des rues, sans penser de façon créative à la manière de prendre le pouvoir. Elle relègue aussi ceux qui sont au pouvoir à la complaisance, à la corruption et à la méfiance envers les gens. Beaucoup parmi eux développent un langage définitif (les médias sont contrôlés, le lobby sioniste est trop puissant, on ne peut pas changer la politique, les structures de pouvoir sont ce qu'elles sont, etc.) mais ils ne sont pas prêts à agir sérieusement pour faire de ce monde un monde meilleur.

Cette année, nous serons sept milliards d'êtres humains sur terre. Dans beaucoup de pays (y compris en Italie et en
Israël/Palestine), les disparités entre les riches qui deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres ne peuvent pas et ne pourront pas continuer. Beaucoup sont paralysés par la peur du changement. Comme d'autres l'ont souligné, notre plus grande crainte n'est pas d'échouer, mais pour beaucoup d'êtres humains, la plus grande peur est de réussir au-delà de leurs rêves les plus fous. Je crois en effet que c'est la peur du succès qui fait que les gens s'accommodent de leur sort. Après tout, pour beaucoup, s'ils poursuivaient sérieusement leurs rêves (personnels ou collectifs) et les réalisaient, cela leur montrerait qu'ils ont passé des années de leurs vies dans l'inquiétude et la peur seulement parce qu'ils n'ont pas eu le courage de se changer eux-mêmes.

D'après les neurobiologistes, nous, humains, n'utilisons qu'une minuscule fraction de notre cerveau (on dit que les génies en utilisent 1 à 2%). Pendant le mouvement pour les droits civiques des années 1950 aux Etats-Unis, on avait l'habitude de dire, "Libérez votre esprit et votre cul suivra." Je pense qu'un changement positif arrive toujours après que les gens aient dirigé leur manière de vivre dans une direction positive. Ce n'est pas seulement possible, c'est impératif et inévitable. Plus de gens en seront convaincus, plus vite nous y arriverons. Et nous devons tous travailler sur la nature de la société pour parvenir à notre inévitable victoire : celle qui sera basée sur les droits de l'homme et la primauté du droit, et non sur la puissance militaire et la répression.

Source : http://www.qumsiyeh.org/thelaststepinliberation/

Traduction : MR pour ISM

D'après  : http://www.ism-france.org/analyses/La-derniere-etape-de-la-liberation-de-la-Palestine-et-du-reste-de-l-humanite-developper-une-attitude-victorieuse-article-14880




Où va le monde dit musulman et arabe ?
El watan mardi 26 juillet 2011 - 08h:41

Mohamed Lakhdar Maougal*

«  Toujours au moment des aveux, la scène paraît vide » Kateb Yacine, Le cadavre encerclé

Le monde arabe et musulman, l’Oriental, s’est réveillé entre les deux guerres mondiales inter impérialistes sur le cadavre de l’Empire ottoman trahi par une « sainte famille » impériale ayant recouvré et confisqué une légitimité décatie, comme il fut sacrifié aux appétits d’une tribu nourrissant des prétentions impériales symboliques parce qu’elle s’est convaincue d’être la dépositaire des lieux saints de l’Islam.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, tous les empires traditionnels s’effondrèrent l’un après l’autre. Ce fut surtout le cas des archaïques empires terrestres et symboliques comme l’Empire russe, l’Empire austro-hongrois, l’Empire ottoman et l’Empire du Soleil-Levant (La Chine). Ainsi naquirent de nouvelles républiques. Certaines seront constitutionnalistes, plus ou moins libérales. D’autres dictatoriales, à l’exemple de la Turquie prise en tenaille entre un nouvel empire soviétique moderniste et une périphérie impériale colonialiste arriérée, régentée par l’empire maritime britannique, relayé par l’empire colonial français. Tel aura été aussi l’exemple de l’Empire russe secoué par une révolution sociale qui a conduit à un embargo total isolant la Russie révolutionnaire du reste du monde et la transformant en une proie aux prises avec les puissances occidentales intéressées par son dépècement.

En gros et schématiquement, le monde arabe et musulman, entre les deux grandes guerres mondiales, était partagé surtout entre la zone britannique et la zone française. Ce à quoi il faudra ajouter un fait marquant et capital. Le colonialisme français au Maghreb présentait la particularité d’avoir créé des colonies de peuplements dont l’Algérie était le cas le plus flagrant. C’est la mise en place de cette colonisation de peuplement qui imposera à la métropole une politique d’aménagement et de développement dont les principaux bénéficiaires furent avant tout les colons et les administrateurs civils et militaires métropolitains.

Le développement du capitalisme colonialiste au Maghreb a provoqué une prise de conscience des pratiques multiples de discriminations et d’inégalités qui furent le creuset de la conscientisation nationalitaire. C’est pourquoi le mouvement de décolonisation aura été plus radical au Maghreb qu’au Machreq. Ce radicalisme maghrébin a provoqué par contagion un radicalisme des processus révolutionnaires arabes et musulmans qui débouchèrent sur des révolutions radicales et républicaines (Egypte, Syrie, Irak, Yémen, Iran) un peu à la manière du processus révolutionnaire actuel qui, à partir de la Tunisie, s’est propagé en Orient en passant par l’Egypte). Au Machreq, ce décrochage des griffes de l’empire anachronique ottoman a conduit les nationalistes arabes à s’aliéner à deux types de puissance. La première est la puissance impériale européenne décadente qui donne un répit au capitalisme colonial à travers les gesticulations ultimes de la France et de la Grande-Bretagne. Ces dernières mettent sous leurs tutelles tous les pays arabes d’Orient d’obédience hachémite à l’exclusion de la Péninsule arabique.

Ce colonialisme résiduel disparaîtra avec la Seconde Guerre mondiale et avec la création d’un Etat colonial domino israélien. La seconde puissance est américaine, mais elle présente la particularité de se présenter au départ comme puissance accompagnatrice de processus d’émancipation et de modernisation (Charte W. Wilson). Elle recourt à une stratégie subtile qui consiste à intégrer les pays qu’elle met sous tutelle dans la sphère impérialiste avec la perspective de s’en servir comme dominos. Tel est le cas de l’Iran et de l’Arabie Saoudite convoités par les puissances industrielles et par les firmes multinationales qui commencent à se mettre en place surtout dans le domaine financier, bancaire et dans le domaine énergétique comme noyau et pôle de formation du stade suprême du capitalisme devant aboutir au dépérissement de l’Etat nation, surtout le modèle jacobin contraignant. L’Arabie Saoudite, au lendemain de la conférence de Yalta, intégrera les premiers clubs de prospective et de redéploiement stratégique, le Club de Bildelberg et de la Trilatérale créés par Zbiniew Brezinski, en raison de la place qu’elle occupe dans la culture musulmane, vu qu’elle est le centre de pèlerinage et de référence du conservatisme et du traditionalisme, mais surtout en raison aussi de l’extrême richesse de ses potentialités énergétiques. En effet, dès 1945, Ibn Saoud scelle un pacte d’alliance avec Roosevelt, le président des USA.

Grâce à l’initiative du mouvement des non-alignés (Bandung-Pékin-New Delhi en 1955, puis Belgrade-Le Caire-Alger 1961,1963, 1964), le monde arabe et musulman va se retrouver catapulté aux avant-postes de la lutte anticoloniale avec cinq personnalités marquantes comme, d’abord les révolutionnaires chinois (Chou en Lai) et européen (Tito), ensuite les réformateurs tels les Officiers libres comme l’Egyptien Nasser et Ahmed Sukarno l’Indonésien, et enfin les pacifistes réconciliateurs comme Nehru l’Indien. La conférence sera appuyée par les délégations de plus d’une centaine de pays en voie de décolonisation, au nombre desquels les trois pays du Maghreb, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie.

Le mouvement de décolonisation va être pris en charge surtout par l’Algérie qui venait de sortir victorieuse d’une longue et pénible guerre. Dès le début des années 60, l’Algérie prend le relais de l’Egypte pour conduire le processus de non- alignement en organisant la Conférence afro-asiatique à Alger (1964).

Un début de radicalisme révolutionnaire va souffler sur le continent africain qui sera encadré par l’Algérie jusqu’à la crise algéro-marocaine de 1975. Au Proche-Orient, l’hégémonie culturelle et révolutionnaire de l’Egypte a usé d’abord sa crédibilité qu’elle a fini par la dissoudre par la défaite de 1967. La victoire relative de 1973 passera presque inaperçue du fait du conflit ouvert entre l’Algérie et la France (crise de la nationalisation des hydrocarbures en 1971) qui mettra l’Algérie aux avant-postes de la lutte anti-impérialiste. Ce dernier conflit permet de réaliser le changement de cap dans la perception des différentes étapes de la maturation du monde arabe et musulman qui venait de sortir de la période coloniale pour affronter la période néocoloniale. L’Algérie utilise alors la question énergétique pour s’imposer comme leader et arrive tant bien que mal à fédérer un front des pays producteurs du pétrole (OPEP) où siègent, côte à côte, le Schah d’Iran et Fayçal d’Arabie Saoudite, un front élargi un peu plus tard aux pays latino-américains. En tentant de mobiliser le tiers-monde, l’Algérie va participer à embraser le continent africain et participera activement à accélérer le mouvement d’émancipation anticolonial.

Le monde arabe est alors sur deux fronts : le front anticolonial qui présente l’exemple d’émancipation arabe et musulman comme modèle à l’Afrique, mouvement soutenu et parfois porté à bout de bras par des financements indirects (algérien d’abord, libyen ensuite). Le second front est économique qui propose au continent africain surtout un modèle de développement inspiré de l’économie étatique dirigiste et fortement contrôlée avec des encadrements programmés militairement, économiquement, etc. A vrai dire, ce paternalisme « révolutionnaire » arabe et musulman est surtout à valeur ajoutée démagogique et sert de faire-valoir aux politiques locales antipopulaires, même si elles pouvaient se présenter comme populistes, à des régimes dictatoriaux comme le régime égyptien qui s’effondrera et au régime algérien qui s’étiolera.

Cette étape montre un monde arabe et musulman se présentant abusivement comme le champion de la lutte anti-impérialiste, surtout avec la radicalisation de la lutte de la résistance palestinienne anticoloniale qui contiendra et retardera l’émergence brutale de l’impérialisme américain dans la région orientale et africaine. Mais le monde arabe et musulman ne réussira jamais à créer sa propre stratégie ni à initier son propre savoir pour porter et proposer un nouveau projet alternatif aux hégémonies néocoloniales européenne, anglaise et française d’une part, et aux projets impérialistes américains d’autre part. En fait, le monde arabe et musulman s’accrochera désespérément à sa culture traditionnelle et patrimoniale devenue un instrument de gouvernance qu’il va offrir à l’industrie touristique en spectacle folklorique et artistique. Cette stratégie qui ouvre la voie à la régression choisie en lieu et place du progrès et de la modernité, préparera le lit du fondamentalisme et de l’intégrisme quand les dictatures se fissurent surtout en Algérie et en Egypte. A la fin des années 70, alors que l’Egypte capitule devant le diktat américano-saoudien, alors que l’Algérie annule les monopoles sur le commerce extérieur qui protégeaient jusque-là sa fragile économie, Cuba seule résiste à la pression américaine dans un contexte d’aggravation de la guerre froide et d’affaiblissement de l’Union soviétique en lançant le projet désespéré de la Tricontinentale (Amérique latine, Afrique, Asie) dont les pays arabes et musulmans seront absents, et pour cause... d’alignement. La plupart de ces pays arabes et musulmans se sont alignés sur le bloc occidental colonialiste et capitaliste, auquel ils ont plus ou moins apporté leur collaboration dans la lutte contre le bloc de l’Est et contre le socialisme sous prétexte de défendre la liberté surtout de culte et de religion.

En tournant le dos au projet de la Tricontinentale, la seule alternative programmée contre la mondialisation, si l’on en croit les derniers travaux de stratégie anti-impérialiste (voir les livres : L’empire (2000) et Multitude (2004), des philosophes, l’Italien Toni Negri et l’Américain Michael Hardt), le monde arabe a renoncé à s’autoémanciper comme l’avaient fait les peuples asiatiques d’abord et les peuples latino-américains ensuite depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les Etats et régimes arabes et musulmans ont changé de servitude et ont aggravé leur servilité vis-à-vis de leurs maîtres, alors que les peuples arabes exigeaient et exigent toujours le parachèvement des émancipations pour lesquelles ils ont payé le prix fort.

Les « maîtres du monde » euro-américains qui ont tiré les leçons des passés révolutionnaires ont inspiré, voire imposé à leurs protégés et clients des projets de consolidation des systèmes politiques (des mises à niveau et autres restructurations) adossés à des strates sociales d’encadrement et de contrôle de plus en plus larges et de plus en plus soumises aux logiques d’intégration dans le nouvel ordre de la mondialisation.

Dans le même temps, ces projets se révélaient de plus en plus des projets « éliticides » (effacement et éradication destructrice des élites politiques) adossés à une pratique programmée de dépolitisation profonde et d’abrutissement « médiocratique » des cadres moyens et des couches sociales moyennes et basses (tribalisation, clanisation, symbolisation religieuses ou magico-rituelles, maraboutisation effrénée, patrimonialisation familiale du système politique, économique et financier ; corruptions débridées...).

Pour ce qui concerne le monde arabe et musulman, les stratèges occidentaux (aussi bien européens-anglo-français qu’américains) vont renforcer la prise en main des pays arabes et musulmans par des idéologies de soumission s’appuyant sur les cultures traditionnelles (symbolisme de démission et de renoncement au monde ou encore exaltation de la tradition et du patrimoine spécifique et « authentique ») et de culture de substitution (symbolisme d’espérance et de projection dans un univers de l’autre monde, le monde métaphysique de l’au-delà). C’est ainsi qu’à la culture d’exigence de progrès et d’émancipation, le nouvel ordre a substitué avec la complicité de dictateurs corrompus et de monarques et émirs corrupteurs une culture de résignation et de mysticisme démobilisateur.

La révolution iranienne victorieuse à la fin de la décennie 70 et au début de la décennie 80 a tout bouleversé du projet néo-impérialiste en ouvrant une perspective révolutionnaire adossée à un retour en force de l’islamisme politique qui constituera un levain et un levier efficaces pour relancer les processus de contestation et de lutte contre les puissances de la mondialisation à laquelle avaient fait allégeance la plupart des dirigeants arabes et musulmans et à leur tête les Saoudiens, les Emiratis, les dictateurs du Machrek et du Maghreb et les roitelets qui commencent à payer aujourd’hui le prix de leur forfaiture.

La cascade de chutes de régimes dictatoriaux et totalitaires qui ne fait que commencer va provoquer un bouleversement géostratégique dans la région arabe qui bousculera tous les pays, y compris l’état colonial israélien.

La stratégie actuelle développée par les Clubs euro-américains (Bildeberg et Trilatérale) de prospective géostratégique s’appuie sur la nécessité de démocratisation politique formelle et de libéralisation rationnelle et effective des économies avec la mise hors circuit des pratiques rentières peu productives d’investissements mais fort portées vers les thésaurisations bancaires et les spéculations financières dont les Emirats, l’Arabie Saoudite et les oligarchies des dictateurs rentiers sont devenues le symbole des économies spéculatives qui risquent de constituer des fortunes colossales improductives, en tout cas dans leurs propres pays (sources : les placements des fortunes personnelles et familiales mises à jour et à nu lors des derniers bouleversements). C’est ce souci de rationalisation qui explique l’attitude conciliatrice des USA embourbés dans d’interminables guerres et surtout des Européens qui convoitent de tirer les marrons du feu à l’abri de la puissance américaine de nuisance envers les révoltes et/ou révolutions qui commencent à éclater partout dans la sphère arabo-musulmane, processus, est-il besoin de le souligner encore une fois, qui ne fait que commencer.

Si les tornades de « démocratisation » qui soufflent aujourd’hui sur le monde arabe et musulman se limitent à n’être qu’une réaction aux dictatures et aux dérives « voyoucratiques » des régimes corrompus et corrupteurs, si un mouvement élitaire n’émerge pas de ces secousses qui ouvrent des perspectives mais sans programmation préétablie, si les institutions encore relativement bien structurées comme les institutions militaires, les institutions médiatiques et informatives ne créent pas des alternatives pensées et sorties des expériences directes des luttes de leurs peuples, il est à craindre que tout ce qui se passe aujourd’hui ne servira en dernier ressort qu’à faire basculer les pays sous la domination du nouvel empire qui se constitue, l’empire des multinationales et de la puissance liberticide qui instaurera son ordre discriminatoire, qui forcera et aggravera les processus de dépossession de l’homme de sa puissance revendicative, ce fruit amer de ses longues histoires de luttes pour des valeurs humaines de liberté, d’égalité et de dignité. Ici et là, on voit poindre des processus élitaires qui se réveillent surtout en Tunisie - le cas aujourd’hui le plus clair et le plus avancé dans le relatif mûrissement avec une émergence de nouvelles forces élitaires que tentent d’encadrer et d’envelopper les vieilles gardes revanchardes bourguibistes, victimes du régime voyou et maffieux du clan Benali-Trabelsi sur fond de mobilisation populaire encore fragile au regard de l’abcès de fixation libyen. Mais le mouvement semble être relativement bien encadré par la centrale syndicale de l’UGTT qui aura joué un rôle appréciable dans la mobilisation face à la réaction « voyoucratique » benaliste. La révolution tunisienne qui a forcé la main à l’armée l’obligeant à rallier le processus d’émancipation sociale et politique est à considérer et à suivre avec la plus haute attention et surtout avec une solidarité agissante sans calcul et sans méprise.Plus problématique est le cas égyptien, où les forces politiques et syndicales bien qu’existantes étaient faibles pour pouvoir prendre en charge le processus et ont dû composer avec la force militaire qui a beaucoup tergiversé avant d’être obligée de s’aligner et d’intervenir dans le sens de l’histoire par la pression de la rue et par le capital de sympathie internationale aiguisée par la révolution tunisienne.

Dans le cas tunisien, comme celui égyptien, qui doivent constituer un exemple à méditer pour nous Algériens, car il y a grande similarité des régimes (dictatures « voyoucratiques », gabegies « médiocratiques », corruptions débridées, patrimonialisations tribalo-claniques de l’Etat et de ses rouages et de ses richesses, gabegies politiciennes que se partagent les pouvoirs et leurs oppositions institutionnalisées, des classes politiques débiles et décaties, encadrements sociopolitiques aussi bien officiels qu’oppositionnels corrompus sur fond de climats sociaux délétères et agités à la limite de l’état d’insurrection et de désobéissance civile s’aggravant de jour en jour mais contenu par des meutes et des hordes de forces de répression et de « baltaguia » dont le comportement revanchard s’exprime par la violence contre des citoyens pacifistes et désarmés, souvent des catégories sociales les plus fragiles (les femmes, les étudiants, les professions en état de servitude comme les médecins, les enseignants, les retraités, les syndicats autonomes fragilisés, etc). L’Algérie n’échappe pas et n’échappera pas à la règle. Elle est pour le moment dans le cas exceptionnel de l’expectative. Son sort semble encore dépendre des capacités du pouvoir actuel à courber l’échine sous les diktats des impérialistes anglo-européens pourtant divisés sur la conduite à mener dans ce cas d’espèce (les Français voulant toujours traiter avec un Etat jacobin rentier même fragilisé et surtout à genoux, cependant que les Anglo-saxons espèrent - quand ils n’y travaillent pas d’arrache-pied et cela se voit surtout dans le cas libyen - accélérer le processus de dépérissement de l’Etat et susciter l’émergence d’un pouvoir financier qui bridera les institutions, toutes les institutions y compris celle de la grande muette). Depuis que le général major Khaled Nezzar - la grande gueule de l’armée qui monte toujours au créneau quand il s’est agi de défendre « Les Tagarins » et l’Algérie - observe une énigmatique réserve, voilà qu’il est paradoxalement relayé par des académiciens fatigués, véritables scribes et plumitifs qui découvrent les nécessités de l’intervention ultime et salutaire de la casquette autrefois décriée et stigmatisée par eux-mêmes, relayant en écho des politicards roublards devenus salonards retraités en attente de recyclage.

Le mouvement de décrochage des dictatures arabes et des monarchies anachroniques est inéluctable. C’est une question de temps et de calendrier. Ce ne sont pas pourtant les impérialistes qui tiennent les fils conducteurs et les pédales d’accélération. Bien au contraire. Ils ne sont là qu’à attendre que le cadavre se présente en état de décomposition avancée pour se ruer à la curée comme les charognards. Les véritables acteurs des décompositions sont les pouvoirs actuellement en place avec les politiques de leurs Etats serviles et corrupteurs qui aggravent chaque jour davantage les situations de précarité repoussées fébrilement et dans la panique par la politique de la planche à billets et des injections volontaristes débridées de pouvoir d’achat, momentanément payant en la relative paix sociale mais certainement pas politique. L’Algérie n’a besoin ni de réformes ni de révolutions qui ne sortent pas de ses entrailles comme en 1954 voire comme pendant la décennie 1989-99. L’Algérie a besoin d’une régénération sociale et politique - dans tous les sens du terme -, d’une démocratisation effective et non tactique ou médiatique, d’un assainissement de ses institutions à tous les niveaux, d’une renaissance effective et vitale du sentiment patriotique usé par les gabegies et les injustices. Cela est encore possible. Il suffit d’écouter attentivement la rue s’animer malgré la répression imbécile de toutes ces revendications de ses médecins, la trique comme réponse aux exigences légitimes de ses étudiants inquiets de leur avenir et déconcertés par des responsables tétanisés, la surdité comme réponse aux cris d’angoisse de ses femmes épouses, mères et autres, l’autisme comme mépris aux appels de détresse de ses retraités. Il faut prendre le pouls des craintes des syndicalistes honnêtes. La solution - et elle existe - n’est ni dans le problématique coup d’Etat militaire fusse-t-il ultime (quelle sinistre rigolade d’inféconde indigence !), ni dans le replâtrage réformiste aussi bien des équipes usées et épuisées de technocrates stériles que des outsiders qui vont à Paris, à Londres ou à Washington prendre leurs cahiers de charges et de directives, et engager des créances de chargés de missions. La solution algérienne doit être d’abord et surtout algérienne, ni américano-saoudienne, ni anglo-saxonne, ni française. Elle ne devrait émaner que de l’épreuve de notre propre peuple. C’est le prix à payer à la démocratie. Vade Retro Satanas.

*Mohamed Lakhdar Maougal. Membre de l’Académie africaine des langues, professeur et écrivain

d'après : http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=10932

COMMUNIQUE DE PRESSE
 
Libye : « Il faut savoir ne pas commencer un guerre » (PCF)
 
En Libye comme en Afghanistan, la France et l'OTAN sont en échec.
En Libye, c'est l'impasse et l'enlisement dans une opération militaire  sans issue. La protection des populations civiles - inscrite dans la  résolution 1973 du Conseil de Sécurité - n'était que le masque de la  guerre. Un mensonge d'États pour essayer de faire passer l'objectif réel  : installer un régime solidement et durablement compatible avec les intérêts stratégiques, énergétiques et politiques des principales puissances européennes et occidentales.
 
Cette guerre au coût exorbitant est une tragédie pour tout le peuple libyen, profondément divisé, et entraîné dans une guerre civile qui risque de faire éclater le pays lui-même.
 
Le PCF, dès le mois de mars, a fermement condamné l'intervention militaire en Libye. Aujourd'hui, il regrette le choix désastreux, voté à une large majorité à l'Assemblée nationale. Les députés communistes, citoyens et du parti de gauche se sont, pour leur part, opposés à la prolongation de la présence militaire française en Libye.
 
Une solution politique est une exigence et une urgence. Les bombardements doivent cesser immédiatement dans un cessez-le-feu multilatéral. L'OTAN doit retirer ses forces. La protection et les droits des réfugiés doivent être garantis. Un règlement politique doit pouvoir s'imposer dans une Conférence internationale ou une session spéciale de l'Assemblée générale de l'ONU.
 
« Il faut savoir finir une guerre », disait hier, Nicolas Sarkozy à propos de l'Afghanistan. Il faut surtout savoir comment ne pas la commencer ! La France peut et doit jouer un rôle positif dans le monde à condition d'en finir avec un suivisme atlantiste et pro-américain systématique et néfaste.
 
Parti communiste français,
 
Paris, le 13 juillet 2011.


NON ! RFI NE SERA PAS UNE RADIO DE PARTI PRIS.
SUD Solidaires - 08 juillet 2011
Notre Radio doit-elle s’engager dans le conflit en Libye ?
Le président de l’Audiovisuel extérieur de la France (AEF) vient de proposer officiellement d’apporter l’aide de France 24 et de RFI aux médias émergents dans les régions sous contrôle des insurgés. Alain de Pouzilhac en a fait la promesse le 29 juin dernier à Mahmoud Shammam, le ministre de l’information du CNT, le Conseil national de transition libyen, qui était en visite en France.
Dès le mois de septembre prochain, journalistes et techniciens libyens basés à Benghazi puis dans d’autres villes libérées seront formés notamment par RFI.
« Depuis que le soulèvement des pays arabes a commencé, c’est la première fois qu’un média français fait preuve d’une telle solidarité avec un peuple en rébellion » relève notre confrère « Le Figaro.fr ». RFI se passerait bien de cette primeur !
RFI refuse de prendre position dans la guerre en Libye ; car, dans un contexte de conflit,
aider un camp c’est forcément prendre position contre le camp adverse.
Notre crédibilité s’en trouve forcément entamée. Nos confrères et tous les autres Français sur place peuvent être pris pour cibles. Les règles morales qui régissent l’exercice de notre métier imposent impartialité et objectivité.
Se cacher derrière le devoir de formation ici, c’est se voiler la face ou ... essayer de nous la voiler. Nous ne nous laissons pas abuser par cet argument.
SUD dit NON et se battra pour que RFI ne devienne pas une Radio de parti pris.
SUD Rfi, section du syndicat SUD Culture Solidaires à Radio France Internationale Coordonnées de votre représentante de section syndicale : Corinne Mandjou Mail: corinne.mandjou@rfi.fr Tél.: 06 50 52 49 24 / 06 74 68 74



Communiqué de l'AFPS Palestine : le ministère de l'Education nationale disposé à réécrire l'histoire !
"Selon une dépêche de l'Agence France Presse, le ministère français de l'Education nationale aurait décidé de réécrire la présentation par certains manuels scolaires des événements ayant donné naissance à l'Etat d'Israël, mais pas à l'Etat arabe également prévu par l'Assemblée générale des Nations unies le 29 novembre, et ayant conduit à l'exode de 800 000 Palestiniens. Cette démarche pose une triple question : 1) Elle répondrait, selon l'AFP, à la demande d'une organisation communautaire, en l'occurrence le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Depuis quand le ministère des l'Education nationale fait-il dépendre le contenu des manuels scolaires de la République des desiderata des différents groupes d'influence communautaires ? 2) Elle appliquerait, ce faisant, une loi récemment votée par l'Assemblée nationale israélienne pour interdire l'usage du terme arabe Nakba (catastrophe) afin de décrire l'expulsion des Palestiniens en 1947-1949. Depuis quand la République se plie-t-elle aux lois d'un autre Etat, quel qu'il soit ? 3) Elle contredirait les travaux de la grande majorité des historiens, y compris palestiniens et israéliens, qui ont révélé les conditions dans lesquelles le partage de la Palestine par les Nations unies, le 29 novembre 1947, n'a pas été mis en œuvre, et comment les quatre cinquièmes de la population arabe de Palestine ont été contraints de quitter leur foyer pour devenir des réfugiés. Depuis quand les manuels d'histoire de la République ne se fondent-ils pas sur les travaux des historiens ? L'AFPS exige du ministère de l'Education nationale qu'il réponde à ces trois questions et exige de l'éditeur la réunion immédiate d'une commission d'historiens compétents afin de veiller au sérieux des manuels scolaires de la République." Paris, le 5 juillet 2011.



Les révolutions arabes nous donnent de la force
Ameer Makhoul, prisonnier politique palestinien - 17 juin 2011


Aucun régime au monde ne peut se soustraire à la possibilité de  tomber quand certaines conditions sont réunies mais il n’est jamais arrivé qu’un régime politique tombe de lui-même, en l’absence d’une action qui vise à le renverser.

Lire l’histoire des révolutions est très riche en enseignements mais quand une révolution se déroule maintenant, elle apporte ses propres enseignements.

Ainsi en est-il des révolutions que mène actuellement notre peuple arabe. Elles apportent ce que doit apprendre toute révolution qui se déroule  en cette ère de mondialisation et d’internet. Mues par de formidables  masses humaines qui croissent et gagnent en force à un rythme inconnu auparavant, elles tirent leur force d’un mouvement social- celui des gens ordinaires- qui porte en lui toute la diversité des courants de pensée et d’action qui aspirent au  changement. C’est, en pratique, l’écrasante majorité de la société. Les révolutions arabes se déroulent conformément à la loi qui préside à la naissance des révolutions : ce moment où les opprimés n’acceptent plus leur statut d’opprimés et où les oppresseurs deviennent incapables  de se maintenir au pouvoir en usant des mêmes méthodes d’oppression. Nous vivons alors ce que l’on peut appeler « le dernier quart d’heure des dictatures ».   

   

 

Ces révolutions nous donnent à voir comment des régimes arabes oppressifs et injustes, réputés invulnérables, se fissurent, se désagrègent avant de s’effondrer. Elles nous donnent aussi à voir comment les gens –tous les gens, le peuple- créent des situations où l’institution militaire est, comme cela s’est passé en Tunisie et en Egypte, placée devant un choix incontournable et excluant toute voie  médiane : abandonner le sommet du régime ou affronter le peuple. Le peuple, dans cette situation nouvelle qu’il a créée, devient alors le seul  détenteur  de  la légimité, légitimité qui se traduit par la conquête de places fortes au sein même du régime, dans l’armée aussi bien  que  dans des centres de décision économique, médiatique, judiciaire, religieux etc.  

Dans de tels moments, quand la tyrannie s’exerce de façon plus féroce que jamais et que se multiplient sans frein les atteintes  à la dignité humaine et nationale, la colère et le sentiment d’humiliation longtemps réprimés chez le peuple deviennent une force qui secoue les fondements du régime et l’amène à l’effondrement total ou partiel. Nous entrons alors dans une ère de transformation  rapide.

Il est difficile  de croire que les révolutions qui ont éclaté en Tunisie et en Egypte soient l’œuvre planifiée d’une seule force, quelle qu’elle soit.  Tout en elles, en effet, indique qu’elles  sont mouvement spontané et là, il faut  souligner les façons dont Twitter , Facebook, Internet de façon générale  ainsi que les chaînes satellitaires pour transmettre des images prises sur le vif,  sont devenues, entre les mains de la jeunesse de Tunisie, d’Egypte  et d’autres partie du monde arabe , de formidables instruments d’information, d’échange et de coordination de la parole et de l’action, non seulement à l’échelle d’un pays mais dans un espace qui embrasse le monde arabe dans son ensemble. L’usage des moyens de communication les plus avancés est la marque d’une jeunesse arabe qui monte et aspire à extirper  le monde arabe de l’état de morcellement , d’archaïsme et d’écrasement des libertés qui pèse sur lui depuis si longtemps. Il porte en lui –au moins pour ce qu’il nous est donné de constater maintenant et en attendant que se dessine de façon plus nette le cours des choses - la volonté  des peuples arabes d’édifier un ordre social et politique où règneront la dignité des citoyens, la démocratie et le pluralisme. 

 

 

 

            Pour le moment, nous ne pouvons pas faire beaucoup plus que de vivre intensément en esprit et en émotion ce qui se passe. Chacun de nous aspire  à être dans ces lieux où se déroule l’action libératrice arabe, dans ces lieux baptisés « Place de la Libération » et précisément, au sein même du Caire.   Mais en dépit de tout cela, nous sommes beaucoup plus que de simples spectateurs de ces révolutions, car ces révolutions  ne nous sont pas étrangères, ce sont nos révolutions, une partie intégrante de notre combat pour la Libération. Notre désir d’y participer activement, cet élan qui nous porte spontanément vers elles précède souvent nos positions politiques officielles mais il porte en lui une chose que rien ne peut altérer : l’authenticité. Ce sont des révolutions qui apportent à notre combat un souffle nouveau, un souffle porté par une vision qu’on s’était empressé, ces dernières  années, de croire moribonde mais qui renaît maintenant avec plus avec plus de force que jamais : c’est  la dimension arabe.

Pour compléter le tableau des révolutions arabes, il y a cette image qu’il ne nous a pas été donné de voir depuis des décennies, celle, pitoyable,  d’un Israël que rongent le désespoir et le sentiment de la défaite. Une telle chose n’est pas étonnante quand on sait qu’Israël est totalement privé de perspectives d’avenir et que d’ores et déjà s’accélère pour lui la perte irrémédiable de ce qui faisait sa force et son influence en tant qu’entité. Il faut dire que pour poser l’équation qui a fait prévaloir la force et l’arrogance d’Israël durant ces soixante dernières années, parler de sa puissance militaire et de la solidité de son front intérieur n’est pas suffisant , il y a dans la configuration stratégique en place un donnée essentielle : c’est la faiblesse chronique des Arabes, faiblesse qui s’est traduite et cristallisée dans les accords de Camp David avec l’Egypte et ceux d’Oslo avec l’OLP, ces derniers étant le rejeton des premiers, conclus à une époque où selon les termes de Shimon Pérès tentant de les justifier aux yeux de l’opinion israélienne, l’OLP était au « summum de sa faiblesse ». Aujourd’hui, à la suite du véto étasunien apposé au projet de résolution de l’Autorité Palestinienne déposé au Conseil de Sécurité et condamnant la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem, nous ne pouvons que constater l’érosion de la capacité  de pression des Américains sur les Palestiniens, érosion qui n’a pas d’autre cause que la perte de  l’allié principal des USA et d’Israël dans la région : Hosni Moubarak. Ce dernier eût-il été toujours en place, constatent amèrement les Américains au plus haut niveau, il eût étouffé l’idée même de ce projet. Les exemples de la soumission des régimes arabes dictatoriaux aux desseins stratégiques des Usa et d’Israël sont innombrables. Parmi ces exemples, les révélations de Wikileaks et, plus récemment, ce que la révolution égyptienne a révélé en levant le voile sur les liens multiples, économiques, énergétiques, militaires et stratégique du régime de Moubarak avec Israël, liens qui s’insèrent dans la stratégie américaine dans la région.

 

Une des grandes vérités  touchant au combat contre le projet sioniste , projet colonialiste, raciste et belliqueux , est qu’il ne suffit pas que la cause du camp palestinien et arabe soit juste pour qu’elle triomphe,  car une cause aussi juste soit-elle a besoin d’un état des forces en présence qui la protège  et lui offre les conditions de sa réalisation. 

La chute  de régimes arabes importants aux niveaux régional et mondial  inaugure, en rupture  nette avec le passé, une ère de changements de grande ampleur car ces régimes et en particulier le régime égyptien, étaient des pièces essentielles dans le dispositif belliqueux et agressif de l’axe américano-israélien. Que ce dispositif se fissure maintenant montre qu’aucun régime fondé sur la falsification historique, la conquête militaire, la colonisation et la purification ethnique et raciale n’est capable d’affronter les peuples.   

Un fait marquant  dans les positions israéliennes aujourd’hui est qu’elles sont comme frappée d’abattement et d’absence totale de vision devant les tempêtes soulevées par les peuples arabes. Dans ce contexte, Il n’est pas étonnant d’entendre Netanyhahou  lui-même exprimer ouvertement son inquiétude de constater qu’Israël non seulement perd des positions et de l’influence dans le monde mais reste exposé au danger de perdre jusqu’à sa légitimité internationale. Cet état de fait n’est pas le fruit du hasard mais le résultat de l’action menée par nous, les Palestiniens, les peuples arabes et toutes les personnes éprises de liberté dans le monde.  Avec l’effondrement des régimes de Ben Ali et de Moubarak  et les secousses subies par la plupart des régimes arabes s’effrite tout un discours trompeur qui désigne  les mouvements de résistance, ces forces qui refusent l’hégémonie américano-israélienne dans la région, comme l’ennemi principal  des peuples arabes. A la place de ce discours périmé, une vision juste des choses est en train de gagner en force, qui refuse que le fond du conflit à l’échelle de la région soit posé en termes ethniques,  religieux ou sectaires et que l’Iran, entre autres tentatives de diversion, soit désigné comme la grande menace. Elle s’oppose à l’invasion américaine de l’Irak et aux projets de mainmise sur la région. Elle remet les choses à leur place, à savoir que le fond du conflit est constitué par la conquête sioniste de la Palestine, par les projets hégémoniques de l’axe américano-israélien sur la région et par l’asservissement de régimes négateurs de la volonté des peuples aux desseins de cet axe. Cette vision qui éclaire les vrais enjeux est portée par l’irruption des peuples arabes sur la scène politique mais ces peuples ne sont pas  masses compactes mesurables seulement en quantité. Ce sont des sociétés qui s’affirment dans toute la diversité de leurs composantes sociales et intellectuelles, qui joignent côte à côte dans le combat pour la démocratie et le pluralisme, femmes et hommes, laïques comme religieux, libéraux comme forces de gauche et nationalistes arabes. Ces masses sont les peuples arabes qui ont décidé de  prendre leur destin en main afin de le conduire vers un avenir de liberté, d’état de droit et  de dignité du citoyen.    

En tant que Palestiniens et pour ce qui a trait à notre lutte, nous observons que les grands équilibres dans la région ont changé et qu’ils sont appelés à changer encore plus profondément. Il va sans dire que nos droit fondamentaux en tant que Palestiniens restent les mêmes et que l’essence de notre combat reste la même, mais il est clair que nous nous dirigeons vers une situation dans la région où les antagonismes sont posés en termes nouveaux. Nous n’avons plus affaire à une confrontation  entre  armées mais à un combat opposant la volonté des peuples- ainsi que des pouvoirs nouveaux issus de cette volonté et investis de    responsabilités nouvelles- à un régime militariste et belliqueux d’essence colonialiste et raciste.

 

Nous, Palestiniens, sommes  un peuple  engagé dans un combat incessant depuis la mise en place du projet sioniste dans la région en 1948. Nous avons connu  des moments de  flux et de reflux, mais nous n’avons jamais  perdu de vue le but ultime de notre lutte, celui de notre libération, celui de la restauration du droit à notre terre, la terre de Palestine. Face  à des ennemis implacables, aucun répit, aucun relâchement ne nous ont été permis et, conformément au droit et au devoir que nous dicte notre situation de peuple opprimé, nous avons usé de toutes les formes de lutte afin de restaurer l’ensemble de nos droits au premier plan desquels il y a le retour des réfugiés, la fin de l’occupation, la libération des prisonniers et le droit à l’autodétermination. C’est cette lutte que nous, masses palestiniennes de l’intérieur, menons en célébrant, chaque année le 30 mars et cela depuis 1976, la Journée de la Terre. Cette célébration qui gagne en ampleur chaque année, secouant toujours plus fort les chaînes de l’oppression, est un des hauts lieux de notre lutte et rappel que nulle force, nul régime ne sont capables d’affronter un peuple déterminé à recouvrer ses droits inaliénables.

Les révolutions arabes sont pour nous, peuple palestinien, source de plus de force, d’unité et de capacité à agir sur les évènements. Elles démontrent de façon plus nette que jamais qu’aucun équilibre fondé sur l’injustice ne peut prétendre à la pérennité.   

Traduction: Najib Alaoui

 

Ameer Makhoul est prisonnier politique dans l’Etat d’Israël. Responsable associatif et politique, il a été arrêté le 6 mai 2010, suite à une descente nocturne à son domicile familial, à Haïfa, opérée par divers services sécuritaires israéliens.

Condamné à 9 ans de prison ferme, suite à des « aveux » arrachés par la torture physique et morale, Ameer n’a cessé de proclamer que son arrestation et détention sont politiques et visent à décapiter la direction politique et civile des Palestiniens de 48.

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10766



Obama, le printemps arabe, et le manque de pertinence de ses discours
Omar Barghouti - MondoWeiss - publié le lundi 30 mai 2011.

Dans son discours politique du jeudi 19 mai, le président US Barak Obama a dit qu’ Al Qaïda a perdu sa pertinence avec l’explosion des révolutions arabes pour la liberté et la démocratie.

À mon avis, il en va de même, mutatis mutandis, pour les USA, mais peu de membres de l’établissement US sont disposés à l’admettre. Dans son discours à l’ AIPAC du dimanche 22 mai, M. Obama s’est montré, une fois encore, beaucoup plus l’avocat d’Israël que le président des USA, indisposant encore davantage le public arabe et beaucoup d’autres.

Dans l’ordre de ses priorités, Obama consacre certainement plus de temps au choix des ses "ice-cream" qu’à la question palestinienne... Photo : Reuters (août 2010)

Alors que les Arabes franchissent la barrière de la peur et entreprennent de reconstruire leurs sociétés dans la liberté sur la base de principes démocratiques, la dernière chose dont ils ont besoin est l’assistance offerte par le gouvernement US ; ayant vu exactement comment les USA construisent la démocratie en Irak et en Afghanistan, on comprendra qu’ils accueillent l’offre de M. Obama avec scepticisme, pour dire les choses poliment.

Le printemps arabe a vu le jour en dépit du soutien accordé de longue date par les gouvernements US aux dictatures de Tunisie, d’Égypte, du Bahreïn, du Yémen et d’ailleurs. Le soutien US à la dictature saoudienne, incontestablement la plus totalitaire et la plus réactionnaire de toutes, a joué un rôle essentiel dans l’écrasement des révoltes populaires et des réformes démocratiques de cette oligarchie pétrolière. En Tunisie et en Égypte, ce n’est qu’une fois la victoire acquise, que les USA et la plupart des Européens ont commencé à plaider du bout des lèvres en faveur de la démocratisation et du transfert ordonné du pouvoir.

A preuve, les USA ont maintenu leur soutien capital aux régimes despotiques du Yémen et de Bahreïn en dépit de leurs violations brutales des droits humains, de l’assassinat arbitraire de manifestants pacifiques et de l’emprisonnement des dirigeants réformistes, et cela simplement parce que ces régimes se sont montrés capables - du moins temporairement - de contenir les révoltes par le recours brutal à la force. Une fois que ces régimes commenceront à s’effriter, les USA cesseront immanquablement de les soutenir. En dernière analyse, c’est la realpolitik qui prévaudra, tandis que les principes et le véritable attachement aux droits humains et au droit international - passés sous silence dans le discours d’Obama - seront, comme d’habitude, relégués au second plan.

Et voila que l’administration US offre aux Tunisiens et aux Égyptiens un mesquin pot-de-vin sous forme de l’ « allégement de la dette » après avoir été de mèche avec leurs régimes tyranniques pour piller leurs pays respectifs et investir la très grande partie de ce butin aux USA et en Europe occidentale . M. Obama doit penser que les Arabes ont la mémoire très courte ou qu’ils sont lents à comprendre. Moins il mettra de temps à se rendre compte qu’il s’est gouré dans les deux cas, plus son administration arrivera à se pénétrer de la véritable signification historique et des répercussions du printemps arabe et en outre, la politique étrangère US aura ainsi des chances de devenir plus juste, plus cohérente et plus pertinente.

Dans son discours politique de jeudi, la seule mention des frontières de 1967 comme base territoriale de « négociations » a valu à Obama l’indignation synthétique du gouvernement israélien. Son ajout « avec des échanges de terres convenus » a été intentionnellement ignoré dans les attaques courroucées que lui ont lancées les officiels israéliens et leurs lobbyistes. Obama a donc fait d’énormes efforts dans son discours à l’AIPAC pour expliquer que ce qu’il voulait en fait dire est que les frontières de 1967 ne resteraient pas les mêmes, puisqu’il fallait tenir compte des colonies construites par Israël sur les terres palestiniennes occupées pendant les 44 années de l’occupation. En plaçant carrément dans ses deux discours les intérêts d’Israël avant tout le reste, y compris avant les intérêts des USA qui veulent depuis longtemps assurer la « stabilité » et gagner les coeurs et les esprits dans la région, M. Obama s’est encore plus éloigné de ce but . Il confirme son allégeance en argumentant que mettre fin à l’occupation permettra à Israël d’avoir un État juif et à contourner son isolement international croissant.

À en juger par les nombreuses colonnes d’opinion et les interviews sur les grandes chaînes de télévision arabes, le premier discours politique du président Obama n’a pas beaucoup impressionné les publics arabes, notamment les Palestiniens, pour plusieurs raisons dont j’aborderai les principales.

Tout d’abord, il y a peu d’Arabes qui font confiance au gouvernement Obama, surtout après qu’il eut honteusement battu en retraite sur sa demande de gel des colonies construites illégalement sur les territoires palestiniens et syriens occupés. Que l’administration US ne soit absolument pas arrivée à obliger Israël à arrêter la construction de ses colonies- crime de guerre selon le droit international- lui a fait perdre énormément de crédibilité aux yeux du monde arabe. Si Israël n’écoute pas son principal bienfaiteur pour une question relativement mineure, comment compter que les USA arrivent à lui faire reconnaître les droits inaliénables les plus essentiels du peuple palestinien ?

Deuxièmement, la droite fanatique israélienne au pouvoir en Israël avec Nétanyahou au gouvernail, a montré par le biais de ses groupes de lobbyistes dotés de grands moyens qu’elle a beaucoup plus d’influence au congrès US qu’Obama et son administration dans l’élaboration de la politique au Moyen-Orient. Les USA ont non seulement été forcés de se faire publiquement humilier en pliant devant les diktats israéliens et en revenant sur la condamnation des colonies israéliennes comme étant illégales et un obstacle à la paix ; ils ont dû opposer leur veto à une résolution des Nations unies reproduisant cette politique US fondamentale, que soutenait une très grande majorité.

La rebuffade publique administrée par Nétanyahou a Obama lors de leur rencontre de vendredi n’a pas contribué à réparer les dégâts. Il s’ensuit, que quoi que M. Obama dise maintenant, très peu de gens le prendront au sérieux sachant que c’est le gouvernement israélien d’extrême droite qui fixera en définitive la politique US dans cette partie du monde

Troisièmement, le deux poids deux mesures appliqué par M. Obama a atteint un nouveau record, quand il a brandi de nobles termes tels que « autodétermination », « démocratie inclusive », « droit inaliénable à la liberté » tout en excluant largement le peuple palestinien du groupe de nations habilitées à jouir de ces droits inhérents. Il a parlé de « l’évidente vérité que tous les hommes sont créés égaux », mais il a ignoré le système israélien de discrimination raciale que le département d’État US a lui-même constamment condamné comme étant « une discrimination institutionnelle, légale et sociale » à l’encontre des Palestiniens indigènes qui sont citoyens d’Israël. En fait, cette discrimination légalisée correspond à la définition donnée à l’apartheid par les Nations unies.

En outre, en parlant de l’appui de son gouvernement à la lutte non-violente pour la liberté et l’égalité des droits, Obama a à nouveau exclu la résistance pacifique des Palestiniens contre l’occupation et l’apartheid israéliens. La plupart des Palestiniens pratiquent la non violence depuis de longues années qu’il s’agisse du boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) lancé par la société civile, des manifestations pacifiques de masse contre le mur et les colonies, ou dernièrement les marches pacifiques pour commémorer la Nakba qui ont traversé la frontière pour pénétrer sur le plateau du Golan occupé, créant un précédent historique riche d’un potentiel de longue portée.

Ajoutant dans son discours l’insulte à l’injure, Obama a insisté sur la reconnaissance d’Israël en tant que « État juif » expression à laquelle il est revenu en parlant d’un « État du peuple juif » appuyant ainsi la définition extra-territoriale donnée par Israël à la nationalité qui refuse essentiellement aux citoyens non juifs d’Israël, Palestiniens de souche, des droits égaux simplement en raison de leur identité, en violation évidente du droit international. Imaginez que le président des USA décrive les USA comme une nation chrétienne ou la nation des chrétiens du monde. Pourquoi Israël devrait-il être au-dessus de la loi des nations et être autorisé à maintenir un régime ethnocentrique d’exclusion qui relègue automatiquement ses citoyens « non juifs » à une citoyenneté de deuxième zone avec des droits limités en raison de leur identité ethnique ou religieuse ? Comment un État quel qu’il soit peut-il être autorisé à se définir comme celui de certains de ses citoyens, et non pas de tous ses citoyens ? Qu’est-il arrivé à l’engagement prétendu de M. Obama envers l’égalité et la « démocratie inclusive » ?

Selon le même raisonnement, le droit international n’excuse pas un État d’exclusion raciste qu’il soit islamique, chrétien, hindou ou autre qui institutionnalise la discrimination raciale et un régime d’apartheid contre une partie de ses citoyens sur la base d’attributs ethniques, religieux ou de toute autre caractéristique.

Pour tracer la voie vers une paix juste, globale et durable au Moyen-Orient, il faut que toutes les parties respectent le droit international et les droits humains universels. Aussi longtemps que l’administration US continuera à subventionner massivement à coups de milliards de dollars annuels l’intransigeance israélienne et à protéger le système israélien comportant plusieurs niveaux d’oppression coloniale des Palestiniens contre la censure et les sanctions internationales, aucun discours glamour de M. Obama n’aura de chances de ralentir la descente des USA dans la non pertinence alors que cette région stratégique est en train de remodeler l’histoire moderne

Mondoweiss - Cet article peut être consulté ici : http://mondoweiss.net/2011/05/obama...

Traduction : Anne-Marie Goossens

http://www.info-palestine.net/artic...

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10660


Hiver arabe
Giulio Meotti - Vendredi 29 avril 2011
Le soi-disant "printemps arabe" pourrait être le commencement d'un long hiver comme l'écrit l'expert israélien Benny Morris. Même le New York Times, avec de nombreuses semaines de retard à cause de la naïveté de Thomas Friedman et Roger Cohen, s'est rendu compte que la "nouvelle Egypte" éprouve de la sympathie pour l'Iran et le Hamas. Bientôt sera remis en cause le traité de paix de Camp David, symbole de la dissipation graduelle du conflit panarabe contre Israël.
© - FOGLIO QUOTIDIANO, Giulio Meotti

Like an Egyptian

Le Caire lève le blocus de Gaza, autorise les médias du Hamas, reprend ses relations avec l'Iran. Israël s'inquiète.

« Printemps égyptien, hiver israélien », voici le titre de l'article qu'un des grands historiens et analystes israéliens, Benny Morris, a écrit pour le magazine National Interest. « Pour les Israéliens, ce printemps arabe comme certains l'appellent  (qui pourrait avoir été plutôt un automne arabe) montre clairement des aspects obscurs que les Occidentaux préfèrent ignorer. Le New York Times lui ne l'ignore pas puisqu'il a publié hier en première page un article sur la nouvelle tendance politique égyptienne qui est empreinte de sympathie à l'égard de l'Iran et du Hamas.

La réouverture par l'Égypte du point de passage de Rafah est un signal important. Durant le régime d'Hosni Moubarak, le blocus était crucial pour empêcher l'approvisionnement en armes du Hamas. L'ex-régime avait même commencé la construction, tout juste interrompue, d'un mur d'acier et de ciment contre les Islamistes de Gaza. Israël s'est déclaré préoccupé par la décision de l'Égypte de rouvrir de façon permanente l'unique point de passage non contrôlé par l'armée de Jérusalem. Cette décision pourrait avoir des conséquences stratégiques importantes pour la sécurité israélienne. Sans le blocus il est en fait impossible pour l'Égypte d'empêcher l'importation d'armes à Gaza. 

Selon le New York Times, même l'accord signé entre le Fatah et le Hamas en dit beaucoup sur la nouvelle direction égyptienne. « C'est un grand changement politique » titrait un des plus grands quotidiens du Caire, Al Masri Al Youm. C'est en fait le Ministre des affaires étrangères du Caire, Nabil Elaraby, qui a servi de médiateur entre les parties, Moubarak aussi avait déjà cherché à favoriser un rapprochement en espérant renforcer le leadership affaibli d'Abou Mazen (Mahmoud Abbas). L'accord tracé au Caire ne prévoit ni la reconnaissance d'Israël, ni l'abandon de la lutte armée. Il y a aussi la question de l'Iran : l'Égypte était restée l'unique pays arabe sans relation avec Téhéran. Il y a quelques jours l'Iran a nommé son premier ambassadeur au Caire depuis 1979. Dans la région les menaces augmentent : concernant l'attentat de Marrakech on met en avant l'hypothèse d'islamistes salafiste du groupe « justice et bienfaisance » illégal au Maroc. Des sources de renseignements parleraient même de l'implication d'un citoyen italo-marocain, Kassem Britel. 

L'agence de sondages la plus prestigieuse  du Moyen-Orient, le Pew Forum a publié un sondage selon lequel 54 % des Égyptiens estiment que l'accord de paix avec l'État juif doit être suspendu. Nabil Fahmy, doyen de l'école d'administration publique à l'université américaine du Caire a déclaré hier au Washington Post que « s'il y avait eu un système démocratique à l'époque d'Anouar el-Sadate, le président n'aurait pas pu signer les accords de Camp David ». Le pacte qui avait marqué la fin de la guerre panarabe contre Israël est entré en crise. 

Mercredi des centaines d'Égyptiens provenant de l'université et des différentes forces politiques ont manifesté en face de l'ambassade israélienne du Caire, demandant une interruption immédiate et unilatérale de tout rapport diplomatique et économique avec Israël. « Il faut cesser le gaz » a été le slogan le plus scandé, allusion aux exportations égyptiennes de gaz naturel vers l'État juif. 

Le gaz égyptien constitue 40 % des besoins internes d'Israël. Le gazoduc a déjà été l'objet de deux attentats dans le Sinaï et le Premier égyptien, Essam Sharaf, vient d'annoncer que l'accord fait l'objet d'une révision. Le Ministre israélien des infrastructures, Uzi Landau a déclaré que son pays se préparait à d'autres perturbations de l'approvisionnement en gaz egyptien. Cela concerne l'accord avec Israël mais également avec la Jordanie. Les seules exportations vers Israël constituent un tiers des ventes du gaz égyptien à l'étranger. Selon le magazine financier israélien Globes, le coût payé par Israël pour l'interruption de la fourniture de gaz s'élève à un montant d'un million et demi de dollars par jour. Jérusalem doit y répondre par la combustion de pétrole en s'appuyant sur des entreprises privées. 

L'accord sur le gaz entre le Caire et Jérusalem a été le premier du genre après la signature du traité de paix il y a 30 ans à Camp David. Moubarak l'avait surnommé : « le pipeline de la paix » car pour la première fois un accord commercial unissait les Arabes et les Juifs. Le nouveau Ministre des finances égyptien, Samir Radwan a déclaré simplement : « nous n'avons pas besoin de l'investissement de l'ennemi ».Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a répondu depuis Jérusalem : « ennemi ? Il me semble qu'il existe un traité de paix ».

 di Giulio Meotti © - FOGLIO QUOTIDIANO

 Adapté de l'italien par Danilette

d'après : http://danilette.over-blog.com/article-hiv-72832011.html


La Syrie : tenir tête à Israël ne peut pas justifier tout le reste !
Edito CCIPPP
publié le lundi 18 avril 2011.
« Tout le reste » étant énorme : un régime autoritaire, répressif et corrompu à souhait, qui prive lui aussi de pain, de liberté et de dignité son peuple ! 200 morts en un mois de contestation populaire, débutée le 15 mars par des revendications de réforme, et radicalisée avec le temps et la répression, au point de réclamer - quoique timidement – « la chute du régime », comme dans les autres pays arabes.


Le régime syrien joue de sa spécificité : il est le fer de lance de l’opposition à l’influence américaine et à Israël. Il est le soutien du Hizbullah et des organisations palestiniennes, autant le FPLP, que le Hamas ou le Jihad islamique. C’est un capital de légitimité non négligeable, qui a son effet sur la modération des revendications et sur celle des condamnations.

Ce régime est certainement haï par Israël, les Etats-Unis et plusieurs pouvoirs arabes encore en place. Il est l’objet de complots qui visent à le déstabiliser, voire à le renverser. C’est l’évidence même, comme d’ailleurs l’a bien souligné Bachar Assad lui-même dans son dernier discours. Que des groupuscules armés, encouragés ou commandités par ses ennemis puissent sévir dans le pays, profitant de l’état général de tension et de désordre, est certainement vrai.

Mais ceci n’explique pas cela ! Le fond du problème reste la nature du régime syrien : autoritaire, répressif et corrompu à souhait ! Le régime joue aussi implicitement des autres spécificités qui le caractérisent. Certaines sont relatives à la structure du pouvoir en Syrie, d’autres à la place géostratégique du pays.

La Syrie moderne, de l’après sultanat ottoman, a connu une longue histoire de coups d’Etat successifs, de rivalités des Cités-Etats. Ces phénomènes si présents dans son histoire récente indiquaient l’absence d’une élite cohérente et élaborée sur le plan national, si bien qu’il est communément admis que c’est le pouvoir de Hafez Assad qui a pu y établir une sorte de stabilité et d’unité.

Ce pouvoir s’est basé essentiellement sur deux assises :
1) un esprit de corps communautaire qui a noyauté l’armée et les services de sécurité, et a construit de multiples appareils parallèles qui rivalisent, s’équilibrent, s’espionnent et se neutralisent mutuellement, rendant impossible un coup d’Etat en Syrie, mais créant des forteresses plus ou moins autonomes, gérées chacune par un homme fort du régime,
2) des compromis avec la bourgeoisie traditionnelle, surtout damascène. Le tout étant enveloppé d’une répression/restriction totale de l’espace public occupé par le parti Bath et les appareils « populaires » qui lui sont affiliés.

A son arrivée au pouvoir, Hafez Assad était considéré pro-américain, du fait qu’il avait renversé un régime, baathiste lui aussi (1966-2000), mais qui se revendiquait idéologiquement et socialement de la gauche radicale, et qui était ouvertement hostile à Israël, et prônait « la guerre du peuple ».

L’arrivée de H. Assad n’a pas épargné à la Syrie des secousses violentes ; la plus éprouvante (1979-1982) avait démarré par des revendications sociales et démocratiques, et fini totalement engloutie par la confrontation avec les frères musulmans, organisation presque inventée (ou du moins exagérée) par le régime pour faciliter et légitimer la répression. Des ressemblances inquiétantes avec les événements en cours aujourd’hui… cet épisode s’est terminé par le massacre de la ville de Hama (30 mille morts). Mais la « victoire » de Hafez Assad l’a, par la suite, obligé à se séparer de ses appareils les plus communautaires et les plus répressifs (que menait son frère Rifaat), et à entamer une « ouverture », essentiellement économique.

Le compromis avec le bazar de Damas se traduisait par un partage des champs : le politique reste entre les mains du pouvoir en contrepartie d’un allègement progressif des mesures restrictives du contrôle de l’économie par l’Etat. C’est durant la dernière décennie du règne de Hafez Asad que cette tendance s’est confirmée et s’est légalisée. On le disait tirant toutes les ficelles à la fois, dans un jeu d’acrobatie permanente pour la sauvegarde de son régime. Il a même participé à la première guerre contre l’Iraq, en 1991, aux côtés de la « coalition internationale » menée par les Américains et les Saoudiens. Et il s’était imposé comme un intermédiaire privilégié de Washington durant la guerre civile au Liban qui visait au final l’OLP.

Bachar Assad a succédé (héritier républicain avant l’heure !) à son père, président de la Syrie pendant 30 ans (1970-2000). Il a poursuivi et intensifié l’ouverture économique, promettant en même temps des réformes qui moderniseraient les appareils d’Etat et l’exercice du pouvoir. Celles-ci n’ont jamais eu lieu, sauf à parler d’un relâchement contrôlé de la répression, mais tellement arbitraire qu’il confortait la peur généralisée. Par contre, la libéralisation de l’économie a suivi son chemin, gardant quand même au cercle le plus rapproché du pouvoir les meilleurs dividendes, et accroissant par la même la misère endémique de la majorité de la population, surtout rurale.

Le régime de Bachar Assad a eu à se confronter à deux évènements majeurs : l’occupation de l’Iraq en 2003, avec lequel il partage 700 km de frontières, et la sortie forcée en 2005 de ses troupes du Liban suite à l’assassinat de Rafic Hariri, et à l’accusation sans appel de la Syrie d’avoir fomenté le meurtre. Pour le premier épisode, il a suivi les pratiques de son père, jouant de toutes les donnes et devenant un interlocuteur indispensable de tous les protagonistes. Il a accueilli plus de deux millions de réfugiés iraquiens, montrant par la même a sa propre population l’énormité de la désolation d’un pays rentré dans le chaos, avec son cortège de guerres civiles, communautaires et ethniques, et de misères multiples. L’assassinat de Hariri était supposé lui porter le coup de grâce, mais il a pu dépasser la crise violente et même se réhabiliter : c’est qu’entre temps, la résistance libanaise a tenu tête à Israël (2006) et l’armée américaine se trouvait de plus en plus enlisée en Iraq comme en Afghanistan. L’aire Bush se terminait en faillite, et d’autres priorités sont venues secouer le monde.

Cette description tente de rendre compte de l’hybridité de l’ensemble de la structure du régime syrien, et aussi de ses traditions basées sur la recherche de compromis sectaires et par à-coup comme mode de dépassement des crises.

C’est ce qui, aujourd’hui encore, détermine ses pas. Bachar Assad n’est sûrement pas libre de ses mouvements et doit composer avec les détenteurs des clés du pouvoir, derrière lesquels campent des intérêts énormes, tant claniques que clientélistes, et des « façons de faire » enracinées. Ce sont là des réalités objectives.

La Syrie n’est pas candidate à un scenario à la tunisienne ni à l’égyptienne, le corps de l’armée ne pouvant se détacher de la tête du régime. Par contre, la déstabilisation du pays aura des répercussions directes et majeures sur l’ensemble de son entourage : la Turquie (une autre frontière de 700 km et la question kurde en partage, ce qui a poussé l’AKP à envoyer émissaire sur émissaire, chargés de conseiller les Syriens et même de leur proposer des modèles de lois de réforme), l’Iraq, le Liban et Israël !

En fait, et sous cet angle de vue, rien dans la région n’égale la Syrie, à la fois si fragile et capable de fragiliser son entourage. C’est peut-être ce trait et les possibilités effrayantes qu’il comporte qui rend Israël inquiet de l’évolution en cours, alors qu’il est l’ennemi juré de la Syrie.

Dans son dernier discours, Assad promet la levée de l’état d’urgence en vigueur dans le pays depuis 1963 (revendication majeure des manifestations), l’établissement d’une nouvelle loi sur les partis politiques (qui sera abrogée par référendum, en réponse à la revendication de mettre fin au pouvoir du parti unique), sur la liberté de la presse, sur les élections, ainsi que des dispositifs pour finir avec la centralisation excessive de la prise de décisions, et un plan de lutte contre le chômage et les écarts sociaux.

Ceci exigerait une refonte du régime. Ce dernier est allé trop loin dans le démantèlement de tous les vestiges de la brève époque « socialiste » sans pour autant proposer des régulations de la gestion libérale, ce qui a installé la corruption comme un art vital. La Syrie souffre d’une crise agricole aiguë, qui fait saigner sa population rurale, et monter les prix des denrées de première nécessité. Cette crise est liée à la négligence volontaire du secteur, à la domination de la spéculation foncière et au reniement de toutes les mesures de la réforme agraire.

Le régime, par contre, parle de cette crise comme étant causée par des années successives de sécheresse ! Tout le secteur public, tant industriel qu’éducatif ou de santé est en délabrement avancé pour faciliter sa privatisation rampante. Tous les projets sont assujettis au versement de pots. Mais le régime entretient une posture où se mêlent des relents de discours socialistes au néolibéralisme le plus débridé.

Comment dans ce cas tenir parole ? Comment confronter les détenteurs du pouvoir (princes des divisions de l’armée ou des multiples appareils de sécurité), qui profitent du système et pensent pouvoir régler le problème par le feu, tout en puisant à fond dans la version « complot externe » et « groupes armés » auxquels est attribuée la tombée des victimes « des deux bords », le régime prétendant que des officiers et des soldats sont morts par balles ? Le problème majeur se rapporte aux doutes, désormais très forts, sur la capacité du président à mettre ses décisions en application, à supposer qu’il en ait la volonté. Enfin, celles-ci seront-elles capables de calmer les esprits après tant de tension et de sang coulé, même si les Syriens craignent la descente en enfer que représente le chaos, et même s’ils sont sensibles à l’argument de la confrontation avec Israël ?

Décidément, ces révolutions arabes sont totalement imprévisibles !!
d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10469


Par sa vie et son corps, Juliano Mer-Khamis a donné corps à la possibilité d’un mouvement de résistance bi-national
Amira Hass, Ha’aretz,
publié le samedi 16 avril 2011.

Ceux qui connaissaient Juliano Mer-Khamis, l’acteur et metteur en scène né a Nazareth qui a été tué à Jénine lundi, auront la tâche d’écrire sur lui ; les autres écriront sur les points marquants de sa vie.

Juliano avait de la chance. Il était né palestinien et juif, juif et palestinien. Cet homme en colère vivait déchiré par ses identités conflictuelles et complémentaires. Il était l’ombre portée de la communauté binationale qu’on imaginait dans les années 50. Comme un Peter Pan qui refuse de grandir, Juliano donnait corps à la possibilité d’une vie partagée ( ta’ayush en arabe ) en lutte pour l’égalité. Fils d’une mère juive et d’un père palestinien, il était né de deux cultures et avait choisi de vivre dans les deux. Il n’avait rien à expliquer.

Je crois que Juliano ne se faisait pas d’illusion ; prenant des coups de tous cotés, la possibilité du ta’ayush s’amenuisait. Ta’ayush est une vision saine, mais la chance qu’il se réalise est très mince. Certains fantasment sur les jours de la venue du messie pour éviter de penser aux jours d’avant le prochain désastre. Juliano était le rejeton d’un fantasme de ta’ayush. Sa naissance était la réalisation d’un fantasme de ta’ayush et sa mort est un désastre.

Juliano était en colère. Sa rage était de celles que seul un juif , qui était né dans un milieu de gauche et qui combattait pour l’égalité jusqu’à sa fin, pouvait se permettre d’exprimer par son mode de vie. Les Palestiniens doivent maîtriser la colère, l’adoucir ; ils doivent la tempérer, la réprimer, la sublimer. C’est le seul moyen qu’ils aient pour rester en vie et sains (sans être arrêtés, blessés ou tués ) dans les conditions de violence, qu’elle soit physique et non, suscitées par Israël.

Or, la violence brute empeste le rationalisme et la suprématie et se prétend éclairée. On la trouve dans chaque détail de la vie, à tout moment, du berceau au tombeau. On la trouve depuis les ordres d’expulsion, et dans les cartes qui vont avec jusqu’à la meurtrière du mirador, du ministère de l’Intérieur expulsant les Hiérosolymitains palestiniens de leur ville, jusqu’au blocage du retour au village galiléen de Bir’im ; depuis les réponses racistes de la jeunesse juive lors des sondages jusqu’au drone qui pointe sur un toit de Gaza où jouent des enfants. La violence est toujours là, depuis les taxes municipales à Jérusalem, alors que les routes sont défoncées et les poubelles ne sont pas ramassées, jusqu’aux caméras de sécurité dans le faubourg juif, shtetl croisé, de Siwan, depuis le vert luxuriant des colonies jusqu’à la citerne palestinien(ne) détruite par un bulldozer israélien, depuis les autorisations données aux ranchs privés du Néguev jusqu’à l’inculpation de bédouins comme « ?infiltrés ? ». En bref de juif à démocratique.

Une violence sous tant d’angles qu’elle peut vous rendre fou. Juliano avait la chance d’être un artiste, et la folie était un de ses pinceaux. Grâce au théâtre qu’il avait fondé à Jénine, Juliano pouvait se permettre de critiquer les aspects répressifs de la société palestinienne. On peut penser qu’il faisait ça comme homme de gauche, comme acteur engagé par la vocation de l’artiste pour la vérité, et comme palestinien. Espérons que le tueur sera trouvé, et que nous sachions alors si un artiste palestinien a été tué à cause de son courage de vivre d’une façon qui dérangeait l’ordre, ou si un artiste juif a été tué parce qu’il se donnait la permission de critiquer ouvertement une société qui, pour certains, n’était pas la sienne ou si un gauchiste a été tué parce qu’il dérangeait la norme. Ou peut-être les trois à la fois. Même s’il a été tué pour d’autres raisons, Juliano était un artiste et un Palestinien, un gauchiste et un juif.

Maintenant que la perspective de la saine vision du ta’ayush est réduite, que nous reste-t-il ? Le chemin. C’est l’option d’une mouvement de résistance binationale qui veut démanteler une domination qui ressemble à celles de Kadhafi, de Moubarak, d’Assad, la domination d’un peuple sur un autre.

Certains s’accrochent à imaginer un mouvement binational comme une nécessité historique, comme une antithèse logique à l’idéologie de séparation démographique qui est devenue la bible du processus d’Oslo. Il faut dire la vérité : dans le même temps, la plupart de ceux qui soutiennent un tel fantasme est juive ( sont juifs) . Ainsi nous adoucissons la contradiction entre, d’une part, notre amour pour ce pays et ce peuple et d’autre part, l’horreur de la violence éclairée.

Par sa vie et son corps, Juliano Mer-Khamis a donné corps à la possibilité d’un mouvement de résistance binational. Le tueur, quelle que soit sa motivation, s’en est pris à ce corps. Dans sa mort Juliano nous lègue le possible.

http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/mer-khamis-and-binational-resistance-movement-1.354358

traduit par Jacques Jedwab - http://www.ujfp.org/modules/news/article.php?storyid=904


Indignez vous de la guerre !

Serge Grossvak, le 13 avril 2011

Elle s’installe dans les nuées de notre nouveau siècle.

Les morts s’ajoutent aux morts sans que la belle parure de la guerre ne rougisse de ce sang coulant. Nos braves soldats se sont levés tout droit de nos monuments pour bousculer l’injuste, sauver la veuve et l’orphelin, perforer une défense et en extraire, sans égratignure mais ridiculisé, l’épisode médiatique à venir.

Dieu, que la guerre est jolie !

Les siècles n’auraient ils rien enseigné ? Toujours ce bruit de bottes, répété sur des hymnes entraînants et anesthésiants des pensées. Toujours, toujours, il faut cogner, encore, encore plus et plus fort. Que se gomment de nos soucieuses cervelles nos fêlures humanistes. Il faut que les armes, vite, vite, fassent disparaître l’inadmissible question. Le temps de la pensée ne peut être toléré. Que s’effacent les ombres des gêneurs dans ce « call of duty » terrestre.

Ingérence humanitaire ou indignation citoyenne ?

Je suis d’un pays de canonnière, oubliant son opium asiatique, ses civilisations de colonies, son humanisme de baïonnette. Je suis d’une racine, d’une origine de minorité opprimée oubliant son tombereau millénaire de souffrance pour revêtir les harnachements guerriers. Je suis d’un monde sans mémoire, âpre à la sauvagerie.

Je vois ce monde courir à la rencontre de la haine.

Que de souffrance il avait fallu pour qu’émerge la volonté d’institutionnaliser la paix. Pas la paix des paradis, mais celle du Droit où la guerre est contrainte dans les filets de la politique. Où la décision est en quête de légitimité. Où la sentence semble à peu près juste.

Il faut que soit atteint l’abîme pour que remonte un souffle de pensée posé sur les leçons de l’histoire. L’ONU fut conçue pour les peuples et pour les nations. Elle s’échoue sur la force des puissants. Elle dérape en mensonge de sa promesse, devenant institution aux mains des dominants.

L’ONU ne peut reprendre son rôle de paix que par nos indignations, par un engagement de peuple.

Selon que vous soyez coréen du nord ou saoudien… Selon que vous soyez d’une grande puissance. Selon que votre pays est ami des puissants ou d’esprit rebelle. Selon des intérêts financiers rapaces. S’il n’y a pas égalité devant la justice, il n’y a pas de justice.

Le spectacle lamentable se déroule devant nos yeux aveugles. Nos yeux offerts aux larmes de l’avenir.

Indignons nous, et refondons l’ONU, avant qu’il ne soit trop tard !

Serge Grossvak, le 13 avril 2011


Ni tyran ni occident : pour une Libye libre !
CNT (Confédération Nationale du Travail) - Secrétariat international
publié le jeudi 31 mars 2011.

Il a fallu des semaines d’atermoiements et de tergiversations pour que les gouvernements occidentaux se décident à envoyer les troupes de l’ONU pour mettre fin, disent-ils, à la boucherie de Mouammar Kadhafi contre le peuple libyen.

Nous n’avons aucune confiance en ces dirigeants occidentaux qui depuis des décennies n’ont fait qu’appuyer des dictateurs qui ont préservé leurs intérêts néo-coloniaux.

Toutes leurs interventions militaires n’ont eu pour but que d’accaparer les richesses économiques ou de défendre des intérêts géo-politiques. Que ce soit en Irak, ou en Afghanistan. L’argument a toujours été celui d’une guerre juste, nécessaire pour garantir la chute du tyran et la protection des civils. Or c’est une nécessité à géométrie toujours variable : combien de satrapes et de marionnettes néo-coloniales n’ont-ils pas protégés, et protègent toujours, quand leurs intérêts le demandent ?

Kadhafi, dictateur sanguinaire et bourreau de son peuple, uniquement motivé par la défense des privilèges de son clan, est lui même devenu un de ces supplétifs, après avoir tenté de promouvoir, pendant des décennies, une pseudo-unité africaine qui répondait a son ambition hégémonique. Pour cela, il a dépensé sans limites, en puisant dans la manne pétrolière, de quoi acheter et soutenir tous les dictateurs et corrompus du continent africain. Par moments, ses intérêts ont pu se trouver en contradiction avec les intérêts des néo-colonialistes occidentaux, ce qui lui a permis de se forger une image d’anticolonialiste.

Mais après l’échec de ses projets, il s’est vite rallié au camp de la domination impérialiste et est devenu le chien de garde de l’Occident en enfermant, entre autres, les travailleurs migrants qui désiraient venir en Europe. Et en adhérant sans réserves à la politique américano-européenne. C’est lui qui, comme Michèle Alliot-Marie et le gouvernement français, regrettait le départ de Ben Ali.

Et plus tard de Moubarak. Au moins, on ne peut l’accuser de la même hypocrisie que tous les ralliés de la 25 ème heure aux révolutions populaires arabes que sont Sarkozy et Obama.

Aujourd’hui il est très difficile de voir clair dans ce qui se passe en Libye, de savoir qui sont les insurgés. Mais une chose est certaine : ils participent de ce vaste mouvement populaire qui secoue le monde arabe et africain. De cette volonté de se débarrasser de ces tyrans corrompus qui vivent sur le dos du peuple. Bien entendu, les impérialistes de toujours y voient aussi une occasion d’avancer leurs pions et de tenter de s’approprier les richesses pétrolières libyennes et, aussi en Tunisie ou en Egypte, de bloquer l’élan révolutionnaire pour imposer de nouveaux dirigeants à leur solde.

Derrière la soi-disant défense de la démocratie il n’y a que la soif de pillage et de contrôle des richesses et matières premières. La résolution de l’ONU et l’intervention de l’OTAN signent l’échec de la Ligue Arabe et de l’UA a intervenir pour défendre les justes revendications de liberté de la population libyenne. La révolution arabe et africaine en cours devra s’en souvenir et reconstruire des organisations qui prendront réellement en compte la défense des peuples.

Le mouvement de soutien à la révolution arabe et africaine ne doit pas se laisser berner par les intentions des impérialistes. De même la population française ne doit pas se laisser manipuler par Sarkozy qui tente de se servir des souffrances du peuple libyen pour de la basse politique intérieure. La machine de propagande est de nouveau lancée dans tous les médias et on voudrait nous faire croire que la France dirigerait quoi que ce soit dans cette guerre.

Alors que tout le commandement est américain et que la grande majorité des moyens militaires engagés l’est aussi. Toute cette propagande mensongère ne sert qu’à redorer l’image bien ternie de celui qui nous impose les politiques anti-sociales les plus injustes. Celui qui diffuse la haine et pousse à la montée du FN.

La CNT soutien le peuple libyen dans sa lutte pour la liberté politique, l’égalité sociale et le plein contrôle de ses ressources.

La CNT s’oppose a toute aventure néo-coloniale en Libye.

La CNT condamne aussi toute exaction commise à l’encontre des populations civiles, des étrangers et des migrants. Vive la solidarité internationale des travailleurs !

Et à Kadhafi nous renvoyons la proposition qu’il avait faite aux dirigeants de l’OLP assiégés par l’armée sioniste à Beyrouth en 1982 : « Suicidez vous !!! »

CNT - Secrétariat international

http://www.cnt-f.org/spip.php?article1544

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10377


Libye (suite) : des bombes …… et un cheval



et "En Egypte, une nouvelle garde"

B.Langlois (Politis.fr), et Site Michel Collon (Libye, Egypte) - publié le mercredi 30 mars 2011.

http://www.politis.fr/Libye-suite-des-bombes,13575.html

Un de nos intervenants (anonyme [1]) dans le débat sur la Libye fait référence à un article de l’universitaire algérien Djamel Labidi paru dans Le Quotidien d’Oran du 24 mars, qui semble avoir eu beaucoup d’échos, en Algérie et au-delà dans le monde arabe. A juste titre, car il aborde des problématiques diverses — du bien-fondé de l’intervention occidentale (qu’il condamne : « Il n’y a aucun courage à compter sur des armées étrangères pour vaincre. (…) Peut-on défendre une révolution démocratique et nationale en indiquant à des forces armées étrangères les sites de son propre pays à bombarder ? Espérons que les plus lucides des démocrates libyens prendront conscience du terrible engrenage dans lequel on veut les entraîner, de glissement en glissement, et qu’ils comprendront qu’on ne peut défendre la démocratie sans défendre la nation. ») au rôle des médias arabes (El Djazira notamment, dont il déplore qu’elle soit sortie de son indépendance et de son esprit critique pour devenir « brusquement une chaîne gouvernementale arabe comme les autres, un instrument de propagande. On se souvient soudain qu’elle est la chaîne du Qatar … », ajoute-t-il. Ferme soutien, par ailleurs, des révolutions populaires arabes (« La révolution démocratique arabe mûrit partout y compris lorsqu’elle échoue momentanément ici et là.

En Tunisie et en Egypte, elle ne tardera pas à fournir ses fruits au bénéfice de tout le monde arabe »), il soutient la thèse du « Cheval de Troie » néo-colonialiste, à quoi lui fait penser (« Est-ce un lapsus ? » se demande-t-il) le choix du nom de code imposé, contre « l’Harmattan » français, par les Etats-Unis : « Aube de l’Odyssée » [2].

Bref, c’est un texte qui donne largement matière à débat. Jugez-en par ce court extrait : « Tout petit, mon père m’avait raconté cette histoire : C’était pendant la période coloniale. Clemenceau, le président du Conseil français, visitait l’Algérie et était arrivé à la porte d’une ville. Un bachagha algérien, l’accueillant, lui dit : " C’est mon père qui a ouvert cette ville à la France ". Et Clemenceau de lui répondre : " Monsieur, chez nous, on appelle cela un traître. " » Dur !

Pour une lecture complète, je vous renvoie sur ce site des droits de l’homme algérien (qui se trompe sur la date : janvier, au lieu de mars), celui du Quotidien d’Oran semble saturé …

Notes

[1] 1- J’en profite pour vous demander une fois encore de signer vos contributions, fût-ce d’un pseudo, pour la clarté des débats ; je vais finir par supprimer les anonymes !

[2] 2- Je trouve que c’est plutôt à l’Illiade que renvoie le fameux cheval, mais l’Odyssée est aussi très parlant : l’errance d’Ulysse a duré dix ans !


Lire aussi (Site de Michel Collon) : http://www.michelcollon.info/-La-rubrique-de-Michel-Collon-.html?lang=fr

et aussi :En Egypte, une nouvelle garde http://michelcollon.info/En-Egypte-une-nouvelle-garde.html

Les Etats-Unis parviendront-ils à garder le contrôle du pays des pharaons grâce à l’armée égyptienne, largement subventionnée par le Pentagone ? Quel gouvernement civil oserait s’opposer aux intérêts de Washington si c’est pour se mettre l’armée sur le dos ? Faut-il parler de révolution en Egypte ou de simple lifiting cosmétique du moubarakisme ? (IGA)


Lire aussi : Paris et Londres définissent l’après-Kadhafi en Libye (par Kharroubi Habib) http://www.lequotidien-oran.com/?news=5151043

La résolution 1973 votée par le Conseil de sécurité a donné mandat à la coalition internationale d’instaurer une zone d’exclusion aérienne sur la Libye et d’empêcher les troupes de Kadhafi de poursuivre leurs offensives contre les insurgés et les villes sous leur contrôle. Elle ne donne aucunement mandat à cette coalition de décider ce que sera l’après-Kadhafi en Libye.

Or, c’est précisément ce que le couple franco-anglais, membre de cette coalition, entend faire et ce pourquoi il a programmé une réunion au sommet à Londres. Il n’est pas fortuit que le président français Nicolas Sarkozy a annoncé la tenue de cette réunion au moment où s’ouvrait à Addis-Abeba, en Ethiopie, une réunion de l’Union africaine consacrée à la recherche d’une solution politique à la crise libyenne, à laquelle ont pris part des représentants de Kadhafi et du Conseil national de transition s’exprimant au nom de l’insurrection.

C’était en fait pour Sarkozy faire comprendre à l’Union africaine que le couple franco-anglais tient pour nulle et non avenue son intervention dans la crise libyenne. Paris et Londres sont le fer de lance de l’intervention internationale et estiment de ce fait avoir le droit de regard sur ses prolongements politiques. Elles s’arrogent par conséquent celui de décréter comment va être mis en place l’après-Kadhafi en Libye et qui en conduira l’instauration. Surpris et dépassés par les révolutions populaires qui ont mis à bas les régimes de Ben Ali en Tunisie et de Hosni Moubarak en Egypte, les gouvernements français et anglais tiennent à exercer un tutorat sur celle qui a cours en Libye et va triompher grâce à l’intervention militaire internationale dont ils ont été les instigateurs et leur arsenal militaire, le protagoniste déterminant. Une ingérence franco-britannique sur ce que sera le pouvoir en Libye après la chute de Kadhafi ne fait pour cette raison aucun doute.

L’insurrection s’est dotée d’un Conseil national de transition et d’un gouvernement provisoire, sans que l’on sache si ceux qui font partie de ces institutions sont vraiment représentatifs de tous les courants qui sont dans l’opposition à Kadhafi et à son régime. Paris leur a donné son onction et sa reconnaissance, avec le calcul qu’ils seront de ce fait malléables et perméables à ses visées politiques pour la Libye post-Kadhafi. Des visées qui sont de brider l’élan révolutionnaire de l’insurrection libyenne et donc l’émergence d’un nouveau pouvoir authentiquement en phase avec les revendications de la démocratie totale pour le peuple libyen et sourcilleux de l’indépendance du pays vis-à-vis de l’étranger, y compris donc de la France ou de la Grande-Bretagne.

Il est clair que Paris et Londres vont tout faire pour avoir un pouvoir libyen à leurs bottes. Elles s’arrangeront donc pour propulser sur le devant de la scène politique libyenne des protégés à qui elles fourniront l’aide multiforme nécessaire qui leur permettra de s’imposer.

Qu’en la circonstance, Français et Anglais ne s’embarrasseront pas d’aller à l’encontre de l’aspiration des Libyens à instaurer la démocratie dans le pays et à avoir les gouvernants de leur choix, n’est pas pour surprendre. Car pour eux, le Printemps arabe doit avoir ses limites que lui tracent leurs intérêts politiques, géostratégiques et économiques. L’Américain, qui joue le même rôle en Tunisie et en Egypte, leur a accordé la sous-traitance du cas libyen. Qui croit encore que les interventions de ces puissances dans le monde arabe en révolution sont guidées par la seule considération de protéger les peuples en insurrection de la répression de leurs potentats ?


B.Langlois (Politis.fr), et Site Michel Collon (Libye, Egypte)
d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10361

Enfin, la porte est grande ouverte...
Mireille Fanon Mendes France Fondation Frantz Fanon, membre du Conseil scientifique d’ATTAC,
publié le mercredi 23 mars 2011.

http://www.ujfp.org/modules/news/article.php?storyid=898

Si la France et la Grande Bretagne ont mené le combat pour que le Conseil de Sécurité obtienne de ses membres le vote de la résolution 1973 c’est, d’une part parce que ses États membres sont affolés de la venue potentielle de milliers de migrants et que la Libye qui faisait fonction des services policiers externalisés de l’Europe ne remplit plus, pour l’heure, ce rôle ;

c’est aussi parce que l’Europe, n’arrêtant pas de justifier l’adoption de lois de plus en plus xénophobes et du coup liberticides -au point d’être montrée du doigt par le Conseil des droits de l’homme et d’être dénoncée par de nombreuses organisations des droits humains-, a peur de ce que représentent les hommes et les femmes venant de l’autre rive de la Méditerranée, en un mot l’Europe n’est pas prête à changer ses références religieuses et les représentations qu’elle a construites à l’égard de tout ce qui est différent d’elle ou plus exactement ce qu’elle considère différent d’elle.L’Europe n’a d’autre objectif que d’être le très bon élève des néoconservateurs des États Unis et le rempart contre ce qu’elle appréhende comme une invasion.

A cela s’ajoute les révoltes des peuples arabes avec leur dynamique qui, si elles rayonnent dans le monde entier et donnent espoir et courage, obligent l’Union européenne à repenser la nature de ses relations avec ces pays et plus largement avec l’ensemble du continent africain dont la plupart des pays ont été ignorés ou maintenus à l’écart.

Ce qui se joue aujourd’hui au sud et à l’est de la Méditerranée est comparable en intensité à la chute du Mur de Berlin, et n’en doutons pas, amorce la seconde phase de la décolonisation qui pourrait permettre -si rien n’empêche le processus d’aller à son but -ce qui est loin d’être certain tant les pays occidentaux semblent, avec cette intervention, vouloir mettre fin au besoin de changement- aux anciens pays colonisés de sortir des relations coupables dans lesquelles les colonisateurs les ont maintenus.

Les peuples, qui se sont soulevés, pourront ils mettre fin à des régimes autoritaires qui semblaient, avec l’appui de gouvernements occidentaux, inébranlables et même pour la Tunisie avec les compliments du Fonds monétaire international qui trouvait que ce pays était le meilleur élève du continent africain et que les autres devraient suivre cet exemple ? Sans oublier les relations coupables de la France avec ce régime qui a tué, emprisonné, bâillonné, terrorisé sans jamais trouver à redire de ces violations massives des droits humains.....Silence coupable qui engage la responsabilité de ce pays !

Il est donc temps de faire rentrer dans le rang les peuples qui se sont révoltés et ont exprimé leurs désirs de changements.

Mais cela n’est qu’un des aspects de la résolution 1973 et l’analyse ne serait pas complète sans regarder ce qui se joue fondamentalement avec cette entrée en guerre contre un État de la communauté internationale, quoi que l’on puisse éprouver à l’égard du Président de la Libye qui, depuis quarante trois ans, fait régner un régime de terreur, de tortures sur l’ensemble du peuple libyen.

Ne peut on penser que ce qui se joue exactement dans cette partie du monde est la place de l’État d’Israël dans un espace du Moyen Orient qui pourrait être changé. Le monde arabe est entrain de se repenser non plus à partir de systèmes dictatoriaux mais de revendications basées sur le besoin de démocratie -fut elle pensée à partir de fondamentaux spécifiques à ces pays. En effet, qui peut croire qu’il n’y a qu’un modèle démocratique, le penser c’est déjà vouloir imposer une vue hégémonique au monde. Or, les révoltes arabes portent en elles, outre le droit à vivre dignement, libres, avec une effective répartition des richesses, l’aspiration à d’autres relations internationales et entre autres un autre positionnement sur la Palestine. Les dictateurs n’ont jamais voulu entendre leurs rues qui demandent que le droit international soit respecté et effectif pour le peuple palestinien et que les responsables de l’État d’Israël qui permettent que soient commis des crimes de guerre soient jugés devant la Cour pénale internationale. Dès lors, en arrière plan, lors du vote de la résolution 1973, il y a la peur de voir changer la nature des rapports de force dans cette région du monde. Ce n’est donc pas un hasard si l’Arabie saoudite a fourni des forces policières pour faire céder la révolte du peuple barheini sans que cette même communauté internationale ne prenne une seule résolution contre cet État qui tue en direct ses citoyens, pas plus qu’elle ne l’a fait contre le Yémen -même si les enjeux diffèrent.

Comment le « peuple des Nations » qui a déclaré vouloir « vivre en paix l’un avec l’autre dans un esprit de bon voisinage et « à unir leurs forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales », peut il aujourd’hui se reconnaître dans ce que cette communauté internationale donne à voir d’elle-même ? Il ne s’agit plus de vivre en paix dans un esprit de bon voisinage mais de s’assurer de sa suprématie et de son emprise sur l’ensemble des autres peuples à des fins de domination impérialiste.

Dès lors, tout est possible.

Ainsi avec la résolution 1973, les membres du Conseil de Sécurité arrivent, dans un même élan à « réaffirmer leur ferme attachement à la souveraineté, à l’indépendance, à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale de la Jamahiriya arabe libyenne » et à assumer de « prendre toutes mesures nécessaires, nonobstant le paragraphe 9 de la résolution 1970 (2011), pour protéger les populations et les zones civiles menacées d’attaque en Jamahiriya arabe libyenne, y compris Benghazi, tout en excluant le déploiement d’une force d’occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n’importe quelle partie du territoire libyen ». Comment un tel paradoxe est il possible alors que cette résolution est illégitime ?

Comment une telle résolution n’a pu t elle être obtenue lors de l’agression israélienne en 2006 sur le Liban alors que 1 500 civils sont morts tuées sous les bombes israéliennes ?

Comment aucune résolution n’a été prise à l’encontre de l’Etat israélien alors qu’à l’hiver 2008-2009, 1 490 personnes sont mortes sous les mêmes bombes israéliennes, et comment aucune procédure n’est ouverte à la Cour pénale internationale, sous la responsabilité du Conseil de Sécurité, à l’égard des responsables des nombreux crimes de guerre et possiblement des crimes contre l’humanité commis contre le peuple palestinien depuis qu’il est illégalement maintenu sous occupation alors que le Conseil de Sécurité, sans aucun état d’âme face à l’iniquité de traitement, a saisi « le Procureur de la Cour pénale international de la situation en Jamahiriya arabe libyenne pour que les auteurs d’attaques, y compris aériennes et navales, dirigées contre la population civile, ou leurs complices répondent de leurs actes » ? Juste pour mémoire, il est utile de rappeler que, dans un souci de cautionner la loi du plus fort, le Conseil de sécurité a demandé à la Cour Pénale internationale qu’elle n’engage ni ne mène aucune enquête ou aucune poursuite pénale à l’égard des responsables ou des personnels en activité ou d’anciens responsables ou personnels d’un État contributeur qui n’est pas partie au Statut de Rome à raison d’actes ou d’omissions liés à des opérations établies ou autorisées par l’Organisation des Nations Unies !

La réponse essentielle à tous ces dysfonctionnements est à chercher dans l’importance de la place tenue par l’Etat d’Israël dans le cœur de tous les Occidentaux. Cet Etat serait un des remparts important contre l’invasion arabe que craignent l’ensemble des pays occidentaux -parce que soit disant seul Etat démocratique dans cette région du monde, -c’est faire peu de cas de la Palestine et du résultat des élections de 2006.

Tout est possible dès lors qu’il faut contenir cette « invasion » ; le moindre prétexte est bon pour utiliser les organes onusiens à d’autres visées que celles qui lui sont assignées au regard de la Charte des Nations Unies.

Dans cet exercice de transfiguration des normes du droit international est la France qui, dans ce cas c’est montré le très bon élève de la délégitimation du droit international.

Soucieuse de ne pas renouveler son non engagement contre l’Irak, elle a mené bataille pour que des attaques ciblées aient lieu -quitte à le faire hors du cadre onusien au nom du droit d’ingérence et de l’obligation de protéger les populations civiles. Pourtant le gouvernement sait très bien que l’usage de la force ou même la menace de l’usage de la force est interdit par l’article 2§4 de la Charte des Nations Unies. Certes, en l’état actuel du dispositif impérialiste, il est somme toute normal que la France, membre du Conseil de Sécurité, ne se soit par portée garante de cette norme impérative du droit international et ait préféré surfer sur des idées comme le droit d’ingérence qui n’est dans aucune convention internationale mais qui ouvre dangereusement la porte à la loi du plus fort et à la déstructuration de l’ensemble des normes impératives du droit international.

Préférer la violence et la guerre à la recherche de moyens pour maintenir la paix et la sécurité internationales pour l’ensemble des peuples, c’est permettre que tout le système multilatéral onusien soit remis en cause alors qu’il y avait d’autre moyens pour mettre au pas le dictateur de la Lybie. Ainsi, il aurait été préférable de maintenir avec encore plus de conviction l’embargo sur les armes, la technologie militaire et la coopération scientifique ; d’interdire les relations commerciales et les investissements et de geler les capitaux ou de suspendre l’ensemble des accords relatifs au transport aérien, entre autres...Mais s’il en était besoin, ce qui se passe avec la Lybie ne vient que confirmer que le système onusien a perdu toute sa crédibilité et dès lors qu’il est aisé de le bafouer, voire de faire comme s’il n’existait pas.

Avoir choisi la voie de la violence, d’une possible balkanisation de la Libye, d’un enlisement à l’irakienne au prétexte d’aider à l’installation d’une démocratie -mais selon les principes occidentaux-, est faire preuve d’un cynisme, voire d’un calcul éminemment « rationnel » dont seules sont capables les grandes puissances qui ne veulent en cette occasion que tenter de reprendre la main dans la région, riche en pétrole et imposer leur modèle démocratique sans prendre en compte les aspirations des peuples mais surtout ne pas voir remis en cause l’équilibre stratégique qu’ils avaient pu mettre en place à coups d’aides financières, économiques et militaires pour les pays qui se montraient les bons amis des pays qui symbolisaient l’axe du bien.

Certains pays membres du Conseil de Sécurité -principalement ceux identifiés sous les BRICS- ont certainement appréhendé l’un ou l’autre aspect de la question posée par la Libye, ce qui explique leur abstention mais ils auraient été bien inspirés d’assumer leur veto si le rapport de force, dans ce cas précis, avait était en leur faveur. Ce qui n’est pas le cas !

Ces pays et ceux qui ont voté cette résolution jouent dangereusement avec le feu et renforcent la course vers la mutation du droit international déjà bien avancée et ne font qu’accentuer la politique du deux poids deux mesures que ressentent nombre de pays qui doivent passer sous les fourches caudines des accords qui leur sont imposés ou qui sont victimes de l’omission des obligations, en terme de responsabilité internationale, dont est redevable la communauté internationale.

Pourtant certains organes onusiens ont plusieurs fois rappelé l’obligation de tous les Membres de l’ONU de s’abstenir dans leur relations internationales de recourir à la force et le principe de l’autodétermination des peuples en particulier la disposition de l’article 1er commun aux pactes internationaux relatifs aux droits économiques, sociaux et culturels et aux droits civils et politiques. L’Assemblée générale de l’ONU, quant à elle, continue, à proclamer la nécessité du respect des principes et des règles de la Charte ; en particulier, l’obligation de respecter l’égalité souveraine de tous les États et de s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, ou d’agir de toute autre manière qui serait incompatible avec les buts des Nations Unies. Elle a aussi rappelé que tous les peuples aspirent à un ordre international fondé sur les principes consacrés dans la Charte et, notamment, sur la nécessité de promouvoir les droits de l’homme et les libertés fondamentales pour tous et d’en encourager le respect, ainsi que celui des principes relatifs à l’égalité des droits et à l’autodétermination des peuples, mais aussi de promouvoir la paix, la démocratie, la justice, l’égalité, la primauté du droit, le pluralisme, le développement, l’instauration de meilleures conditions de vie et la solidarité.

Mais les puissants n’ont que faire de ces revendications dès lors qu’elles dérangent leurs propres intérêts et la représentation qu’ils se sont construits du monde auquel ils aspirent et préfèrent assouplir la portée des dites obligations, notamment par le biais de l’intervention dite humanitaire. Ainsi, nous assistons, depuis quelques temps, à la déstructuration du droit international » classique » et « dur » fondé sur la Charte, qui est l’objet d’une neutralisation de la part des Etats-Unis et de leurs alliés (Japon, Etats européens) particulièrement en ce qui concerne la coopération internationale, le règlement pacifique des différends, la paix et la sécurité internationales ou si l‘on veut, le droit à la paix.

En déstructurant ce droit politique, est légitimé le déchaînement de la violence des plus puissants : ils partent, au nom d’une nouvelle civilisation, comme jadis l’invasion européenne des terres américaines, ou des terres de l’empire ottoman en une croisade qui cache mal les politiques et les visées de soumission des peuples et d’appropriation des ressources communes. Et paradoxalement, l’ONU qui devrait être l’élément de contention et de régulation juridique de la violence, est instrumentalisé et du coup participe à la conquête du monde. Désordre mondial, anarchie, déchaînement de la violence des puissants, crise de légitimité, crise de légalité, crise de gouvernabilité mondiale, crise institutionnelle, crise démocratique, voici les principales caractéristiques de la société internationale. Le Conseil de sécurité n’a plus pour objectif de maintenir la paix et la sécurité internationales, mais préfère punir les Etats qui s’écartent de l’ordre libéral mondial. Il devient, ainsi, l’organe d’interprétation arbitraire au service des grandes puissances. Le pouvoir discrétionnaire qui lui a été attribué par la Charte des Nations Unies est devenu un pouvoir mis au service des seuls intérêts des plus forts, légitimant leurs stratégies de domination et couvrant des violations graves des règles internationales.

Contre les aspirations des peuples, la porte pour de nouvelles relations internationales basées sur la loi du plus fort est enfin grande ouverte...

Le monde entre dans l’oeil du cyclone qui pourrait se transformer en guerre.

22 mars 2011

Mireille Fanon Mendes France Fondation Frantz Fanon, membre du Conseil scientifique d’ATTAC,


RONY BRAUMAN - L’intervention en Libye, “un engrenage épouvantable”

Le Monde et video France Inter
- publié le mardi 22 mars 2011.

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2011/03/22/rony-brauman-lintervention-en-libye-un-engrenage-epouvantable/

Au troisième jour de l’intervention internationale en Libye, le consensus qui entoure l’action militaire française semble être remis en cause. Dans une interview sur France-Inter (vidéo ci-dessous), Rony Brauman estime que l’”on s’engage dans un engrenage absolument épouvantable”.

“Ce qui me gêne dans cette opération, c’est qu’on prétend installer la démocratie et un Etat de droit avec des bombardiers (…) ; à chaque fois qu’on a essayé de le faire, non seulement on a échoué mais le remède que’on prétendait apporter était pire que le mal”, dénonce l’ancien président de Médecins sans frontières

L’humanitaire cite la guerre en Afghanistan, dans laquelle les Occidendaux sont “déjà enlisés”, et l’intervention de l’ONU en Somalie en 1992 : “Des interventions destinées à prévenir des massacres, j’en ai vu d’autres, elles ont gelé la situation et les massacres qui se sont produits ultérieurement ont été pires”, affirme Rony Brauman.

Surtout, il s’interroge sur les buts de l’opération, “flous et inatteignables”. “A quel moment on va pouvoir dire ‘mission accomplie’ ? (…) Comme il n’y en a pas (des objectifs), ça n’arrivera pas”, poursuit Rony Brauman.

Interrogé sur des mesures alternatives, il soutient la diplomatie et le renseignement : “On ne va pas faire la révolution à la place des Libyens, nous ne sommes pas Dieu, nous ne sommes pas tout-puissants”, conclut-il.

voir la vidéo : http://www.dailymotion.com/video/xhr9gf_rony-brauman_news#from=embed

Le Monde et video France Inter

D'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10329







Libye : pourquoi la télévision française cache-t-elle que Sarkozy est sous commandement américain ?
Bruno Roger-Petit - publié le lundi 21 mars 2011.

20/03/2011 - Depuis hier, les télévisions françaises, reprenant sans vérifier les informations "storytellées" de l’Elysée (faut quand même admettre que la machine est bien rodée) nous bassinent avec le leadership français que la France se serait attribuée dans la décision d’intervenir dans l’affaire libyenne et dans l’action militaire qui s’est engagée par la suite. "La France en première ligne", "Sarkozy, commander in chief", "La France frappe la première", "Les avions français ont été engagés les premiers", "Le leadership français contre Kadhafi"... Toute la journée de samedi a été consacrée à la récitation de cette belle histoire. Sans notre glorieux président, héritier de César,Talleyrand, Charles XII de Suède, Bismarck, Clausewitz, Sun Tzu, Ike et Churchill, rien n’aurait été possible.

Soumis à ce déluge uniforme autant qu’univoque, il est alors bon de se pencher sur la couverture des mêmes événements par la presse américaine, entre New York Times et Washington Post, organes de presse qui ont fait leur preuve en matière d’indépendance et de sérieux. Cette lecture permet (hélas, je dis bien hélas..) de mesurer l’écart entre la "vérité sarkozyste" telle que les télévisions françaises la serinent depuis hier et la dure, froide et objective réalité. De cette lecture, on peut tirer deux leçons :

1) Ce sont les Etats-Unis, seuls, qui ont décidé qu’il était enfin possible de se lancer dans l’opération diplomatique ouvrant la voie à l’emploi de la force contre la Libye.

2) Une fois ces opérations entamées, la France sarkozyste a été placée sous commandement américain et obéit depuis au doigt et à l’oeil à ce que disent et décident Hillary Clinton et le président Obama.

On reprend :

1) Un article visiblement très bien informé du New-York Times (à lire ICI en VO : http://www.nytimes.com/2011/03/19/world/africa/19policy.html?pagewanted=1&_r=3&hp) décrit le processus qui a mené Obama à se décider à intervenir en Libye. Ce sont trois femmes, Hillary Clinton, Susan Rice (ambassadeur américain à l’ONU) et Samantha Powers (conseiller au National security council) qui ont convaincu Obama jeudi dernier (soit AVANT le show Juppé de vendredi devant le Conseil de sécurité) qu’il était possible d’intervenir sans risquer de se lancer dans une opération débouchant sur un nouvel Irak. Le président américain a pris sa décision parce qu’il a été alors convaincu par ces trois femmes que les pays arabes et africains l’approuveraient et ne verraient pas en lui un néo-Bush.

Par la suite, les Américains ont laissé les Français être les petits télégraphistes de leur décision, décision sans laquelle rien n’était possible. En clair, si les trois femmes en question n’avaient pas convaincu Obama, Juppé, Sarkozy et leur résolution se seraient fait retoquer à l’ONU. Du reste, il suffit pour s’en convaincre de lire attentivement le papier du NYT consacré aux coulisses du VRAI pouvoir où s’est joué la prise de décision contre Kadhafi : le nom de Sarkozy n’y apparait pas une fois...

2) Quant au leadership français dans la direction des affaires militaires depuis hier, un autre article du Washington Post (à lire ici en VO - http://www.washingtonpost.com/world/international-coalition-launches-strikes-on-libya/2011/03/19/ABlT8bw_story.html) vient réduire la communication sarkozyste sur le sujet à l’état de fable pour les enfants. En effet, dans cet article faisant le point sur le début des opérations militaires contre les troupes de Kadhafi, le Washington Post précise que l’ensemble de ces opérations est placée sous le commandement des forces américaines en Afrique. "The French sorties were followed quickly by the wave of missile strikes against Libyan air defenses. More than two dozen warships and a large number of warplanes made up the initial strike force, which was led by the U.S. military’s Africa command, a senior U.S. military official said." Encore une fois, la réalité est cruelle : si leadership français il y a, il s’agit d’une politesse faite par les Américains à la France de Sarkozy, "Messieurs les Français, tirez les premiers... Parce que ça nous arrange..." Rien de plus.

Tout bien considéré, c’est assez accablant. Le président français, en campagne permanente, est en train d’instrumentaliser une juste opération militaire internationale en opération de communication personnelle dans le but de grapiller quelques points dans les sondages, le tout en racontant, pour faire les gros titres de l’actualité, une fable que la lecture des meilleurs journaux américains vient balayer en deux temps trois mouvements. Il est bien triste de constater que le président français ne peut donc rien faire, même pour livrer un juste combat, sans que cela soit nécessairement destiné à satisfaire son narcissisme exacerbé et sa campagne électorale permanente.

Sources : New York Times (http://www.nytimes.com/2011/03/19/w...)

http://www.lepost.fr/article/2011/0...

http://mounadil.blogspot.com/


Bruno Roger-Petit



Cette diplomatie française, « plus allante » !
Nahla Chahal* le 20 mars 2011

Les termes « plus » et « allante » soulèvent des interrogations de fond, à moins de ne pas prendre au sérieux la diplomatie française, surtout quand c’est BHL qui la mène… théâtralement. Mais revenons tout d’abord aux évidences. Kadhafi doit partir, son régime a perdu toute légitimité – à supposer qu’il en avait – en faisant le choix de commettre un effroyable massacre de sa propre population, doublé d’une probable guerre civilo-tribale et de la provocation d’une intervention militaire occidentale. Kadhafi doit partir –aussi - parce que tout simplement les peuples de cette région du monde, y compris le peuple libyen, ne supportent plus des régimes iniques, qui ont privatisé l’Etat, principal générateur des richesses car détenteur de la rente pétrolière et avec celle-ci ou en son absence, des contrats lucratifs dans tous les domaines. Ils ne supportent plus l’état de manne distributrice – et dépendante du bon vouloir du prince - à laquelle ils sont soumis, et ce qu’elle induit comme régression sur tous les plans. Ils ne supportent plus la corruption, qui est un système global et structurel inhérent à ce mode de fonctionnement, ce qui est fondamentalement différent de la simple déviation réformable. C’est le sens profond des revendications d’un État de droit, de liberté, de dignité et de pain.

Kadhafi ne pourra plus gouverner la Libye, même s’il arrive à mater la rébellion. Mais son pays, avec sa population réduite, est l’objet de toutes les convoitises à cause des ressources pétrolières énormes, des contrats juteux d’achat, de livraison, de construction de toute sorte. S’y ajoutent des considérations de géostratégie, telle sa place au milieu des deux pays où des révolutions ont magiquement vaincu et luttent pour aboutir, sa promiscuité avec la grande Algérie et des pays majeurs de l’Afrique noire, et enfin sa contingence des côtes européennes. L’inventaire n’est pas exhaustif. Alors la France s’est probablement dit « pourquoi pas moi : je devance tout le monde et je récolterai les fruits de ma hardiesse » !

Sauf que des frappes aériennes ne règleront rien, balanceront encore plus le pays dans la guerre civilo-tribale durable, et susciteront, à juste titre, un rejet unanime dans cette région qui n’a pas oublié les ravages causés à l’Iraq, encore d’actualité. Limite si elles ne re-légitimeront pas Kadhafi ! Il est évident qu’aucun pays occidental n’a la volonté ni les moyens d’envoyer des troupes terrestres en Libye, et que cette option est de toute façon catastrophique, qu’elle engendrera une guerre de libération nationale, une de plus, et qu’elle offrira à al Qaeda une occasion rêvée pour exister, réellement cette fois et non comme un épouvantail qu’on brandit pour un oui et pour un non.

D’où les réticences européennes, et même françaises, que BHL balaie d`un revers de main méprisant. Puis, qu’est ce qui garantit à la France que cette précipitation – reconnue comme telle - sera fructueuse ? Le conseil national temporaire (CNT) de Libye ne tiendra probablement pas le coup au delà de l’épisode actuel et rien ne laisse prédire qu’il est le prochain leader de la Libye débarrassée de Kadhafi. C’est prêter sans garanties !

Les prétextes humanitaires semblaient dater, voila qu’ils ressortent, avec leur cortège d’amnésie obligée, et de deux poids deux mesures. Preuve s’il faut : le dernier acte international, celui du cas de Gaza, envers lequel les institutionnels du monde entier sont restés de marbre. D’ailleurs, M. Sarkozy avait trouvé bon d’envoyer un navire de guerre face aux côtes gazaouies, à la place du navire-hôpital que plusieurs voix lui avaient réclamé comme signe de compassion humanitaire. Non, messieurs, ce n’est pas pour le peuple libyen opprimé que vous bougez.

D’ailleurs, amnésiques oui, mais pas à ce point ! Les pouvoirs occidentaux, Washington en tête, avaient pratiqué un mutisme très étrange durant les dix premiers jours du soulèvement populaire libyen, alors que la répression était en cours. Ils n’exigeaient qu’un vague et mou « retour à la normale », ce qui avait permis au fils de Khadafi lors de sa première sortie publique de se prévaloir clairement d’un soutien occidental, moquant sa propre population, si naïve pour croire que « l’Occident allait laisser le pétrole libyen entre des mains inconnues » ! Ceci avait encouragé le régime en place, qui se croyait investi d’une tâche autorisée par cet Occident. C’était le pousser vers plus de répression, probablement dans l’objectif de lui faire faire la tâche sale de « nettoyer » la Libye des groupes islamistes armés et s’en débarrasser par la suite comme d’un criminel de guerre. Certes, le contexte qui a conditionné la guerre contre l’Iraq a profondément changé. N’empêche que les ressemblances sont troublantes.

Mais que fallait-il faire alors ? Laisser Kadhafi massacrer sa population ? Le laisser reconquérir un pouvoir qu’il va devoir installer à coups de répressions horribles ? Des questionnements légitimes auxquels il aurait fallu répondre en mettant en avant toutes les pressions possibles sur le bourreau, et en usant des relations qui peuvent influer sur sa position. Il n’y a pas eu une intervention politique internationale, même pas un message clair, ou trop tard. L’issue politique doit se construire de suite, incluant le Venezuela de Chavez, la Turquie, l`Iran, la Ligue des pays arabes, l`Union africaine, l`Union européenne, l`ONU. Elle doit se formuler autour d’une solution qui dégagerait Kadhafi et ses fils, tout en évitant plus de massacres, le glissement vers la guerre civilo-tribale, et/ou la partition de la Libye, ou sa mise sous tutelle occidentale. Difficile ? Certes, mais c’est la voie vers laquelle il faut tendre de suite. L’intervention militaire ne fera que conforter la catastrophe à venir, et lui ajouter d’autres dimensions non moins sombres.

Le Conseil national transitoire libyen, considéré à juste titre par Mme Ashton comme une expression légitime de la société civile libyenne (on croyait révolue la reconnaissance des représentations de type « légitime et unique ») doit prouver à cette occasion, et en adoptant politiquement ce choix, qu’il n’est pas qu’une version remaniée du régime de Kadhafi.



Chercheure en sociologie politique du moyen orient contemporai
Coordinatrice des missions civiles en Palestine (CCIPPP)

Libye : soutenir les insurgés !
Non aux bombardements français !
Bureau National de Gauche Unitaire 18/03/2011

Le Conseil de sécurité a adopté une résolution vendredi 17 mars permettant des frappes aériennes voulues par les gouvernements français et britanniques, avec le soutien désormais de l’administration américaine. Cette intervention des anciennes puissances coloniales va constituer un tournant dans la crise régionale qui secoue depuis 3 mois les pays arabes. Alors que le régime de Kadhafi regagne du terrain chaque jour sur les insurgés, les Etats français et anglais, qui ont soutenus la dictature de Kadhafi ces dernières années, trouvent l’occasion de faire oublier leurs collusions scandaleuses avec les régimes déchus de Ben Ali ou Moubarak et de se réimposer dans la région.

Car, cette intervention militaire en préparation s’inscrit avant tout dans la volonté des gouvernements français et britanniques de préserver leur influence politique et économique dans une zone stratégique dans laquelle ces deux pays ont beaucoup investis. Pour la France, outre l’intérêt pétrolier que constitue le 4ème pays producteur d’hydrocarbures en Afrique, la Libye est depuis la fin de l’embargo un eldorado pour les entreprises françaises. La Libye fut érigée comme un partenaire commercial de premier plan pour les entreprises du CAC 40 telles qu’Areva, BTP Vinci, EADS ou encore Total. Il est alors évident que ce n’est pas la défense de la démocratie et de la liberté du peuple libyen, que ce ne sont pas des préoccupations humanitaires qui préoccupent Cameron et Sarkozy. Ce dernier, qui recevait en grande pompe le dictateur Kadhafi à Paris en décembre 2007 ou encore qui agitait la menace de « flux migratoires incontrôlés », prétend maintenant vouloir « sauver le printemps des peuples arabes ». Mais il continue de soutenir les régimes dictatoriaux comme celui de l’Arabie saoudite, dont le gouvernement a envoyé des troupes réprimer le mouvement populaire à Bahreïn.


On ne peut céder à la fiction selon laquelle l’intervention militaire franco-britannique permettrait à la population insurgée de Libye de recouvrer la maîtrise de son destin, ou au moins de lui permettre de bénéficier d’un répit face à l’offensive sanglante de Kadhafi. Jamais les impérialistes ne sont venus en aide aux peuples, les guerres qu’ils ont déclenchées par le passé, ont toujours obéi à leurs propres intérêts, économiques ou géostratégiques. En l’occurrence, Sarkozy et Cameron, représentants de droites aussi provocatrices que contestées en France et en Grande-Bretagne, se lancent dans une aventure guerrière en croyant y retrouver un peu de prestige, sans même en avoir reçu mandat de leurs Parlements.



Que cette guerre se fasse avec l’objectif de « protéger les civils » et se prévale d’une résolution de l’ONU ne lui donne pas plus de légitimité. Ce n’est pas l’Assemblée générale des Nations unies qui a pris cette décision, mais le seul Conseil de sécurité, où siègent 15 membres et qui n’a rien d’une instance représentative des peuples de la planète. La première guerre contre l’Irak en 1991 avait été menée dans le cadre d’une résolution du même Conseil de sécurité et n’avait rien de légitime, même si elle se faisait sous couvert de la « légalité » internationale. La guerre menée par Bush en 2003 contre le dictateur Saddam Hussein n’aurait pas été plus juste si elle avait été justifiée par l’ONU.


En dépit du vote onusien dont elles ne manqueront pas de se prévaloir, les opérations de guerre en préparation seront, dans les faits, sous le seul contrôle des principales puissances de l’Otan, et avec l’appui de la logistique de cette dernière. Elles peuvent, pour cette raison, avoir des conséquences incalculables. Ce sont les peuples qui risquent d’en subir les effets meurtriers. Car quelles sont les évolutions possibles d’une telle intervention ?


- soit les gouvernements occidentaux se limiteront à quelques frappes ciblées qui n’empêcheront pas Kadhafi de reprendre le contrôle du pays. La France et l’Angleterre se seront alors contentées d’infliger quelques dégâts aux infrastructures de la dictature pour se redonner une bonne image. C’est le pari de Kadhafi qui a annoncé, via son ministre de la Défense, un cessez-le-feu pour gagner du temps.


- soit les gouvernements occidentaux s’engagent dans une campagne aérienne intensive qui ne garantira en rien une victoire du soulèvement populaire libyen, mais dont on ne peut exclure qu’elle entraîne une riposte de la part du régime de Kadhafi. Un porte-parole du régime de Kadhafi a déjà annoncé le déclenchement d’attentats contre des avions et des bateaux en mer Méditerranée.


- une confrontation prolongée posera nécessairement la question d’une intervention militaire au sol si les gouvernements occidentaux veulent réellement en finir avec le régime de Kadhafi. Cela passera par un écrasement du régime, à l’image de ce qu’ont fait les Etats-Unis avec l’opération « Choc et effroi » en 2003 contre l’Irak. Ce type d’opération qui vise à infliger à l’ennemi un maximum de dommages en un temps très limité est le plus meurtrier pour les populations. Et elle mène immanquablement à l’enlisement où se sont toujours retrouvées les occupations coloniales.


La folie de Bush et des néoconservateurs américains a démontré que la démocratie et la liberté ne s’exportaient pas à coup de bombardements même ciblés, qui seraient censés être des bombardements « zéro mort », à part quelques « dommages collatéraux ». Une telle intervention permettrait de plus à Kadhafi de retrouver son image passée d’anti-impérialiste, d’accuser les insurgés de faire le jeu de vieilles puissances coloniales, de recouvrer un soutien populaire.


Une autre politique est possible. Elle n’a rien à voir avec les prétentions des gouvernements européens qui pensent pouvoir décider du destin des peuples à leur place. La seule intervention politique utile et efficace des pays européens serait de répondre aux demandes des structures dirigeantes de l’insurrection et de leur fournir le matériel militaire qui leur fait tant défaut depuis plusieurs semaines. C’est ce qui pourrait permettre à la mobilisation du peuple libyen de faire face aux soldats restés fidèles à Kadhafi. C’est l’acte de solidarité concrète effective, utile, qui aurait contribué à dessiner de nouvelles relations entre Nord et Sud. C’est la politique internationaliste que la gauche devrait défendre et exiger qu’elle soit mise en œuvre.


Bureau National de Gauche Unitaire

18/03/2011
www.gauche-unitaire.fr

contact@gauche-unitaire.fr



Faut-il saluer l’intervention militaire en Libye ?
Brahim Senouci
Samedi 19 mars 2011

Entendons-nous. Personne ne peut se réjouir du sort des insurgés Libyens, coincés dans leur réduit de Benghazi. Personne ne peut se satisfaire d’une victoire de Kadhafi qui donnerait libre cours à des représailles sanglantes et à un renouveau d’une dictature ubuesque.

Faut-il pour autant se réjouir de l’intervention militaire conduite par la Grande-Bretagne et la France (Oh, le parfum de l’expédition de Suez !), dont l’objet déclaré est la protection des civils Libyens ?

La revendication démocratique et la mise à bas d’un tyran doivent être naturellement soutenues, sans ambiguïté. Elles peuvent l’être de différentes façons. Il y a toute une gamme de mesures qui sont à la disposition des nations et des opinions qui peuvent être actionnées, l’embargo, voire le blocus, la saisie des biens des dirigeants, la menace de traduction devant des tribunaux, voire les pressions "amicales" que peuvent exercer des dirigeants occidentaux qui ont cultivé naguère l’amitié du tyran.

Là, c’est tout de suite l’option militaire qui a prévalu.

Après tout, peut-être est-ce l’urgence qui a présidé à ce choix. Il fallait absolument venir en aide à des populations dont le seul tort est d’avoir revendiqué la fin de l’oppression et la chute d’un dictateur.

La Grande-Bretagne et la France ont ainsi réussi à convaincre la majorité des pays membres du Conseil de Sécurité de se rallier à l’option de la force. Pour éviter, pensent leurs dirigeants, le funeste rappel du précédent irakien, ils se sont assuré le concours de la Ligue Arabe et de certains des pays qui la composent.

Il s’agit d’une bataille pour le triomphe de la démocratie et de la morale, assène le ministre Français des Affaires Etrangères. Serait-ce donc sur cette base que les Emirats Arabes Unis, le Qatar, l’Arabie Saoudite ont rejoint le mouvement ?

A Bahreïn, une insurrection avec les mêmes mots d’ordre que ceux brandis par les révoltés Libyens est écrasée dans le sang…, avec le concours de militaires et de policiers venant d’Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis, membres de la "vertueuse" coalition. Les dirigeants du Yémen répriment dans le sang, au prix de plusieurs dizaines de morts, la contestation populaire qui réclame la fin d’un régime corrompu. L’Emir du Qatar n’a pas particulièrement la réputation d’être un parangon de vertu.

Qu’est-ce qui est en jeu ? Simplement le sort de la population libyenne ?  On a quelque peine à croire que seule la fibre humanitaire a conduit des dirigeants occidentaux à plaider pour que la parole soit donnée aux armes.

En vérité, ne s’agit-il pas plutôt de reprendre la main et, surtout, de créer un cordon sanitaire autour des pétro monarchies du Golfe dont la chute éventuelle aurait des conséquences bien plus importantes que celle d’un satrape tel que Kadhafi ? Ne s’agit-il pas plutôt de circonscrire l’incendie démocratique qui court dans le monde arabe ? Ne s’agit-il pas plutôt de mettre un frein, avec l’aide des alliés (les fameux "dictateurs modérés"), au processus d’émancipation des peuples du monde arabe, processus lourd de tous les dangers pour la pérennité du primat de l’Occident, bien davantage que l’épouvantail islamiste ?

Et puis, tout de même, ce sont ces mêmes dirigeants, il faut le répéter encore et toujours, qui sont complices de l’interminable martyrologe du peuple palestinien depuis des décennies. S’ils ont de la compassion de reste, pourquoi ne l’expriment-ils pas en sa faveur ? Pourquoi délivrent-ils des satisfecit au gouvernement israélien en le faisant admette à l’OCDE, en rehaussant son statut de pays associé à l’Union Européenne, alors même qu’il continue sa politique d’assassinat, de colonisation, d’étranglement et de bouclage ?

Toute la sympathie du monde doit aller vers les insurgés de Libye. Toute la réprobation du monde doit aller vers leur bourreau. N’oublions pas toutefois que ce bourreau a été l’allié et le complice de ceux-là même qui ont juré sa perte.

N’oublions pas que l’écrasante majorité des tyrans du monde doivent leur pouvoir à ces "sauveurs" autoproclamés.

Le monde change. Les manœuvres d’arrière-garde ne modifieront pas le cours de l’Histoire. Les peuples du monde s’emparent de leur destin et veulent avoir leur mot à dire dans les affaires internationales. Personne n’a plus vocation à servir de bouclier à des maîtres tout-puissants. Nous sommes à l’aube de l’avènement de la démocratie-monde. Le monde occidental n’a pas d’autre solution, pour continuer d’exister, que d’en prendre son parti et apprendre, dans la douleur, la dure loi de l’égalité.

Brahim Senouci

d'après : http://brahim-senouci.over-blog.com/



Ma position personnelle sur la libye par danielle Bleitrach
Publié 18 mars 2011

D’abord partons des acteurs régionaux tels qu’ils se sont exprimés, par acteur régionaux, j’entends les pays qui n’appartiennent pas au seul monde que reflètent nos médias, les pays occidentaux qui trustent 90% des nouvelles de la planète et qui ignorent la plupart du temps ce dont ils parlent. Essayons de voir ce que disent réellement non pas les pays arabes, les peuples arabes, mais les dirigeants arabes(1). Ensuite de nouveaux « acteurs » que l’on refuse souvent d’écouter comme le Brésil et d’autres pays comme l’Inde ou l’Afrique du Sud, et je dois dire mon accord personnel avec ces derniers. Ma position est inspiré par deux options essentielles, premièrement me prononcer contre toute ingérence et pour le respect des souverainetés, la seconde est basée sur la recherche d’un nouvel ordre international qui tiendrait compte de la transformation nécessaire de ce monde, le refus de tous les néo colonialismes.
Les pays arabes sont dans une situation instable que reflète la position récente de la ligue arabe;

A ma connaissance c’est la première fois que la Ligue arabe prend des mesures contre un de ses dirigeants à partir d’une affaire intérieure, premièrement en déclarant que kadhafi avait perdu sa légitimité et suspendu sa participation à la dite ligue en prenant contact avec « l’opposition ». En fait cette position qui était celle d’Alain Juppé a été largement impulsée par l’Egypte puisque celui qui veut prendre la suite de Moubarak est actuellement le président de la Ligue arabe et il a besoin de l’occident. C’est la stratégie des Etats-Unis et de la France de Juppé qui se réalisait avec le 12 mars la réunion des ministres des affaires étrangères de la Ligue arabe au Caire le 12 marsqui a demandé aux Nations unies d’imposer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de ce pays (« Arab states seek Libya no-fly zone », AlJazeera English, 12 mars).

Notons trois faits importants,
1) au même moment l’armée saoudienne envahit Barhein. C’est donc le feu vert qui est donné aux dirigeants arabes de faire régner l’ordre à leur manière et en accord avec les occidentaux. le moins que l’on puisse dire c’est que cela n’a donc rien à voir au contraire à un soutien aux mouvements de rébelions de la rue arabe.
2) Le brouillon Sarkozy et son alterego BHL veulent aller plus loin
3)Non seulement la position de la ligue arabe a été prise « à l’arraché » mais l’Algérie et la Syrie ont manifesté leurs réserves quant à la zone d’exclusion aérienne. le plus important néanmoins est que la Ligue arabe s’est opposée fermment à toute intervention militaire en libye comme l’avait fait la Turquie et des voix de plus en plus nombreuses dans le sud. Et la position de sarkozy-BHL est en violation de ce souhait.
De nouveaux acteurs dont il faut tenir compte: un nouvel ordre international
Là-dessus je me contenterai de reprendre un extrait d’une analyse dAlain Gresh sur le sommet de l’IBAS (Inde, Brésil, Afrique du Sud) s’est tenu le 8 mars à New Delhi.
« Cette organisation, dont les activités sont peu couvertes par les médias occidentaux, symbolise pourtant la naissance de nouveaux acteurs sur la scène internationale (dans le cadre de sa série sur « les alliances insolites », Le Monde diplomatique de mars y consacre une double page). Déjà, on s’en souvient, le Brésil et la Turquie avaient tenté, sans succès, de contribuer à résoudre le dossier du nucléaire iranien (lire « Iran, vers une “communauté internationale” post-occidentale ? »).
Cette fois-ci, les trois puissances émergentes se sont penchées sur le Proche-Orient et la crise libyenne. Elles ont affirmé que toute mesure supplémentaire par rapport à la résolution 1970 du Conseil de sécurité (qui avait décidé de sanctions contre le régime de Kadhafi) ne pouvait être décidée que dans le cadre de la charte des Nations unies (lire Ranjit Devraj, « IBSA Together in Resisting No-fly Zone », IPS, 9 mars).
Le ministre brésilien des affaires étrangères a expliqué que la déclaration reflétait ce que pensait le monde non occidental : « Il est problématique d’intervenir militairement dans des troubles internes. Toute décision d’intervention militaire doit être considérée dans le cadre des Nations unies et en coopération étroite avec l’Union africaine et la Ligue arabe. » Une zone d’exclusion aérienne risque, a-t-il ajouté, de nourrir des sentiments anti-américains et anti-occidentaux qui ne sont pas présents pour l’instant (lire M K Bhadrakumar, « Arab revolt reworks the world order », Asia Times, 10 mars).
D’autre part, les trois pays ont souligné que la question palestinienne était au cœur des problèmes du Proche-Orient et qu’il fallait aller vers la création d’un Etat palestinien « souverain, indépendant, uni et viable, coexistant pacifiquement avec Israël, avec des frontières sûres sur les lignes de juin 1967 et avec Jérusalem-Est comme capitale ».
Je vous ai déjà exprimé les deux vecteurs de ma position personnelles, respect des souverainetés, refus de l’ingérence et à se titre je considère que la poisition de la Ligue arabe n’est pas bonne et n’ouvre qu’une perspective conservatrice avec maintien des autocrates soutenus pas l’occident.En revanche, je crois que le surgissement de nouveaux acteurs nouant des relations complémentaires sud-sud cherchant paix et complémentarité sont excellentes.
Donc ma poition est en gros celle du bresil, de l’Inde et de l’Afrique du sud, du moins sur cette question, en insistant bien sur la nécessisté de régler la situation palestinienne.
Danielle Bleitrach
(1) ainsi visiblement ça grenouille sec entre ceux qui cherchent en Egypte à prendre le pouvoir avec l’aide de l’armée, et les Occidentaux mais le peuple egyptien c’est autre chose. Voir là-dessus les articles dans le Monde Diplomatique de ce mois çi où il est reconnu que c’est le monde ouvrier qui depuis au moins deux ans ne cesse de protester qui a fait la révolution tandis que la bourgeoisie des frères musulmans tentent le partage du
gâteau.
18 mars 2011 à 12:14
Je veux ajouter puisque le vote de l’ONU est intervenu et que donc l’intervention est de fait autorisée que je considère ce vote comme gravissime. les Etats-Unis, l’Otan a eu exactement ce qu’ils voulaient.
Non seulement c’est un mauvais coup porté contre la révolte des peuples arabes mais c’est une voie dangereuse qui nous mène vers l’Iran et vers une déflagration aux conséquences insoupçonnable, les partis de gauche, les forces communistes portent une lourde responsabilité pour n’avoir pas alerté ni mobilisé le peuple français sur l’engrenage dans lequel on le conduisait.
Danielle bleitrach

Une mise au point sans équivoque :

LES EQUATIONS INACCEPTABLES (Nahla Chahal, coordinatrice de la

CCIPPP)


publié le lundi 24 janvier 2011.

"Nous refusons la logique de certains groupes (y compris ceux qui se revendiquent de l’Islam ou de l’immigration), qui considèrent que la droite et la gauche se valent, (et leurs extrêmes aussi !!), que ce ne sont là finalement que des expressions de convictions personnelles sans lien ni impact sur le travail de soutien à la lutte du peuple palestinien…Nous pensons au contraire que ces positions démontrent une ignorance totale de l’histoire de l`Europe et de la France, une insensibilité à l`égard des questions du colonialisme, et des mécanismes des exploitations à tous les niveaux, et un manque non moins dramatique de toute vision globale du fonctionnement de notre monde actuel ."

22-01-2011

En réaction à l’islamophobie régnante, s’est développée dans certains milieux de l’altermondialisme, de la gauche, et des militants pour les droits des Palestiniens, une position tout à fait légitime, qui rejette l’islamophobie et la condamne comme un racisme actif. Et pire encore, nous sommes ici face à une diabolisation de l’Islam ainsi que des musulmans en général, qui puise ses sources dans l’idéologie du choc des civilisations, et dont la fonction est clairement inscrite au service de la stratégie de « la guerre globale, permanente et préventive » bushinenne. Une stratégie qui perdure sous des formes plus diffuses et insidieuses, servant à délégitimer toutes les protestations sociales et politiques émanant des groupes discriminés (sous prétexte de terrorisme) et à justifier un degré sans précédent de répression visant ces groupes comme plus généralement toute la société.

Cependant, cette analyse et ces positions ne nous mènent pas à pratiquer l’angélisme. Pour remettre les choses à l’endroit, il est urgent de reconnaitre que dans les milieux de l’islam politique, comme dans toutes les mouvances, il y a de tout : des groupes et des courants qui essayent de développer une vision complexe du monde, juste et humaine, et des groupes et des personnes pris dans la logique d’étroites considérations communautaires et des calculs politiciens qui les accompagnent. Il nous appartient de savoir distinguer ceux qui sont nos frères et sœurs et des camarades avec qui nous travaillons, de ceux qui n’ont pas leur place dans nos rangs et que nous devons condamner.

Parmi ces derniers se trouve Kamel Bechikh, qui s`est rendu au congrès du FN la semaine dernière. Bechikh était membre du CBSP. Ce dernier annonce son départ, souhaité à cause de ses fréquentations. Nous nous en réjouissons.

Certains de nos militants ont été amenés à rencontrer Bechikh dans le cadre de la première flottille pour Gaza en mai 2010, alors qu’il était encore responsable de la communication au sein du CBSP, et avant que ces rapprochements de l’extrême droite ne se soient manifestés publiquement. Aucune confusion n`est possible : dès lors que la CCIPPP a appris les fréquentations de cette personne, elle a informé le CBSP de son refus de continuer à le rencontrer et a demandé à cette organisation amie des clarifications et mises au point très précises.

Nous souhaitons aussi attirer l’attention sur le phénomène qui est en train de se produire devant nos yeux, où des pans entiers de l’extrême droite européenne – et française - sont en train de s’allier avec les pires groupes sionistes, et d’afficher leur soutien d’Israël, précisément dans le but de confronter ce qu’ils appellent le danger de l’Islam. Le déroulement de « l’apéro pinard et saucisson », les « Assises contre l’islamisation de la France », la visite des extrêmes droites européennes à la Knesset en décembre dernier, sont autant d’exemples de ce phénomène, et les tentatives de Marine Le Pen de s’approcher d’Israël sont affichées dans la presse (y compris israélienne !)

Nous refusons la logique de certains groupes (y compris ceux qui se revendiquent de l’Islam ou de l’immigration), qui considèrent que la droite et la gauche se valent, (et leurs extrêmes aussi !!), que ce ne sont là finalement que des expressions de convictions personnelles sans lien ni impact sur le travail de soutien à la lutte du peuple palestinien…Nous pensons au contraire que ces positions démontrent une ignorance totale de l’histoire de l`Europe et de la France, une insensibilité à l`égard des questions du colonialisme, et des mécanismes des exploitations à tous les niveaux, et un manque non moins dramatique de toute vision globale du fonctionnement de notre monde actuel . Nous pensons que ces positions sont antinomiques avec la lutte des peuples opprimés et particulièrement avec celle du peuple palestinien, la plus longue et la plus difficile parmi ces luttes.

Nous pensons que l’équation qui pose que « les ennemis de mes ennemis… » est catastrophique en général et partout.

Nahla Chahal, Coordinatrice de la CCIPPP

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article9976



La prochaine guerre
mercredi 22 décembre 2010, par Alain Gresh

L’incapacité du président Barack Obama à obtenir l’arrêt de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem illustre la partialité de Washington. Elle confirme l’absence de détermination sérieuse des Etats-Unis à imposer la paix sur le front israélo-palestinien. Le risque est grand alors de voir cette « non-paix » se transformer en conflit ouvert, la seule incertitude tenant au lieu de la prochaine guerre : Gaza, le Liban ou l’Iran ?



1er mars 1973. Le président américain Richard Nixon reçoit à Washington la Première ministre israélienne Golda Meir. Il l’informe que le président égyptien Anouar Al-Sadate est prêt à négocier un traité global. Tout en prétendant que son pays veut la paix, Meir répond qu’elle préfère un accord intérimaire, qu’il ne faut pas se fier aux manœuvres du Caire, qui veut d’abord un retrait israélien sur les lignes du 4 juin 1967, ensuite un retour au plan de partage voté par les Nations unies en novembre 1947, et une solution du problème palestinien dont il faudra discuter avec Yasser Arafat et « les terroristes ».

Rapportant cette conversation, à partir des enregistrements des conversations désormais rendus publics, le journaliste israélien Aluf Benn (« Netanyahu is telling Obama what Golda told Nixon », Haaretz, 15 décembre 2010) dresse un parallèle entre la situation à l’époque où le refus israélien allait déboucher sur la guerre d’octobre 1973 et le franchissement du canal de Suez par les troupes égyptiennes, et les réponses dilatoires apportées par M. Benjamin Nétanyahou au président Barack Obama. Il rappelle que le Premier ministre actuel, rentré précipitamment de Boston pour monter au front en octobre 1973, devrait « rafraîchir sa mémoire en écoutant les enregistrements des conversations entre Meir et Nixon et se demander ce qu’il peut faire pour ne pas répéter les mêmes erreurs et pousser son pays aveuglément vers un seconde désastre de Yom Kippour », une guerre qui devait coûter 2 600 soldats à l’armée israélienne.

Le refus de Tel-Aviv d’accepter la proposition du président Barack Obama de geler pour trois mois la colonisation en Cisjordanie (et non à Jérusalem-Est) en échange de promesses sans précédent, que le commentateur Thomas Friedman (« Reality Check », New York Times, 11 décembre 2010), peu suspect de sympathies pour les Arabes, compare à une tentative de corruption pure et simple, a confirmé non seulement l’incapacité du président Obama à exercer une pression sérieuse sur Israël, mais le rejet par M. Nétanyahou du moindre compromis. Bien sûr, comme ses prédécesseurs, il prétend vouloir la paix, mais c’est la paix humiliante imposée par les vainqueurs, une paix fondée sur la négation des droits élémentaires des Palestiniens.

Lors des négociations secrètes avec les Palestiniens durant l’année qui vient de s’écouler, M. Nétanyahou a répété que tout accord nécessitait l’acceptation par les Palestiniens du « concept de sécurité » israélien, ce qui signifiait, entre autres, l’acquiescement à la présence de troupes israéliennes sur le Jourdain et le long du « mur de l’apartheid » (du côté palestinien bien sûr), et la poursuite de l’occupation d’une partie non négligeable de la Cisjordanie (Dan Ephron, « 16 hours in September », Newsweek, 11 décembre 2010). Il n’a fixé aucun terme à cette présence israélienne, sans doute censée durer jusqu’à ce que les Palestiniens deviennent « civilisés »…

Ce blocage sur le front palestinien pousse l’armée israélienne à échafauder les plans de ses nouvelles guerres, fondées sur ce « concept de sécurité » qui veut que tous ceux qui refusent la domination de Tel-Aviv sur la région soient des « terroristes » qu’il faut éliminer. Aucun autre pays, pas même les Etats-Unis, n’a une conception de la sécurité aussi extensive, une conception qui fait d’Israël un fauteur de guerres permanentes. Sur qui va fondre l’armée israélienne, contre qui portera-t-elle ses prochains coups ?

Sur Gaza ? Il y a deux ans, les blindés et l’aviation israélienne réduisaient en cendres des centaines de bâtiments et tuaient des centaines de civils, commettant ce que le rapport Goldstone qualifie de « crimes de guerres » et sans doute de « crimes contre l’humanité ». Pourtant, le Hamas est toujours solidement installé au pouvoir. Combien de temps Tel-Aviv peut-il se résigner à cette situation ?

Sur le Liban ? En juillet-août 2006, l’armée israélienne échouait dans ses tentatives de réduire le Hezbollah, mais réussissait à détruire le pays, au mépris du droit international ; trois ans et demi plus tard, l’organisation est plus puissante que jamais et l’état-major n’écarte pas une opération majeure qui risquerait de conduire à l’occupation d’une partie du Liban (lire Anshel Pfeffer, « Is the IDF prepping for a third war with Lebanon », Haaretz, 19 décembre 2010).

Sur l’Iran ? Au risque de provoquer un conflit majeur qui s’étendrait de l’Irak au Liban, de la Palestine à l’Afghanistan ?

Personne ne peut le dire, mais, au Proche-Orient, l’absence de paix débouche forcément sur la guerre… Contrairement à 1973, c’est Israël qui prendra l’initiative directe du conflit, sauf qu’il se heurtera non seulement à des ennemis bien plus efficaces, mais, comme le signale le militant de la paix israélien Uri Avnery (« Ship of fools 2 », Gush Shalom, 18 décembre 2010), à l’hostilité grandissante de l’opinion mondiale, hostilité dont a témoigné la reconnaissance de l’Etat de Palestine dans les frontières de 1967 par le Brésil, la Bolivie, l’Argentine, ou la lettre de 26 anciens dirigeants européens (Chris Patten, Giuliano Amato, Felipe González, Lionel Jospin, Hubert Védrine, Romano Prodi, Javier Solana, etc.) – tout sauf des extrémistes – appelant l’Union européenne à prendre des sanctions si, d’ici le printemps, le gouvernement israélien ne change pas de politique. L’organisation Human Rights Watch a publié le 19 décembre un rapport (« Israel/West Bank : Separate and Unequal ») qui souligne que les Palestiniens sont victimes de discriminations systématiques et appelle le gouvernement des Etats-Unis à réduire de plus de 1 milliard de dollars son aide annuelle à Israël (soit l’équivalent des investissements israéliens en faveur des colonies).

En conclusion, Avnery note que le soutien américain à Israël relève de l’assistance au suicide. « En Israël, une telle assistance est un crime. En revanche, le suicide ne l’est pas. Ceux que les dieux veulent détruire, ils les rendent d’abord fous. Espérons que nous retrouverons nos esprits avant qu’il ne soit trop tard. »


Ken Loach aux Palestiniens : l’union fait la force

AFP / fr.news.yahoo.com - publié le jeudi 13 janvier 2011.

Le cinéaste anglais Ken Loach, militant de la cause palestinienne, en visite pour la première fois dans les Territoires occupés, a appelé les Palestiniens à ne pas sombrer dans les divisions s’ils veulent parvenir à la création d’un État indépendant.

M. Loach, 74 ans, est arrivé mardi dans les territoires palestiniens, où il a assisté le soir même à une présentation de son film "Le Vent se lève", qui décrit la lutte contre l’occupation britannique et pour l’indépendance de l’Irlande dans les années 20, et la guerre civile qui a suivi. On y suit deux frères, militants républicains nationalistes, qui finissent par se déchirer en raison de divergences politiques —une situation qui n’était pas sans rappeler des similarités à l’audience, nombreuse, du Palais culturel de Ramallah (Cisjordanie).

"C’est exactement comme le Hamas et le Fatah", a murmuré un spectateur pendant la projection, frappé du parallèle entre les divisions internes des républicains irlandais et celles des factions palestiniennes. "La leçon à tirer de l’expérience irlandaise, c’est que la division mène à votre perte", a expliqué aux spectateurs le réalisateur engagé, très applaudi, à la fin de la séance.

Connu pour ses opinions de gauche, Ken Loach, qui a souvent critiqué la politique d’Israël au Liban et à Gaza, avait retiré en 2009 son film "A la recherche d’Eric" de deux festivals pour protester contre le parrainage apporté par l’État hébreu à un autre cinéaste. "Ce n’est pas le moment de se taire, de faire du journalisme ou des films qui ignorent la réalité. C’est de justice qu’on a besoin ici", a-t-il plaidé, appelant à soutenir le boycottage commercial d’Israël et à "faire en sorte que ce pays devienne un paria".

Pour sa première visite, Ken Loach s’est dit très choqué par le mur de séparation entre Israël et les Territoires occupés. "Rien ne vous prépare au choc de voir le mur", a-t-il dit à l’AFP. "C’est une réalité si brutale et si dure, si illégale, qu’elle provoque un sentiment de colère".

Enfin, il a qualifié les négociations directes israélo-palestiniennes, moribondes, de "factices" et "frauduleuses", estimant qu’elles n’avaient aucune chance d’aboutir tant que le droit international ne serait pas respecté.

http://fr.news.yahoo.com/2/20110112...


d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article9931


La solution à deux États à bout de souffle
par : Gwynne Dyer le jeudi 13 janvier, 2011 - nouvelle@acadienouvelle.com


Qu'est-ce que cela signifie lorsque les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et l'Espagne rehaussent le statut diplomatique des délégations palestiniennes dans leur capitale? (C'est ce que tous ces pays ont fait l'année dernière.) Lorsque le nombre de pays qui adhèrent à la revendication d'un État palestinien dépasse cent?

Binyamin Ben-Eliezer, ex-premier ministre adjoint d'Israël et actuel ministre de l'Industrie, du Commerce et de l'Emploi, pense détenir la réponse. Il a récemment mis en garde ses collaborateurs: «Je ne serais pas surpris si d'ici un an le monde entier soutient la création d'un État palestinien, y compris les États-Unis».
Ben-Eliezer ne parle pas d'un hypothétique État palestinien à un moment donné, dans un lointain avenir, après qu'Israéliens et Palestiniens se seront miraculeusement mis d'accord sur la question des frontières, des réfugiés, etc. Il a en tête un véritable État palestinien, proclamé cette année et reconnu sans tarder par la quasi-totalité de la communauté internationale.

Cet État se verrait attribuer un siège aux Nations Unies et aurait, en principe, le droit de contrôler ses frontières même s'il continuait, de fait, à être sous occupation militaire israélienne. Le tracé exact de ses frontières ainsi que toute une série d'autres questions devront être réglés ultérieurement par des négociations directes entre Israël et la Palestine.
De prime abord, il semble que le temps soit venu d'appliquer l'idée de la création immédiate d'un État palestinien indépendant. Le «processus de paix», qui dure depuis maintenant dix-sept ans, n'a plus lieu d'être. Pourquoi ne pas tenter d'attaquer le problème par un autre bout? C'est toutefois un argument insuffisamment convaincant pour créer un État palestinien aujourd'hui. En fait, si on évoque cette possibilité, c'est pour d'autres raisons.
Nombreux sont les Arabes et les Américains qui partagent ce point de vue: ils espèrent que la création d'un État palestinien légitime et théoriquement indépendant donnerait à Mahmoud Abbas, le chef de l'Autorité palestinienne, une crédibilité suffisante pour empêcher un peu plus longtemps le Hamas de s'emparer de la Cisjordanie. (Ce mouvement, qui est contre une paix permanente avec Israël, contrôle déjà la bande de Gaza, l'autre partie de la Palestine occupée.)
Certains Israéliens sont également favorables à cette idée, mais c'est une minorité. Au sein du gouvernement de Benyamin Nétanyahou, personne ne la soutient. Le premier ministre israélien fait tout son possible pour éviter des pourparlers de paix directs, car toute concession de la part de l'État hébreu scinderait la coalition gouvernementale israélienne. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Avigdor Liebermann, affirme que même un accord de paix conclu par des intermédiaires pourrait prendre plusieurs dizaines d'années.
Désespérés, les défenseurs d'un accord de paix - même aux États-Unis - se sont donc décidés à soutenir la proclamation d'un État palestinien. L'ancien ambassadeur américain en Israël, Martin Indyk, s'est récemment prononcé en faveur de cette initiative. Mais on n'aurait pas dû attendre si longtemps.
Si cette idée devient tout à coup populaire, c'est parce que de nombreux observateurs s'aperçoivent enfin que la «solution à deux États», considérée depuis 25 ans comme la seule véritable possibilité d'accord de paix entre Israël et la Palestine, est en fin de vie - pour ne pas dire qu'elle est morte. La proposition de créer un réel État palestinien, même si ses frontières ne font pas l'objet d'un consensus, apparaît comme une opération de sauvetage de dernière minute. Il est sans doute trop tard...
Voilà plusieurs années que le soutien de la population israélienne à un accord sur le principe «la terre contre la paix» a disparu. Maintenant, en outre, les Palestiniens n'ont plus confiance dans un futur avec deux États. Ils se disent que les pourparlers de paix étaient, depuis le départ, une grande farce. Car les responsables politiques israéliens, même les mieux intentionnés, n'auront jamais le courage politique d'inter­rompre la dynamique d'expansion des colonies juives en Cisjordanie.
Côté palestinien, certains s'interrogent: quel est l'intérêt d'un État palestinien tronqué où abonderaient des colonies juives; d'un État palestinien entièrement contrôlé par Israël? Qu'ont à perdre les Palestiniens en renonçant, pour le moment, à leur État et à attendre qu'un taux de natalité plus élevé fasse du peuple palestinien une majorité dans l'ensemble de l'ancienne Palestine mandataire (c'est-à-dire Israël et les territoires occupés)?
   Eh bien, il leur faudrait subir encore 10 ou 15 ans d'occupation militaire ainsi que des campagnes israéliennes de sanctions, telles que l'opération de 2008 à Gaza. Il leur faudrait accepter qu'il n'y ait jamais d'État exclusivement palestinien. Mais une fois qu'ils seront en majorité, ils pourront lancer un mouvement pacifique de droits civiques et exiger que chaque personne ait le droit de vote sur tous les territoires compris entre le Jourdain et la mer.
Cette exigence - un seul grand État avec les mêmes droits pour tous -, c'est ce que les Israéliens raisonnables redoutent le plus. Cela mettrait Israël dans une situation comparable à celle de l'Afrique du Sud sous l'apartheid. Les pays étrangers considéreraient alors que tout ce monde, tant les Arabes que les Juifs, vit sur des territoires placés sous le contrôle permanent d'Israël. Dans ce cas, pourquoi ne pas permettre aux Arabes de Gaza et de Cisjordanie de voter? Si cette hypothèse devenait réalité, Israël survivrait, mais deviendrait un paria.
C'est la raison pour laquelle Benyamin Nétanyahou a soudainement exigé des Palestiniens qu'ils reconnaissent Israël spécifiquement comme un État juif. Si les Palestiniens accèdent à cette demande, ils ne pourront jamais exiger avec crédibilité de grand État unique. C'est également pour cette raison que de nombreux non-Israéliens commencent à prôner la création rapide d'un État palestinien: ils espèrent maintenir en vie la solution à deux États. Mais elle est déjà sous respirateur artificiel. Reste à savoir pour combien de temps.



le livre de Breaking the silence vient de sortir

et  voir en particulier le texte Eliette Abecassis

http://www.parismatch.com/Actu-Match/Monde/Actu/Israel-Gaza-territoires-occupes-Tsahal-232876/

cette semaine  dans paris match, extrait:

Yehuda Shaul, 28 ans, ex-officier de l'armée israélienne, est l'auteur de «Breaking the Silence», un livre événement à paraître en janvier où les combattants de Tsahal racontent leur intolérable comportement dans les territoires occupés à Gaza. Un entretien exclusif pour Paris Match.

Interview Catherine Schwaab - Paris Match


 *Paris Match. Votre livre est une bombe par ses révélations ; quel effet concret en espérez-vous ?*
*Yehuda Shaul.* J’espère pouvoir enfin susciter une vraie discussion sérieuse en Israël car, cette fois-ci, nos témoignages sont innombrables, vérifiés, incontestables : il y en a 180 et nous en tirons une analyse, ce qui est nouveau.

*Pensez-vous que l’opinion israélienne igno­re ce que signifie l’occupation
militaire des territoires palestiniens ?*
Le public a des clichés dans la tête qui incitent à l’approbation aveugle. Par exemple, en hébreu, la politique israélienne dans les territoires occupés se résume à quatre termes que l’on ne peut pas contester : “sikkul” (la prévention du terrorisme), “afradah” (la séparation entre la population israélienne et la population palestinienne), “mirkam hayyim” (la “fabrication” de l’existence palestinienne) et “akhifat hok” (l’application des lois dans les territoires occupés). En réalité, sous ces noms de code se cachent de terribles déviations qui vont du sadisme à l’anarchie et bafouent les plus élémentaires droits de la personne. Cela va jusqu’aux assassinats d’individus innocents dont on suppute qu’ils pourraient être des terroristes. Et je ne parle pas des arrestations arbitraires et des harcèlements en tout genre.

*Quel est le but ?*

Il est clairement défini : c’est de montrer la présence permanente de l’armée, de produire le sentiment d’être traqué, contrôlé, bref, il s’agit d’imposer la peur à tous dans la société palestinienne. On opère de façon irrationnelle, imprévisible, créant un sentiment d’insécurité qui casse la routine.

*L’occupation des Territoires n’est-elle pas nécessaire pour éviter des
“surprises” terroristes ?*
Non ! L’occupation systématique ne se justifie pas car elle recouvre une série d’interdictions et d’entraves inadmissibles. Nous souhaitons en
discuter maintenant. Ni au sein de l’armée ni au sein de la société civile ou politique on ne veut affronter la vérité. Et cette vérité, c’est que nous avons créé un monstre : l’occupation.

*Peut-on espérer que de sérieuses discussions sur la paix améliorent la
situation ?*
Non, chercher à finir le conflit est une chose, finir l’occupation en est une autre. On est tous d’accord pour rechercher la paix, mais on oublie l’occupation. Or, il faut commencer par cela.

*Vos témoignages révèlent l’incroyable impunité dont bénéficient les colons,
véritables adjoints des mili­tai­res : ils brutalisent leurs voisins palestiniens, entraînent leurs enfants à l’agressivité et à la haine des Arabes...*
En effet, mais ce ne sont pas eux le problème. C’est le mécanisme d’occupation qui leur a alloué ce pouvoir démesuré. Moi, quand j’étais militaire à Hébron, je ne pouvais pas arrêter un colon qui enfreignait ouvertement la loi sous mes yeux. Ils font partie de ce système immoral.

*Pensez-vous trouver un soutien dans l’opinion israélienne ?*

Pour l’instant, nous sommes minoritaires mais optimistes ! Il le faut car on  vit des temps sombres, l’opinion israélienne est apathique, les gens en ont ras-le-bol. Et le prix à payer pour cette occupation n’est pas lourd. C’est pourquoi il n’y a pas de volonté politique. En revanche, le prix moral est énorme.

*C’est la première fois que de telles révélations sont faites ?*

Non, il y a un an, nous avions raconté les exactions infligées dans la bande de Gaza, et nous avions été attaqués de toutes parts : par l’armée, la société civile et la société politique. Netanyahou nous avait accusés d’avoir “osé briser le silence”. Mais quel silence ? C’est un silence honteux sur un scandale tonitruant ! Ils ont tout fait pour nous discréditer. Ils tombaient mal car nous sommes tous d’anciens officiers qui avons vécu ces événements pénibles.

*Justement, pas mal de soldats et d’officiers qui s’expriment semblent
  traumatisés par ce qu’ils ont dû accomplir. Une souffrance qui perdure.*
Oui... Enfin, ne nous trompons pas : les victimes, ce sont les Palestiniens qui endurent ce contrôle. Je me souviendrai toujours de la réponse d’un commandant de l’armée lors d’une discussion sur un plateau télé en 2004. Nous avions organisé une expo photo avec une vidéo des témoignages. Il m’a
dit : “Je suis d’accord avec ce que vous montrez, mais c’est comme ça, il faut l’accepter, cela s’appelle grandir, devenir adulte.” Je suis resté sans voix.

*Certains pensent qu’Israël a intérêt à maintenir le conflit et que les
  Palestiniens n’auront jamais leur terre.*
C’est faux. Il est impossible d’éradiquer une population de 3,5 millions d’habitants. Le problème n’est pas de leur accorder une terre, il est dans l’obsession de vouloir les contrôler.

*Les jeunes générations de 20-30 ans sont-elles plus perméables à votre
  point de vue ?*
Toute ma génération n’est pas d’accord avec moi, mais aucun ne peut dire que je mens. Nous sommes tous d’ex-membres de l’armée nationale, nous avons payé le prix, nous avons gagné le droit de parler. Il faut que les esprits changent de l’intérieur.

*Vous êtes juif orthodoxe et vous tenez un discours étonnamment ouvert.
  Votre foi vous aide-t-elle dans ce combat ?*
Pas plus que ça... Mais je sais ce que signifie être un juif religieux : ne pas rester silencieux devant ce qui est mal. Et je veux apporter une solution, pas un problème.



La maladie coloniale d’Israël : on s’est trompés, désolés...

Michel Warschawski (AIC) publié le dimanche 19 décembre 2010.

Une cérémonie en l’honneur des pompiers palestiniens qui avaient participé à circonscrire le feu de forêt au Carmel la semaine dernière a été annulée : plusieurs de ces pompiers n’avaient pas obtenu, de l’armée israélienne, l’autorisation d’entrer en Israël.

Interrogée, l’Administration civile a fait savoir que c’était dû à une erreur technique, et elle exprimait même sa tristesse de voir la presse considérer cela comme un « incident ».

« Comment se fait-il que nous avons eu l’autorisation d’entrer pour aller éteindre l’incendie, et que nous ne l’avons pas maintenant pour une cérémonie en l’honneur de ce que nous avons fait ? » se sont demandés ceux de l’Autorité palestinienne. Après plus de 40 ans d’occupation, il semble qu’à Ramallah, il y en ait encore qui ne comprennent pas ce qu’est une occupation coloniale. La surprise, ce n’est pas qu’on les ait empêchés d’entrer, c’est qu’on les ait autorisés à venir éteindre l’incendie. Quelqu’un les a-t-il contrôlés ? Quelqu’un s’est-il assuré que leur équipement ne contenait pas d’explosif ? Quelqu’un a-t-il vérifié que le chef des pompiers palestiniens n’avait pas un « passé sur la sécurité » et que le conducteur du véhicule anti-incendie n’était pas recherché ?

Il y a bien des points sur tout cela qui méritent une commission gouvernementale d’enquête, et des têtes doivent tomber. Et s’il vous plaît, que ce ne soit pas celle de l’officier subalterne ou du sergent qui était responsable du check-point : non, c’est le ministre de la Défense, dans toute sa gloire, qui doit être tenu pour responsable et viré de son poste. Personne ne s’en plaindra, et peut-être que ce sera là, le résultat positif de l’incendie du Carmel. Une fois encore, il y en a un qui s’est endormi pendant le service.

Quarante-quatre ans d’occupation coloniale d’Israël - sans parler des décennies de colonialisme d’avant 1967 - ont complètement déformé la conscience collective israélienne, et il n’existe aucune chance pour qu’on y voie un Palestinien autrement que comme un sujet occupé, un sujet à la merci de tous les porteurs d’uniformes et des bureaucrates de l’occupation. « Erreur bureaucratique », a commenté le porte-parole d’Israël, mais c’est Israël, dans son intégralité, qui est une vaste bureaucratie coloniale par rapport à la population aborigène. Un Palestinien est un Palestinien ; dans le meilleur des cas, il est un problème, dans le pire, une menace.

Quand j’ai lu le journal à propos de l’ « incident » des pompiers, je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux dizaines « d’incidents » similaires qui l’ont précédé pendant la période d’Oslo, quand les représentants des Palestiniens s’en allaient aux négociations officielles avec les dirigeants israéliens et étaient interpellés, retenus aux check-points ou contraints d’endurer des contrôles humiliants, comme n’importe quel Palestinien. « Erreur bureaucratique », disaient-ils à l’époque, comme aujourd’hui, et ils s’excusaient. « Réflexe colonial » est une expression qui conviendrait mieux à cette situation où tous les bureaucrates et officiers sont incapables de voir dans le Palestinien quelqu’un d’autre qu’un natif sous leur autorité. Non pas un pompier sur le chemin du feu, non pas un médecin dans une ambulance, non : un natif. Quelqu’un qui chercherait encore une raison à ce fiasco appelé Oslo ferait bien de chercher du côté de l’ « incident » des pompiers, quinze ans plus tard. Nous n’avons rien appris, et nous n’avons rien oublié.

Cette mentalité d’arrogance chronique est tout aussi manifeste en ce qui concerne l’aide internationale qui fut accordée à Israël pendant les incendies : nous avons été obligés de l’accepter, y compris de la Turquie, et de remercier les chefs d’Etat qui avaient envoyé cette aide, mais c’est resté en travers de la gorge de Netanyahu. « Le monde entier est contre nous », « Peu importe ce que disent les goïm », et « Rien que le peuple » ; telle est la philosophie sioniste. Pas d’aide internationale, et certainement pas de manifestation de reconnaissance. Et dire que dans le cas de la Turquie, les remerciements doivent être accompagnés d’excuses pour le massacre perpétré par les commandos de la marine d’Israël sur le Marmara.

Le dernier aspect et le plus pathétique, le meilleur, c’est pour le supertanker américain : si seulement il était arrivé tout de suite, nous n’aurions pas eu besoin des Turcs et des Grecs, et certainement pas des Palestiniens. Des Etats-Unis, Israël est prêt à tout accepter, c’est naturel puisque c’est au sein de la même famille et nul besoin de reconnaissance - comme nous l’avons vu dans le comportement de Netanyahu envers la demande américaine pour un moratoire sur les constructions des colonies.

Bibi, dis-leur dans quel siècle nous vivons, si peu connaissent le néoconservatisme comme toi... Toi tu en as fait une religion, et des principes de la liberté des marchés dans le onzième commandement...

16 décembre 2010 - Alternative Information Center - traduction : JPP

http://www.alternativenews.org/english/index.php/blogs/michael-warschawski/3099-israels-colon


d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article9828



Georges Corm « Face au déni international, il n’y a que la résistance »

Entretien réalisé par 
Pierre Barbancey (l’Humanité) publié le lundi 20 décembre 2010.

Économiste 
et historien libanais, Georges Corm est l’auteur de nombreux ouvrages consacrés au Proche-Orient et à la question religieuse. Il vient de publier le Nouveau Gouvernement du monde. Idéologies, structures, contre-pouvoirs, aux Éditions La Découverte. Rencontre autour de la question palestinienne. Beyrouth (Liban), envoyé spécial.

Des négociations directes avaient débuté entre Palestiniens et Israéliens. Elles sont maintenant stoppées en raison 
de la poursuite de la colonisation. Quel est le contexte politique, notamment dans le cadre 
de la stratégie américaine  ?

Georges Corm. Cette histoire de négociations de paix est un mauvais théâtre. C’est ce que j’ai appelé un «  processus de paix qui vient remplacer la paix qui ne viendra jamais  ». À chaque fois, ces processus permettent à l’État d’Israël de continuer la colonisation, d’affaiblir et de marginaliser encore plus les Palestiniens et, à chaque fois qu’on redémarre des négociations, d’avoir de nouvelles exigences qui sont, en général, inacceptables au regard du droit international et au regard des droits légitimes du peuple palestinien sur sa terre. Rappelons-nous  : le président Clinton avait, en 2000, refait des négociations à Camp David qui avaient fait couler beaucoup d’encre puisque les Israéliens avaient accusé la partie palestinienne d’avoir refusé une offre extrêmement généreuse. Heureusement que Robert Malley, alors conseiller de Clinton, a rétabli la vérité en montrant que rien de sérieux n’avait été offert aux Palestiniens. George W. Bush refait le coup à Annapolis, en novembre 2007. Il est en fin de mandat et tout le monde sait que ça ne peut déboucher sur rien. Un grand spectacle médiatique.

L’arrivée d’Obama à la Maison-Blanche n’a-t-elle pas représenté 
une rupture  ?

Georges Corm. Qu’a fait Barack Obama  ? Il a changé le ton de George W. Bush. Il a prononcé un discours au Caire en juin 2009, lequel confirme le cadre culturel et intellectuel  : «  Je parle à tous les musulmans du monde.  » Ce qui confirmerait une thèse un peu Huntington (auteur du Choc des civilisations – NDLR) qui serait qu’il y a un problème avec des musulmans, donc un Occident judéo-chrétien, comme il se définit maintenant, qui a un problème avec un Orient arabo-musulman. Entre parenthèses, quand vous mettez vos valeurs démocratiques sous un chapeau religieux, les valeurs judéo-chrétiennes, on est dans l’incohérence la plus totale. D’autant que le christianisme s’est bâti contre le judaïsme. Parler de valeurs judéo-chrétiennes ne me paraît pas très sérieux. On m’avait appris que les racines de l’Europe étaient gréco-romaines. Elles le sont restées jusqu’à la fin des années soixante-dix  ! J’ai appelé ça un «  coup d’État culturel  ». Pour revenir à Obama, le fond de son discours était fort aimable, la rhétorique est très belle. Il a en plus appuyé son propos avec des sourates du Coran, ce qui lui a valu beaucoup d’applaudissements. Mais quand vous analysez le discours, vous vous rendez compte que, sur le fond, par rapport aux gouvernements américains précédents, il n’a rien cédé. Il a dit qu’il compatissait aux souffrances palestiniennes. Mais il n’a rien dit de plus. Comme d’habitude, il a appuyé les revendications de l’État d’Israël. Et comme d’habitude, on demande aux Palestiniens de ne pas tirer un seul coup de feu sur qui que ce soit. Ni sur l’armée occupante ni sur les colons. Ce qui est une logique qui ne débouche sur rien. Le discours en lui-même n’a rien apporté de nouveau. Au contraire. Il a confirmé une politique américaine devenue traditionnelle  : soutien sans limite à l’État d’Israël. Bush faisait cela avec un mépris très fort des Arabes, avec une rhétorique islamophobe. Barack Obama a rectifié le ton, un ton poli, gentil, mais sur le fond, rien n’a changé. Il a bien un envoyé spécial pour le Proche-Orient, George Mitchell. Mais si vous faites l’historique des envoyés spéciaux au Moyen-Orient, qu’ils aient été des Nations unies, de l’Union européenne ou des États-Unis, je crois que trente volumes ne suffiraient pas. Tout ça n’a pas fait avancer d’un pas un quelconque respect des droits palestiniens. Rien n’a dissuadé Israël de poursuivre sa colonisation ou, plus récemment, de continuer d’encercler Gaza, en dépit de toutes les lois humanitaires.

On a d’abord parlé de négociations indirectes. Autant dire qu’on est dans le surréalisme complet. Et puis, grande victoire, enfin on arrache à Mahmoud Abbas – dont le mandat comme président de l’Autorité palestinienne est échu – le fait qu’il retourne négocier directement et sans condition alors que lui parle de l’arrêt de la colonisation. Donc, une nouvelle fois, on a eu droit au théâtre. De Washington, la scène se transporte à Charm el-Cheikh puis, comble de l’horreur, à Jérusalem. Car il s’agit d’abord de faire accepter le fait accompli d’Israël à Jérusalem, côté Palestiniens, alors qu’eux-mêmes ne peuvent pratiquement plus y accéder ou y résider  ! Alors que les saisies de propriétés palestiniennes à Jérusalem n’ont jamais été aussi importantes, l’expansion des colonies de peuplement autour de Jérusalem continue. Ces négociations sont très payantes, électoralement, aussi bien pour 
M. Obama que pour M. Netanyahou, dont le gouvernement boite un peu et qui reçoit un appui américain, ce qui lui permet de survivre. Pour les deux partenaires concubins, l’opération est extrêmement payante. Pour les Palestiniens, absolument rien n’est changé. Il est absolument évident que ça ne va déboucher sur rien. Les Européens sont absents. Et puis, «  business as usual  » (business comme d’habitude – NDLR). Une fois les négociations échouées, on refera des campagnes médiatiques pour dire que les Palestiniens ont, une fois de plus, loupé le coche, ou on mettra ça sur le compte de la division interpalestinienne… Cela dure depuis 1948.

Les Palestiniens ont-ils vraiment 
les moyens de s’opposer à cela 
et de refuser de retourner à la table des négociations  ?

Georges Corm. Bien sûr  ! Ils n’ont qu’à dire  : «  On va négocier pour quoi  ?  » Aujourd’hui, tout le monde le dit  : il y a eu des rapports des Nations unies, de l’Union européenne, mis dans des tiroirs, des articles comme ceux de Régis Debray, qui le montrent  : il n’y a pas de possibilité de créer un État palestinien en Cisjordanie. On sait très bien qu’un échange de territoires, s’il a lieu, ce sera quelques arpents de désert pour les Palestiniens contre des superficies très importantes de la Cisjordanie pour les Israéliens où l’agriculture est possible et où se trouvent les nappes phréatiques qu’Israël pille déjà et qui diminuent rapidement. Il est illogique de demander à un peuple occupé de négocier avec son occupant, de protéger l’armée de l’occupant et les implantations que l’occupant développe en violation du droit international. Dès le départ, nous sommes dans une situation complètement viciée. C’était déjà le problème des accords d’Oslo. Avec Edward Saïd et d’autres, je les avais dénoncés à l’époque, en faisant remarquer que les Palestiniens se mettent la corde autour du cou. Un occupant, on le chasse. Et quand il n’obéit pas aux résolutions des Nations unies et aux principes du droit international, il n’y a que la résistance armée. Il n’y a pas autre chose.

Les implications régionales 
sont évidemment multiples  : l’Irak, l’Afghanistan, l’Iran…

Georges Corm. Tout ça nous éloigne du problème principal. Les intellectuels admirateurs d’Israël essaient de tout lier ensemble ou parfois de tout séparer, en disant que les dossiers n’ont rien à voir les uns avec les autres. Il est certain que lorsqu’il y a un mouvement de résistance à une occupation, ce mouvement de résistance a besoin d’appuis extérieurs. Le FLN algérien était soutenu par l’Égypte, les Palestiniens ont utilisé le territoire jordanien quelques mois, puis le territoire libanais. Puis ils ont reçu des moyens financiers venus d’un peu tous les États arabes, c’était la belle époque de l’OLP au Liban. Aujourd’hui, l’aide arabe ne va plus au Hamas, qui continue la lutte armée, et donc l’Iran a rempli un vide. Ça fait crier mais moi, en tant que Libanais, je ne peux pas en vouloir à l’Iran d’avoir aidé le Hezbollah à libérer un territoire occupé. Si les Européens et les Américains ont un problème avec l’Iran, ce n’est pas le mien.

Comment sortir de l’impasse  ?

Georges Corm. Cela prendra des décennies. Si on regarde la carte de la Palestine, il est bien évident qu’à long terme, quand les choses auront mûri dans la psychologie israélienne et chez les décideurs européens et américains, la seule porte de sortie pour tout le monde est une solution à la sud-africaine. Continuer à parler de deux États est surréaliste. Plus la situation traîne, plus vous aurez des opinions publiques arabes et, comme on dit, musulmanes ou islamiques, qui vont devenir «  anti-occidentales  ». Parce que cette politique de deux poids deux mesures depuis 1947 en faveur d’Israël et à l’encontre des droits des peuples de la région, des Palestiniens mais autrefois aussi des Libanais, n’est pas supportable. Tout le monde oublie le nombre d’années où le Liban a été occupé. Par rapport aux 30 000 morts qu’Israël a faits l’été 1982 à Beyrouth, les choses sont presque meilleures aujourd’hui. 2006, attaque du Sud Liban, il y a eu 1 400 victimes, plus de 3 000 blessés et de nombreuses destructions. À Gaza, il y a eu plus de 1 500 morts. En tant que libanais, je me souviens des 30 000 morts et des trois mois pendant lesquels Beyrouth-Ouest a été assoiffée, encerclée, bombardée par terre, par mer et par air, sans interruption. Dans un certain sens, la machine de guerre israélienne n’a plus les capacités de faire ce qui a été fait au Liban en 1982. Et en 2006, cette machine a dû s’arrêter. Elle n’a pas pu continuer. L’État d’Israël est entrain de trouver les limites de sa puissance. Évidemment, l’élément iranien est présent. On joue beaucoup dessus en disant que si l’Iran a la bombe atomique, l’existence d’Israël est menacée. Le raisonnement est très spécieux. Vous avez un État ultra-islamique, le Pakistan, dont on pense tous les jours qu’il va s’effondrer dans les quarante-huit heures qui suivent, qui a la bombe atomique et ça n’empêche personne de dormir.

Vous avez noté que l’Union européenne était singulièrement absente des discussions. 
Comment expliquez-vous cela  ?

Georges Corm. Cela arrange beaucoup l’Europe. Parce qu’il y a la mauvaise conscience européenne et les Européens préfèrent laisser faire les Américains. Quant à la France, si vous enlevez l’épisode du général de Gaulle… Tant qu’Israël est un espace sacré de nature eschatologique par rapport aux Européens, il n’y a pas de solution. Si l’Europe ne revient pas à un républicanisme laïc dans l’approche du conflit, il n’y a pas de solution. L’approche du conflit ne peut être que profane.

http://humanite.fr/16_12_2010-georges-corm-%C2%ABface-au-d%C3%A9ni-international-il-n%E2%80%99y-que-la-r%C3%A9sistance%C2%BB-460225


d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article9831


ÉCHEC CONSOMMÉ DES « POURPARLERS DIRECTS»

 Robertbibeau@hotmail.com

 SAMIDOUN - 13.12.2010

http://www.robertbibeau.ca/palestine.html

 Il est parfois très difficile en politique (particulièrement au Proche-Orient), de démêler la vérité du mensonge, l’intention réelle du simulacre.

 

Hillary Clinton aurait déclaré forfait ; le très puissant Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu, aurait tenu tête à la Secrétaire d’État américaine et refusé de se plier aux exigences de cette dernière, de proroger le « moratoire sur la colonisation ». Ce serait  le nain israélien qui dirigerait la superpuissance américaine, et non pas l’inverse. Cependant,  regardons-y de plus près.

 

Première question à résoudre, dans cette affaire des « pourparlers directs » entre Mahmoud Abbas, le Président échu de l’Autorité sans autorité, et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu :  quels étaient les objectifs poursuivis par chacun des protagonistes ? Une fois cette question résolue, nous serons à même de résoudre l’énigme Clinton-Netanyahu.

 

Mahmoud Abbas, dont le mandat à la Présidence de l’Autorité palestinienne sans aucune autorité (1) est échu depuis Janvier 2009, se rendait à ces pourparlers de paix afin d'échanger  les derniers droits du peuple palestinien (tel le droit de retour et les droits sur 80% de la terre de la Palestine du mandat britannique, tel qu’amendé en 1922) et d’échanger, également, les droits palestiniens sur la ville de Jérusalem en tant que capitale de l’État palestinien. En retour,  Mahmoud Abbas réclamait le privilège de créer un État de type bantoustan, sous protectorat israélien, sur environ 20% des terres palestiniennes (la portion de la terre palestinienne que les sionistes n’avaient pas encore conquis et occupé en 1967, dont la limite suit approximativement le tracé de la Ligne verte).

 

Benjamin Netanyahu se rendait à ces « pourparlers directs » avec l’intention d’obtenir d’un interlocuteur palestinien crédible la renonciation définitive, légale, écrite et signée aux droits du peuple palestiniens sur 90 % de la terre palestinienne (toutes les terres déjà conquises et colonisées en Israël, en Cisjordanie et à Jérusalem annexée illégalement), la renonciation à Jérusalem dans son entier, la renonciation définitive au droit de retour pour les quelques sept millions de palestiniens des camps de réfugiés et de la diaspora et la reconnaissance d’Israël en tant qu’État juif condition de légalisation des précédentes exigences. Rien de moins !

 

Benjamin Netanyahu était toutefois d’accord pour la création d’un État bantoustan sous protectorat israélien sur moins de 10% des terres palestiniennes. Restait, cependant, à négocier les conditions de ce protectorat (sans plateau marin continental, sans armée, sans espace aérien, sans postes frontières, emmuré, avec droit de contrôle absolu d’Israël sur tout ce qui rentre et tout ce qui sort du bantoustan).

 

Barak Obama et Hillary Clinton se rendaient à ces « pourparlers directs » pour soutenir leur colonie militaire de peuplement dans ses revendications. Ils étaient évidemment sceptiques quant à l’éventualité que Mahmoud Abbas se rende à de telles exigences extravagantes. Mais, si Mahmoud Abbas acceptait tout de même de « pourparler », pourquoi pas ? C’était lui, le sacrifié… Après tout, s’il se croyait assez fort pour refiler ce « package » à son peuple, à lui de s’exécuter…

 

Évidemment, il apparut très tôt, et je l’avais prédit dès l’amorce, que ces « pourparlers directs » étaient morts nés (2).  Mahmoud Abbas, le Président échu et illégal, n’avait pas la crédibilité requise pour signer quoi que ce fût.  Il ne contrôlait pas la bande de Gaza, d’où l’armée israélienne avait été incapable de chasser le Hamas en janvier 2009. Surtout, Mahmoud Abbas ne pouvait pas espérer faire admettre, dans les camps de réfugiés de Syrie, de Jordanie et du Liban, un accord répudiant le droit au retour. Mahmoud Abbas ne pouvait laisser croire aux milliers de Palestiniens de Jérusalem-Est qu’Abou Dis, ce village de banlieue – la capitale promise à Arafat – était bien la ville de Jérusalem. Enfin, il n’était pas du tout assuré que le président échu puisse même faire passer l’entente en Cisjordanie occupée, malgré l’activité fébrile de ses services de sécurité secondés par l’armée israélienne. Il aurait fallu massacrer probablement la moitié de la population palestinienne pour espérer que la moitié restante vote en faveur d’un tel accord.

 

Le cheval présidentiel s’avérait un baudet, un canasson crevé qui ne pouvait délivrer la marchandise promise. Ne restait plus au tandem Clinton-Netanyahu qu’à se trouver une échappatoire pour se sortir de ce futile exercice diplomatique.

 

La mise en scène du moratoire temporaire partiel non prorogé offrait le prétexte rêvé permettant à Mahmoud Abbas de se sortir du guêpier où il s’était lui-même fourré.  Aussitôt dit, aussitôt fait. Après avoir pris acte du refus israélien de proroger le moratoire partiel et temporaire, Hillary Clinton conserve le rôle de celle qui a fait tous les efforts pour obtenir un accord : elle pourra donc revenir sur le devant de la scène en tant que médiatrice, si un traitre plus crédible que Mahmoud Abbas se profil un jour dans le camp palestinien. Benjamin Netanyahu peut se présenter à la Knesset avec l’auréole du dompteur de lionne et  Mahmoud Abbas se retire de cet accord-guêpier  avec les honneurs de celui qui ne cède pas devant le chantage à la colonisation, lui qui, de toute façon, ne pouvait signer cet accord que personne n’aurait reconnu et qui n’a jamais exigé la levé du blocus de Gaza pour « pourparler ». 

 

En finale, il est très bien que ces « pourparlers » de capitulation et de trahison du peuple palestinien aient échoué et pris fin comme ils avaient commencé, en queue de requin. (3) 

 

_______________________

 

(1) C’est Mahmoud Abbas lui-même qui, en menaçant de démissionner, avoue candidement qu’il n’a même pas le droit de sortir de Ramallah sans l’autorisation signée du gouverneur militaire de la zone. Salam Fayyad,  le Premier ministre de l’Autorité en Cisjordanie, le réaffirmait, quand à lui suite à la destruction par les israéliens d’une autoroute qu’il venait tout juste d’inaugurer (le mois dernier). Une autoroute payée par les contribuables européens détruite le lendemain de son inauguration.

(2)   Robert Bibeau. (2010).   http://www.ism-france.org/news/article.php?id=14340&type=analyse&lesujet=Initiatives%20de%20Paix  et    http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Robert_Bibeau.121010.htm
et  http://www.oulala.net/Portail/spip.php?article4789

(3) http://www.aloufok.net/spip.php?article2891




La sauvagerie de l'impérialisme états-unien

Noam Chomsky


Noam Chonsky

Vendredi 10 décembre 2010

1. L’empire des États-Unis, le Moyen-Orient et le monde

Il est tentant de reprendre depuis le début. Le début c’était il y a bien longtemps, mais il est utile de revoir certains points d’histoire qui pourront être comparés à la politique actuelle des États-Unis au Moyen-Orient. Les États-Unis sont un pays très particulier par bien des aspects. Ils sont probablement le seul pays au monde qui soit né empire. C’était un empire enfant – comme George Washington l’a appelé –, et les Pères fondateurs étaient très ambitieux. Le plus libéral d’entre eux, Thomas Jefferson, pensait que l’empire enfant devait s’étendre davantage et devenir le « nid » à partir duquel le continent entier serait colonisé. Cela signifiait se débarrasser des « rouges », les Indiens, lesquels ont effectivement été déplacés ou exterminés. Les Noirs devaient être renvoyés en Afrique dès qu’on n’aurait plus besoin d’eux et les Latins seraient éliminés par une race supérieure.

La conquête du territoire national

Les États-Unis ont été un pays très raciste pendant toute leur histoire, et pas seulement à l’encontre des Noirs. Les idées de Jefferson étaient assez communes, les autres étaient globalement d’accord avec lui. C’est une société de colons. Le colonialisme de peuplement c’est ce qu’il y a de pire comme impérialisme, le genre le plus sauvage parce qu’il requiert l’élimination de la population indigène. Ce n’est pas sans relation, je crois, avec le soutien automatique des États-Unis à Israël, qui est aussi une société coloniale. La politique d’Israël d’une certaine façon fait écho à l’histoire états-unienne, en est une réplique. Et, il y a plus, les premiers colons aux États-Unis étaient des fondamentalistes religieux qui se considéraient être des enfants d’Israël répondant au commandement divin de peupler la terre et de massacrer les Amalécites, etc. C’est tout près d’ici, les premiers colons, au Massachusetts.

Tout cela était fait avec les meilleures intentions. Ainsi, par exemple, le Massachusetts (le Mayflower et toute cette histoire) à reçu sa Charte de la part du roi d’Angleterre en 1629. La Charte chargeait les colons de sauver les populations locales des affres du paganisme. D’ailleurs si vous regardez le sceau de la Bay Colony du Massachusetts vous voyez un Indien qui tient une flèche pointée vers le bas en signe de paix. Et devant se bouche il est écrit « Come over and help us » [« Venez et aidez-nous »]. C’est l’un des premiers exemples de ce qu’on appelle aujourd’hui l’interventionnisme humanitaire. Et ce n’est qu’un exemple, il y a bien d’autres cas au cours de l’histoire, et cela dure jusqu’à nos jours. Les Indiens demandaient aux colons de venir et de les aider et les colons suivaient gentiment le commandement leur demandant de venir et de les aider. En fait nous les aidions en les exterminant.

Après coup on a trouvé ça bizarre. Dans les années 1820, un membre de la Cour suprême a écrit à ce propos. Il dit qu’il est assez étrange que, malgré toute notre bienveillance et notre amour pour les Indiens, ils dépérissent et disparaissent comme les « feuilles d’automne ». Comment était-ce possible ? Il a fini par en conclure que la volonté divine est « au-delà de la compréhension humaine ». C’est simplement la volonté de Dieu. Nous ne pouvons pas espérer comprendre. Cette conception – appelée le providentialisme – selon laquelle nous suivons toujours la volonté de Dieu existe encore aujourd’hui. Quoi que nous fassions nous suivons la volonté de Dieu. C’est un pays extrêmement religieux, unique en son genre en matière de religiosité. Une grande partie de la population – je ne me souviens plus du chiffre, mais il est assez élevé – croit littéralement ce qui est écrit dans la Bible. Le soutien total à Israël est l’une des conséquences de tout cela, parce que Dieu a promis la terre promise à Israël. Donc nous devons les soutenir.

Les mêmes personnes – une part importante des plus importants défenseurs d’Israël – sont des anti-sémites, parmi les plus extémistes du monde. À côté d’eux Hitler semble assez modéré. Leur perspective est l’élimination des Juifs après Armageddon. Il y a tout un tas d’histoires à ce propos, lesquelles sont crues, littéralement, jusqu’à un très haut niveau – probablement des gens comme Reagan, George W. Bush, et d’autres. Cela n’est pas sans lien avec l’histoire colonialiste du sionisme chrétien – il précède le sionisme juif, et il est beaucoup plus puissant. C’est l’une des raisons qui expliquent le soutien automatique et inconditionnel à Israël.

La conquête du territoire national est une histoire assez laide. Certaines des personnes les plus honnêtes l’ont reconnu, comme John Quincy Adams, qui était l’un des grands stratèges de l’expansionnisme – le théoricien de la Destinée manifeste, etc. À la fin de sa vie, longtemps après ses propres crimes, il se lamentait sur le sort de ceux qu’il appelait « la malheureuse race des indigènes américains, que nous exterminons sans pitié et avec une perfide cruauté ». Il a dit que ce serait l’un des péchés pour lesquels le Seigneur allait nous punir. Nous attendons encore.

Ses idées sont jusqu’à nos jours tenues en haute considération. Il y a un livre de référence, universitaire, écrit par John Lewis Gaddis, un grand historien états-unien, qui concerne les racines de la doctrine Bush. Gaddis, avec raison, présente la doctrine Bush comme héritière de la grande stratégie de John Quincy Adams. Il dit que c’est un concept qui existe tout au long de l’histoire des États-Unis. Il en fait l’éloge, il considère que c’est la conception correcte – nous devons assurer notre sécurité, l’expansion est le moyen de la sécurité, et vous ne pouvez pas vraiment assurer votre sécurité sans tout contrôler. Donc nous devons nous déployer, non seulement dans l’hémisphère, mais partout dans le monde. C’est la doctrine Bush.

Au moment de la Deuxième Guerre mondiale, sans entrer dans les détails… Bien que les États-Unis aient été depuis longtemps et de loin le pays le plus riche du monde, ils jouaient un rôle secondaire sur la scène mondiale. L’acteur principal c’était la Grande-Bretagne – et y compris la France avait une plus grande présence dans le monde. La Deuxième Guerre mondiale a changé tout cela. Les stratèges états-uniens durant la Deuxième Guerre mondiale, les planificateurs de Roosevelt, ont dès le début de la guerre très bien compris qu’au bout du compte les États-Unis allaient se retrouver dans une position de supériorité absolue.

Alors que la guerre se déroulait – les Russes terrassaient les Allemands, ils ont à ce moment presque gagné la guerre en Europe – on avait compris que les États-Unis seraient dans une position de domination encore plus nette. Et ils ont donc élaboré des plans pour la configuration du monde de l’après-guerre. Les États-Unis auraient le contrôle total d’une zone qui comprendrait l’hémisphère occidental, l’Extrême-Orient, l’ex-Empire britannique, la plus grande partie possible de l’Eurasie, incluant donc l’Europe occidentale et son importante infrastructure commerciale et industrielle. C’est le minimum. Le maximum c’est le monde entier ; et bien entendu c’est ce dont nous avons besoin pour notre sécurité. Dans cette zone les États-Unis auraient le contrôle incontesté et empêcheraient tous les pays d’aller vers davantage de souveraineté.

Les États-Unis se trouvent à la fin de la guerre dans une position de domination et de sécurité sans équivalent dans l’histoire. Ils ont la moitié de la richesse mondiale, ils contrôlent tout l’hémisphère occidental et les deux rives des deux océans. Ce n’était pas un contrôle total. Les Russes étaient là et il y avait encore quelques parties hors de contrôle, mais l’expansion avait été remarquable. Juste au centre se trouvait le Moyen-Orient.

Adolf A. Berle, une personnalité libérale, qui fut très longtemps le conseiller du président Roosevelt, mettait l’accent sur le fait que contrôler le pétrole du Moyen-Orient signifierait dans une bonne mesure contrôler le monde. Cette doctrine reste inchangée, elle est encore en vigueur actuellement et c’est l’un des facteurs essentiels pour décider des orientations politiques.

Après la Deuxième Guerre mondiale

Durant la Guerre froide les décisions politiques étaient invariablement justifiées par la menace russe. C’était dans une bonne mesure une menace fictive. Les Russes géraient leur propre petit empire avec un prétexte similaire, la menace états-unienne. Ce rideau de fumée n’existe plus depuis la chutte de l’Union soviétique. Pour ceux qui veulent comprendre la politique étrangère de États-Unis, un point qui de toute évidence devrait être observé c’est ce qui est arrivé après la disparition de l’Union soviétique. C’est naturellement le point qu’il faut observer, et il s’ensuit presque automatiquement que personne ne l’observe. On en parle à peine dans la littérature universitaire alors qu’il est évident que c’est ce que vous devez regarder pour comprendre la Guerre froide. En fait si vous regardez vous obtenez des réponses tout à fait claires. Le président à l’époque était George Bush I. Immédiatement après la chute du mur de Berlin, il y a eu une nouvelle stratégie de sécurité nationale, un budget de la défense, etc. C’est très intéressant. Le message principal est le suivant : rien ne va changer sauf les prétextes. Donc nous avons encore besoin, disaient-ils, d’une force militaire gigantesque, non pas pour nous défendre des hordes russes parce que ça n’existe plus, mais à cause de ce qu’ils ont appelé la « sophistication technologique » de certains pouvoirs dans le Tiers monde. Maintenant si vous êtes une personne bien éduquée, bien formée, qui vient de Harvard, etc., vous n’êtes pas supposé rire quand vous entendez ça. Et personne n’a ri. En fait je pense que personne n’en a rendu compte. Donc, disaient-ils, nous devons nous protéger de la sophistication technologique des puissances du Tiers monde et nous devons maintenir ce qu’ils ont appelé la « base industrielle de la défense » – un euphémisme pour parler de l’industrie high-tech (les ordinateurs, Internet, etc.), qui dépend principalement du secteur étatique, sous le prétexte de la défense.

Concernant le Moyen-Orient... Ils disaient que nous devions maintenir nos forces d’intervention, la plupart d’entre elles au Moyen-Orient. Puis vient une phase intéressante. Nous devons faire barrage pour contenir l’ennemi. Nous devons maintenir les forces d’intervention au Moyen-Orient pour défendre nos intérêts, la région qui « ne pouvait pas être offerte en cadeau au Kremlin ». En d’autres termes, désolés les gars, nous vous avons menti pendant 50 ans, mais maintenant que le prétexte n’existe plus, nous vous dirons la vérité. Le problème au Moyen-Orient est ce qu’on appelle le nationalisme radical. « Radical » signifie simplement indépendant. C’est un terme qui signifie « ne suit pas les ordres ». Le nationalisme radical peut être de différentes sortes. L’Iran en est un bon exemple.

La menace du nationalisme radical

En 1953 la menace iranienne c’était un nationalisme laïque. Après 1978 c’est le nationalisme religieux. En 1953 on a renversé le régime parlementaire et on a installé un dictateur beaucoup plus à notre goût. Ce n’était pas un secret. Le New York Times, par exemple, dans un éditorial, se réjouissait du renversement du gouvernement iranien, estimant qu’il s’agissait d’une bonne « leçon de choses » pour les petits pays qui devenant fous, emportés par le nationalisme radical, rejettent toute autorité et veulent contrôler eux-mêmes leurs ressources. Ce sera une leçon de choses pour eux : n’essayez pas ce genre de bêtises, et certainement pas dans cette région dont nous avons besoin pour contrôler le monde. C’était en 1953.

Depuis le renversement du tyran imposé par les États-Unis en 1979 l’Iran a continuellement été attaqué par les États-Unis. Au début Carter a essayé de répondre au renversement du shah en organisant un coup d’État. Ça n’a pas marché. Les Israéliens – l’ambassadeur… il y avait des relations très proches entre Israël et l’Iran sous le shah, bien que théoriquement il n’y eût pas de relations formelles – ont fait savoir que si nous pouvions trouver des officiers disposés à tuer 10 000 personnes dans les rues, nous pourrions rétablir le régime du shah. Zbigniew Brzezinski, le conseiller de Carter à la sécurité nationale, avait à peu près les mêmes idées. Mais ça n’a pas vraiment marché. Les États-Unis ont alors immédiatement soutenu Saddam Hussein, pour qu’il envahisse l’Iran. Et ce n’est pas une mince affaire. Des centaines de milliers d’Iraniens ont été massacrés. Les gens qui sont à la tête de l’Iran actuellement sont des vétérans de cette guerre et ils ont une claire conscience du fait que l’ensemble du monde est contre eux – les Russes, les États-Uniens, tout le monde soutenait Saddam Hussein, tout le monde voulait renverser le nouvel État islamique.

Ce n’est pas peu de choses. Le soutien des États-Unis à Saddam Hussein est allé très loin. Les crimes de Saddam – comme le génocide d’Anfal, massacre de Kurdes – étaient niés. Le gouvernement Reagan les démentait et les attribuait à l’Iran. À l’Irak on a même donné un privilège rare. C’est le seul pays, avec Israël, qui a pu attaquer un navire états-unien et s’en sortir impunément. Dans le cas d’Israël c’était le USS Liberty en 1967. Dans le cas de l’Irak c’était le USS Stark en 1987 – un navire qui appartenait à la flotte états-unienne protégeant les convois irakiens des attaques iraniennes pendant la guerre. Ils ont atttaqué le navire avec des missiles français, ils ont tué plusieurs dizaines de marins – et ils n’ont reçu qu’une petite tape sur la main, rien de plus.

Le soutien des États-Unis était tel que c’est quasiment eux qui ont remporté la guerre pour l’Irak. Une fois la guerre finie, le soutien des États-Unis à l’Irak a continué. En 1989 George Bush I a invité des ingénieurs nucléaires irakiens aux États-Unis, pour qu’ils reçoivent des formations de pointe dans le domaines des armes nucléaires. C’est l’une de ces petites choses qu’on cache parce que quelques mois plus tard Saddam est devenu un mauvais garçon. Il a désobéi aux ordres. Juste après cela il y a eu de terribles sanctions, etc.

La menace iranienne

Pour en revenir à notre époque, dans la littérature sur la politique étrangère et dans les commentaires généraux ce que vous lisez généralement c’est que le problème le plus important pour les États-Unis était et reste la menace iranienne. Qu’est-ce que c’est que cette menace iranienne au juste ? Nous disposons d’une source qui fait autorité sur ce point. C’était il y a quelques mois : un compte rendu au Congrès des États-Unis émanant du département de la défense et des services d’intelligence. Tous les ans ils font un compte rendu au Congrès sur la situation mondiale en matière de sécurité. Le dernier compte rendu, celui d’avril dernier, comporte une partie qui concerne l’Iran, bien sûr, la plus grande menace. Il est important de lire ce compte rendu. Ce qu’ils disent c’est que, quoi qu’il en soit de la menace iranienne, ce n’est pas une menace militaire. Ils disent que les dépenses militaires iraniennes sont plutôt basses, y compris si on les compare aux pays de cette région ; et si on les compare à celles des États-Unis, elles sont insignifiantes – probablement moins de 2% de nos dépenses militaires. Par ailleurs ils disent que la doctrine militaire iranienne est basée sur le principe de la défense du territoire national, elle est conçue pour contenir une invasion pendant un temps suffisant pour rendre possible le passage à l’action diplomatique. Voilà la doctrine militaire des Iraniens. Ils disent qu’il est possible que l’Iran pense aux armes nucléaires. Ils ne vont pas plus loin que cela, mais ils disent que si les Iraniens développaient des armes nucléaires ce serait dans le cadre de leur stratégie défensive, afin de prévenir une attaque, ce qui est une éventualité assez réaliste. Le plus grand pouvoir militaire de l’histoire – c’est-à-dire nous –, qui leur a toujours été extrêmement hostile, occupe deux pays frontaliers de l’Iran et menace ouvertement d’attaquer ce pays. Israël, État client des États-Unis, lance les mêmes menaces. Voilà pour le côté militaire de la menace iranienne telle qu’identifiée dans le Military Balance.

Ils disent par ailleurs que l’Iran est une menace majeure parce que ce pays tente d’étendre son influence dans les pays voisins. On appelle cela déstabilisation. Ils œuvrent à la déstabilisation dans les pays voisins en tentant d’augmenter leur influence et cela est un problème pour les États-Unis, parce que les États-Unis tentent d’apporter la stabilité. Lorsque les États-Unis envahissent un pays c’est pour apporter la stabilité – un terme technique dans la littérature des relations internationales qui signifie obéissance aux ordres des États-Unis. Donc lorsque nous envahissons l’Irak ou l’Afghanistan, c’est pour créer de la stabilité. Si les Iraniens essaient d’accroître leur influence, juste chez leurs voisins, c’est déstabilisant. Cette doctrine, comme tant d’autres, est élaborée dans les universités. Un commentateur libéral et ex-éditeur de Foreign Affairs, James Chase, a même pu dire sans crainte du ridicule que les États-Unis devaient déstabiliser le Chili d’Allende pour apporter la stabilité – c’est-à-dire la soumission aux États-Unis.

Qu’est-ce que le terrorisme ?

La deuxième menace iranienne c’est le soutien au terrorisme. Qu’est-ce que le terrorisme ? On nous donne deux exemples du soutien de l’Iran au terrorisme : son soutien au Hezbollah libanais et son soutien au Hamas palestinien. Quoi que vous pensiez du Hezbollah et du Hamas – vous pensez peut-être que c’est ce qu’il y a de pire au monde –, qu’est-ce qui fait qu’on les considère terroristes ? Bon, le « terrorisme » du Hezbollah est fêté tous les ans au Liban le 25 mai, fête nationale libanaise qui célèbre l’expulsion des envahisseurs israéliens du Liban en 2000. La résistance du Hezbollah et sa guerre de guérilla avaient fini par obliger Israël à se retirer du Sud-Liban, mettant fin à une occupation de 22 ans, avec son lot de terreur, de violence, de torture – occupation maintenue en violation des ordres du Conseil de sécurité de l’ONU.

Donc Israël a finalement quitté le Liban et c’est le jour de la Libération au Liban. Voilà globalement ce qui est considéré comme le terrorisme du Hezbollah. C’est comme ça qu’il est décrit. En fait, en Israël c’est même décrit comme une agression. Vous pouvez lire la presse israélienne ces jours-ci et des politiciens de premier plan disent que c’était une erreur de se retirer du Sud-Liban parce que cela permet à l’Iran de poursuivre son « agression » contre Israël, agression qui a commencé en 2000 avec le soutien à la résistance contre l’occupation israélienne. C’est considéré comme une agression contre Israël. Ils ont les mêmes principes que les États-Unis, nous disons la même chose. Voilà pour le Hezbollah. Il y a d’autres actes que vous pourriez critiquer, mais voilà ce qu’est le terrorisme du Hezbollah.

Un autre crime commis par le Hezbollah c’est que la coalition dont il est l’élément principal a largement emporté les dernières élections parlementaires ; mais en raison du principe communautariste qui prévaut pour l’assignation des sièges ils n’ont pas reçu la majorité des sièges. Thomas Friedman [du New York Times] a donc versé des larmes de joie, comme il l’a lui-même expliqué, lors de ces merveilleuses élections libres au Liban, le président Obama ayant battu le président iranien Ahmadinejad. D’autres se sont joints à cette célébration. Autant que je sache personne n’a rendu compte des véritables résultats électoraux.

Et le Hamas ?

Hamas est devenu une menace sérieuse – une organisation terroriste importante – en janvier 2006 lorsque les Palestiniens ont commis un crime vraiment grave. C’était au moment des premières élections libres jamais tenues dans le monde arabe et les Palestiniens ont voté comme il ne fallait pas. C’est inacceptable pour les États-Unis. Immédiatement, sans la moindre hésitation, les États-Unis et Israël ont fait savoir qu’ils prenaient la décision de punir les Palestiniens pour ce crime. Juste après vous avez pu lire dans le New York Times deux articles qui se côtoyaient – l’un des deux parlant de notre amour pour la démocratie, ce genre de choses, et l’autre parlant de nos projets de punition contre les Palestiniens parce qu’ils avaient mal voté aux élections de janvier. Aucune contradiction.

Les Palestiniens avaient dû subir bien des punitions avant les élections, mais elles ont été accentuées après – Israël est allé jusqu’à couper l’alimentation en eau à la bande de Gaza, si aride. Au mois de juin Israël avait déjà lancé 7 700 roquettes sur Gaza. Tout cela s’appelle défense contre le terrorisme. Puis les États-Unis, et Israël, avec la coopération de l’Autorité palestinienne, ont essayé d’organiser un coup pour renverser le gouvernement élu. Ils ont échoué et le Hamas a pris le contrôle de Gaza. Après cela le Hamas est devenu l’une des principales forces terroristes au monde. Vous pouvez leur faire beaucoup de critiques – leur façon de traiter leur propre population par exemple – mais le terrorisme du Hamas est assez difficile à prouver. Les accusations actuelles concernent les roquettes lancées de Gaza sur les villes israéliennes frontalières. C’est la justification qui a été donnée pour l’opération « plomb durci » (l’invasion israélo-états-unienne de décembre 2008) et aussi pour l’attaque israélienne contre la Flotille de la paix en juin 2010, dans les eaux internationales. Neuf personnes avaient alors été tuées.

Il n’y a que dans un pays très endoctriné que vous pouvez entendre ces choses ridicules et ne pas rire. Passons sur la comparaison entre les roquettes Qassam et le terrorisme que les États-Unis et Israël pratiquent constamment. L’argument n’a absolument aucune crédibilité pour une raison bien simple : Israël et les États-Unis savent très bien comment arrêter les tirs de roquettes : par des moyens pacifiques. En juin 2008 Israël a accepté un cessez-le-feu avec le Hamas. Israël ne l’a pas vraiment respecté – ils étaient supposés ouvrir les frontières et ils ne l’ont pas fait – mais le Hamas l’a respecté. Vous pouvez vérifier sur les sites officiels israéliens ou écouter leur porte-parole officiel, Mark Regev : ils sont d’accord pour dire que durant le cessez-le-feu le Hamas n’a pas lancé une seule roquette.

Israël a rompu le cessez-le-feu en novembre 2008 en envahissant Gaza et en tuant une demi-douzaine de militants du Hamas. Quelques roquettes ont alors été lancées, puis Israël a lancé une attaque bien plus importante. Il y a eu des morts, tous palestiniens. Hamas a proposé le retour au cessez-le-feu. Le gouvernement israélien a évalué l’offre, puis l’a rejetée, optant pour le recours à la violence. Quelques jours plus tard il y a eu l’attaque israélo-états-unienne contre Gaza.

Aux États-Unis, et en Occident de façon générale, y compris les organisations de défense des droits humains, y compris le rapport Goldstone, on considère comme une évidence le droit d’Israël à se défendre en utilisant la force. Il y a eu des critiques disant que l’attaque était disproportionnée, mais cela est secondaire par rapport au fait qu’Israël n’avait absolument pas le droit d’utiliser la force. Vous n’avez aucune justification pour l’utilisation de la force tant que vous n’avez pas épuisé les recours pacifiques. Dans ce cas les États-Unis et Israël n’avaient non seulement pas épuisé les recours pacifiques, ils avaient rejeté tout recours aux moyens pacifiques, alors que c’était parfaitement possible et ils le savaient bien. Ce principe selon lequel Israël a le droit de lancer des attaques militaires est tout bonnement un fascinant cadeau.

Quoi qu’il en soit, que l’Iran essaie d’étendre son influence et que l’Iran soutienne le Hezbollah et le Hamas c’est, du point de vue des services d’intelligence et du département de la défense, ce qui constitue son soutien au terrorisme.

Noam Chomsky

Source : http://www.zcommunications.org/u-s-...

Traduction : Numancia Martínez Poggi

© LE GRAND SOIR - Diffusion non-commerciale autorisée et même encouragée.
Merci de mentionner les sources.
Publié le 11 décembre 2010

d'après : http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Noam_Chomsky.101210.htm


Un journaliste palestinien à Annecy vendredi 10 décembre

librinfo74 - Mercredi 8 décembre 2010 par j.c
À l’invitation de l’Association France Palestine Solidarité 74 (AFPS) et de « Jeunes palestiniens en chemin » , Hassan BALAWI sera à Annecy le Vendredi 10 décembre à 20h, salle des Clarisses, pour une Conférence-débat. Une initiative soutenue par le Collectif Solidarité Palestine d’Annecy.

Après des études de langues et de journalisme Hassan Balawi a mis ses compétences de traducteur au service de Yasser Arafat, à l’OLP, aux différents médias palestiniens, et a contribué à la création de la section palestinienne de l’Union de la presse francophone, du club de cinéma à Gaza. Il a représenté la Télévision palestinienne dans de nombreuses conférences internationales de médias francophones et euro-méditérranéens.

Depuis 2008 il coordonne les médias autour de «Jérusalem – Capitale de la Culture Arabe 2009 ».

En 2008, il a publié le livre Gaza dans les coulisses du mouvement national palestinien (Denoël), où il analyse, sans langue de bois, la situation politique en Palestine et les raisons de la stagnation de démarches vers la Paix Juste.
Le livre a eu un grand succès et c’est sur ce thème, actualisé, qu’il parlera et répondra à nos questions. Avec la clarté qui le caractérise, il évoquera ses rencontres à Tunis, à Gaza, lors de ses responsabilités de la mission palestinienne à l’UNESCO et surtout, il nous aidera à mieux comprendre la politique palestinienne.

d'après : http://www.librinfo74.fr/2010/12/un-journaliste-palestinien-a-annecy-vendredi-10-decembre/


Une manifestation d'opposants à la politique d'apartheid israélienne manifeste à Tel Aviv en chanson

Flashmob: Cape Town Opera say NO

Palestine,
and the living ain't easy
Apartheid, and the Wall is so high
Oh, the World stands by
and the US in funding
So it's time for us people
to shout out and cry
Cape town Opera say NO
It ain't necessarily so
Apartheid could end
If you comprehend
and not just go on with the show
Boycott Apartheid, Boycott Apartheid
It's time to tell Israel NO
Boycott Apartheid, Boycott Apartheid
It's time to tell Israel NO!

d'après : http://www.youtube.com/watch?v=wElyrFOnKPk&feature=player_embedded


Israël-Usa : relations hors-normes (article de novembre 2007)
jeudi 15 novembre 2007 - 05h:20 - Ahmed Loutfi - Al Ahram


Des voix s’élèvent pour souligner que l’Etat hébreu est devenu un fardeau stratégique pour l’Amérique. Mais le lobby pro-israélien s’apparentant à une organisation tentaculaire foisonnée de luttes d’intérêts politiciens fait taire toute critique.

La secrétaire d’etat américaine Condoleezza Rice et d’autres hauts responsables peuvent être convoqués pour déposer devant un tribunal dans une affaire d’espionnage mettant en cause des lobbyistes pro-israéliens, selon la décision prise par un juge fédéral américain.

Le juge T. S. Ellis, du Tribunal fédéral d’Alexandria (Virginie, est), a autorisé les avocats de Steven Rosen et Keith Weissman, d’anciens lobbyistes de l’American Israeli Public Affairs Committee (AIPAC), le principal lobby juif à Washington, à convoquer Mme Rice, ainsi que le conseiller présidentiel américain à la sécurité nationale, Stephen Hadley.

L’information n’a pas fait beaucoup de remous aux Etats-Unis à l’heure où l’on voit tous les services de sécurité et de renseignements tout le temps au qui-vive pour scruter les horizons hostiles, mais à condition qu’ils soient ailleurs, notamment dans le monde arabe. Une fois de plus, ces relations si spéciales entre Washington et Tel-Aviv sont mises en exergue.

Mais cette fois-ci, le contexte est doublement dangereux.

D’une part, on est à la veille de cette conférence d’Annapolis que l’on veut une chance pour résoudre le problème palestino-israélien et, d’autre part, Tel-Aviv s’active de plus en plus pour pousser Washington à en découdre avec l’Iran pour son nucléaire. De quoi susciter bien des réactions au sein même des Etats-Unis.

Trente sénateurs américains ont écrit jeudi au président George W. Bush pour affirmer qu’il n’avait pas l’autorité pour lancer une intervention en Iran et exprimer leurs inquiétudes au sujet de la rhétorique « provocatrice » de l’Administration. Les sénateurs, 29 démocrates et un indépendant, dont la candidate à l’élection présidentielle Hillary Clinton, exhortent à parvenir à la résolution du conflit par la voie diplomatique.

« Nous voulons souligner qu’aucune autorisation parlementaire n’existe pour une intervention militaire unilatérale contre l’Iran », écrivent-ils. La lettre stipule qu’une résolution passée au Sénat en septembre, qui appelle à la désignation des Gardiens de la révolution iraniens comme groupe terroriste, ne devrait pas servir de prétexte à une guerre. Le texte fustige les « déclarations et actions provocatrices » de l’Administration sur l’Iran, après les propos de M. Bush mettant en garde contre le danger d’une troisième guerre mondiale si l’Iran possédait l’arme nucléaire.

« Ces déclarations sont contre-productives et minent les efforts pour résoudre les tensions avec l’Iran par la diplomatie », poursuit le document, coordonné par le sénateur de Virginie (Est) Jim Webb. D’ailleurs, les choses peuvent aller loin dans ce contexte. Des sources militaires à Washington estiment que l’existence de 3 000 centrifugeuses en Iran pourrait signifier pour Israël un « point de bascule » déclenchant une frappe aérienne.

Le Pentagone est réticent à l’idée d’une action militaire contre l’Iran mais les officiels américains jugent que pour Israël, c’est « autre chose ». En fin de compte, cette logique américaine jusqu’auboutiste reste donc dans un contexte pro-israélien que défend un lobby qui décide de tout mais qui, somme toute, est devenu quasiment un fardeau stratégique pour Washington.

Dans l’intérêt pur de Tel-Aviv

Un fait qu’on ne peut que constater mais comment y réagir ?

En fait, on parle beaucoup de ce lobby tant et si bien que pour les différents cercles et personnalités, notamment arabes, il s’agit d’un fait accompli contre lequel on n’y peut rien. Un vrai rouleau compresseur qui trace la voie en faveur d’Israël. Parfois même c’est presque un mythe : le lobby pro-israélien en Amérique. On l’a souvent surnommé lobby juif ou lobby sioniste.

Mais John J. Mearsheimer, de l’Université de Chicago et de Stephen M. Walt, Université de Harvard, auteurs d’une étude publiée en mars 2006 et intitulée « Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine », ont choisi plutôt cette appellation pour démontrer qu’il s’agit en fait d’un groupe d’influence qui agit directement selon les intérêts d’Israël et non pas pour défendre un rassemblement ou une communauté au sein des Etats-Unis à l’exemple d’autres lobbies.

Cette recherche a brisé un tabou, parce que, comme le souligne Emad Gad, directeur en chef d’Israeli Digest, publié par le Centre d’études politiques et stratégiques d’Al-Ahram, dans la préface de la traduction arabe de ce texte, les auteurs étaient et restent au-delà de tout soupçon aux Etats-Unis. Ce sont des Think Tank qui ont été les maîtres à penser d’une partie de l’élite politique américaine, dont des responsables du département d’Etat s’occupant du Moyen-Orient. Difficile donc de les accuser d’antisémitisme ou autre bien que cela ait eu lieu quand même.

Le document a donc fait des remous aussi parce que les auteurs, toujours comme le précise Gad, partent du point de vue de l’intérêt national américain et trouvent que ce lobby met en danger les intérêts américains et même israéliens. L’argumentation des auteurs est simple et directe, d’où leur crédibilité puisqu’ils n’ont recours à aucune sorte de discours emprunté et relèvent tout le temps l’actualité et les faits tels qu’ils sont.

Ainsi, d’entrée de jeu, les auteurs mettent en exergue cette exception israélienne aux Etats-Unis. S’il y a unanimité dans ce pays, elle est sur Israël ... « il est un sujet sur lequel - là aussi, on peut en être certain - les candidats parleront d’une seule voix.

En 2008, tout comme au cours des précédentes années électorales, des candidats sérieux à la magistrature suprême ne ménageront pas leurs efforts pour faire savoir leur engagement personnel vis-à-vis d’un pays étranger - Israël - ainsi que leur détermination à maintenir un soutien américain indéfectible à l’Etat hébreu ». Et de préciser : « Il n’y a aucune chance pour que les candidats critiquent réellement Israël ou suggèrent que les Etats-Unis devraient adopter une politique plus impartiale dans la région ».

Chanter les gloires d’Israël

Les citations des auteurs sont bien claires à cet égard. A titre d’exemple, l’ancien gouverneur du Massachusetts, Mitt Romney, qui était dans un congrès à Israël, a dit « se trouver dans un pays qu’il aime avec des gens qu’il aime » et, se disant conscient des inquiétudes d’Israël face à l’hypothèse d’un Iran nucléarisé, a proclamé : « Il est temps que le monde exprime trois vérités : 1) il faut que l’Iran cesse ; 2) on peut faire cesser l’Iran ; 3) nous ferons cesser l’Iran ! ».

On sait que l’Iran nucléaire est le principal alibi israélien dans sa politique où il tente d’engager Washington à une guerre qui pourrait être même nucléaire contre Téhéran. La classe politique américaine est donc en grande partie gagnée par cet argument. Et là on ne peut évoquer les différences entre Républicains et Démocrates sur laquelle d’aucuns tablent, malheureusement même dans les pays arabes.

Ainsi, le sénateur républicain de l’Arizona John McCain est cité déclarant : « Lorsqu’il s’agit de la défense d’Israël, on ne peut tout simplement pas transiger ». La sénatrice démocrate de l’Etat de New York, Hillary Clinton, s’est exprimée devant la section locale de l’AIPAC, déclarant qu’« en ces temps de grande difficulté et de grand péril pour Israël, il est indispensable que nous soyons fidèles à notre ami et allié, ainsi qu’à nos propres valeurs. Israël est un phare qui montre le chemin dans une région ravagée par les méfaits du radicalisme, de l’extrémisme, du despotisme et du terrorisme ».

L’un de ses rivaux à l’investiture démocrate, le sénateur de l’Illinois, Barack Obama, s’est adressé à des membres de l’AIPAC à Chicago un mois plus tard. Obama, qui avait exprimé sa solidarité envers les Palestiniens et brièvement évoqué leur « souffrance » lors d’un déplacement de campagne en mars 2007, s’est livré à un éloge sans équivoque d’Israël et a bien fait comprendre qu’il ne ferait rien pour changer les relations israélo-américaines.

Les causes d’un parti pris

Cette passion pro-israélienne s’explique-t-elle de manière logique ? Les auteurs posent la problématique. Pour certains, la réponse est qu’Israël est un atout stratégique fondamental pour les Etats-Unis et, en particulier, un partenaire indispensable dans la « guerre contre le terrorisme ». D’autres répondront que de solides raisons d’ordre moral justifient d’apporter un soutien inconditionnel à Israël, car c’est le seul pays dans cette région à « partager nos valeurs ».

Mais aucun de ces arguments « ne résiste à un examen impartial », soulignent les auteurs. Et ils l’expliquent de manière simple pour en conclure qu’avec la fin de la guerre froide, « Israël est devenu un handicap stratégique pour les Etats-Unis ».

Et de relever que la véritable raison pour laquelle le monde politique américain fait preuve d’autant d’égards réside dans l’influence politique du lobby pro-israélien.

« Il s’agit simplement d’un puissant groupe d’intérêts, composé à la fois de juifs et de non-juifs, dont le but avoué est de défendre la cause israélienne aux Etats-Unis et d’influencer la politique étrangère américaine au profit de l’Etat hébreu ».

Un éternel argument

Et quel serait le mode opératoire du lobby ? Ce serait purement et simplement l’accusation d’antisémitisme. Il est difficile d’évoquer l’influence du lobby sur la politique étrangère américaine, du moins dans les grands médias, sans se faire accuser d’antisémitisme ou, même pour les juifs, de « haine de soi ». Les réactions suscitées par le livre de l’ex-président Jimmy Carter, Palestine : Peace Not Apartheid, sont significatives. Le livre de Carter a pour objectif un règlement permettant aux peuples palestinien et israélien de se réconcilier.

D’ailleurs, Carter défend sans équivoque le droit d’Israël à vivre en paix et en sécurité. Pourtant, pour avoir suggéré que la politique israélienne dans les territoires occupés ressemblait au régime de l’apartheid et dit ouvertement que des groupes pro-israéliens empêchaient les leaders américains de conduire fermement Israël sur le chemin de la paix, il a été victime d’une violente campagne de diffamation lancée par ces mêmes groupes. Non seulement on a accusé Carter d’être antisémite et de détester les juifs, mais certains lui ont même attribué une certaine sympathie pour les nazis.

L’étude, comme le souligne Gad, aurait dû susciter plus d’intérêt dans le monde arabe de manière à établir un pont avec de tels auteurs objectifs. L’initiative de Medhat Taha, poète et écrivain, de traduire et d’adapter le texte préliminaire en arabe accompagné de critiques de la part de certains auteurs américains avec accusations d’anti-sémitisme contre les auteurs, intervient à point nommé pour comprendre la situation actuelle et y réagir. Ceci d’autant plus, comme le relève Gad, il n’y a pas eu la moindre réaction de la part d’Israël. Celui-ci a laissé la tâche justement à un lobby sur lequel il pouvait bien compter.

Dernier mot de la fin tiré de l’étude : « Ces groupes veulent que les leaders américains traitent Israël comme s’il s’agissait du cinquante et unième Etat de l’Union ».

d'après : http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=3146


« L’Autorité palestinienne est prête à tout pour plaire à l’administration américaine »
Kathleen Christison - Al-Ahram/hebdo - mercredi 17 novembre 2010 - 09h:18


Ancienne analyste politique à la CIA et auteure de nombreux ouvrages sur la politique étrangère des Etats-Unis au Proche-Orient, Kathleen Christison décortique l’impasse actuelle des négociations de paix et la politique américaine vis-à-vis du conflit palestino-israélien.

Al-Ahram Hebdo : Comment évaluez-vous les rapports entre les Etats-Unis et les pays arabes, en particulier sur la question du conflit israélo-palestinien ?

(JPG) Kathleen Christison : Tout d’abord, je pense qu’un phénomène malheureux, à mon avis, est le fait que la majorité des pays arabes reste encore excessivement conciliante vis-à-vis de la politique étrangère américaine en ce qui concerne leur position dans le conflit israélo-palestinien. La vérité est que beaucoup de pays arabes ne s’opposent pas de manière claire à la politique étrangère américaine au Proche-Orient et, au contraire, coopèrent avec les Etats-Unis dans toutes leurs démarches dans cette région, au détriment, parfois, de leur opinion publique et positions de leur peuple.

- A quels pays faites-vous référence ?

- En fait, de nombreux pays arabes ont besoin de l’aide directe accordée par Washington et d’autres ont besoin des Etats-Unis pour protéger leurs ressources ou leur pétrole, comme c’est le cas de l’Arabie saoudite ou des pays du Golfe, qui voient l’Amérique comme une sorte de parapluie qui les protège. A cause de cela, la coopération avec les Etats-Unis reste donc incontournable à plusieurs niveaux, et surtout en politique.

Personnellement, je pense que l’homme de la rue dans les pays arabes soutient les Palestiniens. Mais les gouvernements, eux, font toujours ce que Washington leur demande. On ne voit pas, par exemple, le roi de Jordanie critiquer explicitement les positions américaines vis-à-vis du conflit israélo-palestinien, et en faisant cela, il soutient indirectement l’appui inconditionnel que le gouvernement américain accorde à Israël. La réalité est que les Etats-Unis ne font pas pression sur Israël pour que celui-ci fasse les moindres concessions pour parvenir à la paix. Mais il est aussi vrai que les pays arabes n’exercent pas, eux non plus, de grandes pressions sur les Etats-Unis pour que ce pays adopte des positions plus justes et équilibrées.

- Et qu’en est-il des rapports avec l’Autorité palestinienne ? Il s’agit de la partie ayant le plus intérêt à parvenir à une solution au conflit...

- Malheureusement, l’Autorité palestinienne est elle aussi trop conciliante, et prête à tout faire pour plaire à l’administration américaine. Ils n’ont pas le pouvoir de dire quoi que ce soit aux Etats-Unis, et pour cette raison, ils finissent par prononcer un discours très peu convaincant, comme celui par exemple des représentants de l’Autorité palestinienne dans lequel ils se plaignent des pratiques israéliennes. Ils n’ont pas le courage de s’attaquer aux Etats-Unis, qui est la véritable source de puissance derrière Israël. Ils critiquent Israël à cause de la poursuite de sa politique de colonisation en Cisjordanie, etc. Mais ils ne critiquent jamais Washington, même sachant que c’est là qu’Israël puise sa force et que ce sont les Etats-Unis qui fournissent à l’Etat hébreu les armes qu’il utilise pour attaquer le peuple palestinien.

- Il en est pourtant de l’intérêt national, même des Etats-Unis, d’aider les parties à parvenir à la paix au Proche-Orient. Le président Obama l’a souligné à plusieurs reprises...

- Il est vrai que la paix entre Israéliens et Palestiniens représente un intérêt majeur aux Etats-Unis. Barack Obama a affirmé que le règlement du problème israélo-palestinien fait partie de l’intérêt national des Etats-Unis. Mais le problème c’est que, pour parvenir à une paix dans ce conflit, il serait nécessaire d’exercer de fortes pressions sur Israël, et cela n’est dans l’intérêt personnel d’aucun politicien américain. Aucun membre de la classe politique aux Etats-Unis n’oserait faire cela.

- On observe, ces dernières années, l’émergence sur la scène politique américaine de groupes de pression juifs comme le JStreet qui, contrairement à l’AIPAC, est connu pour ses positions plus progressistes et modérées vis-à-vis du règlement du conflit israélo-palestinien. Qu’en dites-vous ?

- Il existe, en effet, de nombreux groupes juifs plus modérés aux Etats-Unis. Le plus important d’entre eux et qui a réussi à faire opposition à l’AIPAC c’est, comme vous le dites, le JStreet. Celui-ci est sans doute modéré et s’oppose souvent aux politiques d’extrême droite du premier ministre israélien Benyamin Netanyahu. Mais le problème avec ce groupe c’est que la plupart de ses positions soutiennent les positions américaines telles que nous les connaissons, c’est-à-dire qu’il veut des pressions américaines sur Israël pour un arrêt ou un gel de la colonisation, mais il a déjà fait savoir qu’il est contre un recours à des pressions économiques ou des sanctions de toute sorte contre Israël. Le JStreet a aussi émis des critiques très claires contre le rapport Goldstone qui, comme nous le savons tous, est un document honnête et équilibré, écrit par un sioniste et dans lequel il dénonce toutes les parties ayant commis des crimes dans la bande de Gaza.

- Pensez-vous donc que dans les conditions d’impasse actuelle et vu la poursuite de la colonisation, la solution des deux Etats n’a plus de raison d’être ?

- Le problème c’est que ceux qui soutiennent la solution des deux Etats ne disent pas ce qu’Israël dit : garder la totalité de la Cisjordanie. Ils disent simplement qu’ils ne vont jamais diviser Jérusalem. Ils veulent garder Jérusalem-Est où vivent actuellement à peu près 200 000 colons israéliens. Par ailleurs, je dois dire qu’Obama a proposé dernièrement aux Israéliens de garder leurs troupes dans la vallée du Jourdain en cas de règlement, en échange du gel des colonies. Or, la vallée du Jourdain devrait être la frontière est du futur Etat palestinien. Cette vallée constitue 25 % de la totalité de la Cisjordanie qui, elle, constitue seulement 22 % de la Palestine historique. Alors, si on prend ces 25 % et on leur ajoute les 10 % du territoire palestinien qui se trouvent de l’autre côté du mur de séparation (à l’ouest) que les Israéliens veulent aussi garder, on arrive à la conclusion que les Palestiniens n’auront rien. Selon le rapport de l’ONG israélienne B’Tselem, les colonies ont le contrôle de pratiquement 41 % des terres en Cisjordanie. Donc, si les Israéliens acceptent une solution de deux Etats, ils garderaient le 10 % à l’ouest du mur, 25 % à l’est dans la vallée du Jourdain, et cela en plus des nombreuses colonies, sans parler des routes, etc. Dans ces conditions, nous ne pouvons pas parler d’Etat palestinien. Nous pouvons conclure de ce qui précède que si les Israéliens acceptent un règlement à deux Etats, ce serait, pour les Palestiniens, une Palestine en « petits morceaux ».

- Que pensez-vous du refus des Etats-Unis de reconnaître le mouvement de la résistance islamique (Hamas) comme un interlocuteur palestinien valable, notamment après sa victoire électorale et son gouvernement de facto dans la bande de Gaza ?

- La question des rapports avec le Hamas est un nouvel exemple de l’alignement total des Etats-Unis sur les positions d’Israël. Il est vrai que le Hamas a commis quelques actes terroristes et que c’est un groupe de fondamentalistes qui ne reconnaît ni Israël ni les accords signés avec l’Autorité palestinienne et qui ne veut pas renoncer à la violence. Mais d’un autre côté, ni Israël, ni les Etats-Unis n’ont reconnu les résultats des élections remportées par le Hamas. Ces conditions imposées aux Palestiniens ne s’appliquent pas aux Israéliens. C’est-à-dire qu’ils n’étaient pas obligés de reconnaître le droit d’un Etat palestinien d’exister. Israël n’a pas non plus respecté les accords signés auparavant avec les Palestiniens. Il n’a pas respecté les accords d’Oslo dès le départ. Et aussi, évidemment, il n’est pas obligé de renoncer à la violence contre les Palestiniens. Israël a été par exemple beaucoup plus violent que le Hamas dans ses attaques contre la bande de Gaza en 2008/2009.

- De nombreux membres du Hamas ont déclaré, à plusieurs reprises, qu’ils étaient prêts à reconnaître Israël dans les frontières de 1967...

- C’est vrai. Mais la réalité est que ni les Etats-Unis, ni Israël n’acceptent cela. Ils disent que ces propos ne sont pas adéquats, tout simplement parce qu’ils ne veulent pas avoir affaire avec le Hamas.

Propos recueillis par Randa Achmawi




La nouvelle lubie de la gauche palestinienne et arabe
Robert Bibeau - Samedi 13 novembre 2010

Une nouvelle lubie parcourt les rangs de la « gauche » arabe et palestinienne, à l’unisson avec les collaborateurs de l’Autorité palestinienne (voir le texte en annexe). Cette lubie, ce leurre, que dis-je, ce mirage et cette trahison porte le nom de « Proclamation unilatérale de l’État national palestinien ». Évidemment, pour faire bonne mesure et prendre la posture qui sied, la « gauche » arabe, dans le communiqué final de la rencontre de Beyrouth (22 et 23 octobre 2010) assortit sa « menace » de spécifications effrayantes : « avec Al Quds pour capitale et à réaliser le droit au retour des réfugiés dans leurs terres…» (1). Comment parviendront-ils, sur le terrain, à concrétiser cette « menace » contre l’entité sioniste? Pas plus la « gauche » que la droite dans l’OLP, le Fatah et l’Autorité n’en soufflent mot. En fait, leur maître à penser, le « négociateur » palestinien non mandaté Saëb Erakat révèle la teneur de la « menace » il suffira de demander aux maîtres de la colonie israélienne, les États-Unis d’Amérique de reconnaître l’État palestinien mais attention dans les limites de la ligne verte, les frontières de 1967.  Le reste de la terre palestinienne est déjà concédé à l’État sioniste, on ne refait pas l’histoire voyez-vous. Du droit de retour aucune mention de la part du négociateur en chef.

Le communiqué final de la conférence des organisations de la gauche arabe fait bien mention du terme résistance et appelle à l’unité entre les collabos de l’Autorité palestinienne et la résistance palestinienne pour une vraie démocratie… La démocratie, elle avait pourtant parlé, en 2006, et elle avait rejeté ces tactiques de compromission et de trahison nationale. Le peuple palestinien démocrate n’en finit pas de souffrir pour s’être alors démocratiquement prononcé.

Bien entendu, proclamer unilatéralement l’« État palestinien » en indiquant les « limites » espérées pour ce rêve irréalisé et irréaliste est très facile à réaliser. Vous pouvez même parier qu’aussitôt proclamé, plusieurs États complaisants (les régimes arabes qui ont abandonné le peuple palestinien à son sort, notamment) s’empresseront de « reconnaître » le nouvel État virtuel, qui n’aura, d’État, que le nom pompeux, sans aucun contrôle sur son territoire, sans aucune possibilité de faire respecter ses droits, ses pouvoirs, sa législation, ses frontières, un pseudo-pouvoir « étatique », qui, de fait, continuera, à travers l’Autorité palestinienne, à pratiquer la chasse aux résistants en Cisjordanie, à abandonner les réfugiés dans les camps et à gémir pour que, de concert, Israël et l’Égypte fassent enfin tomber le pouvoir du Hamas à Gaza et remette Gaza dans leur escarcelle pour l’attribution des  juteux contrats de reconstruction offerts par la « communauté internationale » (si, et seulement si (2)). Ah, que reviennent les beaux jours où l’ensemble du bantoustan palestinien était géré par une seule main de fer et les colonies « juives » sécurisées par une seule Autorité… sans autorité (3) !

Par ce communiqué, la « gauche » arabe se positionne à droite du Hamas et, surtout, à droite du Jihad Islamique – deux organisations islamistes et donc implicitement située à droite sur l’échiquier politique, selon la typologie des axes qui fait autorité en Occident.

Le Jihad Islamique propose quant à lui une authentique orientation de gauche, à savoir que l’État colonial israélien, créature de l’impérialisme occidental, hier dirigé par l’empire Britannique et aujourd’hui dirigé par les États-Unis d’Amérique, que l’ensemble de la base militaire permanente des USA au levant disions-nous, soit démantelé et que la totalité de la terre arabe soit libérée de l’occupation coloniale, et pas seulement une partie d’Al-Quds ou la superficie occupée depuis 1967 (Ligne verte) par les forces sionistes comme le propose la bande de collaborateurs qui contrôle l’Autorité palestinienne en ce moment et qui se fait justement le promoteur de cette « menace » d’auto-proclamation bidon, dont la gauche se fait aujourd’hui le perroquet. Quel paradoxe, la soi-disant droite située à gauche de la soi-disant « gauche » : intéressante confusion des genres, n’est-ce pas?

Voilà une « menace » que l’entité sioniste (Israël) aimerait bien voir se concrétiser au plus tôt. En effet, comme nous l’expliquions dans un précédent article, Benjamin Netanyahu exige que les indignes négociateurs palestiniens sans mandat du peuple Palestinien reconnaissent que l’État hébreu est un État hébreu, patrie de tous les « juifs » de la Terre, une théocratie, s’indignait Gidéon Lévy (4). Par cette exigence, Benjamin n’essaie pas de satisfaire un ‘caprice’, mais de compromettre encore d’avantage l’Autorité palestinienne dans la reconnaissance et l’acceptation de l’usurpation et de la spoliation des terres arabes de Palestine, ainsi que dans la renonciation officielle aux résolutions de l’ONU qui accréditent les droits palestiniens et dans la répudiation du droit de retour.

L’auto-proclamation bidon de l’État palestinien à l’intérieur des limites de la Ligne verte, sans disposer d’aucun moyen ni de faire respecter cette « souveraineté » ni de faire reculer la mainmise israélienne sur Jérusalem (Al-Quds) et sans possibilité d’assurer le retour des réfugiés (si ce n’est, peut-être, un jour, à l’intérieur du bantoustan palestinien – quelques villes emmurés que les israéliens exigent que l’Autorité administre de façon à se décharger de ce fardeau coûteux) oui, ce droit de retour sans retour est envisageable pour les Israéliens. Le seul résultat qu’aurait l’auto-proclamation serait l’officialisation du renoncement des Palestiniens à tous leurs droits internationaux, au droit de retour et à leur terre.  Soyez assuré qu’Israël et les États-Unis seront les premiers pays à reconnaître ce nouvel État fantoche, suivis en cela, comme il se doit, par l’Union européenne, si elle ne se fait pas damier le pion par l’Égypte, l’Arabie Saoudite et quelques autres États arabes du même acabit.

Que fait la « gauche » arabe assise avec Saëb Erakat et Mahmoud Abbas à droite de la résistance palestinienne ?

Notes

(1)   La rencontre de la gauche arabe. Beyrouth 22-23 octobre 2010.  http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-beyrouth-rencontre-de-la-gauche-arabe-60538189.html   

« 
La Rencontre de la gauche arabe affirme que la cause palestinienne reste la cause centrale dans le conflit arabo-israélien. Elle affirme aussi le droit inaliénable au retour du peuple palestinien dans la terre de ses ancêtres, à décider de son sort en proclamant, unilatéralement, son Etat national, ayant Al-Quds pour capitale, et à réaliser le droit au retour des réfugiés palestiniens dans leurs terres desquelles ils ont été chassés en 1948. Elle appelle les peuples arabes à faire pression sur leurs gouvernements afin de reconnaître l’Etat palestinien, mais aussi de mettre fin aux relations que certains gouvernements entretiennent avec Israël. Sur ces bases, elle insiste sur la poursuite de la lutte pour l’arrêt définitif de la colonisation des terres palestiniennes et demande aux forces nationales palestiniennes de mettre fin aux divisions intestines et de recouvrer leur unité nationale. »

(2) Julien Salingue. 25.10.2010. Réflexions sur l’occupation, l’Autorité palestinienne et l’avenir du mouvement national.  http://juliensalingue.over-blog.com/article-reflexions-sur-l-occupation-israelienne-l-autorite-palestinienne-et-l-avenir-du-mouvement-national-59109126.html

(3) Gaza un  an après la guerre.  Arte – journal. 27.12.2009. 2http://videos.arte.tv/fr/videos/gaza_un_an_apres_la_guerre-3125288.html
(4) Robert Bibeau   Les ‘caprices’ de Benjamin Netanyahu.  http://www.robertbibeau.ca/palestine3.html

Annexe :   RECONNAISSANCE DE L’ÉTAT PALESTINIEN DANS LES FRONTIÈRES DE 1967
12-11-2010 16:19:16     Pays : MAR   AEAE    FRS2985 40329 /AFP-AR94

        TANGER (Maroc), 12 nov 2010 (AFP) - Le négociateur palestinien Saëb Erakat a déclaré vendredi que si les États-Unis n'arrivent pas à imposer à Israël l'arrêt de la colonisation, les Palestiniens pourraient leur demander la "reconnaissance de l'état de Palestine dans ses frontières de 1967".

        "Si les États-Unis n'arrivent pas à imposer à Israël l'arrêt de la colonisation au cours de l'actuel mois, le prochain pas pour nous serait de demander aux États-Unis la reconnaissance de l'État de la Palestine dans ses frontières de 1967" a affirmé à l'AFP le négociateur palestinien en marge d'un débat à Tanger, dans le nord du Maroc, sur le Proche-Orient intitulé "quelles initiatives pour relancer le processus de paix".

        "S'ils n'arrivent pas à le faire (l'arrêt de l'implantation des colonies) nous, en tant que Palestine membre observateur à l'ONU, irions (également) devant le Conseil de sécurité pour déposer une demande d'adhésion de l'État palestinien dans ses frontières de 1967", a-t-il précisé.  Le responsable palestinien s'exprimait lors de la 3ème édition du forum international MEDays 2010 initié par l'institut Amadeus, un "think tank" marocain, jusqu'au 13 novembre.

        Les débats ont été marqués par les interventions outre de Saëb Erakat, du député israélien et membre du Parti travailliste Daniel Ben Simon, de l'Américain Keith Ellison membres du Congrès des États-Unis, d'André Azoulay, conseiller du roi Mohammed VI et de Marc Otte, représentant spécial de l'Union européenne pour le processus de paix au Moyen-Orient.  L'Initiative arabe de paix qui propose à Israël la paix en échange des territoires a été évoquée lors du forum comme étant un "important moyen pour parvenir à la paix entre Israéliens et Palestiniens".

        mc/ob/nou   AFP 121618         NOV 10

d'après le site de Robert Bibeau




De quoi le moment palestinien actuel est-il fait ? Et quelles sont les

 tâches du mouvement de solidarité internationale

CCIPPP - publié le lundi 8 novembre 2010.


Le bavardage sur le processus de paix qui aboutirait à la « solution des deux Etats », les positions en demi-teinte pratiquant l’ambigüité des « oui mais », des « immenses espoirs menacés »…souffrent d’absence d’analyse, remplacée par des attentes et des spéculations qui rejoignent dans les meilleurs des cas le champ des vœux pieux. La lutte du peuple palestinien arrive aujourd’hui à un tournant dans sa longue trajectoire, qui annonce la fin d’une étape commencée en 1965 avec la naissance du mouvement des Fédayins et du nouvel OLP. Il est pertinent de constater que ce changement croise et recoupe celui que connaît le mouvement de solidarité internationale avec cette lutte, notamment avec l’adoption de la campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre Israël. Nous ne pensons pas que ce recoupement soit le fruit d’un hasard.

I - Pourquoi conserve-t-on le cadavre ?

Le processus de paix, tel que né des accords d’Oslo, est bien mort. Mais ceci ne veut en aucun cas dire que son maintien factice en vie est sans conséquences. L’exercice qui consiste à conserver le cadavre en état présentable pour l’exposer et donner un semblant d’action possède une double fonction : 1) remplir le vide, car reconnaître l’échec et s’engager dans une autre voie est très coûteux pour les partenaires Palestiniens et Arabes qui l’ont porté, et en sont devenus ses otages et ses bénéficiaires en même temps, 2) permettre un certain camouflage de la progression des plans d’expansion des colonies, de leur enracinement, de la judaïsation de Jérusalem, de l’implantation d’un système de type apartheid en Israël même, du refus définitif du retour des réfugiés, et de la diabolisation de Gaza et sa mise à l’écart…des bonnes raisons pour que les différents gouvernements israéliens jouent le jeu. Les positions officielles, américaines et européennes en sont les complices consentantes, nullement pour des raisons obscures ou essentialistes, mais parce que leurs intérêts se recoupent. Le souci majeur qui leur est commun étant de conserver l’ordre établi en général, indépendamment du respect de toute notion de justice ou de droit. Des petits intérêts rentrent parfois en jeu, tels le besoin de reluire l’image d’Obama avant les élections du Congrès, ou celui d’alléger l’impact de la détérioration de la situation américaine en Iraq et en Afghanistan…

Mais quel est l’intérêt de la direction palestinienne ? Est-il exact que les autres alternatives sont inexistantes et que seule la participation aux négociations actuelles garantit aux Palestiniens une présence sur l’échiquier politique international, sans quoi leur cause sera négligée et leur sécurité encore plus menacée ? Est-il exact que le rapport de force ne permet pas mieux actuellement, mais qu’une avancée par étapes peut conduire à des améliorations futures ? Est-il exact que l’alternance de la bonne volonté affichée, d’une souplesse satisfaisante aux yeux des Américains et de quelques épisodes d’intransigeance est une tactique payante ? Dans la complexité de la situation palestinienne, l’impuissance d’imaginer d’autres perspectives que ce qui est en cours, de voir l’horizon et non pas la forêt, peut conduire au désespoir. Mais surtout, la façon adoptée par l’AP pour aborder la question palestinienne aujourd’hui fait partie du système de reddition en construction. Car c’est d’un « système » qu’il s’agit, c’est à dire d’un ensemble articulé, dont fait partie les négociations dites « directes » entre l’Autorité palestinienne et Israël, qui vont reprendre rapidement dès qu’une porte de sortie capable de sauver la face de l’AP sera trouvée.

II - Des négociations pour la paix ?

Tout d’abord, de quelle « paix » s’agit-il ? D’une coexistence « pacifique » entre les deux peuples, but louable en soi s’il n’ignorait pas qu’un des deux peuples est soumis à la colonisation expansionniste, à la répression brutale et au déni de droits. Une paix ou même une coexistence pacifique ne peut se construire sur une situation aussi extrême de domination. Il faut caractériser cette situation, son camouflage sous un faux nom est une tromperie.

Mais « que faire alors ? » dit une Autorité palestinienne qui s’enfonce dans ces négociations sous visa arabe (c’est se couvrir mutuellement), ne cesse de parler de « rapport de force » qui lui est défavorable, prétend parfois qu’elle cherche à démasquer Israël devant le monde entier, et particulièrement devant les Etats-Unis, espère que ceci donnera au peuple palestinien un début de justice, un Etat palestinien, même en forme de Bantoustans, sans souveraineté et sous totale domination, mais qui sera « un pas en avant ». C’était, rappelons-le, Yasser Arafat qui avait qualifié de Bantoustans ce qui lui était proposé durant les négociations de Camp David 2, refusant de cautionner ce résultat.

Examinons ces arguments qui sont les fondements des multiples justifications que pratique l’AP, et avec elle tous ceux qui pensent qu’il faut être « réaliste » et « pragmatique ».

1)La dégringolade des pouvoirs arabes, déjà en œuvre, a été accélérée par l’occupation américaine de l’Irak. Que cette occupation ait causé une catastrophe durable pour l’Irak, ou qu’elle ait échoué à établir un ordre stable (qui se voulait exemplaire, « le Nouveau Moyen Orient ») favorable à Washington, ne changent rien au fait que l’armée américaine, et la diplomatie américaine, sont sur place et gèrent directement un des pays les plus importants de la région, de par sa place géostratégique et les richesses pétrolières (et autres) qu’il possède. Certains régimes arabes ne jurent que par Washington, et considèrent qu’il est leur protecteur face à la menace iranienne (parfois dite « shiite »). Nous l’avons bien vu au moment de l’agression israélienne sur le Liban en 2006, l’Egypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite (pour ne citer que ceux-là) soutenaient l’agression et espéraient ainsi en découdre avec le Hizbullah et la Syrie, pour casser cet « axe » à la tête duquel se tient leur ennemi juré, l’Iran. Que ceux qui continuent de dire « mais où est le monde arabe » arrêtent leur hypocrisie ! Les pouvoirs arabes dans leur majorité écrasante font partie de l’axe américano-israélien, et le mélange répression/corruption/misère qui maintient dans la peur et l’impuissance les sociétés est très efficace. Un 2ème élément doit être évoqué, qui a accompagné la montée en force de l’OLP. C’est celui de l’autonomie palestinienne revendiquée (à juste titre, afin de protéger le mouvement palestinien naissant des visées hégémoniques et des interventions manipulatrices des pouvoirs arabes). Cet objectif a acquis un autre sens, a été perverti en quelque sorte, au fur et à mesure que le mouvement palestinien perdait la base territoriale – le Liban - qui lui permettait une marge d’autonomie. Avec le concours d’autres éléments, il a fini par signifier une distanciation entre la question palestinienne et son environnement. Il est clair que si l’autonomie palestinienne conduisait au détachement de la question palestinienne de sa matrice arabe, le rapport de force serait évidemment au désavantage des Palestiniens. Ce qui nous conduit au point suivant.

2)Le rapport de force ! Formule magique pour tout justifier, alors qu’il n’est en soi que l’autre nom de l’exercice politique. Aucun rapport de force n’est immuable ou stable, tout rapport de force se mesure dans l’action. Quand Sadate signe un accord unilatéral avec Israël en 1978, il ne se soumet pas à un rapport de force figé, mais fait plutôt un choix qui influe et modèle ce rapport de force, qui le crée en quelque sorte et qui génère des conséquences. Le choix est certes dicté par de multiples calculs et considérations. Mais « le rapport de force » ne peut pas être un paravent ou un essuie-tout. Il ne peut en aucun cas justifier les négociations avec Israël telles qu’elles sont pratiquées, sans référence aux constantes ou aux fondamentaux nationaux (ce que les pays appellent leurs « intérêts vitaux »), sans lien avec la référence au Droit (quelles sont les « droits inaliénables du peuple palestinien » ? quel rapport au droit international, sinon à quoi sert-il ?), et sans aucune stratégie. Soyons clairs : il ne s’agit pas de condamner le principe de négociation en tant qu’outil politique, (ce serait absurde), mais de l’encadrer et de définir à chaque étape son objectif et ses conditions. On nous dit souvent que la lutte armée pour la libération nationale n’est pas un but en soi, mais un moyen, qu’elle n’est pas sacrée, et c’est vrai. Il en est de même des négociations ! Aucun mouvement de libération n’a jamais refusé de négocier avec son ennemi. Mais il s’agit de décider du programme, de l’opportunité et des manières de faire. Les négociations palestino-israéliennes se déroulent actuellement dans des conditions bien précises : le côté israélien sait ce qu’il veut, le met en application et l’impose, alors que le côté palestinien n’a pas de ligne et de repères qui guident ses pas. Il est entrainé dans un processus de « négociation pour la négociation » qui est devenu un mode de survie pour garder le fil entre les deux parties adverses et avec la « communauté internationale ». Mais ce mode n’affecte pas la machine de l’occupation qui suit son chemin. Bien au contraire, il la couvre en prétendant que tout ce qu’elle fait est « provisoire » puisqu’on négocie, (et en attendant l’aboutissement des négociations à une « solution finale » !)

3)Les expériences de compromis politiques ou de négociations, de par le monde, montrent que le négociateur doit être inflexible, et doit élaborer et défendre sa vision et ses revendications. La bataille des idées, la bataille de la représentation, de la description et de la conception de la situation, est majeure. Or, sous prétexte de plaire aux Américains, ou à certains régimes arabes, ou sous prétexte de démasquer l’intransigeance d’Israël et de prouver ainsi qu’il est responsable des échecs, le négociateur Palestinien dit tout et son contraire à la fois. Prenons l’exemple de cette exigence israélienne de reconnaitre le « caractère juif de l’Etat d’Israël ». Le secrétaire du comité exécutif de l’OLP (Yasser Abed Rabbo), et derrière lui Mahmoud Abbas lui-même, ont répondu que ce caractère ne les concernait pas ! Comme si la reconnaissance du caractère juif de l’Etat d’Israël n’impliquait pas la reconnaissance du maintien des Palestiniens de 1948, détenteurs de l’identité israélienne, en citoyens de seconde zone. Qu’est ce qu’un système d’apartheid sinon ceci ? Devant cette condition sine quoi none israélienne pour geler l’expansion des colonies, l’administration américaine a invité l’AP à présenter une contre-proposition. L’AP répond : « définissez-nous les frontières de l’Etat palestinien et appelez votre Etat comme vous voulez » !! Hallucinant. Puis ils se sont fondus en explications encore plus embrouillées que ces réponses. Au lieu de mener une campagne claire, basée sur les intérêts palestiniens et les principes internationaux d’égalité, la tactique de l’AP « pour démasquer Israël » lui a gratuitement cédé un point majeur, celui de son caractère juif. C’est un exemple parmi tant d’autres, qui relèvent tous du même registre.

4)Enfin, l’idée de procéder par étapes, est souvent évoquée par l’AP pour justifier la conduite adoptée au même titre que celle du rapport de force défavorable. Pourra-t-on progresser vers plus, une fois que l’AP aura accepté de nommer Etat palestinien les Bantoustans de la Cisjordanie encerclés par les colonies ? Une fois qu’elle aura accepté non seulement le principe - c’est fait ! - mais la pratique d’« échange de territoires » (ou comme dit Lieberman que c’est juste « une modification des frontières et non pas un transfert de population »), une fois que la Jérusalem palestinienne sera en fait Abou Dis, ou une autre banlieue (puisque c’est une question de « noms »), une fois que la vallée du Jourdain sera définitivement annexée par suite de l’acceptation de la présence militaire israélienne durable pour rassurer Israël, une fois que Gaza, la méchante, sera totalement écrasée sous prétexte du Hamas, le siège ne pouvant être levé que si celui-ci capote, une fois que sera officiellement annulé le droit au retour des réfugiés Palestiniens, sachant que seuls les détenteurs d’un droit peuvent le céder, (mais nous ne sommes plus à un détail près !). Quel sera alors l’état du fameux rapport de force ? Et pourquoi espérer que l’AP sera récompensée pour sa docilité ? Le peuple palestinien, dit-on, pourra toujours se révolter contre cet état de choses qui lui aurait été imposé, mais la révolte n’appartient pas à la notion de gradualité et d’étapes que vend l’AP. Bien au contraire, la révolte sera une opposition à ce que l’AP aura entrepris.

5)N’y-a-t-il pas vraiment pas d’autres alternatives ? Plusieurs voix palestiniennes significatives pensent que ces alternatives existent, ainsi que des intellectuels et des militants arabes qui ont passé leur vie à soutenir la lutte du peuple palestinien. Le problème réside dans le point de départ de l’action politique de l’AP, qui repose sur la recherche d’une solution immédiate. Dans ce cas, le peuple palestinien serait contraint d’accepter n’importe quoi, du moment que ce n’importe quoi portera le nom d’Etat palestinien. Par contre, si la stratégie palestinienne se construit sur la nécessité d’entretenir la lutte face à l’occupant colonialiste et au système qu’il installe, les alternatives sont multiples. Il est clair ici qu’il ne s’agit pas uniquement de « prendre position », c’est à dire de trancher la chose par un discours, mais bien de proposer un ensemble d’actions et d’attitudes, incluant le niveau diplomatique bien évidemment, mais focalisant sur 3 éléments : 1) la réorganisation de l’ensemble du peuple palestinien en réseaux de solidarités et de résistances – à la tête desquelles se tient la résistance civile et pacifique, tout en refusant de condamner le droit à la résistance armée quand elle est opportune (l’opposition pacifique/ armée est factice et doit être condamnée, ce ne sont que des outils au service d’une stratégie). 2) En deuxième lieu, il s’agit de renouer avec les réfugiés Palestiniens, surtout dans le monde arabe, qui sentent qu’ils sont bradés au profit de la « solution immédiate », et en faire des appuis pour la réunification des éléments de la question palestinienne entre les mains d’une OLP refondée et restructurée de nouveau pour lui rendre sa représentativité. Le plus grand danger qui guette la lutte du peuple palestinien est la dislocation de ses composantes. C’est un procédé déjà avancé mais pas encore irrécupérable, y compris au niveau de l’unité politique indispensable entre les factions palestiniennes, Hamas et Jihad inclus. L’OLP a été réduite à l’AP, et l’AP à une partie du Fatah (puisque des courants contestataires dans le Fatah ont été négligés). Cette pratique contredit toute l’historique du mouvement de la lutte palestinienne, et même l’historique du Fatah lui-même. L’exigence d’un retour à un cadre unitaire est indispensable pour l’assainissement de la situation. 3) Enfin, se réapproprier le niveau de la solidarité internationale active est le troisième élément de cette stratégie à adopter. Rien d’autre ne pourra compenser le soutien américain et occidental officiel à Israël, la solidarité internationale ayant été brouillée par l’illusion d’une solution à portée de main, qui se négocie dans les coulisses diplomatiques et ne demande pratiquement rien aux militants de par le monde, prêts pourtant à se mobiliser pour la Palestine. Quel gâchis !

6)L’argument selon lequel la revendication de deux Etats correspond au droit international et constitue ainsi un atout pour la politique palestinienne, adopte une vision borgne de la notion de droit et de légalité, en plus de souffrir de formalisme. Il est très dangereux de diviser ces notions et d’être sélectif quant à leur application. Rien, aucun engagement diplomatique, n’empêche les Palestiniens de développer une vision d’un autre Israël, d’un Israël débarrassé de son caractère colonial, qu’il serait possible de côtoyer. La réalité israélienne concerne les Palestiniens qui en sont quand même ses premières victimes.

7)La stratégie de lutte palestinienne adéquate actuellement reste à élaborer. Il ne s’agit pas de choisir à la carte entre le Fatah et le Hamas, entre négociation et lutte armée. Cette simplification est criminelle de part et d’autre de ses porte-paroles. Ni les négociations ni la lutte armée ne se suffisent à elles-mêmes, et leurs conditions d’application, leurs interactions, leurs exigences et préparatifs devraient être décidées, élaborées et construites, ce qui manque dans une large mesure. Tout autant que l’illusion catastrophique d’une « solution immédiate négociée » à portée de main, l’appel à la lutte armée devient juste une surenchère, ou dans les meilleurs des cas une position de principe qui ne mène nulle part. Ce sont là des postures de plus en plus abstraites, parce que sans fondements politiques ancrés dans la réalité.

III - Le système mis en place

Mais comment perdure cet état des choses ? Le côté palestinien est constamment invité à faire des concessions, face auxquelles il n’a guère le choix du refus, parce que plus vulnérable et exposé à la merci des grandes puissances. C’est là tout le sujet : à supposer que la classe dirigeante palestinienne ne collabore pas sciemment, elle a par contre participé à la construction d’un édifice/prison, où elle dépend pour sa survie du bon vouloir d’Israël . 1) l’exigence de coordination sécuritaire avec l’occupant a atteint des proportions inimaginables : le coordinateur du gouvernement israélien en Cisjordanie a révélé il y a quelques jours que pour la première moitié de 2010, les opérations sécuritaires coordonnées entre les forces spéciales palestiniennes (entrainées par le général américain Dayton auquel vient de succéder le général Muller) et les forces sécuritaires et armées israéliennes ont été au nombre de 1424 opérations, c’est-à-dire une opération toutes les 3 heures !! Ceci représente le double de ce qui a été pratiqué tout au long de l’année 2009, et dépasse la coordination qui existe entre les forces de l’Otan en Afghanistan !! 303 réunions de coordination sécuritaire entre les deux parties ont été tenues durant ces 6 mois. L’AP dépend aussi du bon vouloir « international ». Elle vit des aides de l’UE, qui permettent à 160 000 fonctionnaires en Cisjordanie –selon les chiffres officiels de l’AP, donc à 160 000 familles – de toucher leurs salaires. Les entrepreneurs de toute sorte vivent des projets financés ou soutenus par ces instances, et des miettes sont enfin distribuées sous formes d’aide ponctuelle. Pourront être énumérés des centaines d’éléments qui prouvent le degré d’imbrication de l’AP dans un système entier de dépendance à l’égard de l’occupation (on évoque souvent les cartes VIP qui symboliquement concrétisent cette situation), et ainsi, de la nécessité de maintenir les négociations de paix indépendamment de leur résultats et des dégâts qu’elles causent.

La division entre l’AP et le Hamas, ainsi que le blocus de la bande de Gaza, font partie du système en question. Cette division est féconde, permettant à l’AP de recevoir de façon continue des signes de reconnaissance de sa légitimité, mais aussi un soutien financier pour la consolider face aux « méchants » dont l’existence est concrétisée par leur mainmise sur Gaza. Le Hamas, qui pourtant condamne les négociations, adopte une attitude schizophrène, considérant son autorité sur Gaza comme une preuve de sa force qui doit être reconnue par les puissances internationales, et comme un partage du pouvoir avec l’AP. Cette division est une chance pour Israël, car elle permet de remettre au deuxième plan les solutions plus globales, et notamment les dispositifs concernant le lien entre les 2 parties des territoires palestiniens de 1967. Une complicité nauséabonde est ainsi établie entre les différents protagonistes de cette situation, incluant les 2 organisations palestiniennes elles-mêmes, mais de façon directe, Israël et l’Egypte, chacun en tirant des profits qui lui sont propres. Mais les répercussions de cette situation sur le peuple palestinien sont totalement néfastes.

IV - Nos choix d’action

A ce stade, la CCIPPP considère qu’il est urgent d’inciter une large discussion sur la fonction réellement remplie par les négociations et par l’illusion, farouchement entretenue par de si différentes voix, d’une solution basée sur deux Etats qui naitra d’un instant à l’autre du sein même d’un processus de paix fécond.

Si nous ne considérons pas qu’il nous revient d’opter pour des choix de type « deux Etats ou un Etat démocratique de tous ses citoyens », il est par contre indispensable d’examiner et d’évaluer l’impact concret des politiques en cours. Du fait des missions civiles continues, la CCIPPP est en contact avec la réalité palestinienne sur le terrain, avec nos interlocuteurs et partenaires Palestiniens très nombreux et très diversifiés, et avec nos alliés anticolonialistes Israéliens. Notre mouvement ne peut que constater le degré de plus en plus accentué de désarroi, de perte de repères, et de désespoir qui minent le peuple palestinien face à la conduite de sa direction. Cette forme de détachement fait partie des nombreux signes qui indiquent une fin d’époque, commencée en 1965 avec le lancement du mouvement des fédayins et du nouvel OLP.

Au même moment, nous constatons la formidable dynamique de ce peuple en lutte qui invente l’appel à la campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre Israël (BDS), la résistance populaire dans les villages traversés par le mur, les différentes initiatives politiques qui montrent une exigence intacte pour trouver le chemin de la libération…Le PYN (Palestinian Youth Network), le « Courant de défense des fondamentaux », le Comité des Indépendants, etc.…prouvent s’il le faut, l’énorme détermination du peuple palestinien, et sa capacité à tenir bon malgré une situation d’oppression sans égale de la part d’Israël, aidé cette fois par tout un système étouffant et entravant, patiemment mis en place, et cogéré par l’occupation et par l’AP.

Encore une fois, le peuple palestinien prouve qu’il est ce « malade de l’espoir » qu’avait chanté le grand poète palestinien et international Mahmoud Darwich. Et les prémices d’une transition déjà amorcée sont présentes. La campagne pour le BDS articule bien cette transition. L’appel des organisations palestiniennes, en reprenant les 3 exigences fondamentales, installe un cadre référentiel de consensus national et remet ensemble les composantes du peuple palestinien éclaté en habitants des territoires occupés (qu’on a de plus en plus du mal à nommer, et auquel la situation de Gaza a apporté une nouvelle complexité), en Palestiniens de 1948 (qui vivent en Israël comme des citoyens de seconde zone, et confrontent un système d’apartheid institutionnalisé), et en réfugiés dans le monde arabe. L’éclatement et la dissociation des composantes de la question palestinienne sont un des outils majeurs de la domination de ce peuple, car cette situation dépolitise en quelque sorte la question palestinienne en la canalisant dans la voie obligée de la recherche de survies et de solutions pragmatiques.

L’appel au BDS articule également la lutte du peuple palestinien avec la solidarité internationale active. L’effondrement de « la solution diplomatique immédiate » impose cette articulation comme une urgente nécessité, puisqu’il faudra s’engager dans une longue lutte globale et assurer les conditions d’un avancement évaluable. Les campagne BDS se conçoivent comme une sorte d’appropriation, dans chaque pays ou région, de l’engagement pour la Palestine libre, dans le sens que la question palestinienne est aujourd’hui le symbole de la confrontation avec un ordre basé sur la force, qui enraye la capacité humaine à l’indignation, incite à avaler toutes les pratiques immondes au nom du réalisme et des « intérêts propres » qui se fichent « du reste » et s’accommodent des lois de la jungle. La nouvelle vague de solidarité active est différente qualitativement de la posture de « soutien » à une lutte en marche, elle se soucie de participer à son élaboration dans une interactivité indéniable. La dimension internationale – et d’ailleurs arabe - a été négligée et minorée quand dominait l’éloge de l’action diplomatique entreprise, et le processus de paix palestinien a fini par devenir la copie conforme des « solutions » bilatérales inaugurées par Sadate et son accord de camp David, qui s’inscrivent totalement dans le renforcement de l’ordre dominant.

La campagne pour le BDS et tous ses dérivés (la campagne contre Carmel-Agrexco, les poursuites juridiques des criminels de guerre israéliens, dont le tribunal Russel, les actions auprès de la CPI, les actions dans chaque pays au nom de la compétence universelle, le suivi du rapport Goldstone etc…), ainsi que l’initiative de « la flottille de la liberté pour briser le siège de Gaza », relèvent toutes d’une même logique, celle de mettre un terme à la situation d’exception accordée à Israël, et à son impunité, ce système qui lui permet d’échapper à toute redevance et sanction, même quand il commet les pires exactions et qu’il bafoue le droit international et les résolutions que les instances arrivent parfois, malgré tout, à décider à son encontre.

Nous pensons qu’Israël, de par sa nature colonialiste et ségrégationniste très particulière, est structurellement construit et organisé autour de cet état d’exception et d’impunité. Ceci explique la panique qu’il manifeste face au développement de la campagne BDS, panique surfaite sans être totalement feinte. Et nous pensons que le jour où Israël deviendra un Etat comme les autres, alors sera possible une solution basée sur la justice, où Israéliens et Palestiniens vivront ensemble, avec des droits politiques, citoyens, et humains égaux. A ce moment là, le cadre ou les formalités de cette solution n’auront que des importances secondaires. Nous pensons qu’arriver à cette situation est vital pour le peuple palestinien qui a vécu une injustice historique tellement longue et violente qu’elle est honteuse pour l’ensemble de l’humanité, mais que c’est autant vital pour les Israéliens eux-mêmes, et les juifs de par le monde qu’Israël tente de leur confisquer la parole et la représentation. En effet, les choix politiques des responsables israéliens tablent sur la force brutale et la réduction des peuples de cette région à la soumission. Ils conduisent la région du Moyen Orient vers des guerres permanentes et sanguinaires, sans aucune issue, et flirtent ainsi finalement avec l’auto-destruction et le suicide. Pour le bien des Palestiniens et des Israéliens, pour le bien de nous tous et toutes partout dans le monde, il faut que ceci cesse. Il nous incombe d’y œuvrer !


Mechaal: L'administration américaine est incapable de faire quelque chose pour nous
Damas – CPI - Samedi 6 novembre 2010

Khaled Mechaal, président du bureau politique du mouvement islamique Hamas, a catégoriquement condamné la politique de l’administration américaine. C’est la politique des faibles, incapables, en faillite.

Il a souligné que « l’administration d’Obama n’a pu honorer ses promesses quand elle était au maximum de sa force. Après sa perte dans les élections de mi-mandat, elle ne peut rien faire pour nous ».

Mechaal donnait son discours à Damas, à l’occasion de la fête du mouvement du Djihad Islamique, vendredi 5 novembre. « Nous disons à l’administration américaine que nous ne vous attendons pas. Nous, les factions palestiniennes et les forces de la résistance, nous avons une vision claire. La terre est la nôtre, la ville d'Al-Quds est la nôtre. La Palestine est la nôtre. Notre choix est la résistance. Nous prendrons ce qui est à nous par nous-mêmes et par notre fusil, en demandant le soutien d’Allah (le Tout Puissant) , non des Etats-Unis ».

Les négociations restent un choix sans avenir. Peut-on espérer quelque chose de l’Entité sioniste qui tue, viole, vole la terre et déporte le peuple palestinien ?

Le chef palestinien a insisté sur la nécessité de l’union nationale, du projet de résistance, de l’attachement aux droits de notre peuple palestinien.

Et pour ce qui est de la réconciliation, c’est une nécessité nationale « et nous travaillons afin qu’elle réussisse ».

Il est important de traiter tous les points de divergence (avec le Fatah). Il faut reconstruire l’union et reconstruire la position palestinienne en se basant sur l’accord de l’entente nationale de 2006.

Enfin, au nom de toutes les factions palestiniennes et au nom du mouvement de la résistance islamique Hamas, Mechaal a félicité le mouvement du Djihad Islamique et son secrétaire général pour la célébration de son anniversaire.
d'après : http://www.palestine-solidarite.org/actualite.cpi.061110.htm


L'Autorité palestinienne invite l'UE et les pays arabes à s'impliquer davantage dans le processus de paix

L’Orient-Le Jour - 07/11/2010



La déléguée générale de Palestine auprès de l'Union européenne (UE), Leïla Shahid, a invité les États membres de l'UE et les pays arabes à s'impliquer davantage aux côtés du président américain Barack Obama dans le processus de paix au Proche-Orient.

"L'Union Européenne devrait peut-être un peu assumer une part de la responsabilité avec le président Obama et témoigner d'un accompagnement plus sérieux", a estimé la déléguée générale de Palestine auprès de l'UE, Leïla Shahid. / AFP


"L'Union Européenne devrait peut-être un peu assumer une part de la responsabilité avec le président Obama et témoigner d'un accompagnement plus sérieux", a estimé Leïla Shahid lors d'une conférence de presse, samedi, à Ajjacio.

Mme Shahid reconnaît qu'après "le revers" du président Obama aux élections de mi-mandat et la volonté du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu "de confisquer les territoires sur lesquels nous voulons construire notre État en refusant de geler la colonisation" s'ouvre "une période d'incertitudes".

"Il n'est pas normal qu'on mette uniquement sur le dos du président américain la responsabilité de suivre les affaires de paix en pleine Méditerranée alors qu'il y a 27 États membres de l'Union Européenne qui sont les premiers partenaires des Palestiniens pour les constructions des infrastructures et les premiers clients d'Israël pour son marché agricole et technologique", a expliqué Mme Shahid.
La déléguée générale de Palestine auprès de l'Union européenne a souligné que "les États Arabes n'étaient pas sans responsabilité et devaient s'impliquer davantage.
Leïla Shahid et le président d'honneur de la Ligue des droits de l'Homme, Michel Tubiana, qui effectuent une visite de deux jours en Corse, devaient participer à un débat samedi après-midi sur la situation en Palestine et les droits internationaux.
Les dirigeants de la Collectivité territoriale de Corse (CTC), Paul Giacobbi et Dominique Bucchini, qui ont reçu vendredi Leïla Shahid, ont proposé une coopération entre l'île et l'Autorité Palestinienne dans certains secteurs économiques et sociaux.
Ces accords pourraient porter sur l'eau, l'environnement, l'énergie, l'agriculture et la pêche, l'aménagement rural, la culture, l'éducation et la santé.

d'après : http://www.lorientlejour.com/category/Moyen+Orient+et+Monde/article/677640/LAutorite_palestinienne_invite_lUE_et_les_pays_arabes_a_simpliquer_davantage_dans_le_processus_de_paix.html


Propositions de coopération décentralisée entre la Corse et la Palestine
[AFP] - AJACCIO, 5 nov 2010

La déléguée générale de Palestine auprès de l'Union européenne, Leïla Shahid, a remercié vendredi à Ajaccio les dirigeants de la Collectivité territoriale de Corse (CTC) de leurs propositions d'accords de coopération dans certains secteurs économiques et sociaux.

Ces accords, a expliqué le président de l'Assemblée de Corse, Dominique Bucchini, pourraient porter sur l'eau, l'environnement, l'énergie, l'agriculture et la pêche, l'aménagement rural, la culture, l'éducation et la santé.
Mme Shahid, qui effectue une visite de deux jours en Corse en compagnie du président d'honneur de la Ligue des droits de l'homme, Michel Tubiana, a été reçue à la CTC par Dominique Bucchini et par le président du Conseil exécutif de Corse, le député (Parti radical de Gauche) de Haute-Corse, Paul Giacobbi, en présence notamment du député-maire (social-démocrate), Simon Renucci, et d'un représentant de l'évêque d'Ajaccio.
Elle sera reçue samedi à l'hôtel de ville d'Ajaccio avant de participer à un débat sur la situation en Palestine.