Nouvelles du monde arabe

Libye : Les révolutionnaires libyens avancent
Malgré les chars et les avions…

El Watan le 07.03.11 | 01h00

Chars, aviation, artilleries lourdes. Tels sont, entre autres, les moyens mobilisés par le colonel El Gueddafi pour récupérer les villes perdues jusque-là par ses partisans. Entre temps, les opposants au dictateur de Tripoli s’organisent pour faire tomber le régime. Pour la première fois depuis sa création, le Conseil national de l’opposition s’est réuni samedi dernier et a pris des décisions pour mieux s’organiser sur les plans armé et politique.

Réuni pour la première fois samedi dernier à Benghazi, le Conseil national d’opposition a pris une série de décisions à même de gérer la révolte contre Mouammar El Gueddafi. Lors d’une conférence animée à l’issue de cette rencontre, son président, l’ex-ministre de la Justice, Moustapha Abdeljalil a déclaré que le Conseil est «le seul représentant de la Libye» Le Conseil a chargé Omar Al-Hariri, membre du Conseil, des «affaires militaires». Il a également désigné Mahmoud Jibril Ibrahim Al-Wourfalli à la tête d’une «équipe exécutive pour gérer la crise» qui sera également chargée des relations étrangères et de représenter la Libye.

Ali Abdelaziz Al-Issaoui, ambassadeur démissionnaire de Libye en Inde et ancien ministre de l’Economie, s’est vu confier les Affaires étrangères, selon le texte. Ces deux derniers responsables auront notamment pour tâche de «prendre des contacts avec l’étranger afin d’obtenir une reconnaissance internationale du Conseil». Moustapha Abdeljalil  a précisé que le Conseil considère toutes les délégations diplomatiques à l’étranger ralliées à la révolte comme ses «représentants légitimes». Plusieurs ambassadeurs libyens, dont celui à l’ONU Mohammed Shalgham, ont   démissionné pour protester contre la répression du mouvement insurrectionnel par les forces du régime de Tripoli. Hier, Paris a exprimé son soutien au Conseil national d’opposition.

La France «salue la création du Conseil national libyen», et «apporte son soutien aux principes qui l’animent et aux objectifs qu’il  s’assigne», a annoncé  le ministère français des Affaires étrangères. Dans un communiqué, son porte-parole Bernard Valero salue «la volonté  d’unité qui a présidé à l’instauration de ce Conseil et encourage les responsables et les mouvements qui le composent à poursuivre leur action dans cet esprit». Aussi, Paris «condamne l’usage inacceptable de la force contre les civils et  adresse sa sympathie aux proches des victimes des affrontements en cours en Libye», indique le même responsable. Les autorités françaises «rendent hommage au courage des populations soumises à la violence, à Zawiyah et dans d’autres localités libyennes», a-t-il poursuivi.
Comme la France «appelle au plein respect de la résolution 1970 du Conseil de sécurité», votée unanimement et appelant à l’arrêt de la répression, et «à une solution politique rapide qui permette la cessation des violences et l’établissement d’un gouvernement démocratique qui réponde aux aspirations du peuple libyen».

En visite hier au Caire, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a affirmé que l’Europe et la France ne pouvaient «tolérer la folie criminelle» du régime d’El Gueddafi. Il a indiqué ces derniers jours que le colonel devait partir car il s’était discrédité et disqualifié en faisant tirer sur son peuple.
Sur le plan militaire, la bourgade Ben Jawad, à l’est de la Libye, continue à subir les affres des affrontements meurtriers entre partisans et opposants au colonel Mouammar El Gueddafi, selon l’AFP. Des convois ont pris la direction de Ras Lanouf, un port pétrolier à quelques dizaines de kilomètres à l’est de Ben Jawad, dont les insurgés ont pris le contrôle vendredi dernier. Près du dernier point de contrôle, à la sortie de Ras Lanouf, à environ 30 minutes de route de Ben Jawad, des rebelles ont ouvert le feu avec des armes antiaériennes. Quelques heures plus tôt, des rebelles ont déclaré s’être retirés de Ben Jawad.

Selon des sources médicales, les affrontements d’hier dans cette bourgade ont fait deux morts et au moins 30 blessés. Cependant, des informations contradictoires des belligérants continuent à semer la confusion sur le sort de plusieurs villes. En effet, le régime de Tripoli a annoncé, hier, avoir repris Ras Raouf, Tobrouk et Misrata. Informations démenties par les insurgés.
d'après : http://www.elwatan.com//une/malgre-les-chars-et-les-avions-07-03-2011-114881_108.php


EN DIRECT: en Libye, Kadhafi lance la contre-offensive
El Watan le 06.03.11 | 09h22




Au 20e jour de la révolte, l'opposition libyenne s'efforce de progresser vers l'ouest et s'organise sur le plan politique en se déclarant "seule représentante" du pays. Le colonel Kadhafi lance ses troupes en direction de Benghazi, fief de l'insurrection dans l'est. Le régime affirme ce matin avoir repris aux insurgés le contrôle de plusieurs villes comme Ras Lanouf, Misrata et Tobrouk, ce que conteste la rebellion.

16H49 - Obus et embuscades - "C'est avec ça qu'ils nous ont repoussés, qu'ils nous ont obligés à partir de Ben Jawad", raconte un rebelle libyen en montrant un morceau d'obus. Après avoir dû battre en retraite vers Ras Lanouf, ils sont fatigués et amers. Les forces loyales à Kadhafi "se cachent parmi des familles. Nous ne pouvons pas tirer sur eux. On s'est retiré", déclare Mohammed, un autre insurgé, ajoutant: "Il n'y a rien que nous puissions faire".

16H31 - Un Portugais pour sanctionner - Le Portugal prend la tête de la commission des sanctions de l'ONU sur la Libye. Le Conseil de sécurité installera mardi la commission qui sera présidée par l'ambassadeur du Portugal à l'ONU José Moraes Cabral.
16H06 - L'heure de partir - "Laissez-moi vous répéter une chose: il est temps que le colonel Kadhafi s'en aille", lance le Premier ministre britannique David Cameron à Cardiff.
15H57 - TIRS D'ARTILLERIE SOUTENUS PRES DE BEN JAWAD -
15H54 - Atterrissage au Caire - Le premier des quatre appareils américains devant rapatrier des réfugiés égyptiens a atterri au Caire avec à son bord 82 passagers.
15H17 - En sécurité ? - Un diplomate et des militaires britanniques ont été arrêtés dans une zone contrôlée par les insurgés. Ils sont "en sécurité", selon un porte-parole de l'opposition libyenne.
15H06 - "EFFETS NEGATIFS" - Alain Juppé déclare qu'une intervention militaire en Libye aurait des "effets négatifs".
14H54 - Les policiers dérapent - Selon des témoins et des journalistes de l'AFP, des policiers libyens effectuent des dérapages contrôlés à bord de leurs véhicules et tirent brièvement en l'air devant le poste-frontière tuniso-libyen de Ras Jdir. "Il sont drogués, ils font n'importe quoi", affirme un témoin à l'AFP.
14H10 - Nouveaux camps - La Croix-Rouge et les Emirats Arabes Unis vont construire deux nouveaux camps, dont un à deux kilomètres au sud de Choucha", pour accueillir les réfugiés à la frontière tunisienne, en prévision d'une nouvelle vague de migrants, annonce un responsable du Croissant Rouge.
13H05 - Misrata sous la mitraille - "Les chars tirent des obus sur le centre-ville, près du siège de la radio. Nous entendons aussi des tirs nourris d'armes automatiques", déclare un habitant de Misrata, sous couvert de l'anonymat. Des forces fidèles à Kadhafi mènent une offensive à l'arme lourde dans cette ville, à 150 km à l'est de Tripoli.
12H50 - Laisser faire l'Europe - Le ministre italien de l'Intérieur appelle les Américains à ne pas se mêler des affaires de la Libye et à laisser faire les Européens face au risque de montée du fondamentalisme islamique. "Nous devons nous assurer que la Libye ne devienne pas un nouvel Afghanistan, mais il faudrait que les Américains se calment", déclare Roberto Maroni.
12H30 - Retour au Maroc - Un ferry transportant environ 2.000 personnes évacuées de Libye, en majorité des Marocains, est arrivé dans le port marocain de Tanger, où un second navire était attendu dans la journée. Environ 4.000 personnes doivent être rapatriées aujourd'hui de Libye, selon les autorités marocaines.
Misrata sous la mitraille
12H20 - Benoit XVI inquiet - Le pape Benoît XVI exprime sa "grande inquiétude sur les tensions" dans divers pays d'Afrique et d'Asie, citant le Pakistan et la Libye, après la prière de l'Angelus sur la Place Saint-Pierre.
12H15 - Soutien français - La France "salue la création du Conseil national libyen", instance dirigeante de l'insurrection contre le colonel Kadhafi, "et apporte son soutien aux principes qui l'animent et aux objectifs qu'il s'assigne".
12H00 - Justice helvétique - La Suisse veut traduire en justice les responsables de l'enlèvement de deux hommes d'affaires helvétiques, qui avaient été retenus pendant près de deux ans en Libye. "Il serait possible de lancer en Suisse une enquête pénale, pour élucider les circonstances de l'enlèvement à l'automne 2009 de Max Göldi et Rachid Hamdani", déclare la présidente de la Confédération, Micheline Calmy-Rey.
11H50 - Heurts - Deux personnes tuées et une trentaine blessées dans des heurts entre insurgés et partisans du régime à Ben Jawad, selon une source médicale.
11h45 - Journaliste soigné - Le journaliste français, légèrement blessé est actuellement soigné par des médecins libyens et devrait être transporté à Benghazi dès que son état le permettra, indique le Quai d'Orsay. "Nous sommes en contact avec la direction de sa chaîne, France 24, et les agents du centre de crise du ministère des Affaires étrangères, qui se trouvent à Benghazi, sont en contact avec lui". "Les premières nouvelles sont plutôt rassurantes".
11H35 - RETRAIT DE BEN JAWAD - Des insurgés de retour du front après des combats avec les forces loyales à Kadhafi annoncent qu'ils se sont retirés de Ben Jawad, à une centaine de kilomètres à l'est de Syrte, où au moins 15 personnes ont été blessées.
11H34 - Bangladais noyés - Les garde-côtes grecs ont retrouvé les corps de trois Bangladais qui s'étaient noyés au large de la Crète en tentant de quitter un navire qui les avait évacués de Libye, annonce la marine marchande grecque.
11H32 - Offensive à Misrata - Des forces fidèles à Kadhafi mènent une offensive à l'arme lourde à Misrata, à 150 km à l'est de Tripoli, où des chars tirent des obus sur le centre de la ville contrôlée par l'insurrection, selon un habitant joint par téléphone.
11H30 - Diplomates - Une "petite équipe diplomatique" britannique se trouve à Benghazi, a déclaré le ministre britannique de la Défense Liam Fox qui a refusé de commenter des informations selon lesquelles le groupe serait détenu par des insurgés. "Nous sommes en contact avec eux, mais il serait inapproprié de faire davantage de commentaires pour les raisons que vous comprendrez, j'en suis sûr", a-t-il dit.
11H00 - Explosion - Une énorme explosion a été entendue toujours à Ras Lanouf, suivie par des tirs anti-aériens, selon un journaliste de l'AFP présent sur place.
"Folie criminelle"
10H54 - Raid aérien - Second raid aérien ce matin par les forces fidèles à Kadhafi sur la ville pétrolière stratégique de Ras Lanouf, dans l'est. Le raid, qui a visé un camp des rebelles installé dans une ancienne base militaire, n'a fait ni dégât, ni victime.
10H43 - "Folie criminelle" - Alain Juppé, le nouveau ministre français des Affaires étrangères, affirme depuis Le Caire que l'Europe et la France ne peuvent "tolérer la folie criminelle" du régime de Kadhafi face à l'insurrection libyenne.
10H05 - JOURNALISTE BLESSE - Quatorze personnes au moins ont été blessées, dont un journaliste français, dans des heurts entre insurgés et partisans du régime à Ben Jawad, à une centaine de kilomètres à l'est de Syrte, ville natale du colonel Kadhafi.
09H50 - Enfants armés - "4.000 à 5.000 manifestants pro-Kadhafi sur la place Verte, dans le centre de Tripoli. Les miliciens et les soldats sont là et continuent de tirer en l'air, indifférents aux balles qui retombent", rapporte Antoine Lambroschini. "Il y des femmes, des enfants, il y a même des enfants de 6 ou 7 ans qui tiennent de vrais pistolets. De l'eau, des biscuits et des portraits de Kadhafi sont distribués".
09H45 - Scènes de joie - A Tripoli, le reporter de l'AFP, Antoine Lambroschini décrit des scènes de tirs de joie dans le centre ville: "Ils tirent des centaines de munitions dans l'air sans se soucier des balles qui retombent. Des klaxons de voitures partout, des drapeaux aux rebords des fenêtres". Un soldat déclare: "Nous tirons en l'air parce que nous avons vaincu Al-Qaida".
EN DIRECT - Au 20e jour de la révolte, l'opposition libyenne s'efforce de progresser vers l'ouest et s'organise sur le plan politique en se déclarant "seule représentante" du pays. Le colonel Kadhafi lance ses troupes en direction de Benghazi, fief de l'insurrection dans l'est. Le régime affirme ce matin avoir repris aux insurgés le contrôle de plusieurs villes comme Ras Lanouf, Misrata et Tobrouk, ce que conteste la rebellion.

d'après : http://www.elwatan.com//une/en-direct-en-libye-kadhafi-lance-la-contre-offensive-06-03-2011-114760_108.php

Egypte : Le Peuple a réclamé la chute du gouvernement - Ahmed Chafik démissionne !

Mogniss H. Abdallah (agence IM’média) publié le jeudi 3 mars 2011.

Ce jeudi 3 mars 2011, le premier ministre Ahmed Chafik a démissionné. L’annonce en a été faite initialement par le conseil supérieur des forces armées sur sa page Facebook - sorte de J.O. numérique pour communiquer avec le peuple.

La pression populaire y est pour beaucoup : ces derniers jours, des centaines de personnes recommençaient à s’installer place Tahrir pour exiger la démission du gouvernement Chafik, la fin effective de l’Etat policier et notamment des pratiques autoritaires pour étouffer l’expression populaire et la contestation persistante.

Essam Sharaf, un civil, a été nommé par le conseil suprême des forces armées pour former un nouveau gouvernement.

Ingénieur et ancien ministre des transports viré en 2006 par Moubarak, Essam Sharaf est présenté comme ayant rejoint les protestataires place Tahrir avant même la chute de Moubarak. De fait, il a le profil du "technocrate" réclamé par différentes forces protestataires pour assurer un gouvernement intérimaire pour s’occuper de la vie quotidienne des Egyptiens d’ici des élections libres et démocratiques. Son nom aurait même été proposé par certaines coalitions "pro-démocratie".

Cette nomination est perçue comme un pas important vers un processus de réformes réelles du système. Son annonce a d’ores et déjà relancé un état d’esprit plus optimiste, contrastant avec la défiance croissante ces derniers jours. Va-t-elle pour autant désamorcer la mobilisation populaire prévue place Tahrir pour la journée "pour trancher" ( youm el hazm ), vendredi 4 mars ?

Cependant, "la révolution continue", clame ses organisateurs, qui exigent toujours avec force la libération immédiate de tous les prisonniers politiques, la levée de l’état d’urgence et la dissolution des services de la Sûreté de l’État.

Simultanément, la pression s’accentue pour les revendications de justice sociale - à commencer par l’instauration immédiate d’un salaire minimum garanti de 1 200 livres égyptiennes et la réduction des inégalités par une baisse des hauts salaires -.

La liberté d’association est aussi à l’ordre du jour. Mercredi 2 mars 2011, des centaines de travailleurs ont tenu une conférence préparatoire pour l’inauguration officielle d’une fédération nationale des syndicats indépendants, dont le principe a été lancé le 30 janvier dernier. Les associations des travailleurs du textile de Mahalla, des transports publics, de la Poste, ainsi que les sidérurgistes de Helwan, ont ainsi annoncé leur intention de rejoindre cette fédération.

3 mars 2011

[Pour en savoir plus sur l’agence IM’Média : http://www.vacarme.org/article204.html->]


Mogniss H. Abdallah (agence IM’média)
d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10245



Libye : SUSPICION LÉGITIME, DANGEREUSE INACTION
par K. Selim - lequotidien-oran.com - publié le lundi 28 février 2011.

Au fil des heures sanglantes de l’insurrection du peuple libyen contre le colonel Kadhafi et son clan, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le déchaînement de violences contre la population désarmée de ce pays.

La folie meurtrière du « guide » de la « Grande Jamahiriya » ressemble à celle d’un fauve aux abois qui croit que la seule issue possible est dans un paroxysme de feu et de sang pour terrifier le peuple et casser son élan libérateur. C’est la version kadhafienne de la sinistre stratégie du Shock and Awe développée par George W. Bush et ses complices néoconservateurs contre le peuple irakien.

Devant l’horreur de cette répression où des moyens militaires sont utilisés contre des manifestants pacifiques, l’opinion mondiale exprime sa révulsion et son indignation. Des voix s’élèvent ici et là pour suggérer une intervention militaire occidentale pour sauver le peuple libyen et renverser définitivement le régime de Kadhafi.

Or, les Libyens insurgés le disent et le redisent sur tous les tons : ils s’en occupent eux-mêmes et ne veulent pas d’une intervention occidentale dont ils devinent clairement les intentions peu humanitaires. Les médias occidentaux n’accordent pratiquement aucune place à cette opposition populaire à une intervention « humanitaire » aux arrière-pensées pétrolières évidentes.

Les dénégations du chef de l’Otan et des dirigeants occidentaux ne sont guère convaincantes. Une intervention « militaro-humanitaire » est rendue de plus en plus plausible par la constitution d’une force navale substantielle à proximité des eaux territoriales libyennes. La suspension par l’Italie de son pacte de non-agression avec la Libye conforte les inquiétudes des observateurs, qui voient dans la programmation des réactions occidentales une mise en condition de l’opinion publique internationale pour une aventure militaire destinée à « sécuriser » les puits et les canalisations pétrolières sous le prétexte de protection du peuple libyen.

Ce scénario est rendu possible par l’extraordinaire silence des Etats voisins, dont on se demande s’ils conservent un minimum de responsabilité politique s’agissant de leur environnement géostratégique immédiat. Le mutisme des pays arabes voisins traduit certainement leur manque d’enthousiasme face à l’effondrement d’un régime avec lequel ils avaient tous partie liée. Ne rien faire et ne rien dire qui puisse gêner le colonel Kadhafi semble être la ligne observée par des Etats qui n’ont visiblement aucune capacité de réaction face à la désintégration du régime et aux risques d’une intervention étrangère.

Cette stupeur muette devant l’accélération des événements et leurs implications possibles est consternante. La déstabilisation prolongée de la Libye est pourtant lourde de dangers pour toute la région et devrait amener les Etats voisins à prendre leurs responsabilités. Il s’agit de mettre un terme à l’effusion de sang, de permettre aux Libyens de se libérer - quitte à ménager une porte de sortie aux tenants du régime de Kadhafi - et de réduire le risque d’une intervention occidentale.

La résolution du Conseil de sécurité, pour sévère qu’elle soit, se caractérise par l’absence de mesures immédiates visant à réduire la capacité de nuisance de Kadhafi. L’instauration d’une zone d’exclusion aérienne aurait permis de hâter la chute du régime et de limiter les risques d’une dérive vers le chaos. En refusant une telle mesure, le Conseil de sécurité renforce les suspicions.

L’importance de la Libye en tant que fournisseur d’hydrocarbures et sa situation stratégique sont les éléments objectifs du poker menteur joué par les grandes puissances. Une coordination des voisins arabes pourrait garantir l’issue la moins douloureuse possible qui permettrait au peuple libyen de s’émanciper d’un régime absurde, tout en rendant impossible une intervention occidentale.

Le peuple libyen est, à n’en pas douter, prêt à accueillir favorablement une initiative régionale visant à tourner la page du régime et à assurer une transition vers la nouvelle Libye. Toute la question est de savoir si ces Etats en ont la capacité.

http://www.lequotidien-oran.com/?ne...


par K. Selim - lequotidien-oran.com

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10226

El Gueddafi va armer ses Sbires . La Libye au bord de la guerre civile
El Watan - publié le samedi 26 février 2011.

Amnay idir - El Watan - le 26.02.11

Condamné par la communauté internationale, abandonné par plusieurs de ses diplomates en poste à l’étranger, cerné de toutes parts par la révolte populaire, le colonel Mouammar El Gueddafi poursuit la répression sanglante de son peuple.

Répression qui marque aussi l’agonie d’un régime qui, dans ses derniers balbutiements, continue à semer la terreur avec son lot de victimes. Il exhorte même ses partisans, dans un dernier geste de désespoir, à tirer sur la population. Alors qu’il est déjà accusé par les instances internationales de « crimes contre l’humanité ». Hier, le colonel Mouammar El Gueddafi est apparu sur la place Verte, à Tripoli, et a ordonné à ses partisans de se préparer à « défendre la Libye », selon des images diffusées par la télévision d’Etat. « Nous allons nous battre et nous les vaincrons », a-t-il menacé, selon des images transmises en direct à la télévision d’Etat. « S’il le faut, nous ouvrirons tous les dépôts d’armes pour armer tout le peuple », a-t-il ajouté à l’adresse de ses sbires. Fidèle à ses aberrations dignes du roi Ubu, il a déclaré : « Je ne suis ni président ni roi, je n’ai aucune fonction mais ce peuple m’aime. » Et de poursuivre : « La vie sans dignité n’a aucune valeur, la vie sans drapeau vert n’a aucune valeur. »

Le même jour, avant son apparition à la télévision, les forces loyales au tyran El Gueddafi ont tiré sur des manifestants, à Tripoli, faisant au moins deux morts, selon l’AFP. Alors que l’opposition a déjà pris le contrôle de l’est du pays. Ainsi, en ce onzième jour de révolte populaire contre le pouvoir, El Gueddafi est confronté aussi à une opposition de plus en plus déterminée à provoquer sa chute. Entre-temps, les initiatives se multiplient de la part de la communauté internationale. A savoir : réunion de l’ONU, propositions de sanctions, d’embargo total et de mise en place d’une zone d’exclusion aérienne. La contestation s’étend de l’ouest de Tripoli à Benghazi, à 1000 km à l’est de la capitale, dans des villes côtières ou proches des côtes. En parallèle, la région orientale pétrolifère est aux mains de l’opposition armée, qui s’organise en mettant en place une nouvelle administration. A Tobrouk est brandi le drapeau de la monarchie du roi Idriss Senoussi, que le colonel a détrôné par un coup d’Etat en 1969. Troisième ville du pays, située à 150 km à l’est de la capitale, Musratha est désertée par les partisans du guide autoproclamé.

A l’ouest de Tripoli, dans la ville de Zawiyah, les combats entre opposants et partisans du régime ont fait « plus de 35 morts, peut-être même 50 », a par ailleurs affirmé le porte-parole de la Ligue libyenne des droits de l’homme. Les violences ont déjà fait plusieurs centaines de morts, de 300 à un millier, selon les sources. Des témoins parlent même de massacres perpétrés par les partisans du colonel dans cette ville. L’ambassadeur adjoint de la mission libyenne à l’ONU, Ibrahim Dabbashi, a déclaré hier que le nombre de morts dans son pays se compte par milliers et non par centaines. A l’étranger, l’indignation s’amplifie contre le pouvoir libyen, de plus en plus isolé. « Monsieur El Gueddafi doit partir », a déclaré le président français Nicolas Sarkozy en visite à Ankara. Paris et Londres proposent au Conseil de sécurité de l’ONU un projet de résolution prévoyant « un embargo total sur les armes », « des sanctions » et une « saisine de la CPI pour crimes contre l’humanité », selon la chef de la diplomatie française, Michèle Alliot-Marie.

L’Union européenne (UE) et l’OTAN se sont concertés en urgence, hier en Hongrie, pour neutraliser le colonel libyen. Les pays de l’UE, de leur côté, ont trouvé un accord quant à la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne en Libye pour interdire aux avions militaires libyens de voler si l’ONU donne son feu vert, selon un diplomate. Et pour décréter un embargo sur les ventes d’armes et de matériel de répression, ainsi que des gels d’avoirs et des interdictions de visas à l’encontre de Mouammar El Gueddafi et de ses proches. Le département au Trésor des Etats-Unis a par ailleurs appelé les institutions financières américaines à être particulièrement vigilantes sur les mouvements de fonds de responsables libyens. Le Conseil des droits de l’homme à l’ONU a réclamé hier, dans une résolution, la suspension de la Libye de ses rangs. Au regard de la situation chaotique dans laquelle se retrouve la Libye, les évacuations dans des conditions difficiles par terre, mer et air se poursuivent. Jusque-là, 40 à 50 000 migrants ont fui depuis lundi la Libye par les frontières terrestres, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

http://www.elwatan.com/une/la-libye-au-bord-de-la-guerre-civile-26-02-2011-113521_108.php




L’existence de centres de détention secrets reconnue
El Watan -
le 25.02.11 | 01h00


C’est une première. Un haut responsable de l’Etat reconnaît implicitement l’existence de centres de détention secrets, gérés par les «services de renseignements, particulièrement militaires».

Et le premier «désaveu» à peine voilé d’un officiel aux «méthodes» de lutte antiterroriste d’un service de sécurité. Hier, sur les ondes de la Chaîne III de la Radio d’Etat, Daho Ould Kablia, ministre de l’Intérieur, a déclaré, commentant la prochaine levée de l’état d’urgence : «On a souvent reproché aux services de renseignements, particulièrement militaires, de détenir des personnes pendant des périodes indéterminées à l’insu de toute autorité ou à l’insu de leurs familles et de leurs avocats.» Le ministre ne précise pas l’origine des reproches, pourtant connues du grand public : des familles de disparus aux ONG internationales. La Commission des droits de l’homme de l’ONU a déjà classé, depuis plusieurs années, l’Algérie parmi les 66 pays pratiquant la détention secrète. «Actuellement, le fait que ces personnes soient placées en état de surveillance sous l’égide d’une autorité judiciaire leur offre les garanties de faire appel, communiquer avec leurs avocats et recevoir des visites», a-t-il expliqué, ajoutant que l’assignation à résidence surveillée est laissée à l’appréciation du juge d’instruction. Est-ce à dire que les «services de renseignements militaires» sont écartés du travail de renseignement dans l’antiterrorisme ? Ould Kablia a précisé que l’armée obtiendra toujours le concours de la police et de la gendarmerie dans l’instauration de barrages par ces deux corps constitués, les renseignements, le soutien logistique et toute autre forme de soutien nécessaire à une opération de lutte contre les groupes armés. Par ailleurs, le ministre a déclaré que la levée de l’état d’urgence implique également «la disparition des barrages militaires, la réquisition par l’autorité civile de l’armée et les mesures de perquisition de nuit».


Libye : Le crépuscule du fou
Al Watan -
le 25.02.11 | 01h00



Photo AFP

Le dirigeant libyen, Mouammar El Gueddafi, a accusé, hier, les insurgés, maîtres de l’est de la Libye, d’être des «drogués» et de servir les intérêts d’Al Qaîda, alors que la communauté internationale craint une catastrophe humanitaire dans la foulée de l’exode des Libyens.


Le plus ancien dirigeant du monde arabe a pris la parole, dans un message audiodiffusé par la télévision libyenne, pour la seconde fois en 48 heures pour fustiger les contestataires. «Ces gens n’ont pas de vraies revendications, leurs revendications sont celles de Ben Laden», a-t-il affirmé dans son intervention d’une vingtaine de minutes. Le leader libyen a par ailleurs indiqué que son pouvoir était seulement moral. «Je n’ai pas le pouvoir de faire des lois ou de faire appliquer la loi.

La reine d’Angleterre n’a pas cette autorité. C’est exactement mon cas», a-t-il dit. Il a en outre affirmé que les manifestants prenaient de la drogue distribuée par des «agents de l’étranger». Dans un bandeau en bas de l’écran, la télévision a précisé que le «guide s’adresse aux habitants de la ville de Zawiyah», à 60 km à l’ouest de Tripoli. Il a présenté ses «condoléances aux familles de quatre membres des forces de sécurité tuées» à Zawiyah. Au dixième jour de cette révolte sanglante, les rues de Tripoli étaient quasi désertes en matinée après une nuit troublée par des tirs nourris. Dans l’ouest du pays, la ville de Zouara a été «désertée par la police et les militaires» et «le peuple tient la ville», ont affirmé des témoins arrivés dans la Tunisie voisine par la route.


Stigmates


Dans l’Est, la région, riche en pétrole, tombée aux mains des opposants, les murs criblés de balles d’Al Baïda étaient autant de stigmates de la violence des combats entre opposants et «mercenaires» pro-régime. «J’ai démissionné et je suis venu à Al Baïda pour être solidaire de mon peuple», assure le général Salah Mathek, un responsable de la police qui a fait défection comme une dizaine de généraux et de colonels. «Ils nous ont ordonnés d’attaquer le peuple et j’ai refusé», explique un autre général, Abdel Aziz al Busta. «On parle de marcher sur Tripoli. Notre objectif est Tripoli, si Tripoli n’arrive pas à se libérer par lui-même», dit un autre officier. Les opposants semblent contrôler la région allant de la frontière égyptienne jusqu’à la localité d’Ajdabiya plus à l’ouest. Selon des informations non confirmées d’habitants anti-Gueddafi à Al Baïda, les partisans du «guide» sont concentrés dans la capitale, où la milice Khamis disposerait notamment de 9 000 combattants ainsi que de chars, d’avions et d’armes lourdes.

L’armée régulière, de son côté, a été affectée par les mutineries, selon des sources qui affirment que le sort de 140 officiers de Tripoli qui s’étaient retournés était inconnu. A l’étranger, les protestations se multipliaient contre le régime d’El Gueddafi, de plus en plus isolé après avoir été lâché par ses pairs arabes et plusieurs proches et diplomates. Alors que le président américain Barack Obama a jugé mercredi «scandaleux» le bain de sang en Libye, l’UE a chargé ses experts d’examiner des interdictions de visa, des gels d’avoirs et d’éventuelles poursuites contre des dirigeants libyens. Paris a estimé que les violences perpétrées par le pouvoir «pourraient constituer des crimes contre l’humanité» et souhaité qu’El Gueddafi «vive ses derniers moment de chef d’Etat». Londres s’est dit favorable à «une enquête internationale» sur les «atrocités».


Migration


La Commission européenne s’est dite préoccupée par le risque de catastrophe humanitaire et évaluait les besoins en cas d’exode massif de la population. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, plus de 30 000 Tunisiens et Egyptiens ont fui la Libye depuis lundi, 38 000 personnes ont quitté le pays au total. Un porte-parole de la Commission européenne a indiqué que l’UE cherchait un appui naval militaire pour évacuer ses quelque 6 000 ressortissants toujours en Libye. La Libye détenant les plus importantes réserves de pétrole en Afrique, l’or noir poursuivait son envolée sur les marchés, atteignant des prix record depuis plus de deux ans, à près de 120 dollars le baril à Londres et plus de 100 à New York. ENI, premier producteur étranger en Libye, a annoncé que sa production avait été réduite de plus de 50% après l’arrêt de certaines activités. D’autres groupes pétroliers ont cessé une partie de leurs activités dans le pays comme l’espagnol Repsol ou le français Total. Depuis le 15 février, 300 personnes ont été tuées, selon un bilan officiel, la plupart à Benghazi, deuxième ville du pays. Mais la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme a parlé d’au moins 640 morts.
Mehdia Belkadi et agences


La révolution égyptienne et la centralité du conflit israélo-palestinien
Le Monde.fr-par Anis Balafrej, militant associatif - 22.02.11

La révolution de la jeunesse arabe ne suscite pas l’enthousiasme de certains intellectuels français. Passée la stupeur, ils sont bien obligés d’admettre la réalité : en deux mois, un mouvement de masse pacifique et résolu a mis à bas deux tyrans corrompus et alliés de l’Occident.
M. Glucksmann, dans le Monde, n’observe le Printemps arabe, que par l’oeillière israélienne et constate ainsi qu’il n’y a pas eu de drapeau israélien brûlé place Tahrir ni de « Palestine vaincra » ! Mieux encore, personne ne se serait offusqué, pas même les Frères musulmans, lorsque les militaires qui gouvernent l’après-Moubarak ont déclaré qu’ils respecteront le traité de paix avec Israël. Et, cerise sur le gâteau, ces « jeunes manifestantes voilées qui désirent une démocratie égyptienne comme en Israël » !

Décidément, à lire M. Glucksmann, la révolution égyptienne est devenue « fréquentable », pas trace de Palestine ni de conflit israélo-palestinien, « obsession des obsessions », Place Tahrir. Et de conclure péremptoirement : les chancelleries feraient mieux de réviser leur stratégie : la question palestinienne n’a rien de central ! « Jérusalem n’est pas le centre du monde ».

M. Glucksmann s’est bien gardé de prendre sa plume pour saluer dès le début, le vent de liberté qui secoue le monde arabe. Et pour cause !

La prise en main par le peuple égyptien de son destin, entraînant la chute d’un despote, ami docile d’Israël, n’est pas une bonne nouvelle. Voilà la vraie raison de l’inquiétude.

Moubarak a désengagé l’Égypte du conflit israélo-arabe, tissé des liens étroits avec l’armée israélienne pour assurer la sécurité d’Israël et, tout au long de ses 30 années de dictature, a obéit au doigt et à l’œil aux injonctions de son voisin, notamment en contribuant au blocus de Gaza et en érigeant sur la frontière Sud de ce territoire un mur souterrain pour empêcher le fonctionnement des tunnels.

Sans oublier les efforts de promotion des relations économiques avec son voisin, en donnant lui-même l’exemple, avec la participation au capital d’une société mixte israélo-égyptienne, chargée de vendre le gaz égyptien à Israël, par le biais de son homme de paille, Salem Hussein,.

Toute la stratégie de Moubarak a consisté à appliquer scrupuleusement les accords de Camp David dont la principale conséquence a été la marginalisation de la question palestinienne et la place de l’Égypte dans le monde arabe.

La révolution de la jeunesse arabe a recréé un espace politique commun animé par les mêmes aspirations de liberté et de démocratie. Dans cet espace, la Palestine cristallise la soif de justice de la jeunesse arabe et la révolte contre l’impuissance voire la collusion de leurs dirigeants avec Israël.

La chute de Moubarak vient donc replacer le conflit israélo-arabe au centre de l’intérêt national.

Que ce soit à Tunis, au Caire ou dans le reste du monde arabe, la mise en place d’institutions démocratiques, ne pourra que traduire le soutien des peuples arabes à la cause palestinienne. Les représentants du peuple égyptien souverain ne seront pas les gendarmes d’Israël, comme le fut Moubarak. Les bouleversements en cours et à venir dans le monde arabe sonnent la fin de la récréation pour les dirigeants sionistes.

Israël sera confronté directement à la colère des masses arabes dont les représentants au pouvoir ne fermeront plus les yeux sur les crimes, les agressions contre les territoires occupés et la colonisation de la terre palestinienne. Il devra choisir entre la paix et l’intégration dans la région, ce qui implique la reconnaissance de tous les droits du Peuple palestinien, en particulier leur droit au retour dans leur pays et l’égalité entre tous les citoyens, quelque soient leurs religions ou la poursuite de la politique sioniste d’apartheid, d’usurpation de la terre palestinienne et de guerre. Mais plus pour longtemps, car les temps changent.

Plus que jamais, Jérusalem est le centre du monde.

Anis Balafrej (le 21 Février 2001)

d'après : http://www.lemonde.fr/idees/chronique/2011/02/23/la-revolution-egyptienne-et-la-centralite-du-conflit-israelo-palestinien_1483434_3232.html



Le Collectif algérien de soutien aux luttes en Algérie pour le changement et la démocratie.

LE Comité de solidarité avec la lutte du peuple égyptien

LE collectif de soutien a la lutte des habitants de Sidi Bouzid – TUNISIE

AVEC LES LIBYENS LIBRES CONTRE LES MASSACRES DE KHADAFI

Face à l'aggravation des massacres perpétrés par le régime fasciste et sanguinaire de Khadafi , les trois collectif de soutien Algérien, Égyptien et Tunisien qui regroupent des citoyens, des associations, des organisations et partis politiques Algériens, Égyptiens, Tunisiens et leurs allies et amis maghrébins, arabes et français associations, syndicats et organisations politiques, vous appellent à amplifier le soutien la lutte du peuple libyen et à l'arrêt immédiat des massacres.

 

A BAS LA DICTATURE DE KHADAFI

HALTE A LA RÉPRESSION, AUX MASSACRES, AUX EMPRISONNEMENTS

VIVE LA LUTTE DU PEUPLE LIBYEN CONTRE LA DICTATURE

 

Rassemblement cet après midi

Mardi 22 février 2011
Consulat de Libye à Paris à 18 heures.

6,8 rue Chasseloup-Laubat 75015 paris

métro Cambronne ligne 6 ou Ségur ligne 10



Appel lancé ce soir  lors du rassemblement  à la Fontaine  des Innocents lundi soir :

Rassemblement  mardi 22 février à 18h
devant l'ambassade la Libye
6-8 r Chasseloup-Laubat 75015 PARIS
métro Cambronne



Pour suivre les évènements dramatiques de Lybie


21h16
LIBYE : Selon une source militaire libyenne, la ville de Benghazi doit être bombardée avant minuit (Al-Arabiya).
21h12


Selon le site Al-Jazira, l'ambassadeur libyen en Inde, qui vient de démissionner, a accusé le gouvernement de Kadhafi d'avoir recours à des mercenaires pour mater la rébellion



Aller sur : http://www.france24.com/fr/20110221-libye-tripoli-live-blogging-evenements-temps-reel-mouammar-kadhafi-seif-al-islam-benghazi-revolte-revolution

Yémen - Pour suivre ce qui se passe à Taez

http://www.facebook.com/?ref=home#!/taiz.city


La révolution de onze heures à midi.

Ghania Mouffok. , Revue d'Etudes et de Critique Sociale "NAQD", revue publiée en arabe et en français. 15 février 2011


Crédit photo : France 24

90 ans, vénérable et courageux, maître Ali Yahia est méchamment bousculé par de jeunes recrues de la police algérienne qui ne connaissent ni son nom, ni son visage. Mais la marche du 12 à Alger, « pour le changement », aura été l’occasion pour ces nouvelles recrues de la police algérienne de tester les nouvelles méthodes de répression d’une dictature qui désormais doit soigner son image. Obama y veille. Les manifestants, environ deux à trois milles personnes ont eu droit à un véritable ballet d’hommes en bleu, un opéra muet mais presque sans faute. En ouverture : arrestation des manifestants les plus déterminés, audacieux. Cinq à six malabars se jettent sur leur proie repérée, s’en saisissent avec force et la font courir en lui ordonnant : « cours, cours », jusqu’au fourgon stationné à quelques mètres de là, sous le regard sidéré des manifestants qui s’écartent pour les laisser passer. Les femmes en bleu s’avancent à leur tour, policière zélées, elles infligent aux manifestantes le même traitement, tout a été prévu. Une centaine de personnes sont ainsi arrêtées à la vitesse de la lumière, bien que malmenées, elles seront relâchées. A peine ces drôles de bolides passés, des herses humaines de policiers se mettent en mouvement et enferment ce qui reste de manifestants, les contiennent et empêchent toute sortie de cet étau. Chacune de ces herses humaines est composée d’environ 100 CNS, boucliers transparents aux poings, casqués, bottés, gourdin en bois, ils avancent et reculent, serrés les uns contre les autres, sur trois rangées. Ils sont à droite, à gauche, au milieu, comme le corps d’un immense serpent à plusieurs têtes, ils encerclent la manifestation, un mur sombre de robocops. Pendant que munis de talkie-walkies, d’autres policiers en sentinelle informent du moindre mouvement des manifestants qui, aussitôt détectés, sont empêchés de bouger du cercle infernal. Impossible d’avancer.  Qu’à cela ne tienne, la marche se transforme en rassemblement entre immeubles de la place du 1er mai et arrêt de bus. Traverser cette place assiégée, c’est croiser un morceau d’Algérie qui révèle toutes les contradictions et les haines encore à l’œuvre dans un pays qui - on l’oublie quand on le convoque à son tour à faire « la révolution » -  a connu son cinq octobre 88, son ouverture démocratique échouant tragiquement sur une guerre civile meurtrière et destructrice dont aucune société ne peut sortir indemne. Chaque algérien tient son livre des comptes. Des comptes qui ne sont pas soldés. Une femme pleure, drapée dans un hijeb noir, elle  improvise un récital poétique dans un magnifique arabe littéraire, elle pleure le peuple algérien. Un homme dit : « elle est malade, la pauvre ». Elle le regarde et froidement lui répond : « je vous laisse la raison, laissez-moi la folie ». A un groupe qui s’époumone en kabyle, « Oulach smah oulach », on vient discrètement rappeler qu’il vaut mieux parler arabe, finalement tout le monde tombe d’accord pour scander « Les algériens, les algériens », cri de ralliement des opposants.

Et, pendant que chacun cherche sa place dans cette marche qui sans mouvement bouge quand même, un groupe de jeunes du quartier s’invite dans une violente gaîté pour détourner avec dérision les slogans de la marche. Aux manifestants qui scandent comme sur la place Tahrir au Caire, « Le peuple veut la chute du régime », ils répondent, perchés sur les arrêts de bus : « le peuple veut une pincée de chemma, (du tabac à chiquer) ». « Bouteflika n’est pas Moubarek », chantent-ils vindicatifs, en direction des manifestants qui crient, quant à eux : « Bouteflika dégage ». Les femmes sont renvoyées à leur hijeb et les « kabyles » à leur douar, « allez, donc faire le ramadan », leurs lancent-ils, reprenant à leur compte la propagande insidieuse et raciste, diffusée par les canaux d’un régime passé maître dans l’art de disloquer la nation pour ne pas céder une once de leur pouvoir despotique. Voici, donc, les - pro Bouteflika : ils ont entre quinze et vingt cinq ans, Ils sont agiles et intrépides. Accusateurs, ils crient : « Où sont vos enfants ? » aux vénérables personnalités qui étaient venus les sauver de ce « pouvoir assassin ». Choqués de cet adversaire inattendu, le pire des adversaires : des enfants ; agressés par leur violence, des manifestants s’énervent et les traitent de « voyous ». Un ancien moudjahid, de ceux qui ont libéré le pays du colonialisme, excédé leur lance : «  bâtards ».  Pour les anti-Bouteflika, l’affaire est entendue : ce sont des « voyous payés » par le « pouvoir » pour casser la marche. Mabrouk, 22 ans, étudiant en recherche opérationnelle, s’en défend : « C’est juste qu’on en à marre, ils n’ont qu’à aller faire leurs conflits ailleurs, ici c’est notre quartier, notre patrie. Quand nous, on manifeste, ils nous traitent de racaille, de voyous. Bien sûr que cela me fait de la peine, je suis un homme moi aussi. La différence c’est quoi ? Parce qu’ils sont des intellectuels, c’est un complexe de supériorité. Alors pourquoi aujourd’hui, ils viennent nous chercher ? Nous, quand on manifeste deux jours, on fait au moins baisser le prix de l’huile et du sucre. Et, eux qu’est-ce qu’ils veulent ?  Ces partis nous utilisent comme un moyen pour se frayer un chemin vers la cour des grands ». Et, de citer Khalida Toumi :   « Elle criait, elle aussi à la place du 1er mai, après ils lui ont donné un poste et elle s’est tue, elle s’occupe maintenant de ses affaires.  Et Louisa Hanoune aussi, elle gagne combien Louisa Hanoune maintenant qu’elle est députée ? ». Autrefois opposante au sein du RCD, le seul parti présent à cette marche, Khalida Toumi, est actuellement ministre de la Culture, pendant que Louisa Hanoune est députée du Parti des Travailleurs.  Yacine, 15 ans, élève de terminale, explique à son tour : « Nous on veut la paix. Mon frère, il a vécu les années de sang, il avait peur, le soir il ne sortait jamais, moi, je peux dormir dehors ».
Un troisième ajoute : « Qu’est-ce qu’il leur a fait Bouteflika ? Il nous a ramené la paix. Regarde, je porte des Nike et je mange des Kinder, toutes mes études sont gratuites, les livres sont gratuits, et si Dieu le veut, je serai athlète de compétition, et tout est gratuit », il a 15 ans.  Enfants payés ou enfants paumés ? Hier émeutiers et aujourd’hui contre-manifestants. Petits hommes en devenir, consciences triturées, traités tantôt comme de la chair à canon, tantôt comme des tubes digestifs. « Il ne faut pas leur en vouloir, ils ne savent pas ce qu’ils font. » s’excuse un homme, la trentaine, leur voisin de palier, « bien sûr qu’il y a des gens payés pour mettre la pagaille, le maire ici est FLN, mais ceux là, ils se cachent dans l’ombre du jour ». Ils l’écoutent, se taisent, baissent la tête et s’en vont penauds. Ces adolescents n’ont pas eu de grands-frères : leurs grands frères étaient tétanisés par la peur. Ils sont les  héritiers d’une histoire récente et violente, la nôtre, qui ne leur a pas été racontée et qu’ils se sont construite de bric et de broc, entre l’école de la dictature et les angoisses encore vivaces de leurs parents. Ces quartiers populaires que les élites tentent de se rallier, ont la mémoire de leurs deuils, du prix qu’ils ont payé pour leur adhésion, dans les années 90, au FIS, le Front islamique du Salut : morts violentes, disparitions, torture. « Ali Belhadj on le connaît pas, il a la mort de plusieurs milliers d’Algériens sur la conscience.», dit Mabrouk, leur aîné, en regardant sans ciller Ali Belhadj, son petit bonnet blanc sur la tête se faire embarquer comme un vulgaire manifestant. Ni le FIS de Ali Belhadj, le Front Islamique du Salut, aujourd’hui interdit, et sa « dawla islamiya », ni son adversaire acharné, le RCD, le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie, qui avait soutenu l’armée lors des élections municipales en 1991, « pour sauver la république » derrière les chars, ne trouvent grâce à leurs yeux, dans un rejet inquiétant de tous les partis. Quand Ali Belhadj est arrivé sur la place, il a été entouré par quelques dizaines de manifestants admiratifs qui se sont jetés sur lui pour l’embrasser, mais dans ce quartier où autrefois il aurait fait trembler la terre, les commerçants, même les barbus, continuaient, imperturbables, leurs petits commerces. La mémoire partagée, ceux qui, au sein de la manifestation, s’appellent les « démocrates », hésitent entre le rejet, quelques « dégage » fusent et l’acceptation, pendant qu’une femme, la cinquantaine au bord de la syncope s’écrie : « mais qu’est-ce qu’il fait là, celui-là ? Je ne veux pas le voir. Je ne veux pas le voir. » Les policiers mettront tout le monde d’accord, jouant en finale, le ballet de la guerre froide : désormais il y a trois cercles de serpents.
Un cercle pour contenir les islamistes qui ont accepté après négociation avec la Coordination d’être présents à titre individuel et pas en tant que parti. Un cercle pour contenir les démocrates et enfin un cercle pour contenir les « voyous ». Algérie éclatée, décomposée, plaies béantes et haines cordiales. Il est midi, la marche qui aurait dû commencer depuis une heure est déclarée terminée. Les membres de la Coordination nationale se retirent, après avoir pris à témoin les opinions internationales à travers les quarante médias étrangers qui ont été accrédités, bizarrement, par les autorités algériennes pour couvrir la « marche interdite » par crainte « du terrorisme ». Laissant orphelins les manifestants qui tournent en rond. De braves gens, avocats, universitaires, journalistes, syndicalistes qui tentent à travers des syndicats autonomes de défendre ce qu’il reste dans ce pays du service public, professions libérales, militants sincères de ceux qui se  retrouvent depuis 20 ans, au moins, sur cette place comme des porteurs d’une malheureuse ambition algérienne. Mme Nacéra Dutour, de SOS disparus et dont le fils a été enlevé par les forces de sécurité ne comprend pas : « Mais pourquoi, ils se retirent, c’est ça la marche pour le changement ? Mais des rassemblements comme ça j’en fais tous les jours…» La place se dépeuple, quelques dizaines de personnes maintiennent l’illusion de la mobilisation. Quand, curieusement, ceux qui il y a à peine quelques instants étaient pro Bouteflika se saisissent de la place pour, à leur tour, crier menaçants : « Echâab yourid taghyer anidam, le peuple veut le changement du régime ». Le ballet d’hommes en bleu effectue un petit dérapage et improvise un classique : un soupçon de grenade lacrymogène. Comme si le départ de l’avant-garde autoproclamée, prenant rendez-vous à onze heures exactement avec la Révolution pour la quitter à midi comme de braves fonctionnaires, avait rendu à la réalité toute la brutalité du monde. 
Ghania Mouffok.     
      
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Entretien avec Mohamed Hassan : Où va l’Egypte ? Où va le monde arabe ?

Grégoire Lalieu, Michel Collon publié le jeudi 17 février 2011.

16 février 2011

Après la Tunisie, Égypte ! Sous la pression du peuple, le président Hosni Moubarak, accroché au pouvoir depuis trente ans, a finalement quitté son poste. Quels sont les enjeux de la révolution égyptienne ? Quel impact pour les États-Unis et Israël ? La chute du raïs va-t-elle favoriser la montée de l’islamisme comme le craignent la plupart des médias occidentaux ? Mohamed Hassan répond à ces questions.

INTERVIEW : Grégoire Lalieu & Michel Collon

Jusqu’il y a peu en Europe, beaucoup de citoyens pensaient qu’il serait difficile de faire tomber les dictatures arabes. Mais vous ne partagiez pas cet avis. Pourquoi ?

Durant les années 60, j’ai étudié en Égypte. Nous étions à l’époque trente mille étudiants étrangers venus d’Afrique, d’Inde ou même d’Indonésie, à profiter d’un programme d’éducation mis en place par Nasser quelques années auparavant. Je dirigeais le bureau des étudiants somalis et je me souviens que la plupart des Égyptiens moyens avaient beaucoup de sympathie pour nous car notre présence symbolisait la solidarité de Égypte avec l’Afrique : ils en étaient fiers !

En 2009, après trente ans d’absence, je décidai de retourner aux pays des pharaons. Dans l’avion, je discutai avec des journalistes égyptiens et leur fis part de mes inquiétudes : on m’avait dit que Égypte était devenu un État policier et que les arrestations étaient courantes. Mais les journalistes me rassurèrent, aussitôt prétendant que leur pays était une démocratie et qu’il n’y avait pas de craintes à avoir.

Arrivé au Caire, je fus impressionné de voir comment la ville s’était développée. Incroyable ! C’était devenu une ville immense, accueillant chaque jour deux mille nouvelles personnes. Je pris un taxi et me rendis dans les locaux de l’association que j’avais dirigée. J’y retrouvai une vieille connaissance égyptienne, Mohamed, avec qui nous prenions régulièrement le thé à l’époque et dont nous savions qu’il était en contact avec les services de renseignements. Je lui demandai quelle était la situation en Égypte. Il me répondit très en colère que ce pays était dirigé par des gangsters qui pillaient les richesses. Connaissant son passé dans les services secrets, je soupçonnai Mohamed de dire cela pour me tirer des vers du nez. « Tu peux parler, répondit-il. Tout le monde s’en fout ici. Les autorités ne contrôlent rien. Et ce bâtard, ajouta-t-il en désignant une photo de Moubarak accrochée au mur, il ne vit même pas au Caire, mais à Sharm el-Sheik (une station balnéaire très prisée par les touristes). »

Je fus très surpris car je pensais que les gens n’osaient pas critiquer le régime dans cet État policier. Aussi, dans les jours qui suivirent, je questionnai les gens dans la rue, dans le bus, sur le marché, etc. Tous tenaient le même genre de propos : « Les dirigeants sont des voleurs, un jour on leur coupera les doigts ! ». J’en arrivai à la conclusion que Égypte était prête pour une révolution.

Vous dites que le pays était prêt voilà deux ans. Pourquoi la révolution éclate-t-elle aujourd’hui ?

L’élément déclencheur est le suicide de Mohamed Bouazizi, le jeune vendeur tunisien qui s’est immolé. C’est la goutte qui a fait déborder le vase. Pour les musulmans, le suicide est un péché car Allah vous a donné la vie et vous l’enlevez de vos propres mains. Mais Bouazizi est devenu un martyr car il représente toute la jeunesse du monde arabe qui vit dans des conditions difficiles. Sa mort a donc été un élément déclencheur non seulement pour la Tunisie mais aussi pour Égypte et d’autres pays de la région. Car les conditions sont les mêmes partout : une population très jeune mais sans avenir, une répression policière très forte, des élites corrompues…

Les jeunes Arabes ne se retrouvent pas dans ce système où ils ne peuvent même pas entrevoir un futur. A trente ans, beaucoup ne peuvent pas s’acheter de maison et doivent encore vivre avec leurs parents. D’autres essaient d’émigrer : soit ils perdent la vie en traversant la Méditerranée, cet immense cimetière, soit ils réussissent à gagner l’Europe mais sont traités comme des chiens.

Face à cette misère, vous trouvez dans les pays arabes une élite qui se la joue bling-bling, faisant du shopping dans des boutiques luxueuses, roulant dans des 4x4 dernier cri, se pavanant sur des yachts…

Jusqu’à maintenant, les pauvres ont survécu grâce à la solidarité entre eux. Vous ne voyez pas, comme dans mon pays, Éthiopie, des tas d’ONG occidentales distribuer du pain ou d’autres biens de première nécessité. Mais les contradictions dans la société étaient telles que le système devait éclater.

Ce n’est pas la première fois que des révoltes populaires éclatent dans le monde arabe. Mais elles ont toujours été réprimées jusqu’ici. Comment expliquer qu’elles débouchent sur des révolutions aujourd’hui ?

Un poète tunisien a dit il y a longtemps : si le peuple veut vivre ne fût-ce qu’un jour, tout peut arriver. Le peuple peut dormir paisiblement pendant des centaines d’années. Mais s’il désire vivre, même une seule minute, rien ne pourra l’arrêter.

C’est ce qui arrive maintenant. Il n’y a pas d’explications scientifiques. Aucun historien ne pourrait dire pourquoi cela se produit précisément aujourd’hui. Si c’était possible, l’ennemi qui ne voulait pas accorder sa liberté au peuple égyptien aurait été en mesure de prévoir ces événements et aurait tout fait pour empêcher cela.

Comme vous le soulignez, des révoltes spontanées ont régulièrement éclaté et elles ont toujours été réprimées. Mais toutes ces révoltes sont des rivières qui, avec le temps, ont fini par former un fleuve de contestation insurmontable.

De plus, il faut voir le contexte particulier du monde. Lénine a dit qu’à la différence des tortues, l’être humain ne vit pas des centaines d’années. Par conséquent, il faut analyser l’histoire de l’humanité par décennies. Et le monde a beaucoup changé ces dix dernières années.

La crise économique est un facteur important ?

Il y a en effet une grave crise capitaliste, le déclin des puissances occidentales et le passage d’un monde unipolaire dominé par Washington à un monde multipolaire avec l’ascension des pays émergents. Cependant, la faiblesse des États-Unis n’est pas si nouvelle. Le véritable changement, c’est que l’image des États-Unis dans le monde reflète cette faiblesse aujourd’hui. En effet, il n’y a pas que la force économique ou militaire. Il y a aussi l’impact psychologique de l’image que donne une puissance comme les États-Unis. Cette domination culturelle et intellectuelle est très importante.

Après l’effondrement de l’Union soviétique, il y a eu une offensive orchestrée par des intellectuels US tels que Francis Fukuyama avec La fin de l’Histoire ou Samuel Huntington avec Le choc des civilisations. Cette offensive a instauré une véritable terreur intellectuelle sur le reste de la planète en prétendant que l’Occident était devenu le maître du monde.

Comment cette image de toute puissance de l’Occident a-t-elle été brisée ?

Tout d’abord, il y a la guerre en Afghanistan. Je me souviens en 2001, en pleine affaire des courriers piégés à l’anthrax : des journalistes de CNN interviewaient un ministre taliban. C’était un vieil homme, assez arriéré, avec un turban, une grosse barbe, etc. Un journaliste survolté lui demanda si son pays était responsable des attaques à l’anthrax. Le vieil homme éclata de rire : il ne comprenait rien et ne savait même pas ce qu’était l’anthrax ! Mais la télévision US était pourtant en train de présenter cet homme modeste comme un dangereux terroriste ! Avec ce genre de scénario ridicule, les États-Unis ont envahi l’Afghanistan. Mais cette guerre s’est révélée être un fiasco et l’image de superpuissance de l’Occident en a pris un sacré coup.

L’autre élément très important est la résistance irakienne. Les États-Unis ont été incapables de contrôler le pays et leur déroute militaire face aux résistants a fait passer le baril de pétrole de 30 à 75 dollars en peu de temps. Cette hausse soudaine a rapporté beaucoup d’argent dans les caisses des pays producteurs de pétrole. Endettés à cause des programmes de la Banque mondiale et du FMI, ces pays ont pu effacer leur ardoise et retrouver une certaine indépendance.

Les campagnes militaires en Afghanistan et en Irak sont donc des échecs. L’usage brutal de la force a ouvert les yeux des populations arabes : il n’y a que les fous et les peureux qui tuent de cette manière. Cette violence aveugle n’a donc fait que renforcer la résistance à l’impérialisme. De plus, il y avait une théorie disant que l’armée US était capable de mener cinq guerres en même temps : deux conflits majeurs et trois de niveau moyen. Les résistances afghane et irakienne ont montré au reste de la planète que tout cela était faux. Ce n’était que de la terreur intellectuelle.

L’évolution des technologies de l’information a-t-elle également joué un rôle important ?

Tout à fait. Les réseaux sociaux sur Internet ont permis aux manifestants de s’organiser malgré la répression policière. Mais l’élément principal selon moi est l’émergence de médias d’information tels qu’Al Jazeera. La domination médiatique de l’Occident est brisée et le fossé qui séparait autrefois les élites et les peuples occidentaux des populations du Tiers-Monde n’est plus si grand. Aujourd’hui, des jeunes étudiants latinos ou arabes reçoivent une meilleure information que leurs camarades d’Occident. L’accès à la télévision s’est démocratisé et des chaines locales diffusent dans la langue des citoyens du Tiers-Monde. C’est très important car le contrôle de l’information est un élément-clé dans les conflits.

Mussolini est le premier à avoir utilisé un média d’information comme arme de guerre. Dans les années 30, la radio italienne diffusait des programmes en langue arabe à destination des colonies contrôlées par les Alliés. Cette radio invita même le mufti de Jérusalem pour servir la propagande fasciste. Ensuite, les Britanniques réalisèrent l’utilité de ce concept et créèrent la BBC internationale, qui diffusait des programmes dans plusieurs langues. Petit à petit, les médias occidentaux se sont imposés comme les maîtres du marché de l’information et ont pu déverser leur propagande au reste de la planète.

Mais aujourd’hui, les populations du Sud ont leurs propres médias. Ce développement a également permis de démocratiser l’information et la culture uniquement accessibles par les livres autrefois. Cela a donc réduit d’une certaine manière le fossé entre les différentes classes sociales.

Autre conséquence : le niveau de conscience politique des citoyens arabes est devenu très élevé. Les gens n’ont plus peur, ils s’organisent et descendent dans la rue. Normalement, par temps de paix, ça peut prendre des années pour que les consciences s’éveillent. Mais en période de crise, les choses s’accélèrent. Il y a quelques semaines, alors qu’ils réclamaient la démission de Moubarak, les Égyptiens ont organisé la marche du million au Caire. Savez-vous d’où cela vient ? De la marche du million organisée en 1995 par le militant Louis Farrakhan aux États-Unis pour attirer l’attention des politiques sur la situation des afro-américains. C’est un clin d’œil, un message envoyé au président Obama pour qu’il comprenne que le niveau de conscience politique des Égyptiens est très élevé.

Égypte de Moubarak était un pilier essentiel de la politique US au Moyen-Orient. Ce pilier est peut-être en train de s’effondrer et d’autres pourraient suivre dans la région. Pensez-vous que les États-Unis étaient préparés à de tels changements dans le monde arabe ?

L’impérialisme US est déconnecté de la réalité. Il vit dans le monde magique de Disney où tout est beau et tout lui réussit. Il n’avait pas pu prévoir la débâcle afghane et irakienne et pensait pouvoir enchaîner avec l’Iran. Un autre exemple : la Chine planchait depuis un moment pour mettre au point un tout nouveau modèle d’avion de combat très sophistiqué. Selon ses informations, le Pentagone estimait que Pékin maitriserait la technologie nécessaire pour faire aboutir ce projet d’ici une quinzaine d’années. Il y a quelques mois, le secrétaire US à la Défense, Robert Gates, s’est rendu en voyage officiel à Pékin. Vous savez comment sont les Chinois : très polis ! Aussi, à l’arrivée de leur hôte sur le tarmac de l’aéroport, ils ont préparé un cadeau de bienvenue et fait décoller devant les yeux ébahis du secrétaire le fameux avion de combat !

Pourquoi les chancelleries occidentales semblent avoir été tant surprises par les révolutions arabes ?

Lors de mon voyage en Égypte en 2009, j’ai été très frappé par l’important dispositif de contrôle policier qui entourait les ambassades occidentales. Dans le bar de l’hôtel où je séjournais, j’ai fait la connaissance de diplomates britanniques. Lorsque la glace était rompue, je leur ai demandé que signifiait tout ce dispositif autour des ambassades. Ils ont rigolé et m’ont répondu : « Mr. Mohamed, vous touchez le point sensible. Nous avons l’impression de vivre dans un zoo. On nous a dit que le peuple égyptien était dangereux et on a donc placé nos ambassades dans des cages ! En fait, au nom de la lutte contre le terrorisme, nos mouvements sont très limités. Notre gouvernement et le gouvernement égyptien nous empêchent de rencontrer les gens du peuple. »

Ces diplomates étaient donc incapables de se faire une idée correcte de la société égyptienne et ne recevaient que des informations positives du gouvernement de Moubarak. Ça m’a rappelé le livre La Tragédie et les leçons du Viêt Nam de Robert McNamara. McNamara fut le meilleur statisticien de l’histoire des États-Unis. Il a fait de la Ford Motor Company l’une des plus importantes sociétés du monde. Il a ensuite été ministre sous Kennedy puis sous Johnson.

McNamara raconte dans son livre comment, durant la présidence de Johnson, les États-Unis disposaient de milliers d’experts au Sud-Viêtnam pour assister le gouvernement. Tous les jours, il recevait des rapports de ces experts disant que tout allait bien. En tant que statisticien, McNamara suspectait que la probabilité de recevoir 100% de rapports positifs sur la situation au Sud-Viêtnam n’était pas réaliste. Il décida donc de réunir à Honolulu ces experts, diplomates, officiers et agents de la CIA qui tous les jours lui envoyaient des rapports. Une semaine plus tard, quand les experts furent retournés, McNamara reçut des rapports fort différents : « Les Viêt-Cong sont en danger, nous avons besoin de plus de renforts et d’assistance dans le Sud ! ». McNamara s’est donc rendu sur place pour tirer tout cela au clair. En fait, les diplomates et les agents US avaient l’habitude d’écrire leurs rapports vers dix heures du matin, après avoir pris un bon petit-déjeuner, fait une partie de tennis et bu un grand verre de whisky. Leurs rapports ne témoignaient pas de la situation objective sur place, mais de leur désir de bien-être personnel et de leur incompétence.

Les diplomates britanniques que j’avais rencontrés étaient un peu dans la même situation. Ils n’avaient aucune idée de la réalité sur place alors que moi-même, en une semaine, j’avais compris que la société égyptienne était sur le point d’exploser.

La chute de Moubarak risque-t-elle de favoriser la montée de l’islamisme en Égypte ?

On parle beaucoup des Frères musulmans en effet. Cependant, non seulement Moubarak n’était pas le rempart qui a permis de contenir la tendance islamiste. Mais la confrérie était aussi une pièce essentielle dans la dictature du raïs.

De 1956 à 1970, Gamal Abdel Nasser a dirigé Égypte avec un programme socialiste, faisant de nombreuses réformes. Il a par ailleurs réprimé la confrérie des Frères musulmans et commis des erreurs à leur encontre. A l’époque, Égypte était proche de l’Union soviétique. A la mort de Nasser, Anouar el-Sadate prit la tête du pays et se rapprocha progressivement des États-Unis. Il adopta une politique économique libérale et se soumit aux intérêts US au Moyen-Orient, enterrant la hache de guerre avec Israël.

Cependant, l’héritage de Nasser était encore très fort en Égypte. C’était un obstacle pour Sadate qui voulait suivre les préceptes de la Banque Mondiale et brader les entreprises publiques au profit de compagnies privées. Le nouveau président égyptien devait donc se débarrasser de ceux qui revendiquaient encore la politique de Nasser. Moubarak à l’époque a eu un rôle bien particulier. Il avait pour mission de former des gangs et de les armer à travers les services secrets pour combattre les nasséristes et les communistes. Mais la répression ne suffisait pas. Il fallait aussi combattre l’héritage de Nasser sur plan idéologique.

Sadate a utilisé la religion pour cela. D’une part, toute une série d’informations ont été révélées sur la répression de Nasser contre les Frères musulmans. Et l’agenda de ces révélations n’était pas un hasard selon moi. D’autre part, Sadate s’est présenté comme un homme de Dieu, un musulman dévoué. Il a introduit de nombreuses mesures pour consolider l’importance de la religion dans la société égyptienne. Par exemple, faire lire des versets du Coran avant le journal télévisé. Sadate a également libéré les Frères musulmans qui étaient emprisonnés.

L’idée que la dictature égyptienne était nécessaire pour contenir la montée de l’islamisme est donc fausse. L’islamisme était en fait une pièce essentielle du système. Il permettait de justifier l’État-policier que soutenait l’Occident.

Pourtant on présente souvent les Frères musulmans comme le principal parti d’opposition en Égypte.

C’est faux. Les Frères musulmans étaient en fait le seul parti acceptable pour le régime égyptien. S’ils étaient vraiment dangereux, la dictature de Moubarak ne les aurait pas tolérés. Or, les Frères musulmans ont même été à plusieurs reprises autorisés à siéger au parlement. Dans une dictature, vous n’acceptez pas votre ennemi. Ce n’est pas comme les communistes ou les islamistes qui étaient bannis en Tunisie. Les Frères musulmans représentent l’autre face du système totalitaire soutenu par l’impérialisme. Leur programme socio-économique n’est d’ailleurs pas progressiste. Ils prônent un capitalisme débridé, la libre entreprise, se sont déjà opposés à des mouvements d’ouvriers ou de paysans… Bref, la ligne parfaite pour permettre à l’impérialisme de continuer à exploiter Égypte.

N’y a-t-il donc pas de forces d’opposition capables de guider la révolution en Égypte ?

Nous avons vu qu’il y avait beaucoup de similitudes en Tunisie et en Égypte sur les raisons qui ont poussé le peuple à se soulever. Il est intéressant aussi de remarquer les interactions entre ces mouvements. Si la révolution tunisienne n’avait pas eu de répercussions dans le monde arabe, elle aurait pu être isolée et réprimée. Mais la révolution tunisienne a encouragé le peuple égyptien à se soulever et parallèlement, la révolution égyptienne a affaibli les éléments réactionnaires qui voulaient étouffer la révolution en Tunisie.

Il y a cependant une grande différence entre ces deux mouvements. Selon moi, la révolution tunisienne est mieux organisée. Notamment du fait que les partis d’opposition ont beaucoup appris de leur expérience dans la clandestinité. Même en prison, l’opposition s’est organisée et les forces contre-révolutionnaires ne peuvent pas la diviser aujourd’hui.

C’est différent pour Égypte. Les nasséristes et les communistes n’ont pas eu autant de patience que leurs homologues tunisiens et représentent seulement un petit segment de la population. Les Frères musulmans n’incarnent pas une véritable opposition et ne représentent pas non plus une grosse partie de la société. Enfin, les médias occidentaux ont beaucoup parlé de Mohamed El Baradei. Mais cet homme a vécu la plupart de son temps entre deux aéroports et n’a aucune base sociale en Égypte. Personne ne le connaît dans le pays, hormis sa femme et ses collègues !

Comment pourraient évoluer les choses alors ?

La seule institution organisée est l’armée. Tout dépend d’elle maintenant.

Mais l’armée était proche de Moubarak. Et elle est financée par les États-Unis. Peut-on attendre de réels changements de cette institution ?

L’armée n’est pas un corps homogène. Tout comme dans la société égyptienne, vous trouvez dans l’armée différentes tendances. Et le corps de cette institution est composé d’égyptiens venant du peuple. Ils ne veulent plus de la dictature. De plus, les révolutionnaires qui ont mis fin à la monarchie égyptienne en 1952 étaient des officiers de l’armée, ne l’oublions pas.

Les proches de Moubarak ne représentent qu’une minorité au sein de l’armée. Maintenant que le dictateur est tombé, la Constitution va être modifiée pour autoriser tous les partis politiques qui le souhaitent à participer aux prochaines élections. Nous allons voir quelles forces vont émerger.

Que peut faire Washington pour défendre ses intérêts en Égypte maintenant ? Financer les groupes politiques favorables aux intérêts US dans un système démocratique ? La National Endowment for Democracy, une officine de la CIA, a pratiqué cela en Yougoslavie et en Amérique latine. Et cette organisation finançait des groupes d’opposition en Égypte déjà sous Moubarak.

Le Moyen-Orient est tellement important d’un point de vue stratégique que la politique des États-Unis dans la région est la répression. Et le principal allié pour servir cette politique est l’État-policier. Washington n’a donc pas besoin de groupes d’opposition politique. Il lui faut une dictature absolue.

Cependant, ce système de domination est en banqueroute à cause du niveau de conscience des citoyens arabes. L’Occident a prétendu apporter la démocratie mais il a porté au pouvoir des voleurs corrompus, des fascistes qui ont opprimé le peuple. Cette démocratie n’a aucun sens car elle repose sur un mensonge.

C’est pourtant un outil essentiel de la politique US. Après la Deuxième Guerre mondiale, quand les États-Unis sont devenus la première puissance, le diplomate George F. Kennan a écrit un article qui allait avoir un impact énorme sur la politique étrangère de son pays. Kennan expliquait que les États-Unis représentaient 6% de la population mondiale mais consommaient 50% des richesses de la planète. L’objectif était de creuser d’avantage ce fossé ! Selon Kennan, les droits de l’homme et la démocratie n’étaient pas une préoccupation première pour les États-Unis. Mais si un gouvernement révolutionnaire émergeait quelque part et menaçait les intérêts US, Washington devait intervenir en utilisant les droits de l’homme et la démocratie comme prétexte.

C’est la politique étrangère des États-Unis. S’ils se souciaient vraiment de la démocratie, ils interviendraient immédiatement en Arabie Saoudite. Mais ce n’est qu’un prétexte et les populations arabes ne sont pas dupes. Les États-Unis n’ont que deux options au Moyen-Orient : imposer des dictatures ou partir.

Moubarak était aussi un allié important d’Israël. Quel pourrait être l’impact de sa chute pour ce pays ?

Égypte a d’importantes réserves de gaz. Et Israël est le pays qui profite le plus de ces richesses, payant le gaz moins cher que le prix du marché. Il a développé un réseau très important qui dépend de l’approvisionnement égyptien. Israël a procédé à des simulations ces derniers jours pour pallier à une coupure éventuelle de cet approvisionnement. Mais sur le long terme, si un nouveau gouvernement égyptien revoyait cet accord, ce serait très difficile pour l’État hébreux.

De plus, l’enjeu palestinien n’est pas résolu. Les dirigeants égyptiens, depuis Sadate, ont conclu une alliance avec Israël. Mais le peuple égyptien, lui, est contre l’occupation et solidaire des Palestiniens. N’importe quel gouvernement démocratique qui représenterait un tant soi peu les aspirations du peuple égyptien ne maintiendrait pas cette relation avec Israël.

Cela aurait aussi un impact sur la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient ?

Tout à fait. En 1973, la guerre de Kippour opposa Égypte et la Syrie à Israël et se solda par la défaite des troupes arabes. A la suite du conflit, un accord de paix fut signé entre Égypte et Israël et cet accord constitua l’un des principaux piliers de la politique US au Moyen-Orient. C’était une stratégie d’Henry Kissinger : la paix entre Égypte et Israël a permis de liquider la question palestinienne et de briser l’unité des pays arabes. Selon moi, cet accord est fini. Les États-Unis ont perdu l’Egypte avec la chute de Moubarak et les rapports de force vont changer dans la région.

Que peut-il arriver dans le monde arabe maintenant ? Les révolutions vont-elles se limiter à Égypte et la Tunisie ?

Non. Des révoltes ont éclaté au Yémen où la chute d’Ali Abdullah Saleh, un autre dictateur pro-US, est inévitable. C’est un enjeu de taille pour l’Arabie Saoudite : si une révolution populaire éclate au Yémen, cela va porter le danger aux portes du royaume saoudien, le pire ennemi de la démocratie dans le monde arabe. L’Arabie Saoudite est un pays arriéré et le principal allié des États-Unis dans la région. La monarchie féodale craint les mouvements populaires. D’ailleurs, elle ne voulait pas que les États-Unis lâchent Moubarak. Lorsque l’administration Obama a annoncé sous la pression populaire qu’elle arrêterait de financer le régime de Moubarak, l’Arabie Saoudite a aussitôt répliqué qu’elle prendrait en charge ce financement. Elle voulait maintenir le dictateur à tout prix pour prouver que les révoltes ne mènent à rien.

Si les révolutions arabes devaient avoir un impact considérable en Arabie saoudite, les conséquences seraient énormes. En effet, le principal outil de domination de l’impérialisme US est le dollar. C’est très important car le pétrole est vendu en dollar. Mais un gouvernement démocratique et indépendant en Arabie Saoudite pourrait refuser d’utiliser cette monnaie. L’Iran a réalisé d’importants bénéfices en vendant son pétrole dans d’autres devises. Le dollar ne serait plus alors la monnaie de référence dans le monde, ce qui signerait la mort de l’impérialisme US.

Les États-Unis sont donc dans une mauvaise posture. Au Liban aussi, leur stratégie s’est effondrée. Il y avait une alliance avec les réactionnaires du pays, principalement des sunnites financés par l’Arabie Saoudite, pour contenir le mouvement de résistance du Hezbollah. Mais cette alliance a volé en éclats avec le scandale de l’enquête sur l’assassinat de l’ancien chef de gouvernement, Rafiq Hariri. Un tribunal devait remettre ses conclusions dans lesquelles il incriminait des hauts-membres du Hezbollah. Mais il s’est avéré que l’enquête était faussée par des objectifs politiques visant à affaiblir le mouvement chiite. Finalement, l’Arabie Saoudite, qui avait tenté une médiation pour calmer les choses, a jeté l’éponge. Le gouvernement libanais a été dissout et le Hezbollah est sorti renforcé, avec un de ses membres nommé premier ministre. C’est un échec pour Washington. Tous ses pions dans la région sont en crise.

Finalement, que nous apprennent ces révolutions ?

Les puissances néocoloniales ne comprennent pas que le monde a changé. On le voit en Côte d’Ivoire par exemple. Les États-Unis et la France veulent imposer Alassane Ouattara, une marionnette venue du FMI. Mais il n’a pas gagné les élections et la situation est bloquée. Les pays d’Afrique de l’Ouest devaient intervenir militairement pour le compte des puissances impérialistes mais les soldats africains ne veulent pas provoquer un nouveau bain de sang pour défendre les intérêts occidentaux. C’est la grande leçon : le niveau de conscience politique dans les pays arabes, en Afrique et dans tout le Tiers-Monde est beaucoup plus élevé maintenant. On ne peut plus tromper ces gens comme avant.

Je pense que dorénavant, la contradiction va se poser entre les puissances impérialistes et les pays du Sud. Autrefois, les puissances coloniales se déchiraient entre elles pour s’accaparer le gâteau du Tiers-Monde. Aujourd’hui, elles vont devoir négocier avec ces pays. L’hégémonie politique et économique de l’Occident touche à sa fin. Les États-Unis disposent de beaucoup de ressources dans leur propre pays et resteront une puissance régionale importante. L’Europe devra choisir : se soumettre encore plus à la puissance US ou devenir réellement indépendante. L’hégémonie idéologique de l’Occident aussi est révolue. Vous n’avez plus de grands philosophes comme Rousseau, Sartre, Camus, etc.

Il y a Bernard-Henri Lévy…

Voilà, vous avez mesuré toute l’ampleur du problème !

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10174



Déclarations de LA FTCR :
"La révolution tunisienne a un mois", " HALTE AUX MASSACRES DES MIGRANTS TUNISIENS"
Communiqués publié le mercredi 16 février 2011.

La FTCR condamne vigoureusement avec horreur l’abordage par une vedette garde – cote tunisienne d’un bateau transportant des migrants de Tunisie vers l’Europe.


Déclaration de LA FTCR La révolution tunisienne a un mois

Les militants et militantes de la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des Rives s’inclinent devant la mémoire des victimes de la révolution du peuple tunisien. Ils font part de leur sympathie aux blessés ainsi qu’à leurs familles touchées par cette répression.

Ils exigent que toute la lumière sur les circonstances de ces crimes soit faite et que leurs auteurs soient immédiatement arrêtes et déférés devant la justice.

Tout en condamnant la répression des forces de l’ordre et les actes odieux commis par la Garde présidentielle de Ben Ali, la FTCR salue l’attitude patriotique de l’armée et de ses officiers qui ont refusé de tirer sur la population.

L’immolation de Mohamed Bouazizi par le feu, a soulevé un élan de solidarité, bien au-delà des frontières du monde arabe. La Tunisie carte-postale est carbonisée, les pages Facebook enflammées et la parole libérée. Les hommes et les femmes de Sidi Bouzid ont réussi à crier plus fort que les communicateurs, se sont exposés à tous les dangers pour dire leur vérité. Bilan : 234 morts et des centaines de blessés.

Malgré la répression, la révolte pacifique s’étend rapidement à d’autres régions, prenant appui sur les luttes que mènent les populations du bassin minier, depuis 2008. À l’appel de militants syndicaux et avec l’aide des avocats le mouvement pour « l’emploi, la liberté et la dignité nationale » atteint la capitale. Les Unions régionales de L’UGTT ont appelé à des grèves et manifestations dont celles du 14 janvier qui a provoqué la fuite de Ben Ali. L’image de Bouazizi devient le symbole d’un mouvement pour la dignité, la liberté et la démocratie contre la le chômage et la corruption. Car ce qui a été refusé à Bouazizi c’est le respect, pas seulement un boulot. Il a été cruellement maltraité, mainte fois humilié, en toute impunité.

Durant plusieurs semaines la « Volonté de vivre »* du poète tunisien, sortie du dernier soupir de Mohamed Bouazizi inonde les rues relayées par la chaine EL JAZIRA et les jeunes internautes. Les enfants d’Abou el Kacem Chebbi montrent au monde arabe qu’il n’y a pas de fatalité à l’asservissement et au suicide collectif. Il révèle aussi au peuple français l’aveuglement de ses élites dirigeantes, enfermées dans leur diabolisation de l’islam au point de soutenir une dictature corrompue.

Dés les premiers instants, fidèle à sa longue tradition de lutte, la FTCR s’est mobilisée pour la révolution et l’avènement de la démocratie en Tunisie. Elle a pris part à la création du collectif de soutien à la lutte des habitants de Sidi Bouzid, ainsi qu’aux collectifs unitaires de Lille et Marseille et a participé aux mobilisations dans les autres villes.

Elle salue la mobilisation des citoyens, syndicats de l’UGTT, avocats, militants des droits humains, magistrats, journalistes, militants politiques, femmes ainsi que celle des organisations politiques démocratiques.

La FTCR salue la vigilance et la maturité des jeunes tunisiens qui ont marché du centre de la Tunisie et se sont rassemblés à la place de la Kasbah (siège du gouvernement) pour exiger le départ du RCD. Elle dénonce la répression et le mépris avec lesquels ils ont été traités.

Jour après jour grâce à cette mobilisation des ministres, des cadres administratifs et des acteurs liés au RCD ont été remplacés. Le gouvernement provisoire de transition a pris des mesures positives allant dans le sens des revendications du peuple tunisien (libération des prisonniers, politiques et d’opinion, retour des exilés, projet de loi d’amnistie, autorisation des associations et partis politiques, limogeage de la trentaine de directeurs de la Sûreté, exercice effectif du droit de manifestation, libéralisation des médias audiovisuels et écrits, levée des obstacles contre de la Ligue tunisienne pour la défense de Droits de l’Homme, arrestation des responsables de la répression et de la corruption, création de 3 commissions, ratification de conventions internationales et de protocoles facultatifs concernent notamment l’abolition de la peine de mort, la lutte contre la torture et la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, adhésion à la Cour Pénale Internationale, et la suspension du parti de Ben Ali le RCD). La FTCR déplore que les réserves sur la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes n’aient pas été levées à cette occasion.

La révolution tunisienne reste menacée par le RCD et le reste des forces de sécurité liées à l’ancien régime. Ceux-ci sont en effet responsables des troubles provoqués dans la rue, et dans certaines entreprises et secteurs économiques.

La FTCR considère qu’il incombe en premier lieu aux forces de la révolution de les démasquer, de les dénoncer et de les mettre hors d’état de nuire.

La FTCR lance un appel à l’unité des forces syndicales, associatives et politiques démocratiques, pour un dialogue en vue de consolider et parachever les acquis de la révolution et ainsi préparer plus solidement les échéances futures.

La FTCR considère que toutes les forces, quelques soient leurs idéologies ou convictions, qui ont œuvré à la chute du dictateur, citoyennes, syndicales, associatives et politiques doivent être associées aux débats et aux décisions du gouvernement transitoire pour la protection de la révolution, sa pérennisation et à l’édification de nouvelles institutions démocratique au service du peuple qui seront bientôt soumises au vote populaire.

La FTCR demande l’accélération de la création d’une quatrième commission indépendante pour superviser toutes les élections.

Fidèle aux principes d’égalité, de solidarité et de respect des droits humains la FTCR demande que les principes suivants soient discutés et largement retenu dans les futures propositions constitutionnelles :

La séparation des partis politiques de l’Etat

L’égalité entre les régions

L’égalité pleine et effective entre les citoyens en particulier l’égalité homme femme La liberté de pensée d’expression (la liberté de la presse)

La liberté de conscience (l’égalité entre les cultes, la levée du contrôle de l’Etat sur les lieux de culte, la neutralité et l’impartialité de l’Etat)

L’immigration tunisienne dans le monde est attentive à ce qui se passe dans le pays. Elle s’est massivement mobilisée pour soutenir le processus de la Révolution. Avec plus de 1 million de personnes soit 10% de la population elle est de plus un facteur important sur le plan économique et social en raison des transferts de devises. les moins de 16 ans représentent près de 25% de la communauté tunisienne. Quant aux femmes elles représentent une moyenne de près 25% de l’ensemble de la communauté. Toutefois en France, ce pourcentage atteint les 38%. Cette jeunesse comme les femmes se sont très massivement mobilisées pour soutier la Révolution tunisienne. Le mouvement associatif tunisien qui n’a jusque là jamais été reconnu par les autorités comme un partenaire lesquelles autorités ont préféré monter de toutes pièces des amicales et des associations dont le seul but était l’encadrement sécuritaire des tunisien-nes de l’étranger. Le mouvement associatif s’est néanmoins maintenu, contre vents et marées, et a tenu à faire valoir une voix autonome et démocratique pour que soit pris en compte les aspirations et les revendications des tunisien-nes. Non seulement les attentes concernant les démarches administratives dans les consulats mais également les attentes en matière de liberté et de la démocratie en Tunisie.

Depuis des décennies, une des revendications des associations était l’exigence d’une nette séparation entre les services consulaires (qui doivent être au service de tous les Tunisien-nes) et le parti au pouvoir, (le PSD puis le Rassemblement RCD depuis 1987).

Aujourd’hui la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (F.T.C.R.), le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT), l’Association des Tunisiens en France (ATF), l’Association des Tunisiens en France - Paris (ATF-Paris), l’Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens (UTIT) ainsi que de nombreuses autres associations et collectifs … prennent l’initiative d’organiser les premières « Assises de l’immigration Tunisienne en France et dans le monde » avec pour objectif la rédaction d’un cahier de doléances des migrantes et des migrants tunisien-nes pour la défense de leurs intérêts. Ce cahier de doléances sera présenté au nouveau pouvoir exécutif tunisien issu de la révolution du 14 janvier 2011. L’objectif de ces assises est de rassembler les propositions que nous inscrirons TOUS ensemble dans le cahier de doléances des migrants tunisien-nes et de les adopter collectivement d’ici la fin mars 2011 et sera officiellement présenté au gouvernement Tunisien le 9 Avril 2011 à l’occasion de la fête des martyrs en Tunisie.

Dans notre démarche nous comptons également ouvrir le débat le plus large en faisant appel à toutes les contributions, à travers divers supports d’information et de communication et notamment les réseaux sociaux (facebook …), les blogs et les sites web. Nous voulons, par là, que le plus grand nombre de Tunisien-nes participent à l’élaboration de ce cahier de doléances.

La FTCR veut en finir avec :

L’exclusion du droit de vote et d’éligibilité dans les élections législatives des tunisiens résidant à l’étranger.

Le rôle que jouent les consulats tunisiens dans l’expulsion des sans papiers. Le contrôle policier qu’ils exercent sur la population tunisienne.

Le racket " 26 26 "

La main mise du RCD sur l’administration et les propriétés de l’Etat tunisien à l’étranger.

*« Lorsqu’un jour le peuple veut vivre, Force est pour le destin de répondre, Force est pour les ténèbres de se dissiper, Force est pour les chaînes de se briser. »

Abou el Kacem Chebbi

Paris le 5 février 2011,

Pour le CA de la FTCR, Tarek BEN HIBA, Président



COMMUNIQUE


HALTE AUX MASSACRES DES MIGRANTS TUNISIENS

La FTCR condamne vigoureusement avec horreur l’abordage par une vedette garde – cote tunisienne d’un bateau transportant des migrants de Tunisie vers l’Europe.

D’après le témoignage des survivants, la vedette a foncé sur le bateau et la briser en deux en pleine mer. Cinq migrants sont morts et trente disparus. La FTCR qui a décidé de participer à une mission organisé par le Réseau Euro-méditerranéen des Droits de l’Homme pour enquêter sur les circonstances de drame, ainsi que sur les conditions d’arrivée et de séjour de près de cinq mille migrants sur l’Ile de Lumpedusa.

La FTCR demande que le gouvernement provisoire tunisien diligente une enquête toute affaire cessante afin de déterminer les faits et les responsabilités ayant entrainé la mort des migrants. Il s’agit d’un acte gravissime contraire aux conventions internationales, notamment celles relatives au sauvetage en mer la FTCR demande que les coupables soient jugés et condamnés et que les familles des migrants obtiennent réparation. Ce drame est la conséquence de la pression intolérable des gouvernements de l’Union Européenne sur les autorités tunisiennes qui ne laisse aucun répit aux nouvelles autorités pour gérer les questions des migrations d’une manière conforme aux droits. Contrairement à leurs déclarations saluant la révolution tunisienne et à leur volonté de changer de politique de collaboration avec la dictature menée durant plus de vingt ans, les gouvernements européens se complaisent dans leurs égoïsmes et dans leurs politiques arrogantes anti-immigrés.

Combien vous faudra-il de morts messieurs-dames qui gouvernaient pour changer de politique et régler ces questions de migrants dans la dignité et le respect des droits des gens à une vie décente. Assez de noyades, arrêter votre chasse à l’homme et collaborer avec les nouveaux régimes démocratiques du sud pour faire de la méditerranée ne région de paix et prospérité économique pour tous.

Pour la FTCR

le président Tarek BEN HIBA

Paris, le 15 février 2011.

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10152

Symbole de la collusion de nos gouvernants depuis ……



Hosni Moubarak, Nicolas Sarkozy et le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner
à l'ouverture de la conférence internationale de soutien à l'économie palestinienne
pour la reconstruction de Gaza à Sharm El Sheikh, le 2 mars 2009. REUTERS/Regis Duvignau




Envers et contre tout, l'humour égyptien


dégage, ma femme veut accoucher et le bébé n'a pas envie de te voir


« Les Egyptiens étaient enceints d’une révolution ».
9 février 2011 -Interview par Ludo De Witte parue dans l’hebdomadaire flamand Knack, p.52
Traduction du néerlandais
 
L’écrivaine et féministe égyptienne Nawal El Saadawi a passé une grande partie de sa vie en exil intérieur et extérieur. Elle a été menacée de mort et emprisonnée. Maintenant elle donne une voix à la rébellion sur le square Tahrir au Caire.
par Ludo De Witte
 
Nawal El Saadawi a bientôt 80 ans, mais seuls ses cheveux blancs et ses rides profondes trahissent son âge. La gynécologue s’est fait un nom comme écrivaine et comme féministe, mais l’histoire de son pays est gravée dans son âme. L’an dernier, El Saadawi disait encore : « Je constate qu’avec l’âge les écrivains s’adoucissent. Chez moi, c’est le contraire, je suis de plus en plus en colère. » Elle n’a pas raté un seul jour sur le square Tahrir au Caire pour y soutenir le soulèvement du peuple contre la dictature.
 
Q : Il y a quelques années, vous vous trouviez sur quelques listes de personnes à tuer des fondamentalistes musulmans,. Maintenant, vous travailler avec eux pour une Egypte nouvelle.
Nawal El Saadawi : Les médias occidentaux parlent de crise, mais ceci est une vraie révolution. J’ai toujours rêvé d’une révolution déjà du temps du roi Farouk. Nous avons déjà manifesté en 1951 contre le roi et l’occupant britannique. Le Samedi noir, le 26 janvier 1952, on a mis le feu au Caire et maintenant c’est ce qui se passe de nouveau. Moubarak veut créer le chaos. Monter des Egyptiens contre des Egyptiens pour rester au pouvoir. Mercredi dernier j’ai presque été piétinée par un cheval quand Moubarak nous avait envoyé ses bandits.
 
Q : L’Egypte a semblé longtemps un oasis de tranquillité et de stabilité. Comment expliquez-vous ce soulèvement ?
Nawal El Saadawi : Nous étions enceints d’une révolution Nous en avons marre du régime, des humiliations, de l’oppression, de la censure et de la pauvreté, des prisons pleines, de la colonisation américaine et israélienne de notre pays. Sadat et Moubarak ont accepté qu’on soit de nouveau colonisé par les US et Israël. Ils tendaient la main pour l’aide américaine. Mais nous ne voulons pas d’aide, nous voulons une conduite honnête. Ce n’est pas un sentiment qui vit seulement chez des intellectuels, il vit dans toute la population. La révolution de 1952-53 a été la suite d’un coup d’état militaire, sous la direction d’officiers comme Gamal Abdel Nasser. Aujourd’hui, c’est le peuple qui est le moteur. La force agissante sont les jeunes, mais toutes les couches et classes sont actives : des hommes et des femmes, la classe moyenne et les ouvriers. Les femmes jouent un rôle important, les jeunes femmes aussi, je vois des gamines de 10, 12 ans manifester.
 
Q : Les caméras sont dirigées sur le Square Tahrir. Comment est la situation dans les quartiers populaires et dans les petites villes. Les Coptes chrétiens jouent-ils un rôle ?
Nawal El Saadawi : A Shoubra, le quartier pauvre où j’habite, on manifeste tous les jours. Le régime a d’abord empêché que des gens d’autres villes viennent au Caire. Il a fermé les routes, et c’est pour cela que les gens à Alexandrie et à Suez se sont mis à manifester sur place. Le Square Tahrir est notre quartier général, rien de plus, rien de moins. A Shoubra, la moitié de la population est chrétienne. Il y a beaucoup d’églises. Les Chrétiens et les Musulmans manifestent ensemble. Ils prient même ensemble. Sur le Square Tahrir, des hommes et des femmes dorment dans des tentes improvisées, sans aucun problème.
 
Q : Le manque de direction est-il le point faible du soulèvement ? Voyez-vous des dirigeants crédibles se lever ?
Nawal El Saadawi : Je vis sur le square. je peux vous assurer que la révolution est unie. Le régime dit qu’il n’y a pas de partenaires pour négocier, que nous sommes un corps sans tête. On est en train de mettre en avant un groupe de treize multimillionnaires : tous, à part un, des hommes âgés, de plus de 70 ans, et sans aucune femme, bien sûr. Ils se dénomment eux-mêmes le Conseil des hommes sages et ils sont présentés comme les porte-parole de la révolution. Ce sont des hommes qui se sont enrichis dans l’ombre du régime et qui veulent à présent s’emparer de la révolution. Mohammed ElBaradei, a une position très faible. On s’en méfie parce qu’il vient de l’étranger et il est considéré comme un homme de Moubarak. C’est encore plus vrai pour quelqu’un comme Amr de la Ligue arabe.
 
Q : Qui a alors la direction du soulèvement ?
Nawal El Saadawi : Sur le square de Tahrir au Caire et à Alexandrie il y a environ 300 militants qui constituent le cœur et la tête du soulèvement. Ils vivent au milieu des milliers de manifestants qui viennent et partent et qui les protègent. C’est une direction collective libre et ferme. Pour le moment, ils n’avancent pas de porte-parole, parce que cela pourrait signifier leur arrêt de mort. Je les connais, ce sont des jeunes gens et des jeunes filles très intelligents. Eux mènent la danse, et pas les « sages » multimillionnaires ou  ElBaradei.
 
Q : Sur Facebook on appelle à aller au palais de Moubarak et d’y installer un blocus. 
Nawal El Saadawi : Dans ce cas, on se dessaisirait du Square Tahrir, notre quartier général. Le premier morceau libéré du territoire égyptien. Cela, on ne peut pas l’abandonner.
 
Q : On a l’impression que le peuple n’a qu’une seule revendication : le départ de Moubarak. Le danger n’est-il pas grand que l’appareil de répression reste intact et reprenne progressivement le terrain perdu ? Quand, d’après vous pourra-t-on parler d’un succès ?
Nawal El Saadawi : On veut que le régime disparaisse et pas seulement Moubarak. Le régime fait pour le moment une concession après l’autre. Des personnages importants du parti de Moubarak s’en vont mais cela ne suffit pas. Nous exigeons le départ de Moubarak, du Vice-président Omar Suleiman, du gouvernement et du parti. Et il faut qu’il y ait un procès pour les méfaits qu’ils ont commis.
 
Q : Comment voyez-vous le rôle de l’armée ?
Nawal El Saadawi : La position de l’armée n’est pas très claire. Il y a des forces en faveur de la révolution et d’autres qui sont contre qui sont en action. Moubarak et Suleiman étaient d’abord des officiers et ensuite des politiques. Nous restons méfiants et vigilants.
 
Q : L’Amérique et l’Europe continuent à insister sur un dialogue du régime avec l’opposition. Barak Obama, David Cameron et Nicolas Sarkozy soutiennent, mais pas sans équivoque, la volonté de la population que Moubarak dégage.
Nawal El Saadawi : Ils représentent des forces colonisatrices. Ils se font des soucis pour Israël, pas pour l’Egypte. D’abord, L’Amérique a continué à soutenir complètement Moubarak. Maintenant qu’il a perdu beaucoup de pouvoir à cause du soulèvement, Obama utilise l’aide américaine à l’armée égyptienne pour faire pression sur le régime afin qu’il laisse tomber Moubarak. Pour l’Amérique, ce qui est important c’est que les piliers essentiels du régime soient sauvés.
 
Q : Les médias occidentaux craignent un scénario à l’iranienne : une révolution laïque tournant en dictature religieuse.
Nawal El Saadawi : L’Egypte ne deviendra jamais comme l’Iran. Les Frères musulmans sont parmi nous sur le Square Tahrir. Ils viennent me saluer. Ils disent qu’ils ont lu mes livres et qu’ils ne peuvent pas partager certaines idées, mais qu’ils me respectent. Ils sont une minorité et ils ne sont pas présent dans le noyau dirigeant de la révolution. On n’entend pas dans les manifestations un seul slogan islamiste. On n’entend pas un seul manifestant crier que la solution doit venir de l’Islam. On peut comparer les Frères musulmans en Egypte avec le AKP en Turquie, le parti qui est au pouvoir. Ils acceptent la démocratie et le pluralisme politique. Ils acceptent que les femmes et les hommes, les Chrétiens et les Musulmans aient des droits égaux.
 
Q : Ne vous ont-ils jamais menacé de mort ?
Nawal El Saadawi : Les menaces de mort à mon adresse ne sont jamais venues des Frères musulmans mais de partisans de Osama Bin Laden et ses semblables. Des gens qui ont été créés par Moubarak et George W. Bush. Tout a commencé avec Anwar Sadat. Quand celui-ci est arrivé au pouvoir après la mort de Nasser en 1970, il a conclu un accord avec Washington pour détruire des nationalistes, des socialistes et des communistes en Egypte. Il a ouvert la porte au fondamentalisme, parce que c’était une arme pour atteindre son but.
 
Q : Sadat a pourtant été tué par des fondamentalistes en 1981 ?
Nawal El Saadawi : Un meurtre du père – il était aussi un ami d’Israël. On voit la même chose avec Bush et Bin Laden : les US ont créé Al-Qaeda, mais maintenant le fils veut assassiner le père.
 
Q : Mais ne craignez vous tout de même pas que votre soulèvement ne soit détourné ?
Nawal El Saadawi : La révolution iranienne a en effet commencé par un soulèvement laïc, pluraliste et démocratique. Mais Londres, Paris et Washington craignaient des tendances socialistes en Iran. Ils craignaient de perdre leur emprise sur le pétrole iranien et que la position d’Israël dans la région ne s’affaiblisse. C’est pour cela que l’Occident a soutenu le retour de l’ayatollah Khomeiny. Je prévois qu’ils essayeront de faire la même chose pour l’Egypte. Ils donneront une chance à un fondamentaliste égyptien, pour étouffer la révolution laïque.
 
Q : Quelles conséquences aura le soulèvement sur les relations d’Israël avec l’Egypte dans le monde arabe ?
Nawal El Saadawi : Israël s’assied sur des dizaines de résolutions des Nations Unies. Il refuse de stopper l’extension des colonies sur la rive occidentale du Jourdain. Mais maintenant, la démocratie s’amène en Tunisie, en Egypte, en Jordanie, en Syrie et au Yémen. Notre révolution inspire tout le monde arabe et renverse les rapports de force. L’Egypte n’est pas la Jordanie. L’Egypte est le plus grand pays de la région, avec une large couche de militants et d’intellectuels. Nous n’acceptons absolument plus  la soumission de notre politique étrangère aux intérêts américains et israéliens. La démocratisation du monde arabe est une défaite stratégique pour Israël. C’est pour cela que les médias en Israël et en Occident appellent ce qui se passe ici « une crise ». Mais ce n’est pas une crise, c’est une révolution. Et bientôt, elle ne laissera plus le choix à Israël.
 
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Nawal El Saadawi
Une vie d’exilée : « Rien n’est plus dangereux que la vérité dans un monde de mensonges »
 
Nawal El Saadawi a grandi dans un village au bord du Nil. Son père vivait en exil pour avoir participé à la révolution de 1919 contre le colonisateur britannique.
A l’âge de six ans, elle a été mutilée génitalement, une tradition barbare contre laquelle elle agira et écrira toute sa vie. Elle dit qu’elle est devenue féministe comme enfant, quand elle a entendu sa grand-mère dire qu’un garçon valait 15 filles.
Comme médecin, elle a fait connaissance de première main du joug sous lequel vivaient courbées les femmes égyptiennes ordinaires.
En 1972, est paru « Women and Sex », un classique de la littérature féministe. La publication a coûté à El Saadawi son emploi comme directrice au Ministère de la Santé. Le  livre fut interdit en Egypte. Le nouveau président égyptien Anwar Sadat opta pour une alliance étroite avec les US et Israël ce qui suscita la colère.
El Saadawi disparut en 1982 pour quelques mois en prison. Elle a écrit : « Rien n’est plus dangereux que la vérité dans un monde de mensonges ».
En 1980 a paru la traduction anglaise de son livre « The Naked face of Eve » (La face nue d’Eve),  avec la description de sa propre circoncision génitale. L’éditeur changea le titre en « The Hidden Face of Eve » (La face cachée d’Eve) comme si la clitoridectomie était une affaire de l’Islam. La traduction néerlandaise avait un titre encore plus chargé (L’Eve voilée).
« Je n’ai jamais lié la circoncision à l’Islam ou à d’autres religions » dit-elle à ce sujet. « La  pratique trouve ses racines dans une culture d’esclaves. »  
Elle a écrit à ce jour une quarantaine de romans et de travaux non fictionnels, mais c’est ce livre qui a fait d’elle, l’auteur égyptien le plus lu en Occident. 
De 1988 à 1996, Nawal El Saadawi a vécu en Occident, après des menaces du régime et des fondamentalistes Quand son association, l’Union des femmes égyptiennes fut interdite, elle retourna en exil jusqu’en 2001.
Alors qu’elle séjournait en Europe, en 2007 un imam égyptien lança une fatwa contre elle : une condamnation à mort pour hérésie, à cause de sa nouvelle « The fall of the Imam ». En août 2009 elle retourna dans son pays natal, de nouveau comme une exilée dans son propre pays parce qu’on lui infligea une interdiction de parler et d’écrire dans les médias égyptiens.
 
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Egypte : l'armée suspend la Constitution et dissout le Parlement

LEMONDE.FR avec Reuters, AFP | 13.02.11 | 15h12  •  Mis à jour le 13.02.11 | 16h26

Le général Reda Mahamoud Hafez Mohamed, membre du Conseil suprême des forces armées, lors d'une apparition télévisée vendredi 11 février.AP


L'armée égyptienne a officiellement lancé l'ère post-Moubarak en Egypte, dimanche 13 février, en annonçant la suspension de la Constitution et la dissolution du Parlement, dominé par les membres du Parti national démocrate (PND).

Le Conseil suprême des forces armées, au pouvoir depuis la chute de l'ex-président Hosni Moubarak, précise dans un communiqué que la période transitoire pendant laquelle ils prendront "en charge la direction des affaires du pays provisoirement" durera six mois "ou jusqu'à la fin des élections législatives et pour la présidence de la République".

L'armée précise que la Constitution a été suspendue afin d'être amendée. Les militaires ont annoncé la création d'une commission dans cette optique. Les amendements seront ensuite soumis à un référendum. Les militaires, qui s'étaient engagés à remettre le pouvoir aux civils à l'issue d'un processus transparent et démocratique, donnent ainsi pour la première fois un calendrier détaillé de transition en reprenant deux des principales revendications des opposants. Les élections qui ont abouti à la constitution de ce Parlement, en 2010, avaient été entachées de soupçons de fraude massive. Quant à la Constitution, elle limitait les conditions de candidature à la présidence et ne limitait pas les mandats présidentiels.

Les militaires réaffirment également que "tous les traités et pactes internationaux" seront respectés et s'engagent à "tenir des élections pour les chambres haute et basse (du Parlement) et pour la présidence", sans préciser pour autant de dates. Le chef du Conseil suprême des forces armée, le maréchal Mohammed Tantaoui, représentera le pays "auprès de toutes les parties à l'intérieur et à l'extérieur", précise le communiqué.

MOUBARAK SERAIT TOUJOURS À CHARM EL-CHEIKH

Dans la foulée, le premier ministre Ahmed Chafic a indiqué qu'il pensait que Hosni Moubarak se trouvait toujours dans la station balnéraire de Charm el-Cheikh, où il dispose d'une résidence, démentant ainsi les rumeurs d'une fuite de l'ex-président à l'étranger. M. Chafic a précisé que le rôle d'Omar Souleiman, vice-président nommé par M. Moubarak pendant les premiers jours de la contestation, sera défini par l'armée. Le rôle de l'ancien chef des renseignements militaires est plus que flou depuis la démission de l'ex-raïs.

Un porte-parole du gouvernement a également annoncé que les nouveaux dirigeants égyptiens n'avaient pas demandé le gel des avoirs de M. Moubarak à l'étranger. Mais, a-t-il ajouté, "si cela est nécessaire, ils le feront". La Suisse a décidé de geler "avec effet immédiat" les avoirs que pourraient détenir dans la confédération M. Moubarak et son entourage. La Grande-Bretagne a demandé ne "action internationale concertée".

Dimanche, des milliers de personnes étaient revenues sur la place Tahrir au Caire, épicentre de la révolte contre Hosni Moubarak, pour exiger de l'armée qu'elle tienne ses promesses, notamment la dissolution du Parlement. "Si l'armée ne remplit pas nos exigences, notre soulèvement et ses manifestations concrètes repartiront de plus belle", avait prévenu Safouat Hegazi, l'un des chefs de file de la contestation.

d'après : http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2011/02/13/egypte-l-armee-suspend-la-constitution-et-dissout-le-parlement_1479504_3218.html



Pour fêter la révolution en Égypte en chantant

agence_im-media_infos
- Sunday, February 13, 2011 2:37 AM

Egypte - La Victoire en chantant !

Pour fêter la révolution en Egypte, quelques chansons du mouvement disponibles
sur internet. Woodstock et les clips militants, à côté, c'est "has been" !

- Chanson place Tahrir : "Une seule chose Moubarak : Va t'en !"
Haga wahda arhal : www.youtube.com/watch?v=lCkHqal5XHU&feature=related
sous-titre anglais : www.youtube.com/watch?v=dBDQK_Uw4oM&feature=related

Sout Al Horeya ( La voix de la liberté ) par Amir Eid et
Hany Adel : www.youtube.com/watch?v=Fgw_zfLLvh8&feature=youtu.be

- Voices of Tahrir - Wust El Balad :
www.youtube.com/watch?v=iV6q2XMHE-Y&feature=related

- La révolution vue de Mahalla
www.youtube.com/watch?v=jKcqvIPj5b8&feature=related

- En hommage aux martyrs :
www.youtube.com/watch?v=Njnyfa0v1qY&feature=related

- Hommage au martyr Khaled Saïd, par Selma Sabahi
www.youtube.com/watch?v=q3DWfsQJ4NA&feature=related

- Biladi, biladi, biladi
www.youtube.com/watch?v=x53Dn0AMxBE&feature=related



ÉGYPTE : Le président Hosni Moubarak quitte le pouvoir

Bravo au peuple Égyptien


lire sur France 24
http://www.france24.com/fr/20110211-egypte-moubarak-manifestations-opposants-democratie-place-tahrir-revolte-18e-jour

le déroulement de cette journée historique pour le monde entier et en particulier pour le monde arabe



Scènes de joie place Tahrir (crédit photo : CBS News)


17h53  Selon la télévision Al-Arabyia, l'armée devrait suspendre les deux chambres du Parlement et dissoudre le gouvernement.
17h50
"Félicitations à l'Egypte, le criminel a quitté le palais", écrit sur Twitter Waël Ghonim, le responsable de Google devenu un symbole de la contestation.
17h45 Le ministre égyptien de la Défense, Mohamed Hussein Tantawi, est actuellement à la tête du Conseil militaire qui s'est vu confier le pouvoir après la démission d'Hosni Moubarak.
17h04 MOUBARAK A DÉMISSIONNÉ, a annoncé le vice-président Omar Souleimane, lors d'une allocution à la télévision d'État.


Egypte : Moubarak dégage… la voie pour Souleimane
 Ecrit par Yassin Temlali, Le Caire, « Maghreb Emergent », 11 février 2011

Des millions d’« Irhal » (pars) n’ont que faiblement résonné dans les oreilles du président Hosni Moubarak. Refusant d’abdiquer le pouvoir, il s’est contenté de déléguer l’essentiel de ses prérogatives au vice-président Omar Souleimane, dans un discours resté en deçà des espérances de l’opposition, en dépit de sa tonalité d’adieu.
Omar Souleimane est un des plus proches collaborateurs de Moubarak depuis près de deux décennies. Il pourrait même être considéré comme son alter ego. Il gère en son nom des dossiers aussi sensibles que les relations avec Israël, les factions palestiniennes et les Etats du Bassin du Nil. Comme lui, il est le symbole d’un système qui a fait de la torture et des atteintes aux droits humains son unique mode de gouvernance. Lui transmettre les rênes du pays ressemble moins à une rupture qu’à une volonté de perpétuation du régime dans un nouveau contexte, caractérisé par l’irruption de millions d’Egyptiens sur la scène politique.
 
Une transition avec les même Parlement, constitution et gouvernement !
 
Moubarak a accompagné sa décision de déléguer ses pouvoirs à son adjoint de mesures censées donner à l’opposition des gages de « bonne volonté démocratique ». Il s’agit de la révision de cinq articles de la Constitution (76, 77, 88, 93, 189) se rapportant à l’élection présidentielle (conditions de candidature, durée des mandats, etc.) et au contrôle judicaire des élections parlementaires ainsi que de la suppression d’un autre article (179) autorisant le Président à soumettre les affaires liées au terrorisme à des juridictions spéciales.
Selon l’article 82 de la Constitution égyptienne, la délégation des prérogatives présidentielles au vice-président en exclut trois, fondamentales : la révision de la Constitution, la dissolution du Parlement (assemblée nationale et sénat) et la destitution du gouvernement. Autrement dit - et à moins d’une remise en scène peu souhaitable de Moubarak d’ici la fin de son mandat, en septembre 2011 - la transition devrait se faire avec une Loi fondamentale votée dans des conditions démocratiques douteuses, des institutions législatives, foncièrement « mal-élues » - quelle que soit la révision envisagée de la composition  de sa Chambre basse - et une équipe Chafik qui compte beaucoup de ministres de l’équipe de son prédécesseur.
 
Une autre transition est possible
 
Dix-sept jours de manifestations - dont la plus magistrale est le sit-in permanent de la place Al Tahrir, au centre du Caire -, des centaines de morts, de blessés et de disparus et d’importants dégâts économiques n’ont pas suffi pour persuader Moubarak de mettre fin à un règne, dont la longévité n’est comparable qu’à celle du règne quasi-royal du chef d’Etat libyen, Mouammar Al Kaddafi. Elles n’ont pas suffi non plus à convaincre l’armée de le pousser vers la sortie afin que la transition s’opère dans de meilleures conditions démocratiques.
Une démission pure et simple de Moubarak aurait signifié que le pouvoir, pendant la période précédant l‘organisation d’un scrutin présidentiel anticipé, serait assumé par Fathi Sourour, président de l’Assemblée nationale et, surtout, ponte du Parti national démocratique (PND). C’est là une perspective qui n’aurait pas réjoui les Egyptiens qui réclament, plus que la chute du président, celle du régime. Toutefois, dans une atmosphère de révolution populaire, d’autres solutions transitoires pourraient être envisagées, comme le gel de la Constitution en vue de l’élection d’une assemblée constituante qui en élabore une nouvelle, plus démocratique.
 
L’attitude ambigüe  de l’armée
 
Si l’armée avait eu une attitude plus tranchée, Moubarak n’aurait pas résisté aussi longtemps aux pressions populaires et à celles, conjuguées, des Etats-Unis et de l’Union européenne, qui craignent l’effondrement d’un Etat allié, dont la contribution à la stabilisation de la région au mieux de leurs intérêts est indéniable.
L’institution militaire semble avoir été moins soucieuse des retombées de la confrontation entre la Présidence et des millions d’Egyptiens mobilisés que de l’expression de sa méticuleuse fidélité à son chef constitutionnel. Son attitude depuis le début de la contestation, le 25 janvier 2011, s’assimile à une impartialité de façade. Les soldats n’ont certes pas ouvert le feu sur la foule et permettaient même aux manifestants les plus téméraires de badigeonner leurs chars de slogans hostiles à Moubarak. La police militaire n’en a pas moins apporté son soutien aux forces de sécurité civiles, opérant des dizaines d’arrestations de militants et d’activistes, dont certaines se sont prolongées par des mauvais traitements, voire des actes de torture.
Pour l’instant, l’armée paraît surtout décidée à laisser Moubarak explorer toutes les échappatoires possibles avant qu’il ne se résolve à démissionner en bonne et due forme. La poursuite des mobilisations rapprochera le jour où, inexorablement, elle devra résoudre le dilemme qu’elle esquive depuis deux semaines : affronter son ancien chef suprême ou commettre un bain de sang en affrontant la population.

d'après :
http://www.maghrebemergent.info/actualite/internationale/2205-egypte-moubarak-degage-la-voie-pour-souleimane.htm


Moubarak s'accroche au pouvoir.
d'après France 24 et Aljazira

Vendredi 11 février :  Nouvelle journée de manifestation au lendemain de l’allocution du président Moubarak Au lendemain de l'allocution télévisée au cours de laquelle le président égyptien a une nouvelle fois annoncé qu'il ne démissionnerait pas, les manifestants se préparent à une nouvelle journée de manifestation. Ce matin, un groupe d'Égyptiens s'est rassemblé devant le palais présidentiel au Caire et l'armée n'est pas intervenue pour les disperser, indique l'agence Reuters.
(France 24 : http://www.france24.com/fr/20110211-egypte-moubarak-manifestations-opposants-democratie-place-tahrir-revolte-18e-jour?autoplay=1)
22h40 Omar Suleiman appelle les manifestant a rentrer chez eux !!
22h30 Barak Obama réunit son équipe de sécurité nationale.
21h45 Après de nombreuses supputations sur le départ éventuel d'Hosni Moubarak depuis le milieu de l'après midi, celui ci dans une intervention en directe a annoncé qu'il restait au pouvoir.


Egypte : les travailleurs radicalisent la contestation démocratique
 Du Caire : Yassin Temlali - « Maghreb Emergent », 9 février 2011-02-09
 
 
Après avoir tenté de reprendre l’initiative suite au discours de Hosni Moubarak du 29 janvier 2010, le régime égyptien semble de nouveau aux abois. La contestation démocratique n’a été affaiblie ni par l’attaque violente contre le sit-in d’Al Tahrir, le 2 février, ni par l’ouverture, quelques jours plus tard, de pourparlers avec l’opposition traditionnelle et des groupes de jeunes censés représenter la « majorité silencieuse ». Elle s’est même renforcée de grandes protestations sociales qui touchent principalement les entreprises publiques.

Aujourd’hui, 8.000 travailleurs de la société de textile de Kafr Al Dawar (Delta du Nil) se sont mis en grève avec pour revendications l’augmentation des salaires et la dissolution du conseil d’administration de leur entreprise. Des centaines de salariés d’une autre société étatique de textile, celle d’Al Mahalla (ville qui a connu en avril 2008 de violentes manifestations anti-Moubarak), ont organisé un sit-in pour revendiquer le règlement des dossiers de promotions professionnelles en suspens. Toujours dans le Delta, les infirmiers de l’hôpital central de Kafr Al Zayat ont tenu un sit-in exigeant le paiement d’arriérés de primes non perçues. Ils ont été rejoints par d’autres catégories de personnels médicaux (médecins, etc.).
A Hilwan, centre industriel de la banlieue sud du Caire, quelque 4.000 travailleurs de la Coke Coal and Basic Chemicals Company ont annoncé qu’ils entraient en grève dès aujourd’hui tandis que 1.500 autres de la Helwan Silk Factory (textile) ont exigé la démission du conseil d’administration de la société. La circulation ferroviaire entre la capitale et la Haute-Egypte est perturbée après le débrayage des ateliers des chemins de fer de Boulaq. Dans le quartier d’Al Haram, 1.500 employés de la société Petrotrade (pétrole) se sont rassemblés, de leur côté, pour revendiquer l’amélioration de leurs salaires et conditions de travail.

Menaces de rejoindre le sit-in d’Al Tahrir

Ces protestations en prolongent d’autres. Hier, les travailleurs de cinq sociétés dépendant du puissant « Canal de Suez » ont entamé des sit-in ouverts. Leur mouvement menace de s’étendre à d’autres sociétés du même organisme, ce qui perturberait la navigation maritime dans le canal et créerait un grand problème politique et économique pour le régime. A Qusena (Delta), 2.000 employés de Sigma (une compagnie pharmaceutique dirigée par Sayyid Al Badawi, président du parti d’opposition Al Wafd !) ont également commencé un débrayage pour des revendications socioprofessionnelles, notamment la perception de leurs parts dans les bénéfices, suspendue, selon eux, « depuis plusieurs années ».
Au Caire, les employés de cinq grands centraux téléphoniques se sont rassemblés hier sur les lieux de travail pour demander le relèvement de leurs salaires, menaçant de se joindre au sit-in d’Al Tahrir. Ils ont annoncé pour le 13 février une journée d’action dans tous les services de l’Organisme égyptien des télécommunications.

Une aubaine pour le syndicalisme autonome

Bien que leurs revendications soient principalement socioprofessionnelles, ces mouvements n’en semblent pas moins encouragés par la contestation démocratique que vit l’Egypte depuis le 25 janvier. Ils pourraient même lui donner un nouveau souffle. En avril 2008, l’intifada anti-Moubarak dans la ville d’Al Mahalla a bien été précédée d’importants débrayages.
Les contestations ouvrières pourraient se généraliser après l’appel lancé aujourd’hui par les organisateurs du sit-in d’Al Tahrir à une grève générale la semaine prochaine. Leur extension à la puissante administration publique annoncera le désagrégement de la Confédération des syndicats d’Egypte, un syndicat maison auquel les salariés du secteur public - héritage de l’époque nassérienne !- sont tous obligés de s’affilier.
Le contexte actuel encourage l’essor du mouvement syndical autonome. Celui-ci est certes embryonnaire (il ne comprend que les collectifs des Impôts fonciers et des techniciens de la santé), mais il tire sa crédibilité de véritables confrontations avec les autorités auxquelles il a imposé son droit à l’existence. Pour enfoncer le premier clou dans le cercueil de l’Union des syndicats, dominée par le Parti national démocratique (PND, gouvernemental), ses animateurs ont appelé à un rassemblement devant le siège de celle-ci afin de dénoncer son alignement sur les positions du pouvoir.



L'ex-ministre de l'Intérieur soupçonné d'être derrière l'attentat d'Alexandrie

radio-canada - mardi 8 février 2011 à 23 h 16


Photo: La Presse Canadienne /Amr Nabil - L'ex-ministre de l'Intérieur égyptien Habib Al-Adly (à gauche)

L'ex-ministre de l'Intérieur égyptien, Habib Al-Adly, limogé lors du remaniement survenu fin janvier, est soupçonné d'être derrière l'attentat perpétré contre une église copte d'Alexandrie, le 31 décembre 2010. L'explosion avait fait 23 morts et une centaine de blessés.

L'information, révélée par Al-Arabiya, a également été diffusée par Al-Jazeera.

Lundi, le procureur général Abd-el-Majid Mahmud a considéré qu'il existait suffisamment d'éléments « sérieux » pour ouvrir une enquête sur l'ancien ministre. Il a d'ailleurs déposé une requête de mise en examen auprès de la haute cour de sûreté.

Par ailleurs, des dizaines de plaintes ont été déposées contre Habib Al-Adly par des citoyens et des avocats, qui l'accusent de violations des droits de la personne, commises depuis sa désignation comme ministre de l'Intérieur, en 1997.

L'avocat Mamdouh Ramzy, un des plaignants, a indiqué que, selon ses informations, l'ancien ministre de l'Intérieur a mis sur pied depuis six ans une organisation secrète qui employait d'anciens islamistes radicaux, des trafiquants de drogue et des sociétés de sécurité pour mener des actes de sabotage.

M. Ramzy a expliqué que sa plainte était basée sur des articles de presse et des blogues faisant référence à des informations diplomatiques britanniques confidentielles.

Habib Al-Adly avait accusé le groupe L'armée islamique de Gaza d'être l'auteur de l'attentat, ce que le groupe avait démenti.


Egypte : MAM fait taire un chercheur français (Mediapart)
Par Gilles Klein le 05/02/2011

"Le Quai d'Orsay a demandé à des spécialistes de l'Egypte installés au Caire de ne plus intervenir dans les médias français... au nom d'un supposé «devoir de réserve». Les chercheurs s'indignent." signale Mediapart (accès payant).


"Marc Lavergne, directeur du Centre d'études et de documentation économiques, juridiques et sociales (Cedej), s'apprêtait à intervenir sur France 24, lundi soir, lorsqu'il reçoit un appel téléphonique de l'ambassade de France au Caire, lui demandant expressément de garder silence dès à présent. Le géographe décide toutefois de ne pas lâcher la chaîne au dernier moment et de répondre aux questions." raconte Mediapart.

"Le porte-parole du Quai d'Orsay justifie la position française: «Un agent de l'Etat français n'a pas à faire de déclaration publique à l'étranger sur la vie intérieure d'un pays, qu'on soit chercheur, professeur ou encore volontaire international. On a un travail très précis à faire. On doit rester dans le périmètre de sa mission, période de crise ou pas», explique Bernard Valero (...) cette mesure «n'a rien à voir avec des questions de sécurité. C'est une règle générale»."

France Culture, Lavergne

"Depuis la fin janvier, Marc Lavergne, l'un des rares experts français sur place, a été très sollicité par les journaux parisiens. Il a parlé, entre autres titres, aux Inrockuptibles, à Challenges, à Sud-Ouest, ou encore à France Culture et RFI. A chaque fois, il se livre à une critique assez ferme de l'Egypte sous Moubarak." ajoute Mediapart.

Dans les Inrockuptibles, Lavergne, "politologue au CNRS, détaché au Caire" déclarait:
le régime lâche la bride à certains membres de la police pour semer la panique chez les citoyens. Les policiers n’ont pas disparu du jour au lendemain sans ordre de leur ministère. L’insécurité est provoquée. Entre un régime autoritaire et la chienlit, le choix est vite fait. On risque de voir l’opinion basculer contre les manifestants. Et la communauté internationale aura l’impression qu’un pouvoir fort est nécessaire en Egypte.

d'après : http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=10277



"On en a marre de voir les médias et les politiques brandir l’épouvantail islamiste"
Oumma.con 8 février 2011

Sociologue, chroniqueuse au quotidien arabe Al-Hayat, Nahla Chahal revient dans cet entretien sur OummaTV sur les derniers événements politiques en Égypte et estime que Moubarak n’est plus le décideur de ce pays. Selon cette spécialiste du monde arabe, les futurs changements politiques en Égypte vont rendre plus difficiles les relations avec Israël. Quant à la menace islamiste brandie par l’occident, Nahla Chahal exprime son raz- le-bol à ce sujet et refuse toute vision essentialiste de l’islam politique qui a accepté les règles du jeu démocratique en citant notamment l’exemple tunisien.



Israël irrité par le "lâchage" américain du président égyptien Moubarak

De Marius SCHATTNER (AFP) – 07 Février

JERUSALEM — Le soutien de Washington à la contestation en Egypte, révolte qui vise un régime considéré jusqu'alors comme un allié fidèle des Etats-Unis, est sévèrement jugée en Israël, au point d'être assimilé à un "lâchage" lourd de conséquences dans la région.

Le gouvernement de Benjamin Netanyahu s'est abstenu de fustiger publiquement la position américaine, pour ne pas envenimer les relations avec un président Barack Obama que la droite au pouvoir n'a jamais beaucoup apprécié.

Mais le ton général en Israël, dont les Etats-Unis sont le grand allié, est critique, aussi bien dans les milieux gouvernementaux que dans la presse et parmi les analystes.

"On a l'impression que Washington était très pressé de balancer par-dessus bord le président égyptien Hosni Moubarak" dès qu'il est devenu un allié encombrant, a déclaré à l'AFP un haut responsable israélien, qui a requis l'anonymat. "S'il est vrai qu'au cours des derniers jours, la position américaine est devenue plus nuancée, elle n'en revient pas moins à un lâchage. Ce qui est très inquiétant", a-t-il souligné.

"La fidélité est une valeur inestimable, particulièrement au Proche-Orient" a-t-il poursuivi, estimant qu'au-delà des critiques "à l'égard du régime autocratique" de M. Moubarak, son prompt abandon par Washington risquait de miner la crédibilité de la politique étrangère américaine.

Il relève aussi "la confusion et l'incohérence des positions américaines" en référence aux déclarations de soutien à M. Moubarak de l'émissaire du président américain en Egypte, Frank Wisner, avec lequel l'administration américaine a aussitôt pris ses distances.

Depuis le début des troubles en Egypte, Israël craint que l'émergence d'un pouvoir islamiste au Caire menace le traité de paix avec son voisin et bouleverse la donne stratégique régionale.

Dori Gold, ancien ambassadeur d'Israël à l'ONU et proche du chef du gouvernement, a reproché dans la presse au président Obama de commettre la même "erreur" que son prédécesseur Jimmy Carter en 1979 face à la Révolution iranienne, en refusant de soutenir un régime en place au nom de la démocratie.

"Tout un chacun comprend que Moubarak doit partir. Mais nous pouvions nous attendre à ce que Washington n'abandonne pas un homme qui depuis des décennies était son meilleur appui, un véritable barrage contre l'islamisme", écrit le quotidien à grand tirage Yediot Aharonot. "Si les Américains se conduisent de la sorte vis-à-vis du régime égyptien, que devront penser leurs autres alliés dans la région ?" s'interroge le journal.

Pour Eytan Gilboa, professeur de science politique de l'université Bar Ilan, près de Tel Aviv, Washington a "planté un couteau dans le dos de son allié" égyptien alors qu'il "pouvait le critiquer de façon plus discrète".

En dépit du soutien unanime du Sénat américain à cette politique, M. Gilboa ne craint pas qu'Israël soit logé un jour à la même enseigne, compte tenu du soutien dont dispose l'Etat hébreu dans l'opinion publique américaine. A court terme, ce chercheur estime même que la position d'Israël en Occident pourrait être renforcée si l'Etat hébreu apparaît "comme seul allié stable face à la menace de l'islamisme".

"Israël n'a rien à craindre de l'évolution de la politique américaine, mais beaucoup de ce qu'il se passe en Egypte", estime en revanche le politologue Shlomo Avineri, de l'Université hébraïque de Jérusalem, qui craint une montée en puissance des Frères musulmans opposés à l'accord de paix avec Israël.

Copyright © 2011 AFP. Tous droits réservés

d'après : http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hCdRzhWqPzXk-3RduqknM58jC8uA?docId=CNG.cf4ad604630883724865bd2a10f4511d.5d1


Révolte dans le monde arabe : le déclin de l’influence occidentale
par Noam Chomsky (medelu.org) - publié le lundi 7 février 2011.

Professeur émérite de linguistique et de philosophie à l’Institut Technologique du Massachusetts, à Cambridge (Mass.) Etats-Unis.

Le monde arabe est en flammes, informe Al Jazeera le 27 janvier, alors que les alliés de Washington perdent rapidement leur influence dans toute la région.

L’onde de choc a été lancée par le soulèvement tunisien qui a fait tomber un dictateur appuyé par l’Occident, avec des répercussions en Égypte surtout où les manifestants ont submergé la police d’un dictateur brutal. Certains observateurs ont comparé ces événements avec l’effondrement des Pays de l’Est en 1989, mais il y a d’importantes différences.

Un point crucial est qu’il n’existe pas de Mikhail Gorbachev parmi les grandes puissances qui appuient les dictateurs arabes. En revanche, Washington et ses alliés maintiennent le principe sacré selon lequel la démocratie n’est acceptable que dans la mesure où elle obéit aux objectifs stratégiques et économiques : magnifique en territoire ennemi (jusqu’à un certain point) mais pas dans notre arrière-cour, à moins que, s’il vous plaît, on puisse la domestiquer de manière appropriée.

Une comparaison avec 1989 a toutefois une certaine validité : la Roumanie, où Washington a maintenu son appui à Nicolae Ceausescu, le plus cruel des dictateurs européens, jusqu’à ce que l’alliance devienne insoutenable. Ensuite Washington a loué sa chute lorsque le passé s’est effacé.

C’est une vieille règle : Ferdinando Marcos, Jean-Claude Duvalier, Chun Doo Hwan, Suharto et autres gangsters très utiles. C’est peut-être ce qui est en marche dans le cas de Hosni Mubarak, avec les efforts de routine pour s’assurer que le régime qui lui succède ne dévie pas trop de la voie appropriée.

L’espoir actuel de Washington semble résider dans le général Omar Souleiman, loyal à Mubarak et récemment nommé vice-président d’Égypte. Souleiman, qui a pendant longtemps dirigé les services secrets, est méprisé par le peuple rebelle presque autant que le dictateur lui-même.

Un thème commun parmi les "experts" est que la crainte de l’Islam radical requiert de miser (à regret) sur des forces non-démocratie au nom du pragmatisme. Même si elle n’est pas absurde, cette formulation induit en erreur. La menace véritable, pour les puissances occidentales, a toujours été l’indépendance. Dans le monde arabe, les États-Unis et leurs alliés ont régulièrement appuyé les islamistes radicaux, parfois pour prévenir la menace d’un nationalisme séculier.

Un exemple connu est l’Arabie Saudite, centre idéologique de l’Islam radical (et du terrorisme islamique). Un autre nom dans la longue liste est Zia ul-Haq, favori de l’ex-président Ronald Reagan et le plus brutal dictateur pakistanais, qui a mené un programme d’islamisation radicale (avec financement saoudien).

L’argument traditionnel qui est brandi dans et au-dehors du monde arabe est qu’il ne se passe rien, que tout est sous contrôle, comme l’explique Marwan Muasher, ex-fonctionnaire jordanien et actuel directeur de recherches sur le Moyen Orient de la Fondation Carnegie. Dans cette ligne de pensée, les forces en place argumentent que les opposants et les étrangers qui demandent des réformes exagèrent les conditions du terrain.

Par conséquent, le peuple continue à être de trop. Cette doctrine vient de loin et se généralise dans le monde entier, y compris sur le territoire national des Etats-Unis. Les perturbations appellent d’éventuels changements tactiques mais toujours en vue de récupérer le contrôle.

Le vibrant mouvement démocratique de Tunisie s’est dressé contre un État policier marqué par une quasi absence de liberté d’expression et d’association et de graves problèmes de droits de l’homme, et dirigé par un dictateur haï pour sa vénalité. Telle fut l’évaluation de l’ambassadeur des États-Unis Robert Godec dans un câble de juillet 2009, révélé par Wikileaks.

Par conséquent, pour certains observateurs les “documents (de Wikileaks) doivent créer le sentiment commode parmi le public américain que les fonctionnaires "ne dorment pas à leur poste”, c’est-à-dire, que les câbles confortent de telle manière les politiques des Etats-Unis que c’est pratiquement comme si Obama lui-même les avait révélés (comme l’écrit Jacob Heilbrunn dans The National Interest.)

Les États-Unis devraient décerner une médaille à Assange, affirme un titre du Financial Times. Le chef d’analyse de la politique extérieure, Gideon Rachman, écrit que la politique extérieure américaine est tracée de manière éthique, intelligente et pragmatique et que la position adoptée en public par les États-Unis sur un thème donné est en général aussi la position adoptée en privé.

De ce point de vue, Wikileaks ruine les théories de la conspiration qui mettent en cause la noblesse des motifs fréquemment proclamée par Washington.

Le câble de Godec appuie ces jugements, du moins si nous ne voyons pas plus loin. Si nous le faisons, comme le rapporte l’analyste politique Stephen Zunes dans Foreign Policy in Focus, nous découvrons que tout en disposant des informations de Godec, Washington a fourni 12 millions de dollars d’aide militaire à la Tunisie. En réalité, la Tunisie n’a été qu’un des cinq bénéficiaires étrangers : Israël (routinier) ; l’Égypte et la Jordanie, dictatures du Proche Orient, et la Colombie, qui depuis longtemps détient le pire historique en matière de droits de l’homme et reçoit la plus grande aide militaire américaine dans l’hémisphère.

La preuve première de Heilbrunn est l’appui arabe aux politiquesde Washington dirigées contre l’Iran, comme le révèlent les câbles publiés. Rachman se sert aussi de cet exemple, comme l’on fait les médias en général, pour louer ces encourageantes révélations. Les réactions illustrent la profondeur du mépris pour la démocratie de la part de certains esprits cultivés.

Ce qu’on ne mentionne pas, c’est ce que pense la population. Pourtant cela se découvre aisément. Selon des enquêtes publiées en août dernier par l’Institution Brookings, quelques Arabes étaient d’accord avec Washington et les commentateurs occidentaux, sur le fait que l’Iran est une menace : 10 pour cent. Par contraste, ils considèrent que les États-Unis et Israël sont les plus grandes menaces (77 et 88 pour cent, respectivement).

L’opinion arabe est si hostile aux politiques de Washington qu’une majorité (57 pour cent) pense que la sécurité régionale s’améliorerait si l’Iran avait des armes nucléaires. Même ainsi, il ne se passe rien, tout est sous contrôle (Marwan Muasher décrit ainsi la fantaisie régnante) : "les dictateurs nous appuient ; nous pouvons donc oublier leurs sujets… à moins que ceux-ci ne brisent leurs chaînes, dans ce cas nous devons adapter la politique".

D’autres révélations paraissent appuyer les jugements enthousiastes sur la noblesse de Washington. En juillet 2009, Hugo Llorens, ambassadeur des États-Unis au Honduras, a informé Washington d’une enquête de l’ambassade relative aux “aspects légaux et constitutionnels de l’éviction forcée du président Manuel Mel Zelaya le 28 juin”.

L’ambassade a conclu qu’il n’y avait pas de doute sur le fait que les militaires, la Cour Suprême et le Congrès National avaient conspiré le 28 juin pour mener un coup d’État illégal et anticonstitutionnel contre le Pouvoir Exécutif. Digne d’admiration, sauf que le président Obama a décidé de rompre avec presque toute l’Amérique latine et l’Europe en soutenant un régime putschiste et en excusant les atrocités postérieures.

Peut-être les révélations les plus surprenantes de Wikileaks sont-elles liées au Pakistan, examinées par l’analyste de politique extérieure Fred Branfman dans Truthdig.

Les câbles révèlent que l’ambassade des Etats-Unis est bien consciente de ce que la guerre de Washington en Afghanistan et au Pakistan non seulement intensifie le sentiment rampant anti-américain mais qu’elle crée le risque de déstabiliser l’État pakistanais et inclut même la menace du cauchemar final : les armes nucléaires pourraient tomber aux mains de terroristes islamiques.

Une fois de plus, les révélations doivent créer un effet tranquillisant : les fonctionnaires "ne dorment pas à leur poste" (comme dit Heilbrun) tandis que Washington marche inexorablement vers le désastre.

samedi 5 février 2011

Le livre le plus récent de Noam Chomsky, co-écrit avec Ilan Pappe, est "Gaza in crisis". Chomsky est professeur émérite de linguistique et de philosophie á l’Institut Technologique du Massachusetts, à Cambridge (Mass.) Etats-Unis.

© 2011 Noam Chomsky, The New York Times Syndicate

Traduction (français) : Thierry Deronne, pour La revolucion Vive

Crédit Photo : Duncan Rawlinson - Wikimedia Commons

http://www.medelu.org/spip.php?article717

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10093



Un communiqué des manifestants de la Place Tahrîr au Caire au peuple égyptien
www.algerie-focus.com - Poste par Sat fév 5th, 2011

Nous, les manifestants qui sommes en train de faire un sit-in sur la place Tahrîr (Libération) au Caire depuis le 25 janvier 2011, condamnons fermement les attaques brutales conduite par les mercenaires du PND (parti national démocratique) au pouvoir contre notre présence le mercredi 2 février sous la couverture d’un ‘rassemblement’ en soutien au président Moubarak.

Ces attaques continuent le 3 février. Nous regrettons que quelques jeunes personnes aient rejoint ces nervis et criminels, que le PND a coutume de louer pendant les élections, pour les faire sortir après avoir lancé plusieurs fausses rumeurs répandus par les médias du régime sur nous et nos objectifs.

Ces objectifs visent à changer le système politique pour un système qui garantisse les libertés, la dignité et la justice sociale pour l’ensemble des citoyens sont aussi les objectifs de la jeunesse.

Donc, nous voulons clarifier ce qui suit.

Premièrement, nous sommes un groupe de jeunes égyptiens musulmans et chrétiens, l’immense majorité d’entre nous n’appartiennent pas aux partis politiques et n’ont aucun passé politique actif. Notre mouvement comprend des personnes âgées et des enfants, des paysans, des ouvriers, des classes moyennes professionnelles, des étudiants et des retraités. Notre mouvement ne peut être classé comme “payé par” ou “dirigé par” un nombre limité de personnes car il a attiré des millions de gens qui ont répondu à son slogan de faire chuter le régime. Des gens nous ont rejoint mardi dernier au Caire et dans d’autres gouvernorats dans une scène qui n’a montré aucun cas de violence, aucun attaques contre des biens ou aucun harcèlement de quiconque.

Deuxièmement, notre mouvement est accusé d’être finance par l’étranger, d’être soutenu par les Etats-Unis, d’être à l’instigation du Hamas, comme sous la direction du président de l’assemblée nationale pour le changement (Mohamed El-Baradie) et enfin, d’être dirigé par les Frères Musulmans. De nombreuses accusations comme celles-ci se trouve être totalement fausse et sans fondement. Les protestataires sont tous des Egyptiens qui ont des objectifs clairs et nationaux. Les protestataires n’ont aucune arme ou équipement étranger comme l’affirment leurs instigateurs. La large et positive réponse du peuple pour les buts de notre mouvement révèle que ce sont les buts des masses égyptiennes en général, et non ceux d’une quelconque action ou entité interne ou externe.

Troisièmement, le régime et ses medias à la solde nous a faussement blâmés, nous les jeunes manifestants, pour les tensions et l’instabilité dans les rues d’Egypte au cours des jours récents et donc d’endommager les intérêts et la sécurité de notre nation. Notre réponse pour eux est la suivante : ce ne sont pas les manifestants pacifiques qui ont lâché des criminels des prisons dans les rues non surveillés pour pratiquer le pillage. Ce ne sont pas les manifestants qui ont impose un couvre-feu qui débute à 3 heures. Ce ne sont pas les manifestants pacifiques qui sont arrêté le travail dans les banques, les boulangeries et les stations d’essence. Quand les protestataires ont organisé sa manifestation d’un million de personne, cela devint la forme la plus magnifique et la plus organisée et elle se termina de manière pacifique. Ce ne sont pas les protestataires qui ont tué 300 personnes, dont certains avec des munitions, et blessé plus de 2000 personnes au cours des derniers jours

Quatrièmement, le président Moubarak est apparu mardi pour annoncer qu’il ne voulait pas être choisi pour les prochaines élections présidentielles et qu’il modifierait deux articles de la Constitution, et qu’il engagerait le dialogue avec l’opposition. Toutefois, les médias d’Etat nous attaqué quand nous avons refusé sa « concession » et décidé de poursuivre notre mouvement. Notre demande du départ immédiat du pouvoir de Moubarak n’est pas une question personnelle, mais nous avons de claires raisons pour la mettre en avant et cela comprend

:

· Sa promesse de ne pas se représenter n’est pas nouvelle. Il l’avait promis quand il arriva au pouvoir en 1918 qu’il ne se présentait pas pour plus de deux mandats mais il a continué pour plus de trente ans.

· Son discours ne mentionnait nullement de ne pas nommer son fils « Gamal », qui reste jusqu’à ce moment un membre du parti au pouvoir, et peut se présenter aux élections qui ne seront pas sous contrôle judiciaire puisqu’il il a ignoré toute mention d’amender l’article 88 de la Constitution.

· Il a aussi considéré notre mouvement comme un complot « dirigé par une force » qui agit contre les intérêts de la nation comme si répondre aux revendications du public était une « honte » ou une « humiliation ».

· Au regard de sa promesse de mener un dialogue avec l’opposition, nous avons combine de fois par le passé, le régime a affirmé cela et finit par renforcer les intérêts étroits de l’Etat Moubarak et des quelques personnes qui le contrôle.

Et les évènements de Mercredi ont prouvé que notre position est justifiée. Alors que le président donnait ses promesses, les dirigeants de son régime étaient en train d’organiser (avec des nervis payés et des criminels recherchés et armés d’épées, de couteaux, de cocktails Molotov) un complot d’attaque brutale contre nous sur la place Tahrîr (Libération).

Ces nervis et ces criminels étaient accompagnés de membres du PND qui ont ouvert le feu avec des armes automatiques sur des manifestants désarmés qui furent cernés sur le centre de la place, tuant au moins sept personnes et blessant des centaines de manière sévères.

Ceci fut réalisé afin de mettre un terme à notre pacifique mouvement national populaire et maintenir le statu quo.

Notre mouvement est égyptien – notre mouvement est légitime- notre mouvement se poursuit !

La jeunesse faisant le sit-in de la place Tahrîr

Le Caire, 3 février 2011 à 11H30.

Ayman Abdel Moti

Telephone potable 0128035963

Blog: http://ayman1970.wordpress.com/

Twitter: http://twitter.com/ayman1970

Facebook: http://www.facebook.com/ayman1970

d'après : http://www.algerie-focus.com/2011/02/05/un-communique-des-manifestants-de-la-place-tahrir-au-caire-au-peuple-egyptien/


Un noyau dur révolutionnaire naît place Tahrir

Contretemps - Nalha Chahal - 06/02/2011 19:43

Dans cet entretien Nahla Chahal, sociologue et coordinatrice de la Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP) revient sur la dynamique du processus révolutionnaire en Egypte et dans le monde arabe

Contretemps - Après la révolution tunisienne, les mobilisations extraordinaires en Égypte et, dans une moindre mesure, dans d'autres pays comme la Jordanie, le Yemen et la Syrie, la région semble sur le point de connaître un basculement politique d'ampleur historique. Est-il juste à tes yeux de situer ces mobilisations contre des régimes violemment dictatoriaux dans une longue lignée de révolutions démocratiques dont la fin des dictatures en Amérique latine dans les années 1980 puis la chute des régimes de l'Est au tournant des années 1990 furent des moments importants ?

Dans cette région du monde, qu'est le monde arabe, les différentes émancipations sont loin d'être achevées. S'imbriquent ici inextricablement l'aspiration à la libération nationale (la question d'Israël, et plus récemment l'occupation de l'Irak), la révolte sociale et l'exigence de liberté, ou si vous voulez de la démocratie. Nous sommes devant un énorme chantier dont la caractéristique est la globalité et dont toutes les parties sont articulées. Je crois qu'on ne peut pas parler ici de priorités, mais bien d'articulation. La libération nationale par exemple n'était pas une dimension à part dans les autres révolutions, que ce soit en Amérique latine ou en Europe de l'est.

Après qu'une coalition emmenée par le Hezbollah s'est imposé au Liban au mois de janvier 2010, c'est bien l'emprise des gouvernements occidentaux et d'Israël sur la région, via leurs États clients qui semble menacée. Pour en rester au cas crucial de l'Égypte, ce pays est en paix avec Israël depuis 1979 et massivement soutenu financièrement et militairement par les États-Unis. Or selon le Pew Global Attitudes survey de 2010, seulement 17 per cent des égyptiens ont une opinion favorable des États-Unis contre 82% une opinion défavorable : c'est le pire de tous les scores obtenus par les États-Unis dans les différents pays. Dans un tel contexte, la démocratisation du pays semble, a priori, difficilement conciliable avec le rôle d'État client... Que penser alors de l'attitude des États-Unis qui, à travers le Président Obama, exigent – contrairement à Israël - un changement politique immédiat ? Ne s'agit-il que d'une posture - comme lorsque les États-Unis condamnèrent le coup d'État mené contre le président Zélaya au Honduras lors de l'été 2009, avant de reconnaître peu de temps après le pouvoir putschiste – ou bien y a-t-il une stratégie US de libéralisation politique qui s'esquisse pour le monde arabe ?

Obama a peur de voir le régime égyptien tout entier entraîné par le soulèvement populaire, et je pense que son attitude est basée sur l'objectif stratégique de sauver le régime en étant prêt à sacrifier la tête de ce régime s'il faut. Obama sait que ce qui s'est passé en Egypte est profond et indépassable, contrairement à Israël qui semble en état de pure panique, et rêve de gommer l'événement ! Il essaye de préparer la suite, parce que le retour à « avant » est impossible. Le peuple égyptien, en deux semaines, a ôté toute légitimité au régime, et dans ce sens l'a déjà renversé ! Fait sans précédent dans le pays du culte du chef (pharaon était dieu !), il a traîné Moubarak dans la boue, et quand Suleiman a été désigné, en quelques minutes les foules n'ont pas hésité à lui dire « non a toi aussi ». Souvenons-nous que les 8 millions d'égyptiens qui sont sortis dans les rues ont scandé « le peuple veut la chute du REGIME », le mot a été utilisé de manière imprévue. Ce n'est pas de la misère sociale et des revendications concernant la paye ou le chômage que les égyptiens ont parlé, ce n'est pas des accords humiliants avec Israël, ce n'est pas de liberté ou d'élections qu'ils ont parlé, mais de « régime » ! C'est énorme. Et puisque le chef ici est tout, ils lui ont dit « dégage ». Je ne pense pas que les EU veulent la libération du monde arabe, parce qu'ils sont purement et simplement détestés, et ceci ne peut pas être camouflé. Ils essayent simplement de conserver une influence sur ce qui se passe et un accès au nouveau monde arabe en train de naître sous nos yeux, ce qui implique pour eux de ne pas s'entêter à soutenir des régimes politiques épuisés au risque de tout perdre. Il faut aussi dire que les EU peuvent trouver des appuis dans la mesure où une attitude pragmatique à leur égard – c'est-à-dire pas complètement hostile – peut apparaître très avantageuse pour de nombreux acteurs...

 Contretemps - La dimension sociale de ces mobilisations semble importante. La hausse du prix des denrées alimentaires est à l'origine d'un fort mécontentement social auquel fait écho une forte présence des organisations syndicales dans les mobilisations. On sait qu'en Tunisie des syndicats de l'UGTT ont joué un rôle dans l'inscription dans la durée de la mobilisation, même si il existe des contradictions entre la base et une direction lié au régime de Ben Ali.. En Algérie, des mobilisations dans les secteurs de la santé, de l'éducation et la banque sont en cours alors qu'une marche à l''initiative de la Coordination pour le changement démocratique est en préparation pour le 12 février. En Égypte, les luttes ouvrière jouent également un rôle important, notamment à Suez où se situent d'importantes activités industrielles et portuaires. Et le 30 janvier, sur la place Tahrir l'annonce a été faite de la création d'une nouvelle fédération syndicale indépendante, fédération qui a appelé dans la foulée à la grève générale. Quelle est l'importance de cette présence du mouvement ouvrier dans les coalitions qui animent les mobilisations ? S'inscrit-t-elle dans un cycle plus long de remobilisation ouvrière dans la région ? La jeunesse, à l'instar du mouvement du 6 avril en Égypte, semble avoir joué un rôle déclencheur dans l'impulsion des processus révolutionnaires, comment se positionne t-elle par rapport au mouvement ouvrier et aux organisation de gauche ?

 Depuis plusieurs années, les ouvriers des complexes industriels de Mahalla et de Helouane, proches du Caire, qui sont les sites des industries traditionnelles et de l'époque nassérienne, font des grèves et des occupations . Ils ont non seulement réussi à gagner sur plusieurs de leurs revendications mais aussi à mener à bien des expériences autogestionnaires. Avec ces luttes, des syndicats autonomes ont vu le jour. Leur présence importante dans la mobilisation résulte de cette accumulation d'expériences. A Suez également, il existe une longue tradition militante appuyée sur une conscience du caractère stratégique du lieu en raison de sa proximité avec le canal qui est l'artère économique du pays : ce site nationalisé par Nasser en 1956 génère des revenus d'au moins 4 milliards de dollars par an ! Alors que l'aide que les EU apportent au pays est totalement compensée par la livraison quasi gratuite de gaz égyptien à Israël. Le tourisme et les transferts des immigrés sont les deux autres principales sources de devises pour l'Egypte. Par ailleurs, le canal de Suez porte encore aujourd’hui une forte charge symbolique, en plus de son importance économique pour l'Égypte et stratégique pour le monde entier.

 

Ce qui se passe à la place Tahrir est révolutionnaire dans le sens propre du terme. Les étudiants, les jeunes déshérités et les ouvriers apprennent à travailler ensemble. C'est un noyau dur qui est en train de naître ici, et de défaire le maillage de la société que le régime a pu mettre en place, y compris en ce qui concerne la corruption des élites intellectuelles et politiques. Et c'est très important, car la bataille va être longue et difficile. Ces catégories populaires représentent la majorité écrasante de la société. La structure du régime en place n'est pas qu'oligarchique. Elle est pire, détachée complètement de la société, qu'elle « gère » tant bien que mal, sans aucune vision, sans aucun projet…et donc par le mépris et la répression. Les hommes du régime, en devenant juste des pilleurs, ont poussé à l'extrême son caractère « hors sol ». Sinon, comment un Moubarak aurait accumulé une fortune estimée entre 40 à 70 milliards de dollars? Il y a 5 millions de millionnaires en Egypte et 35 millions qui vivent avec moins de 2 dollars par jour (dont 11 millions dans des bidonvilles autour du Caire). Le reste vit dans sa majorité écrasante dans une vraie grande pauvreté. Le pays est complètement délabré. Toutes les infrastructures, les systèmes d'éducation, de santé, les routes, les chemins de fer, les logements, même les immeubles officiels, sont délaissés tandis que la nouvelle classe de riches vit et travaille dans des campements isolés. Quant aux organisations de gauche, il y a trop de choses à dire. L'ancien PC à la tête duquel se tient Rifaat Said, a qualifié ce qui se passe d' « émeute de gamins ». Il est complètement coopté par le régime. D'ailleurs c'était la seule organisation qui avait qualifié les élections législatives de novembre 2010 d'impeccables ! Que dire de cette trahison… les autres formations de la gauche sont assez réduites et leur influence est limitée.

 

 

Contretemps- L'autre élément clé de la situation, c'est le rôle des forces de l'islam politique. Qu'il s'agisse de l'Ennahda en Tunisie ou des Frères musulmans en Égypte, ils adoptent un profil plutôt discret, mais qu'en est-il de leur rôle effectif dans les mobilisations ? Existe t-il selon toi une stratégie de l'Islam politique à l'échelle régionale ou bien les dynamiques politiques restent-elles essentiellement nationale ?

 

Les frères musulmans, connus pour leur implantation et leur organisation, sont eux aussi totalement dépassés par les événements ! C'est un fait. Mais il est vrai qu'un pragmatisme presque opportuniste prévaut chez les FM d'Egypte. Ils veulent « exister » politiquement, (dans le sens officiel de l'existence), et sont prêts à beaucoup de louvoiement pour arriver à cet objectif. Ils ont peur aussi, et attendent de voir où tourne le vent pour avancer, en se gardant de confronter le régime…de peur qu'il ne se maintienne et ne les décime ! Et puis les FM égyptiens sont des libéraux économiquement quand ils ne sont pas des ultralibéraux ! Leur notion de la justice sociale se limite à la charité. Ce n'est pas le cas de Ennahda en Tunisie (et de bien d'autres formations au moyen orient) qui a évolué dans une direction toute autre, avec une réelle ouverture à la gauche et aux théories et idées de la gauche, avec une sensibilité sociale, et une adoption de la pluralisme politique. Je ne crois pas qu'on puisse parler d'un seul islam politique dans la région. Il est diversifié, et même s'il existe des cadres de rencontres, il n'y a sûrement pas une direction unifiée. Ni une stratégie commune.

 

Contretemps- Il est tout a fait notable que Mahmud Abbas, avec Khadafi et le régime saoudien, a été un des rares à apporter son soutien au régime défaillant de Mubarak... Comment expliquer cette attitude ? Qu'aurait l'Autorité Palestinienne à perdre dans un succès des révolutions démocratiques dans le monde arabe ?

Déjà déracinée par la disparition de sa raison d'être qu'était la promesse de conclure un processus de paix, l'Autorité palestinienne vient d'achever de perdre tout pouvoir politique. L'AP ressemble de plus en plus à ces régimes, elle aussi est hors sol, pilleuse (même si ce sont les aides occidentales qu'elle pille), corrompue jusqu' à la moelle épinière, répressive et méprisante de son peuple et de sa société. Son attitude résulte de petits calculs politiciens, Moubarak soutenant l'AP contre le Hamas…

Propos recueillis par Cédric Durand

d'après : http://www.contretemps.eu/interviews/noyau-dur-revolutionnaire-nait-place-tahrir



Ce n’est pas l’Islam radical qui préoccupe les Etats-Unis, mais l’indépendance.

Noam CHOMSKY - publié le dimanche 6 février 2011.

http://www.legrandsoir.info/Ce-n-est-pas-l-Islam-radical-qui-preoccupe-les-Etats-Unis-mais-l-independance.html

La nature des régimes qu’ils soutiennent dans le monde arabe importe moins que leur contrôle. Les sujets sont ignorés jusqu’à ce qu’ils brisent leurs chaînes.

« Le monde arabe est en feu » annonçait al-Jazeera la semaine dernière, alors que partout dans la région, les alliés occidentaux « perdent rapidement leur influence ». L’onde de choc fut déclenché par le soulèvement en Tunisie qui renversa le dictateur soutenu par l’Occident, avec des réverbérations surtout en Egypte, où les manifestants ont submergé la police brutale du dictateur.

Certains observateurs ont comparé l’événement aux renversements des régimes du camp soviétique en 1989, mais les différences sont importantes. La plus importante est qu’il n’y a aucun Mikhail Gorbachev parmi les grandes puissances qui soutiennent les dictateurs arabes. Washington et ses alliés s’en tiennent au principe bien établi que la démocratie est acceptable à condition qu’elle soit conforme aux objectifs stratégiques et économiques : excellente en territoire ennemi (jusqu’à un certain point) mais à éviter dans nos chasses gardées sauf si elle est correctement contrôlée.

La comparaison avec 1989 est cependant valable dans un cas : la Roumanie, où Washington soutenait Nicolae Ceausescu, le plus brutal des dictateurs de l’Europe de l’est, jusqu’à ce que ce dernier devienne incontrôlable. Washington a ensuite salué son renversement tout en oubliant le passé. Le scénario est classique : Ferdinand Marco, Jean-Claude Duvalier, Chun Doo-hwan, Suharto et de nombreux autres gangsters utiles. Cela pourrait être aussi le cas avec Hosni Moubarak, tout en étant déployant les efforts habituels pour s’assurer que le régime qui succède ne s’éloigne pas trop d’un chemin tracé. Les espoirs semblent s’orienter vers le général Omar Suleiman, un fidèle de Moubarak, qui vient d’être nommé vice-président. Suleiman, qui a longtemps dirigé les services de renseignement, est détesté par le peuple en révolte presque autant que le dictateur lui-même.

Un refrain souvent entendu est que le risque posé par l’islamisme radical oblige à s’opposer (à contre-coeur) à la démocratie et ce pour des raisons pragmatiques. Si la formule mérite considération, elle est néanmoins trompeuse. La vraie menace est l’indépendance. Les Etats-Unis et leurs alliés ont régulièrement soutenu des islamistes radicaux, parfois pour éliminer la menace d’un nationalisme laïque.

Un exemple connu est celui de l’Arabie Saoudite, le centre idéologique de l’Islam radical (et du terrorisme islamiste). Un autre sur la longue liste est Zia ul-Haq, le plus brutal des dictateurs pakistanais et le préféré du Président Reagan, qui a mené un programme d’islamisation radical (financé par les Saoudiens).

« L’argument habituel constamment avancé dans le monde arabe et à l’extérieur est que tout va bien, que tout est sous contrôle, » dit Marwan Muasher, un ancien officiel Jordanien et actuellement directeur du centre d’études Middle East research for the Carnegie Endowment. « En suivant ce raisonnement, les forces retranchées rétorquent que les opposants et ceux à l’étranger qui exigent des réformes exagèrent la situation à l’intérieur. »

On peut ignorer l’opinion publique. Cette doctrine ne date pas d’hier et elle a été généralisée au monde entier, y compris à l’intérieur des Etats-Unis. Lorsque des troubles se produisent, quelques ajustements tactiques peuvent se révéler nécessaires, mais toujours avec l’idée de garder le contrôle.

Le mouvement démocratique en Tunisie était dirigé contre « un état policier, avec peu de liberté d’expression ou d’association, et de graves atteintes aux droits de l’homme », dirigé par un dictateur dont la famille était détestée pour sa vénalité. Ainsi s’exprimait Robert Godec, ambassadeur des Etats-Unis, dans un câble daté de juillet 2009 et diffusé par Wikileaks.

Ainsi, selon certains observateurs, « les documents (de Wikileaks) devraient rassurer l’opinion publique américaine que les dirigeants (US) sont effectivement conscients et qu’ils agissent » - et même que les câbles confirment tellement la politique des Etats-Unis que c’est à se demander si ce n’est pas Obama lui-même qui organise les fuites (selon Jacob Heilbrunn dans The National Interest ).

« L’Amérique devrait donner une médaille à Assange, » peut-on lire dans un titre du Financial Times, dans un article où Gideon Rachman écrit : « la politique étrangère des Etats-Unis apparaît comme éthique, intelligente et pragmatique... la position publique des Etats-Unis sur un sujet donné correspond en général aux positions privées. »

De ce point de vue, Wikileaks coupe l’herbe sous les pieds des « théoriciens du complot » qui émettent des doutes sur la noblesse des motivations proclamées par Washington.

Le câble de Godec confirme cette idée – à condition de ne pas creuser plus loin. Dans ce cas, comme l’analyste de la politique internationale Stephen Zunes l’a indiqué dans Foreign Policy in Focus, on découvre aussi, à-coté du câble de Godec, que Washington a fourni 12 millions de dollars d’aide militaire à la Tunisie. On découvre que la Tunisie était l’un des cinq bénéficiaires : Israël (de manière constante) ; deux dictatures du Moyen-orient, l’Egypte et la Jordanie ; et la Colombie qui détient le record en matière d’atteintes aux droits de l’homme et qui est aussi le premier bénéficiaire de l’aide militaire US sur le continent (américain - NdT).

La première pièce à conviction présentée par Heilbrunn est le soutien arabe à la politique des Etats-Unis contre l’Iran, révélé par les câbles. Rachman lui-aussi se saisit de cet exemple, à l’instar de la plupart des médias, tout en louant ces révélations encourageantes. Toutes ces réactions montrent à quel point la démocratie est méprisée dans les milieux éduqués. [selon Chomksy, ce sont les milieux "éduqués", ceux qui passent par le formattage du système éducatif, qui deviennent les piliers du système - NdT]

Aucune mention n’est faite de ce que pense la population – chose facile à vérifier. Selon un sondage de Brookings Institution rendu public au mois d’août, certains Arabes sont effectivement d’accord avec Washington et les commentateurs occidentaux selon qui l’Iran représente une menace : ils sont 10%. En contraste, ceux qui considèrent que ce sont les Etats-Unis et Israël qui représentent la plus grande menace sont, respectivement, 77% et 88%.

L’opinion publique arabe est si hostile à la politique américaine qu’une majorité (57%) pensent que la sécurité régionale serait renforcée si l’Iran se dotait d’armes nucléaires. Néanmoins, « tout va bien, tout est sous contrôle » (selon l’expression de Muasher pour décrire cette illusion dominante). Puisque les dictateurs nous soutiennent, leurs sujets peuvent être ignorés – sauf lorsqu’ils brisent leurs chaînes. Dans ce cas, il faut procéder à un ajustement de politique.

D’autres documents semblent confirmer l’enthousiasme qui s’exprime autour de la noblesse supposée de Washington. En juillet 2009, Hugo Llorens, l’ambassadeur US au Honduras, a informé Washington d’une enquête de l’ambassade sur « les enjeux juridiques et constitutionnels autour du renversement le 28 juin du Président Manuel « Mel » Zelaya. »

L’ambassade a conclu qu’ « il ne fait aucun doute que l’armée, la Cour Suprême et le Congrès ont conspiré le 28 juin dans ce qui constitue un coup d’état illégal et anticonstitutionnel contre la branche exécutive du pouvoir ». Très admirable, sauf que le Président Obama a rompu avec pratiquement toute l’Amérique latine et l’Europe en soutenant le régime issu du coup d’état et en ignorant les atrocités qui ont suivi.

La révélation la plus remarquable de Wikileaks est peut-être celle qui concerne le Pakistan et qui a été examinée par l’analyste Fred Branfman dans Truthdig.

Les câbles révèlent que l’ambassade US était parfaitement consciente que la guerre US en Afghanistan et au Pakistan non seulement renforçait l’antiaméricanisme ambiant mais aussi « le risque d’une déstabilisation de l’état pakistanais » et celui du cauchemar absolu : que les armes nucléaires tombent entre les mains de terroristes islamistes.

Encore une fois, ces révélations « devraient rassurer l’opinion publique américaine que les dirigeants (US) sont effectivement conscients et qu’ils agissent » (selon Heilbrunn). Pendant ce temps, Washington avance à pas décidés vers un désastre.

Noam Chomsky

(traduction VD pour le Grand Soir, avec probablement les fautes et coquilles habituelles)

SOURCE : http://www.guardian.co.uk/commentis...



Egypte: manifestations de soutien de Palestiniens et d'Arabes israéliens

Romandie.news  ©AFP / 05 février 2011 19h06

RAMALLAH (Territoires palestiniens) - Plusieurs centaines de Palestiniens ont manifesté samedi à Ramallah, dans le nord de la Cisjordanie, leur soutien à la révolte populaire en Egypte, de même que des Arabes israéliens en Galilée, selon une correspondante de l'AFP et des médias.

Dans la ville autonome palestinienne de Ramallah, les manifestants, dont des étudiants de l'université proche de Bir Zeit auxquels se sont joints des étrangers membres d'ONG, ont scandé des slogans contre le président égyptien Hosni Moubarak.

Ils ont brandi des drapeaux égyptiens et palestiniens, ainsi que des portraits du président égyptien Gamal Abdel Nasser (1918-1970), figure de proue du nationalisme arabe.

"Cette manifestation est un message de solidarité et de fraternité adressé au peuple égyptien qui se bat pour la démocratie et des réformes", a déclaré aux journalistes la député Hanan Ashrawi, membre du Comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Des heurts se sont produits entre des manifestants qui scandaient "le peuple veut en finir des divisions" (au sein des Palestiniens) et des membres du mouvement Fatah, du président palestinien Mahmoud Abbas, qui scandaient en réponse le "peuple veut Abbas".

Un des manifestants anti-Moubarak a été brièvement interpellé par la police. Après sa libération, il a indiqué à l'AFP que les contre-manifestants s'en étaient pris à "la manifestation pacifique au moment où elle allait se disperser, après avoir entonné les hymnes nationaux palestinien et égyptien".

L'Autorité palestinienne a annoncé jeudi l'interdiction des manifestations liées aux soulèvements en Egypte et en Tunisie, après avoir empêché plusieurs rassemblements, invoquant la "non-ingérence dans les affaires de "pays frères".

La manifestation, place Manara, a pourtant été autorisée par l'Autorité palestinienne alors que la police avait réprimé mercredi soir à Ramallah un précédent rassemblement de soutien au soulèvement en Egypte.

Le 30 janvier, la police palestinienne déjà avait utilisé la force pour disperser un rassemblement similaire de quelques dizaines de personnes devant l'ambassade d'Egypte à Ramallah.

En Israël quelque 200 Arabes israéliens ont défilé samedi à Nazareth, en Galilée, pour exprimer leur solidarité avec le mouvement de contestation en Egypte, ont indiqué les médias israéliens.

Les manifestants se réclamaient pour la plupart du parti arabe israélien Balad (nationaliste arabe de gauche). Deux députés de cette formation, Hanin Zoabi et Jamal Zahalkha, ont participé à la protestation.

La communauté des Arabes israéliens, composée des descendants des 160.000 Palestiniens restés sur leurs terres après la création d'Israël en 1948, compte 1,2 million de personnes, soit près de 20% de la population globale du pays.

L'Egypte a été le premier pays arabe à signer la paix avec l'Etat hébreu en 1979.

(©AFP / 05 février 2011 19h06)




Robert Fisk : épuisés, effrayés et piégés, les manifestants

Egyptiens mettent en avant un plan pour le futur.
The Independant
Robert Fisk Samedi 5 février 2011

En un jour de drames et de confusion au Caire, les opposants au régime Moubarak proposent une nouvelle sorte de politique.

Piégés hier à l'intérieur de rouleaux de barbelés et d'un nouveau cordon de troupes avec des visières antiémeute -- la protection même que Washington avait demandée pour les protestataires de la place Tahrir -- les dizaines de milliers de jeunes Égyptiens qui demandent le renversement de Hosni Moubarak ont entrepris les premiers pas politiques concrets pour créer une nouvelle nation remplaçant le gouvernement corrompu qui a régné sur eux pendant 30 ans.

Assis sur des pavés dégoûtants, au milieu des ordures et des débris de pierres d'une semaine de combats de rue, ils ont établi une liste de 25 personnalités politiques pour négocier vers une nouvelle direction politique et une nouvelle constitution pour remplacer le régime vacillant de Moubarak.

Celle-ci inclut Amr Moussa, le Secrétaire général de la ligue Arabe – un Égyptien de confiance ; le prix Nobel Ahmed Zuwail, un Égypto- Américain qui a conseillé le président Barak Obama; Mohamed Selim Al-Awa, professeur et auteur d'études islamiques proche des Frères Musulmans; et le président du parti Wafd, Said al-Badawi.

D'autres candidats pour le comité, qui étaient supposés rencontrer le vice-président égyptien Omar Suleiman sous 24 heures, sont Nagib Suez, un important homme d'affaires du Caire (impliqué dans les systèmes de téléphonie mobile fermés par Moubarak la semaine dernière); Nabil al-Arabi, délégué Egyptien à l'ONU; et même le chirurgien cardiologue Magdi Yacoub, qui vit maintenant au Caire.
La sélection -- et le comité de fortune des manifestants de la place Tahrir et des électeurs de Facebook et de Twitter -- n'a pas été confirmée, mais elle marque la première tentative sérieuse de faire de la protestation massive de rue des sept derniers jours une machine politique indiquant un futur au-delà du renversement du président tant haï. Les premières tâches du comité seraient d'élaborer une nouvelle constitution égyptienne et un système électoral empêchant l'escroquerie du président à vie que les élections frauduleuses de Moubarak ont créé. À la place, les présidents Egyptiens seraient limités à deux mandats consécutifs dont les durées seraient réduites de six à quatre ans.

Mais aucun de ceux qui sont impliqués dans cette initiative n'a de doute sur le sombre futur qui les attend si leur courageuse implication dans la politique pratique échoue. Il y a eu plus de tirs de snipers dans la place Tahrir pendant la nuit -- un ingénieur, un avocat et un autre jeune homme ont été tués -- et de la police en uniforme a été à nouveau découverte sur la place. Il y ait eu d'autres petits caillassages pendant la journée, malgré la présence militaire très accrue, et la plupart des manifestants craignent que s'ils quittent la place, ils seront immédiatement arrêtés ainsi que leurs familles par le cruel appareil de sécurité d'État de Moubarak.

Il y a déjà des rapports sinistres de manifestants qui ont osé rentrer chez eux et ont disparu. L'écrivain égyptien Mohamed Fadel Fahmy, qui est impliqué dans les discussions du comité, a peur pour lui- même. « Nous sommes en sécurité tant que nous avons la place [Tahrir] », m'a-t-il dit hier, me pressant de publier son nom comme un symbole de la liberté qu'il demande. « Si nous perdons la place, Moubarak arrêtera tous les groupes d'opposition -- et ce sera un régime policier comme jamais auparavant. C'est pourquoi nous nous battons pour nos propres vies ».

La police sécuritaire d'État a maintenant de longues listes de noms de protestataires qui ont donné des interviews à la télévision où ont été cités dans les journaux et les posts sur Facebook et Twitter.

Les protestataires ont identifié des divisions croissantes entre l'armée

égyptienne et les nervis du ministère de l'intérieur, dont les gardes ont échangé des coups de feu avec des soldats il y a trois jours alors qu'ils continuaient à occuper l'immeuble dans lesquelles les chambres de torture au sous-sol restent intouchées par le combat de rue. C'étaient les mêmes salles d’horreur où les prisonniers enlevés par les USA étaient envoyés pour un traitement « spécial » dans les mains des tortureurs les plus sadiques de Moubarak -- une autre faveur qui liait aux États-Unis le régime égyptien, allié « de confiance ».

Un autre jeune homme impliqué dans le comité de sélection a admis qu'il ne faisait pas confiance en Omar Suleiman, l'ancien chef del'espionnage et le négociateur israélo-palestinien, que Moubarak a nommé cette semaine. À ce propos, Suleiman est celui qui a essayé de faire porter la responsabilité de la crise entière sur la presse étrangère -- une manière vicieuse et malhonnête d'exercer ses premiers jours de pouvoir. Pourtant, il a habilement déjoué les manifestants de la place Tahrir en leur accordant la protection de l'armée.

Effectivement, hier matin, causant le choc de nous tous situés du côté ouest de la place, un convoi de 4x4 aux fenêtres noircies a émergé soudainement des jardins du Musée Egyptien voisin, s'est faufilé jusqu'à stopper devant nous et a été immédiatement entouré par une garde prétorienne de soldats à béret rouge et par des gardes de sécurité massifs -- vraiment gigantesques – portant lunettes de soleil et fusils à viseur télescopique. Et puis, du véhicule du milieu, a émergé le petit personnage à lunettes du maréchal Mohamed Hussein Tantawi, chef d'état-major de l'armée égyptienne et ami de toujours de Moubarak, portant un képi militaire vert et l'insigne à épées croisées de Général à ses épaules.

C'était un visiteur à couper le souffle, faisant signe brièvement aux protestataires pressés contre le cordon militaire pour assister à cette
arrivée extraordinaire. La foule rugissait. « L'armée égyptienne est notre armée », chantait t’elle en choeur. « Mais Moubarak n'est pas des nôtres ». C'était un message pour Tantawi à rapporter à son ami Moubarak, mais sa visite était elle-même un symbole politique fort. Quel que soit le délire de Moubarak sur la « main de l'étranger » derrière les demandes pour le renverser et les nombreux mensonges que Suleiman peut faire sur les journalistes étrangers, Tantawi montrait que l'armée prend au sérieux sa mission de protéger les manifestants.

La déclaration militaire récente, qu'elle n'ouvrirait jamais le feu sur ceux qui souhaitent détrôner Moubarak, parce que leurs griefs étaient « légitimes », a été autorisée par Tantawi. De là la croyance des manifestants -- si naïve et dangereuse qu'elle soit -- en l'intégrité de l'armée.

Manquant crucialement de la liste des personnalités proposées pour le comité, il y a Mohamed ElBaradei, l'ancien inspecteur aux armements [nucléaires] de l'ONU, lauréat du prix Nobel, et des membres des Frères Musulmans, le spectre « islamiste » que Moubarak et les
Israéliens ont toujours agité devant les Américains pour les persuader de garder le vieux Moubarak au pouvoir. L'insistance des Frères à ne pas rejoindre les pourparlers jusqu'au départ de Moubarak -- et leur soutien pour ElBaradei, dont les faibles ambitions présidentielles (de type ‘transitionnelles’) ne se sont pas imposées aux protestataires -- les excluent effectivement. Suleiman a malicieusement invité les Frères Musulmans à le rencontrer, sachant qu'ils n'en feront rien jusqu'à ce que Moubarak soit parti.

Mais la présence proposée d’al-Awa dans le comité -- et celle de l'intellectuel islamique Ahmed Kamel Abu Magd -- assurera que leurs points de vue seront inclus dans n'importe quelle discussion avec Suleiman. Ces discussions couvriraient aussi les droits civils et constitutionnels et une clause spéciale permettant à Suleiman de diriger temporairement l'Égypte parce que « le Président est incapable d'accomplir ses devoirs ».

Moubarak serait autorisé à vivre en privé en Égypte à condition qu'il ne joue aucun rôle -- public ou déguisé -- dans la vie politique du pays. Il est considéré comme un opposant toujours décidé qu'il n'hésitera pas à décapiter l'opposition s'il s'accroche au pouvoir.

« Il est de la vieille école, comme Saddam et Arafat, il a montré son vrai visage ces deux derniers jours », a dit hier un autre soutien du comité. « C'est l'homme qui est derrière les attaques contre nous et les morts par balles ». Mohamed Fahmy sait de quoi il parle. Son propre père a été exilé d'Égypte pendant sept ans -- après avoir proposé des protestations identiques à celles vues aujourd'hui pour se débarrasser de l'empire Mubarak.
(Traduction JPB CCIPPP)

Reportage - Une nuit vigilante dans Le Caire assiégé par l’armée et les pillards
Écrit par Yassin Temlali, du Caire    Mercredi, 02 Février 2011 13:27

Des soldats surveillant des presumés pilleurs,-Photo European Pressphoto-Agency


A la tombée de la nuit, alors que le commissariat brûle et que l’hôpital est défendu par les familles des malades, dans une cité de cadres cernée par « les quartiers populaires » et les pilleurs, le reporter de Maghreb Emergent s’est joint au comité de vigilance… 

« Ne vous exposez pas au danger, le couvre-feu est en vigueur à compter de 16heures », matraquent les médias gouvernementaux, mais personne n’en a cure dans cette Egypte complètement émancipée de la police, où même le trafic automobile est autogéré. A Guizé, à l’heure précise où ils devraient être rentrés chez eux, il y en a qui commencent à peine à passer le pont Tharwat près de l’Université bloqué par les automobilistes observant l’incendie du commissariat de Boulaq Al Daqrour en contrebas.

Dans ce quartier près de l’université, il semble y avoir trois catégories de nocturnes : la première est celle des passants et automobilistes attardés dont certains tentent probablement de rejoindre les manifestants au centre-ville, la deuxième est celle des pillards qui emportent tout ce qui pourrait avoir de la valeur, même le petite kiosque à tabac en métal rouillé à côté de l’hôpital d’El Boulaq, emporté sur une charrette après avoir été méthodiquement pillé la veille, la troisième catégorie est constituée par la majorité de la population qui défend les quartiers d’habitations et les commerces après avoir probablement pris part aux manifestations de la journée.

Pour se défendre : des cocktails Molotov avec des bouteilles de Pepsi

 A Madinat al Mabouthine où habitent principalement des professeurs de l’Université du Caire, l’autodéfense s’organise dès l’entrée en vigueur du couvre-feu. Elle est rendue nécessaire par des rumeurs amplifiées de bouche à oreille de la participation de policiers aux vols et pillages. Mais aussi par la situation spécifique de cette cité, une des ultimes frontières du Caire middle class, cernée de « quartiers populaires » comme on aime à dire dans l’Egypte des classes moyennes pour évoquer une menace aussi lourde qu’indéterminée. Les grilles sont fermées et les gardiens, d’habitude presque somnolant le soir tombé, font nerveusement les cent pas. L’allée centrale est occupée par une trentaine d’habitants armés de gourdins, de machettes et de longs couteaux. D’autres renforcent la garde habituelle par une ronde sous les murs d’enceinte derrière lesquels le populeux quartier Saft El Laban où des comités de vigilance se sont également constitués regroupant hommes, femmes ou enfants pour faire face aux bandes armées. S’ils ne sont pas déjà armés, les nouveaux arrivants sont dirigés vers un tas d’armes blanches faisant office d’armurerie. Sur un banc, une quinzaine de cocktails Molotov sont prêts à l’usage. Jusqu’à dix heures du soir, les fréquents passages de motocycles (moyen de déplacement préféré des cambrioleurs selon les dernières rumeurs) ne suffisent pas à inquiéter les riverains. Les discussions sont animées sur l’avenir de l’Egypte, devenue en l’espace de quelques jours un pays boudé par les tours operators et déconseillés par les agences d’évaluation des risques économiques. Les opinions sont contrastées mais pas antagoniques. Personne ici ne défend le droit de Hosni Moubarak de rester à son poste pour la trentième année consécutive.

« Pensez-vous qu’il va démissionner ? »

« Non, c’est un aviateur et les aviateurs sont réputés pour avoir les nerfs solides. Mais là, franchement il exagère, quel bloc de glace ! C’est comme s’il n’était pas au courant de ce qui se passe.»

L’échange est parfois interrompu par les observations de vénérables enseignants sur les dangers des cocktails Molotov pour leurs propres véhicules ou leur préparation « parce qu’ils sont confectionnés avec des bouteilles de Pepsi qui ne se brisent pas facilement lorsqu’elles percutent le sol ».

Inhabituelle collaboration de classes

Les nouvelles de la ville sont recueillies grâce aux téléphones mobiles (rétablis suite à l’intervention personnelle d’Hilary Clinton, ironise-t-on). Ce qui se passe ailleurs est plutôt rassurant : les jeunes, les shabab, contrôlent la situation, entend-on dire. Ils surveillent les immeubles et arrêtent les véhicules suspects. Une voisine raconte que son amie est rentrée toute seule de la place Tahrir après avoir manifesté et que, de quartier en quartier, une file invisible de jeunes mobilisés l’a escortée presque jusque chez elle. Les pillages semblent impossibles dans cette situation d’extrême vigilance.

Ils le semblent seulement car dans les alentours ils ont déjà commencé. Des bandes circulant à pied ou à moto déferlent sur la rue principale. Elles tentent de s’introduire dans l’hôpital d’El Boulaq qui a déjà eu à souffrir pendant des heures de l’épaisse fumée du commissariat incendié dans l’après-midi. Elles sont repoussées par des hommes agglutinés devant le portail, des parents de malades, dont l’attroupement se transforme vite en comité de défense.

« Piller un hôpital !», s’indigne-t-on.

«Oui même le centre national anti cancer a été attaqué ».

« Qu’y a-t-il à voler dans les hôpitaux ? »

« Tout peut être volé, j’ai vu moi-même un gars s’en aller avec une poubelle de la municipalité, ça pourrait toujours servir, disaient-ils ».

Les assaillants qu’on peut voir tout en étant protégé des regards par les arbres de ce paradis de verdure fermé par le pont du périphérique ne ressemblent pas aux personnages inquiétants des rumeurs colportées. Ils ne sont pas armés de Kalachnikovs ou de fusils semi-automatiques volés dans les armureries des commissariats. Certains sont trop jeunes pour être des policiers reconvertis dans la terreur urbaine afin d’offrir à Moubarak un prétexte pour s’accrocher à son trône. L’échec de l’attaque contre l’hôpital ne décourage pas les attaquants, revigorés par leur infinité et par le sentiment de se faire justice contre l’Etat ou contre plus riches qu’eux-mêmes. Les bruits qui s’entendent maintenant proviennent du côté est de la cité. Une école primaire fréquentée par des élèves des quartiers pauvres des alentours est envahie, vidée de ses chaises, de ses tables et de tout ce qu’ils peuvent emporter. Les vigiles de Madinat al Mabouthine observent, inquiets, des mouvements frénétiques dans les étages des bâtiments presque écrasés par le pont du périphérique qui passe à quelques mètres de ses fenêtres. Les chefs du comité rappellent les consignes : chacun doit rester à son poste. Mais l’on s’attarde à regarder les pillages dont on a tellement entendu parler sans jamais les voir d’aussi près. Une autre école qui fait face à l’entrée ouest de la cité est aussitôt attaquée, mais les habitants des bâtiments voisins, des enseignants universitaires et des cadres, réagissent de peur d’être les victimes suivantes de cette débauche de violences. Certains tirent avec des armes à feu. Il est difficile pour le comité d’autodefense d’Al Mabouthine d’intervenir car cela suppose de franchir le portail et de se mettre à découvert dans une rue vide et hostile. Paradoxalement les coups de feu ont l’air de rassurer les vigiles. On ose sortir devant la grille principale. On salue une bande de jeunes gens armés de gourdins et de sabres qui s’en vont renforcer le comité formé devant l’hôpital. La collaboration de classes, facilitée par la communauté de destins devant le danger, n’est pas pour autant spontanée ou naturelle. On n’hésite pas à dire que la cité d’Al Maboutine a toujours été menacée par les alentours et que «  cette révolution qui a commencé avec des gens comme vous et moi est devenue une révolution des vas-nu-pieds ».

« Comment l’Egypte a-t-elle pu en arriver là ? » Des soupirs répondent à la question.

La nomination du chef des services Omar Suleiman au poste de vice-président mettra-t-elle fin à la crise. Personne ne semble y croire. Certains estiment qu’il n’y a pas de solution en vue, le président s’accrochant à son siège et les manifestants à la place Tahrir.

Une Egypte qui ne se reconnaît plus

« Pourquoi les gens qui manifestent ne rentrent pas chez eux pour laisser l’armée faire son travail ? Ils pourraient bien réoccuper la rue dans la journée ! »

Les uns acquiescent, les autres rappellent qu’avant le couvre-feu, il n’y avait ni pillages ni pillards. Les désaccords n’empêchent pas une réelle unanimité sur le droit de manifester et surtout sur la nécessaire démission du président « afin d’éviter le pire ».

Les nouvelles d’un déploiement plus important de l’armée sont rapportées par un automobiliste qui mêle à sa satisfaction de l’approche des chars son indignation devant la poursuite du sit-in au centre-ville. Certains l’écoutent avec intérêt car c’est un inspecteur de police « informé ». D’autres se demandent « pourquoi il ne se joint pas à nous au lieu de gloser ».

Les radios des voitures sont allumées, on écoute les chaînes publiques qui insistent sur la « mobilisation citoyenne contre les hors-la-loi » et paraissent inclure dans cette catégorie les manifestants de la place Tahrir. Un bruit assourdissant attire les vigiles dans la grande rue.

« L’armée est arrivée Allah Akbar ! »

On oublie les consignes et on court pour la saluer. Les militaires juchés sur leur char repartent car, disent ils, ils ont reçu l’ordre de patrouiller dans le quartier non d’y stationner.

« Pourquoi ne restent ils pas ? »

« Parce qu’ils sont supposés protéger le pays pas uniquement l’appartement de tes parents ».

Les vigiles rassurés regagnent l’allée centrale. Ils s’éparpillent en petites grappes autour des voitures stationnées. L’un d’eux s’écrie : « Vous allez rentrer chez vous on dirait ! Vous pensez peut-être que ce char vous a libérés ? »

La nuit s’étendra, égale en bruits, sinon celui d’autres patrouilles blindées.

Le jour qui se lève annonce une autre journée particulière dans une Egypte qui ne se reconnaît plus et qui, comme le souligne cet ingénieur trop bien habillé pour l’heure matinale qu’il est, a vécu en quatre jours ce que la Tunisie a vécu en quatre semaines entières.



Le Caire : place d'Al Tahrir, place de la libération

écrit par Yassin Temlali, du Caire    Mercredi, 02 Février 2011 13:27

Les baltaguis du régime attaquent place Al-Tahrir


La place Al-Tahrir était ce mercredi après-midi la cible d’une attaque organisée par des partisans du régime encadrés par des policiers. Des hommes en dromadaires et à cheval tentent ainsi de faire taire ce cœur palpitant de la révolte égyptienne. Là, l’Egypte, avec ses différences de classes, de confessions, d’idéologies et de looks, se rassemble pour réclamer avec entêtement le départ de Moubarak et de son régime. Reportage écrit avant l'attaque des baltaguis

 

A l'ombre du « Mogamaâ », gigantesque bâtiment administratif du centre-ville, se trouve Maydan al Tahrir, principal carrefour du Caire. D'ici, on peut aller partout dans la grouillante capitale et, surtout, probablement, vers un nouveau système politique.

La « Place de la Libération » est devenue le cœur battant d'une Egypte qui ne veut plus vivre dans l'injustice, la corruption et l'arbitraire policier. La dernière blague égyptienne ? Une banale annonce qu'on entend dans les galeries du métro : « Si vous allez à Al-Tahrir, changez à Hosni Moubarak ! ».


La place accueille depuis quelques jours les manifestations les plus massives et les plus radicales depuis l'arrivée du président égyptien au pouvoir, en 1981. Les caméras de toutes les télévisions du monde sont focalisées sur son incessant mouvement. Y compris ceux de la télévision publique qui, pour faire (mauvaise) bonne mesure montre, en même temps que le rassemblement qui s'y tient, d'autres, infiniment plus petits et plus éphémères, favorables au chef de l'Etat.


Le sit-in ininterrompu se tient sous bonne garde militaire. Les rues adjacentes, qui abritent plusieurs institutions, dont les deux Chambres du Parlement, ainsi que des ambassades étrangères, sont fermées par des blindés et interdites au trafic automobile. Les soldats et les officiers ne montrent pas de signe de nervosité : on ne leur a jamais offert autant de fleurs et de sourires.


Moubarak a unifié le pays entier contre lui

Rarement un président a suscité contre lui une telle unanimité. Ici, les frontières de classes s'estompent momentanément et font connaissance des gens qui, ailleurs, se tiennent les uns des autres à une distance respectueuse. Les gallabias des paysans frôlent les derniers cris de la mode masculine. Les foulards de couleurs et les niqab réglementaires cohabitent avec les cheveux au vent et les pull-overs négligemment noués autour de la taille, comme dans une promenade paisible au bord du Nil. Des gens de toutes obédiences se parlent et même se sourient. Les libéraux se serrent les coudes avec des militants de la gauche radicale, des Nassériens, des Frères musulmans et des Salafistes. Un écriteau authentiquement marxiste, « Non à la société de classes : nous sommes tous égaux », est paradoxalement arboré par une jeune fille voilée.


Les deux principales confessions du pays, l'islam et le christianisme, sont aussi ostensiblement représentées ici. Les oulémas azharites, avec leur turban blanc enroulé autour de leurs taqias rouges, lèvent vers le ciel le même poing énergique que quelques ecclésiastiques coptes avec leur énorme croix pendant sur leur soutane. Une banderole résume « l'unité interconfessionnelle contre le despotisme » : « Les cheikhs et les qissis (prêtres) contre le raïs (le président) ».


Logistique improvisée mais impressionnante

Le système logistique a beau avoir été mis en place dans l'urgence, le résultat de tant d'improvisations conjuguées est impressionnant d'efficacité. Une commission s'occupe de procurer aux manifestants nourriture et couvertures. A côté d'appelés du contingent épuisés mais affables, des jeunes vigiles des deux sexes fouillent au corps tous ceux qui veulent rejoindre le sit-in. « Nous avons peur que la police nous infiltre », s'excusent-ils. La rupture est totale entre l'armée, qui supervise ces contrôles, et les corps de sécurité dépendant du ministère de l'Intérieur. Elle semble également totale entre elle et la Présidence, à en juger par ces « A bas Moubarak » griffonnés en gros caractères sur les chars et qui n'ont pas trouvé d'officiers zélés pour ordonner de les effacer.


Des vendeurs ambulants font probablement fortune en proposant aux manifestants kochari, sandwichs de toutes sortes et bouteilles d'eau minérale. Les consignes anonymes, circulant de bouche à oreille mais aussi sous forme de tracts, n'ont pas omis le chapitre diététique : les repas gras sont vivement déconseillés et les collations légères recommandées. Comme les abords de la mosquée Omar Makram - et les salles de prière elles-mêmes, où l'on dort à tour de rôle -, les terre-pleins et les pelouses devant le Mogamaâ font office de lieux de repos temporaire. Quelques tentes y sont plantées mais la majorité des dormeurs sont allongés à même le sol.


« Hosni, tu ne pourras plus fermer l'œil »

La convivialité à Al Tahrir se manifeste aussi sous la forme d'une coexistence heureuse entre banderoles et écriteaux divers, qu'on arbore au-dessus de sa tête comme dans une joute rhétorique amicale. A « Nous voulons la fin du régime » a vite succédé ces derniers jours « Le peuple veut la chute du président », celui-ci ayant affirmé, selon la dernière rumeur malicieuse, qu'il ne s'appelait pas « Régime ». Ce slogan se décline en une infinité d'autres, bien plus spirituels : « Nous sommes désolés, votre crédit est épuisé ! », « Attention, la date de péremption du système a été largement dépassée ! », « Va-t-en, j'ai mal aux bras ! » ou l'irrespectueux « Même les bébés-veaux veulent ton départ ! ». Il se décline également en pronostics sur le sort réservé au chef de l'Etat lorsqu'il aura été déchu (l'échafaud ou l'exil, etc.) et sur l'avenir de l'Egypte une fois libérée du « Tyran » : « Elections démocratiques », « Révision de la Constitution », « Etat islamique, égalité et justice », « Ni pouvoir religieux ni pouvoir militaire : pour un gouvernement civil »...


Les Egyptiens n'ont pas perdu leur humour en ces circonstances de crise. Certaines pancartes sont des jeux de mots sur des répliques célèbres. Ainsi, « Hosni, tu ne pourras plus fermer l'œil » rappelle « Avec (la chaîne de télévision) Rotana, vous ne pouvez avoir sommeil » tandis que « Je ne vous ai pas encore compris ! » renvoie au discours désespéré du président Ben Ali annonçant aux Tunisiens qu'il a entendu leurs doléances.


D'autres pancartes moquent les lauriers du chef d'Etat vieillissant, qui a commandé l'aviation égyptienne lors de la guerre d'octobre 1973, lui hurlant que « akher talâa jawia, ila al mamlaka al saâoudia » (Votre dernière sortie aérienne sera pour l'Arabie Saoudite). D'autres encore mettent en évidence ce que les Egyptiens qualifient de « lenteur d'esprit » de l'homme qui dirige leur pays depuis trente ans. Elles lui épellent les revendications comme « I.R.H.A.L. » (Va-t-en) ou les lui rappellent en d'autres langues comme l'inattendu « Log Dof : dégage en nubien ! ».


Par ces temps d'intifada, la place de la Libération ne ressemble pas à ce lieu impersonnel et hostile qu'on traversait au péril de sa vie, au milieu de flux continus de véhicules. Elle n'a jamais aussi bien porté son nom. « J'avais peur, je suis devenu Egyptien », énonce un écriteau qui, une semaine plus tôt, n'aurait pas pu être brandi ici, à quelques centaines de mètres du ministère de l'Intérieur, pas plus que n'aurait pu être dressée cette potence à laquelle pend, au bout d'une corde de fortune, un mannequin effiloché en chiffons à l'effigie du Rais.

d'après : http://www.maghrebemergent.com/actualite/internationale/2090-le-caire-place-dal-tahrir-place-de-la-liberation.html




Scènes de la vie quotidienne au Caire, avant le couvre-feu
Écrit par Yassin Temlali, du Caire    Mardi, 01 Février 2011 18:05


Un soldat salue des retardataires après le couvre-feu


Le Caire n’a pas, le matin, l’aspect de la ville fantôme qu’on s’attendrait à voir après une nuit de couvre-feu passée à regarder les chaînes de télévision gouvernementales.

A Doqqi, il ne semble pas y avoir trace de nouveaux « actes de vandalisme »en dépit d’une imperceptible tension que révèle, par exemple, le spectacle de deux hommes armés de gourdins gardant l’entrée d’un bureau de change. Le rythme du trafic est moins frénétique que d’habitude. La ville est, pour une fois, un paradis pour les piétons, qui ne risquent plus leur vie à chaque traversée de rue. Aux principaux carrefours, les policiers ont refait une timide apparition. Par endroits, ils collaborent de bonne grâce avec les comités de vigilance populaires.


Les pénuries commencent à se faire sentir. Les cartes de recharge pour téléphones mobiles ont sensiblement renchéri. L’essence est rationnée : on doit se contenter de vingt litres maximum. Le pain commence à manquer, l’approvisionnement des boulangeries connaissant de premières perturbations. Des files plutôt ordonnées se forment devant les distributeurs automatiques des banques, encore fermées « pour éviter d’éventuels pillages ». Les magasins d’alimentation sont bondés et il commence à y avoir des signes de peur de l’épuisement des stocks.


Retour discret des policiers


A Mohandissine, les policiers ont une présence discrète. Dans l’avenue Gamaat Al Doual, un officier discute avec un homme en civil portant un gourdin, qui a l’air de faire partie moins d’un comité de vigilance que d’un de ces indéterminés corps de sécurité auxiliaires. Dans la rue Gueziret al Arab, la circulation est régulée par les riverains, dans une petite confusion qui ne provoque pas les concerts de klaxons habituels. On sait gré à ces volontaires d’être là pour empêcher qu’un petit bouchon ne se transforme en un inextricable imbroglio automobile. Dans la rue Shehab, la plupart des boutiques sont fermées mais il n’y a pas d’indices de vols récents, après ceux de la première nuit de couvre-feu, qui ont visé un magasin d’outils informatiques, un autre d’habillement, les bureaux du provider public Te-Data et un bâtiment abritant une des sociétés d’Ahmed Ezz, « baron de l’acier », et ponte du Parti national démocratique.

Devant la grande surface Métro, une foule compacte s’agite et grandit de nouveaux badauds. « Deux baltagui (voyous) ont été arrêtés », entend-on-dire. Ils sont enfermés dans le coffre d’un véhicule de police. Les hommes agglutinés tout autour ouvrent les portières, avec la complicité passive des policiers, et tentent de leur donner chacun un coup de gourdin symbolique. Les deux prisonniers ont bien plus de chance que d’autres, battus à mort, à Manial, au bord du bras est du Nil.

Hors-la-loi

Dans ce quartier, des jeunes gens, initialement mobilisés pour protéger leur immeuble se sont transformés en juges et en bourreaux. Plus ordinairement, le zèle des vigiles improvisés et inexpérimentés prend la forme de contrôles d’identité à la limite de la courtoisie. On a beau haïr la police, on lui emprunte son arrogance pour imposer aux passants et aux automobilistes son autorité.


La sécurité est le leitmotiv des Cairotes depuis l’instauration du couvre-feu. On ne parle plus que de prisonnier évadés qui sillonneraient la ville en tous sens. La télévision gouvernementale ne cesse de diffuser des images de « hors-la loi interpellés par les forces armées » mais lorsqu’ils sont interviewés, ceux-ci affirment qu’ils ne se sont retrouvés dehors que parce qu’ils n’avaient plus d’interlocuteur dans des pénitenciers incendiés ou attaqués par des parents de détenus. La propagande officielle, répercutée par une vox populi inquiète, rend responsables des attaques à main armée les « repris de justices » en liberté. D’autres informations incluent dans les « vandales » des omana al chorta, des sous-officiers de police. Selon la presse, l’armée en a arrêté quelques-uns alors qu’ils tentaient de s’introduire dans le siège du Parlement, au centre-ville.

Psychose sécuritaire

L’insécurité n’est pas une affabulation. Dans certains quartiers, des voleurs ou présumés tels ont été livrés aux militaires. Toutefois, il y a indéniablement une psychose sécuritaire, encouragée par le gouvernement qui appelle les Egyptiens à « protéger leurs biens », autrement dit à ne pas participer aux manifestations. Cette psychose fait fonctionner l’imaginaire collectif à plein régime produisant des récits confinant à la légende, comme celui évoquant une bande de malfrats déguisés en femmes voilées, qui aurait ouvert le feu sur la population à Saft Al Laban. Dans une cité comme Madinat al Mabôoussin, la peur des pillages prend la forme de fausses alertes qui, la nuit, lancent les habitants à la recherche de suspects « armés de Kalachinkov » qui auraient franchi le mus d’enceinte mais qui, devant la menace de lynchage, auraient sauté dans le mitoyen jardin botanique de l’Institut d’agronomie.


Il est 14h30 et, au carrefour de la place Doqqi, le trafic est dense à cause d’une file plus ou moins désordonnée qui se forme devant une station-service. Plus loin, à Maydan al Gala’, rassemblés devant un commissariat miraculeusement épargné par les flammes, des officiers de police réaffirment ostentatoirement leur présence. A l’entrée du pont Al Gala’ menant au centre-ville, des volontaires prient les automobilistes de faire demi tour ou de stationner leurs véhicules avant d’atteindre le pont de Qasr al Nil, car un peu plus loin, se tient le sit-in ininterrompu de la place al Tahrir. A pied, la foule traverse le Nil dans les deux sens et apprécie cette face du Caire qu’il ne montre que les vendredis, pendant quelques heures : un magnifique soleil se reflétant sur la surface d’un fleuve tranquille, bordé de verdure, et des jardins qu’on ne remarque pas dans la pollution visuelle et sonore des jours ordinaires.


Les manifestants continuent d’affluer vers la place Al Tahrir à 16h30, soit une heure et demie après l’entrée en vigueur du couvre-feu. Ailleurs, celui-ci est une réalité. Il imprime un étrange rythme à la vie dans cette ville, où l’on peut aller au cinéma à minuit et se restaurer à 2 heures du matin. Les Cairotes regagnent leur domicile d’autant plus nonchalamment et de mauvaise grâce qu’officiellement, les administrations publiques ne sont pas en congé et que la journée de travail ne se termine pas avant 14 heures. Les militaires ont l’intelligence de ne pas admonester les retardataires. Loin des ronds-points ou, leurs chars sont stationnés, et des grandes avenues où ils patrouillent, il y a des zones franches où la vigilance collective supplée à la disparition de l’autorité publique dans un Etat aussi autoritaire.


La police de Mubarrak protège le peuple !!!

le vrai visage de Mubarrak


par Aljazira




Attention les images en direct de la place Tahrir on été "suspendues"
France 24 le 03 février à 19h00

Que prépare le régime de Moubarrak pour cette nuit ? France 24 qui diffusait depuis plusieurs jours des images en direct de la place Tahrir au Caire a annoncé ce soir que Reuters avait interrompu le faisceau de transmission, sans donner de raisons. 
Sur Aljazira, plus d'images en direct non plus. Cette "obscurité" très inquiétante pour la suite des évènements. Tout va se jouer cette nuit et demain ou une nouvelle manifestation est prévue après la prière du vendredi
.
JYC
« LE PEUPLE EGYPTIEN EXIGE LA CHUTE DU REGIME »
« SOLIDARITE AVEC LES LUTTES DES PEUPLES ARABES »
« HALTE AU SOUTIEN AUX DICTATURES »
« HALTE A LA REPRESSION!
DISSOLUTION DES MILICES PARA-MILITAIRES »

Rassemblement devant l'ambassade d'Egypte
jeudi 3 et vendredi 4 février à partir de 14h jusqu'au soir
et GRANDE MANIFESTATION à PARIS
samedi 5 février 2011 à 14h 30 - place de la République

Depuis la "Journée de la colère" du 25 janvier 2011 en Egypte contre la dictature et la pauvreté ( la moitié de la population -soit 40 millions de personnes- vit avec moins de 2 $ par jour ), un mouvement populaire sans précédent dans son histoire récente se développe partout dans le pays, du Caire à Suez, d'Alexandrie à Assouan, d'Ismaïlia au bastion ouvrier de Mahalla el Koubra etc. Elle touche désormais l'ensemble des couches sociales. Malgré la censure ( y compris coupures internet et tél.), l'intimidation policière, les provocations, le couvre-feu et une répression sanglante ( plus de 300 morts et des milliers de blessés au 1er février selon l'ONU ), des millions de gens manifestent et tiennent la rue, exigeant la chute de Moubarak et de son régime. Ils réclament la LIBERTE. La DIGNITE. La JUSTICE SOCIALE.
Depuis plus de trente ans, l'Égypte vit sous le joug d’une dictature associant pouvoir et argent : un régime autoritaire, corrompu, illégitime qui gouverne le pays au détriment de son peuple, au profit de lui-même et de quelques alliés stratégiques. Moubarak, mais aussi sa famille, sa cour de ministres aux ordres et ses hommes d'affaires véreux sont autant de vieux visages qui tiennent les mêmes discours pour détourner les Egyptiens de leurs véritables ennemis : corruption, misère, chômage, répression(l'état d'urgence décrété en 1981 est toujours en vigueur), absence d'éducation et libertés muselées, sous le regard complaisant des gouvernements voire la complicité active des instances internationales comme le FMI. Depuis plus de trente ans, des générations se sont succédées et ont fait face à la même rengaine, aux mêmes discours, à la même politique : toujours au détriment du peuple égyptien et au profit d’un "pharaon" autocrate entouré de notables corrompus.
 Aujourd'hui, tout change ! L'Egypte ne sera plus jamais la même car son peuple à relevé la tête et le défi du changement, bien décidé à ne plus accepter la soumission. Le vent de liberté réclamant démocratie et justice sociale, venu de Tunisie, a désormais atteint l'Egypte et se propage dans l'ensemble du monde arabe. Les gens n'ont plus peur. Le soulèvement populaire ne se contentera pas de vagues promesses de "transition" démocratique. Et les Egyptiens comme les autres peuples arabes n'entendent se faire dicter par personne - surtout pas par les dirigeants français, européens et américains complices de Moubarak et du régime - la conduite pour la suite de leur mouvement. Ils comptent  sur un large mouvement de solidarité internationale pour dire Halte ! à la répression de leurs aspirations à la liberté, et pour gagner ensemble de nouvelles conquêtes démocratiques, sociales et politiques au niveau international, à commencer par la liberté d'aller et venir et de s'organiser. Plus que jamais, la paix passe par la réussite de la révolution démocratique en cours. Dans l'immédiat, le peuple égyptien veut mettre en échec les manoeuvres dilatoires d'un régime aux abois. Celui-ci a lancé mercredi 2 février 2011 ses "baltaguiya" - des nervis et des milices armées maquillés en manifestants "pro-Moubarak" - à l'assaut du mouvement qui occupait pacifiquement la place Tahrir pour provoquer un sentiment de chaos et pour diviser la population, dans l'espoir de reprendre la main. Le bilan de cette journée est lourd : encore plusieurs morts et des centaines de blessés. Avec les Egyptiens, la communauté internationale doit dire : HALTE A LA REPRESSION ! DISSOLUTION DES MILICES PARA-MILITAIRES DU REGIME !

MOUBARAK DEGAGE !
VIVE LA REVOLUTION EGYPTIENNE !
VIVE LE PEUPLE TUNISIEN ! VIVE LE PEUPLE EGYPTIEN !
VIVENT LES PEUPLES ARABES EN LUTTE !

SOLIDARITE  AVEC LA REVOLUTION EGYPTIENNE ET ARABE !
Comité de solidarité avec la lutte du peuple égyptien
CONTACT : 06 76 00 74 89
solidaritepeuplegyptien@yahoo.fr
liste des signataires sur : egyptesolidarite.wordpress.com

Comité de Solidarité avec la Lutte du Peuple Egyptien / Premiers signataires :
Citoyens Egyptiens de France-Fédération des Tunisiens-Citoyens des deux Rives FTCR-Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’ Homme en Tunisie CRLDHT-Association des Travailleurs Maghrébins en France ATMF-CCIPPP (Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien)-Parti Communiste Français PCF-Europe-Ecologie les Verts EELV-Nouveau Parti Anticapitaliste NPA-Parti de Gauche-Confédération Nationale du Travail CNT- Parti des Indigènes de la République PIR -ATTAC-Mouvement contre le racisme et pour l’Amitié entre les peuples MRAP-Ligue des Droits de l’Homme LDH-CEDETIM-L’Etoile Nord Africaine Anticapitaliste- Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie PCOT-Association des Tunisiens en France ATF Paris-Solidarité Tunisienne-Voix Libre Tunisienne-Parti Démocratique Progressiste Tunisie PDP-Manifeste des Libertés-Le Mouvement pour une Citoyenneté Active MCA-l’Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie-Les Amis de l’AMDH Paris-Commission arabe des droits de l’Homme-Coalition Internationale contre les Criminels de Guerre (ICAWC)-Centre de Damas d’Études Théoriques et des Droits Civiques-Bahreïn Society for Human Rights-Observatoire français des Droits de l’Homme-Protection des Défenseurs des Droits de l’Homme dans le Monde Arabe (PADDH)-Organisation Nationale des Droits de l’Homme en Syrie-Voix libre pour la défense des Droits de l’homme-Rencontre Culturel Euro-arabe-Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc-Observatoire Syrien des Droits de l’Homme-Association de l’Amitié Euro-arabe-Arab Network for Human Rights Information-Addameer pour les Droits de l’Homme – Gaza-Comités de Défense des Libertés Démocratiques & des Droits de l’Homme en Syrie-Collectif des Familles de Disparus en Algérie-Regard Citoyen-Manifeste des libertés-Rencontre des citoyens-Gauche Unitaire-Syndicat Solidaires-Europe solidaire sans frontières ESSF-Union des travailleurs immigres tunisiens UTIT_Jeunesse Émigrée Réunionnaise en France-Les Alternatifs-Sortir du colonialisme-Section française de la Ligue internationale des femmes pour la la paix et la liberté WILPF-ISM-FranceACTUS/prpe( Tchad)-Collectif International pour les libertés-Le soutien aux mouvements populaires en Algérie-Acor SOS Racisme Suisse-La Coordination de l’Appel de Strasbourg (Collectif européen)-Farrah-France (réfugiés) ; Civimed Initiatives OINGD-Militant Association tous égaux sous un même drapeau-L’Association des Tunisiens de Corbeil Essonnes-Réseau Euro-Maghrébin Citoyenneté et Culture (REMCC)-Union juive française pour la paix (UJFP)-Capjpo/Europalestine-Epices -Sud-Etudiant…

Vidéo reçue de l'opposition égyptienne
1 février 2001

Images de la vielle ville du Caire réalisées par  des membres de l'opposition à Moubarrak.

Vidéo d'égypte


Les affrontements entre la foule des manifestants anti et pro Moubarak  ont fait des dizaines de blessés
 
Les deux camps se sont affrontés durement avec des bâtons et des pierres, après l'intrusion des pro Moubarak sur la place de la liberté pour soutenir le président Moubarak et favoriser la stabilité du pouvoir jusqu'à la fin de son mandat, contre les manifestants  de la place Tahrir, après un discours du président Hosni Moubarak mardi soir. Dans ce discours il a souligné qu'il ne serait pas candidat pour la présidentielle à venir, proposant la modification des  articles 76 et 77 par l'Assemblée populaire, relatifs à l'élection du Président de la République.


Cela a donné lieu à des affrontements, sur la place Tahrir, et provoqués des dizaines de victimes (par des jets de pierres et de coups de bâtons.), entre des manifestants pro Moubarak et les manifestants retranchés sur la place.

Les manifestants ont dénoncés la présence de membres des forces de sécurité en civil qui sont intervenus sur la place Tahrir pour briser les manifestations pacifiques, et les partisans de Moubarak  sont  majoritairement constitué d'éléments de sécurité et non de civils (comme décrite par certain médias, ndlr) .


Les affrontements qui ont eu lieu avec les bâtons et des pierres entre  pro-Moubarak et la foule qui était sur Tahrir Square, blessant environ 50 personnes, l'hôpital de campagne mis en place par l'Union des médecins arabes reçoivent en permanence les blessés, pour les traiter.

Un médecin de l'hôpital a dit qu'il y avait des blessés par arme blanche.

Selon des témoins, les affrontements ont eu lieu tout autour de la place alors qu'au milieu tout était calme, et il a été entendu des tirs. L'armée a tenté de les séparer avec des véhicule mais les affrontements ont continué malgré tout.

Les deux ministères de la défense et de l'Intérieur ont nié que les forces de l'ordre aient tiré.

Des bandes de "voyous" partisans de Moubarak ont été arrêtés par l'armée en possession d'armes dans les rues à proximité de la place, selon un témoin occulaire.

Les manifestants ont fait des chaînes humaines pour se protéger en scandant des slogans: «pacifique», et en traitant les partisans Moubarak de «voyous».

d'après Ahmed Z depuis le Caire



La France doit réagir face aux attaques des nervis du système Moubarak

COMMUNIQUE DE PRESSE du PCF publié le mercredi 2 février 2011.

Le Parti communiste français condamne l’agression des agents et des nervis du système policier de Moubarak contre les manifestants égyptiens rassemblés pacifiquement, au centre du Caire, pour exiger l’établissement de la démocratie, le respect des libertés et des règles élémentaires d’un état de droit.

Des voyous ont lancé des blocs de pierre et ont attaqué les manifestants. Ces violences intolérables, dénoncées par le Secrétaire général des Nations Unies, suscitent une indignation légitime.

Les autorités françaises doivent s’exprimer dans l’urgence contre ces agressions qui ont fait de nombreuses victimes, notamment des centaines de blessés.

Parti communiste français,

Paris, le 3 février 2011.

Solène Björnson-Langen

Attachée de presse de Pierre Laurent, Secrétaire national du PCF

01 40 40 12 22

06 74 45 15 92

sbl@pcf.fr

www.pcf.fr


COMMUNIQUE DE PRESSE du PCF



EGYPTE ... URGENT ... STOP LA TUERIE QUI S’ANNONCE ... TOUS AU METRO

 "COURONNES" A 18H


protection palestine, publié le mercredi 2 février 2011.

 ATTENTION : ce n’est pas comme disent les médias "les pro et les anti Moubarak" mais le régime Moubarak qui lance ses bouledogues et ses voyous contre le peuple !
- STOP LA TUERIE QUI S’ANNONCE : Tous au RV de 18h, métro Couronnes pour continuer à organiser la riposte ensemble !

Suivre en direct :

http://english.aljazeera.net/watch_now/

ou En direct sur France 24

ou http://www.bbc.co.uk/news/world-middle-east-12307698

ou http://www.france24.com/fr/20110202-egypte-revolution-evenements-temps-reel-live-blogging-france24-syrie-tunisie-jordanie-hosni-moubarak


 A l’appel du Comité de Solidarité avec la Lutte du Peuple Égyptien
- Vendredi 4 février : Rassemblement devant l’ambassade d’Égypte à partir de 14h jusqu’au soir
- Samedi 5 février : Manifestation à 14h30

Le Peuple Égyptien exige la chute du régime

Solidarité avec les luttes des peuples égyptien et arabes

Halte au soutien aux dictatures

- Vendredi 4 février : Rassemblement devant l’ambassade d’Égypte (place de l’Uruguay, métro Kleber) à partir de 14h jusqu’au soir

- Samedi 5 février : Manifestation à 14h30 (lieu de départ à venir)

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10051


Etude stratégique israélienne : le régime de Moubarak est fini…

almanar.com.lb - publié le mardi 1er février 2011.

31/01/2011 - Sous le titre « Les protestations en Égypte : indications préliminaires », une étude stratégique israélienne appelle Tel Aviv à se tenir prête pour les changements radicaux qui s’imposeront durant la période post-Moubarak, sur la base que « le régime de Moubarak est terminé quels que soient les résultats de l’insurrection actuelle  ».

Dans son étude - publiée par l’Institut pour les études de sécurité nationale à l’Université de Tel-Aviv – l’auteur Samuel Ivan, un chercheur spécialisé dans le Moyen-Orient et les affaires égyptiennes, souligne le rôle de la chaîne qatarie al-Jazeera et les sites internet en tant que promoteurs des soulèvements populaires, « soulèvements qui risque de se propager dans toute la région  ». Allant même jusqu’à accuser al-Jazeera de ne pas se contenter de couvrir les évènements mais de diriger l’opinion publique arabe !

L’étude indique que « le président Moubarak est aujourd’hui confronté à la plus dangereuse difficulté depuis sa succession au président Anwar Sadate il y a une trentaine d’années ». Samuel Ivan estime que « l’explosion de l’Égypte », a été causée par la situation économique, la corruption dans le gouvernement, et encouragée par la révolution de la Tunisie. Ivan explique que « pendant que les pauvres en Égypte luttent contre la misère et la faim, pendant que la classe moyenne souffre de privation et de marginalisation, le régime mène une vie d’extravagance et de luxe.  » L’étude note « que ces manifestations sont le produit d’une initiative populaire et non de l’opposition, malgré sa participation à ce sujet, ce qui met à rude épreuve le régime pour confronter les vagues de colère du peuple égyptien  ».

Selon Ivan , « l’armée égyptienne joue un rôle crucial dans la détermination de l’avenir de l’Égypte, comme cela a été le cas de la Tunisie, notant que l’armée égyptienne n’est pas préparé à faire face aux manifestants ». L’auteur de l’étude s’attend à ce que «  les dirigeants du régime au pouvoir fassent pression sur Moubarak pour se retirer d’urgence et nommer un gouvernement provisoire en attendant la tenue de nouvelles élections parlementaires », ajoutant que « les expériences de la Tunisie et de l’Égypte risquent de se répéter dans d’ autres pays arabes  ».

Pour ce qui est des États-Unis, Samuel Ivan estime qu’ « ils sont dans une position embarrassante, obligés à la fois de se montrer tolérants face à un peuple qui demande ses droits légitimes, et conciliants face à un allié primordia pour les intérêts vitaux américains au Moyen-Orient  » ! « Et donc, le comportement des États-Unis avec le président Moubarak risque fort d’influencer sur son statut par rapport aux autres pays alliés des États-Unis dans la région », conclut l’étude !

http://www.almanar.com.lb/newssite/...

almanar.com.lb

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10043


Il faut éviter un bain de sang en Egypte
LEMONDE.FR | 31.01.11 | 14h36 • Mis à jour le 31.01.11 | 14h36

© Photo d'archives

Après la répression (plus de 200 morts durant les premières 24 heures, des milliers de détenus, et des milliers de blessés, au point d'avoir des appels constants des hôpitaux aux citoyens pour des dons de sang), c'est avec la menace d'installer le chaos total que le président Moubarak essaye de maitriser la révolte. N'ayant pas l'air d'aboutir, les hommes du pouvoir se dirigent vers divers tentatives de sauver le régime en sacrifiant sa tête. Si cette dernière manœuvre ne réussit pas, il y a fort à craindre qu'il n'y ait retour à une répression des plus violentes.

Le changement en Egypte est donc difficile et sanglant. Idéal type de ces pouvoirs en place, il est certain que ceux-là n'ont pas perduré grâce à la seule répression directe. Le contrôle des sociétés se fait par un maillage beaucoup plus subtil et de longue haleine, dont les deux autres champs sont la paupérisation et la corruption. Ayant perdu au fil du temps toute légitimité, tant au niveau du discours qu'à celui du projet social, ces pouvoirs tiennent grâce à l'élimination de toute éventuelle alternative. Ils ne pratiquent pas la politique mais la gestion de leur société, et pour pouvoir le faire, "réduisent" ces sociétés au maximum, et sur tous les plans. Il est quand même épatant que le thème du débat public en Egypte durant les cinq dernières années n'ait tourné qu'autour de la question de la "succession par héritage" de Moubarak. Toutes les lois et les amendements constitutionnels s'y sont exclusivement attachés. Quelle platitude, et quel signe de vide ! Quels sont donc les éléments de cette équation de la gestion et comment fonctionne-t-elle ?
Le nombre du corps de "la sécurité centrale", ces policiers spéciaux, privilégiés, entrainés à la seule répression, et armés jusqu'aux dents, atteint le million et trois cent cinquante mille hommes, essentiellement concentrés au Caire, et redoutables d'efficacité. A cela s'ajoute des groupes structurés de "civils", informateurs au maniement de la matraque facile, mais aussi des voyous (certains sont des criminels du droit commun qu'on relâche à l'occasion).
Tous ceux-là, les "parallèles", n'ont aucune limite. ils sont capables de déshabiller complètement des manifestantes dans la rue et même de les violer. S'y ajoute évidemment la police de la répression classique. Ça en fait trop : de balles réelles, et de menaces de se faire arrêter immédiatement ou plus tard, d'être torturé au point d'en mourir parfois. La peur ainsi générée a été jusqu'ici efficace. Surtout quand tout cela pouvait être facilement camouflé par le combat contre le "terrorisme", en s'appuyant sur des actes odieux comme l'explosion, la nuit de Noël, de l'église des Saints en Alexandrie, et la découverte chaque quelques jours de cellules de djihadistes d'al Qaïda : si Ben Laden n'avait pas existé, ces régimes (et Washington) l'auraient inventé !
Rien qu'autour du Caire, vivent selon les estimations les plus probables 11 millions de déshérités, dans des énormes agglomérations achwa'yya (quartiers informels, véritables favelas). Ils existent aussi dans les autres villes, et notamment à Alexandrie. Fruit des exodes ruraux pour la plupart, et de la paupérisation accrue de la population des villes elles-mêmes, on y vit de tout et de rien, dans un état avancé d'abandon, de délabrement et d'obstruction totale d'horizon.

DOULEUR ET COLÈRE
Les jeunes habitants de ces quartiers avaient explosé dans des révoltes violentes de la faim, capables de tout saccager à leur passage, sans autres revendications que crier leur douleur et leur colère. Les rangs des "lumpens" se gonflent à mesure que rétrécissent ceux de la classe moyenne égyptienne. Mais c'est la population dans sa totalité qui est traitée comme "de trop", livrée à elle-même, et doit se débrouiller comme elle peut. Une des caractéristiques principales de ces pouvoirs est leur croissance "hors sol", leur détachement de plus en plus accentué de leur société. Ils occupent une place d'intermédiaires entre un "espace" – leur pays – et le capitalisme globalisé : implantation d'industries de transformation souvent exemptes de taxes, de multinationales qui exploitent toutes les opportunités, y compris celles de l'export-import, etc. Il n'y a plus d'infrastructures de production locale, ou très peu et agonisantes. Les ouvriers de ces dernières – ceux du site de Mahalla par exemple – participent massivement à la révolte, et une haine toute particulière s'est manifestée contre M. Ahmad Ezz, symbole des industriels et entrepreneurs du type "intermédiaire", ministre quasi permanent et homme fort du pouvoir. Enfin, la corruption est un facteur actif de la dite gestion. Corruption d'abord de l'armée égyptienne, réputée pour son nationalisme, et source de tous les dangers pour le groupe au pouvoir. Les officiers sont candidats à la retraite à quarante deux ans ! Ils sont ainsi voués à une vie sinon misérable du moins très modeste et embusquée de difficultés. Ceux qui présentent des signes suffisants d'adéquation avec le pouvoir peuvent rester plus longtemps, et profiter de certains privilèges qui sont destinés aux officiers de l'armée. Ceux, encore plus malins, deviennent des consultants dans ces multinationales indigénisées, ou aspirent à des facilités innombrables pour le business qu'ils entreprennent après une retraite si précoce.
Dans ces pays, ceux qui détiennent le pouvoir détiennent la richesse, car celle-ci est générée essentiellement par le rôle d'intermédiaire avec le capitalisme globalisé, rôle monopolisé étatiquement, et par le pillage systématique de toutes les ressources possibles, que seuls les puissants peuvent entreprendre. Corruption ensuite des élites sociales, qui voient le vide que cette construction génère, et se retrouvent devant la nécessité de se débrouiller eux aussi: lutter pour occuper une place dans le système en étant plus ou moins docile (plus que moins), ou partir, ce qui explique le nombre de candidats au départ par tous les moyens. Ceux qui restent et qui continuent à ouvrir la bouche – des intellectuels, des juges, etc. – sont une minorité dans un pays qui compte plus de 80 millions d'âmes. Et ils sont d'un extrême courage !
L'Egypte est de loin plus importante aux yeux de Washington et des pays européens que la Tunisie, et la situation qui y prévaut est de l'ordre du stratégique. Le pouvoir compte sur l'exploitation des difficultés structurelles du mouvement de contestation pour arriver à bout de la révolte, ou pour lui faire accepter des compromis légers. Il active son immense expertise en matière de quadrillage. Et si cela ne suffit pas, il pratiquera la répression la plus sanglante. Si une riposte internationale ne se met pas rapidement en place, il y aura un bain de sang en Egypte, au sens propre du terme.

Nahla Chahal, sociologue et chroniqueuse au quotidien "Al-Hayat"


d'après : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/31/il-faut-eviter-un-bain-de-sang-en-egypte_1472991_3232.html

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