Nouvelles du monde arabe 2

Le peuple syrien fait face a une guerre impérialiste

ISM, par Nadia Khost

Dr Nadia Khost, romancière syrienne, réside à Damas. Elle est l’auteur de nombreux ouvrages, d’essais, et de nouvelles portant sur l’histoire, l’architecture, la conservation et la protection du patrimoine de la Civilisation Arabe.
Questions douloureuses
Les Syriens comprennent que la destruction de l’infrastructure, le pillage des hôpitaux, l’incendie des usines, des écoles, et des établissements publics, l’explosion des pipelines, et des pylônes électriques, tendent, à l’instar des sanctions économiques arabes et occidentales, à rendre leur vie plus pénible !
Ils comprennent que l’appui politique, financier et militaire apporté aux gangs armés par les pays du Golfe et occidentaux, extirpe les miséreux de leur misère sociale (en donnant de l’argent et des armes). Et donne libre cours aux spéculations que les lois, et la suprématie de l’État, réfrènent.

Le peuple syrien fait face a une guerre impérialiste

Manifestation contre l’intervention étrangère à Damas

C’est ainsi qu’apparaissent des gangs qui kidnappent et demandent des rançons ; et des spéculateurs commerçants peu scrupuleux qui font grimper les prix !

Les Syriens comprennent tout cela. Car le projet politique impérialiste sioniste est de déstructurer la société et de démanteler le pays en émirats confessionnels, pour qu’Israël devienne la seule force dans ce qui est une région stratégique.

Mais ce que n’arrivent pas à comprendre les Syriens, c’est la sauvagerie des gangs armés, l’horreur des mutilations, des découpages de cadavres auxquels ils se livrent : un jeune homme attaché à une voiture et traîné dans la banlieue de Damas, jusqu’à la mort ; une jeune fille pendue pour avoir témoigné à la télévision en disant que les gangs tuent des innocents ; des chambres de torture munies de crochets comme ceux qu’utilisent les bouchers pour accrocher les moutons égorgés ; des bourreaux inscrivant sur les murs « la brigade libyenne Khaled Bin el Walid est passée par là ! » Une famille entière égorgée, à l’exception des deux petits derniers qui, de leur cachette, ont assisté au carnage ; ces deux petits orphelins ont raconté en pleurant que les hommes armés ont brûlé les cadavres de leurs parents.

Les tueurs racontent, comme on conte une histoire banale, qu’ils violent les femmes avant de les tuer, et filment ces horreurs pour les diffuser ensuite sur la chaine Al-Jazeera.

Ces scènes sanglantes, étalées devant nos yeux par centaines, suscitent des questions brûlantes

Comment ces sauvages sont-ils soudainement apparus dans la société syrienne qui a été élevée dans la bonté et les mots d’amour des poèmes de Nizar Qabbani ? Comment n’avons nous pas vu le Wahhabisme sauvage arriver et prendre la place de la bonté de et la miséricorde ?

Pourquoi avons-nous imaginé que les escadrons de la mort – qui ont sévi en Amérique Latine et en Algérie - faisaient partie d’une époque révolue ?

Mais les vrais criminels ne sont-ils pas ces politiciens occidentaux qui qualifient ces gangs de « révolutionnaires », et les soutiennent publiquement avec leur réseau de communication (Clinton) ; ou concoctent des réunions au Conseil de sécurité sous l’article 7, (Juppé) ; ou leur offrent des sanctuaires aux frontières et l’appui des services français, états-uniens, britanniques et israéliens. Les régimes despotiques du Golfe qui financent les gangs et achètent les armes ne sont-ils pas responsables ?

Les médias occidentaux qui passent sous silence les témoignages des blessés rescapés des carnages et le rapport des observateurs arabes, ces médias qui participent au mensonge dans la guerre d’invasion sioniste contre le peuple syrien, ne sont-ils pas eux aussi responsables ?

Le 28 avril, l’armée libanaise a arrêté un navire chargé de 140 tonnes d’armes, en provenance de Libye et à destination de groupes armés syriens. Le navire a navigué sous le regard de la FINUL et des Israéliens dans une zone sous protection occidentale et internationale. Cette violation du plan de Kofi Annan a-t-elle été condamnée ? Et cette intervention de la Libye exportant des armes à destination des gangs d’Al-Qaida a-t-elle été condamnée ?

Le 27 avril encore, un terroriste s’est fait exploser à la sortie des fidèles de la mosquée dans le quartier Midane, à Damas. Al-Qaida a revendiqué l’attentat. Dans la même semaine, deux terroristes se sont fait exploser à Idleb, détruisant des immeubles d’habitation. Les gangs ont kidnappé onze chercheurs scientifiques et ont tué un médecin ; ils ont attaqué aux roquettes RPG la banque centrale syrienne et assassiné un candidat aux élections parlementaires à Idleb ; puis un autre à Deraa. Est-ce que les dirigeants occidentaux, ou leurs médias, ont condamné les attaques visant des habitations et une institution civile économique, des compétences scientifiques et des candidats aux élections législatives ?

En méditant sur la destruction de Homs, on découvre les traces d’une vraie guerre. On découvre que le quartier de Baba Amr, l’émirat islamique que Bernard-Henri Lévy a présenté comme le berceau de la révolution, est en fait un bastion de gangs, avec des prisons, des centres de torture et de terreur et, le long des rues que les gangs avaient conquises, des barricades militaires, des maisons vidées de leurs habitants et dont les murs intérieurs ont été démolis par les gangs pour faciliter leur passage d’un appartement à l’autre.

En dépit de cela, les médias menteurs, et les dirigeants impérialistes, qualifient les criminels de « révolutionnaires » et d’« armée libre » ! Aux Nations Unies on n’évoque jamais Israël, qui a commis les massacres de Qana, de Jenin et de Gaza, et qui emprisonne des milliers de Palestiniens, mais on évoque la Syrie qui soutient la résistance arabe à Israël. La « communauté internationale » est furieuse de n’avoir pas réussi à rééditer le drame libyen en Syrie ; elle se rabat sur les charges explosives, les voitures piégées et les assassinats quotidiens.

Sur le plan local, la Syrie doit faire face au poids infligé par la destruction des infrastructures et les séquelles de l’embargo économique. Les communes recensent les dégâts subis pour dédommager les habitants. Mais peut-on évaluer les dégâts que représentent des milliers d’orphelins, de veuves, et de mutilés ? Comment mesurer la douleur de notre âme dans une société connue pour son tact et sa gentillesse, son raffinement et son dégoût de la brutalité ? Traditionnellement basée sur la miséricorde, elle a été surprise par la sauvagerie wahhabite.

Une question nous assaille : comment avons-nous pu partager avec ces sauvages notre air et notre eau ? Et comment la vigilance des services officiels, et des partis ne les a-t-elle pas détectés ? Ces questions ensanglanteront nos cœurs pour longtemps…

Il y a une autre douleur. Une douleur politique.

De Syrie, depuis la seconde moitié du siècle dernier, un chant : « Pays arabes, ma patrie » s’est répandu dans les pays arabes. La Syrie a inspiré les résistants arabes. La Syrie a loyalement honoré ses devoirs liés à sa position géopolitique : elle a accueilli un demi-million de réfugiés palestiniens qu’Israël a chassés. Un million et demi d’Irakiens s’y sont réfugiés lors de l’invasion états-unienne. Et des milliers de Libanais s’y sont réfugiés lors de l’invasion israélienne au Liban (en 2006). La Syrie leur a accordé les mêmes droits au travail, à l’assurance maladie, à l’éducation et au logement qu’à ses propres citoyens. Et voici que des institutions officielles arabes conspirent avec Israël et les États-Unis contre la Syrie ; que des bandes arabes et islamistes armées s’infiltrent depuis les pays arabes voisins et se livrent au meurtre des Syriens. Et que la Ligue Arabe est utilisée pour réaliser le projet occidentalo-sioniste en Syrie !

Le néo-libéralisme

Les crises arrivent lorsque les relations économiques et sociales heurtent les besoins et les aspirations humaines et nécessitent alors d’être changées. Après la chute de l’Union Soviétique, une période historique mondiale étant révolue, les Syriens ont compris qu’ils perdaient un appui important. Et les changements politiques et économiques sont apparus comme une évidence. Malgré cela, la Syrie a su garder ses acquis culturels et économiques : le secteur public, et le rôle de l’État dans le commerce extérieur et la planification économique, la culture pour tous, la gratuité de l’enseignement, les magasins d’État, le soutien des produits de base, la place des syndicats ouvriers et agricoles dans les décisions économiques et politiques. Le plan de « sécurité alimentaire » a été maintenu, et des millions d’oliviers ont été plantés dans le nord. La Syrie a sagement traversé la période de l’effondrement du bloc socialiste, et n’a pas rejoint le marché capitaliste occidental.

Mais la corruption a gagné le secteur public. Et il a paru à la classe compradore locale et à l’Occident, qu’ils pouvaient changer la structure économique syrienne et la politique extérieure syrienne. Les pays européens ont fait croire à la Syrie qu’ils étaient prêts à participer à la modernisation de son économie et de sa structure administrative. Nous avons alors vécu une période dite « d’expansion européenne ». Un institut pour former des administrateurs à diriger nos institutions à la manière occidentale a été créé, et un projet incluant la Syrie dans le marché commun européen a été préparé. Et Madame Ashton, qui aujourd’hui menace la Syrie, était alors souriante et satisfaite de sa visite à Damas.


Lire la suite de l'analyse du Dr Nadia Khost sur le site de Silvia Cattori.
Source : Site Silvia Cattori
d'après : http://www.ism-france.org/analyses/Le-peuple-syrien-fait-face-a-une-guerre-imperialiste-article-16959
http://www.ism-france.org/analyses/Le-peuple-syrien-fait-face-a-une-guerre-imperialiste-article-16959



La Syrie, tournant des révoltes du monde arabe


Samir AITA , Michel KILO et Mohammad MAKHLOUF - Agence Média Palestine
publié le lundi 6 février 2012.

Le peuple syrien s’est soulevé il y a plus de dix mois, clamant qu’il n’accepte plus l’humiliation, et qu’il ne peut reculer avant d’obtenir liberté et justice sociale. Ce soulèvement vient couronner des années de luttes de militants politiques et sociaux, notamment dès le « printemps de Damas » et l’éclosion des « comités pour le Développement de la Société Civile ». Pendant une dizaine d’années, les appels ont été incessants pour le dialogue et pour des réformes démocratiques, économiques et sociales, même graduelles. Le pouvoir avait fait la sourde oreille et installé un « capitalisme des copains », inconscient du « tsunami des jeunes » qui a porté enfin les révoltes arabes*.

Face aux slogans pacifiques, patriotiques et humains des premiers mois du soulèvement syrien, le pouvoir a délibérément choisi d’utiliser la violence, tuant, emprisonnant et humiliant les manifestants sortis dans une région pour en soutenir une autre. Il a également volontairement attisé les sentiments confessionnels, et emprisonné des milliers de cadres politiques sur le terrain, privant le soulèvement de leur rôle positif et œuvrant à le dévier de ses valeurs civiques et unificatrices.

Au bout de quelque mois, des groupements politiques se sont formés en soutien au soulèvement, à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Mais ces groupements n’ont pas pu accompagner le temps social grondant par un discours et une force de proposition politiques permettant de regrouper le consensus le plus large et d’éviter le recours aux armes, tout en dénonçant les dérives sectaires ou les appels aux interventions étrangères. Tous ces groupements ont privilégié la représentation du soulèvement à l’étranger au détriment du travail politique sur le terrain visant à changer l’équilibre des forces au sein de la société et de l’armée. Ils sont donc tombés dans le piège que le pouvoir leur a tendu, amenant un blocage de la situation : un soulèvement massif qui n’arrive pas à renverser le pouvoir en place, et un régime qui n’arrive pas à venir à bout d’un soulèvement qui s’étend chaque jour davantage.

Le discours de certains groupements d’opposition, largement relayé par les médias, a promis des faux espoirs. Il a poussé une partie du soulèvement à prendre les armes, non seulement dans les cas de légitime défense, mais graduellement par désespoir du politique et par croyance que le régime pourrait tomber par la force des armes, avec l’aide de puissances extérieures. La mimique avec l’exemple libyen a poussé dans ce sens.

Or, la Syrie se situe au cœur des enjeux du Moyen-Orient. Le développement du sectarisme la ferait sombrer dans une guerre civile et dans le fossé que les États Unis ont creusé entre les pays du Golfe et l’Iran, entre Islam shi’ite et sunnite. De plus, cette sombre perspective tuerait pour longtemps les espoirs d’un élan des valeurs humaines, du Réveil (Nahda) que constitue le printemps arabe, qui irait changer les systèmes politiques et sociaux de l’Océan Atlantique jusqu’au Golfe. Les révolutions tunisiennes et égyptiennes ont surpris les dirigeants français, mais ils s’en sont accommodés, et se sont associés à un vent de contre-révolution mené par les pays du Golfe. A l’inverse, ces dirigeants se sont engagés dans les soulèvements libyen et syrien pour les dévier de leur cours, bien que le déclenchement d’une intervention militaire soit impossible dans les horizons syriens.

Du coté populaire, il est notable que ces soulèvements n’ont suscité, au-delà d’une certaine sympathie, aucun élan réel de solidarité, en France comme en Europe, bien qu’il s’agit d’un moment unique du combat de l’humanité pour les libertés et la justice. Quelques centaines de réfugiés tunisiens ont suffi pour réveiller des craintes viscérales, alors que la Tunisie elle-même a reçu des dizaines de milliers de réfugiés libyens. La Syrie paraît plus lointaine, et la sympathie populaire et des associations s’est faiblement manifestée, même pour aider les quelques dizaines de militants réfugiés en France, sans ressources, sans possibilité d’insertion. On les laisse ainsi à la merci de toutes les manipulations et les chantages, y compris des soi-disant « intellectuels humanitaires » du genre BHL.

Il est grand temps que se manifeste un travail de solidarité militante, qui respecte l’intégrité et l’autonomie du mouvement syrien, mais qui arrive aussi à se concrétiser de façon pratique, envers les militant(e)s présent(e)s en France et en Europe, via des comités de soutien qui pourront les accompagner, et envers le soulèvement en Syrie en organisant la collecte et l’envoi d’aide humanitaire. Ils pourront ainsi aider à la réalisation des aspirations des peuples arabes, notamment celles du peuple syrien, qui a montré un courage inouï face aux balles et aux horreurs et qui sait que l’issue de son combat constitue un tournant pour le succès des valeurs civiques et humanitaires de liberté et de justice.

* L’expression « Printemps arabe » est utilisée par les médias occidentaux et du Golfe pour éviter le mot révolte ou révolution, ou même soulèvement.

Source : http://www.agencemediapalestine.fr/...

Samir AITA , Michel KILO et Mohammad MAKHLOUF - Agence Média Palestine

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11536


Vidéos : "Rencontre avec deux syriens de l’opposition indépendante"
vidéos CCIPPP34 (1ère et 2ème parties)
publié le vendredi 10 février 2012.

Michel Kilo, écrivain, ancien prisonnier politique, initiateur du « printemps de Damas » et du « mouvement pour le développement de la société civile », et Samir Aita, Rédacteur en Chef du Monde diplomatique éditions arabes, président du Cercle des Économistes Arabes, membres de l’opposition indépendante, parlent de la situation en Syrie, du rôle la société civile, des ingérences extérieures, du mouvement des déserteurs etc.



1ère partie - http://www.dailymotion.com/video/xob0i5_rencontre-avec-deux-syriens-de-l-opposition-independante-1_news#from=embediframe
2 ème partie - http://www.dailymotion.com/video/xob1le_rencontre-avec-deux-syriens-de-l-opposition-independante-2_news#from=embediframe

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11522


L’Arabe de service

Gilles Paris - Le Monde
publié le mardi 24 janvier 2012.

Le "processus de paix" israélo-palestinien, même s’il n’est plus qu’une mécanique Potemkine, a sa chorégraphie et ses impératifs scéniques. Longtemps, il a reposé sur l’acteur égyptien, son président statufié dans la sagesse qui lui était prêtée, sa capitale et sa station balnéaire (Charm Al-Cheikh) pour les sommets sans cesse annoncés comme décisifs, souvent décevants.

Hosni Moubarak ayant été escamoté pour cause de "printemps arabe", la place était vacante. C’est le roi de Jordanie, deuxième pays arabe voisin d’Israël à avoir conclu un traité de paix avec l’Etat juif, Abdallah II, qui tente de reprendre le flambeau, et c’est à Amman que désormais Israéliens et Palestiniens se retrouvent. En novembre, le roi jordanien s’est même rendu à Ramallah pour la première fois depuis 2000.

Le souverain qui fêtera bientôt ses treize années de règne a des raisons objectives pour s’impliquer compte tenu des répercussions toujours possibles d’une nouvelle intifada dans un pays qui compte une forte minorité d’origine palestinienne.

Le roi Abdallah II s’est fait une spécialité de Cassandre au sujet du conflit israélo-palestinien. Son non-règlement, ne cesse-t-il d’assurer, constitue une bombe à retardement. C’est un souverain plutôt habile qui est passé jusqu’à présent entre les gouttes révolutionnaires, un visiteur idéal pour la Maison Blanche, et qui s’inscrit parfaitement dans ce storytelling devenu lassant. A condition de n’en rien attendre.

Video et source : http://israelpalestine.blog.lemonde...


d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11508


L’Egypte sur la voie de la révolution
Médiapart
31 Décembre 2011

 
Nos camarade de la revue suisse (présente sur internet) A l'encontre ont publié la déclaration ci dessous de nos camarades égyptiens, qui tracent des perspectives révolutionnaires a partir de la situation Egyptienne. Ces perspectives semblent assez intéressantes pour être discutées largement 
 

Préambule de la rédaction d’A l’Encontre

Nous publions ci-après, pour information, un document programmatique de l’organisation égyptienne des Socialistes Révolutionnaires. Il a été mis en ligne sur le site e-socialists.net. Sa version anglaise l’a été le 27 décembre 2011. Nous avons déjà mentionné dans un article publié sur ce site (« Egypte : une nouvelle phase dans l’affrontement politique et social » www.europe-solidaire.org/spi...) la campagne menée par les autorités militaires et les islamistes contre les Socialistes Révolutionnaires. Dans le même article, nous avions cité longuement leur riposte politique.

Il est intéressant de prendre note que Al-Ahram Hebdo (28 décembre 2011-2 janvier 2012), dans un article intitulé « Accusations non fondées », affirme : « En guise de clarification de leur position et de leur vision de la révolution en Egypte, les membres du mouvement des Socialistes Révolutionnaires ont saisi l’occasion de la grande manifestation à la place Tahrir la semaine dernière [23 décembre] pour défendre la dignité des femmes en Egypte. Ils ont distribué leur bulletin publié par le Centre des études socialistes. « Cette campagne de désinformation est naïve et prouve que la mentalité de l’ancien régime règne toujours en Egypte. Cette mentalité est basée sur le fait de diaboliser toute force d’opposition. Il n’y a pas de renversement d’Etat, mais plutôt un renversement de régime. Après les derniers incidents, beaucoup de gens ont demandé le renversement de l’Etat qui tue son peuple. Ils veulent le pouvoir qui dirige le pays. Les idées ne sont pas un crime », assure Waël Khalil, militant politique. Et de préciser : « Le communiqué du mouvement socialiste est une réponse à cette campagne. Dorénavant, il sera difficile de tromper les gens. » Cet article traduit, de fait, le soutien que les Socialistes Révolutionnaires ont reçu de secteurs démocratiques contre les mesures répressives du pouvoir et la campagne de dénonciation des islamistes.

Le pouvoir militaire continue ses actions répressives et d’intimidation. Le 29 décembre 2011, 17 sièges d’ONG liées à la défense des droits de la personne humaine ont été occupés par les forces policières et militaires et leur matériel a été séquestré. Une conférence de presse a été tenue par 27 ONG le 30 décembre : à cette occasion, les organisations ont signé une déclaration condamnant « la campagne sans précédent » contre les militants politiques et les organismes de défense des droits humains. Elles ont dénoncé vivement « les violations honteuses des droits humains » par le Conseil suprême des forces armées (Ahram Online, 30 décembre 2011).

Quatre officiers de police et un officier non en fonction officielle, accusés d’avoir tué cinq manifestants les 28 et 29 janvier 2011, ont été acquittés par le tribunal du Caire, le jeudi 29 décembre. Or, c’était le premier jugement contre des officiers accusés d’assassinats de manifestants lors de la montée révolutionnaire de janvier, en particulier lors de la manifestation dite du « Vendredi de la colère » le 28 janvier 2011. Une manifestation est appelée par les familles des martyrs pour le samedi 31 décembre. Elle doit se dérouler devant le bâtiment de Haute Cour de justice, au Caire. Diverses organisations politiques et mouvements soutiennent cette manifestation. Ces événements reflètent une partie des affrontements politiques en cours en Egypte aujourd’hui.

L’arrivée du FMI en janvier 2012 – qui vient d’être annoncée – va mettre en lumière les choix de politique sociale et économique que les élites dominantes vont tenter de mettre en œuvre, en les présentant comme « prescrits par un pouvoir extérieur », comme à l’habitude dans ce genre de conjoncture.

La révolution égyptienne traverse une période extrêmement dangereuse. Celle-ci est pleine de possibles. Il y a, d’abord, les incessantes tentatives de la contre-révolution pour faire avorter la révolution : en allumant des conflits confessionnels et en créant un état de panique et d’insécurité afin de détourner les masses du processus révolutionnaire ; en préparant le terrain idéologique et pratique pour des représailles organisées contre le mouvement de masse par la racaille [le terme égyptien baltaguiya désigne les voyous, prisonniers de droit commun, etc. utilisés par le pouvoir pour attaquer les manifestant·e·s], la police et l’armée.

La crise économique joue un rôle contradictoire en ce qu’elle pousse, d’un côté, certaines fractions des masses à protester, occuper et faire grève, alors que, simultanément, de l’autre côté, elle conduit d’autres fractions de ces dernières dans les bras de la contre-révolution et de sa propagande qui instrumentalise l’idée selon laquelle c’est la révolution elle-même qui est la cause du chaos et de la crise économique.

Un deuxième facteur à l’œuvre dans cette phase cruciale réside dans le rôle joué par les forces politiques islamistes et libérales-réformistes qui s’efforcent de contenir la révolution dans les limites de la démocratie formelle. Ces forces sont convaincues qu’elles obtiendront une plus grande part du pouvoir et de la richesse sans porter atteinte à l’ancien système socio-économique. Elles flirtent ainsi, d’une part, avec le Conseil militaire [le Conseil suprême des forces armées dirigé par le maréchal Tantaoui et qui tient les rênes du pays] et les vestiges de l’ancien régime, faisant des promesses sur leur capacité à maîtriser et à mettre fin politiquement au mouvement de masse, cela dans la mesure où elles ne peuvent obtenir ce résultat par le biais de la répression. D’autre part, ces mêmes forces essaient de décourager les masses avec des promesses fallacieuses ayant trait à leur prétendue capacité à faire en sorte que leurs aspirations et leurs revendications pourront être satisfaites au moyen de l’instrument parlementaire traditionnel.

Le troisième facteur réside bien sûr dans le mouvement de masse lui-même : avec un mouvement des travailleurs et travailleuses à l’avant-garde, entouré par des mouvements de contestation des pauvres et des opprimé·e·s, dont les activités se poursuivent depuis le début de la révolution et qui ont atteint un niveau sans précédent durant les mois de septembre et d’octobre avec une vague de grèves massives impliquant 700’000 travailleurs et travailleuses pour la première fois dans l’histoire de l’Egypte moderne. En outre, il y a eu des manifestations et des sit-in jamais vus, conduits par des pauvres Coptes, des Nubiens, le peuple du Sinaï [les Bédouins] et d’autres fractions de la société qui ont souffert d’une oppression organisée par le régime pendant des décennies.

Nous pouvons voir en ce moment trois ensembles de forces fondamentales à l’œuvre (bien qu’il s’agisse là d’une représentation assez simplifiée). Tout d’abord les forces de la contre-révolution, dirigées par le CSFA, les dirigeants d’entreprises ainsi que les vestiges de l’appareil de sécurité du régime qui préparent intensément d’amples attaques armées contre le mouvement révolutionnaire de masse afin de rétablir l’ancien régime accompagné de quelques modifications superficielles.

Il y a en, ensuite, les forces qui furent opposées à l’ancien régime, conduites par les Frères musulmans, lesquels souhaitent maîtriser et mettre fin à la révolution en utilisant le parlement. Ils comptent sur leur capacité et sur leur expérience en termes d’organisation ainsi que sur leur large soutien au sein des masses.

Le troisième ensemble de forces, enfin, est celui qui entend poursuivre et approfondir la révolution et la transformer en une complète révolution sociale. Au centre de cet ensemble se trouve le mouvement ascendant des travailleurs et travailleuses, lequel à fait la démonstration d’une force, d’un activisme et d’une conscience à un degré qui terrifie non seulement la bourgeoisie égyptienne, mais aussi la bourgeoisie mondiale (il suffit d’observer les reportages dans les journaux à travers le monde sur le danger que représente le mouvement des travailleuses et travailleurs égyptiens pour la stabilité à l’échelle internationale).

Dans la phase actuelle du processus révolutionnaire en Egypte, ces trois forces s’équilibrent. Les fissures s’accentuent au sein des forces de la contre-révolution et de l’appareil d’Etat en général et il devient plus difficile de les résorber dans un avenir prévisible. La révolution des masses égyptiennes a porté à cet appareil un coup dont il lui est difficile de se remettre. Le régime est encore debout, mais il est faible et ses dirigeants sont atteints d’un état de paralysie, de peur, d’hésitation et de désintégration. (Des exemples de cela peuvent être vus dans le chaos au sein de la police, les grèves menées par des caporaux de police, l’état de terreur qui règne parmi les officiers de l’armée sur la possibilité d’une division dans ses rangs et dans la paralysie du système judiciaire confronté à des revendications de « nettoyage » de l’institution et enfin par des grèves d’avocats.) Nous pouvons ajouter à cela la pression exercée par la crise économique, malgré la tentative du régime de l’utiliser dans ses objectifs de propagande pour attiser l’hostilité envers la révolution au sein de la classe moyenne et parmi les couches marginalisées par la révolution. La fragilité du régime croît de jour en jour.

Bien entendu, au cours des derniers mois le CSFA et les forces de la contre-révolution ont pris des initiatives et sont passés à des attaques directes, comme le massacre de la place Maspero [9 octobre 2011], l’arrestation de militant·e·s, l’escalade des compagnes médiatiques et propagandistes contre les forces révolutionnaires, y compris contre le mouvement des travailleuses et des travailleurs ainsi que contre les grèves. Le Conseil militaire et les vestiges de l’ancien régime ont évidemment utilisé avec intensité la période électorale pour fragmenter les forces de l’opposition et ouvrir la voie à des compromis ainsi qu’au retour (même s’il est limité) du Parti national démocratique [l’ancien parti de Moubarak, un des pivots du régime] comme un joueur clé sur la scène parlementaire, particulièrement en Haute Egypte et dans d’autres régions qui furent moins touchées par le séisme de la révolution égyptienne.

Ces développements constituent une menace pour la révolution égyptienne. Il est toutefois important de les mettre en perspective. Le Conseil au pouvoir n’a pas la capacité, en ce moment, de porter des attaques directes, de grande ampleur, contre les forces révolutionnaires et, en particulier, contre la classe laborieuse et les pauvres. La confiance en elles-mêmes et la capacité d’action que les masses égyptiennes ont acquises au cours de leur révolution ne peuvent être aisément écrasées. Un affrontement direct en ce moment entre l’armée et les masses risquerait de provoquer une division au sein de l’armée, le délitement du projet contre-révolutionnaire et peut-être même la chute du Conseil militaire lui-même.

C’est ici que le rôle des élections et des forces politiques réformistes entre en jeu. Le Conseil militaire a besoin d’un intermédiaire disposant d’une forte légitimité face à la rue égyptienne. Cet intermédiaire doit être capable d’absorber la colère des masses au travers de promesses de réformes et de changements. Si l’on se fonde sur le point de vue du Conseil militaire, c’est bien le scénario de la pièce que jouera le parlement à venir. C’est sur cette base que le Conseil militaire a fait et fera des concessions aux partis politiques de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, conduits par les Frères musulmans. Il n’est pas dans les intérêts du Conseil militaire d’annuler les élections en ce moment.

Il est possible que les événements qui se sont déroulés le 18 novembre fournissent une indication claire des contradictions en cours [le vendredi 18 novembre, à dix jours des élections, les Frères musulmans et les salafistes organisèrent un rassemblement important sur la place Tahrir critiquant le pouvoir des militaires, notamment un document du gouvernement fixant les principes généraux de la future Constitution ; le même jour d’autres manifestations, de la gauche et des « forces laïques » se déroulèrent sur d’autres places du Caire]. En dépit des accords réalisés entre le Conseil militaire et l’opposition réformiste conduite par les Frères musulmans, des crises se préparent au sujet de la répartition du pouvoir entre la Confrérie qui va remporter les scrutins électoraux et le fait que la concentration exceptionnelle des pouvoirs et des privilèges économiques restera aux mains de l’armée et des groupes dominants d’hommes d’affaires qui étaient et demeurent une partie de l’ancien régime ou, plutôt, qui en sont le cœur. Cela apparaît avec clarté dans le document qu’Ali Selmi [1] a présenté [début novembre] qui garantit ces pouvoirs exceptionnels, ce qui réduirait à peu de chose l’autorité du parlement qui va entrer en fonction et maintiendrait la domination de l’armée et des vestiges de l’ancien régime. La Confrérie des Frères musulmans n’avait pas d’autre choix que d’organiser une large mobilisation politique afin de tenter de limiter ces assurances [attribuées au CSFA] ; elle a donc rejoint l’immense mobilisation politique du 18 novembre. Engager une mobilisation de cette ampleur signifie cependant susciter la colère révolutionnaire en général. Le mouvement populaire de protestation qui a explosé suite à la vague d’attaques menées contre certains de celles et ceux gravement blessés lors de la révolution et contre les familles des martyrs [les familles des personnes tuées par l’armée] s’est poursuivé lors des affrontements très durs dans la rue Mohammed Mahmoud [près des bâtiments gouvernementaux] avec la mort de plusieurs dizaines de martyrs et des centaines de blessés. Ces événements ont confirmé aux islamistes et au Conseil militaire que la colère révolutionnaire n’était pas sous contrôle.

Ainsi, les élections se sont tenues afin de délégitimer les manifestations révolutionnaires et de transférer la légitimité au parlement au sein duquel les islamistes sont en train de gagner une majorité, même s’ils sont ouverts aux négociations, aux manœuvres et prêts à offrir des compromis de sorte que l’Occident reçoive une suite e messages réconfortants. En outre, qui parmi nous peut oublier que les islamistes se sont assis en face d’Omar Suleiman [général issu de l’appareil des renseignements, placé par Moubarak au « nouveau » poste de vice-président douze jours avant sa chute], au cours de la révolution, pour négocier ? Qui peut oublier leur rôle dans les attaques qu’ils ont menées contre les grèves des travailleuses et travailleurs réclamant leurs droits après la révolution ? Ou encore l’utilisation par le Conseil militaire de cheikhs salafistes dans la « résolution » de problèmes confessionnels entièrement fabriqués, et le soutien qu’ils donnèrent au Conseil militaire à propos des amendements constitutionnels ; et pour finir leur refus de participer aux manifestations du « second vendredi de la colère » en mai ainsi que les deux rassemblements des 8 juillet et 19 novembre ? Il était ridicule de songer que les militaires quitteraient le pouvoir et transmettraient facilement la direction du pays aux islamistes. Tout comme il l’était de songer qu’ils ne défendraient pas les intérêts de la couche des hommes d’affaires et des investisseurs politiquement défaits qui contrôlaient l’économie du pays comme un cancer sous l’ère Moubarak. Les militaires défendent également leurs propres intérêts économiques dans la gestion de secteurs qu’ils contrôlent sans qu’existe un quelconque droit de regard. Ceux-ci concernent environ 30% de l’économie nationale, notamment dans l’agriculture, dans certaines firmes de l’industrie et des hôtels. Des jeunes soldats sont contraints de travailler dans ces secteurs pour rien. Il ne faut pas oublier non plus les milliards figurant dans le budget militaire et les revenus issus de l’aide étrangère.

Il est cependant à prévoir qu’un consensus va émerger entre, d’un côté, le Conseil militaire et certaines forces libérales qui ont été d’accord de participer au purement décoratif « Conseil consultatif » [mis en place par le CSFA] et, de l’autre côté, celui des islamistes, les Frères musulmans et les salafistes. Une façon d’assurer que toutes ces forces recevront une tranche du gâteau – aussi longtemps qui la situation reste dans cet « équilibre » tel que nous l’avons indiqué plus haut – sans avoir besoin de faire appel aux masses, lesquelles ont donné une leçon aux libéraux et aux islamistes en novembre en démontrant qu’elles n’étaient pas contrôlables et que leurs protestations étaient capables d’aboutir à des revendications réclamant la chute du CSFA lui-même.

En ce qui concerne les forces favorables à la poursuite et à l’approfondissement de la révolution, un important travail doit être réalisé pour qu’elles se développent comme un mouvement. Nous pouvons tenter de dresser un tableau des forces de la révolution – même s’il contiendra inévitablement des erreurs –, lesquelles se divisent en trois blocs principaux.

Le premier est constitué de la jeunesse des bidonvilles, des marginalisés et des chômeurs, rejoint par les Ultras [supporteurs organisés de clubs de football] ainsi que de nombreux jeunes indépendants et « anarchistes ». Certains d’entre eux ont participé à la révolution depuis son début et leurs rangs comptent la plupart des martyrs et des blessés. Ils ont tenté de se venger directement du Conseil militaire et de la police et imposèrent leur présence fortement lors des batailles du 28 juin, de la rue Mohammed Mahmoud autant que lors des rassemblements des 8 juillet et 19 novembre. Ils représentent un modèle de courage révolutionnaire et ont appelé directement à la chute du régime militaire, à l’épuration de la police ainsi qu’à la fin des procès militaires et à la satisfaction des droits des familles des martyrs et des blessés. Ils ne sont toutefois pas arrivés à formuler des revendications sociales, ni même à se solidariser avec les manifestations des travailleuses et travailleurs telles que les grèves des travailleurs des transports publics ou des enseignant·e·s.

Le deuxième bloc parmi les forces révolutionnaires a son centre de gravité dans les secteurs clés de la classe laborieuse égyptienne, les syndicats professionnels et indépendants, qui ont conduit de nombreuses batailles depuis 2006 et acquis beaucoup d’expérience dans le processus de protestation, lequel a culminé dans la bataille de la révolution, lorsqu’elle a porté, en février 2011, le coup mortel à Moubarak. Ce bloc a poursuivi ses mouvements qui ont atteint un sommet lors des grèves des conducteurs de bus, des enseignant·e·s, des travailleuses et travailleurs d’Egypt Telecom, des médecins ainsi que les centaines d’autres mouvements qui portent en leur sein les germes de la grève générale. Celle-ci ne peut toutefois se développer en raison de l’absence d’une organisation révolutionnaire des travailleuses et du manque de revendications faisant le lien entre les questions sociales et politiques, de sorte que ce bloc se tient à distance d’une participation organisée aux manifestations et rassemblements répétés contre le régime militaire.

Le troisième bloc est constitué des différents groupes révolutionnaires, allant des démocrates radicaux qui appuient des revendications sociales jusqu’à la gauche socialiste, dont on a vu qu’elle est entrée, depuis le rassemblement du 8 juillet, dans une période de coordination politique et organisationnelle efficace. La plupart de ces forces ont été en mesure de gagner des centaines de nouveaux membres et d’utiliser la situation de fluidité politique pour croître d’une façon significative. Elles demeurent, toutefois, relativement marginales sur la scène politique, manquant de la capacité à prendre des initiatives pouvant rassembler des forces plus larges, cela en dépit de leur participation dans la direction du rassemblement de novembre (et ses suites), ainsi que de leur soutien aux grèves et sit-in des ouvriers et employés.

La question qui se pose désormais est la suivante : comment les groupes révolutionnaires peuvent-ils réussir à élaborer un programme social qui transforme le slogan de justice sociale adopté par la révolution – et qui le distingue des libéraux et des islamistes – en des propositions concrètes et pratiques qui lient les questions touchant aux salaires, à la hausse des prix, au droit au logement, à l’accès aux soins, à l’éducation et à l’emploi avec la concrétisation d’un tel programme par un gouvernement révolutionnaire porté au pouvoir.

Bien que les islamistes (et particulièrement les Frères musulmans) aient inclus dans leur programme électoral des revendications sur la fixation d’un salaire minimum et maximum, ainsi que sur des impôts progressifs, le positionnement antérieur de la Confrérie sur les questions sociales indique que l’inclusion de ces revendications a pour seul but l’extension de son électorat. Il est bien connu que les dirigeants de la Confrérie ont d’énormes investissements économiques, qu’ils ont quitté le terrain de l’opposition aux politiques néolibérales déjà à l’époque de Moubarak, qu’ils ont défendu les [contre-]réformes agraires mettant fin aux limitations du montant de la rente à verser pour les paysans ayant un statut de fermier. Ils se sont aussi brutalement opposés aux grèves des salarié·e·s depuis la révolution de janvier (ainsi que le montre encore leur position au sujet de la grève des enseignant·e·s). En outre, ils ne se sont engagés dans aucune des batailles politiques contre le système au sujet des droits sociaux, des salaires, du chômage ou contre la liquidation de l’économie nationale par le programme de privatisations. Enfin, ils affirment un soutien total aux politiques favorables au libre marché dans les messages réconfortants qu’ils adressent aux Etats-Unis, à l’Occident et aux Etats du Golfe.

Par ailleurs, la grave crise économique en Egypte ainsi qu’au niveau mondial représente un défi qui signifie que toute tentative du gouvernement d’adopter des politiques économiques libérales est destinée à échouer en ce moment. Les réserves égyptiennes de devises chutent, les investissements ont cessé et le tourisme sera fortement atteint par la montée des salafistes. L’économie mondiale, qui est sujette à des coups sévères à la suite des politiques d’austérité menées par les gouvernements dans la plus grande partie du sud de l’Europe, est dans l’incapacité de tendre une main secourable au capitalisme égyptien en crise. Il n’y aura pas non plus de secours pour les capitalistes égyptiens en provenance des pays de l’est du Golfe, lesquels virent les flammes de la révolution éclairer leurs frontières au Yémen et à Bahreïn.

Afin de mener la révolution à la victoire, il est par conséquent nécessaire de se battre pour les thèmes suivants :

1° Construire un parti socialiste révolutionnaire enraciné chez les travailleuses et travailleurs, les paysan·n·e·s et les étudiant·e·s, en mesure de conduire les masses à la victoire. En conséquence, nous appelons les révolutionnaires égyptiens parmi les étudiant·e·s et les salarié·e·s à rejoindre les Socialistes Révolutionnaires qui se trouvent au milieu des luttes des révolutionnaires sur les places Tahrir dans tout le pays, dans les usines et sur les campus universitaires afin de réaliser les objectifs de la révolution : du pain, la liberté et la justice sociale jusqu’à la suppression de cette société de tyrannie, d’exploitation et de pauvreté et pour la construction d’une société socialiste qui inscrit les mots d’ordre de liberté et de justice sur ses bannières.

2° Construire un front révolutionnaire disposant d’un programme politique qui fasse sien les questions de justice sociale et qui lutte avec une perspective unifiée dans les quartiers, les usines, les syndicats, les villages et les campus universitaires pour la poursuite de la révolution sur le terrain. Un front qui fusionne avec des secteurs de la classe ouvrière, avec les syndicats indépendants et les associations professionnelles afin de développer leur dynamique revendicative ; et, de ce fait, de leur transmettre une dimension politique, visant à la chute de la coalition entre les militaires et les marchands de religion ; cela en mettant à nu l’opposition viscérale de cette coalition aux droits politiques, sociaux et économiques de tous les salariés et paysans pauvres.

3° Lutter avec les pauvres, les marginalisés ainsi qu’avec les familles des martyrs et des blessés afin que leurs droits soient reconnus. Lier leurs revendications politiques de mettre fin au régime militaire ainsi que leurs rassemblements et manifestations aux revendications sociales et économiques qui nécessitent un gouvernement révolutionnaire pour qu’elles soient réalisées.

L’articulation entre les questions économiques et politiques est d’une importance cruciale. L’application de la revendication de la mise en place d’un salaire minimum et maximum ne peut être réalisée sans un affrontement politique direct avec la classe dominante capitaliste et le Conseil militaire en raison de la contradiction entre les intérêts de l’Etat et de ses institutions qui servent la classe dominante et les intérêts des masses exploitées.

Enfin, le slogan que nous avons adopté – « le pouvoir et la richesse pour le peuple » – doit se traduire en un programme radical qui devienne une arme pour faire pression sur ce régime chancelant et place le parlement, dont l’objectif est de mettre un terme à la révolution, face à un siège populaire dès qu’il tiendra sa première assemblée. Ce programme doit affirmer l’existence de l’affrontement social au centre de la société ainsi que la contradiction entre le Capital, d’un côté (qu’il soit vêtu d’un costume ou non), et la classe laborieuse et les masses populaires, de l’autre.

C’est une révolution, jusqu’à la victoire.

Les Socialistes Révolutionnaires, décembre 2011

(Traduction A l’Encontre)

d'après : http://blogs.mediapart.fr/edition/revolutions-dans-le-monde-arabe/article/311211/l-egypte-sur-la-voie-de-la-revolution


[1] Début novembre, le vice-premier ministre Ali Selmi présente un Document des Principes Constitutionnels octroyant à l’armée égyptienne des pouvoirs supra-constitutionnels. C’est la présentation de ce document qui est à l’origine des manifestations du 18 novembre. A la suite de celles-ci, Tantaoui s’est engagé à ce que des élections présidentielles se tiennent au printemps.

* Publié par le site suisse A l’Encontre le 30 - décembre - 2011

d'après :




Entretien avec François Burgat, DR au CNRS, politologue sur le monde arabe et musulman

AGENTS D’ENTRETIEN
publié le dimanche 18 décembre 2011.

« Si les systèmes politiques arabes redeviennent fonctionnels et donc crédibles, tous ces jeunes qui entendaient, souvent à juste titre, « changer le monde » seront moins tentés de le faire par la force »

Après la victoire par les urnes des islamistes « modérés » en Égypte, Tunisie et Maroc, l’Occident prend peur. Mais pourquoi ces pays, dont la plupart viennent de sortir par la force de plusieurs décennies d’un pouvoir autoritaire, choisissent-ils des partis associés à des courants radicaux pour les gouverner ? Pour répondre à un jeu d’échec géopolitique complexe qui s’inscrit sur la durée entre Orient et Occident, François Burgat, politologue sur le monde arabe et musulman, nous fournit quelques clés afin de nous forger notre propre opinion sur un monde en pleine mutation.

Comment expliquer la genèse de l’islamisme ?

Disons que dans le contexte post-colonial, ce sont des forces politiques dont l’agenda a consisté surtout à se démarquer de la première génération des élites indépendantistes (francophones dans le cas du Maghreb). Elles leur reprochaient de n’avoir pas parachevé - sur le terrain culturel - cette « remise à distance » de l’Occident que les luttes pour les indépendances, puis pour les nationalisations (du canal de Suez égyptien ou des hydrocarbures algériens) avaient respectivement opérée, sur le terrain politique d’abord, puis sur celui de l’économie. Leur dénominateur commun est donc de vouloir restaurer la centralité de cet héritage islamique – ou de l’interprétation qu’ils en font – qui a été malmené à leurs yeux par la colonisation. L’explication que j’ai pour ma part avancée dans mes principaux ouvrages (1) est que la capacité de mobilisation des islamistes vient du caractère « endogène » c’est-à-dire home made du langage et des références qu’ils entendent réhabiliter, bien plus que de leur dimension « religieuse » ou « sacrée ». Progressivement les revendications des islamistes, d’abord spécifiquement sociétales, ont englobé le spectre tout entier des demandes des autres composantes des oppositions politiques, y compris les demandes démocratiques. Dès lors qu’ils sont apparus comme les oppositions les plus populaires, ils ont été les principales victimes de la répression. Ils sont donc devenus de ce fait non seulement les porteurs de leurs revendications culturelles spécifiques mais également, plus largement, le fer de lance de la lutte contre l’autoritarisme des régimes.

Une fois identifié ce tronc commun, il faut vite préciser que l’usage que font en politique les islamistes de leurs références musulmanes s’est avéré extrêmement variable, selon les configurations politiques et sociales, locales et régionales, où ils évoluaient. La référence religieuse permet en effet de légitimer des attitudes conservatrices, sectaires et radicales. Mais elle permet tout autant, le regard occidental tarde à s’en apercevoir, d’ancrer dans la culture populaire des postures plus modernisatrices que l’on pourrait comparer à celle des « démocrates chrétiens » européens des années d’après-guerre. Le mot islamiste peut donc aujourd’hui rimer avec le radicalisme politique ou l’extrême conservatisme social des Talibans mais tout autant avec la modération d’ « Erdogan », l’actuel Premier ministre turc. Un tel mot valise ne veut donc dès lors plus dire grand chose. Les partis islamistes ont certes en commun un certain conservatisme social. Mais il se trouve que ce conservatisme qui choque l’opinion occidentale est en prise avec des sociétés où la religion joue, en 2011, un rôle comparable à celui qu’elle jouait au Portugal, en Italie ou en Pologne il y a peine deux ou trois décennies, et en France pas beaucoup plus. Ce cocktail de « nationalisme » post-colonial et d’un conservatisme qui n’interdit en rien la modernisation, semble être en fait aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation, une des façons pour ces sociétés d’affirmer leur identité. C’est en tous les cas ce que viennent de démonter les résultats relativement convergents des élections en Tunisie, au Maroc et en Egypte.

Pour vous, le label « islamiste » est dangereux car il sous-entend que les actions de celui à qui il s’applique ne peuvent avoir de motivations qu’idéologiques, et donc illégitimes. Mais tout, dans notre société, est aujourd’hui étiqueté, rangé dans une case, et ces terroristes brandissent haut la religion pour expliquer leurs actes sanguinaires.

Le label « islamiste » en vaut bien un autre, et il ne me pose aucun problème en tant que tel. Ce qui pourrait inquiéter est que nous n’ayons pas de terme moins stigmatisant pour qualifier les citoyens qui, un peu partout dans cette région du monde, sont en train de composer des majorités politiques. De deux choses l’une : ou la conjoncture historique a produit au sud de la Méditerranée une génération de monstres politiques, ou bien l’image que nous en avons est quelque peu simplificatrice et se doit d’être corrigée. Il peut certes être utile de produire un discours de propagande pour protéger nos intérêts. Il est en revanche extrêmement dangereux de consommer ce discours en guise d’information sur la nature et l’origine des dangers que nous avons à affronter. Il est donc plus encore dangereux de réduire nos adversaires potentiels à la caricature qu’il nous plaît de faire d’eux, pour ne pas avoir à connaître de leurs revendications, parfois justifiées, à notre égard. Des « terroristes », dites-vous, « brandissent haut la religion pour expliquer leurs actes sanguinaires ? » De tels sinistres individus existent sans doute. Mais ils ne sauraient en aucune façon rendre compte de tout ce que nous regroupons sous l’étiquette islamiste, et encore moins de l’origine et la répartition des responsabilités en matière de violence politique.

Je défie quiconque de démontrer que les islamistes, à l’échelle du siècle, auraient eu une propension ou une efficacité particulière à manier la violence politique par rapport à ceux (régimes arabes ou armées occidentales) contre qui ils se sont mobilisés. Ce ne sont d’ailleurs pas les dogmes « religieux » mais bien le stalinisme, le nazisme et les guerres de décolonisation qui ont, de loin, fait le plus de victimes au cours du siècle écoulé. S’agissant des deux dernières décennies, le nombre des victimes des bombes américaines ou israéliennes a été, au minimum, dix fois supérieur, sans doute beaucoup plus encore, à celui des victimes du terrorisme dit « islamique ».

Pensez-vous qu’un processus de libéralisation politique ou de sécularisation ait quelque chance de s’ancrer dans le tissu des sociétés musulmanes ? L’islamisme s’est imposé pour les pays arabes en proie aux dictatures comme la seule alternative pour s’opposer au régime en place. Croyez-vous qu’à terme, les peuples de ces pays puissent se sortir de cet étau ?

Oui bien sûr, j’en suis convaincu. Mais la porte de sortie de cet étau ne se trouve pas dans l’émergence d’une miraculeuse « troisième force » que le regard occidental s’évertue à chercher depuis que les courants islamistes ont commencé à affirmer leur présence face aux régimes dictatoriaux. Elle ne se trouve pas davantage dans le « déclin », la « défaite » et autre « dépassement » des islamistes, pourtant tant de fois annoncés par les plus médiatisés de nos spécialistes. Pour entrevoir l’échappatoire à cet « étau », il faut en fait accepter l’idée que les élus islamistes des dernières semaines ont de bonnes chances de faire mieux que les titulaires des régimes dits « défenseurs de la laïcité » auxquels ils sont en train de succéder ; et que leur arrivée au pouvoir ne compromet pas l’avenir du lent et difficile processus de transition démocratique qui, en tout état de cause, ne pourra en aucune manière se faire sans eux. Le bilan actuel du Turc Erdogan, même s’il n’est pas parfait, ne permet pas de donner crédit aux thèses qui englobent dans un même discrédit sectaire toutes les composantes du courant islamiste.

Que pensez-vous de la formule de Jeannette Bougrab, « Il n’existe pas d’islamiste modéré ! » ?

C’est une formule éculée, usée par des centaines d’autres « experts » avant elle et, en dernière instance, fort coûteuse pour ceux qui l’ont prise à la lettre. C’est ce genre d’approximation sectaire qui a conduit la diplomatie française à soutenir pendant plusieurs décennies des régimes parfaitement discrédités aux yeux de leur population. Cette ligne-là n’est plus, fort heureusement, celle du gouvernement français : « On ne peut pas partir du principe que tout parti qui fait référence à l’Islam doit être stigmatisé », a déclaré le 28 novembre, au lendemain de la victoire du PJD marocain, le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé. Il avait, dès le mois d’avril 2011, donné consigne à ses ambassadeurs d’établir le contact « avec les mouvements islamiques, dès lors qu’ils renoncent à la violence ».

Vous avez écrit que : « Notre “information” sur le conflit palestinien se réduit souvent à la criminalisation sectaire des membres de la résistance palestinienne, condamnés bien plus pour ce qu’ils sont accusés d’être (des “fondamentalistes musulmans”) que pour ce qu’ils font, c’est-à-dire résister à une occupation militaire parfaitement illégale. » Pensez-vous réellement que notre point de vue sur le conflit israélo-palestinien soit biaisé ?

Je faisais dans cette citation allusion au fait que la victoire du Hamas aux élections législatives en 2006 a eu pour effet d’affaiblir le soutien occidental au camp palestinien, du seul fait que les dirigeants élus pouvaient être qualifiés d’« islamistes ».

Toute personne qui le souhaite peut en fait aujourd’hui, notamment grâce à Internet, bénéficier d’une information relativement contrastée sur le conflit israélo-arabe. En revanche, dans les grands médias audiovisuels ou écrits, le rapport de force médiatique penche encore très nettement en faveur du camp israélien. Le téléspectateur passif consomme donc une information que l’on peut effectivement qualifier de « biaisée ». Sous des dehors d’objectivité (une minute pour les colons et une minute pour les colonisés), elle occulte souvent la distinction essentielle entre les occupants (Israéliens) et… les occupés (Palestiniens). Il en va de même pour les victimes du conflit, pleurées plus spontanément lorsqu’elles appartiennent à un camp qu’à l’autre. Il se trouve pourtant que pour un mort israélien, il y en a statistiquement dix ou plus du côté palestinien. On pourrait multiplier les exemples de cette distorsion : lorsque la religion musulmane prend pied dans le champ politique palestinien, nous évoquons nécessairement des fondamentalistes, des intégristes ou même des fous de Dieu. Mais lorsque la religion juive fonde la politique de colonisation de terres « données par Dieu au peuple élu » et son inévitable cortège de violences, les commentateurs ne repèrent plus que de simples croyants « orthodoxes », etc. Sur ce terrain de la rencontre entre religion et politique, il est d’ailleurs révélateur de noter qu’en fait, seule la religion de ceux qui nous résistent nous pose des problèmes de conscience. Celle du Dalaï-lama, celle du « Commandeur des croyants » marocain, tous deux souverains à la fois temporel et spirituel, ne choquent pas les principes de nos éditorialistes. Celle des Arabes « combattants de la foi », lorsqu’ils nous aidaient à contrer la présence soviétique en Afghanistan, ne nous en posait pas davantage, quand bien même ils étaient parfaitement « barbus » et, sur le terrain de la modernité sociale et politique, ne se situaient pas particulièrement à l’avant-garde.

Le 24 septembre 2011, le président palestinien Mahmoud Abbas a officiellement demandé à la tribune des Nations Unies l’adhésion de l’État palestinien à l’ONU. Pensez-vous que cette demande ait un jour la chance d’aboutir et si oui, quelles en seraient les conséquences ?

Oui, elle aboutira inévitablement un jour. Mais… ne me demandez pas de vous dire quand ! Cela dépend d’un rapport de force dans lequel les États-Unis sont directement impliqués. Et s’ils sont affaiblis, ils ne le sont pas encore assez pour se laisser imposer une telle décision que leur allié israélien refuse aveuglément, malgré tous ses discours de paix. La conséquence première d’une telle décision serait de redonner un peu de respiration économique et politique aux Palestiniens, que l’occupation civile et militaire israélienne maintient dans une condition – faite d’humiliation et d’asphyxie économique – que, pour l’avoir vue de près, je ne souhaiterais pas à mes pires ennemis.

Le 31 octobre 2011, l’UNESCO a admis la Palestine en tant qu’État membre. Quelle est la portée de cette admission ?

Une portée technique non négligeable puisque les Palestiniens pourront défendre leur patrimoine culturel et, notamment, déposer des demandes de reconnaissance pour des sites se trouvant dans des territoires occupés par Israël. Mais cette reconnaissance a plus encore une portée symbolique importante. On peut en juger par le fait que les États-Unis, qui ont tenté sans succès de s’y opposer, ont choisi de retirer leur contribution à l’organisation onusienne pour punir ses membres d’avoir « mal voté ».

Récemment, en France, la rédaction du journal satirique Charlie Hebdo a été la cible d’un incendie criminel que l’on attribue au fait d’avoir rebaptisé le temps d’un numéro ce journal « Charia Hebdo » avec Mahomet en rédacteur en chef. Quelle est votre réaction face à cette tentative de museler la liberté de la presse ?

Ce n’est pas la première fois que des tentatives criminelles sont faites en France pour porter atteinte à la liberté d’expression. Je me souviens de ces irruptions musclées de milice anti-palestiniennes dans des librairies pour y faire taire à coup de gourdins les auteurs qui déplaisaient. Ma réaction dans l’affaire Charlie Hebdo est donc la même. Tout en me désolant que la liberté de la presse prenne ici les habits du droit de « hurler avec les loups » en stigmatisant une communauté qui est la cible privilégiée de l’heure, je condamne bien sûr sans réserve et sans limite ces violences aussi stupides (et d’ailleurs parfaitement contre-productives) qu’absolument inacceptables. Lors de l’affaire des caricatures du prophète, un « chat du Monde » m’avait donné enfin l’occasion de préciser ma conception des vrais combats que devraient mener ceux qui se drapent si naturellement dans les plis de l’étendard de la « défense de la liberté de la presse » : le vrai tabou qui menace cette précieuse liberté n’est certainement pas l’improbable danger que feraient peser sur les journalistes les zélateurs du prophète des dominés musulmans de l’heure. Il est beaucoup plus sûrement la dénonciation du mur d’argent élevé autour de la presse, concentrée comme rarement dans son histoire, dans un petit nombre des mains des dominants. Or, force est de constater que face à ce tabou-là, le courage de nos « défenseurs » autoproclamés de « la liberté d’expression » est singulièrement plus vacillant.

La guerre en Libye a duré huit mois jusqu’à la mort du despote Kadhafi. Comment voyez-vous l’avenir de ce pays ?

La Libye va devoir surmonter un vrai problème de construction institutionnelle et d’instauration d’un État de droit. L’héritage de la guerre de libération est lourd. Les arbitrages qui vont devoir être faits sont moins, à mes yeux, d’ordre idéologique (islamistes contre laïcs) que régionalistes et « clientélistes » : chacune des milices qui a pris part au soulèvement réclame aujourd’hui les dividendes de sa participation au combat armé à un conseil de transition, dont la légitimité reste encore largement théorique. Ces difficultés ne sont toutefois pas insurmontables. La lutte contre la dictature instaurée par Kadhafi a eu, à bien des égards, un effet unificateur sur une nation qui n’a encore jamais eu d’existence historique. Les élites libyennes ont été à la rude école de l’exil. C’est une souffrance, mais également une source de richesse et d’ouverture sur le monde. Les affirmations sur l’application de la « loi musulmane » (la charia) ont tout autant valeur d’affirmation identitaire que de déclaration de guerre aux libertés individuelles. Sans excès d’optimisme, il est dans tous les cas difficile de croire que le régime en cours de gestation fera plus mal que celui qui a précédé, auquel nous fournissions, jusqu’aux premières heures de la révolte, la technologie informatique lui permettant de mieux réprimer ses opposants.

Vous dites associer la pérennité des pays musulmans au soutien qu’ils reçoivent de leurs partenaires occidentaux. Pensez-vous que l’Occident a joué et joue encore avec l’Orient ?

Je n’ai jamais rien dit de tel des « pays » musulmans, seulement des « régimes » autocratiques de ces pays (tel celui de Zîn al- ‘Abidîn Ben Ali ou de Hosni Moubarak). En effet, ils ont longtemps pu compter sur le soutien sans faille de leurs partenaires et amis occidentaux, ce qui a conduit les diplomaties européennes dans l’impasse que l’on sait, et à leur brutal revirement. L’Occident joue-t-il avec l’Orient ? L’Occident a des intérêts commerciaux et géopolitiques dans cette région. Il a longtemps employé pour les protéger des méthodes qui n’étaient pas exemptes des raccourcis dominateurs et manipulateurs datant de la période coloniale. Cette phase d’hégémonie va bientôt appartenir au passé. En Irak et en Afghanistan, les limites du recours au hard power deviennent évidentes. L’ampleur des défis économiques auxquels font face l’Europe et les États-Unis, l’émergence d’acteurs alternatifs aussi importants que la Chine ou l’Inde et bientôt le Brésil, soulignent que l’unilatéralisme qui a prévalu depuis la Seconde Guerre mondiale est en passe d’appartenir au passé.

Pensez-vous que les « printemps arabes » aient été un coup porté aux groupes radicaux plus dur que ne l’a été la mort du chef d’Al-Qaïda, Ben Laden ?

Oui et non. Je n’aime pas beaucoup cette vision simplificatrice et triomphaliste qui a voulu voir une défaite d’Oussama Ben Laden dans la chute des dictateurs qu’il avait été en fait l’un des premiers à dénoncer et à combattre. En revanche, il est tout à fait exact que si les systèmes politiques arabes redeviennent fonctionnels et donc crédibles, tous ces jeunes (et moins jeunes) qui entendaient, souvent à juste titre, « changer le monde » seront moins tentés de le faire par la force. Ils s’en prenaient aux puissances étrangères qu’ils accusaient – pas nécessairement à tort – de soutenir ceux qui les privaient de leurs droits politiques et les réprimaient. Ils ont aujourd’hui – ou auront chaque fois que, comme en Tunisie, les soulèvements déboucheront sur de véritables ouvertures – un espoir crédible d’obtenir gain de cause par le biais des gouvernants qu’ils sont désormais autorisés à choisir.

Pour quelles raisons les révolutions au sein du monde arabe aboutissent-elles, comme en Tunisie, à l’élection d’un parti islamiste, même s’il se déclare modéré ?

Les islamistes ont été privés d’existence légale dans la plupart des pays concernés. La puissante dynamique identitaire qu’ils exploitent les place actuellement, un peu partout, au premier rang des choix des électeurs. Ils retrouvent donc la place qu’ils avaient dans la société et que leur déniait le système politique.

D’autres alternatives politiques vous semblent-elles possibles ?

Non, en tout cas, pas pour l’heure. Une alternative existe à cette menace apparente mais, comme je l’ai dit, pour la faire émerger, la balle est dans notre camp : il nous faut… adopter une vision plus proche de la réalité, et donc moins émotionnelle et moins simplificatrice de ces courants islamistes.

Pensez-vous, comme certains, que Rached Ghannouchi, président du mouvement Ennahda, le parti islamiste tunisien, tient en réalité un double discours sous ses airs de modéré ?

Non, je me distingue de ces « certains »-là. Non pas parce que j’ai eu l’occasion de connaître Rashed Ghannouchi depuis de nombreuses années, mais parce que je pense que cette vieille chanson du « double discours » est quelque peu éculée. En réalité, tous les acteurs politiques ont potentiellement un double discours, et Ghannouchi ni moins mais ni plus que les autres. Auriez-vous oublié les promesses faites lors de la campagne des présidentielles françaises de 2007 ? Les élus tunisiens, tous comme l’ont été ceux de l’AKP turque, réélus dans des conditions dont personne n’a critiqué la régularité, seront jugés sur leur bilan. C’est cela qui compte. Je n’ai pas pour ma part de raison de penser aujourd’hui que ce bilan, sur le terrain des libertés comme sur celui de l’économie, sera pire que celui du régime que la mobilisation pacifiste et consensuelle de millions de Tunisiens a réussi à faire tomber.

Croyez-vous que la fracture profonde qui sépare l’action des États-Unis et de leurs alliés d’une majorité de l’opinion publique du monde musulman puisse un jour se résorber ?

Nous ne faisons pas grand-chose pour, je le crains. La politique extérieure américaine peut difficilement être plus contre-productive dans ce domaine : entre le soutien aveugle et unilatéral aux pires dérives de l’État hébreu et la militarisation de la diplomatie pétrolière qui l’a conduit en Irak, les habitants de cette région du monde ont effectivement quelques raisons de se sentir persécutés. Il serait en fait possible de réguler ce que le sens commun continue à tort à appeler le terrorisme « islamique » : mais il faudrait payer un prix – accepter d’introduire un peu plus de justice dans les relations internationales –, que personne des grands de ce monde ne semble pour l’heure décidé à payer.

Propos recueillis par Nicolas Valiadis

(1) L’islamisme au Maghreb, réédition Payot 2008 Petite bibliothèque ; L’islamisme en face, 1995 (réédition La Découverte Poche 2007) ; L’Islamisme à l’heure d’al-Qaïda, 2005 (réédition La Découverte Poche 2008)

http://agentsdentretiens.fr/index.p...

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11391


Israël refuse de payer pour la marée noire provoquée par ses bombardements au Liban en 2006

Bassam Alkantar - Al Akhbar
publié le mercredi 30 novembre 2011.

Le Ministère des Affaires étrangères du Liban vient de faire connaître la sixième résolution de l’Assemblée générale de l’ONU appelant Israël à verser une indemnisation pour la marée noire provoquée par ses bombardements pendant la guerre de 2006.


Pour la sixième fois, l’Assemblée générale des Nations a adopté une résolution condamnant Israël et lui demandant de verser une compensation immédiate pour la marée noire provoquée le long de la côte libanaise pendant la guerre de juillet 2006.

La résolution a été adoptée le 17 novembre - par 157 pays qui ont voté en sa faveur, sept s’exprimant contre et trois s’abstenant - lors de la 66ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Cette résolution est un projet révisé des cinq résolutions précédentes (194/61, 188/62, 211/63, 195/64, 147/65), toutes émises dans les années qui ont suivi la destruction par Israël des réservoirs de stockage de pétrole près de la centrale de production d’énergie électrique de Jiyeh, dans les premiers jours de la guerre de juillet 2006.

Près de 15000 mètres cubes de carburant s’étaient déversés dans la mer, contaminant 150 kilomètres de côtes libanaises.

Bien que la résolution ait été publiée il y a deux semaines, le ministère des Affaires étrangères du Liban ne l’avait pas fait connaître.

Les Etats-Unis qui ont attribué 5 millions de dollars pour nettoyer la marée noire, ont voté contre la résolution pour la sixième fois consécutive, ainsi que le Canada, l’Australie, les îles Marshall, la Micronésie, l’île Nauru, sans parler d’Israël.

Alors qu’il n’est pas surprenant que les petits États insulaires votent suivant la position des Etats-Unis, l’opposition du Canada était nouveau et largement due à la pression de l’Association d’amitié israélo-canadienne.

Dans les clauses principales de cette nouvelle résolution, l’Assemblée générale a de nouveau souligné sa profonde préoccupation devant les conséquences néfastes de l’attaque israélienne sur les réservoirs de pétrole de la centrale électrique de Jiyeh.

Elle a également réitéré sa demande au gouvernement israélien de fournir une compensation immédiate et suffisante pour les personnes ainsi que les gouvernements du Liban et de la Syrie.

La résolution stipule que l’indemnisation doit couvrir les frais de restauration du milieu marin pour le rendre à son état initial, et permettre de lutter contre toute atteinte à l’environnement causée par cette attaque.

Pour sa part, le gouvernement israélien refuse d’accepter la moindre responsabilité pour l’indemnisation. La Direction générale du Programme Environnement des Nations Unies a sollicité la mission permanente israélienne à Genève à plusieurs reprises sur cette question, mais elle n’a reçu aucune réponse.

L’Assemblée générale peut recommander au Conseil de sécurité de former une commission d’indemnisation, comme moyen de mettre plus de pression sur Israël.

Une telle demande n’a pas été incluse dans les clauses de cette nouvelle résolution, malgré le fait que le ministère libanais des Affaires étrangères ait conseillé de le faire.

Il faut noter que les ministres des Affaires étrangères du Liban qui ont été en place depuis la guerre de 2006, ont ignoré les trois options qui pourraient forcé d’Israël ou la communauté internationale à fournir une compensation.

Ces options comprennent :

1) un appel au Comité du patrimoine mondial et à d’autres fonds accrédités établi par la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et national

2) la demande à l’Assemblée générale des Nations Unies de solliciter un avis consultatif à la Cour internationale de Justice

3) la soumission de cette affaire devant la Cour pénale internationale.

Il y a aussi la possibilité de déposer une plainte devant une juridiction nationale qui examine les crimes de guerre.

Cependant, cette option doit être considérée comme la dernière étape possible, et le litige devrait alors inclure des accusations de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, notamment les massacres commis par les Israéliens au Liban en 1996 et 2006.

Source : http://english.al-akhbar.com/conten... / http://www.info-palestine.net/artic...

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11327


Le laboratoire tunisien

Quotidien algérien Liberté - Editorial Jeudi, 27 Octobre 2011

 

Que se passe-t-il en Tunisie ? Trois jours après le vote des Tunisiens pour une Assemblée constituante, personne n’ose prononcer les résultats largement acquis aux islamistes d’Ennahda qui ont raflé la mise sur des scores que l’Occident estime inavouables.
La révolution du Jasmin a été la première à se déclencher dans les pays arabes. Et c’est la première qui a abouti à un vote démocratique. Mais les choses ne semblent pas se dérouler de manière aussi transparente que le veut la communauté internationale qui s’est réveillée sur la désagréable sensation que l’expérience tunisienne est en train de virer au cauchemar.

Trois jours de tripotages électoraux, de faux suspenses et de tractations souterraines pour faire baisser le score d’Ennahda. C’est la triste réalité du processus électoral tunisien qui a accouché du plus prévisible mais inquiétant scénario politique. Les islamistes d’Ennahda ont gagné. Largement. Trop largement aux yeux de l’Occident. Dans les milieux politiques, tout le monde sait qu’Ennahda culmine entre 57 et 60%. Un score qui fait peur. Un résultat qui affole l’Occident et les démocrates tunisiens. Un raz-de-marée qui fait réfléchir le général tunisien Amar et son état-major sur la suite à donner à une élection-pilote dans le monde arabe.

Les islamistes ont gagné. Mais les apprentis-sorciers européens et américains ne s’imaginaient pas l’ampleur de la débâcle de la démocratie tunisienne. Tous ces experts, qui admettaient le politiquement correct d’El-Ghannouchi et qui se gaussaient du fait que l’islamisme modéré a sa place dans le processus démocratique, font la grimace. La Tunisie a basculé avec armes et bagages dans les bras du fondamentalisme. Un point c’est tout.

La solution ? Aucune qui ne fasse pas de dégâts. Rached El-Ghannouchi, le Nahnah tunisien, se retrouve avec les clés du nouveau système tunisien. Il peut décider à lui seul et les islamistes ne veulent pas être privés de leur victoire totale par un cynique tripotage des chiffres. L’armée tunisienne et l’Occident ne sont pas prêts à admettre une telle bérézina. Car ce n’est plus la Tunisie qui est concernée mais tout le processus de démocratisation arabe qui est fragilisé.

Si les islamistes gagnent en Tunisie, le pays qui était censé avoir le plus d’anticorps, qu’en sera-t-il alors avec les Frères musulmans en Égypte ou les salafistes en Libye ? Des États théocratiques sont en train de naître au Maghreb, tranquillement, à un jet de pierre de l’Europe et qui ne ressembleront pas au “modèle turc”. Il est évident que l’Occident s’imaginait des sociétés musulmanes gérables par un islamisme soft mais de là à ce que le mouvement démocratique soit réduit à la seule expression islamiste. C’est un pas que les laborantins politiques occidentaux ont tout fait pour minimiser. En vain.

  
Mounir B.
D'après : http://www.liberte-algerie.com/editorial/le-laboratoire-tunisien


Libération ambiguë en Libye

 

Alain Gresh (blog du Monde Diplomatique)
publié le mardi 25 octobre 2011.

lundi 24 octobre 2011

Le Conseil national de transition (CNT) a officiellement proclamé le 23 octobre à Benghazi la « libération » de la Libye après 42 ans de règne sans partage de Mouammar Kadhafi, au lendemain de la prise de Syrte et de la mort de Kadhafi. La chute de la dictature, comme la chute de Ben Ali et de Moubarak, est une bonne nouvelle. Mais le cas libyen est particulier, dans la mesure où cette chute a été forcée par l’intervention de l’OTAN, sous le couvert de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, mais en réalité en violant largement l’esprit et la lettre de ce texte – la destruction de Syrte, avec l’aide de l’OTAN, éclaire d’un jour étrange le prétexte utilisé de la nécessité de protéger les civils.

Par un hasard de l’histoire, cette « libération » survient alors que les Etats-Unis annoncent le retrait total de leurs troupes d’Irak d’ici le 1er janvier 2012, huit ans après qu’ils ont aussi « libéré » ce pays. Washington a tenté, jusqu’à la dernière minute, d’obtenir le droit de maintenir des instructeurs, mais Bagdad exigeait que ceux-ci soient passibles des tribunaux locaux en cas de crime, ce que les Etats-Unis ont refusé. L’aventure irakienne prend donc fin pour Washington, mais, on l’oublie trop, pas pour les Irakiens qui continueront à en payer le prix.

Car les Etats-Unis laissent derrière eux un pays dévasté. Des centaines de milliers d’Irakiens ont été tués (entre 100 000 et 500 000 selon les évaluations), entre 1 et 2 millions ont fui à l’étranger, notamment en Syrie et en Jordanie (parmi eux, nombre de chrétiens dont les médias français se désolent régulièrement qu’ils soient chassés du Proche-Orient). Mais aussi un Etat détruit, un pays fractionné, des divisions profondes entre chiites et sunnites, un pouvoir autoritaire (aussi bien à Bagdad qu’à Erbil, capitale du Kurdistan), un usage banalisé de la torture, des arrestations arbitraires, etc. Reconstruire un Etat et une société nécessitera des décennies et il est juste qu’Amnesty International ait demandé l’inculpation de l’ancien président George W. Bush, même si ce n’est que pour sa responsabilité dans les actes de torture. Plus que d’autres, M. Bush mériterait un procès devant la Cour pénale internationale, mais nous savons que celui-ci n’aura jamais lieu : on ne juge devant cette cour que des chefs d’Etat africains.

L’exécution de Kadhafi, dans d’épouvantables conditions, pourrait être décryptée comme un simple moment de colère d’une foule. L’inénarrable Bernard-Henri Lévy, « le philosophe qui est entré dans Gaza sur un char israélien », qualificatif qu’il faudrait lui accoler chaque fois qu’on le cite, a expliqué cet acte dans le journal de 20 heures de France 2, le jeudi 20 octobre, en présence du ministre de la défense Gérard Longuet. Après avoir vu les images du lynchage, il a tenu le raisonnement de Gribouille suivant :

- ces images sont terribles et toutes les révolutions ont connu des moments terribles, comme les massacres de septembre 1792, quand plusieurs centaines de prisonniers furent assassinés par les révolutionnaires en France ;

- en réalité Kadhafi est mort au combat ; il a d’ailleurs prouvé comme cela qu’il lui restait un petit peu de grandeur comme en tout être humain ;

- il a été tué dans ces combats et c’est cela que les historiens établiront assez vite.

On comprend ensuite que l’on puisse le qualifier de philosophe et que Gérard Longuet se réjouisse : « Quand on a une armée courageuse et des intellectuels clairs, cela ne marche pas si mal. » Qui se souvient du temps où les « intellectuels clairs » se battaient contre les interventions étrangères au Vietnam ou en Irak ?

Sur les prestations de BHL, on pourra lire Daniel Schneidermann, « Kadhafi, BHL et la question sans réponse » (Arrêt sur images, 21 octobre 2011). BHL aurait pu évoquer Antigone enterrant son frère malgré l’interdiction du roi, mais il n’est que « philosophe »...

L’exécution de Kadhafi, outre le fait qu’elle est un crime, ne serait pas aussi inquiétante si elle ne s’inscrivait dans une réalité qui semble désormais s’imposer : l’absence de pouvoir, le morcellement des autorités et du pays, la place des groupes armés. On ne peut évidemment pas demander à un pays qui se débarrasse d’une si longue dictature d’instaurer l’ordre et la justice en quelques semaines. Mais on peut s’inquiéter pour l’avenir, d’autant que la solution militaire qui s’est imposée grâce à l’aide de l’OTAN a permis de penser que tous les problèmes pouvaient se résoudre par la force et que l’on pouvait soumettre l’ennemi par la seule violence.

Or, toutes les informations en provenance de la Libye ne peuvent qu’inquiéter. Les organisations de droits de la personne ont publié des rapports accablants, non seulement sur le traitement raciste des travailleurs africains, mais aussi les arrestations arbitraires, l’usage de la torture, etc. (Lire, par exemple, Amnesty International, « La nouvelle Libye est “entachée” par les atteintes aux droits humains dont sont victimes les prisonniers », 13 octobre ; et Human Rights Watch, « Le CNT doit mettre fin aux arrestations arbitraires et aux mauvais traitements de détenus », 30 septembre.)

Le correspondant du New York Times a raconté les dessous d’un incident qui avait été rapporté par la presse : une manifestation armée de partisans de Kadhafi dans un quartier de Tripoli. Kareem Fahmi, « Battle for a Holdout City Stalls Healing in Libya », 18 octobre.

Dans le quartier pauvre d’Abou Salim, à Tripoli, un groupe d’une vingtaine de jeunes ont tenu une manifestation pacifique de soutien à Kadhafi le 14 octobre. Des groupes armés anti-Kadhafi ont alors envahi le quartier et tiré sur les jeunes. Ils ont aussi tiré à l’arme lourde sur les immeubles alentour.

Cet incident, parmi bien d’autres, illustre la multiplication des pouvoirs et le fait que le CNT ne contrôle pas les groupes armés qui se réclament souvent d’appartenances régionales.

Parmi les sujets d’inquiétude, la situation des femmes, qui a souvent servi de prétexte aux interventions occidentales, notamment en Afghanistan. La décision du CNT de faire de la charia la principale source de la juridiction, d’autoriser la polygamie (la Tunisie est le seul pays arabe à l’avoir abolie, avec la Libye jusqu’à présent), rappelle les incertitudes d’aujourd’hui, mais aussi les acquis du passé : le régime du colonel Kadhafi a connu un moment, à l’origine, où, de la nationalisation du pétrole à l’amélioration de la situation des femmes, il a joué un rôle progressiste que l’on tend à oublier (Vijay Prashad, « Qaddafi, From Beginning to End », Counterpunch, 21-23 octobre).

Une dernière remarque : l’exécution de Kadhafi évitera un procès qui aurait pu faire la lumière sur le soutien que divers pays, dont la France et le Royaume-Uni, lui ont apporté depuis 2003. Le quotidien The Independent du 23 octobre publie quelques révélations sur les relations de Tony Blair avec Seïf Al-Islam, le fils de Kadhafi (« Alive or dead, the Gaddafis divide their enemies »). Le premier ministre britannique de l’époque saluait le caractère « intéressant » de la thèse de Seïf Al-islam, tandis que ce dernier considérait Blair comme un « ami de la famille ».

http://blog.mondediplo.net/2011-10-24-Liberation-ambigue-en-Libye

D'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11232


Libye: Une révolution assistée par ordinateur
René Naba le 23/10/2011
La fin était attendue depuis qu’Hillary Clinton a débarqué inopinément le 19 octobre 2011 à Tripoli pour faire part de son souhait public que Kadhafi soit tué.

L’épilogue, sanglant, prévisible. Traverser des milliers de kms, l’Océan atlantique, puis la Mer Méditerranée pour formuler un tel vœu depuis Tripoli ne relevait pas d’un exercice fortuit. Il ne pouvait qu’être exhaussé, d’autant plus impérativement que le but du déplacement était d’informer ses obligés libyens de la mise en route de l’exécution, en l’ordonnant par proclamation publique.

On aurait rêvé meilleur comportement, fondateur d’une nouvelle éthique politique. Mais l’exemple venait d’en haut, d’un pays qui se revendique comme la première démocratie du monde, qui vient d’opérer une mutation lourde de conséquences.

Jamais dirigeant d’une grande démocratie occidentale n’avait laissé libre cours, publiquement, à de telles pulsions mortifères.

La commémoration du 10eme anniversaire des attentats du 11 septembre 2011, la proximité des élections présidentielles américaines ont dû vraisemblablement stimuler les ardeurs belliqueuses d’un président présenté, il a y a peu, comme le premier président post raciale de la société multiculturelle américaine, qui n’est, en fait, que la reproduction, en négatif, de ses prédécesseurs prédateurs.

Donner pour non de code «Geronimo» à l’opération spéciale visant à l’élimination d’Oussama Ben Laden renvoie aux pires souvenirs de la conquête de l’Ouest et de l’extermination corrélative des «Peaux Rouges». Elle révèle la pathologie de son auteur.

Ben Laden éliminé le 2 mai, son successeur dans la péninsule arabique, Anouar al Awalaki, au Yémen, sera lui aussi éliminé, par un drone américain, de même que le fils de son compagnon de route, le Mollah Omar, en septembre au Pakistan, par un deuxième drone américain. Le tour de Kadhafi est intervenu en octobre, alors que les libérateurs libyens marquaient le pas aux portes de Syrte et que leurs tuteurs occidentaux pâtissaient des contrecoups inflationnistes de l’opération, en plein crise de l’endettement bancaire européen et de la désaffection de l’opinion arabe devant le veto américain à l’admission de la Palestine à l’ONU.

Les Etats-Unis, sous couvert de restauration de la démocratie, ont, en fait, inauguré, dans l’ordre subliminal, une politique d’assassinats extra judicaires, à l’exemple de leurs émules israéliens, les fameuses opérations homicides, bannies par la législation depuis les débordements de la CIA en Amérique Latine, dans la décennie 1960-1970.

Certes, l’Amérique n’est pas directement responsable de l’assassinat de Kadhafi, mais elle en a crée les conditions en fixant au sol son convoi qui tentait de s’échapper de la nase de Syrte.

Kadhafi est le principal responsable de ce chaos destructeur de la Libye et nul n’en disconvient. Mais ses opposants ne se grandissent pas devant pareil acharnement morbide d’un homme à terre.

L’histoire retiendra que la révolution libyenne aura été «la première révolution assistée par ordinateur» et leur meurtre libératoire de son ancien bourreau aura fait l’objet d’une assistance à distance.

La fin de Kadhafi est la fin d’une longue lévitation politique et d’une illusion lyrique. Les Libyens vont devoir purger le cauchemar qui a peuplé leur subconscient et leur inconscient et apporter la démonstration qu’ils ne constituent pas un peuple d’assistés permanents.

Au terme d’une longue léthargie, forcer le respect du monde en impulsant la reconstruction du pays sans corruption, la réconciliation de concitoyens sans effusion de sang, le contraire, en somme, du schéma irakien.

Que la libération de la Libye soit le fait de l’Otan, l’adversaire le plus implacable des aspirations nationale du Monde arabe, est gravement révélateur de l’inversion des valeurs en plein printemps arabe et de la vigueur de la contre offensive occidentale pour une reprise en main des soulèvements populaires arabes.

A n’y prendre garde, il est à craindre une nouvelle vague de colonisation du Monde arabe, sous couvert de démocratie, avec cette fois la complicité de supplétifs arabes.

La pire des hypothèses, qui réduira à néant tout espoir de renouveau arabe.

D'après : http://www.renenaba.com/libye-une-revolution-assistee-par-ordinateur/


Ambassadeur Christian Graeff : « Quand l’OTAN a-t-elle déjà tué un chef d’État ? »
21 octobre 2011 par Sylvia

Dans le flot des commentaires consensuels évoquant la mort d’un « tyran sanguinaire », une voix libre, soudain, tranche : celle de l’ancien ambassadeur de France Christian Graeff (à Tripoli de 1982 à 1985) interrogé au journal de la radio publique France culture. (*)


France culture : Après une guerre de huit mois, comment qualifiez-vous le rôle des Occidentaux dans la chute du régime Kadhafi ?

Christian Graeff  : Mon interrogation ce soir est courte. Quand l’OTAN a-t-elle déjà tué un chef d’État ? Voilà. C’est ma question. Je fouille dans ma mémoire. Je ne trouve pas la réponse. Pour moi, il y a un assassinat politique. Il y a des responsabilités internationales en cause. L’épilogue sera long. Moi, je ne le verrai pas je suis un vieil homme. Mais pour ce dont je puis juger, je suis sûr qu’il y a là matière à œuvre de justice. Parce qu’on a entendu tellement de mensonges. Il y a eu tellement de sophistication dans la médiatisation de la guerre emmenée par l’OTAN en Libye au-delà, bien au-delà - oh combien au-delà - de la résolution 1793 des Nations unies, que les questions sortiront. Personne au monde n’est en état de les étouffer, ni en Europe ni aux États-Unis, encore moins en Israël.

France culture : Vous pensez que les État-Unis, la Grande Bretagne et la France ont envoyé des hommes au sol par exemple ?

Christian Graeff : Ecoutez, sur les détails techniques on en sait beaucoup ; on en sait plus ou moins selon les sources que l’on a. Les miennes de sources, les sources que j’ai, m’autorisent à dire que les interventions armées de l’Alliance, de l’OTAN, ont été considérables. Et les simulacres, n’est-ce pas, la couverture que l’on a cherché misérablement avec le Qatar et d’autres Émirats ou monarchies traditionnelles arabes sont dérisoires. C’est une rigolade.

Vous avez peut-être eu connaissance de l’ouvrage qui vient de sortir il y a quelques jours, de Dumas et Vergès, où ils accusent Sarkozy sous BHL. Voilà. Il y a là, de façon très polémique j’en conviens, mais autant politique que juridique … tout un argumentaire dont la CPI, peut être un jour, aura à connaître…

France culture : Dans le droit fil de ce que vous venez de dire, quelles sont ces questions, incontournables à vos yeux, qu’il va falloir se poser s’agissant du mandat de l’ONU que vous décrivez comme ayant été outrepassé ?

Christian Graeff : Le mandat …c’est très clair. Tout le monde le sait… on a fait une pirouette, on a cru tromper son monde et puis … on ne dupe pas en démocratie les esprits libres. Les esprits serfs c’est autre chose. Les médias sont au centre du débat. Dans ce débat national, dans ce débat culturel, civilisationnel, qui trompe qui ?
d'après : http://www.oulala.net/Portail/spip.php?auteur173

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et le beau texte de Danielle BLEITRACH à l'adresse:
http://histoireetsociete.wordpress.com/2011/10/21/kadhafi-spinoza-et-les-derniers-barbares-par-danielle-bleitrach/
Kadhafi… Spinoza et les derniers barbares…

Des milliers de Tunisiens défilent en faveur de la liberté d'expression
France 24 17-10-2011

Des milliers de Tunisiens défilent en faveur de la liberté d'expression

Après les violences qui ont suivi la diffusion du film franco-iranien "Persepolis" sur la chaîne de télévision Nessma TV, des milliers de personnes ont manifesté dimanche à Tunis pour réclamer le respect de la liberté d'expression.

AFP - Des milliers de Tunisiens ont manifesté dimanche à Tunis pour réclamer le respect de la liberté d'expression et dénoncer les violences qui ont éclaté après la diffusion du film franco-iranien Persepolis sur la chaîne Nessma TV, a constaté un journaliste de l'AFP.

Intentions de vote à l'élection du 23 octobre

Ennahda : 25%

PDP : 16%

FDTL : 14%

CPR (Congrés pour la République, parti de centre gauche allié à Ennahda): 8%

Afek : 3%

PDM : 2%

Autres partis (106 autres formations participent à l'élection) : 32%

 

Sondage réalisé en septembre par l'Observatoire tunisien de la transition démocratique.


Répondant à un appel lancé vendredi sur Facebook, des Tunisiens ont participé à cette marche sous le slogan "libère-moi" en dialecte tunisien).

"Le peuple veut la liberté d'expression", "La Tunisie est pour tous", "Tunisie libre, exit les forces rétrogrades", scandaient les manifestants qui se sont rassemblés sur la place Pasteur, à la sortie du centre ville pour défiler jusqu'à la Place des Droits de l’Homme distante 1,5 kilomètre environ.

"J'ai acquis la liberté de me battre pour la liberté d'expression", pouvait-on lire sur un panneau porté par un enfant de six ans.

Certains s'étaient scotchés la bouche, en signe de protestation, à l'appel des organisateurs sur le réseau social.

Un important dispositif de police a contrôlé cette marche qui s'est déroulée sans aucun incident dans les rues, habituellement désertes dimanche.

Cette marche pour la liberté d'expression est organisée en réaction à plusieurs manifestations qui s'étaient déroulées en Tunisie impliquant notamment des salafistes en rage contre la diffusion du film Persepolis Nessma TV.

Ce film a agité les milieux extrémistes depuis une semaine et choqué une partie des Tunisiens, en raison d'une scène figurant Dieu, chose considérée comme blasphématoire et proscrite dans l'islam.

Le film avait été diffusé sans problème en Tunisie, mais c'est sa version en dialecte tunisien produite par la chaîne et jugé blasphématoire qui a mis le feu aux poudres.

Le PDG de Nessma, Nabil Karoui, a présenté ses excuses au peuple tunisien. Son domicile a été attaqué par une centaine d'hommes.

A l'antenne, une journaliste de Nessma TV avait dénoncé "l'incitation de quelques imams à commettre des crimes à l'encontre des employés de la chaîne", notamment à l'occasion des prêches de vendredi, jour de prière.

D'après : http://www.france24.com/fr/20111016-tunisie-manifestation-liberte-expression-persepolis-nessma-tv-salafistes-tunis-violences?ns_campaign=nl_obs_fr&ns_mchannel=email_marketing&ns_source=BOWE_42_20111017&ns_linkname=20111016_tunisie_manifestation_liberte_expression_persepolis_nessma&ns_fee=0&f24_member_id=1004244825584


Tunisie: vote blanc test à sept jours d'un scrutin historique
El Watan.com 16-10-11

La commission électorale tunisienne organisait dimanche un vote blanc, répétition générale avant l'élection d'une assemblée constituante, scrutin historique neuf mois après une révolution populaire qui a donné le coup d'envoi du "printemps arabe".

La commission électorale tunisienne organisait dimanche un vote blanc, répétition générale avant l'élection d'une assemblée constituante, scrutin historique neuf mois après une révolution populaire qui a donné le coup d'envoi du "printemps arabe".
L'Instance supérieure indépendante des élections (Isie) a choisi le bureau de vote de La Fayette, quartier central de la capitale et première circonscription de Tunis, où quelque 80 listes s'affrontent.
"Ce test nous permettra de voir s'il y a des failles et de les combler pour garantir un déroulement du vote dans les meilleures conditions possibles", explique Larbi Chouika, un des 16 membres de l'Isie, soulagé du bon déroulement du "scrutin".
Une soixantaine d'électeurs découvrent les bulletins, une grande feuille -- entre les formats A4 et A3 -- portant noms, logos des listes et une case blanche à cocher (ou pas).
Pédagogues, les agents électoraux guident les votants sur le "chemin" de la démocratie: C'est Basma, 35 ans, qui la première glisse son bulletin dans l'urne, après contrôle d'identité et passage dans l'isoloir, l'index gauche trempé d'une encre bleue indélébile 48 heures.
Sous l'oeil d'une grappe de journaliste, elle joue le jeu avec sérieux. "J'ai l'impression que j'ai vraiment voté", dit-elle, et refuse de dévoiler son choix. "C'est personnel".
Pour la première fois depuis des décennies, les Tunisiens sont dans l'incertitude. Le père de l'indépendance Habib Bourguiba s'était octroyé une présidence à vie et son successeur Zine El-Abidine Ben Ali avait surpris en 2009 en ne totalisant que 89,6% des voix, son plus mauvais score...
Le soulèvement populaire né en décembre 2010 dans le centre déshérité du pays et qui a emporté le président Ben Ali le 14 janvier dernier a plongé la Tunisie, petit pays touristique allié de l'occident, dans l'inconu.
Après neuf mois d'une période de transition difficile, marquée par une grogne sociale permanente et des flambées de violence, les électeurs trancheront pour de bon dimanche prochain, face à plus de 1.500 listes constituées par des partis ou des personnalité indépendantes, pour élire les 217 membres (dont 19 à l'étranger) de la future assemblée.
Elle aura pour tâche de rédiger une nouvelle constitution et de former un exécutif qui gouvernera jusqu'aux prochaines élections générales.
Toute l'architecture du scrutin repose sur l'Isie, qui organise le vote et donnera les résultats, le ministère de l'Intérieur, responsable de décennies de bourrages de urnes étant écarté du processus.
La fin de campagne a été marquée par l'activisme parfois violent de groupes salafistes, des fondamentalistes prônant une application littérale de la charia, qui ont rassemblé vendredi à Tunis des milliers de manifestants venus réclamer le respect des valeurs de l'islam.
Le grand parti islamiste Ennahda, donné favori du scrutin dans les derniers sondages de septembre, a condamné toute violence et tenté de se démarquer des extrémistes. Pour des observateurs, Ennahda devrait profiter d'un débat imposé sur l'identité arabo-musulmane de la Tunisie, pays ancré depuis des siècles dans une pratique tolérante et ouverte de l'islam.
Le score d'Ennadha dépendra en grande partie du rapport de force entre un pôle conservateur et religieux et un pôle moderniste, attaché aux acquis de la femme (droit au divorce et à l'avortement, interdiction de la polygamie) et à la défense de la laïcité.
Pour ne "pas laisser la rue aux barbus", militants des droits de l'homme et laïcs ont appelé via facebook à une manifestation dimanche après-midi à Tunis.
Dans un café de la grande avenue Bourguiba, trois jeunes femmes sont perplexes. Aucune n'a encore de certitude à une semaine du vote. Leïla ne veut pas des islamistes qui "veulent nous imposer leur loi", Fayza est tentée par Ennahda, "qui a les mains propres", Rym veut des "gens responsables" mais n'est pas sûre d'aller voter.

AFP
d'après : http://www.elwatan.com//une/tunisie-vote-blanc-test-a-sept-jours-d-un-scrutin-historique-16-10-2011-143664_108.php


Pages blanches contre censure militaire de la presse en Egypte
par Mogniss H. Abdallah - agence IM'média

Mercredi 5 octobre 2011, plusieurs journalistes ou écrivains ont publié des colonnes blanches en guise de protestation contre le retour en force de l'ingérence de la censure militaire dans la presse et les médias.

Dans le nouveau quotidien indépendant Tahrir, Belal Fadl, Naglaa Bedir et Tarek El-Shenawy ont ainsi laissé leur colonne vide, avec pour seule notice un message commun : "Je n'ai pas écrit aujourd'hui en signe de protestation contre la censure, la confiscation de journaux et la présence de censeurs militaires".

Les éditorialistes Abdel Rahman Youssef, Akram El-Kasas, Saied El-Shahat et Alaa El-Shafei ont fait de même au journal El-Youm El-Sabee.

D'autres responsables de journaux ont refusé de publier des pages blanches de protestation similaires, notamment à Al Shorouk et Masry Al-Youm, proteste l'écrivain "libéral" Amr Hamzawy.

Des journalistes protestataires se sont rassemblés mercredi midi devant le syndicat des journalistes pour manifester contre la résurgence de la censure militaire et les menaces de plus en plus ouverte à l'encontre des critiques vis-à-vis de l'armée, qu'elles émanent de journalistes professionnels ou de citoyens exerçant leur libre droit à l'information en couvrant des événements publics.
De plus en plus souvent, des manifestants sont ainsi arrêtés et déferrés devant des tribunaux militaires. La veille encore à Nasr City, Sahar Maher, manifestante surprise en train de photographier une scène impliquant des militaires, a été interpellée et devrait comparaitre le 11 octobre. Au même moment, le cinéaste Magdy Kamel a lui aussi été mis en garde à vue et sa caméra confisquée.

Depuis la nomination il y a quelques mois déjà d'un ministre de l'information, le retour à la politique de contrôle pratiqué sous l'ère Moubarak est décrié. Mais les événements se sont accélérés ces dernières semaines, avec notamment la confiscation de journaux (Sout Al-Umma, Al-Fag &Rose El Youssef...), des raids contre les bureaux d'Al Jazeera Mubasher Misr, le gel des autorisations d'émettre pour de nouvelles chaînes TV satellitaires  et des avertissements solennels adressés à ONTV et Dream TV pour leurs programmes politiques.

Ce durcissement, annoncé avec l'extension en septembre des prérogatives de l'état d'urgence suite à l'attaque de l'ambassade d'Israël au Caire, s'appuie sur l'argument officiel du refus  du "chaos médiatique", et sur des lois interdisant toute information relatives aux services sécuritaires sans autorisation préalable des dits services. Il y va de la sécurité de l'Etat. Difficile dans ces conditions de publier une quelconque critique allant dans le sens de la purge réclamée de ces services.

Exit aussi l'exigence de purger les médias ? Les journalistes protestataires dénoncent la présence physique de censeurs militaires au sein même de la maison d'édition d'Al Ahram, rue El-Galaa, où sont imprimés tous les journaux.

D'évidence, cette logique de mise sous tutelle des médias par l'armée ne pourra prendre fin qu'avec le retour des militaires dans leur caserne, la levée effective de l'état d'urgence et la remise du pouvoir aux civils. Actuellement, on n'en prend pas la direction. Aussi, ces revendications retentiront de nouveau avec force place Tahrir et partout ailleurs où le pays est mobilisé.

Entre-temps, il y a aussi beaucoup à faire au sein même de la société civile pour changer mentalités et pratiques, y compris au sein de la corporation des journalistes. Pensez-donc : il se trouve au sein du syndicat des journalistes des dirigeants qui se prévalent de la loi n° 76/1970, pourtant rarement appliquée, pour contester la légitimité du tout nouveau syndicat indépendant des journalistes. Et que dit cette loi ? Elle interdit le travail journalistique à ceux qui ne sont pas inscrits au syndicat, et prévoit une peine de prison à quiconque transgresse cette condition. Tout cela pour empêcher les "faux journalistes" de prospérer. "Faux journalistes", mais "vrais" espions, agents du "chaos" ?
From: agence IM'média <agence.immedia@free.fr>

La Syrie est-elle en train de basculer dans la guerre civile ?
Abdel Bari Atwan*
publié le mardi 16 août 2011.

Juste un jour après que les États du CCG aient publié une déclaration critiquant l’usage excessif de la force par les autorités syriennes contre leurs citoyens qui réclament des réformes et un changement démocratique, et après cinq mois d’affrontements et de meurtres, la Ligue arabe a appelé les autorités syriennes à arrêter immédiatement tout acte de violence contre des civils et lancer une campagne pour sauvegarder l’unité nationale du peuple syrien, épargner le sang des civils et des militaires, et éviter une intervention étrangère.
Ce qui attire l’attention, c’est que ces deux déclarations ont été faites quelques jours après une déclaration similaire par le Conseil de sécurité de l’ONU et un avertissement lancé par le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, au président syrien Bachar al-Assad, dans lequel il est dit que le président syrien poursuivait une voie dangereuse en adoptant une approche militaire et en versant le sang de son peuple.

Ces interventions sont également intervenues après le choc provoqué par le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. M. Erdogan avait souligné que la patience de son pays était épuisée et il a révélé qu’il avait l’intention d’envoyer le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmed Davutoglu, à Damas le 9 août avec un message rédigé en termes très vigoureux.

La réponse officielle syrienne à toutes ces déclarations et aux avertissements s’est faite encore plus sanglante que toutes les réponses précédentes. L’armée syrienne et les forces de sécurité ont hier tué environ 66 personnes dans des attaques par des chars et véhicules blindés sur les villes de Dayr al-Zawr et Homs. dans le même temps, les forces syriennes ont encerclé Ham, où elles poursuivent les opérations de ratissage à l’intérieur de la ville, et où le nombre de victimes devrait augmenter à mesure que la nuit tombe.

Les autorités syriennes ont exprimé « leur regret » de la déclaration du CCG en termes vigoureux concernant le ton et les mots employés qui évitent de mentionner les attaques contre les forces syriennes lancées par des hommes armés, décrits comme des « terroristes » affiliés à des mouvements extrémistes islamiques qui chercheraient à déstabiliser le pays en prélude à un renversement du régime.

Cet acte de « bravoure » par les États du CCG ne sort pas de nulle part, quelque chose devant être « concocté » derrière des portes closes, et incitant ces Etats à faire soudainement cette déclaration. Après tout, ces états ont tenu tout au long des cinq derniers mois « à faire la cour » au régime syrien et ont envoyé des délégations pour exprimer leur solidarité avec lui. Dans le même temps, ces états ne cessent d’employer leurs réseaux satellitaires au profit des groupes syriens d’opposition afin d’exposer les faits sanglants qui se déroulent sur le terrain. Cet emploi des organes de presse a atteint son paroxysme lorsque les tanks et les véhicules blindés syriens ont pris d’assaut la ville d’Hama et y ont tué environ 60 personnes en deux jours.

Évidemment, plusieurs facteurs ont invité les États du CCG à faire leur déclaration, laquelle a été suivie par une autre déclaration cette fois-ci de la Ligue arabe. Les facteurs clés qui ont incité la publication de ces déclarations sont :

  • le grand nombre de martyrs tombés dans les attaques déployées par la sécurité syrienne et les forces armées ;
  • les pressions croissantes internes, en particulier par les peuples du CCG et de leurs institutions religieuses sur leurs gouvernements respectifs pour briser le silence et prendre position en faveur du soulèvement populaire ;
  • la critique croissante par les groupes syriens d’opposition du silence des pays arabes sur le carnage en Syrie, en particulier de la part des états du Golfe.

Certains diront que les états du CCG, qui ont soudainement découvert l’importance et les bienfaits des changements et qui maintenant veulent exhorter le gouvernement syrien à introduire des réformes, sont ceux qui ont le plus besoin de procéder à des réformes. Ils soutiennent qu’il aurait été plus approprié pour les états du CCG de commencer à introduire eux-mêmes des réformes en réponse aux demandes de leurs peuples « qui se portent si bien ».

Cet argument a une certaine valeur. Ces Etats du Golfe sont conscients de cette réalité, mais ils l’ignorent, tout comme leurs homologues arabes depuis des décennies. Ils doivent avoir été contraints ou forcés de publier cette déclaration pour détourner l’attention de leurs peuples de la situation domestique et concentrer son attention sur une cible étrangère, à savoir la Syrie, pour dissiper les signes du ressentiment populaire qui couvent sous la surface dans leur propre pays.

Il est vrai que les États du CCG, grâce à leur richesse pétrolière, ne sont pas confrontés à des soulèvements populaires les obligeants à recourir à des moyens répressifs pour y faire face, comme cela s’est passé en Tunisie et en Egypte, et comme cela se passe en Syrie et en Libye. Pourtant, nous devons garder à l’esprit deux points importants : d’abord, le Bahreïn, qui est un Etat du Golfe, fait face à une colère populaire réclamant une réforme et qui a conduit à l’intervention des forces saoudiennes pour mener à bien la répression et sauvegarder les orientations du régime en place. Deuxièmement, les soulèvements dans les républiques Arabes pauvres sont intervenus après 40 ans de patience et de docilité jusqu’à ce que ces facteurs atteignent le point d’explosion. La situation a éclaté, volatilisant toutes les équations et les théories existantes.

Lorsque nous avons écrit que l’éléphant égyptien avaient commencé à bouger après une longue période d’apathie, certains se moquaient de nous. Ils estimaient que notre optimisme quant à un soulèvement était un peu exagérée. C’est ce qu’ils croyaient bien que le pays en question était noyé sous la corruption, le déni des libertés et le pillage de richesses incalculables, sa population appauvrie par des hommes d’affaires mafieux soutenus par le régime. Le temps a montré comment cet éléphant a réussi à balayer tous les symboles de la corruption et à amener la tête du régime et de ses sbires devant la justice dans un procès qui est le plus civilisé dans cette région du monde.

Ce qui est certain, c’est qu’il est très peu probable que le soulèvement syrien parvienne à ses fins bientôt, le peuple syrien étant cependant déterminé à restaurer sa dignité et sa liberté. Ce qui est également certain, c’est que les autorités syriennes ne conçoivent pas de cesser d’avoir recours à leurs moyens militaires sanglants et aux solutions sécuritaires, et, dans le même temps, il ne tiendra pas compte de la forte pression arabe et internationale qui actuellement cible la Syrie.

Ce que l’on peut conclure de l’évolution de la situation en Syrie et dans la région, c’est que nous sommes confrontés au risque d’une polarisation sectaire dans la mobilisation. Cela peut se développer en une guerre régionale majeure impliquant des intervenants arabes et musulmans poussés par l’intervention étrangère, à moins que le régime syrien se rende compte du cours périlleux qu’il poursuit, et aborde la situation avec sagesse, sans obstination ni arrogance.

Interviewé dans le cadre de l’émission « Panorama » sur la chaîne satellitaire Al-Arabiyah, l’un des porte-parole du régime syrien, nous a surpris hier en reconnaissant crûment la possibilité du son pays de sombrer dans des abîmes sectaires. Il a déclaré que les États du CCG accueillaient des conférences de l’opposition syrienne sur leur territoire, et qu’ils déclenchaient à travers leurs chaînes par satellite une campagne d’incitation sectaire contre la Syrie. Il a averti, ou plutôt, a menacé que son pays pourrait faire la même chose avec les minorités ou les groupes chiites militant dans les Etats du CCG contre leurs régimes. Mais il a dit que la Syrie s’était jusqu’ici abstenue de le faire à cause de l’engagement de ses dirigeants en faveur des principes pan-arabes et nationalistes, et de l’idéologie laïque qui est opposée à toute forme de sectarisme.

L’avertissement du porte-parole syrien est sérieux et il envoie un message délibéré, car généralement sinon tous les cas, aucun porte-parole du régime syrien ne peut s’exprimer devant une chaîne satellite sans coordination préalable avec ses supérieurs. Le régime syrien est toujours homogène bien qu’il est affaibli par les manifestations. Nous n’avons pas encore entendu parler de divisions importantes au sein du corps diplomatique ou politique syrien, comme cela s’est produit au Yémen et en Libye. Mais bien que le régime syrien ait perdu beaucoup de sa légitimité suite aux manifestations e protestations dans la plupart des villes syriennes, à l’exception des deux principaux agglomérations que sont Alep et Damas, il détient toujours certaines cartes et alliances redoutables qui ne peuvent être sous-estimées.

Les autorités syriennes se plaignent de la présence de certains groupes armés qui ouvrent le feu sur l’armée syrienne et les forces de sécurité. Il y a des preuves que certaines des informations à cet égard sont vraies, ce qui était à prévoir d’une certaine façon. Car, lorsque les villes et leurs habitants subissent les attaques sanglantes des forces de sécurité et de l’armée, il n’est pas surprenant que l’on ait recours aux armes pour se défendre. Toute règle a des exceptions. Toutefois, la vaste majorité des manifestations sont de nature pacifique et la grande majorité des martyrs sont des civils désarmés.

Ce que nous craignons, c’est que cette situation ne se développe en une guerre civile et sectaire, en particulier parce que de nombreuses parties, tant extérieures que locales, poussent fortement dans cette direction. Si une telle guerre éclate, elle ne consumera pas seulement brûler la Syrie mais aussi toute la région. Est-ce que les autorités syriennes vont tirer certaines leçons, arrêter le carnage, et empêcher cet horrible scénario de se produire, et ainsi ouvrir la voie aux réformes dont il parle mais que nous ne voyons pas ? C’est ce qu’il faut espérer.

Source : http://www.abdelbariatwan.com/IsSyr... / http://www.info-palestine.net/artic...

Abdel Bari Atwan*

* Abdel Bari Atwan est palestinien et rédacteur en chef du quotidien al-Quds al-Arabi, grand quotidien en langue arabe édité à Londres. Abdel Bari Atwan est considéré comme l’un des analystes les plus pertinents de toute la presse arabe.

D'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10957



Les raisons de la colère des Égyptiens
France 24 le 22/07/2011
Par FRANCE 24 (vidéo)
Charlotte BOITIAUX (texte)



Malgré le remaniement ministériel de jeudi, les contestataires égyptiens ont appelé à de nouvelles mobilisations ce vendredi. Entre mécontentement et frustration, focus sur l'incompréhension grandissante entre militaires et "révolutionnaires".

"Le profond remaniement ministériel égyptien n’a pas convaincu". Le constat de Sonia Dridi, correspondante de FRANCE 24 au Caire, est sans appel. Pourtant expurgée de nombreuses personnalités politiques issue de l’ère Moubarak, la nomination d'une nouvelle équipe autour du Premier ministre Essam Charaf, forte de quinze nouveaux ministres, n’a pas calmé la colère de la rue qui appelle à de nouvelles manifestations ce vendredi.

Tour d'horizon des principaux griefs des Égyptiens à l'égard du régime : 

  • Un remaniement ministériel jugé insuffisant

Le maintien en poste d'Abdel-Aziz al-Guindi [ministre de la Justice, NDLR] et de Mansour Issaoui [ministre de l'Intérieur, NDLR], deux personnalités politiques de l'ère Moubarak et non des moindres, a notamment suscité l'ire des contestataires qui réclament leurs têtes depuis plusieurs mois.

"Ce sont les deux ministères les plus critiqués par les manifestants", explique Sonia Dridi. "Pour les contestataires, ce n'est pas compréhensible". Malgré l’éviction de nombreux caciques de l’ancien régime et du très décrié Zahi Hawass, ex-ministre des Antiquités accusé de corruption et de pillage, la place Tahrir ne décolère pas. "Tous ces départs ne sont pas jugés suffisants. Il y a aussi Fayza Aboul Naga [ministre de la Coopération internationale, NDLR] et de Hassan Younis [ministre de l’Énergie, NDLR], deux proches de Moubarak, qui sont toujours au gouvernement".

Une nouvelle équipe, mais pas encore un nouveau départ. Et pour cause, explique Antoine Basbous, spécialiste du monde arabe, "le cœur du régime est toujours là. Simplement, on change la vitrine, on remplace quelques pièces défectueuses". Selon le spécialiste, l’armée - au pouvoir depuis 1952 - n’a pas intérêt à réformer le système politique en profondeur car "elle ne compte pas vraiment se dessaisir du pouvoir." Pour garder la mainmise sur le pays, le Conseil suprême des forces armées (CSFA) a voulu conservé ses pions dans le gouvernement. "Il a maintenu le ministre de l’Intérieur parce que c’est un général en qui cette institution militaire a confiance, et il a gardé le ministre de la Justice par souci de commodité au regard des procès à venir car Abdel-Aziz al-Guindi connaît bien la machine judiciaire."

Pour Antoine Basbous, la paix entre révolutionnaires et militaires se trouve dans la recherche d'un compromis politique. "Il va falloir un peu plus de réalisme chez les manifestants : jamais ils ne pourront évincer tous les anciens caciques du régime. Et il va falloir un peu plus de bonne volonté de la part du CSFA pour ne pas refaire du Moubarak sans Moubarak."

  • Lenteur des réformes

Annoncées depuis la chute du raïs, les réformes sociales peinent à voir le jour. Le Premier ministre Essam Charaf a pourtant promis dans un discours prononcé le 10 juillet  des mesures pour enrayer la crise sociale. Ce dernier avait  annoncé à cette occasion que le ministre de la Solidarité devait prendre en charge les problèmes de sécurité sociale, d’éducation, de salaires, de retraites tout en promettant qu’il n’y aurait pas de vacances judiciaires pour les personnes mises en cause dans des violences durant la révolution - au cours de laquelle près de 850 civils ont été tués, selon les statistiques officielles.

Mais ces annonces tardent à se transformer en mesures concrètes. "Les gens en ont marre d’attendre le changement, explique Sonia Dridi. Pour eux, rien n’a vraiment bougé depuis l’ère Moubarak". Les responsables de l'ancien régime sont toujours impunis, les procès civils devant les tribunaux militaires - entre 7 000 à 10 000 depuis février, selon des Amnesty international - se multiplient. L'armée, portée aux nues après la démission du raïs, est aujourd'hui la cible de vives critiques.

Autre sujet de colère pour les manifestants, une décision de la Cour d’appel du Caire qui a invalidé une première décision permettant de débaptiser les bâtiments gouvernementaux et officiels portant le nom de l’ancien président Moubarak. "C’est là le signe que la haute administration du pays n’a pas encore été purgée du clan Moubarak. Il faudra du temps pour changer l’ADN de l’Égypte", estime Antoine Basbous.

  • Le procès de Hosni Moubarak

Principale revendication des manifestants, le procès de l’ancien dirigeant égyptien qui doit s’ouvrir le 3 août. C'est la condition sine qua non pour que soit définitivement tournée la page de l’ère Moubarak. Mais aujourd’hui, les opposants craignent son report en raison de l’état de santé de l’ancien président égyptien. Moubarak – réfugié à Charm el-Cheikh depuis le mois de février - souffrirait d'un cancer de l'estomac, selon son avocat Farid al-Dib.

Un scepticisme que partage Antoine Basbous. "Je vois mal comment ce procès pourrait avoir lieu", estime-t-il. "Non seulement l’homme est malade, mais en plus, son jugement est un véritable dilemme pour l’armée. Le CSFA est conscient que la non-tenue d’un procès serait l’étincelle susceptible de déclencher de nouvelles violences. En même temps, l’armée ne veut pas humilier le plus haut gradé des militaires".

Les manifestants qui occupent la place Tahrir au Caire réclament son transfèrement dans la capitale égyptienne et accusent le nouveau pouvoir de se montrer trop complaisant vis-à-vis de l’ancien président. "Les manifestants sentent bien que ce procès risque de leur échapper, et ils ne l’accepteront pas", estime la journaliste Sonia Dridi. "Ils feront tout pour que leurs martyrs ne soient pas oubliés".

D'après : http://www.france24.com/fr/20110722-egypte-place-tahrir-manifestations-raisons-colere-remaniement-ministere-gouvernement-moubarak-proces-lenteur-reformes



Les rendez-vous manqués des dirigeants socialistes
Par Edwy Plenel, altermonde sans frontière.com le 16 juillet 2011

Le PS sait-il encore ce que s’opposer veut dire ? Et quelle est son altérité avec le pouvoir actuel ? À la clôture des candidatures à la primaire socialiste, cette double question se pose. Les parlementaires socialistes viennent d’approuver l’intervention militaire en Libye lancée par Nicolas Sarkozy. Auparavant, les dirigeants socialistes avaient soutenu le remplacement de Dominique Strauss-Kahn par Christine Lagarde au FMI. Comme si leur gauche était interchangeable avec la droite.

Les dirigeants socialistes, au premier rang desquels l’actuelle première secrétaire du PS, Martine Aubry, et son prédécesseur, François Hollande, se proposent pour succéder à Nicolas Sarkozy à la présidence de la République en 2012. Cette ambition légitime, pour les représentants de la première force parlementaire d’opposition, suppose qu’ils réussissent à incarner auprès du peuple français une alternative véritable qui ne soit pas simplement l’alternance au pouvoir de partis de gouvernement ayant, sur l’essentiel, des positions et des pratiques similaires, proches ou peu éloignées.

Or la politique est d’abord une pédagogie, celle d’un message et d’une attitude qui, dans une compétition électorale, inscrivent une différence manifeste face à l’adversaire. Construire une alternative, c’est donc proposer une altérité. Autrement dit, c’est savoir s’opposer, au jour le jour, pied à pied. Par la clarté des actes d’aujourd’hui et des engagements pour demain, c’est non seulement montrer mais prouver aux électeurs que l’on propose un autre chemin que l’actuel qui, chaque jour un peu plus, abaisse la France, la divise et l’épuise.

À cette aune, il est aujourd’hui permis de douter du Parti socialiste et de ses principaux dirigeants. Certes ils veulent présider la France et, durant les primaires ouvertes qui se son ouvertes à partir de ce mercredi 13 juillet et jusqu’en octobre afin de choisir leur candidat(e) à la présidentielle, ils auront tous à cœur d’en illustrer les raisons et les justifications. Mais portent-ils vraiment une alternative qui soit à la hauteur des dégâts du sarkozysme, ce synonyme de régression démocratique et sociale, de rejet du monde et de peur de l’étranger ?

Sauf à tomber dans le même piège démagogique qui fit le succès électoral de Nicolas Sarkozy en 2007, la réponse à cette question ne se trouve pas dans les paroles, promesses et programmes, mais dans les actes concrets par lesquels se construisent, dans l’opposition, une dynamique du refus et un rapport de force. Ce n’est pas demain mais aujourd’hui même que les Français ont besoin de savoir, de vérifier surtout, si les socialistes feront une politique fondamentalement différente de l’actuelle.

Or, qu’il s’agisse de la politique internationale, des enjeux économiques et sociaux, des questions d’éthique et de morale publique – tous sujets sur lesquels l’attente de leurs sympathisants comme de leurs électeurs est immense –, les dirigeants du PS viennent, hélas, de faire la démonstration contraire.

Le soutien du PS à la guerre imbécile de Libye

À la veille du 14-Juillet, Nicolas Sarkozy a donc reçu, mardi 12, à l’Assemblée comme au Sénat, l’onction parlementaire qu’il souhaitait pour se poser en chef de guerre alors même que son aventure libyenne est un fiasco doublé d’une imposture. À contre-courant des vulgates médiatiques dominantes, Mediapart l’a expliqué dès l’origine de l’engagement militaire en Libye : cette guerre était le plus mauvais service rendu aux révolutions pacifiques arabes naissantes. Imbécile dans sa définition comme dans sa conduite, elle ne relève pas d’un soutien sincère au peuple libyen mais d’un parti pris dans une guerre civile où se dispute l’héritage d’une dictature soutenue, jusqu’à récemment encore, par le pouvoir français.

Ses motivations opaques seront bientôt éclairées par les prochaines révélations des « documents Takieddine » dont Mediapart a commencé, cette semaine, la publication (sous les plumes de Fabrice Arfi et Karl Laske). On découvrira alors quel règlement de comptes presque privé cache la guerre aujourd’hui approuvée par le Parti socialiste, tandis que ses potentiels alliés communistes et écologistes l’ont, eux, clairement rejetée. Ses dirigeants s’en alarmeront-ils et prendront-ils conscience de leur propre légèreté ? Rien n’est moins sûr puisque le PS, qui se veut le premier parti de la gauche française, n’a pas encore su organiser des manifestations publiques de solidarité et de mobilisation aux côtés des révolutions démocratiques arabes.

Six mois après le début, en Tunisie, de cet événement considérable, aucun rassemblement, aucun meeting, aucune mobilisation ! À l’exception de voyages sur place d’Arnaud Montebourg ou de François Hollande, aucune campagne militante pour faire comprendre et partager, en France même, ce qui se joue au Maghreb et au Machrek, et qui nous concerne au premier chef. Juste un vote donc, pour approuver la guerre en Libye alors même que plusieurs ONG mettent en cause, sur le terrain des Droits de l’Homme, l’intégrité et la crédibilité des opposants qu’elle est supposée soutenir. Presque un vote de routine, comme si cette question éminemment symbolique – faire ou non la guerre – ne méritait pas qu’on s’y attarde longuement, qu’on y réfléchisse sérieusement, qu’on en discute publiquement, quand la France est déjà engagée depuis des années sur un autre champ de bataille dans un pays musulman, en Afghanistan, avec un bilan également discutable, sinon calamiteux, et des pertes humaines conséquentes.

Le jour du vote, les deux principaux candidats aux primaires socialistes, du moins selon les sondages, avaient d’autres urgences : présenter leurs équipes de campagne. Énumérer les grands élus qui les soutiennent. Montrer leurs forces, comme aux premiers jours d’un congrès socialiste. S’agissant de rivaux supposés proposer des solutions différentes, la seule nouvelle de cette journée d’affichage réciproque de Martine Aubry et de François Hollande fut de découvrir que les anciens soutiens de Dominique Strauss-Kahn se sont répartis de façon équitable chez l’une et chez l’autre. Dès lors, comment ne pas s’interroger sur ce qui les différencie politiquement, sur le fond, au-delà de la forme – c’est-à-dire en dehors de leurs personnalités, de leurs apparences ou de leurs caractères ?

Les dirigeants socialistes auraient voulu illustrer leur conversion zélée au présidentialisme comme personnalisation du pouvoir et appauvrissement de la politique qu’ils n’auraient pu mieux faire. Procédure inventée par un PS en perte d’emprise sur la société et en crise profonde de leadership, les primaires étaient censées favoriser un renouvellement générationnel que le peuple de gauche était invité à appuyer et à arbitrer. Résultat, du moins pour l’instant et s’agissant des supposés favoris : c’est une bataille de pouvoir interne au PS, de places, de postes et de clientèles, qui s’annonce, dont on ne sent guère les lignes de fracture. Perception qu’accentue le traitement médiatique dominant qui commente une sorte de course de petits chevaux sans autre contenu que la concurrence et la rivalité des personnes. (...)

Suite de l’analyse d’Edwy plenel sur mediapart

d'après : http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article17228



Israël et les états arabes post-révolutionnaires : La peur pour justifier l’agression
Algérie 360.com - Jeudi 7 juillet à 9:27

Les analyses foisonnantes sur le printemps ou les révolutions arabes ont éludé grandement un aspect essentiel de ces révoltes : la suite des relations entre les pays arabes et Israël.

Même si leur légitimité a été remise ou est toujours remise en question, la majorité des régimes arabes ont toujours su être en phase avec leurs opinions concernant la question de la Palestine. Certes plus par les slogans et les discours que par les actes, mais on ne peut que constater que sur cette problématique, régimes et peuples étaient sur la même longueur d’onde. De toute évidence donc, les pouvoirs post-révolutionnaires qui vont émerger dans pratiquement l’ensemble des pays arabes – et qui bénéficieront en principe des gages de démocratie et de respect de la volonté des peuples – auront aussi à présenter un discours concernant le futur de leurs relations diplomatiques. Un discours et une démarche qui intègrent forcément la donne palestinienne. La donne palestinienne signifiant aussi la donne israélienne et le futur des relations entre les Etats arabes et l’Etat d’Israël.

Cela ne semble pas évident immédiatement, d’autant que la rue arabe, plus préoccupée par ses urgences politiques et sociales depuis janvier, a consacré peu de temps et d’efforts à la cause de tous les Arabes, la Palestine. Peu de temps ne signifiant guère dans ce contexte pas de temps du tout. On en veut pour preuve la commémoration de la Nakba, le jour du grand malheur où les Palestiniens ont vu leurs terres spoliées et connu la déportation et l’exode, il y a 63 ans de cela. Cet événement dans l’histoire de l’humanité est à inscrire sans nul doute au registre des pires dénis de justice que le monde ait connus. Effet troublant, les commémorations de cette date qui sont marquées par des morts et des blessés. Cette année, douze Palestiniens ont été tués dans le plateau du Golan et à la frontière libanaise. Les affrontements ont eu lieu à la périphérie des territoires palestiniens, au Liban et dans le Golan syrien occupé, lors de manifestations durement réprimées par l’armée israélienne qui n’a pas hésité à ouvrir le feu sur des civils. L’armée israélienne a eu beau jeu de dire, pour se disculper, que le pouvoir syrien a «organisé cette manifestation violente pour tenter de détourner l’opinion mondiale de ce qui se passe dans ses villes». Pourtant, même quand cela va très mal en Syrie, les injustices israéliennes n’ont pas été oubliées et de toute évidence; elles le seront encore plus quand le régime d’Al Assad sera remplacé. En Egypte, où la révolution a déjà eu lieu, on a compté au moins 353 personnes blessées, dont 45 hospitalisées, le même jour devant l’ambassade d’Israël au Caire lors d’une manifestation marquant la Nakba. La police a usé de gaz lacrymogènes pour repousser la foule qui tentait de franchir une barricade érigée devant la mission diplomatique israélienne. Plus que jamais donc, la rue arabe sait et intègre le sens de la révolte. Une fois débarrassée des despotes locaux, elle pointera le doigt sur les injustices qui la concernent.

Mais il ne fait aucun doute que l’on comptera encore des morts avant que l’on reconnaisse aux Palestiniens le droit d’être ce qu’ils sont sur leurs terres et avant qu’on leur rende au moins justice pour tous les arbitraires qu’ils ont subis.

LA RÉPONSE EN ISRAËL ?

Si nous avons du mal à voir encore les contours de l’avenir des relations entre pays arabes et Israël, nous pouvons quand même avoir une esquisse de la réponse dans l’inquiétude d’Israël. Israël n’a pas applaudi les révolutions arabes. Elle n’a pas fait montre de l’enthousiasme que nous avions pu lire et voir en Occident. Ces révolutions ou ce printemps font peur parce que l’on sait quelle est l’opinion de la rue. Cette même rue qui a été interdite d’expression en dehors de cadres organisés. Effectivement, jusque-là, Israël avait beau jeu de dire qu’elle était la seule démocratie réelle au milieu d’un champ de dictatures. Pourtant, ce sont ces mêmes dictatures ou régimes autoritaires qui ont joué la carte de sa sécurité en échange de reconnaissance et de respect en Occident, voire d’aide économique comme c’est le cas de l’Egypte. Mais il sera difficile d’imposer la politique internationale de ces Etats quand ceux-ci auront gagné en respect par le seul fait d’être plus authentiquement représentatifs de leurs peuples et plus démocratiques. Quels seront les arguments des Israéliens alors ? Agiter le spectre de la menace nucléaire iranienne pour «jeter le ballon au loin» et détourner l’attention ? Signer au plus tôt un accord de paix avec la Syrie ?

Dans une interview du Premier ministre israélien accordée à l’AFP en avril, il déclarait : «Le printemps arabe pourrait virer en un hiver iranien». Pour les Israéliens donc, les aspirations démocratiques des peuples arabes et la déstabilisation des régimes en place risquent de faire le jeu de l’Iran et des islamistes, notamment en Egypte. Voilà qui est simple, voilà qui est dit. Les Iraniens ont tôt fait de voir les effets immédiats de ces inquiétudes. Des actions de sabotages et des manœuvres pour monter en épingle les divisions qui existent au sein de la classe politique iranienne. C’est Oded Eran, directeur de l’Institut pour les études de sécurité nationale de Tel Aviv, qui le disait dans une interview publiée en février de cette année.

Quant à la Syrie, Eyal Zisser, un doyen de l’université de Tel-Aviv et spécialiste de la Syrie, indiquait que «rien ne dit que ce qui pourrait venir après le président Bachar El Assad ne serait pas encore pire, sous la forme d’al Qaïda ou d’une situation anarchique comme en Irak».

En Egypte, la seule déclaration de Nabil Al Arabi, alors ministre des Affaires étrangères du gouvernement de transition, sur le prix du gaz égyptien vendu à Israël ou la question du blocus de la bande de Ghaza ont donné lieu à l’expression publique de la préoccupation du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu.

Dans un contexte aussi menaçant, quelle autre manœuvre reste à Israël que de préparer son armada pour une guerre sur plusieurs fronts ? Une guerre justifiée par la somme de toutes ses peurs. Israël fondé sur une immense injustice peut-il finalement faire autrement que justifier son existence par une immense menace ? Il continuera alors de parler de paix tout en faisant la guerre.

d'après : http://www.algerie360.com/algerie/israel-et-les-etats-arabes-post-revolutionnaires-la-peur-pour-justifier-l%E2%80%99agression/




Egypte : "Oui au droit de grève, d’occupation et de manifestation .... Non aux procès militaires et civils des ouvriers et paysans"

Déclaration n°1 du 4 juillet 2011 et Appel à solidarité le 8 juillet à Paris
publié le mercredi 6 juillet 2011.


"Jugez les assassins des martyrs de la révolution, ne jugez pas les ouvriers"
Dans une démarche que le système déchu de Moubarak n’a pas osé entreprendre, le Conseil des ministres a promulgué, avec l’accord du Conseil militaire, un décret-loi pénalisant les protestations de nature à interrompre l’activité économique. Le tribunal militaire a promulgué la première peine d’un an de prison avec sursis contre 5 travailleurs employés de la Compagnie Petrojet, tandis que 5 autres salariés de la Compagnie du Canal de Suez ont été transférés au parquet militaire. De nombreux autres travailleurs subissent des sanctions disciplinaires et sont soumis à des poursuites judiciaires pour avoir exercé leur droit de grève : deux des participants à la grève des médecins ont été transférés au parquet ; 6 des paysans, travailleurs et étudiants à l’université d’Al Azhar manifestant pacifiquement devant le Parlement, n’ont été libérés sans la caution de 10.000 Livres égyptiennes exigée, que sous la pression des mouvements de jeunes, qui ont manifesté devant le Parquet pendant la plaidoirie des avocats.

Ces mesures contre le droit de grève légalisent la loi du plus plus fort au détriment de la force du droit. Les pressions nationales et internationales avaient contraint le régime de Moubarak à renoncer à faire condamner des grévistes par les tribunaux, malgré les restrictions légales imposées par le code unifié du travail en 2003, et à se limiter aux sanctions administratives contre les dirigeants de lutte, tantôt licenciés et tantôt déplacés. Aujourd’hui, c’est au nom de la "défense de la révolution" et de la "protection de l’économie du pays contre les revendications catégorielles", qu’est violé le droit des salariés à utiliser les moyens de pression pacifiques pour améliorer leurs conditions de travail !

Cinq salariés vacataires de la compagnie Petrojet ont été condamnés à un an avec sursis pour "obstacle au travail dans une entreprise publique", après avoir arrêtés par police militaire au milieu de 300 de leurs camarades qui réclamaient, devant le ministère du pétrole, l’embauche définitive promise précédemment. Qui devrait être jugé : ceux qui ne tiennent pas leurs engagements ou ceux qui les réclament ? Il en va de même pour les salariés de la Compagnie du canal de Suez : quatre d’entre eux ont été arrêtés et deux sont recherchés par la police, pour avoir participé à l’occupation par plusieurs milliers d’employés des 7 filiales de la Compagnie, pour l’application des augmentations des salaires de l’accord signé en présence du ministre du travail, du gouverneur militaire de Ismaïliya et du président de la Compagnie. Une fois de plus, les salariés sont transférés au parquet militaire, et l’accord conclu n’est pas mis en œuvre.

Le signataires de cette déclaration refusent le décret-loi pénalisant les protestations sociales et économiques, pour sa violation des libertés et de la déclaration constitutionnelle du 30 mars 2011, qui garantit les droits des travailleurs. Nous nous opposons à ce décret-loi injuste qui veut faire taire les salariés en particulier et les pauvres en général, qui rappellent sans cesse que la justice sociale est au coeur des revendications de la noble Révolution égyptienne, et que tous les Égyptiens, sans discrimination, ont le droit de s’exprimer pour défendre leurs droits.

Nous exigeons :

1- le jugement des assassins des martyrs de la révolution

2- l’abrogation de la loi interdisant la grève

3- la libération immédiate des salariés de la Compagnie du canal de Suez et la satisfaction de toutes leurs revendications.

4- l’annulation des peines prononcées contre 5 salariés de la société Petrojet.

5- l’embauche définitive de tous les vacataires

6- le renvoi des présidents et membres des conseils d’administration des sociétés, agences et banques, qui se sont enrichis en détournant des fonds publics.

7- l’annulation des sanctions administratives contre les salariés dirigeants de lutte qui ont dénoncé leurs pratiques (licenciements, déplacement ou blâmes).

8- l’instauration d’un salaire minimum légal, fonction du prix des biens et services et du nombre moyen de personnes à charge qui garantisse une vie digne aux familles de salariés, ainsi qu’un salaire maximum légal, afin de réduire les inégalités.

9- la liberté de constituer des syndicats indépendants

10- limiter dans le code du travail le pouvoir de licenciement de l’employeur et ce qui est contraire à la stabilité de la relation de travail et la sécurité de l’emploi.

Signataires :

- Syndicat général indépendant des employés des impôts fonciers (Real Estate Tax Administration, RETA)
- Syndicat indépendant des employés des minoteries du Sud du Caire et de Guiza
- Syndicat indépendant des employés du ministère du travail à Guiza
- Syndicat indépendant des employés de la société égyptienne des médicaments
- Les employés de Petrojet
- Les employés de la Filature de Al Mahalla
- Mouvement des Jeunes pour la Justice et la liberté
- Mouvement Participation
- Ligue des Jeunes progressistes de la Révolution
- Coalition des Révolutionnaires du Lotus
- Mouvement des Égyptiens libres
- Centre égyptien des droits économiques et sociaux (Egyptian Centre for Economic and Social Rights, ECESR)
- Centre Hichem Moubarak pour la loi (Hichem Moubarak Center for Law, HMLC)
- Centre des services syndicaux et des travailleurs (Centre for Trade Union and Workers Services, CTUWS)
- Organisation arabe de soutien à la société civile
- Fondation Femme Nouvelle (New Women Foundation, NWF)
- Centre des études socialistes (Socialist Studies Centre)
- Parti de la coalition populaire socialiste (Popular Socialist Coalition Party)
- Parti démocratique des travailleurs (Democratic Workers Party)
- Parti communiste égyptien (Communist Egyptian Party)
- Parti du Front démocratique (Democratic Front Party)
- Troupe "Iskandrila"

Un appel à manifester est lancé :

- manif du million en Égypte le 8 juillet
- A Paris, le même jour à l’appel de citoyens égyptiens de Paris, du Comité de solidarité avec les luttes du peuple égyptien, de l’association des Jeunes Égyptiens du 25 Janvier à Paris... A PARTIR DE 16h PLACE DE L’URUGUAY, près l’ambassade d’Égypte, métro Kleber ou Étoile. Venez nombreux témoigner de votre solidarité avec la Révolution égyptienne qui ne fait que commencer !

Déclaration n°1 du 4 juillet 2011 et Appel à solidarité le 8 juillet à Paris

D'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10828




Des opposants syriens rejettent le soutien encombrant de BHL
Hala Kodmani - Rue 89
publié le lundi 4 juillet 2011.

Craignant que Damas exploite cette « récupération », ils appellent au boycott du philosophe, « ennemi des droits des Palestiniens ».

Invitées à participer à un meeting organisé par la revue La Règle du jeu de Bernard-Henri Lévy, lundi 4 juillet à Paris, plusieurs personnalités représentatives de l’opposition syrienne à l’étranger, ont renoncé publiquement à leur présence à cette manifestation. « Car le message de soutien aurait pu être entendu si l’identité du messager n’était pas si problématique, » selon l’un d’entre eux.

« Celui qui se fait l’ennemi des droits d’un peuple ne peut prétendre soutenir une révolution fondée sur les mêmes droits », écrit Suhair Atassi, figure emblématique de l’opposition de l’intérieur depuis sa cachette syrienne.

Dans un texte diffusé samedi matin par ses amis, elle « appelle les Syriens qui ont accepté de participer à la conférence de Paris lundi, organisée avec l’appui dudit Comité pour le salut de la Syrie, mis en place par Bernard-Henry Lévy, à se retirer et à déclarer publiquement leur retrait ».

« De même, j’appelle les Syriens libres et toutes les vraies consciences à boycotter cette conférence et à expliquer les raisons de ce boycott. »

BHL : « L’armée israélienne, la plus humaine de l’histoire moderne »

Malgré leur difficile combat pour la liberté dans leur pays, les opposants syriens ne transigent pas sur certains principes. Rejetant le « scénario libyen », ils sont hostiles à ce qu’ils considèrent comme une récupération de leur cause par BHL et certains de ses amis qui ont souvent affiché un soutien actif à Israël.

Suhair Atassi rappelle :

« Bernard-Henri Lévy a considéré les enfants tués à Gaza comme des “ dommages inévitables de la guerre contre le terrorisme ” et en réponse au massacre dans le camp de réfugiés de Jénine en 2002, il avait visité le camp à bord d’un char israélien et la presse avait publié ses photos et sa déclaration selon laquelle : “ L’armée israélienne est l’armée la plus humaine de l’histoire moderne.”

Il a en outre transmis au gouvernement de Netanyahou une fausse promesse de la part du Conseil libyen de transition d’établir des relations diplomatiques avec Israël, obligeant le CLT à démentir l’information. A quel titre vient-il maintenant soutenir une révolution pour la liberté. »

« Bernard-Henri Lévy, épargnez aux Syriens votre soutien ! »

L’exploitation que ne manquerait pas de faire le régime de Bachar el-Assad de cette conférence pour discréditer ses opposants à l’extérieur, comme sur le terrain, inquiète également. Accusés régulièrement d’avoir des « agendas étrangers », les protestataires ne veulent pas de ce soutien ambigu.

Fin mai déjà, trois des intellectuels les plus consensuels de l’opposition syrienne en France avaient signé un appel titré :

« Bernard-Henri Lévy, épargnez aux Syriens votre soutien ! »

Burhan Ghalioun, écrivain, professeur à la Sorbonne, Subhi Hadidi, écrivain et journaliste, et Farouk Mardam Bey, éditeur ont considéré les initatives de BHL comme :

« Des manœuvres sordides qui visent à détourner l’opposition démocratique syrienne de ses objectifs et portent atteinte à sa crédibilité devant son peuple. »

Une soirée à Paris avec le seul BHL ? Ils se disent piégés

Alertés par leurs amis en France, plusieurs invités syriens venant des Etats-Unis, d’Egypte ou d’ailleurs ont renoncé à participer au meeting.

Parmi eux :

•Ammar Qorabi, qui dirige l’Organisation nationale des droits de l’homme, exilé au Caire ;

•Omar Al-Azm, anthropologue, professeur à l’université de l’Ohio ;

•Adib Shishakli, petit fils d’un ancien président de la République syrienne, également installé aux Etats-Unis,

•Georgette Alam.

Conviés à Paris pour rencontrer des responsables français, ces personnalités se sont aperçues qu’il n’y avait d’autre rendez-vous sur leur agenda que cette soirée aux côtés de BHL.

Ils considèrent avoir été piégés par les partenaires syriens de La Règle du jeu, des militants séduits par la force de frappe politico-médiatique de BHL qui ont semé la discorde au sein de l’opposition.

Plusieurs groupes d’opposants syriens en France, dont Souria Houria (Syrie-Liberté) ou le Collectif Urgence solidarité Syrie ont en effet clairement signifié leur hostilité à cette réunion.

► Sur le site de La Règle du jeu, le programme de la soirée est ainsi présenté :

« Prendront la parole, entre autres, Laurent Fabius, Bertrand Delanoë, Cécile Duflot, François Bayrou, Rama Yade, Fadela Amara, Axel Poniatowski, ainsi qu’André Glucksmann, Bernard Kouchner, Kendal Nezan, Aalam Wassef et Bernard-Henri Lévy.

L’opposition syrienne s’exprimera par la voix de plusieurs témoins récemment sortis de Damas ou d’autres villes de la Syrie martyre.

Des témoignages écrits, également venus de l’intérieur de la Syrie, seront lus par les acteurs Xavier Beauvois et Jane Birkin. »

Photo : BHL lors d’une manifestation de soutien aux opposants iraniens place du Trocadéro, à Paris (Gonzalo Fuentes/Reuters).

Source : http://www.rue89.com/neo-arabia/201...






Yémen : Le peuple réclame la chute du système
Saana 
12 mars 2011

Le peuple réclame la chute du système

Chanson yéménite qui s'articule autour du slogan moteur des révolutions arabes.


merci à JLB pour ce lien


Place Tahrir, quatre mois plus tard
Alain Gresh - Blog du Monde diplomatique - publié le lundi 30 mai 2011.

Il est midi, Le Caire s’éveille. Les appels à la prière s’élèvent dans chaque rue, dans chaque mosquée, rassemblant les fidèles. Les rues sont presque vides, mais des jeunes avec des drapeaux convergent par petits groupes vers la place Al-Tahrir. Un service d’ordre jeune examine les pièces d’identité, fouille les personnes qui entrent dans le périmètre de manifestation. Depuis 24 heures, les rumeurs les plus folles courent dans la ville : que les baltagias, ces milices de l’ancien pouvoir, s’apprêtent à attaquer ; que les banques ont reçu des ordres de vider les distributeurs de billets ; que des troubles vont éclater... Le conseil supérieur militaire a fait savoir qu’il ne tirerait pas sur la foule, mais qu’il ne pouvait assurer la sécurité ! Trois jeunes artistes qui, hier, affichaient pour la manifestation ont été arrêtés.

Assurer la sécurité n’est pas une mince affaire sur cette immense place délimitée par de nombreux bâtiments plus ou moins prestigieux : l’immense Mougama’, haut lieu de la bureaucratie et de l’administration du Caire ; le siège de la Ligue arabe ; l’hôtel Nile Ritz Carlton en pleine réfection ; le siège du Parti national démocratique (PND), l’ancien parti officiel dissous, qui porte encore les traces de l’incendie qui l’a ravagé durant la révolution ; et, au fond, le musée du Caire, bien protégé pour que les pillages du mois de janvier ne puissent se reproduire. Sans parler des immeubles d’habitations dont les propriétaires observent avec intérêt, affichant parfois des banderoles de soutien aux manifestants. Nombre de journalistes ont retrouvé l’appartement de Pierre, que la révolution a rendu célèbre, puisqu’il a permis d’assister, du neuvième étage, à ce qui se passait « en bas ».

La prière n’est pas encore terminée et plusieurs milliers de manifestants l’effectuent sur la place, sous la conduite du cheikh Mazhar Chahin. A côté d’eux, nombre d’autres ne la font pas mais respectent les pratiquants. Ici, malgré la chaleur accablante, tout le monde se côtoie dans la bonne humeur, hommes et femmes, jeunes et vieux. Des filles cheveux au vent forment des groupes avec des filles voilées. On aperçoit même quelques femmes avec le niqab qui manifestent pour la démocratie. Nombre de jeunes se font peindre les joues aux couleurs du drapeau égyptien, à la manière des supporteurs de football.

C’est après la fin de la prière que le nombre de manifestants grandit, plusieurs dizaines de milliers de personnes. Dans une atmosphère détendue, se déroule le rassemblement dont les promoteurs souhaitent qu’il soit le début d’une « deuxième révolution ». Les marchands de jus d’orange ou de mangue alternent avec ceux qui proposent les mille et un symboles de la révolution, des casquettes aux couleurs du pays, des drapeaux, des images des martyrs. Un vieil homme propose une brochure sur la torture, tel autre un journal socialiste révolutionnaire. Des familles se promènent avec leurs enfants, brandissant le drapeau égyptien. « Je suis égyptien » s’affiche sur les tee-shirts comme sur les badges, signe d’une fierté retrouvée. La chaleur cède petit à petit alors que s’accumulent les nuages et que quelques gouttes de pluie rafraichissent l’atmosphère.

Sans atteindre, loin de là, le niveau des grandes manifestations de février, cette mobilisation reflète une sourde inquiétude. Dans de nombreuses villes d’Egypte, d’Alexandrie à Suez, d’importants rassemblements ont également eu lieu, exprimant les mêmes craintes. Mais lesquelles ? Et pourquoi les forces qui avaient combattu ensemble se divisent-elles ?

Hosni Moubarak reste la figure haïe, celle dont on demande le procès, voire l’exécution. Il est le symbole de la corruption, de l’autoritarisme, de la violence contre les manifestants. Il est aussi celui de la trahison nationale : « Ô Moubarak, ô traitre, prends un appartement en Israël », scande un groupe. Mais, même s’il est présent, l’ancien président est déjà un homme du passé et ne peut plus servir, comme en janvier-février, de ciment aux opposants.

Pour la première fois, les Frères musulmans ont dénoncé un appel à la manifestation et refusé d’y participer. « La révolution nous appartient et les Frères musulmans nous ont abandonnés », « Les révolutionnaires sont là, où sont les Frères ? », crient des groupes. La jeunesse de l’organisation a, elle, appelé à descendre dans la rue et, dans certaines villes, notamment à Suez, les Frères sont aussi présents (« Brotherhood divided over Friday’s protests », AlMasryalyoum.com, 26 mai). Mais la direction dénonce les manifestants comme contre-révolutionnaires et cherchant à diviser l’armée et le peuple. Et ce refus reflète le désarroi qui touche le mouvement : quels objectifs fixer ? Vers où se diriger ?

Si plusieurs tribunes se côtoient, celle des organisateurs affiche clairement les mots d’ordre : « Report des élections » (les législatives sont prévues pour septembre) ; « pas de loi adoptée unilatéralement » ; « jugement juste et public des symboles du régime précédent » ; « pas de tribunal militaire pour juger des civils » ; « Libération de tous les manifestants arrêtés ».

Les organisateurs ont aussi avancé l’idée d’adopter une nouvelle Constitution avant la tenue des élections. Mais cette revendication soulève quelques problèmes, en raison du fait que, lors d’un référendum en mars, près de 80 % des votants ont voté pour de simples amendements de la Constitution et pour que la future Constitution soit totalement réécrite par une commission nommée par le Parlement élu. Revenir sur cette décision serait porter un coup à la démocratie, au premier vote à peu près transparent tenu en Egypte depuis plus d’un demi-siècle.

Les manifestants semblent l’avoir compris, qui mettent plutôt l’accent sur la nécessité de se débarrasser des responsables restés en poste (notamment ceux de la presse), de juger les criminels et les responsables de la mort de manifestants. Un homme brandit une pancarte, « Le peuple veut le procès du démon », avec un dessin de Moubarak derrière les barreaux. Récupérer l’argent de la corruption. Une grande banderole demande : « Où passent les ressources du canal de Suez ? », exprimant l’idée répandue que la corruption se poursuit et que, si on l’arrêtait, on pourrait financer les besoins du pays.

Des groupes défilent sous un grand drapeau égyptien qui les couvre, en criant que rien n’a changé : la répression est toujours là, les martyrs doivent être vengés. Deux groupes représentent les supporteurs des deux grands clubs de football, Ahly et Zamalek, parfois très jeunes. Ils ont joué un rôle actif durant les manifestations qui précédèrent la chute de Moubarak, faisant bénéficier les manifestants de leur longue expérience d’affrontement avec la police — la jeunesse des Frères musulmans a joué un rôle équivalent.

Les mots d’ordre qui affirment l’unité des chrétiens et des musulmans sont nombreux : « La religion est à Dieu et la patrie est à tout le monde », proclame une banderole, reprenant le grand mot d’ordre de 1919, quand les Egyptiens unis contre l’occupation britannique luttaient pour leur indépendance. « Nous sommes tous égyptiens », affirment aussi les jeunes.

La participation est très mélangée socialement, les étudiants côtoyant des jeunes pauvres (et d’ailleurs, beaucoup d’étudiants sont aussi pauvres), des employés comme des ouvriers. Chacun vient avec ses revendications, les étudiants demandant à se débarrasser des anciennes autorités universitaires, les employés exigent la transparence, les ouvriers le salaire minimum, les journalistes plus de libertés. « Réponds-nous, maréchal [Tantawi, le dirigeant du conseil militaire], où est le changement ? La torture est toujours là ; la corruption aussi ; les journaux n’ont pas changé », scande un groupe particulièrement dynamique.

Et c’est sans doute l’enjeu essentiel : poursuivre le changement, ne pas laisser s’installer un régime Moubarak sans Moubarak. Un manifestant brandit une pancarte : « Si nous arrêtons de rêver, alors mieux vaut mourir, mourir, mourir. » Mais, sur la place Tahrir, on n’en est pas là. Le rêve n’est pas près de s’évanouir. Et les jeunes, armés de balais et de pelles, nettoient la place où ils se donnent rendez-vous vendredi prochain.

http://blog.mondediplo.net/2011-05-...


Alain Gresh - Blog du Monde diplomatique
d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10659


Reprise des manifestations en Tunisie: vers une deuxième révolution ?
npa Lundi 16 mai

Tout est parti de déclarations de l’ex-ministre de l’Intérieur del’actuel gouvernement de Beji Caïd Essebsi. Farhat Rajhi- «Mr Propre» - affirme, le mercredi 4 mai à une journaliste, être en mesure de prouver qu’un coup d’Etat militaire est prévu en cas de victoire de Ennahda (principal parti islamiste) lors des prochaines élections. Il soutient également que les anciens responsables du RCD (parti de Ben Ali dissout il y a peu) contrôlent encore une bonne partie du pays. Il accuse enfin le gouvernement Essebsi d’être manipulé en sous-main par le clan Ben Ali, par l’intermédiaire notamment du général en chef de l’armée Ammar et de Kamel Eltaïef, ami intime de Ben Ali.

Des manifestations quasi-permanentes et en grande partie spontanées se sont déroulées du jeudi 5 mai au lundi 9 mai à Tunis et dans toutes les grandes villes du pays. La réponse du pouvoir à été une répression féroce accompagnée d’un couvre-feu d’abord dans les villes de province puis à Tunis. La police à tiré à balles réelles sur les manifestants à Tunis, faisant des dizaines de blessés, et, en plus d’un mort confirmé au moins cinq jeunes sont entre la vie et la mort. On attend toujours des nouvelles de leur situation. Un certain nombre de blessés se sont vus refusés à l’hôpital sur pression de la police.

Un gouvernement sous pression

Il s’agit d’une réaction inédite de la part de ce nouveau gouvernement provisoire, en place depuis le27 février, suite au renversement de Mohammed Ghannouchi. Son comportement à provoqué des émeutes dans un certain nombre de quartiers populaires, à Tunis, Kasserine ou Sidi Bouzid. Lundi, à Tunis, un sit-in à été organisé par des juges et des avocats pour réclamer que le pouvoir s’explique dans cette affaire.

Ce même jour, à Nabeul, lors d’une manifestation la police a tué un membre du Parti du Travail Patriotique et Démocratique (PTPD).

Ces mardi et mercredi sont plus calmes, «mais c’est un calme inquiétant», juge Wassila Ayachi, une des coordinatrices régionales de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) à Benarous. Aujourd’hui, dans les cafés, dans la rue, de nombreuses arrestations arbitraires avaient encore lieues. Nous en sommes à plusieurs centaines depuis Jeudi dernier.

L’intervention télévisée dimanche soir de Beji Caid Essebsi, Premier ministre par intérim, suite aux quatre premiers jours de manifestations et d’émeutes ne peut avoir comme conséquence que d’augmenter les mécontentements. Le ton y est volontairement provocateur, la faute des violences de ces derniers jours est entièrement rejetée sur les déclarations de Farhat Rajhi. Sans que les réformes politiques ou sociales de l’Etat ne soient abordées, Essebsi ne s’excuse pas - «j’assume tout» - pour le niveau de répression de son gouvernement envers les manifestants, les habitants et les journalistes et se défend même de n’être pas aussi sanguinaire que ses homologues Libyens ou Syriens. Une curieuse manière de «pacifier» la situation. Concernant les affaires de corruption, «la justice fait son travail». Concernant l’élection à la Constituante (prévue en Juillet), alors que le Haut Comité a acté un texte promulguant l’impossibilité pour les ex-responsables du RCD de se représenter, Essebsi assume la responsabilité de refuser cette possibilité, alors qu'il n'a aucune légitimité pour le faire.

La stratégie de la tension

Selon de nombreux militants de gauche, si le discours de Essebsi prend tant la forme d’une provocation, c’est qu’il fait partie d’une stratégie de tension exercée du haut de l’Etat. En témoignent les curieux incendies intervenus simultanément dans quatre prisons tunisiennes le 29 avril (desquelles des centaines de prisonniers se sont échappés), les ostentatoires dispositifs policiers sur tous les axes principaux, les attaques répétées des milices patronales ou du RCD à l’encontre des révolutionnaires… On en vient même à accuser certains jeunes des quartiers populaires d’être payés ou drogués par les ex-RCD, pour piller des magasins et créer le chaos. Il s’agit d’une hypothèse comme une autre. Toujours est-il que l’objectif du pouvoir paraît de plus en plus clair: marchander la liberté démocratique contre le retour à la sécurité.

Un militant nous explique : «Imaginez un ressort, détendu dans son état normal. Avec le climat produit des manifestations et des revendications sociales, il commence à se tendre. Alors, que fait le pouvoir? Il essaie de le tendre jusqu’à la limite. Tous les partis n’ont pas intérêts à ce que ce ressort casse, alors le pouvoir impose ses choix. Assurer ce climat, mettre la main sur l’après élection et perpétuer le pouvoir en place.»

Des causes plus profondes

Il nous faut revenir sur les revendications des manifestants. Tout le monde, dans les médias et dans les déclarations publiques en Tunisie, s’accorde à dire que Farhat Rajhi est entièrement responsable du «désordre» et des «violences» qui ont éclatées ces derniers jours, et qu’il doit en répondre devant la justice. C’est une manière évidente de blanchir le vrai responsable de cette situation: l’ancien régime, qui se maintient par d’autres voies à travers notamment le gouvernement Essebsi. Ces déclarations, au mieux, constituaient la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Les raisons sont plus profondes, et trouvent leur origine dans la révolution qui a renversé le dictateur Zine Ben Ali, le 14 Janvier. Les manifestants, principalement issus des classes populaires (ouvriers, étudiants, jeunes «marginaux», chômeurs) demandent aujourd’hui la démission du gouvernement provisoire et l’accélération du processus révolutionnaire, notamment concernant les affaires sociales. Ils revendiquent aujourd’hui haut et fort de ne pas êtres les premiers oubliés de la Révolution. Ils savent qu’ils n’ont plus rien à perdre, puisqu’ils n’ont rien gagné, ou si peu! Ils craignent enfin, à juste titre qu’Essebsi profite de sa position pour renforcer son pouvoir personnel, protéger ses amis et limiter les conséquences de la Révolution.

Chacun sait que même si il était issu de la révolution, ce qu’il n’est pas – rappelons qu’il fut Premier ministre de Bourguiba, dictateur en son temps -, même si il avait la volonté d’accéder aux revendications du peuple tunisien, il ne pourrait pas le faire dans le temps qu’il lui est imparti, avec la légitimité dont il dispose. Le problème, est justement qu’il se sert de son «mandat» pour freiner les acquis de la révolution, pour limiter au maximum la rupture d’avec l’ancien régime, auquel il est profondément lié.

A titre d’exemple, le traitement de faveur accordé à Imed Trabelsi, le neveu de Neila Ben Ali, qui a été condamné à deux ans de prison pour consommation de drogues alors que, trempé jusqu’au cou dans les affaires mafieuses, il a contribué à piller une grande partie des ressources du pays.

A titre d’exemple encore, le refus de faire appliquer les accords salariaux et les conventions collectives obtenues pendant ou avant la révolution de janvier. Le refus de faire aboutir des négociations sociales, de dissoudre la police politique qui existe toujours en Tunisie, les atermoiements et le flou autour des élections à la Constituante. On voit bien que, quelle que soit la véracité des propos de Farhat Rachi, cette dernière accusation ne pèse pas lourd face aux multiples fautes politiques dont Essebsi est responsable.

Nous ne sommes plus dans le cadre de rumeurs, basées sur des révélations contestables, ce n’est plus ça qui est en jeu, c’est la légitimité même de ce gouvernement. Les chefs d’accusations sont nombreux! D’ailleurs, «une bonne partie des militants savaient déjà ce qui a été révélé», indique Filel, militant au Parti Communiste Ouvrier de Tunisie (PCOT).

Ce qui a entraîné une nouvelle fois les jeunes dans la rue, c’est avant tout la persistance d’un homme du passé, qui s’appuie comme ses prédécesseurs sur les institutions créées par Habib Bourguiba et Zine Ben Ali, c'est-à-dire sur la police, l’armée, le contrôle de l’information, le court-circuit des forces d’opposition populaires. Il ne s’agit pas d’un gouvernement «technocratique», qui se contenterait de gérer les affaires courantes et de préparer les élections.

La révolution n’est pas finie

Il faut enfin souligner un fait, qu’on fait semblant d’ignorer: la révolution n’est pas achevée. Elle est bien vivante. Que les mouvements de ces derniers jours constituent le début de la deuxième Révolution, d’une quatrième Casbah ou un mouvement de réaction face à l’offensive contre-révolutionnaire, les tunisiens ont encore les deux pieds dans le mouvement révolutionnaire, en marche depuis le 17 décembre, date de l’immolation de Mohammed Bouazizi à Sidi Bouzid. Ces manifestations vont à contre-pied de l’idée, fortement répandue, qui voudrait que la révolution se soit arrêtée lors de la chute de Zine Ben Ali, le 14 janvier. Nous serions alors dans une période de «transition démocratique» longue et paisible, dans laquelle le nouveau régime devrait travailler dans le calme pour mettre sur pied un nouveau système démocratique.

Non seulement le gouvernement transitoire n’est pas démocratique, mais nous nous dirigeons vers une situation où l’ancien régime pourrait se rétablir à l’issu des élections à la Constituante, prévues pour l’instant pour le 24 Juillet. Nous sommes au contraire dans un moment historique où les intérêts de la Révolution et des révolutionnaires vont à l’encontre du travail effectué par ceux qui s’en arroge le titre de représentants, le gouvernement de Caid Essebsi en tête.

Une vrai bataille se livre encore sur tous les plans, et dans toutes les villes de Tunisie, des grèves, des sit-in, des manifestations de jeunes, de chômeurs, d’étudiants, d’ouvriers continue à faire pression sur les syndicats, les partis politiques et le gouvernement transitoire pour qu’ils ne volent pas la victoire de la révolution, et que celle-ci puisse tenir ses nombreuses promesses. Parmi les résultats provisoires des récents mouvements, le premier ministre va annoncer la démission de quatre des ministres de l’actuel gouvernement. Est-ce un premier signe de faiblesse?

L’UGTT, de son côté, est dans une phase de concertation importante pour définir sa stratégie envers la Constituante. Il s’agit d’une décision qui est attendue depuis longtemps par les syndicalistes en Tunisie, et par tous-tes ceux-celles qui espère que la centrale syndicale jouera un rôle actif aux coté des révolutionnaires.

RCD dégage, Essebsi démission, vive la révolution !

Amaël François

d'après : http://www.npa2009.org/content/reprise-des-manifestations-en-tunisie-vers-une-deuxi%C3%A8me-r%C3%A9volution


Entre essentialisme islamiste et culturalisme occidental :

Multiples visages

des chrétiens d'Orient
Rudolf El-Kareh ,
Le monde diplo12 mai 2011

Dans les bouleversements qui secouent les sociétés du monde arabe, la question communautaire constitue l'une des questions majeures. L'avenir dépendra en grande partie de la capacité à inventer un nouveau contrat social et constitutionnel fondé sur la prééminence, dans l'espace public, du statut de citoyen, par la transcendance des appartenances et des identités héritées de l'histoire régionale, sans pour autant les nier, ni briser les sociétés. Dans le cas contraire, les repliements communautaires et confessionnels risquent d'accentuer la décomposition de ces dernières et constitueraient une régression majeure pour le mouvement d'émancipation politique, social et culturel.

Si cette décomposition communautaire construite sur l'exacerbation des tensions confessionnelles a été au fondement du projet de « nouveau Moyen-Orient » lancé par les néoconservateurs américains dans la foulée de l'invasion de l'Irak en 2003, elle est aussi l'un des outils dont se servent des acteurs locaux ou internationaux à des fins de puissance ou pour détourner et dévoyer les mouvements populaires qui aspirent au changement. Les communautés chrétiennes de diverses obédiences en sont affectées au premier chef.

L'exemple de l'Egypte est particulièrement significatif : aux accusations portées à l'encontre du ministre de l'intérieur du régime déchu (aujourd'hui condamné à la prison) d'avoir voulu détourner le mouvement populaire par la manipulation de l'attentat contre l'église des Deux-Saints d'Alexandrie ont répondu des manifestations communes de prêtres et d'imams. En réponse aux affrontements troubles qui se sont déroulés après la chute du régime entre Egyptiens coptes et musulmans, sur fond de stratégies partisanes et de foyers de tension récurrents dans certaine régions rurales, des voix se sont élevées, notamment aux Etats-Unis, pour réclamer une « internationalisation de la question copte ». Mais tant les autorités gouvernementales de transition que les dirigeants du mouvement populaire ont refusé ce qu'ils ont considéré comme une ingérence dans les affaires internes égyptiennes. D'autres Etats du Proche-Orient arabe sont affectés par des situations proches.

L'attentat du 31 décembre 2010 contre l'église des Deux-Saints d'Alexandrie (vingt-et-un morts) - après celui qui avait visé la cathédrale Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours à Bagdad le 7 novembre (quarante-six victimes) - avait suscité une réprobation unanime dans l'ensemble des pays arabes et dans le monde . Des intellectuels arabes avaient parlé de « sentiment de honte » et de « consternation ». Aux inquiétudes des Eglises orientales avaient fait écho les condamnations exprimées notamment par le cheikh d'Al-Azhar, l'Arabie saoudite, les Frères musulmans, des dignitaires religieux et des hommes politiques de confession sunnite ou chiite. L'ancien premier ministre libanais Selim Hoss, sunnite, avait estimé « les condamnations verbales insuffisantes » et appelé à « la tenue d'une réunion arabe afin d'arrêter des mesures pour couper court aux tentatives de discorde ». Il avait été rejoint par le Hezbollah libanais : « Les mots de la colère et de la tristesse sont dérisoires face aux tentatives sanglantes de porter atteinte à la diversité socioreligieuse dans plus d'un pays arabe, notamment en Palestine. »

Ces réactions n'ont pas trouvé d'écho dans les médias occidentaux. Dans un contexte de confusion intellectuelle, les feux médiatiques sont restés braqués sur le sort des « chrétiens d'Orient ». Les lieux de culte irakiens, chrétiens ou musulmans, notamment les mosquées chiites, sont pourtant régulièrement le théâtre des bains de sang que connaît le pays depuis l'invasion américaine (...)

Lire la suite de cet article inédit de Rudolf El-Kareh :
d'après : http://www.monde-diplomatique.fr/2011/05/EL_KAREH/20525



Priorités américaines en Syrie : changer sa stratégie !
N.Raad - Al-Manar publié le vendredi 29 avril 2011.

La campagne internationale contre la Syrie prend de plus en plus de l’ampleur et certains analystes craignent que le scénario irakien ne se reprenne contre ce pays.

Le jeu américain a été clairement dévoilé. Derrière les appels des dirigeants américains à des réformes syriennes, se cachent les véritables intentions de cette campagne.

L’une des premiers responsables à avoir annoncé clairement l’objectif des ingérences actuelles américaines dans les affaires syriennes fut la secrétaire adjointe à la défense Michel Flournoy, qui a affirmé : "La solution à la crise en Syrie passe par la rupture de son alliance avec l’Iran, le Hezbollah et le Hamas, et son ralliement au bloc stratégique des pays du Golfe afin de faciliter le relancement du processus de paix avec Israël. C’est ainsi que se calmeront la crise et la violence en Syrie".

Une déclaration qui en dit trop sur les parties responsables de l’explosion de la situation en Syrie et leurs véritables motifs.

Mais dans le but de « légitimer » leur action et de lui donner une dimension politique, les États-Unis ont sollicité le Conseil de Sécurité. « Pour le moment, ils entendent s’en tenir à une réponse diplomatique et à d’éventuelles sanctions » ciblées contre les hauts dirigeants syriens, affirme le représentant américain à l’ONU.

Ce Conseil a en effet entamé mardi ses consultations formelles sur la Syrie, et elles se poursuivront mercredi. Et comme de coutume, la communauté internationale rime avec les désirs américains. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a fait part de son "inquiétude croissante" concernant la répression sanglante menée contre les manifestants en Syrie, en particulier l’utilisation de chars et de tirs à balles réelles par les forces de sécurité. « Les autorités syriennes ont l’obligation de protéger » les civils, a-t-il dit à des journalistes à New York.

La Grande-Bretagne et la France ont appelé à une action "forte contre la violence utilisée par les forces du président syrien et qui a fait des centaines de morts ces dernières semaines". Selon un diplomate aux Nations-Unies, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et le Portugal ont demandé du Conseil de sécurité de « condamner la répression syrienne des manifestants ». Le projet de déclaration proposé soutient un appel lancé par Ban Ki-moon pour une enquête "transparente" sur les tueries.

Toutefois, les aspirations américaines se heurtent à l’attitude de la Russie et de la Chine qui, traditionnellement, sont hostiles aux initiatives d’ingérence dans les affaires intérieures d’un pays. L’ambassadeur de Chine Li Baodong a dit qu’il insisterait pour "une solution politique" en Syrie. "Nous allons étudier les éléments du projet de déclaration avec beaucoup de sérieux", a-t-il dit aux journalistes. Même son de cloche de la part de la Russie. Son représentant à l’ONU a indiqué que le scénario qui a lieu en Libye ne sera pas adopté en Syrie, précisant que son pays utilisera son droit de veto contre toute résolution qui reprendra les mêmes erreurs qu’en Libye.

En attendant la suite des événements, les Américains envisageraient-ils une action militaire contre la Syrie, profitant des condamnations internationales de la violence utilisée pour réprimer les manifestations ?

http://www.almanar.com.lb/french/ad...


La France en Afrique : De la mission civilisatrice à la guerre des civilisations
Omar Benderra (Mediapart)
publié le mercredi 13 avril 2011.

Omar Benderra, économiste / © Inconnu

Ceux qui s’interrogent sur la nature des relations franco-africaines obtiennent aujourd’hui une réponse aussi claire que consternante : la France bombarde en Libye et en Côte d’Ivoire. Sous couverture de l’ONU, certes, mais l’État français est en première ligne, les armes à la main dans des conflits africains. Pour les meilleures raisons du monde : il s’agit ici de protéger des civils contre les troupes du colonel Kadhafi et là de permettre au vainqueur des élections présidentielles de prendre les rênes du pouvoir. Dans le discours officiel, la guerre est fondée sur le droit, la justice et la raison. La tradition est respectée : les aventures militaires occidentales sont toujours menées au nom des plus hautes valeurs civilisées. Les agressions sont légitimées par des discours de circonstances qui révèlent rapidement leur manque de substance quand il ne s’agit pas de mensonges purs et simples. De l’affaire du coup d’éventail prélude à la colonisation de l’Algérie aux armes de destruction massives pour envahir l’Irak, les prétextes sont innombrables.

L’intervention en Libye a été précédée d’une gestion médiatique jouant sur tous les registres de l’émotion : l’armée sanguinaire d’un dictateur fou aurait écrasé avec une brutalité inouïe des contestataires pacifiques. Ainsi l’opinion est « informée » que des avions de combat auraient été utilisés pour réprimer des manifestations et selon un opposant libyen, qui a entretemps disparu des écrans, il y aurait eu près de 6 000 morts dès les premiers jours de troubles. Aucune preuve n’est venue étayer ces graves accusations. Il faut souligner ici l’intéressante concordance de traitement de l’actualité libyenne par les médias lourds franco-britanniques et les chaines satellitaires arabes, Al Jazeera notamment, qui ont relayé, sans grandes nuances, un discours univoque et préparé l’opinion à l’intervention armée. Dans un climat très « émotionnel », la France a joué un rôle essentiel dans l’adoption de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité des Nations unies qui consacre clairement le droit d’ingérence. Pour les spin-doctors parisiens, il s’agissait de démontrer que la France volait au secours d’un peuple arabe privé de droits et militairement menacé. L’opération est tellement grossière qu’elle en est une insulte au bon sens.

La France, amie de tous les autocrates

Ceux qui conduisent l’État français, qu’ils se réclament de la droite ou de la gauche, ont systématiquement soutenu les pires dictatures arabes et ont couvert des crimes gravissimes et généralisés contre l’humanité perpétrés par ces régimes. Les appréciations flatteuses sur la qualité de la gestion économique et sur la détermination des dictateurs à lutter contre « l’islamisme » constituent une part importante du discours français en direction du monde arabe. Au nom d’un réalisme sans principes et d’une politique sans éthique, la démocratie française est l’amie des tyrannies et un adversaire résolu des forces démocratiques et des oppositions dans le monde arabe. Est-il besoin de rappeler l’accueil réservé au dictateur libyen lors de son séjour parisien en décembre 2007 ? Le président Sarkozy avait publiquement déclaré son bonheur de recevoir un tyran avec tous les égards protocolaires et tous les fastes de la République. Est-il besoin de rappeler que Hosni Moubarak, dictateur égyptien, était le vice-président de l’Union pour la Méditerranée et que Tunis, alors capitale du despote Zine el Abidine Ben Ali, devait un moment accueillir le siège de cette improbable organisation voulue par Nicolas Sarkozy ? L’image de la France dans le monde arabe est à peine meilleure que celle des États-Unis, ce qui n’est pas peu dire. Le ci-devant pays des droits de l’Homme est celui où l’islamophobie décomplexée et le discours raciste anti-arabe constituent une des bases principales du consensus politico-médiatique des élites de pouvoir. Les faux-débats de diversion sur la laïcité et l’Islam ne trompent que ceux qui subissent passivement le matraquage médiatique de médias aux ordres de l’exécutif français. Est-il possible de modifier favorablement une image aussi profondément dégradée sur le dos du peuple libyen ? On peut légitimement en douter. D’autant qu’au fil des bombardements, il apparaît clairement que la situation en Libye est loin de correspondre au manichéisme simpliste que diffusent les propagandistes du néoconservatisme « à la française ». Il faut observer que les opinions au Maghreb ont changé avec l’évolution de la crise en Libye. D’une franche sympathie pour l’insurrection contre le régime de Kadhafi, l’opinion maghrébine est désormais beaucoup plus réservée du fait de l’entrée en action des armées occidentales.

En Côte d’Ivoire, c’est encore sous la couverture des Nations unies que des troupes françaises participent à une guerre civile avec comme toujours les meilleures intentions du monde. Il s’agit dans ce cas d’imposer que le résultat officiel, internationalement admis, de l’élection présidentielle se traduise dans la réalité et qu’Alassane Ouattara remplace Laurent Gbagbo à la tête d’un pays en danger de partition. Mais sur la scène ivoirienne, personne n’est moins qualifié que l’ancienne puissance coloniale pour arbitrer dans un conflit interne. Dans les faits, le France ne se proclame plus seulement en tuteur de ce pays du pré-carré néocolonial, mais prend le risque considérable d’une gestion politique directe d’un État qui est bel et bien ramené à son statut de colonie. Laurent Gbagbo, très proche des socialistes français, mis au ban des nations, est certainement coupable de toutes les dérives, mais cela ne justifie en aucune façon les menées guerrières d’une puissance extracontinentale contre son régime. Cette intrusion est très mal vécue par l’opinion africaine, qui même si elle n’éprouve guère de sympathie pour Laurent Gbagbo, ressent cette ingérence militariste comme une insulte à l’indépendance africaine et le retour de la politique de la canonnière. Pour de nombreux Africains, les équilibres ivoiriens sont fragiles et le résultat, plutôt serré, de l’élection présidentielle aurait dû conduire à une posture plus sage, à la recherche obstinée par tous les moyens de la politique et de la diplomatie d’un modus vivendi.

Des castes contre les peuples

L’arrestation de Laurent Gbagbo à laquelle ont – au moins – grandement contribué les forces françaises sous couverture de l’ONU est l’illustration de l’immixtion néocoloniale dans les affaires intérieures d’un pays réputé souverain. Si l’intervention française laissera certainement des traces profondes dans un pays divisé en deux camps d’importance comparable, elle a déjà des conséquences sur la perception du rôle de la France en Afrique. À travers l’Afrique, le silence coupable des leaders politiques ne doit pas faire illusion, une colère sourde est perceptible. Les déclarations méprisantes prononcées par le président français à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar en juillet 2007 sont le commentaire le plus approprié au déploiement des blindés et des hélicoptères français sur le sol africain. Si la guerre des civilisations a succédé à la mission civilisatrice, les discours et les méthodes ont à peine changé.

Gbagbo et Kadhafi ne sont ni Lumumba ni Nasser. Ces autocrates vulgaires sont, au premier chef, responsables de la dévastation de leur pays, responsables des guerres civiles et responsables de l’intervention étrangère. Mais rien ne laisse supposer que leurs opposants leur soient supérieurs. Et c’est à ce niveau que se situent la matrice des convulsions africaines et l’alibi au néocolonialisme. De fait, le retour militaire de la France sur le continent martyr est avant tout l’expression de l’échec catastrophique des dirigeants politiques africains. Les hommes de pouvoir, en Libye, en Côte d’Ivoire, comme presque partout ailleurs en Afrique, assument l’échec de la décolonisation. La corruption et le pillage des ressources sont la caractéristique commune d’anti-élites civiles ou militaires affiliées aux réseaux d’affaires et aux groupes d’intérêts dans les anciennes métropoles. L’action continue de ces castes de pouvoir a précipité l’affaiblissement des États et à conduit à la destruction des sociétés gérées par la violence et la privation des libertés, plongées dans la misère et l’analphabétisme.

Le néocolonialisme « humanitaire »

Les interventions françaises répondent aux objectifs à moyen et long terme de ces groupes d’intérêts. En Libye comme en Côte d’Ivoire, il s’agit de conforter ou d’établir une présence dans des pays riches et qui ouvrent sur des régions stratégiques. Que ce soit l’Afrique de l’Ouest ou le Sahel, les régions visées sont à très fort potentiel minier dans la perspective d’une concurrence mondiale exacerbée pour le contrôle de ressources fossiles et minérales en raréfaction.

Sur ces deux champs de bataille, les organisations régionales, la Ligue arabe et l’Union africaine, ont fait l’éclatante démonstration de leur impuissance, ou plus gravement dans le cas de la Ligue arabe, de faux nez au service des Occidentaux. Quant à l’ONU, réduite à son conseil de Sécurité dominé par les Américains et leurs alliés, elle est le centre suprême de légitimation du bellicisme occidental. La résolution 1973 est un modèle du genre : partie d’une zone d’exclusion aérienne, elle a abouti à un feu vert pour des bombardements généralisés sur les troupes de Kadhafi. L’interdiction d’envoi de troupes au sol – concession à des opinions occidentales qui ne souhaitent plus voir de corps expéditionnaires après l’Irak et l’Afghanistan – est en voie d’être contournée par le recours à des sociétés de guerres privées, du type Blackwater.

Ainsi, ce bellicisme bien-pensant ouvre un vaste champ d’incertitudes et de périls. Au prétexte de voler au secours de la démocratie et du droit, le néocolonialisme aux habits neufs de l’humanitaire et de l’hégémonie néolibérale renaît sur les cendres des indépendances confisquées. Pour l’État français, le retour des vieux démons néocoloniaux n’est certainement pas le signe d’une relation renouvelée avec l’Afrique ou avec le monde arabe. Quant à ceux qui doivent leur accession au pouvoir par la force d’armes étrangères, ils doivent savoir qu’ils ont dénaturé leur combat politique et qu’ils devront assumer, sous une forme ou une autre, cette tare originelle et le déficit de légitimité qu’elle induit.



Missiles cruise à l’uranium appauvri sur la Libye
Massimo ZUCCHETTI via Le Grand Soir - publié le mercredi 30 mars 2011.

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Les questions concernant l’Uranium appauvri et sa toxicité ont parfois débordé, ces dernières années, du champ de la science. L’auteur (1) s’occupe de radioprotection depuis une vingtaine d’années et d’Uranium appauvri (ou Depleted Uranium, DU, qui sera utilisé aussi dans le texte, NdT) depuis 1999. Après une expérience de publication de travaux scientifiques dans des revues, actes de colloques internationaux et conférences en Italie sur l’ uranium appauvri, cet article essaie de faire une estimation du possible impact sur l’environnement et la santé de l’emploi d’ uranium appauvri dans la guerre de Libye (2011). Des informations concernant son utilisation sont parues dans les organes d’information depuis le début du conflit (2).

Par ses caractéristiques physiques spécifiques, en particulier sa densité qui le rend extrêmement pénétrant, mais aussi son faible coût (l’uranium appauvri coûte à la production environ 2 $ au kilo) et la difficulté de le traiter en tant que déchet radioactif, l’uranium appauvri a trouvé d’excellentes modalités d’utilisation dans le domaine militaire.

S’il est traité de façon adéquate, l’alliage U-Ti (Uranium-Titane) constitue un matériau très efficace pour la construction de pénétrants à énergie cinétique, des barres métalliques denses qui peuvent perforer un blindage quand elles sont tirées sur celui-ci à vitesse élevée.

Le processus de pénétration pulvérise la plus grande partie de l’uranium qui explose en fragments incandescents (combustion violente à presque 5.000° C) quand il atteint l’air de l’autre côté du blindage perforé, en en augmentant l’effet de destruction. Cette propriété est appelée « pyrophoricité », comme, par exemple, la caractéristique du soufre des allumettes. Donc, outre la densité élevée, la pyrophoricité augmente l’intérêt de l’uranium appauvri pour ces applications, en particulier comme arme incendiaire (API : Armour Piercing Incendiary, c’est-à-dire pénétrateur d’armatures incendiaire).

Enfin, dans la phase d’impact sur l’objectif, la relative dureté de l’uranium appauvri (en alliage avec le Titane) fournit au projectile des capacités auto-affilantes : en d’autres termes, le projectile ne « s’aplatit pas » contre le blindage qu’il doit enfoncer, en formant une « tête plate » -comme le fait par exemple un projectile de Pb (plomb) -mais garde sa forme fuselée jusqu’à la fragmentation complète, sans donc perdre les propriétés de pénétration.

Sur le champ de bataille, le DU a sûrement été employé dans la Guerre du Golfe de 1991, pendant les bombardements OTAN/ONU sur la République Serbe de Bosnie en septembre 1995 ; sur la Yougoslavie au printemps 1999 ; dans notre siècle, pendant l’attaque contre l’Afghanistan puis, encore, en Irak en 2003.

L’utilisation de dispositifs au DU dans les guerres de Somalie et Bosnie centrale et centre-orientale (surtout dans de larges zones autour de Sarajevo) dans les années 1990, en Palestine et dans les polygones de tir de la compétence des forces militaires de l’OTAN, est pour le moment incomplètement documentée (3).

Parmi les armements qui emploient du DU, citons aussi le missile Cruise Tomahawk dont l’utilisation pendant la guerre des Balkans du printemps 1999, bien que non reconnue par l’OTAN a été confirmée par ce qui a été retrouvé sur place et par des sources de l’Union européenne (4).

Par ailleurs, dans le décalogue des officiers, remis à tous les hommes en uniforme expédiés au Kosovo, se trouvaient des recommandations à suivre à la lettre, concernant la présence d’uranium appauvri sur le territoire et en particulier dans les missiles Tomahawk. L’introduction indique ceci :

« Les véhicules et matériels de l’armée serbe au Kosovo peuvent constituer une menace contre la santé des militaires et des civils qui pourraient être à leur contact. Les véhicules et les équipements trouvés détruits, endommagés ou abandonnés doivent être inspectés et manipulés seulement par du personnel qualifié. Les dangers peuvent dériver de l’uranium appauvri en conséquence des dommages dus à la campagne de bombardements OTAN, relativement aux engins touchés directement ou indirectement. En outre, les collimateurs contiennent du tritium et les instruments et indicateurs peuvent être traités au vernis radioactif, dangereux pour ceux qui accèderaient à ces engins pour les inspecter ». Suivent des conseils sur comment éviter l’explosion à l’UA. Textuellement : « Evitez tout engin ou matériel que vous suspectez avoir été frappé par des munitions contenant de l’uranium appauvri ou des missiles de croisière Tomahawk. Ne pas ramasser ou collecter des munitions avec DU trouvées sur le terrain. Informez immédiatement votre commandement sur l’aire que vous jugez contaminée. Où que vous soyez, délimitez la zone contaminée avec n’importe quel matériel trouvé sur place. Si vous vous trouvez dans une zone contaminée mettez, au minimum, le masque et les gants de protection. Procédez à la meilleure hygiène personnelle. Lavez fréquemment votre corps et vos vêtements ».

Les évaluations sur la quantité de DU utilisée dans les missiles divergent.

En particulier, elles varient, selon les diverses sources, entre des valeurs autour de 3kgs, pour aller par contre jusqu’à environ 400kgs. Voir en note la compilation des diverses sources qu’on peut trouver à ce sujet, assez importante pour faire une estimation de l’impact environnemental (5).

Les démentis prévisibles sur la présence d’uranium dans ces missiles peuvent être comparés à la compilation rapportée en bas de page, ainsi qu’aux sources d’origine militaire (6).

Cette grande variabilité dans les données peut facilement être expliquée. Certains Cruise sont à tête lestée à l’uranium appauvri, d’autres non. Ces autres aussi, cependant, ont de l’uranium appauvri : non pas dans la tête du missile mais dans ses ailes, comme stabilisateur pendant le vol.

Nous pouvons alors définir deux cas :

- Hypothèse haute : Cruise à l’uranium dans la tête du missile. Nous retenons 400kgs de DU ;

- Hypothèse basse : Cruise qui n’ont PAS d’uranium dans la tête. Nous retenons 3kgs de DU dans les ailes.

Calcul de l’impact environnemental et sur la santé

Dans la vaste littérature consacrée par l’auteur au problème de l’uranium appauvri (7) avait déjà été abordé un calcul de contamination radioactive à l’uranium du aux missiles Cruise : en particulier ceux lancés contre la Bosnie en 1995. L’étude est consultable aussi sur Internet, ainsi que sur la revue scientifique Tribuna biologica e Medica (8) (9).

Si l’on reprend les modèles utilisés dans l’article cité, on peut déduire quelle est la situation sur le terrain, sur les lieux d’inhalation, avec un calcul destiné seulement à asserter si, du moins dans un cas réaliste, l’ordre de grandeur des doses en jeu ne permet pas de négliger le problème.

Considérons l’impact d’un missile Cruise Tomahawk qui porte 3kgs (meilleur cas) ou 400kgs (pire cas) de DU.

L’impact produit un nuage de détritus de dimension variable, après combustion violente à environ 5.000°C. Les grains de poussière sont, comme on l’a dit, composés de particules de dimensions dans un écart de [0.5 - 5] microns. Entre 500 à 1.000 mètres de l’impact on peut respirer des nuages de densité suffisante pour causer des doses significatives, composées de particules qui ont une masse d’environ 0.6 à environ 5 nanogrammes (6-50x10-10gr.). Une estimation a été effectuée selon le code de calcul de doses GEN II (10), en négligeant les effets dus à l’incendie et en considérant seulement l’exposition pour une inhalation d’une heure due à la dispersion simple du matériau, sans considérer certains facteurs qui pourraient faire ultérieurement augmenter l’exposition. En une heure on peut inhaler des grains de poussière radioactifs provenant du nuage en quantités déjà notables.

Il convient de tenir compte du fait que de nombreux fluides-dynamiques du corps atmosphérique (direction et vitesse du vent, gradient vertical de la température, etc.) peuvent causer, dans des angles solides relativement petits, des concentrations de polluant de plusieurs ordres de grandeur supérieurs même à ceux qu’on aurait avec un calcul de dispersion uniforme, qui n’est pas compatible avec ce scénario. Le groupe critique, dans ce cas, se trouve être justement ces personnes « touchées » par le nuage de grains de poussière.

Un missile qui atteint l’objectif peut prendre feu et répandre des poussières oxydées dans l’environnement, selon l’estimation des probabilités qui sera faite dans ce travail.

Environ 70% du DU, contenus dans les missiles dont on suppose, étant « intelligents », qu’ils vont toujours au but, brûlent. La moitié environ de ceux-ci sont des oxydes solubles.

La granulométrie des particules constituant la poudre d’oxyde de DU appartient totalement aux poussières respirables, et des poussières ultrafines sont aussi créées. En particulier, le diamètre des particules est dans ce cas plus fin par rapport aux poussières d’uranium d’origine industrielle, communes dans le milieu de l’industrie nucléaire. On parle ici de la grande majorité des poussières contenue dans un écart de [1-10] micron, avec une partie significative de diamètre inférieur au micron.

Pour ce qui concerne le destin des poussières de DU dans le corps humain, la voie d’absorption principale est -on le sait- l’inhalation. Comme on l’a dit, une partie des poussières sont solubles et les autres sont insolubles dans les fluides corporels.

Etant données les caractéristiques des oxydes de DU d’origine militaire, il convient de relever de quelle manière leur comportement diffère par rapport aux poussières industrielles d’uranium. On peut en tous cas encore supposer, selon l’IRCP (11) qu’environ 60% de ce qui est inhalé se dépose dans l’appareil respiratoire, le reste étant expiré.

On peut retenir que 25% environ des particules de diamètre aux alentours d’1 micron sont retenues pendant une longue période dans les poumons, tandis que le reste se dépose dans les voies aériennes supérieures, passe dans l’appareil digestif et de là est éliminé pour la plus grande part à travers les voies urinaires, alors que de petites parties vont s’accumuler dans les os.

Des 25% de microparticules restées dans les poumons, la moitié environ se comporte comme un matériau de classe M selon l’ICRP, c’est-à-dire qu’elle est soluble lentement dans les fluides corporels, alors que le reste est insoluble. Ce type de comportement et d’exposition n’a été étudié dans aucune situation précédente d’exposition à des alfas émetteurs dans les poumons, rencontrées en milieu civil. La modalité d’exposition est ainsi très différente de celles sur la base desquelles on a recueilli les équivalences doses-dommages en radioprotection.

Il n’est donc pas du tout correct - bien que cela constitue un point de référence - d’extrapoler des évaluations de risque par exposition à ce type de micropoussières radioactives depuis des données recueillies pour les mineurs d’uranium, ni même évidemment pour les personnes gravement irradiées de Hiroshima et Nagasaki. Les standards de radioprotection de l’ICRP se fondent sur ces expériences, et par conséquent peuvent aboutir à des sous-estimations du risque dans ce cas.

Quand on passe ensuite à d’autres types de toxicité que celle radiologique, il est alors plausible que :

- vue la composante fine et ultrafine des poussières de DU d’origine militaire,

- vue la toxicité chimique de l’uranium,la contamination environnementale par des oxydes de DU d’origine militaire ait une toxicité et chimique et radiologique : il faut évaluer l’effet synergique de ces deux composantes.

En d’autres termes, la radioactivité et la toxicité chimique de l’uranium appauvri pourraient agir ensemble en créant un effet « cocktail » qui augmente ultérieurement le danger.

On doit ensuite mettre en relief le fait que le climat aride de la Libye favorise la dispersion dans l’air des particules d’uranium appauvri, qui pourront être respirées par des civils pendant des années. Le mécanisme principal d’exposition à moyen-long terme concerne la re-suspension de poussières et leur conséquente inhalation.

La méthodologie et les résultats relatifs à ce modèle ont déjà été publiés dans d’autres travaux de l’auteur (12) auxquels on renvoie en note. Ne sont ici mises en évidence que les applications et variations au modèle appliqué et déjà publié, et en particulier :

- le calcul d’engagement (semi vie, NdT) de dose est à 70 ans et non plus à 50 ans, selon ce qui est recommandé par l’ICRP.

- On a utilisé des données actuellement approchées sur la distribution de la population autour des points d’impact, qui tiennent aussi compte de l’utilisation principale des projectiles au DU dans des zones peuplées.

Les résultats du modèle peuvent être résumées ainsi :

- CEDE (Committed effective dose equivalent) (Dose collective) : 370 mSvp in 70 y, pour 1 kg de DU oxydé et répandu dans l’environnement.

- CEDE annuelle maximale dans la première année (76 mSvp), puis la seconde année (47 mSvp) et la troisième (33mSvp).

- La voie d’exposition est entièrement par inhalation des poussières. Les poumons sont l’organe cible (97.5% de la contribution à la CEDE).

- Parmi les nucléides responsables, 83% de la CEDE l’est par U238 et 14% par U234.

En ce qui concerne la quantité totale de DU oxydé répandu dans l’environnement, on part pour cette évaluation des données rapportées par la presse internationale : au premier jour de guerre, environ 112 missiles Cruise (Tomahawk) ont touché le sol libyen (13), et les missiles lancés pendant la première semaine de l’opération se montent à plus de 200. Combien de missiles seront lancés avant la fin de la guerre ? Comme il ne nous est pas possible de le savoir, nous ferons une hypothèse tout à fait prudente d’environ 1.000 missiles lancés, et dans tous les cas les valeurs qui seront estimées seront variables par simple proportion : par exemple, et dans le meilleur des cas, où seulement 200 missiles seraient finalement décomptés, les estimations retenues ici pourront simplement être divisées par cinq.

Si tous les missiles étaient « dépourvus » de DU, on aurait de toutes façons une quantité de : 1000 * 3 = 3000kgs = 3 Tonnes de DU (meilleur cas)

Si tous les missiles avaient une tête au DU, nous aurions une quantité jusqu’à 400.000kgs = 400 tonnes de DU.

On confrontera cette donnée avec les 10-15 tonnes de DU lancées sur le Kosovo en 1999 pour en évaluer la gravité.

Supposons qu’environ 70% de l’uranium brûle et soit répandu dans l’environnement, arrivant ainsi à une estimation de la quantité d’oxydes de DU égale à environ 2,1 tonnes (meilleur cas) et 280 tonnes (pire cas).

Ceci permet d’estimer par conséquent une CEDE (dose collective) pour toute la population équivalente à :

- meilleur cas : 370 mSvp/kg * 2100 kg = 780 Svp environ.

- pire cas : 370 mSvp/kg * 280.000 kg = 104.000 Svp environ.

Nous rappelons qu’il n’est pas correct - bien que cela constitue un point de référence - d’extrapoler des évaluations par exposition à ce type de micropoussières radioactives à partir des standards de radioprotection de l’ICRP, qui sont ceux adoptés par le code GEN II.

Si toutefois nous appliquons ici aussi le coefficient de 6% Sv-1 pour le risque d’apparition de tumeurs, nous obtenons environ :

- meilleur cas : environ 50 cas de tumeurs de plus, prévues en 70 ans.

- pire cas : environ 6200 cas de tumeurs de plus, prévues en 70 ans.

Conclusions

Les risques d’exposition à l’uranium appauvri de la population libyenne à la suite de l’utilisation de ce matériau dans la guerre de 2011 ont été évalués selon une approche la plus large possible, en essayant de tenir compte de certains résultats récents d’études dans ce secteur.

Ce type d’exposition n’a été étudié en aucune situation précédente d’exposition à des alphas récepteurs dans les poumons, rencontrée en milieu civil.

Toutefois, l’évaluation faite des doses et du risque conséquent aux deux situations (Cruise « sans uranium » ou « avec uranium ») permet de tirer certaines conclusions.

Dans le premier cas (meilleur cas) le nombre de tumeurs attendues est très exigu et absolument non significatif du point de vue statistique. Cette difficulté statistique - comme il est presque inutile de remarquer- n’a rien à voir avec une absolution de ce type de pratique, avec son acceptation, ou moins encore avec une assertion d’importance faible voire d’innocuité.

Dans le second cas (pire cas), par contre, nous sommes face à un nombre d’apparition de tumeurs de l’ordre de plusieurs milliers. Celles-ci pourraient clairement être relevables à un niveau épidémiologique et posent, sans aucun doute, une forte préoccupation.

Il convient, de ce fait, que les armées qui bombardent la Libye clarifient par des preuves certaines, et non par des assertions de commodité, la présence ou pas, et en quelles quantités, d’uranium appauvri dans leurs missiles.

Dans le passé, il y a eu des « démentis officiels » de la présence d’uranium dans les missiles Cruise (14), mais ceux-ci provenant de milieux militaires, l’auteur se permet de les considérer, pour le moins, avec une certaine prudence.

Sur la base des données qui sont à notre disposition, les estimations sur l’évolution des cas de tumeurs dans les prochaines années en Libye, à cause de cette pratique totalement injustifiée, sont absolument préoccupantes. La discussion sur l’incidence relative de chacun des agents tératogènes utilisés dans une guerre (chimiques, radioactifs, etc.) nous semble -à un certain niveau- peu significative et même, qu’on nous le permette pour conclure, peu respectueuse d’une donnée de fait : les morts en Libye à cause de cette attaque dépassent et dépasseront de loin n’importe quel chiffre qui puisse un jour être défini comme « le prix à payer ».

Il est important, enfin, de recueillir des données et des études -et il y en a beaucoup- dans le domaine des effets des « nouvelles guerres » sur l’homme et l’environnement ; il faut montrer comment nos armes modernes, nullement chirurgicales, produisent des dommages inacceptables ; il faut étudier ce qu’ont causé, aux hommes et à l’environnement qui les ont subies, les guerres « humanitaires » à partir de 1991.

Massimo Zucchetti

Ecole Polytechnique de Turin (Italie)

massimo.zucchetti@polito.it

http://www.facebook.com/notes/massi...

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Le missile Tomahawk utilisé ces jours-ci contre la Libye, est un exemplaire de la classe Cruise.

Notes et commentaires : http://www.legrandsoir.info/Missiles-cruise-a-l-uranium-appauvri-sur-la-Libye.html

Massimo ZUCCHETTI via Le Grand Soir

D'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10367


Libye: le CNT assure qu'il combattra l'immigration illégale, respectera les accords

Romandie.com 29 mars 2011

ROME - Le chef du Conseil national de transition (CNT) libyen, Moustapha Abdeljalil, a assuré lundi soir que son mouvement combattrait l'immigration illégale s'il parvenait au pouvoir et qu'il respecterait les accords signés avec l'Italie, lors d'une interview sur une télévision italienne.

"Nous participerons (aux efforts) pour stopper l'immigration clandestine en les empêchant (les clandestins) d'entrer en Libye et en combattant les organisations criminelles qui le permettent", a affirmé M. Abdeljalil, lors d'une interview par téléphone à l'émission Porta a Porta, sur Rai Uno, depuis un lieu tenu secret.

L'ex ministre de la Justice a également affirmé qu'il respecterait "tous les traités signés avec (le groupe pétrolier italien) Eni et toutes les autres entreprises". L'ENI est le premier producteur étranger de pétrole en Libye, mais a du interrompre sa production à la mi-mars.

Les liens entre la Libye et l'Italie s'étaient renforcés après la signature, en août 2008, d'un accord qui a soldé les comptes de plus de trente ans de colonisation italienne (1911-1942). Le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, s'était alors engagé à verser 5 milliards de dollars de dédommagements sous forme d'investissements sur les 25 prochaines années.

Depuis, l'Italie est devenue le premier partenaire commercial de la Libye.

Le "traité d'amitié" comprenait aussi une clause sur les reconduites de migrants en Libye, qui a permis une réduction drastique des débarquements de clandestins en Italie.

Mais depuis l'insurrection en Libye et sa répression par le régime du colonel Mouammar Kadhafi, Rome a suspendu ce traité et craint l'arrivée de milliers de clandestins en cas de chute du leader libyen, qui a lui-même menacé d'envoyer des "millions" d'immigrés en Europe.

Depuis dimanche, des centaines de réfugiés africains, pour la plupart éthiopiens, érythréens ou somaliens, partis de Libye, ont commencé à arriver en Italie et à Malte.

"Il n'y a plus de contrôles sur la côte libyenne. Des milliers de personnes sont en train de partir", a témoigné dimanche une Erythréenne de 26 ans arrivée sur la petite île de Lampedusa.

Interrogé à ce sujet par l'animateur de l'émission Bruno Vespa, M. Abdeljalil a répondu : "quel que soit le traité ou l'accord" qui a été conclu "nous le respecterons et nous chercherons à l'appliquer".

Ce qui se passe en Libye "n'est pas une division, une partition, c'est une révolte du peuple libyen", a par ailleurs affirmé le leader du CNT. "Eux voudraient diviser le pays en deux parties, mais ça n'arrivera pas", a-t-il ajouté, en référence au régime du colonel Kadhafi.

Le CNT, composé de 31 représentants des principales villes du pays, est la voix officielle de l'opposition libyenne, qui cherche à traduire son avancée militaire sur le plan politique, et à construire un gouvernement parallèle pour préparer l'après-Kadhafi, alors que les combats font toujours rage dans le pays.

M. Abdeljalil avait affirmé quelques heures plus tôt sur la chaîne de télévision France 2 qu'"après la victoire", son mouvement jugerait Kadhafi "pour tous les crimes qu'il a commis". Il avait également affirmé avoir "un besoin urgent d'armes légères" pour "construire un pays libre, démocratique, qui respecte les droits de l'homme et l'alternance politique".

Le leader du CNT a donné ces deux interviews à la veille de la première réunion, à Londres, du "groupe de contact" sur la Libye, chargé du "pilotage politique" des frappes militaires désormais sous commandement de l'Otan et de la préparation de l'après-Kadhafi. Une quarantaine de pays doivent y participer.

(©AFP / 29 mars 2011 01h44)

d'après : http://www.romandie.com/infos/news2/110328234420.qiuugvzr.asp


Le rêve achevé de Sofiane Belhaj, blogger tunisien
La Croix.fr - 29/03/2011 15:51

En traduisant et en mettant sur Facebook les câbles de WikiLeaks, ce jeune Tunisien de 28 ans a contribué à la chute de l’ex-président Ben Ali

Sofiane Belhaj est aujourd'hui membre de la « commission tunisienne pour la préservation des principes de la Révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique » (Photo DR).

La première rencontre avec le blogueur tunisien Sofiane Belhaj avait eu lieu fin janvier 2011, dans le hall d’un hôtel à Tunis sur l’avenue Bourguiba, emblématique de la « révolution du jasmin ».

Le jeune homme était arrivé discrètement, silhouette fluette, le visage caché par une casquette à la française, blouson noir et pantalon noir. Un besoin de discrétion déjà pour cet homme de 28 ans, qui menait sa révolution à travers le média qu’il connaissait le mieux : Internet.

Sofiane Belhaj est belgo-tunisien. Il a étudié les sciences politiques à Bruxelles pendant trois ans, formation complétée par deux années de marketing. C’est en 2005 qu’il commence à s’intéresser à Facebook et aux blogs sur les traces de Zouhair Yahyaoui et de son site Tunezine.

Ce cyberdissident tunisien dénonçait la censure et le non-respect des droits de l’homme en Tunisie. Arrêté le 4 juin 2002, il avait été condamné à deux ans de prison pour « propagation de fausses nouvelles ».

Un modèle : le cyberdissident Zouhair Yahyaoui

Emprisonné et torturé, il avait été libéré en 2003, grâce aux pressions internationales. Il est décédé d’une crise cardiaque en 2005, à 37 ans, devenant un symbole de la résistance pour les jeunes en Tunisie.

« Dans ma tête, j’étais décidé à continuer ce que Zouhair Yahyaoui avait commencé. Mais ça n’était pas facile de trouver les blogs. Je suis allé sur Facebook pour suivre le mouvement de grève dans les mines de phosphates de Gafsa (sud de la Tunisie), en 2008, où déjà plus de 1 500 personnes s’étaient mobilisées sur Facebook. Puis, j’ai suivi un groupe qui s’intéressait à l’histoire de l’entrepreneur tunisien Mahbouli, lésé par Bricorama. La famille Ben Ali lui avait tout pris. Il avait monté sur Facebook un groupe “Tunis real news”, en opposition à “Tunisiens de France news” qui refusait de publier ses infos. »

Sofiane Belhaj, qui est un idéaliste, lance alors son propre blog : « I have a dream : Tunisie démocratique ». Hamadi Kaloutcha est son nom d’emprunt sur la Toile.

« J’ai la double nationalité, belge (par ma mère) et tunisienne (par mon père). Je ne voulais pas qu’on utilise cela contre moi et que l’on me dise : “Retourne dans ton pays.” J’ai baigné dans les récits de mon grand-père qui était un militant anticolonialiste. Quand je suis allé vivre en Belgique, j’ai connu le racisme, et j’ai reçu une grande claque. Et puis, tout le monde disait : “Si Ben Ali part, ce sera la pagaille.” Je voulais leur montrer qu’ils avaient tort. »

Son blog veut « démolir » les arguments contre la démocratie

Sur son blog, il affirme vouloir « démolir » tous les arguments contre la démocratie.

« Dans nos discussions sur Internet, on allait au bout des choses. J’ai eu jusqu’à 3 500 membres, beaucoup venaient sur mon blog sans en être membres. Il y avait des personnes de tous bords, du RCD (parti de l’ex-président Ben Ali), des extrémistes religieux. Jusqu’à ce qu’un membre du RCD, furieux des propos que l’on pouvait y tenir, ait fait pirater le contenu de mon groupe de discussion. »

Sofiane reste persuadé que l’histoire est en marche et que rien ne peut plus l’arrêter. « On était tous convaincus qu’il existait des gens mieux que Ben Ali pour gouverner la Tunisie. » Facebook attire alors dans le pays des gens très divers, des Tunisiens des villes, des régions défavorisées, des chômeurs.

L’accès à Internet était déjà très développé parce que l’ancien président Ben Ali avait fait distribuer des ordinateurs à des prix imbattables dans toute la Tunisie. « Toutes les opinions mises en ligne étaient débattues, et notamment des sujets portant sur l’envers économique de la Tunisie. » Autrement dit, les scandales dans lesquels sont impliquées la famille Ben Ali et celle de sa femme, les Trabelsi.

« On avait des grands débats, sur Facebook, sur le fait de faire partir ou non le RCD, on incitait aussi les gens à aller prendre leur carte d’électeur, en fait, on a contribué à faire de l’éducation civique, ce qui n’a jamais été enseigné dans les écoles en Tunisie. Beaucoup voudraient qu’aujourd’hui, on forme un parti. Mais si ces discussions ont été possibles, c’est parce qu’on n’imposait rien », raconte-t-il.

Le 6 janvier 2011, Sofiane Belhaj est arrêté par la police

Et d’ajouter : « Le système dictatorial de Ben Ali a lancé les débats sur la toile. Dans un pays hypersurveillé comme la Tunisie de cette période, on pouvait aller sur Internet, sans se montrer, sans avoir à descendre dans la rue, sans prendre trop de risques. Au début, les caciques de la politique étaient dépassés, puis ils ont créé eux aussi leurs pages sur Facebook »

L’implication de Sofiane va crescendo au point qu’il en néglige son couple. « Je passais des heures sur mon écran, du matin tôt, jusque tard dans la nuit. » Fin 2010, il a l’idée de traduire en arabe et en français les câbles de WikiLeaks qui ont trait à la Tunisie. Il les poste sur une page spéciale créée à cet effet sur Facebook, sa page est lue par 170 000 personnes !

Puis, les événements se précipitent. Le 6 janvier 2011, Sofiane est arrêté par la police à son domicile. « Ils sont arrivés à 5 heures du matin, mais heureusement j’avais caché mon ordinateur sous le lit. Par contre, ils ont pris celui de ma femme. »

Il est conduit au très redouté ministère de l’intérieur, et contrairement à l’usage il n’est pas maltraité. « Il y avait déjà une certaine fébrilité, comme si c’était un peu la fin du régime. J’ai été libéré le 9 au soir et j’ai eu droit à une visite médicale. »

« Nous, les blogueurs, on a déposé les armes »

Rivé à son ordinateur, Sofiane a beaucoup médité sur ces années de résistance. Il s’est grisé de cette aventure : « j’ai eu l’impression de faire trembler un régime et j’ai pensé que ce que je faisais aurait un impact. Tous les signaux le montraient. Internet a été un outil d’information pendant la dictature, on cherchait à comprendre, on analysait. On vivait dans un pays où il y avait une chape de plomb. »

Aujourd’hui, Sofiane fait partie d’un comité créé par une ONG tunisienne pour combattre la corruption. Et surtout, il fait partie de la « commission pour la préservation des principes de la Révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique ». « Pour résumer, on travaille à la rédaction d’un code électoral pour l’élection de juillet prochain, à l’Assemblée constituante, précise-t-il. Une mission difficile tant les avis divergent, mais une vraie expérience de la démocratie au quotidien. »

Il n’a pas abandonné pour autant son rêve de créer un journal papier satirique, « quand la législation le permettra ». Si la révolution a déjà bouleversé les comportements, la presse écrite et audiovisuelle n’a guère évolué, les mêmes journalistes sont en poste et le ton est toujours aussi révérencieux envers les autorités.

« Je me suis battu pour une cause. Maintenant, Internet comme en Europe va devenir un tout à l’égout. Et la presse va redevenir intéressante, parce qu’elle est libre. Maintenant, c’est aux journaux de travailler ! Nous, les blogueurs, on a déposé les armes, Facebook va redevenir un outil ludique. Voir les Tunisiens s’arrêter devant des librairies où sont exposés des livres qui avant étaient censurés, cela dépasse mon rêve », confie-t-il. Quel est ce rêve ? « Une société civile pour que le cauchemar que l’on a vécu ne revienne pas. »
Agnès ROTIVEL


Libye : l'impossible contre-offensive des rebelles
LEMONDE.FR | 23.03.11 | 20h54  •  Mis à jour le 24.03.11 | 08h40

Plus d'un mois après le début de l'insurrection dans l'est de la Libye, et cinq jours après le début des bombardements par les avions de la coalition, aucun des deux camps n'a réussi à prendre le dessus. Les forces kadhafistes ont été repoussées de la ville de Benghazi, mais les insurgés, majoritairement des civils, jeunes, dont le nombre n'a jamais pu être établi avec exactitude, peinent à reconquérir le territoire qu'ils avaient arraché il y a quelques semaines.

Mercredi 23 mars, ils étaient encore enlisés sur une ligne de front dessinée par les tirs de mortier des troupes kadhafistes, à savoir à une dizaine de kilomètres de la grande ville d'Ajdabiya. Plus à l'ouest, à Misrata, l'aviation occidentale est venue au secours de combattants insurgés, incapables de faire face aux tanks de Kadhafi. Les opposants étaient dans l'incapacité d'avancer, autant par le manque criant de munitions, d'armes lourdes et de véhicules que par l'absence de communication et d'organisation militaire. (Voir la carte des combats en Libye)

La carte des combats en Libye.La carte des combats en Libye.DR

Sur des images rapportées par des correspondants étrangers, on voit de jeunes hommes habillés en soldats monter dans une voiture, puis revenir quelques minutes plus tard après avoir essuyé des tirs d'artillerie. "Depuis qu'il y a la zone d'exclusion aérienne, ils utilisent d'autres armes, des tanks, des missiles, des rockets", explique l'un d'eux, dépité.

Des témoignages similaires sont rapportés depuis que l'offensive rebelle a été violemment repoussée par l'armée libyenne à Ras Lanouf. A Benghazi, fief des insurgés sauvé in extremis par l'aviation française au cours du week-end, la population alterne quotidiennement entre l'espoir et le dépit. "La plupart des combattants rebelles partent au front sans avoir reçu aucun entraînement préalable, explique l'envoyé spécial du Monde sur place, Rémy Ourdan. Ils sont des milliers, pour la plupart armés de fusils, mais aussi parfois de couteaux, ou même sans arme, attendant éventuellement la mort d'un compagnon pour récupérer son kalachnikov et poursuivre le combat à sa place".

"UNE STRUCTURE LOGISTIQUE NE S'IMPROVISE PAS"

Pour Alexandre Vautravers, professeur de relations internationales et spécialiste de doctrine militaire à l'université Webster, à Genève, la désorganisation et l'incapacité à avancer des troupes rebelles rappellent à ceux qui auraient pu l'oublier que "les forces ne sont pas égales de part et d'autre" dans ce conflit, malgré l'entrée en lice de l'aviation de la coalition occidentale. "L'organisation d'une structure logistique ne s'improvise pas, surtout dans une guerre dans le désert, qui nécessite un peu plus que quelques personnes montant sur une camionnette pour traverser une route et conquérir une ville", constate-t-il. En face, l'armée de Mouammar Kadhafi, disposant de près de deux mille tanks, épaulée par des mercenaires, va s'aguerrir au fil des combats.

Quant aux défections de soldats qui auraient rejoint le camp adverse, elles seraient loin d'être suffisantes pour fournir un encadrement nécessaire, estime M. Vautravers."On sait qu'au moins cinquante pour cent des forces armées libyennes sont toujours loyales au régime. La question est de savoir ce qui s'est passé avec les autres cinquante pour cent. Certains ont pu rejoindre la rébellion, mais d'autres se sont certainement volatilisés dans la nature." A cela il faut ajouter "la forte suspicion" qui règne dans les rangs des insurgés vis-à-vis des anciens soldats, rapporte Rémy Ourdan. "Ces derniers soutiennent très peu les combattants sur le front. Je les ai même entendus mentir sur la situation militaire aux chefs politiques de la rébellion, explique-t-il. De là à dire qu'ils sont des espions de Kadhafi, c'est une accusation impossible à porter."

Confrontée à un terrain hostile et à un manque de moyens flagrant, l'insurrection dans l'Est ne doit sa survie qu'à l'intervention des avions français, et rien ne permet de dire si elle sera en mesure de monter une contre-offensive. "Pour une véritable offensive, il faut une organisation logistique très importante, ce que la rébellion n'a pas. Ce qu'ils peuvent faire de mieux, c'est se barricader sur place et vendre chèrement leur peau. Ce qu'ils ont fait jusqu'ici", constate Alexandre Vautravers.

DIPLOMATIE SCHIZOPHRÉNIQUE

Un porte-parole de la rébellion interrogé par l'AFP reconnaît volontiers que les cinq derniers jours ont été "difficiles" avant d'ajouter : "Il ne faut pas que les bombardements s'arrêtent. La coalition et la France doivent nous soutenir davantage les prochains jours et nous nous chargerons du reste", promet-il. Or, selon les termes de la résolution 1973 de l'ONU qui autorise l'usage de la force en Libye, la coalition a d'abord pour mission de défendre la population civile, d'instaurer un cessez-le-feu, mais en aucun cas de soutenir explicitement la rébellion ou de viser directement Mouammar Kadhafi.

Pour ajouter un peu plus à la confusion dans les rangs des rebelles, les membres de la coalition multiplient les déclarations contradictoires sur la manière de mener les opérations militaires, mais aussi sur leur but. Le souhait de Barack Obama et de David Cameron de voir le départ de Kadhafi n'est pas partagé par les responsables militaires américains et britanniques. La France, elle, demande clairement un changement de régime.

UNE AIDE INDIRECTE AUX INSURGÉS

Une stratégie confuse qui découle "d'interprétations différentes" de la résolution 1973, note Alexandre Vautravers, qui pense cependant que les insurgés bénéficient déjà de l'aide indirecte de la coalition. "Ils sont aidés d'une façon déterminante par les coalisés, notamment indirectement par toute une série de filières [d'armes] passant par l'Egypte", explique le chercheur. Et même si la plupart des missions aériennes sont des "missions de supériorité" destinées à contrôler le ciel libyen, d'autres sont des opérations de type "appui aérien rapproché", dont l'objectif est d'appuyer des unités terrestres, en l'occurrence des groupes de rebelles, et de "desserrer l'étau autour des centres urbains dans lesquels sont retranchés les rebelles".

Le Canard enchaîné rapporte également que les services secrets français "ont discrètement livré à Benghazi des canons, des batteries antiaériennes et quelques instructeurs". Seule certitude jusqu'ici, les rebelles ne veulent pas d'une intervention terrestre. Une option qui n'est de toute façon pas prévue par la résolution de l'ONU et qu'aucun pays n'a évoquée jusqu'ici.

La question est maintenant de savoir combien de temps cette situation peut durer. Washington, Londres et Paris ont répété à plusieurs reprises qu'ils souhaitaient une intervention militaire rapide. "Il n'est pas question de s'enliser, ce sera une opération de courte durée", a assuré le chef de la diplomatie française, Alain Juppé. Mais force est de constater que l'enlisement est bel et bien là. Les opérations aériennes sont venues à bout de l'aviation de Tripoli et ciblent régulièrement tanks et autres objectifs prioritaires. Mais les lignes de front, elles, n'ont bougé que de quelques kilomètres.

Pour Alexandre Vautravers, un règlement rapide de ce conflit en l'état actuel des choses est extrêmement improbable. "La communauté internationale va geler la situation en Libye", prédit-il, estimant que la coalition pourrait être amenée à prendre des mesures encore plus strictes, comme la mise en place de zones démilitarisées, d'exclusion terrestre, voire d'un protectorat international, mais sans aller jusqu'à une partition du pays. Un statu quo qui rappelle ce que l'Irak a vécu entre 1991 et 2003. Entre temps, les coalisés sont "condamnés à faire des ronds dans le ciel", comme le reconnaît une source militaire anonyme citée par l'AFP. Et les combattants rebelles à espérer un soulèvement massif dans les villes qui leur permettrait d'avancer.

Luc Vinogradoff
d'après : http://www.lemonde.fr/libye/article/2011/03/23/libye-l-impossible-contre-offensive-des-rebelles_1497518_1496980.html


SPECIALE DEDICACE AU PEUPLE YEMENITE

de la part de Mogniss H. Abdallah

Vers un scénario à l'égyptienne ? Lundi 21 mars 2011, des chars ont pris position pour protéger les opposants, sur ordre de généraux de l'armée qui ont changé de camp suite aux massacres de ces derniers jours. Des dizaines d'officiers et de parlementaires, des ambassadeurs et des chefs de tribus ont demandé à Saleh de quitter le pouvoir. Arhal ! Arhal ! scande la foule rassemblée place Taghyer ( changement ).

Malgré les snipers, les morts et les blessés, les manifestants gardent
  cette extraordinaire confiance en soi et en la justesse de leur cause qui a constitué le coeur des révolutions en Tunisie et en Egypte. Et malgré la gravité de la répression, ils gardent une belle dose d'humour, comme le comédien Adre'i, qui brocarde les multiples manoeuvres dilatoires du régime pour tenter d'esquiver le leitmotiv de la révolution démocratique yéménite, aujourd'hui en passe de devenir le refrain le plus célèbre dans tout le monde arabe : "AcChaab Yourid Asquat el Nizam" - "Le peuple veut la chute du régime."

En France,
le 21 mars, c'est le printemps. Le "printemps arabe" a commencé depuis quelque temps déjà en Tunisie, en Egypte, des "perce-glacis" ont éclos ici et là au Magreb et au Machrek.
En Syrie, à Oman et même en Arabie Saoudite ( eh oui ! ) ça commence à craquer...
Puisse ce printemps réchauffer le coeur des insurgés du Bahrein et de Libye, à leur tour pris dans la tourmente de la folie meurtrière de potentats dont le temps est révolu !

Pour écouter "AcChaab Yourid Asquat el Nizam" - "Le peuple veut la chute du
régime" par le comédien Adre'i sur la place Taghyer ( 4 mn 38" ) :

www.youtube.com/watch?v=1H7N2bSlp9s&feature=relmfu


et ci-dessous, la chanson - sketch d'Adre'i en traduction française :



"Le gouvernement est un poison mortel"


La foule: Le peuple veut renverser le régime. Le peuple veut la chute du
régime.

Adre'i: Ca fait un an que vous attendez, il ne vous arrivera rien si vous
attendez un jour de plus. S'il vous plaît, ne vous hâtez pas, même si la chaleur monte.

Pourquoi devrions-nous nous hâter ? Avec votre permission, pourquoi ne pas
patienter 30 jours de plus ?


La foule: Le peuple veut renverser le régime. Le peuple veut la chute du
régime.

Adre'i: Soyez raisonnables, il est dangereux de perdre la tête: le
gouvernement est un poison mortel - quiconque dit le contrarie trouve le chemin de la tombe.

Ils feront intervenir l'armée entière et déclareront l'état d'urgence. Ils
vous tueront, ils vous emprisonneront, nous ne pouvons pas les fuir...

La foule: Le peuple veut renverser le régime. Le peuple veut chute du
régime.

Adre'i: Si nous devons établir un arrangement, puisque vous ne semblez pas
impressionnés par le danger, ouvrons un dialogue intensif avec eux [le régime] et parvenons à un accord, au nom des citoyens. Et là, ce serait leur dernière chance, parce que nous...

La foule: Le peuple veut renverser le régime. Le peuple veut la chute du
régime.

"Nous partagerons le pouvoir et cesserons de mâcher du qat"


Adre'i: Très bien, calmez-vous. Je veux vous dire quelque chose. Si cela ne
vous convient pas, j'ai une meilleure idée: et si on tenait des élections ?


Nous présenterions la candidature de notre meilleur homme, et enterrons le
passé ! Quiconque accède au trône devra donner des garanties. Nous partagerons le pouvoir et cesserons de mâcher du qat, car le qat...

La foule : Le peuple veut renverser le régime. Le peuple veut la chute du
régime.

Adre'i: Je ne sais pas quoi faire avec vous... Et si l'on attendait un peu,
et si on laissait le président s'occuper du problème ? Il prendra des mesures sincères pour changer les choses...

Interjection d'un autre interprète: Ce ne sont pas des suggestions
raisonnables...

La foule: Le peuple veut renverser le régime. Le peuple veut la chute du
régime.

Adre'i: Dites-moi, et si nous nous asseyons avec lui, et lui proposions de
  parler devant le Parlement, au lieu d'aller à des manifestations qui nous conduisent [tout droit] en prison ? Après tout, ici ce n'est ni le Caire, ni Tunis...

La foule: Le peuple veut renverser le régime. Le peuple veut la chute du
  régime.

"On vous a menti pendant trop longtemps"


Adre'i: Et s'il promettait de changer le gouvernement, d'organiser chaque
  jour un banquet pour ceux qui ont faim, de verser un salaire aux jeunes chômeurs et de fournir des matelas aux gens couchés dehors... ?

La foule: Le peuple veut renverser le régime. Le peuple veut la chute du
régime.

Adre'i: Il a dit qu'il poursuivrait en justice les corrompus, couperait la
main des voleurs et des criminels - même de ceux qui ont déjà pris leur retraite - qu'il vous aiderait avec de l'argent et des emplois, porterait assistance aux aveugles et aux handicapés, et ouvrirait un bureau d'inscription des électeurs...

La foule: Le peuple veut renverser le régime. Le peuple veut la chute du
régime.

Adre'i: Je sais ce que vous voulez. On vous a menti pendant trop longtemps.
Ils s'amusent à vos dépens, alors que vous êtes pauvres, que pouvez-vous faire ? Même moi, j'en ai assez, comme vous…

La foule: Le peuple veut renverser le régime. Le peuple veut la chute du
régime. Le peuple veut la chute du régime. Le peuple veut la chute du régime.

"Si le peuple veut un jour vivre, il doit répondre à l'appel du destin, la
nuit doit prendre fin, les chaînes doivent être brisées"

Chant: Si le peuple veut un jour vivre, il doit répondre à l'appel du
destin, la nuit doit prendre fin, les chaînes doivent être brisées...

La foule: Le peuple veut renverser le régime. Le peuple veut renverser le
régime. Le peuple veut renverser le régime. Le peuple veut renverser le régime.




   Une radio libre est née en Égypte


راديو التحرير: صوت الثورة

أول منبر لحرية التعبير فى مصر خرج أخيراً ٕالى النور

Radio Ta7rir: THE VOICE OF THE REVOLUTION

 

 Egypt's first platform for free speech  finally exists

 

أول إذاعة لحرية الرأي فى الشرق الأوسط ولدت مباشرة من الثورة المصرية -راديو التحرير هو محطة إذاعة تبث على شبكة الإنترنت وتعمل بشكل تفاعلى. وهى بذلك تقدم لمصر ومستخدمى الشبكة صوتاً جديداً للحرية.

 

بمجرد استقالة مبارك، خرج ٕالى النور راديو التحرير، وهو منظمة غير هادفة للربح - ومشروع بعد فى طور الإنشاء - بفضل جهود مجموعة من المتطوعين تضم رجال أعمال شبان وخبراء أعمال وفنانين وناشطين وممارسين لفنون العلاج ومفكرين أحرار، كلهم أحسوا بالحاجة للإستمرارفى سماع الأصوات من الثورة وإلى نشر وتطوير الروح التى تعرفنا عليها فى ميدان التحرير مع الإضافة ٕالى الوعى السياسى المتزايد فى البلاد.

 

تبث المحطة برامج تغطى المواضيع الجدلية الخاصة بالمواطنة وأيضاً المسائل المتعلقة بالنوع والبطالة والدعم الإجتماعى والتمايز الطبقى وغيرها. وسوف يتمكن المستمعون أيضاً من الإستمتاع بالموسيقى التى أبدعها الفنانون المحليون من كافة ألوان الطيف بالمجتمع املصرى، بما فى ذلك الأسماء المشهورة مثل "وسط البلد" و"نغم مصرى" ٕالى الأصوات غير المعروفة لفنانين واعدين ظلوا مجهولين لفترة أطول مما ينبغى.

 

سوف نبث إليكم صوت التحرير بكل كلمة فيه وكل إيقاع وكل نغمة وكل لحظة منه. الثورة ستستمر.

 

تضامناً مع القضية المصرية - ومع الإنسانية والكرامة والحقيقة، نرجو أن تساندونا. نرجو أن تتفاعلوا معنا. نرجو أن تتصلوا بنا و أن تسمعوا راديو تحرير: صوت الثورة.

 

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 The first free speech radio in the Middle East - and born directly from the Egyptian revolution - Radio Ta7rir is an online radio station and interactive platform, offering Egypt and web internauts a newfound Sound of Freedom.

Upon Mubarak's resignation, Radio Ta7rir, a non-profit organization - and a work in progress - was organically created by a group of volunteers ranging from young entrepreneurs, business minds, artists, activists, healers and free thinkers who sensed the need to continue to hear voices from the revolution, spread and build on the spirit experienced in Tahrir and contribute to the country's growing political awareness.

The station features programs ranging from controversial issues of citizenship to concerns regarding gender, unemployment, social welfare and social inequality to name just a few. Listeners are also finally able to hear music ranging from popular local artists from all spectrums of Egyptian society to unheard of, yet up and coming, artists who have had little choice but to remain underground for too long.

Broadcasting the voice of Tahrir with every word, with every beat, with every chord, with every minute is our mission. The revolution continues.

In solidarity with the Egyptian cause - and with humanity, dignity and truth, please support us, tune in, tweet us, look at our face book page or simply enjoy listening to Radio Ta7rir: The Voice of the Revolution.

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Yémen : Le président Saleh limoge son gouvernement

France 24 - 21-03-2011

Le président yéménite Ali Abdallah Saleh, contesté par la rue qui réclame son départ depuis des semaines, a limogé son gouvernement, à l'heure où des funérailles massives ont eu lieu pour des manifestants tués vendredi.

pour voir la vidéo : http://www.france24.com/fr/20110320-le-president-saleh-limoge-son-gouvernement-yemen-contestation-manifestation-repression

AFP - Le président yéménite Ali Abdallah Saleh a limogé le gouvernement dimanche alors que des funérailles massives ont eu lieu à Sanaa pour des manifestants tués vendredi dans ce que l'opposition a dénoncé comme un massacre.

Le limogeage du gouvernement survient alors que les défections de responsables du régime du président Saleh, de plus en plus isolé, se sont accélérées et des dignitaires religieux et tribaux ont appelé les forces de l'ordre à refuser de tirer sur les manifestants.

Un cortège massif s'est étiré sans incident sur une avenue et dans les rues autour de la Place de l'Université, épicentre de la contestation jusqu'au cimetière où ont été mis en terre plusieurs des 52 manifestants tués vendredi.

Cette tuerie, attribuée à des partisans du régime, a marqué la journée la plus sanglante depuis le début fin janvier de la contestation contre le président Saleh dans la seule république de la péninsule arabique, alliée des Etats-Unis dans la guerre contre le terrorisme.

"Le sang des martyrs ne sera pas versé en vain", criait la foule dans une ambiance surchauffée, en suivant la procession des cercueils portés par des jeunes sur leurs épaules.

"C'est le président qui a donné l'ordre de tirer", a affirmé l'un des manifestants, Ahmed, qui a dit ne pas croire à la version officielle selon laquelle les tirs n'étaient pas le fait des forces de l'ordre.

M. Saleh avait regretté la mort des manifestants et décrété un jour de deuil pour les funérailles, sans calmer le ressentiment des opposants qui pensent que le pouvoir a tenté, par une intervention musclée, de mettre fin au sit-in permanent place de l'Université.

Tous les dirigeants de l'opposition ainsi que les députés indépendants et les représentants de la société civile ont participé aux obsèques.

Ce qui a été dénoncé par l'opposition comme un massacre continuait de provoquer des défections au sein du pouvoir.


La ministre des droits de l'Homme, Houda al-Baan, a annoncé avoir présenté sa démission du gouvernement et du parti au pouvoir, le Congrès populaire général (CPG), devenant le troisième ministre à quitter le cabinet.

Le sous-secrétaire du même ministère, Ali Taysir, a pris la même décision.

Vendredi, le ministre du Tourisme Nabil al-Faqih avait déjà quitté le gouvernement, et avait été précédé par le ministre des Wakfs (Biens religieux), Hammoud al-Hattar.

L'ambassadeur du Yémen à l'ONU Abdallah al-Saïdi a également démissionné pour protester contre le massacre de vendredi, de même qu'une autre diplomate, Jamila Raja, pressentie pour être nommée ambassadrice au Maroc.

En outre, 23 députés ont démissionné du parti au pouvoir, qui compte quelque 170 députés sur les 301 au Parlement.

Les dignitaires religieux et les chefs de tribus, piliers du pouvoir, ont appelé dans un communiqué les membres des forces de l'ordre à ne pas obéir aux ordres de tirer sur les manifestants et rendu M. Saleh responsable du "massacre" du vendredi.

Ils ont demandé le retrait de la garde républicaine, corps d'élite de l'armée, de Sanaa et le démantèlement de la sûreté publique, la police du régime, au moment où les manifestations ont continué dans le pays malgré l'état d'urgence décrété vendredi.

L'union des écrivains a crié son indignation pour "le spectacle des morts" et en a rejeté la responsabilité sur le régime tout en appelant les Yéménites à s'unir face à un "pouvoir qui a perdu toute légitimité".

Le patronat qui n'a que rarement pris ouvertement position sur les affaires publiques a ajouté sa voix aux critiques du régime, l'Union des chambres de commerce et de l'industrie dénonçant le climat de "corruption et de népotisme qui ne favorise pas les affaires".

Dimanche soir, le président Saleh a limogé le gouvernement qu'il a chargé d'expédier les affaires courantes jusqu'à la mise en place d'un nouveau gouvernement, a annoncé l'agence de presse officielle Saba.
d'après : http://www.france24.com/fr/20110320-le-president-saleh-limoge-son-gouvernement-yemen-contestation-manifestation-repression

Syrie: sanglantes manifestations à Deraa, bâtiments et voitures en feu
El Watan 20/03/2011

Des centaines de manifestants ont mis le feu dimanche au Palais de justice et à d'autres bâtiments et voitures à Deraa au sud de Damas, après des heurts avec les forces de l'ordre qui ont fait un mort et 100 blessés, selon des témoins.
Alors que les protestations contre le pouvoir avaient lieu pour le 3e jour consécutif à Deraa, les autorités ont démenti la mort d'un manifestant et des tirs de la police, accusant des "malfaiteurs" d'être responsables des troubles.
Cette contestation a été lancée le 15 mars à Damas après un appel d'une page Facebook, intitulée "la révolution syrienne contre Bachar al-Assad 2011", à des manifestations pour "une Syrie sans tyrannie, sans loi d'urgence (depuis 1963) ni tribunaux d'exception, sans corruption ni vols ni monopole des richesses".
Les habitants, réclamant libertés et réformes, sont ainsi de nouveau descendus dans la rue à Deraa, en proie à des manifestations depuis vendredi durant lesquelles cinq manifestants ont été tués, plus de 100 blessés et des dizaines arrêtés selon des groupes de défense des droits de l'Homme.
Selon un militant des droits de l'Homme, présent à Deraa, un manifestant a été tué et plus de 100 blessés lorsque les forces de sécurité ont dispersé dans la journée à coups de gaz lacrymogènes et de balles réelles les manifestants dans la vieille ville.
Le manifestant, Raëd Akrad, a "été tué par une balle réelle", et deux blessés atteints à la tête sont "dans un état très grave", a-t-il affirmé.
Deraa, située à 120 km de Damas, "est devenue un volcan de feu", criait-il au milieu de la manifestation qui se déroulait dans la vieille ville avant de s'étendre à d'autres endroits.
Selon une correspondante de l'AFP sur place, les manifestants, protestant contre la dispersion violente des protestations, ont marché vers la maison du gouverneur, devant laquelle ils ont incendié des arbres.
Les forces de sécurité, déployées en force, ont tenté de disperser les manifestants en tirant en l'air et lançant des gaz lacrymogènes mais ces derniers ont poursuivi leur chemin, et arrivés devant le palais de la justice, y ont mis le feu ainsi qu'à de nombreuses voitures garées devant le bâtiment.
Les protestataires ont également incendié des locaux des sociétés de téléphonie mobile MTN et Syriatel.
Des coups de feu ont été entendus dans différents endroits de la ville.
La Mosquée al-Omari, transformée en "hôpital de campagne", accueillait les blessés, a poursuivi le militant des droits de l'Homme. Les affrontements ont duré jusqu'en fin d'après-midi.
"Il n'y a pas eu de mort aujourd'hui (dimanche)", a néanmoins affirmé un responsable non identifié cité par l'agence officielle SANA.
"Des bandes de malfaiteurs ont attaqué des hôpitaux à Deraa et mis le feu à des biens publics et privés, semant la terreur parmi les habitants. Elles ont tiré sur la police qui n'a pas riposté", a-t-il ajouté. "Toutes les mesures seront prises pour protéger le citoyen et les biens publics et privés".
Le gouvernement avait tenté de faire baisser la tension en annonçant la libération de plusieurs des manifestants, dont une quinzaine de jeunes, arrêtés la veille pour avoir notamment écrit des slogans anti-régime sur les murs.
Plusieurs personnes avaient été également blessés samedi à Deraa, au lendemain d'une manifestation ayant fait quatre morts, selon des groupes de droits de l'Homme.
Une délégation gouvernementale s'est rendue à Deraa pour présenter ses condoléances aux familles alors que Damas a confirmé la mort de seulement deux "martyrs" vendredi. Une enquête a été ordonnée par le président Bachar al-Assad en vue de sanctionner les responsables de ces décès.
Cette délégation a été mal accueillie par les manifestants, selon le militant des droits de l'Homme.
Un autre défenseur des droits de l'Homme a déclaré que des notables avaient présenté des demandes à la délégation, dont la levée de la loi d'urgence, la libération des détenus politiques, le limogeage du gouverneur de Deraa Fayçal Kalthoum et de responsables de la sécurité.
AFP
d'après : http://www.elwatan.com//une/syrie-sanglantes-manifestations-a-deraa-batiments-et-voitures-en-feu-20-03-2011-116870_108.php

EN DIRECT: La Libye bombardée
El Watan 20/03/2011

La coalition internationale a bombardé par air et mer la Libye, dont la capitale Tripoli. Mouammar Kadhafi, menaçant, a juré de transformer la Méditerranée en "champ de bataille".

20H15 -Succès des frappes - Les frappes aériennes de la coalition sont un "succès", et ont permis d'instaurer une zone d'exclusion aérienne, affirme le plus haut gradé américain, l'amiral Mike Mullen. Toutefois, l'objectif de cette intervention n'est pas de renverser le colonel Kadhafi, a-t-il précisé.
20H15 - Avions italiens - Trois Tornados italiens ont décollé de la base aérienne de Trapani, en Sicile. Leur destination n'a pas été précisée. Le ministre italien de la Défense avait annoncé plus tôt dans la journée que l'Italie avait mis à la disposition de la coalition huit avions utilisables "à tout moment".
20H10 - Soutien de l'Algérie et du Koweït - L'Algérie et le Koweït ont apporté leur soutien à la pleine application de la résolution 1973 des Nations unies, annonce la Maison Blanche
20H07 - Fin de la réunion à l'Elysée - La réunion interministérielle autour du président Sarkozy pour faire le point sur la situation en Libye a pris fin vers 19H45, a constaté l'AFP sur place. Aucune déclaration sur la teneur de cette réunion n'est prévue.
20H05 - Cessez-le-feu - Le régime Kadhafi annonce un nouveau cessez-le-feu, effectif à partir de 20H00, en réponse à l'appel lancé par l'Union africaine à "la cessation immédiate des hostilités".
19H25 - Tirs à Tripoli - La défense anti-aérienne est entrée en action peu après 19H15 à Tripoli, notamment près de la résidence de Kadhafi, ont constaté des journalistes de l'AFP. De fortes détonations de tirs de la DCA étaient entendues, avec des traînées rouges visibles dans le ciel. La DCA avait été actionnée une première fois dans la nuit de samedi à dimanche dans le secteur de la résidence-caserne du colonel Kadhafi, à Bab al-Aziziya dans le sud de la capitale, peu après le coup d'envoi de l'offensive aérienne des Occidentaux en Libye.
19H10 - La Turquie pas d'accord - La Turquie demande un réexamen des plans que l'Otan prépare depuis des semaines pour la Libye, jugeant que l'intervention armée de la coalition change la donne, rapportent des diplomates de l'alliance. Ankara estime que l'intervention de la coalition depuis samedi, avec de nombreuses frappes sur des objectifs libyens, "a changé les paramètres pour l'Otan, ce qui devrait se refléter dans sa planification. (...) La Turquie n'est pas d'accord avec la zone d'exclusion aérienne, car elle suppose des frappes sur le sol libyen".
Avoirs gelés

19H05 - Avoirs gelés - L'Italie indique avoir gelé entre 6 et 7 milliards d'euros d'avoirs appartenant à Mouammar Kadhafi ou à des entités libyennes. Une sanction qui entre dans le cadre de la résolution 1973 des Nations Unies, et qui doit être complétée par d'autres mesures de pays alliés dans les prochains jours.
19H00 - Réunion à l'Elysée - La réunion interministérielle autour du président Sarkozy, pour faire le point sur l'intervention en Libye, a débuté vers 18h45 à l'Elysée, a constaté l'AFP sur place.
18H50 - Le bateau italien quitte Tripoli - Le remorqueur italien retenu depuis samedi à Tripoli a quitté le port cet après-midi avec l'équipage et des "personnes affirmant appartenir aux autorités portuaires et militaires libyennes", indique l'armateur. Les 11 membres d'équipage "se portent bien et se trouvent à bord du navire".
18H15 - Refuge en Algérie - Une centaine de réfugiés fuyant les violences ont gagné l'Algérie dans la journée via les postes frontière du sud-est. Un trafic transfrontalier en net baisse par rapport à l'afflux de réfugiés des semaines précédentes, alors que l'on compte plus de 4.200 personnes arrivées dans la préfecture frontalière d'Illizi (sud-est) depuis le 24 février.
18H05 - Aucune difficulté particulière - Les opérations menées par la France n'ont rencontré "aucune difficulté particulière" à ce stade et ont montré "leur efficacité", selon le ministère de la Défense, qui note qu'il n'y a pas eu à engager de frappes aujourd'hui pour protéger les populations. Répondant aux critiques de la Ligue arabe sur les opérations militaires en cours, le ministère fait valoir que la France "applique pleinement et uniquement la résolution 1973".
17H55 - Plus de 15 avions français - La France a engagé "plus d'une quinzaine d'appareils" dans des "frappes au sol", indique le colonel Thierry Burkhard, porte-parole de l'état-major des armée. "Plus d'une quinzaine d'appareils ont été engagés, représentant un large éventail des capacités air-air et air-sol". Ces appareils ont mené des opérations "de défense aérienne ainsi que d'appui au sol, de ravitaillement, de contrôle aérien et de détection. Pour les opérations aériennes, l'effort du jour a porté sur le volet frappe au sol".
17H50 - Le Qatar entre en scène - Premier pays arabe à rejoindre les forces de la coalition internationale, le Qatar va déployer "quatre avions" dans le ciel libyen pour participer à l'intervention militaire. "Ceci illustre la participation arabe à cette opération", souligne, à Paris, le porte-parole du ministère de la Défense, Laurent Teisseire.
17H40 - Coordination en mer - Une quinzaine d'officiers de liaison européens et canadiens sont à bord du navire amiral américain en Méditerranée pour coordonner les frappes et la mise en place de la zone d'exclusion aérienne.
17H00 - Officiers de liaison - Une quinzaine d'officiers de liaison européens et canadiens se trouvent à bord du navire amiral américain en Méditerranée pour coordonner les frappes en Libye et la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne, indique la Marine américaine.
16H13 - Participation arabe - Un premier pays arabe va se joindre à l'offensive, affirme sur la BBC le ministre britannique de la Défense, Liam Fox, refusant toutefois de préciser lequel pour laisser au pays concerné la primeur de l'annonce.
15H45 - Départ exclu - Seif Al-Islam écarte la possibilité que son père, le colonel Kadhafi, quitte le pouvoir et assure, sur ABC, que "le pays tout entier est uni contre les milices armées et les terroristes".
15H35 - Sans nouvelles - On est sans nouvelles depuis vendredi soir de deux journalistes de l'Agence France-Presse, Dave Clark et Roberto Schmidt. Ils avaient l'intention de se rendre hier matin à une trentaine de kilomètres de Tobrouk pour y rencontrer des opposants au régime libyen.
15H23 - PAS DE REPRESAILLES CONTRE DES CIVILS - Seif Al-Islam, l'un des fils de Kadhafi, exclut sur la chaîne de télévision ABC d'abattre des vols civils en Méditerranée en représailles à l'opération des pays occidentaux.
Prochaine étape
15H18 - Cibles atteintes - Au moins 20 cibles sur 22 visées ont été atteintes lors des premières frappes, affirme le porte-parole du quartier-général américain à Stuttgart chargé de la coordination des opérations alliées contre la Libye.
15h15 - Force non-sélective - La Russie appelle la coalition internationale à cesser de recourir à la force de manière "non-sélective" et de faire ainsi des victimes civiles en Libye.
15H10 - Réserves de la Ligue arabe - Le chef de la Ligue arabe Amr Moussa estime que les bombardements s'écartent "du but qui est d'imposer une zone d'exclusion aérienne". Il confie que des consultations sont en cours pour la tenue d'une réunion d'urgence de l'organisation panarabe au Caire.
15H06 - Malentendu - L'Occident s'est laissé abuser par "un gros malentendu" sur la situation politique en Libye, déclare Seif Al-Islam, l'un des fils du dirigeant libyen, se disant "surpris" par l'offensive alliée, lors d'un entretien diffusé aujourd'hui par la chaîne américaine ABC.
15H03 - Point de l'Elysée - Nicolas Sarkozy fera "un point sur la situation en Libye" en fin de journée avec le Premier ministre, François Fillon, les ministres des Affaires étrangères, Alain Juppé, de la Défense, Gérard Longuet, et le chef d'état-major des armées, Edouard Guillaud, annonce l'Elysée.
15H00 - Leadership coordonné - Les opérations aériennes sont conduites par des état-majors français, américain et britannique "coordonnés", mais pas encore centralisés, explique le ministère français de la Défense, qui se refuse cependant à tout commentaire sur l'éventuel leadership militaire de Paris.
14H55 - Protéger les civils - Les frappes aériennes de la coalition contre la Libye n'ont pas pour but de "chasser Kadhafi du pouvoir" ,mais de "protéger les civils" libyens, affirme l'amiral américain Mullen, sur la chaîne Fox.
14H50 - Opération réussie - L'offensive lancée hier soir en Libye par les forces britanniques a été "pleinement réussie", déclare le ministre britannique de la Défense Liam Fox, à la télévision BBC 1.
14H38 - Contribution turque - Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan souhaite que l'opération militaire s'achève "au plus vite", tandis que son ministère des Affaires étrangères annonce une "contribution" pour résoudre la crise libyenne.
14H35 - Etape suivante - L'amiral américain Michael Mullen annonce la prochaine étape: demain "nous allons essayer de couper les lignes de ravitailement" des forces pro-Kadhafi.
14H25 - Cadavres - Des habitants de Benghazi se pressent autour des cadavres qui gisent au milieu des chars éventrés et des canons d'artillerie calcinés, prenant des photos ou leur faisant les poches. Des rebelles leur demandent de respecter ces morts "qui sont aussi des musulmans".
14H18 - Presse arabe - Les journaux arabes consacrent la Une aux frappes occidentales en Libye, mais ils sont divisés sur leur opportunité, certains titres y voyant une opération "impérialiste" occidentale, d'autres jugeant essentiel d'arrêter Mouammar Kadhafi.
13H54 - Soutien iranien - Téhéran annonce soutenir les "revendications légitimes" des Libyens face au régime de Kadhafi, mais "doute" des réelles intentions des Occidentaux.
13H50 - Renforts - La Belgique met six chasseurs-bombardiers F-16 à la disposition de la coalition internationale. Ils seront opérationnels demain.
13H14 - APPAREILLAGE DU CHARLES-DE-GAULLE - Le porte-avion français qui doit participer aux opérations aériennes commence à appareiller du port de Toulon.
13H11 - Décollage - Six chasseurs danois F-16 arrivés hier sur la base sicilienne de Sigonella sont prêts à décoller.
Première phase
13H06 - Succès - La première phase de frappes aériennes menées contre la Libye est "un succès" et a permis d'instaurer une zone d'exclusion aérienne, ajoute l'amiral Mullen.
12H57 - LES PRO-KADHAFI N'AVANCENT PLUS - C'est ce que vient de déclarer à la télévisions ABC, le plus haut gradé américain, l'amiral Michael Mullen. Les forces fidèles au dirigeant libyen "ont stoppé leur avance" sur Benghazi après les frappes aériennes de forces occidentales.
12h53 - Chars détruits - Des journalistes de l'AFP et des rebelles rapportent que des dizaines de véhicules militaires des forces de Kadhafi, dont des chars, ont été détruits ce matin par des frappes aériennes à l'ouest de Benghazi.
12H34 - Craintes - La presse tunisienne est assez critique. Le journal Achourouk parle d'"une menace pour la région, qui risque de la transformer en zone de tension". Essabah estime que l'opération "suscite beaucoup de craintes et peut rappeler ce qui s'est passé en Irak il y a huit ans".
12H15 - Pape - Le pape Benoît XVI lance "un appel pressant aux responsables politiques et militaires" afin qu'ils assurent "la sécurité des citoyens et garantissent l'accès aux secours humanitaires".
11H58 - Italie - La participation de l'Italie, qui a offert ses bases aériennes dans le cadre des opérations en Libye, crée de fortes tensions dans le gouvernement de Silvio Berlusconi, selon la presse italienne dominicale.
11H54 - Avions émiratis - Au lendemain de leur participation au sommet de Paris, les Emirats arabes unis envoient des avions pour participer à l'opération "Aube de l'Odyssée". Ils sont attendus dans la journée à la base aérienne de Decimomannu, en Sardaigne.
11H50 - Charles-de-Gaulle - Le porte-avions doit quitter Toulon à 13H00 et mettre le cap sur la Libye. La traversée devrait durer de 36 à 48 heures.
11H36 - Bombes - Trois bombardiers furtifs B-2 américains ont largué 40 bombes contre une importante base aérienne libyenne, rapporte la télévision CBS News.
11H18 - PLUS DE 90 TUES A BENGHAZI - C'est le bilan, établi par des sources hospitalières et des journalistes de l'AFP, des combats qui ont éclaté pendant l'offensive des forces pro-Kadhafi contre les insurgés.
11H11 - Blindés détruits - Paris indique que les opérations aériennes des forces françaises se poursuivent au-dessus du territoire libyen. Plusieurs blindés des forces pro-Kadhafi ont déjà été détruits par des avions de chasse Rafale et Mirage 2000.
11H05 - "Longue guerre" - "Nous sommes les vainqueurs, vous êtes les vaincus": dans un message sonore diffusé sur la télévision officielle Kadhafi prédit une "longue guerre", affirmant que "tout le peuple libyen porte des armes" et qu'il va "vaincre".
EN DIRECT - La coalition internationale a bombardé par air et mer la Libye, dont la capitale Tripoli. En représailles, Mouammar Kadhafi a menacé de transformer la Méditerranée en "champ de bataille".
AFP
d'après : http://www.elwatan.com//une/en-direct-la-libye-bombardee-20-03-2011-116839_108.php


La presse au Moyen-Orient divisée sur l’opération en Libye
AFP (via Le Monde) publié le dimanche 20 mars 2011.

Les journaux arabes consacraient leurs une dimanche aux frappes occidentales en Libye, mais étaient divisés sur leur opportunité... Certains titres y voyant une opération « impérialiste » occidentale, d’autres jugeant essentiel d’arrêter Mouammar Kadhafi. La presse tunisienne y voit « une menace pour la région »

En Tunisie, théâtre d’une révolution en décembre-janvier, la presse prononce un verdict dur contre les bombardements aériens lancés samedi et approuvés par l’ONU jeudi, estimant que ceux-ci pouvaient plonger le Maghreb et le Moyen-Orient dans l’instabilité.

Cette action représente « une menace pour la région », risquant d’en faire une « zone de tension et une base avancée pour les forces impérialistes », estime le journal privé Achourouk.

Le quotidien juge même que l’arrivée des Occidentaux « va souiller la bataille du peuple libyen contre la junte corrompue » de Kadhafi.

Pour le journal Essabah, cette intervention militaire est alimentée par le pétrole libyen qui aiguise les appétits occidentaux. Une analyse que partage le principal quotidien algérien El Khabar dans un éditorial intitulé « Quand le pétrole se mélange au sang libyen ». « La vraie guerre est celle du pétrole. Le peuple libyen n’a rien a y faire », martèle-t-il. L’Algérie parle « d’une guerre pour le pétrole »

El Watan moque de son côté les Occidentaux qui donnent la leçon à Kadhafi mais oublient « monarques, princes, roitelets et présidents à vie (ou à mort) qui humilient leurs peuples », en allusion à la répression de la contestation au Bahreïn et au Yémen, où l’Europe et les Etats-Unis se gardent d’intervenir.

Toujours en Algérie, Le Soir prend à contre-pied ces positions dans une « Lettre aux vierges qui crient au nouvel impérialisme et au néo-colonialisme », soulignant que Kadhafi réprime dans le sang depuis plus d’un mois une insurrection populaire.

« Fallait-il pour être un bon Arabe, un bon musulman, attendre en silence que le dernier habitant de Benghazi (le fief des rebelles libyens, ndlr) soit exposé aux (missiles) Katioucha ou au gaz sous prétexte que les Occidentaux veulent recomposer la région ? », feint de s’interroger le journal. Aux Emirats arabes unis, la presse est partagée

Aux Emirats arabes unis, le Gulf news milite de son côté avec ferveur pour les bombardements en Libye, titrant « Le monde a commencé à agir contre Kadhafi ».

Dans un éditorial publié sur son site internet quelques heures avant le début des frappes, celles-ci étant intervenues après le bouclage des éditions des journaux du Golfe, le quotidien insistait déjà sur la nécessité d’arrêter les forces de Tripoli « aujourd’hui, pas demain ».

« Tout retard serait inacceptable », martèle l’auteur, « le dirigeant libyen et toute personne continuant de se battre pour lui doit voir que la communauté internationale se mobilise pour répondre à ses crimes contre l’humanité »

En Israël, les bombardements étrangers ne font pas non plus l’unanimité. Le quotidien populaire Yediot Aharonot se félicite que « le monde ait arrêté de se taire » et souligne que le président américain Barack Obama a annoncé que la communauté internationale ne garderait plus le silence lorsque « un tyran massacre ses compatriotes ».

Mais Maariv relève qu’il est désormais difficile de prévoir l’issu des violences en Libye : « les frappes aériennes risquent de prolonger le conflit et d’entraîner en fin de compte une intervention militaire plus grave ».

(Source AFP)

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/03/20/la-presse-au-moyen-orient-divisee-sur-l-operation-en-libye_1495950_3212.html




Libye : vers une nouvelle « guerre juste et humanitaire » pour s’emparer des richesses d’un peuple.
Investig'Action Rodrigue Kpogli
16 mars 2011

Profitant du soulèvement des peuples au Maghreb, Les Etats-Unis d'Amérique et leurs cousins d'Europe veulent en finir avec Mouammar Kadhafi et se partager définitivement la dépouille d'une Libye désormais conquise.

Pour ce faire, ils ont recours à une propagande intensive qui rappelle celle utilisée contre l’ex-tyran irakien Saddam Hussein[1]. Pour mémoire, les médias occidentaux avaient quasi-unanimement repris l’antienne bushienne à propos des armes de destruction massive qu’aurait détenu le dictateur irakien. On découvrira le mensonge plus tard, mais l’Irak fut déjà détruit et les ressources du pays confisquées. La même machine de propagande avait été déployée contre Ceauçescu en 1989 en Roumanie. La presse occidentale avait vu en ce dictateur le « dracula communiste » auteur, avait-on dit, de charniers[2] contenant quelques « 70.000 corps ». On parla de "génocide", de "charniers", de "massacres", de "femmes enceintes éventrées", de "tortures", de "corps brûlés dans un crématorium". On évoqua des "chauffeurs de camions qui transportaient des mètres cubes de corps, qui étaient abattus d’une balle dans la nuque par la police secrète pour éliminer tout témoin." Evidemment les charniers étaient de faux, mais le couple dictatorial avait été déjà fusillé. Au même moment, passait sous silence l’opération d’exfiltration manu militari du président du Panama, Manuel Noriega agent de la CIA qui avait cessé d’obéir au maître de la Maison Blanche, Georges Bush. Pour les médias occidentaux, cette opération n’avait fait aucun dégât humain. Sauf qu’on découvrira plus tard qu’au moins 2.000 personnes avaient été tuées par les yankees [3].

 

Le serviteur dévoué de la France que fut Jean-Bedel Bokassa, au moment où il allait être déchu, fut victime de la même propagande [4] qui vit en lui un anthropophage. Subitement, le dictateur ami qui couvrait le couple Giscard d’Estaing de diamant était devenu « l’ogre de Berengo » qu’il faut abattre au plus vite pour éviter que ses « sujets centrafricains » finissent tous dans sa marmite.

 

Comme l’histoire se répète très souvent, aujourd’hui, la planète assiste à la condamnation à mort de Kadhafi par la même voie. La machine à propagande a été matinalement déclenchée : « Kadhafi massacre son peuple », il « bombarde son peuple », kadhafi et ses enfants, tous « psychopathes sont en train de massacrer le peuple Libyen ». Ils ont déjà fait « 6.000 victimes [5] qui manifestaient les mains nues ». Face à toutes ces atrocités commises par un « fou », un « inculte », un « criminel », il faut envoyer une expédition « humanitaire » pour sauver le soldat Ryan sous la férule de kadhafi.

 

Il existe bel et bien des éléments à charge contre Kadhafi. Cet homme n’est pas un ange. Pas plus que ceux qui veulent l’abattre d’ailleurs. Mouammar Kadhafi est au pouvoir depuis 42 ans. C’est une durée suffisamment importante pour être signalée. Ceci ne peut qu’être mal vu dans un monde qui, empêtré dans ses propres contradictions, a fini par ériger le changement factice comme la mesure de toute chose. Ce nombre d’années au pouvoir a créé forcément des pratiques répressives, clientélistes et corrompues. Cette longévité au pouvoir ne fait pas que des heureux, c’est sûr. En 1996 déjà Benghazi a connu des troubles. La famille Kadhafi a volé la Libye et placé beaucoup d’argent en Suisse, en Italie, en Angleterre, aux USA et ailleurs où ces fonds sont parfois investis au détriment du peuple Libyen.

 

En plus de tout ceci, Kadhafi et les siens se sont de près ou de loin, retrouvés dans de nombreux contentieux internationaux. Kadhafi a un passé « terroriste » admis par lui-même pour avoir indemnisé les familles des victimes du crash du DC 10 d’UTA et du boeing de la Panam. Même si un jour peut-être, l’histoire dira autre chose, il faut s’en tenir à ces faits. Pendant de nombreuses années, il a détenu des étrangers pour avoir inoculé le virus du sida à des enfants libyens. Kadhafi - à l’instar des humanitaires occidentaux d’ailleurs - est reconnu comme un important soutien à certains dictateurs africains. A l’ONU, lors de la 64ème assemblée générale, le guide Libyen n’a pas mâché ses mots contre les cousins qui se partagent le monde et la terreur qu’ils exercent sur les peuples appauvris. Plus récemment, la famille Kadhafi s’est retrouvé au centre d’une longue et difficile querelle avec la Suisse suite à l’arrestation de Hannibal Kadhafi et sa femme pour mauvais traitements sur leurs domestiques à Genève en juillet 2008.

 

Mais, en réponse à ces faits, Kadhafi accomplit pêle-mêle, des actes qui vont lui garantir le retour sur ce qui est appelé la scène internationale d’où il a été évincé - mais pas totalement, puisque des affaires continuaient- depuis l’embargo décidé par les Européens et leurs cousins qui occupent l’Amérique, les différentes tentatives d’assassinat et les bombardements [6] du golfe de Syrte, de Benghazi et de Tripoli par les Etats-Unis d’Amérique.

 

Kadhafi va libérer les différents détenus, coopérer avec la justice écossaise dans l’affaire du crash de Lockerbie, indemniser les victimes. Il va même utiliser pendant toutes ces années l’argent du pétrole pour soutenir à la fois des dictateurs obséquieux et nombre de combats anticolonialistes en Afrique. Suivant l’intérêt à défendre et en habile politique, Kadhafi sait pactiser avec le diable et dieu. Mieux, il va prêter main forte à l’Europe à contenir et à réprimer l’immigration des africains. Comme les riches peuvent tout acheter y compris l’âme des cupides, Kadhafi va obtenir du respect de part et d’autre en achetant beaucoup d’armes aux Européens et à leurs cousins d’Amérique. Il va leur livrer du pétrole et du gaz. Il va renoncer, dans une gigantesque opération de communication bushienne qui voulait justifier que sa « guerre préventive » en Irak porte ses fruits, à son programme nucléaire. Il devient le bon ami que chacun des hypocrites arrachent. L’argent n’a pas d’odeur, dit-on. Si on ne le lui prend pas, « d’autres le feront à notre place ». C’est la Realpolitik, affirmait-on !

 

Puis vint le soulèvement des peuples au Maghreb. Les « meilleurs élèves » de la Tunisie et de l’Egypte vont être éjectés. Pour ne pas tout perdre, les Occidentaux vont militer pour que leurs deux « alliés de la région » partent. Le système doit être sauvé et pour cela, il faut court-circuiter les peuples en essayant de paralyser leur élan avec le départ de Ben Ali et Mubarak. Mais, ces peuples ont compris que le départ des deux hommes n’équivaut pas changement de système car depuis leur « fuite » organisée, la rue continue de manifester afin que la révolution aille à son terme.

 

Pour ne pas laisser cette occasion passée, il faut susciter quelque chose en Libye. Pour atteindre cet objectif, on va nous dire que la vague de la révolution a atteint la Libye. Donc, c’est la révolution libyenne. Laquelle est en train d’être réprimée sauvagement par Kadhafi. La campagne va être organisée et la meute va puiser dans son éternelle boîte à outils et sortir des armes traditionnelles réputées imparables : les médias, les institutions internationales (ONU, UE), les ONG autoproclamées de défenses des droits de l’homme financées par les multinationales (FIDH, Amnesty International, HRW, Croix Rouge...), les outils militaires multilatéraux (OTAN) et unilatéraux (US Marines) qui font vivre leurs pays respectifs du crime, le marteau judiciaire (la CPI [7], le TPI), l’argent (donné le plus souvent par les entreprises multinationales qui sont les vrais instigateurs de ces opérations) et les groupes dits d’intellectuels amoureux des « causes justes » à géométrie variable. Tout cet arsenal est chapeauté par le sacerdoce humanitaire à l’égard des peuples qui sont en danger de mort.

 

Les médias vont donc déclencher les hostilités. Kadhafi, le « bouffon » est en train de bombarder son peuple [8]. Cette idée incessamment martelée finira par porter l’émotion est à son comble. Qui, dans ces moments d’intense exercice mental, ne se représenterait pas le visage de ce Kadhafi « le fou », « le criminel ». Ce personnage terrifiant, ce bédouin aux verres fumées qui voit tout sans être vu. Il ne répond pas aux codes de la société occidentale. Il est méprisant. « C’est sûr, il est en train de massacrer son peuple », entend-on dire. Comme on ne peut éternellement rester dans l’imagination, des images vont finir par être montrées à la télévision. Et là, on s’aperçoit que la révolution en Libye ne se déroule pas comme en Tunisie ou en Egypte. Ici, c’est un groupe de personnes qui a pris les armes et occupent des villes où le pétrole est produit. Alors, le langage va changer. Désormais, on passe de la révolution à l’insurrection. Les médias parlent désormais des insurgés [9] et des rebelles [10]. Mais en dépit du nouveau vocabulaire médiatique, beaucoup d’esprits sont déjà structurés et prêts à accepter « l’invasion humanitaire ».

 

Ensuite, les ONG d’obédience pétrolifères (FIDH, AI, HRW) entrent en scène. Elles donnent un chiffre de 6.000 morts. Aussitôt, les médias reprennent ce chiffre et le répètent afin que l’émotion atteigne effectivement son paroxysme et y reste. Ces organisations dites de défenses des droits de l’homme vont revoir ensuite ce chiffre à la baisse. Quelques heures après avoir parlé de 6.000 personnes massacrées, le nombre de victimes passe à 2.000 personnes [11], puis, elles seront de 3.000. Même quand les images de télévision (France24) montrent comment les combats se déroulent et qui sont les rebelles [12], on persiste à dire que ce sont des populations civiles qui sont massacrées. Le vendredi 4 mars 2011, sur la RSR (radio suisse romande), un habitant d’une ville sous contrôle rebelle a déclaré que les pilotes de l’armée nationale ne bombardent pas les populations civiles. Mais qui a écouté ça ? Qui scrute les reportages à la télévision et en tire par lui-même des conclusions ?

 

Kadhafi, pour l’opinion dite internationale, est un monstre, soit ! Les Occidentaux ont de nombreux comptes à lui régler, c’est sûr. Mais, ce qu’on voit là est-ce une révolution populaire ? Est-ce une rébellion armée ? Est-ce tout simplement une guerre civile ? La réalité sur le terrain ne contredit-elle pas la fiction d’une révolution populaire pacifique massacrée par « le fou de Tripoli » ?

 

Malgré ceci, l’oncle Sam qui n’a jamais caché son intention de s’emparer de la Libye, a déployé un arsenal militaire impressionnant en sa direction avec la proposition d’un exil à Kadhafi comme option [13]. Ses lieutenants britannique et canadien l’ont suivi aussitôt [14]. Les européens qui ont compris les conséquences de cette avance sur eux, car eux parlaient d’une action de l’OTAN, ont commencé par trainer les pas [15]. Car, ils savaient que le déploiement de leurs cousins d’Amérique signifie qu’ils veulent s’arroger la part du lion libyen au cas où Kadhafi venait à être renversé [16]. La France dit à présent, à travers quasiment tous ces hommes politiques qu’elle ne croit pas à un succès d’une opération militaire [17]. Elle est bel et bien consciente de ce que veut l’Oncle Sam qui cherche à signifier aux Européens que les richesses de la Libye sont à redistribuer car elles sont restées trop longtemps entre les mains des européens : achat d’armes, gaz et pétrole notamment.

 

Autrement dit, mettre la pression à l’Europe pour gagner doublement : ne pas intervenir directement en Libye (leçons d’Afghanistan et d’Irak obligent) et dans le même temps prendre à l’Europe une sphère d’influence et des richesses supplémentaires avec sa propre action. Celle-ci préoccupée par la « vague d’immigrés qui risque de l’envahir » hésite à présent à s’engager dans cette nouvelle « guerre juste ».

 

C’est un truisme de dire qu’il se passe actuellement en Libye une guerre. Comme dans toute guerre la vérité est la première victime. Des livraisons d’armes aux rebelles sous couvert des ballets d’avions humanitaires, il se passe sûrement. De la formation, les rebelles en reçoivent de la part de leurs soutiens. Des victimes, il y a en. D’ailleurs Kadhafi a appelé l’ONU à ouvrir des enquêtes [18]. Mais, non ! Moreno Ocampo, la marionnette, a déjà sorti la rhétorique habituelle du CPI contre les faibles : « crimes contre l’humanité ». Puis, Interpol est mis à contribution [19]. Ah, la CPI ! Ah, Interpol ! Toujours aussi forts avec les faibles et si impuissants avec les forts.

 

Le peuple libyen, comme tout autre peuple, a le droit indiscutable de se débarrasser des dirigeants qui ne lui sont pas favorables. Mais ce droit est à lui seul. Des « guerres justes » s’il faut en faire, il va falloir les débuter contre les Etats-Unis d’Amérique [20], par Israël [21] et par l’Europe [22] qui n’ont de cesse de tuer des populations civiles pour satisfaire leur soif d’expansion et de ressources. Les Libyens quant à eux, savent ce qui est de leur devoir. Ils le font déjà avec la pleine conscience des difficultés liées à toute lutte pour la liberté. Ils n’ont pas besoin d’une « assistance humanitaire » qui « dégage » Kadhafi et le remplace par un roitelet obéissant qui livre quasi gratuitement – et cela a déjà commencé- les puits de pétrole et d’autres ressources du pays à Total, Texaco, Shell, BP, Exxon Mobil...ainsi qu’à des entrepreneurs de la misère des peuples. C’est à dire un « démocrate » comme les cousins aiment à en avoir près des ressources dont ils s’emparent. Les peuples n’en ont que faire des « libérations » réalisées par le devoir d’ingérence humanitaire des cousins d’Amérique et d’Europe. Il faut rappeler, à ce stade, la morale de l’histoire de l’humanité : l’Occident ne roule jamais pour les autres. Pas plus pour des idées « abstraites » genre Liberté, Démocratie, Paix, Justice. Ce qu’il aime défendre ce sont SES I-N-T-E-R-E-T-S [23] ! Ni plus ni moins ! Car, en définitive et à voir les choses de près, l’Occident n’est outillé que pour ses I-N-T-E-R-E-T-S.

 

komla Kpogli
5 mars 2011

[1] http://www.lexpress.fr/actualite/mo...

[2] http://www.monde-diplomatique.fr/19...

[3] http://crowdleaks.org/fr/1989-coup-...

[4] http://www.bokassa.info/jeanbarthel...

[5] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2...

[6] http://perspective.usherbrooke.ca/b...

[7] http://www.france24.com/fr/20110303...

[8] http://www.liberation.fr/monde/0101... ou http://www.24heures.ch/actu/monde/a...

[9] http://www.radio-canada.ca/nouvelle... ou http://www.rfi.fr/afrique/20110303-...

[10] http://www.24heures.ch/libye-rebell... ou http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2... ou encore http://www.france24.com/fr/20110228...

[11] http://www.lexpress.fr/actualite/mo...

[12] http://www.france24.com/fr/20110303...

[13] http://edition.cnn.com/2011/WORLD/a...

[14] http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2...

[15] http://www.lepoint.fr/monde/l-otan-...

[16] http://www.marianne2.fr/Libye-les-U...

[17] http://info.france2.fr/monde/juppe-... ou

[18] http://en.gpf-yaroslavl.ru/news/Mua...

[19] http://www.interpol.int/Public/ICPO...

[20] http://www.courrierinternational.co...

[21] http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre... ou http://www.lefigaro.fr/internationa... 20090121ARTFIG00044-israel-craint-des-plaintes-pour-crimes-de-guerre-.php

[22] Les crimes de l’esclavage, de l’extermination des indiens d’Amérique, des Aborigènes...etc ainsi que les crimes coloniales en Afrique et ailleurs. Il ne faut pas oublier le soutien que ces pays apportent aux dictateurs africains ainsi que leur rôle dans les conflits dits civils un peu partout dans le monde notamment en Afrique (Congo, Nigéria : guerre de Biafra, Angola, Afrique du Sud, Liberia...)

[23] http://lajuda.blogspot.com/2011/03/...

d'après : http://www.michelcollon.info/Libye-vers-une-nouvelle-guerre.htm


La communauté internationale peut-elle oublier la Libye?
Libération.fr  - Par QUENTIN GIRARD  14/03/2011 à 20h05

La crise majeure au Japon qui monopolise l'espace médiatique et les atermoiements de la communauté internationale pour l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne servent les intérêts du dictateur libyen.

Un rebelle fait le signe de la victoire, le 14 mars 2011 à Ajdabiya. (© AFP Patrick Baz)

Brega et Ras Lanouf seraient retombés aux mains des forces de Kadhafi. Ce mardi, cela sera peut-être au tour d’Ajdabiya. A l'est, la route sera ensuite ouverte vers Benghazi, la deuxième ville du pays, voire vers la frontière égyptienne. Dans le même temps, la communauté internationale continue elle de tergiverser sur la conduite à tenir.
Le G8 s'est réuni de manière informelle depuis lundi soir pour en discuter, mais a écarté l'option militaire défendue en vain par la France et la Grande-Bretagne. Alain Juppé, le chef de la diplomatie française, a reconnu ce mardi matin n'avoir «pas convaincu» ses partenaires sur la question d'une intervention.

La chef de la diplomatie de l'Union européenne Catherine Ashton et le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, se sont eux rencontrés lundi au Caire et ont évoqué la tenue éventuelle d'un sommet tripartite avec les pays africains.

«Peut-être», «éventuelle», «possibilité», pour toutes les actions autour de la Libye, la communauté internationale reste dans le champ lexical de l’hésitation, plus de trois semaines après le début de la crise.

Or, la situation sur le terrain s’est aggravée. Tous les journalistes en Libye décrivent une opposition mal organisée sur le plan militaire, qui ne peut pas lutter à armes égales contre Kadhafi.


L'espoir principal de l'opposition réside donc dans l'éventuelle aide de la communauté internationale qui instaurerait une zone d'exclusion aérienne, voire qui pratiquerait des bombardements ciblés sur les forces du dictateur. Pour Christophe Ayad, envoyé spécial de Libération à Benghazi et joint par téléphone lundi (à écouter ici), c’est même la principale attente des habitants. Selon lui, «ils n’imaginent pas qu’on puisse les oublier».

L'effet Japon

Malheureusement pour la Libye, depuis vendredi, le Japon, l’un des pays les plus riches et les plus connectés du monde, est touché par une catastrophe majeure. Cet événement accapare depuis quatre jours une bonne partie de l'espace médiatique et des réactions internationales.

Les deux situations ne sont absolument pas liées, mais la catastrophe japonaise n’est sans doute pas une mauvaise nouvelle pour Kadhafi. Dans le même ordre d'idée, les révolutions dans le monde arabe ont sans doute aidé Laurent Gbagbo à continuer de geler la situation en Côte-d’Ivoire, deux mois plus tôt.

Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales (IRIS) et spécialiste des questions de sécurité, estime effectivement qu’il est possible que l’actualité soit favorable à Kadhafi. Il craint ainsi que «la fenêtre de tir soit passée» pour une intervention. Alain Juppé partage cette opinion ce mardi matin: «Si nous avions utilisé la force militaire la semaine dernière pour neutraliser un certain nombre de pistes d'aviation et les quelques dizaines d'avions dont Kadhafi dispose, peut-être que le renversement qui se produit actuellement en défaveur de l'opposition ne se serait pas produit.»

Selon Jean-Pierre Maulny, le risque que la «situation en Libye passe au second plan» est réel. «C’est une dérive actuelle qui est liée au traitement médiatique, où un événement chasse l’autre. Sur un plan politique, rien ne devrait interdire que l’on puisse intervenir en deux endroits en même temps, mais la situation pousse les gens à ne pas bouger», pour les habitants de Benghazi.

Trente minutes pour le Japon, trente secondes pour la Libye

Du côté des médias, il est évident que la situation en Libye est moins mise en avant depuis vendredi. Les rédactions disposent d’un espace et d'un temps qui ne sont pas extensibles à l'infini et d’un nombre limité de personnes. La priorité a été mise sur le Japon.

Dans les journaux télévisés, le temps consacré à l'archipel est beaucoup plus important. A titre de comparaison le journal de 20 heures de TF1 présenté par Laurence Ferrari a consacré lundi soir trente minutes au séisme et à la menace nucléaire en général, et seulement... trente secondes à la situation en Libye, sur le plan militaire et diplomatique. Sur les sites Internet, Libération.fr par exemple, s'il y a toujours de nombreux papiers et des envoyés spéciaux, les «heure par heure Libye» ont été remplacés par des «heure par heure Japon».

Dès dimanche, certains journaux s’en sont inquiétés, comme The Independent. Pour le quotidien anglais, «la Libye n’est pas la Corée du Nord, mais ce n’est pas non plus le Japon. Une répression féroce des journalistes et de faibles possibilités de communiquer ont inévitablement signifié qu’il y avait moins d’images. Mais il serait regrettable que le pouvoir de séduction des images en provenance du Japon efface la réalité brutale de ce qui se passe en Libye. Lorsque nous regardons les Japonais s’organiser, et l’aide internationale arriver, nous ne devons pas oublier qu’à quelques milliers de kilomètres de là, un leader enragé est en train de se venger sur des villes entières qui ont osé le contrarier».

Michael Palmer, professeur en sciences de l'information à la Sorbonne, et spécialiste du traitement médiatique de l’actualité internationale, veut rester optimiste (lire son interview complète sur Libération ici). Selon lui, la Libye va rester une préoccupation de la communauté internationale: «Avec le Japon, les deux tranches d’actualité sont trop différentes, à la fois pour le contexte et d'un point de vue géographique. S’il y avait une explosion importante au canal de Suez, alors là, oui, cela pourrait avoir une incidence sur le traitement médiatique de la Libye. Dans le cadre de ce pays, le facteur Breaking news n’est plus celui qui prime. Les Américains et les Européens sont trop engagés diplomatiquement maintenant.»

«Les images ne sont pas en Lybie»

Effectivement, les réunions internationales continuent de s’enchaîner. Comme on dit, la Libye n’est pas «sortie de l’agenda». Sauf qu’après les propositions polémiques de Sarkozy d’avoir des frappes ciblées et de reconnaître l'opposition libyenne, le 10 mars dernier - des décisions sévèrement critiquées par les médias européens - l’impression générale est que les instances internationales font du surplace.

Pour le chercheur Jean-Pierre Maulny, c’est intimement lié à «la question de la pression médiatique. Pour la Libye, l’opinion publique aurait eu un très grand rôle. A part pour les Anglais et les Français, qui veulent intervenir car on sent qu’ils ont des fautes à se faire pardonner, les autres gouvernements avaient besoin qu’on les pousse encore plus.» Typiquement l’Allemagne qui ne va en général intervenir seulement si sa population y est très fortement favorable. «Or, continue le chercheur, là les images ne sont pas en Libye aujourd’hui, elles sont du côté du Japon. Les pays qui hésitaient à agir sont encouragés à ne rien faire».

Recep Erdogan, premier ministre de la Turquie, l’un des partenaires stratégiques incontournables de la région a ainsi déclaré lundi: «Nous considérons qu'une intervention militaire de l'Otan contre la Libye ou un autre pays serait totalement non-profitable».

Les membres du Conseil national de transition libyenne, les représentants officiels de l’opposition, ont commencé à comprendre que la situation internationale ne joue pas forcément en leur faveur et qu’il fallait peut-être jouer sur de nouveaux arguments. Leur chef, Mustafa Abdel Jalil, a donc menacé les pays qui ne les soutiennent pas d'être privés des gisements de pétrole libyen, si le CNT accède au pouvoir, dans un entretien au Financial Times.

Kadhafi joue d’ailleurs la même partition. Il a invité lundi des firmes d’Inde, de Chine, de Russie - ces deux derniers  pays ont des sièges au Conseil de sécurité de l’Onu et sont défavorables à une intervention - à venir exploiter du pétrole en Libye, après le départ de la majorité des compagnies étrangères. Avec la fin de la mobilisation médiatique massive, ce genre d'argument, économique cette fois-ci, risque de plaire à plus d'un.




Libye: un mois après le début de la révolte, Kadhafi a repris l'avantage

El Watan le 15/03/2011 à 14h43

Les forces pro-Kadhafi reprenaient l'avantage en Libye mardi, un mois après le début de l'insurrection, pilonnant Ajdabiya (est) et annonçant une offensive sur le siège des insurgés à Benghazi, (est), sans que le G8 ne s'accorde sur une intervention militaire.
Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a déclaré dans la soirée être "déterminé à écraser les ennemis" dans un discours télévisé, martelant: "s'il s'agit d'un complot étranger nous allons l'écraser, s'il s'agit d'un complot intérieur nous allons aussi l'écraser".
Les forces gouvernementales ont lancé l'aviation et l'artillerie lourde contre Ajdabiya, noeud de communication stratégique et dernier verrou tenu par les rebelles avant Benghazi, 160 km plus au sud, coupant la principale route entre les deux villes.
La télévision officielle puis un responsable gouvernemental libyen ont annoncé qu'Ajdabiya était contrôlée par les forces loyalistes.
Une information démentie par le porte-parole militaire du Conseil national libyen, l'instance dirigeante des rebelles basée à Benghazi.
"Ajdabiya est toujours aux mains des révolutionnaires", a déclaré ce porte-parole, Khaled El-Sayeh, affirmant: "des unités de l'armée ont tenté de rentrer dans la ville, mais nos forces les ont repoussées".
Il a également démenti une retraite des insurgés vers Benghazi malgré les scènes de débandade dont a été témoin un journaliste de l'AFP.
Des centaines de civils et d'insurgés fuyant Ajdabiya arrivaient dans le sud de Benghazi à bord de voitures, camions et pick-up.
"J'ai pris ma famille, le plus d'affaires possible et on est parti", a déclaré à l'AFP un père de famille, Saïd, 42 ans, racontant "il y a eu beaucoup de bombes".
Les combats ont fait au moins trois morts et une quinzaine de blessés, selon des médecins, en plus de deux morts reçus pendant la nuit.
"Il y a encore quelques éléments qui tirent et nos forces sont en train de les pourchasser", a affirmé le vice-ministre libyen des Affaires étrangères Khaled Kaaim, précisant: "Nous allons à présent au-delà d'Ajdabiya, nos forces se dirigent vers Benghazi".
L'armée libyenne a annoncé à la télévision une offensive imminente sur Benghazi, où les rebelles ont fait usage de canons anti-aériens dans la soirée, sans que les journalistes de l'AFP sur place n'aient vu ni entendu d'avion.
Il était difficile de savoir si les rebelles ripostaient à une attaque ou manifestaient leur joie après des rumeurs sur un bombardement visant la résidence de Kadhafi à Tripoli. Des feux d'artifices ont eu lieu en même temps que les tirs d'artillerie lourde et de DCA, les premiers à Benghazi.
L'ONG Médecins sans Frontières (MSF) a retiré son personnel de Benghazi, soulignant que "tout le monde évacue Benghazi, humanitaires comme journalistes".
Les grandes puissances réunies au sein du G8 à Paris ont écarté faute de consensus l'option militaire pour ralentir les forces de Mouammar Kadhafi, se bornant à promettre pour cette semaine une nouvelle résolution à l'ONU sur des sanctions renforcées.
Les pays de l'Otan ont examiné pour la première fois les options militaires à leur disposition si l'alliance décidait d'intervenir en Libye, bien que la probabilité d'une résolution de l'ONU les y autorisant diminue.
Le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a qualifié de "dépassée" l'idée d'instaurer une zone d'exclusion aérienne, voulue à l'origine par Paris et Londres ainsi que la Ligue arabe et réclamée par l'opposition libyenne.
Il a évoqué "des frappes ciblées", tout en affirmant que le Conseil de sécurité de l'ONU était bloqué en raison de l'opposition des Chinois, tandis que les Américains n'ont toujours pas défini de position.
Barack Obama a de nouveau appelé le dirigeant libyen à partir, mais sa secrétaire d'Etat Hillary Clinton a refusé de promettre une aide militaire aux rebelles, même sous la forme de livraisons d'armes.
Les Etats-Unis ont étendu leurs sanctions à seize entreprises publiques libyennes, dont la compagnie pétrolière nationale.
Un groupe de puissances comprenant les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France espère présenter à l'ONU sous peu un projet de résolution durcissant les sanctions contre la Libye.
Le temps presse pourtant pour les insurgés, qui ont annoncé être toujours maîtres de Misrata (150 km à l'est de Tripoli), où les forces gouvernementales étaient rassemblées dans une caserne proche, laissant présager une attaque.
A Zouara, ville située à 120 km à l'ouest de Tripoli et reprise lundi par les pro-Kadhafi, des partisans du régime ont manifesté selon la télévision et des coups de feu retentissaient, "probablement des tirs en l'air pour faire peur aux habitants", selon un témoin proche de la rébellion.
Depuis le 15 février, la répression sanglante de l'insurrection a fait au moins des centaines de morts et poussé plus de 250.000 personnes à fuir le pays.
Le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a appelé les combattants à laisser fuir les civils, soulignant le nombre inhabituellement faible de femmes et enfants arrivant aux frontières avec l'Egypte et la Tunisie.
Selon l'Agence internationale de l'énergie, la production de pétrole libyen, habituellement de 1,6 million de barils par jour, était presque à l'arrêt ces derniers jours.
AFP
d'après : http://www.elwatan.com/une/libye-un-mois-apres-le-debut-de-la-revolte-kadhafi-a-repris-l-avantage-15-03-2011-116146_108.php



Libye, unilatéralisme et Nations unies
Alain Gresh publié le lundi 14 mars 2011.

Alors que les rebelles perdent du terrain en Libye, une réunion des ministres des affaires étrangères de la Ligue arabe au Caire le 12 mars a décidé de demander aux Nations unies d’imposer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de ce pays (« Arab states seek Libya no-fly zone », AlJazeera English, 12 mars). L’Algérie et la Syrie ont exprimé leurs réserves. La Ligue arabe a aussi confirmé que le gouvernement de M. Mouammar Kadhafi avait perdu sa légitimité et qu’elle ouvrait un dialogue avec l’opposition. Cette position est sans précédent dans l’histoire de la Ligue arabe : suspendre la participation d’un gouvernement à la suite de sa politique « intérieure » et entamer des contacts avec l’opposition. Par ailleurs, la Ligue s’est opposée aussi à toute intervention militaire en Libye, alors que de nombreuses inquiétudes s’expriment dans le Sud face à toute décision unilatérale occidentale.

Un sommet de l’IBAS (Inde, Brésil, Afrique du Sud) s’est tenu le 8 mars à New Delhi. Cette organisation, dont les activités sont peu couvertes par les médias occidentaux, symbolise pourtant la naissance de nouveaux acteurs sur la scène internationale (dans le cadre de sa série sur « les alliances insolites », Le Monde diplomatique de mars y consacre une double page). Déjà, on s’en souvient, le Brésil et la Turquie avaient tenté, sans succès, de contribuer à résoudre le dossier du nucléaire iranien (lire « Iran, vers une “communauté internationale” post-occidentale ? ».)

Cette fois-ci, les trois puissances émergentes se sont penchées sur le Proche-Orient et la crise libyenne. Elles ont affirmé que toute mesure supplémentaire par rapport à la résolution 1970 du Conseil de sécurité (qui avait décidé de sanctions contre le régime de Kadhafi) ne pouvait être décidée que dans le cadre de la charte des Nations unies (lire Ranjit Devraj, « IBSA Together in Resisting No-fly Zone », IPS, 9 mars).

Le ministre brésilien des affaires étrangères a expliqué que la déclaration reflétait ce que pensait le monde non occidental : « Il est problématique d’intervenir militairement dans des troubles internes. Toute décision d’intervention militaire doit être considérée dans le cadre des Nations unies et en coopération étroite avec l’Union africaine et la Ligue arabe. » Une zone d’exclusion aérienne risque, a-t-il ajouté, de nourrir des sentiments anti-américains et anti-occidentaux qui ne sont pas présents pour l’instant (lire M K Bhadrakumar, « Arab revolt reworks the world order », Asia Times, 10 mars)

D’autre part, les trois pays ont souligné que la question palestinienne était au cœur des problèmes du Proche-Orient et qu’il fallait aller vers la création d’un Etat palestinien « souverain, indépendant, uni et viable, coexistant pacifiquement avec Israël, avec des frontières sûres sur les lignes de juin 1967 et avec Jérusalem-Est comme capitale  ».

Enfin, les trois pays ont confirmé leur volonté de coopération. L’Inde et le Brésil ont décidé de porter leur commerce de 7,8 milliards de dollars à 10 milliards et identifié des secteurs de complémentarité : l’énergie, le pétrole, le tourisme, l’industrie pharmaceutiques, les mines et l’agro-alimentaire. Les deux pays ont aussi signé un accord pour lever les restrictions sur leur compagnie aérienne respective.

http://blog.mondediplo.net/2011-03-...



Libye : révolte populaire, guerre civile ou agression militaire ?
Investig'action -
Grégoire Lalieu, Michel Collon - 7 mars 2011


Depuis trois semaines, des affrontements opposent les troupes fidèles au colonel Kadhafi à des forces d’opposition issues de l’est du pays. Après Ben Ali et Moubarak, Kadhafi sera-t-il le prochain dictateur à tomber ? Ce qui se passe en Libye est-il semblable aux révoltes populaires en Tunisie et en Egypte ? Comment comprendre les frasques et les retournements de veste du colonel ? Pourquoi l’Otan se prépare-t-elle à la guerre ? Comment expliquer la différence entre un bon Arabe et un mauvais Arabe ? Dans ce nouveau chapitre de notre série Comprendre le monde musulman, Mohamed Hassan répond aux questions d’Investig’Action...


Interview : Grégoire Lalieu & Michel Collon

 
Après la Tunisie et l’Egypte, la révolution arabe aurait-elle gagné la Libye ?
Ce qui se passe actuellement en Libye est différent. En Tunisie et en Egypte, le manque de libertés était flagrant. Mais ce sont les conditions sociales déplorables qui ont véritablement poussé les jeunes à la révolte. Tunisiens et Egyptiens n’avaient aucune possibilité d’entrevoir un avenir.
 
En Libye, le régime de Mouammar Kadhafi est corrompu, monopolise une grande partie des richesses et a toujours réprimé sévèrement toute contestation. Mais les conditions sociales des Libyens sont meilleures que dans les pays voisins. L’espérance de vie en Libye est plus importante que dans le reste de l’Afrique. Les systèmes de santé et d’éducation sont convenables. La Libye est d’ailleurs l’un des premiers pays africains à avoir éradiqué la malaria. Même s’il y a de fortes inégalités dans la répartition des richesses, le PIB par habitant est d’environ 11.000 dollars. Un des plus élevés du monde arabe. Vous ne retrouvez donc pas en Libye les mêmes conditions objectives qui ont conduit aux révoltes populaires en Tunisie et en Egypte.
 

Comment expliquez-vous alors ce qui se passe en Libye ?
 
Pour bien comprendre les événements actuels, nous devons les replacer dans leur contexte historique. La Libye était autrefois une province ottomane. En 1830, la France s’empara de l’Algérie. Par ailleurs, le gouverneur égyptien Mohamed Ali, sous tutelle de l’Empire ottoman, menait une politique de plus en plus indépendante. Avec, d’une part, les Français en Algérie et, d’autre part, Mohamed Ali en Egypte, les Ottomans craignaient de perdre le contrôle de la région : ils envoyèrent leurs troupes en Libye.
 
A cette époque, la confrérie des Senoussis exerçait une influence très forte dans le pays. Elle avait été fondée par Sayid Mohammed Ibn Ali as Senoussi, un Algérien qui, après avoir étudié dans son pays et au Maroc, alla prêcher sa vision de l’islam en Tunisie et en Libye. Au début du 19ème siècle, Senoussi commençait à faire de nombreux adeptes, mais n’était pas bien perçu par certaines autorités religieuses ottomanes qu’il critiquait dans ses prêches. Après un passage en Egypte et à la Mecque, Senoussi décida de s’exiler définitivement en Cyrénaïque, dans l’est de la Libye.
 
Sa confrérie s’y développa et organisa la vie dans la région, y percevant des taxes, résolvant les conflits entre les tribus, etc. Elle possédait même sa propre armée et proposait ses services pour escorter les caravanes de commerçants passant par là. Finalement, cette confrérie des Senoussis devint le gouvernement de fait de la Cyrénaïque, étendant même son influence jusque dans le nord du Tchad. Mais ensuite, les puissances coloniales européennes s’implantèrent en Afrique, divisant la partie sub-saharienne du continent. Cela eut un impact négatif pour les Senoussis. L’invasion de la Libye par l’Italie entama aussi sérieusement l’hégémonie de la confrérie dans la région.

 
En 2008, l’Italie a versé des compensations à la Libye pour les crimes coloniaux. La colonisation avait été à ce point terrible ? Ou bien Berlusconi voulait se faire bien voir pour conclure des accords commerciaux avec Kadhafi ?
 
La colonisation de la Libye fut atroce. Au début du 20ème siècle, un groupe fasciste commença à diffuser une propagande prétendant que l’Italie, vaincue par l’armée éthiopienne à la bataille d’Adoua en 1896, devait rétablir la primauté de l’homme blanc sur le continent noir. Il fallait laver la grande nation civilisée de l’affront infligé par les barbares. Cette propagande affirmait que la Libye était un pays sauvage, habité par quelques nomades arriérés et qu’il conviendrait aux Italiens de s’installer dans cette région agréable, avec son paysage de carte postale.
 
L’invasion de la Libye déboucha sur la guerre italo-turque de 1911, un conflit particulièrement sanglant qui se solda par la victoire de l’Italie un an plus tard. Cependant, la puissance européenne ne contrôlait que la région de la Tripolitaine et devait faire face à une résistance tenace dans le reste du pays, particulièrement dans la Cyrénaïque. Le clan des Senoussis y appuyait Omar Al-Mokhtar qui dirigea une lutte de guérilla remarquable dans les montagnes. Il infligea de sérieux dégâts à l’armée italienne pourtant mieux équipée et supérieure en nombre.
 
Finalement, au début des années trente, l’Italie de Mussolini prit des mesures radicales pour éliminer la résistance. La répression devint extrêmement féroce et l’un de ses principaux bouchers, le général Rodolfo Graziani écrivit : « Les soldats italiens étaient convaincus qu’ils étaient investis d’une mission noble et civilisatrice. (…) Ils se devaient de remplir ce devoir humain quel qu’en fût le prix. (…) Si les Libyens ne se convainquent pas du bien-fondé de ce qui leur est proposé, alors les Italiens devront mener une lutte continuelle contre eux et pourront détruire tout le peuple libyen pour parvenir à la paix, la paix des cimetières…  ».
 
En 2008, Silvio Berlusconi a payé des compensations à la Libye pour ces crimes coloniaux. C’était bien sûr une démarche intéressée : Berlusconi voulait bien se faire voir de Kadhafi pour conclure des partenariats économiques. Néanmoins, on peut dire que le peuple libyen a terriblement souffert du colonialisme. Et parler de génocide ne serait pas exagéré.
 
Omar Al-Mokhtar
 

Comment la Libye gagna-t-elle son indépendance ?
 
Pendant que les colons italiens réprimaient la résistance en Cyrénaïque, le chef des Senoussis, Idriss, s’exila en Egypte pour négocier avec les Britanniques. Après la Seconde Guerre mondiale, l’empire colonial européen fut progressivement démantelé et la Libye devint indépendante en 1951. Appuyé par la Grande-Bretagne, Idriss prit le pouvoir. Pourtant, une partie de la bourgeoisie libyenne, influencée par le nationalisme arabe qui se développait au Caire, souhaitait que la Libye soit rattachée à l’Egypte. Mais les puissances impérialistes ne voulaient pas voir se développer une grande nation arabe. Elles appuyèrent donc l’indépendance de la Libye en y plaçant leur marionnette, Idriss.

 
Le roi Idriss répondit-il aux attentes ?
 
Tout à fait. A l’indépendance, les trois régions qui constituent la Libye - la Tripolitaine, le Fezzan et la Cyrénaïque - se sont retrouvées unifiées dans un système fédéral. Mais il faut savoir que le territoire libyen est trois fois plus grand que la France. A cause du manque d’infrastructures, les limites de ce territoire n’ont pu être clairement définies qu’après l’invention de l’avion. Et en 1951, le pays ne comptait qu’un million d’habitants. De plus, les trois régions nouvellement unifiées avaient une culture et une histoire très différentes. Enfin, le pays manquait de routes permettant aux régions de communiquer. En fait, la Libye était à un stade très arriéré, ce n’était pas une véritable nation.

 
Pouvez-vous préciser ce concept ?
 
L’Etat-nation est un concept lié à l’apparition de la bourgeoisie et du capitalisme. En Europe, durant le moyen-âge, la bourgeoisie capitaliste souhaitait développer son commerce sur une échelle aussi large que possible, mais était freinée par toutes les contraintes du système féodal. Les territoires étaient morcelés en de nombreuses petites entités, ce qui imposait aux commerçants de payer un grand nombre de taxes pour livrer une marchandise d’un endroit à un autre. Sans compter les divers privilèges dont il fallait s’acquitter auprès des seigneurs féodaux. Toutes ces entraves ont été supprimées par les révolutions bourgeoises capitalistes qui ont permis la création d’Etats-nations avec de grands marchés nationaux sans entraves.
 
Mais la nation libyenne a été créée alors qu’elle était encore à un stade précapitaliste. Elle manquait d’infrastructures, une grande partie de la population était nomade et impossible à contrôler, les divisions étaient très fortes au sein de la société, l’esclavage était encore pratiqué… De plus, le roi Idriss n’avait aucun projet pour développer le pays. Il était totalement dépendant des aides US et britanniques.

 
Pourquoi la Grande-Bretagne et les Etats-Unis le soutenaient-ils ? Le pétrole ?
 
En 1951, le pétrole libyen n’avait pas encore été découvert. Mais les Anglo-Saxons avaient des bases militaires dans ce pays qui occupe une position stratégique pour le contrôle de la mer Rouge et de la Méditerranée.
 
Ce n’est qu’en 1954 qu’un riche Texan, Nelson Bunker Hunt, découvrit le pétrole libyen. A l’époque, le pétrole arabe se vendait aux alentours de 90 cents le baril. Mais le pétrole libyen était acheté à 30 cents le baril tellement ce pays était arriéré. C’était peut-être le plus misérable d’Afrique.
 

De l’argent rentrait pourtant grâce au pétrole. A quoi servait-il ?
 
Le roi Idriss et son clan, les Senoussis, s’enrichissaient personnellement. Ils redistribuaient également une partie des revenus pétroliers aux chefs des autres tribus pour apaiser les tensions. Une petite élite s’est développée grâce au commerce du pétrole et quelques infrastructures ont été construites, principalement sur la côte méditerranéenne, la partie la plus intéressante pour commercer avec l’extérieur. Mais les zones rurales dans le cœur du pays restaient extrêmement pauvres et des tas de miséreux s’amassaient dans des bidonvilles autour des cités. Cela a continué jusqu’en 1969, quand trois officiers ont renversé le roi. Parmi eux, Kadhafi.

 
Comment se fait-il que la révolution soit venue d’officiers de l’armée ?
 
Dans un pays profondément marqué par les divisions tribales, l’armée était en fait la seule institution nationale. La Libye n’existait pas en tant que telle sauf à travers cette armée. A côté de ça, les Senoussis du roi Idriss possédaient leur propre milice. Mais dans l’armée nationale, les jeunes Libyens issus des différentes régions et tribus pouvaient se retrouver.
 
Kadhafi a d’abord évolué au sein d’un groupe nassériste, mais lorsqu’il a compris que cette formation ne serait pas capable de renverser la monarchie, il s’est engagé dans l’armée. Les trois officiers qui ont destitué le roi Idriss étaient très influencés par Nasser. Gamal Abdel Nasser était lui-même un officier de l’armée égyptienne qui renversa le roi Farouk. Inspiré par le socialisme, Nasser s’opposait à l’ingérence des puissances néocoloniales et prônait l’unité du monde arabe. Il nationalisa d’ailleurs le canal de Suez, jusque là géré par la France et la Grande-Bretagne, s’attirant les foudres et les bombardements de l’Occident en 1956.
Le panarabisme révolutionnaire de Nasser avait eu un effet important en Libye, notamment dans l’armée et sur Kadhafi. Les officiers libyens auteurs du coup d’Etat de 1969 suivirent le même agenda que Nasser.

 
Quels furent les effets de la révolution en Libye ?
 
Kadhafi avait deux options. Soit laisser le pétrole libyen aux mains des compagnies occidentales comme l’avait fait le roi Idriss. La Libye serait alors devenue comme ces monarchies pétrolières du Golfe où l’esclavage est encore pratiqué, où les femmes n’ont aucun droit et où des architectes européens peuvent s’éclater à construire des tours farfelues avec des budgets astronomiques qui proviennent en fait des richesses des peuples arabes. Soit suivre une voie indépendante des puissances néocoloniales. Kadhafi a choisi cette deuxième option, il a nationalisé le pétrole libyen, provoquant la colère des impérialistes.
 
Dans les années 50, une blague circulait à la Maison Blanche, au sein de l’administration Eisenhower qui se développa ensuite en véritable théorie politique sous Reagan. Comment distinguer les bons des mauvais Arabes ? Un bon Arabe fait ce que les Etats-Unis lui disent. En échange, il reçoit des avions, est autorisé à déposer son argent en Suisse, est invité à Washington, etc. Eisenhower et Reagan nommaient ces bons Arabes : les rois d’Arabie Saoudite et de Jordanie, les cheikhs et émirs du Koweït et du Golfe, le Shah d’Iran, le roi du Maroc et bien-sûr, le roi Idriss de Libye. Les mauvais Arabes ? Ceux qui n’obéissaient pas à Washington : Nasser, Kadhafi, Saddam plus tard…
 

Tout de même, Kadhafi n’est pas très…
 
Kadhafi n’est pas un mauvais Arabe parce qu’il fait tirer sur la foule. On fait la même chose en Arabie Saoudite ou au Bahreïn et les dirigeants de ces pays reçoivent tous les honneurs de l’Occident. Kadhafi est un mauvais Arabe parce qu’il a nationalisé le pétrole libyen que les compagnies occidentales considéraient - jusqu’à la révolution de 69 - comme leur appartenant. Ce faisant, Kadhafi a apporté des changements positifs en Libye, au niveau des infrastructures, de l’éducation, de la santé, de la condition des femmes, etc.

 
Bon, Kadhafi renverse la monarchie, nationalise le pétrole, s’oppose aux puissances impériales et apporte des changements positifs en Libye. Pourtant, quarante ans plus tard, c’est un dictateur corrompu, qui réprime l’opposition et qui ouvre à nouveau les portes du pays aux compagnies occidentales. Comment expliquer ce changement ?
 
Dès le départ, Kadhafi s’est opposé aux grandes puissances coloniales et a généreusement soutenu divers mouvements de libération dans le monde. Je trouve qu’il a été très bien pour ça. Mais pour être complet, il faut aussi préciser que le colonel était anticommuniste. En 1971 par exemple, il fit dérouter vers le Soudan un avion transportant des dissidents communistes soudanais qui furent aussitôt exécutés par le président Nimeyri.
 
En fait, Kadhafi n’a jamais été un grand visionnaire. Sa révolution était une révolution de nationaliste bourgeois et il a instauré en Libye un capitalisme d’Etat. Pour comprendre comment son régime est parti à la dérive, nous devons analyser le contexte qui n’a pas joué en sa faveur, mais aussi les erreurs personnelles du colonel.
Tout d’abord, nous avons vu que Kadhafi était parti de rien en Libye. Le pays était très arriéré. Il n’y avait donc pas de gens éduqués ou une forte classe ouvrière pour appuyer la révolution. La plupart des personnes ayant reçu une éducation faisaient partie de l’élite qui bradait les richesses libyennes aux puissances néocoloniales. Evidemment, ces gens n’allaient pas soutenir la révolution et la plupart d’entre eux quittèrent le pays pour organiser l’opposition à l’étranger.
 
De plus, les officiers libyens qui ont renversé le roi Idriss étaient très influencés par Nasser. L’Egypte et la Libye prévoyait d’ailleurs de nouer un partenariat stratégique. Mais la mort de Nasser en 1970 fit tomber le projet à l’eau et l’Egypte devint un pays contre-révolutionnaire, aligné sur l’Ouest. Le nouveau président égyptien, Anouar al-Sadate, se rapprocha des Etats-Unis, libéralisa progressivement l’économie et s’allia avec Israël. Un bref conflit éclata même avec la Libye en 1977. Imaginez la situation dans laquelle se trouvait Kadhafi : le pays qui l’avait inspiré et avec lequel il devait conclure une alliance capitale devenait soudainement son ennemi !
 
Un autre élément contextuel a joué en défaveur de la révolution libyenne : la baisse importante du cours du pétrole dans les années 80. En 1973, dans le cadre de la guerre israélo-arabe, les pays producteurs de pétrole décidèrent d’un embargo, faisant grimper en flèche le prix du baril. Cet embargo provoqua le premier grand transfert de richesses du Nord vers le Sud. Mais dans les années 80, eut lieu ce qu’on pourrait appeler une contre-révolution pétrolière orchestrée par Reagan et les Saoudiens. L’Arabie Saoudite augmenta considérablement sa production de pétrole et inonda le marché, provoquant une chute radicale des prix. Le baril passa de 35 dollars le baril à 8 dollars.
 

L’Arabie Saoudite ne se tirait-elle pas une balle dans le pied ?
 
Cela eut en effet un impact négatif sur l’économie saoudienne. Mais le pétrole n’est pas le plus important pour l’Arabie Saoudite. Sa relation avec les Etats-Unis prime avant tout, car c’est le soutien de Washington qui permet à la dynastie saoudienne de se maintenir au pouvoir.
 
Ce raz-de-marée pétrolier eut des conséquences catastrophiques pour de nombreux pays producteurs de pétrole qui s’endettèrent. Et tout cela se produisit dix années seulement après la montée au pouvoir de Kadhafi. Le dirigeant libyen, parti de rien, voyait en plus les seuls moyens dont il disposait pour construire quelque chose, fondre comme neige au soleil avec la chute des cours du pétrole.
Notez également que cette contre-révolution pétrolière accéléra la chute de l’URSS, alors empêtrée en Afghanistan. Avec la disparition du bloc soviétique, la Libye perdait son principal soutien politique et se retrouva très isolée sur la scène internationale. Isolement d’autant plus grand que l’administration Reagan avait placé la Libye sur la liste des Etats-terroristes et imposé toute une série de sanctions.
 

Qu’en est-il des erreurs commises par Kadhafi ?
 
Comme je l’ai dit, ce n’était pas un grand visionnaire. La théorie développée autour de son livre vert est un mélange d’anti-impérialisme, d’islamisme, de nationalisme, de capitalisme d’Etat et d’autres choses encore. Outre son manque de vision politique, Kadhafi a d’abord commis une grave erreur en attaquant le Tchad dans les années 70. Le Tchad est le cinquième plus grand pays d’Afrique et le colonel, considérant sans doute que la Libye était trop petite pour ses ambitions mégalomaniaques, a annexé la bande d’Aozou. Il est vrai qu’historiquement, la confrérie des Senoussis exerçait son influence jusque dans cette région. Et en 1935, le ministre français des Affaires étrangères, Pierre Laval, voulut acheter Mussolini en lui proposant la bande d’Aozou. Mais finalement, Mussolini se rapprocha d’Hitler et l’accord resta lettre morte.
 
Kadhafi a néanmoins voulu annexer ce territoire et s’est livré à une lutte d’influence avec Paris dans cette ancienne colonie française. Finalement, les Etats-Unis, la France, l’Egypte, le Soudan et d’autres forces réactionnaires de la région, ont soutenu l’armée tchadienne qui mit en déroute les troupes libyennes. Des milliers de soldats et d’importantes quantités d’armes furent capturés. Le président du Tchad, Hissène Habré, vendit ces soldats à l’administration Reagan. Et la CIA les utilisa comme mercenaires au Kenya et en Amérique latine.
 
Mais la plus grande erreur de la révolution libyenne est d’avoir tout misé sur les ressources pétrolières. En effet, les ressources humaines sont la plus grande richesse d’un pays. Vous ne pouvez pas réussir une révolution si vous ne développez pas l’harmonie nationale, la justice sociale et une juste répartition des richesses.
Or, le colonel n’a jamais supprimé les discriminations ancestrales en Libye. Comment mobiliser la population si vous ne montrez pas aux Libyens que, quelque soit leur appartenance ethnique ou tribale, tous sont égaux et peuvent œuvrer ensemble pour le bien de la nation ? La majorité de la population libyenne est arabe, parle la même langue et partage la même religion. La diversité ethnique n’est pas très importante. Il était possible d’abolir les discriminations pour mobiliser la population.
 
Kadhafi a également été incapable d’éduquer le peuple libyen sur les enjeux de la révolution. Il n’a pas élevé le niveau de conscience politique de ses citoyens et n’a pas développé de parti pour appuyer la révolution.

 
Pourtant, dans la foulée de son livre vert de 1975, il instaure des comités populaires, sorte de démocratie directe.
 
Cette tentative de démocratie directe était influencée par des concepts marxistes-léninistes. Mais ces comités populaires en Libye ne s’appuyaient sur aucune analyse politique, aucune idéologie claire. Ce fut un échec. Kadhafi n’a pas non plus développé de parti politique pour appuyer sa révolution. Finalement, il s’est coupé du peuple. La révolution libyenne est devenue le projet d’une seule personne. Tout tournait autour de ce leader charismatique déconnecté de la réalité. Et lorsque le fossé se creuse entre un dirigeant et son peuple, la sécurité et la répression viennent combler le vide. Les excès se sont multipliés, la corruption s’est développée de manière importante et les divisions tribales se sont cristallisées.
 
Aujourd’hui, ces divisions resurgissent dans la crise libyenne. Il y a bien sûr une partie de la jeunesse en Libye qui est fatiguée de la dictature et qui est influencée par les événements en Tunisie et en Egypte. Mais ces sentiments populaires sont instrumentalisés par l’opposition dans l’est du pays qui réclame sa part du gâteau, la répartition des richesses étant très inégale sous le régime de Kadhafi. Bientôt, les véritables contradictions vont apparaître au grand jour.
 
On ne sait d’ailleurs pas grand-chose sur ce mouvement d’opposition. Qui sont-ils ? Quel est leur programme ? S’ils voulaient vraiment mener une révolution démocratique, pourquoi ont-ils ressorti les drapeaux du roi Idriss, symboles d’un temps où la Cyrénaïque était la province dominante du pays ? Ont-ils demandé leur avis aux autres Libyens ? Peut-on parler de mouvement démocratique lorsque ces opposants massacrent les Noirs de la région ? Si vous faites partie de l’opposition d’un pays, que vous êtes patriotique et que vous souhaitez renverser votre gouvernement, vous tentez cela correctement. Vous ne créez pas une guerre civile dans votre propre pays et vous ne lui faites pas courir le risque d’une balkanisation.
 

 
 
Selon vous, il s’agirait donc plus d’une guerre civile résultant des contradictions entre clans libyens ?
 
C’est pire, je pense. Il y a déjà eu des contradictions entre les tribus, mais elles n’ont jamais pris une telle ampleur. Ici, les Etats-Unis alimentent ces tensions afin de pouvoir intervenir militairement en Libye. Dès les premiers jours de l’insurrection, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a proposé d’apporter des armes aux opposants. Dans un premier temps, l’opposition organisée sous le Conseil National a refusé toute ingérence des puissances étrangères, car elle savait que cela jetterait le discrédit sur son mouvement. Mais aujourd’hui, certains opposants en appellent à une intervention armée.
 
Depuis que le conflit a éclaté, le président Obama a dit envisager toutes les options possibles et le sénat US appelle la communauté internationale à décréter une zone de non-vol au-dessus du territoire libyen, ce qui serait un véritable acte de guerre. De plus, le porte-avion nucléaire USS Enterprise, positionné dans le golfe d’Aden pour combattre la piraterie, est remonté jusqu’aux côtes libyennes. Deux navires amphibies, l’USS Kearsage et l’USS Ponce, avec à leur bord plusieurs milliers de marines et des flottes d’hélicoptère de combat, se sont également positionnés dans la Méditerranée.
 
La semaine passée, Louis Michel, l’ancien commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire de l’Union Européenne, s’est demandé avec force sur un plateau de télévision quel gouvernement aurait le courage de défendre devant son parlement la nécessité d’intervenir militairement en Libye. Mais Louis Michel n’a jamais appelé à une telle intervention en Egypte ou à Bahreïn. Pourquoi ?
 

La répression n’est-elle pas plus violente en Libye ?
 
La répression était très violente en Egypte, mais l’Otan n’a jamais positionné des navires de guerre le long des côtes égyptiennes pour menacer Moubarak. On l’a tout juste appelé à trouver une issue démocratique !
 
Pour la Libye, il faut être très prudent avec les informations qui nous parviennent. Un jour, on parle de 2.000 morts et le lendemain, le bilan est revu à 300. On a aussi dit dès le début de la crise que Kadhafi avait bombardé son propre peuple, mais l’armée russe, qui surveille la situation par satellite, a officiellement démenti cette information. Si l’Otan se prépare à intervenir militairement en Libye, nous pouvons être sûrs que les médias dominants vont diffuser la propagande de guerre habituelle.
 
En fait, la même chose s’est passée en Roumanie avec Ceausescu. Le soir du réveillon de Noël 1989, le premier ministre belge Wilfried Martens a fait un discours à la télévision. Il a prétendu que les forces de sécurité de Ceausescu venaient de tuer 12.000 personnes. C’était faux. Les images du fameux charnier de Timisoara ont également fait le tour du monde. Elles étaient censées démontrer la violence aveugle du président roumain. Mais il s’est avéré plus tard que tout cela était une mise en scène : des cadavres avaient été sortis de la morgue et placé dans des fosses pour impressionner les journalistes. On a aussi dit que les communistes avaient empoisonné l’eau, que des mercenaires syriens et palestiniens étaient présents en Roumanie ou bien encore que Ceausescu avait formé des orphelins pour en faire des machines à tuer. C’était de la pure propagande pour déstabiliser le régime.
 
Finalement, Ceausescu et sa femme furent tués après un simulacre de procès qui dura 55 minutes. Bien sûr, tout comme Kadhafi, le président roumain n’était pas un enfant de chœur. Mais que s’est-il passé depuis ? La Roumanie est devenue une semi-colonie de l’Europe. La main d’œuvre bon marché y est exploitée. De nombreux services ont été privatisés au profit des compagnies occidentales et sont hors de prix pour une grande partie de la population. Et maintenant, chaque année, des tas de Roumains vont pleurer sur la tombe de Ceausescu. La dictature était une chose terrible, mais depuis que le pays a été économiquement détruit, c’est pire !
 

Pourquoi les Etats-Unis voudraient-ils renverser Kadhafi ? Depuis une dizaine d’années, le colonel est devenu à nouveau fréquentable pour l’Occident et a privatisé une grande partie de l’économie libyenne au profit des compagnies occidentales.
 
Il faut analyser tous ces événements à la lumière des nouveaux rapports de force dans le monde. Les puissances impérialistes sont en déclin alors que d’autres forces sont en plein essor. Récemment, la Chine a proposé de racheter la dette portugaise ! En Grèce, la population est de plus en plus hostile à cette Union Européenne qu’elle perçoit comme une couverture de l’impérialisme allemand. Les mêmes sentiments se développent dans les pays de l’Est. Par ailleurs, les Etats-Unis ont attaqué l’Irak pour s’emparer du pétrole mais au final, seule une compagnie US en profite, le reste étant exploité par des compagnies malaisiennes et chinoises. Bref, l’impérialisme est en crise.
 
Par ailleurs, la révolution tunisienne a fortement surpris l’Occident. Et la chute de Moubarak encore plus. Washington tente de récupérer ces mouvements populaires, mais le contrôle lui échappe. En Tunisie, le premier ministre Mohamed Ghannouchi, un pur produit de la dictature Ben Ali, était censé assurer la transition et donner l’illusion d’un changement. Mais la détermination du peuple l’a contraint à démissionner. En Egypte, les Etats-Unis comptent sur l’armée pour maintenir en place un système acceptable. Mais des informations me sont parvenues confirmant que dans les innombrables casernes militaires disséminées à travers le pays, de jeunes officiers s’organisent en comités révolutionnaires par solidarité avec le peuple égyptien. Ils auraient même fait arrêter certains officiers associés au régime de Moubarak.
 
La région pourrait échapper au contrôle des Etats-Unis. Intervenir en Libye permettrait donc à Washington de briser ce mouvement révolutionnaire et d’éviter qu’il ne s’étende au reste du monde arabe et à l’Afrique. Depuis une semaine, des jeunes se révoltent au Burkina-Faso mais les médias n’en parlent pas. Pas plus que des manifestations en Irak.
 
L’autre danger pour les Etats-Unis est de voir émerger des gouvernements anti-impérialistes en Tunisie et en Egypte. Dans ce cas, Kadhafi ne serait plus isolé et pourrait revenir sur les accords conclus avec l’Occident. Libye, Egypte et Tunisie pourraient s’unir et former un bloc anti-impérialiste. Avec toutes les ressources dont ils disposent, notamment les importantes réserves de devises étrangères de Kadhafi, ces trois pays pourraient devenir une puissance importante de la région. Probablement plus importante que la Turquie.
 

Pourtant, Kadhafi avait soutenu Ben Ali lorsque le peuple tunisien s’est révolté.
 
Cela montre à quel point il est faible, isolé et déconnecté de la réalité. Mais les rapports de force changeants dans la région pourraient modifier la donne. Kadhafi pourrait changer son fusil d’épaule, ce ne serait pas la première fois.
 

Comment pourrait évoluer la situation en Libye ?
 
Les puissances occidentales et ce soi-disant mouvement d’opposition ont rejeté la proposition de médiation de Chavez. Ce qui laisse entendre qu’ils ne veulent pas d’issue pacifique au conflit. Mais les effets d’une intervention de l’Otan seront désastreux. On a vu ce que cela a donné au Kosovo ou en Afghanistan.
 
De plus, une agression militaire pourrait favoriser l’entrée en Libye de groupes islamistes qui pourraient s’emparer d’importants arsenaux sur place. Al-Qaïda pourrait s’infiltrer et faire de la Libye un deuxième Irak. Il y a d’ailleurs déjà des groupes armés au Niger que personne ne parvient à contrôler. Leur influence pourrait s’étendre à la Libye, au Tchad, au Mali, à l’Algérie… En fait, en préparant une intervention militaire, l’impérialisme est en train de s’ouvrir les portes de l’enfer !
 
En conclusion, le peuple libyen mérite mieux que ce mouvement d’opposition qui plonge le pays dans le chaos. Il lui faudrait un véritable mouvement démocratique pour remplacer le régime de Kadhafi et instaurer la justice sociale. En tout cas, les Libyens ne méritent pas une agression militaire. Les forces impérialistes en déroute semblent pourtant préparer une offensive contre-révolutionnaire dans le monde arabe. Attaquer la Libye est leur solution d’urgence. Mais cela leur retomberait sur les pieds.
 
 
 

Mohamed Hassan* est un spécialiste de la géopolitique et du monde arabe. Né à Addis Abeba (Ethiopie), il a participé aux mouvements d’étudiants dans la cadre de la révolution socialiste de 1974 dans son pays. Il a étudié les sciences politiques en Egypte avant de se spécialiser dans l’administration publique à Bruxelles. Diplomate pour son pays d’origine dans les années 90, il a travaillé à Washington, Pékin et Bruxelles. Co-auteur de L’Irak sous l’occupation (EPO, 2003), il a aussi participé à des ouvrages sur le nationalisme arabe et les mouvements islamiques, et sur le nationalisme flamand. C’est un des meilleurs connaisseurs contemporains du monde arabe et musulman.



d'après : http://michelcollon.info/Libye-revolte-populaire-guerre.html

L'opposition libyenne contrôle le pétrole, Kadhafi sourd aux appels des Occidentaux
Nouvel Obs - 28/02/11 17:46



L'opposition libyenne, forte du contrôle de l'Est et de plusieurs villes de l'Ouest, se préparait à marcher sur Tripoli où le colonel Mouammar Kadhafi, sourd à la pression internationale, continuait de minimiser l'insurrection sanglante qui ébranle son régime. (c) Afp


L'opposition libyenne, forte du contrôle de l'Est et de plusieurs villes de l'Ouest, se préparait à marcher sur Tripoli où le colonel Mouammar Kadhafi, sourd à la pression internationale, continuait de minimiser l'insurrection sanglante qui ébranle son régime. (c) Afp

L'opposition contrôlait lundi de vastes territoires de la Libye, y compris les principaux champs de pétrole, alors que le colonel Kadhafi restait sourd à la pression internationale qui s'accentue, minimisant l'insurrection sanglante qui ébranle son régime.

Au 14e jour d'une révolte sans précédent qui s'est muée en insurrection, Mouammar Kadhafi et ses forces ne contrôlent plus que Tripoli et sa région. Selon le commissaire européen à l'Energie Gunther Oettinger, les principaux champs de pétrole libyens sont désormais entre les mains de l'insurrection.

"Nous avons tout lieu de penser que le gros des champs d'exploitation (de gaz et de pétrole) n'est plus entre les mains de Kadhafi, mais se trouve sous le contrôle de tribus et de forces provisoires qui ont repris le pouvoir", a-t-il dit.

Après l'ONU et les Etats-Unis, l'Union européenne a adopté lundi un embargo sur les armes contre la Libye ainsi qu'un gel des avoirs et des interdictions de visa contre le colonel Kadhafi et 25 de ses proches.

Ces mesures, qui doivent être formellement entérinées dans la journée, pourraient entrer en vigueur dès lundi, selon un diplomate européen.

La communauté internationale, Occident en tête, réfléchit en outre à une interdiction de l'espace aérien libyen afin d'empêcher des bombardements de la population.

L'Italie, bien placée avec la France pour mettre en place cette interdiction, a dit qu'elle serait "sans aucun doute utile" et "éviterait les bombardements (...) dans les zones soustraites au contrôle du régime".

Le Premier ministre français François Fillon a estimé qu'une telle stratégie nécessiterait "une décision du conseil de sécurité des Nations unies", et l'implication de l'Otan.

Des dépôts de munitions dans des zones sous le contrôle de la rébellion dans l'est de la Libye ont été visés lundi par des raids aériens des forces du dirigeant Mouammar Kadhafi, selon des sources concordantes à Benghazi, la deuxième ville du pays, à 1.000 km à l'est de Tripoli.

Face à la pression croissante de la communauté internationale pour un départ du dirigeant libyen, M. Kadhafi, au pouvoir depuis plus de 40 ans, est resté inflexible, fustigeant les sanctions de l'ONU et assurant que la Libye était "complètement calme".

L'Occident se prépare à aider les opposants, qui ont créé un "Conseil national indépendant" chargé de représenter "les villes libérées".

Cet organe sera "le visage de la Libye pendant la période de transition", a déclaré son porte-parole Abdelhafez Ghoqa, alors que l'UE a indiqué être est en train "d'établir des contacts" avec les autorités de transition libyennes.

"Nous comptons sur l'armée pour libérer Tripoli", a ajouté M. Ghoqa.

En dehors de l'Est, l'opposition revendique le contrôle de plusieurs villes autour de la capitale et dans l'Ouest.

"Nous nous plaçons sous l'autorité du gouvernement intérimaire de Benghazi", a indiqué un dignitaire membre du comité révolutionnaire qui gère désormais Nalout, à 230 km à l'ouest de Tripoli, précisant que d'autres villes de la région sont "aux mains du peuple".

"Nous préparons les forces pour marcher sur Tripoli et libérer la capitale du joug de Kadhafi", a ajouté ce dignitaire, Chaban Abou Sitta.

A Zawiyah, à 60 km à l'ouest de la capitale, les manifestants anti-Kadhafi semblent contrôler la ville, mais les forces qui lui sont loyales en contrôlent l'accès et les alentours, selon des témoins.

Les villes stratégiques de Misrata, à l'est, et Gherien, au sud, semblent aussi sous contrôle de l'opposition.

A Tripoli, des postes de contrôle ont été mis en place dans et autour de la capitale par les militants pro-Kadhafi et le pain et l'essence y étaient rationnés, selon un habitant.

La chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, a réclamé lundi que soient préparées "des mesures supplémentaires pour que le gouvernement Kadhafi rende des comptes, pour fournir une aide humanitaire et pour soutenir le peuple libyen dans sa quête d'une transition vers la démocratie".

La France va envoyer deux avions à Benghazi pour apporter de l'aide humanitaire, alors que le Programme alimentaire mondial a annoncé l'expédition de 80 tonnes de biscuits énergétiques.

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, mène un examen préliminaire sur les violences en Libye, préalable à une éventuelle enquête pour crimes contre l'humanité.

Le chef de l'ONU Ban Ki-moon a parlé d'un bilan des violence d'un millier de morts.

Près de 100.000 personnes, majoritairement des travailleurs égyptiens et tunisiens, ont déjà quitté le pays via les frontières.

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) doit commencer lundi à évacuer des milliers de réfugiés bloqués dans les pays voisins après avoir fui la Libye.

Sur les marchés, les cours du pétrole évoluaient en légère hausse lundi, sur un marché instable suspendu à l'insurrection en Libye et aux tensions grandissantes au Moyen-Orient.

Le gouvernement saoudien, premier exportateur de pétrole mondial, s'est dit prêt à assurer la stabilité du marché après la baisse de production en Libye.