171ème mission - juillet 2011
publié le dimanche 10 juillet 2011. Voici le premier compte-rendu de la 171ème mission, sur place depuis
près d’une semaine : les évènements internationaux de la semaine passée
ont quelque peu bousculé son programme...Cela explique le retard pris
dans la publication des comptes-rendus de la mission Vendredi 8 juillet et samedi 9 juillet : participation à la résistance pacifique palestinienne, à Bil’in et à Qalandyia (notamment avec les internationaux de "Bienvenue en Palestine" qui ont réussi à rentrer en Palestine) Vendredi 8 juillet-Samedi 9 juilletUne journée sous le thème de la résistance pacifique palestinienne. Voilà près d’une semaine que nous sommes maintenant en Palestine. Notre mission, quelque peu bousculée par les évènements à l’étranger et sur place, nous amène à Bil’in, petite bourgade de Cisjordanie, où se concentre une résistance pacifique contre le mur menée par palestiniens et le soutien d’internationaux du monde entier. Ce vendredi, après la prière du midi, ce sont près d’une centaine de manifestants pacifiques qui ont fait marche vers le mur depuis la maison des internationaux de Bil’in où nous avions été accueillis plus tôt par notre hôte Abdallah, coordinateur des manifestations de la localité. Cette manifestation intervient deux semaines après qu’une victoire éphémère ait été gagnée par les militants. ` En effet, après 6 ans et demi d’actions, date la construction du mur, l’armée israélienne a reculé celui-ci de près de 1000 mètres en laissant derrière elle une terre sans vie, brulée, témoin de l’agressivité des attaques contre les manifestants chaque vendredi. Nous continuons notre avancée vers le mur, au rythme des chants, slogans, musique et danse palestinienne. A notre arrivée, c’est une vue désolante qui s’offre à nous. Au bout de notre chemin, une voie sans issue, la confrontation nez à nez avec un bloc de ciment monté sur plusieurs mètres et courant sur toute la longueur, donnant vu sur des colonies illégales israéliennes. Notre présence semble attirée l’attention puisque des colons sont également là au sommet de plusieurs collines. Nous sommes visiblement attendus. De l’autre coté du mur, une dizaine de soldats israéliens nous regardant, prenant des photos et nous prenant même en joue. Qui devrait avoir peur ? Des militants pacifiques n’ayant que chants et slogans pour lutter contre une politique illégale ou des soldats armés jusqu’au cou se cachant derrière un mur de ciment ? Un des responsables prend la parole et nous demande de pas utiliser la violence, de ne pas avancer aux barbelés. Le but n’étant pas d’être blessé mais uniquement de montrer la résistance des palestiniens au monde entier. Quelques journalistes sont là également. Nous remontons donc plus haut afin de se mettre au travail. Certains ramassant les pierres laissées sur place pour déformer le paysage, d’autres posant le ciment sur une petite baraque de briques et enfin notre groupe de français allons ramasser les gaz lacrymogènes laissés sur place. Nous remplissons 5 sacs entiers de ces grenades. A leur simple contact, nous sommes chacun pris de brûlures, picotements de la gorge. La fin de notre action est arrivé et A. nous donne rendez vous le lendemain pour une autre manifestation. Le lendemain, après un passage rapide à Tulkarem à la rencontre de F., agriculteur palestinien dont le champ a été divisé en deux par le mur de l’apartheid et encerclés par un mur et deux usines israéliennes de pesticides et de ciment, nous rejoignons Qalandyia, accompagnés par la jeunesse communiste de la localité. Le voyage est sans pareil. Chants et danses palestiniennes pendant l’heure et demi de route. Mais où sont les terroristes... ? Qalandyia, est une petite ville de Cisjordanie entre Ramallah et Jérusalem où se trouve le plus grand check point d’Israël. Un lieu de passage stratégique, où toutes les entrées sur Jérusalem ne se font pas sans autorisation....pour les palestiniens bien sur. Les israéliens ne sont mêmes pas inquiétés par celui-ci car ils ne s’y arrêtent pas du tout ! Pays démocratique, disent-il... La manifestation de ce jour dénonce cet état qui se moque du droit international en empêchant la circulation des personnes, en séparant des familles par un mur jugé illégal par la cour internationale de justice, consultée par l’assemblée des nations unies il y a 7 ans. Sur place, des dizaines de reporters présents et nous rejoignons le reste des manifestants, environ 250 personnes, dont des internationaux. Nous sentons l’engouement de chacun malgré une chaleur de plomb.Nous avançons donc vers le check point à quelques mètres de nous, en scandant des slogans contre la politique de spoliation et pour la libération de la terre palestinienne. Nous allons au devant des grillages du check point fermés par des cadenas, les soldats arrivent pour nous stopper. La tension est palpable. Je suis devant et je sens qu’à tout moment, la situation peut basculer. Les soldats sont juste là, nous regardent, le contact est tellement proche que je pourrais donner la couleur d’yeux de chacun d’entre eux. Les slogans continuent d’être criés avec plus de force encore. Un des crieurs est tellement ému qu’il en vient à pleurer. Le relais est pris par un autre, les soldats poussent pour empêcher le passage mais les manifestants ne relâchent pas non plus la pression. C’est à ce moment que toute bascule. Les soldats nous chargent en moins de 2 secondes, tout s’accélère, tirs en l’air puis gaz lacrymogènes. La foule s’affole et court en arrière pour ne pas à avoir à respirer les gaz toxiques des bombes lacrymogènes. Et le risque est réel. En les respirant je me sens terriblement mal, du mal à respirer, la peau et les voies respiratoires qui brûlent, les yeux qui n’y voit plus, des vomissements. Quelques jeteurs de pierres tentent de défier les soldats mais ces derniers répliquent sans attendre par des tirs et d’autres lacrymogènes. On n’y voit plus rien à présent. La foule est dispersée par les gaz, stratégie habituelle des soldats pour mettre fin aux actions. Dans cette cacophonie, chacun tente de reprendre ses esprits comme il peut, de retrouver les membres de son groupe, de sa famille ou ses amis. Les journalistes récoltent les témoignages des militants. Al Jazzera réservera un reportage sur la situation du jour. Mais nous ne cédons pas, nous nous rendons ensuite au centre de Ramallah accompagnés par A. H., le mouvement d’indépendance des jeunes palestiniens, un réseau de résistance qui commence à se développer dans le monde entier. L’objectif est de dénoncer l’arrêt des subventions américaines aux palestiniens depuis l’union entre le Fatah et le Hamas. Ici, pas de soldats israéliens mais la police de l’autorité palestinienne qui semble de ne pas être très accueillante à notre égard. Ils tentent de nous rendre invisibles auprès du public mais cela ne décourage pas les manifestants.Nous sommes ensuite attendus à Qalandyia de nouveau pour une dernière manifestation sur le check point avec les internationaux de "Bienvenue en Palestine" qui ont réussi à rentrer sur le territoire sans encombre. Mais nous recevons un appel de A., notre hôte de Bil’in, accompagnateur des étrangers, et nous dit qu’ils ont réussi à détruire une partie du mur. Nous y allons en vitesse accompagnés d’un des responsables d’Al Hirak. Derrière un quartier résidentiel en construction, nous nous retrouvons sur une colline et en contre bas, le mur en ciment pas encore terminé mais celui en barbelé et grillage bien présent. C’est à ce niveau que les militants accompagnés du frère de B., martyr de Bil’in, ont ouvert un passage sur les territoires israéliens avec des moyens rudimentaires, des pinces d’outillage !! La presse est également là. On voit au loin, un jeune palestinien allait planter son drapeau, une manière de réaffirmer que ce territoire est le leur et que jamais ils n’accepteront de l’oublier ou de le renier même si 10 générations de palestiniens meurent avant de le voir. D'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10853 Suzanne et Pierre ou 10 ans de CCIPPP CCIPPP - 6 juillet 2011 Appel à missions publié le dimanche 10 avril 2011.
La CCIPPP organise 1 mission cet été :
Pour vous inscrire et avoir des précisions : contact@protection-palestine.org Mentionnez votre nom un numéro de téléphone où vous joindre la période à laquelle vous souhaitez partir en Palestine votre département si vous résidez en France ... et toute information complémentaire que vous jugerez utile. Prenez également connaissance de quelques recommandations pour préparer au mieux la mission : Comment raconter : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article35 La Charte : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article3 La Campagne Civile : http://www.protection-palestine.org/spip.php?rubrique5 La CCIPPP vous confirmera ensuite la possibilité de participer à la mission demandée et vous informera sur l’ensemble des formalités à remplir. Un témoignage de la mission
civile 166 Michèle S. - octobre-novembre 2010 (*)
Il
va de soi que ce témoignage n'est
que le regard subjectif d'une
militante qui a effectué plusieurs
missions en Palestine depuis 2000. Palestine 2e étape : la Spatialité de la séparation Un petit trajet à partir de Jérusalem, en Cisjordanie, du sud au nord, et en Israël, permet de mesurer ce qui s'est fabriqué et mis en place sans dire son nom dans les dernières années, sur l'ensemble de ce territoire, grand rectangle de 100km sur 50. Par exemple en Cisjordanie il est possible de circuler avec moins de difficultés, de nombreux check points ne sont plus matérialisés, remplacés par des brigades volantes de surveillance, jeeps militaires. Nous avons circulé pratiquement sans être arrêtés, de Hébron à Jénine, de Jérusalem à Ramallah, bizarre... Même étonnement dans les villes, un sentiment de soulagement, la violence (hors Hébron évidemment, j'y reviendrai) semble avoir reculé. En tous cas la violence quotidienne. La police palestinienne relaie il est vrai très efficacement l'armée israélienne avec qui elle travaille en étroite collaboration. A Jénine, les amies palestiniennes que nous retrouvons en témoignent, ce n'est plus comme avant, les chars n'entrent pas toutes les nuits dans le camp, ne traversent plus la ville en défonçant les trottoirs, plus de tirs sporadiques, ou d'hélicoptères en suspens dans le ciel. Un centre commercial flambant neuf à l'entrée de la ville, une mosquée resplendissante à la place de cette détruite en 2003. Bâtiments neufs, le tribunal fonctionne. Mais le ton est triste et le regard éteint. Oui, convient-on tristement c'est mieux, mais quoi ? L'image qui vient à l'esprit serait celle du prisonnier soulagé de voir s'achever la période des interrogatoires avant le procès, et qui se retrouve dans sa cellule : finis le harcèlement et la torture, mais devant une longue peine... Sur la
route de Ramallah, l'aide américaine s'étale, de panneaux en panneaux alignés
comme dans le métro : «Avec l'aide américaine, j'ai réussi à m'acheter une
voiture», «avec l'aide américaine
j'ai pu construire ma maison»,
«avec l'aide américaine mon fils peut aller à l'université». Une amie
palestinienne attire notre attention sur
le Je omnipotent qui veut remplacer le Nous du collectif
national. L'aide américaine garantit un bien-être économique individuel, en
échange sans doute du renoncement exigé aux revendications nationales. Par contre la ceinture s'est resserrée autour de ces secteurs peuplés de Palestiniens, dont les entrées sont étroitement contrôlées, véritables postes frontières où l'on passe individuellement son passeport à la main. La violence de la première étape de l'occupation-annexion s'est ainsi achevée par celle d'une nouvelle structuration du territoire. La colonisation a pratiquement fini de dessiner les contours des Bantoustans palestiniens, et annexé tout l'espace qui les encercle. La construction de deux réseaux routiers distincts avance, l'un reliant les colonies entre elles, à Jérusalem, et au territoire israélien de 48; et à présent on travaille à celui qui assurera la liaison entre les bantoustans, routes ou tunnels, et garantira la continuité territoriale de l' Etat Palestinien tel que programmé par le régime colonial. Les
colons circulent sur les routes réservées aux colons, les colonisés sur des routes spéciales avec check points
assortis, les touristes sont censés circuler sur les routes des colonisés, les
Israéliens de 48 ne circulent pas dans les bantoustans, ils n'en ont pas le
droit, mais ils peuvent aller voir des proches dans les colonies en
empruntant les routes des colons. Moins
de violence à l'intérieur peut-être, mais extrême dureté sur les pourtours et
sur les points stratégiques non encore achevés : Jérusalem, où la judaïsation
et le transfert des Palestiniens se poursuivent - Silwan et Shekh Jarrah en
sont les modèles; expropriations, achats de terrains, expulsions, s'y multiplient et des colons s'installent au
coeur de ces quartiers palestiniens. Au Sud
de cet espace globalisé, la violence s'exerce directement : à Hébron et dans
les villages environnants, persécutés par les colons et les soldats, et dans la
continuité territoriale, dans le
Nakab, le Neguev israélien encore trop peuplé de Bédouins . A
l'Est, la vallée du Jourdain, frontière de ce nouveau territoire restructuré,
est ravagée par la colonisation en cours qui détruit des villages entiers avec
une violence extrême et sans limites contre les personnes. Et bien sûr à l'Ouest le Mur court sur des centaines de kilomètres du
nord au sud, en zigzag isole
les villes palestiniennes et intègre les zones de colonies limitrophes
d'Israël. Le centre du pays s'est déplacé de la côte vers l'Est, Un axe vertical Nord-Sud s'y développe en trois villes. Ariel, grande capitale de la colonisation «économique et religieuse» s'est developpée à l'Est du mur. Au sud d' Ariel, Modi'in , métropole religieuse à l'ouest du mur, collée à la ligne verte. Et encore au sud la grande Jérusalem qui se transforme elle aussi en s'épurant des quartiers palestiniens qui la gênent, et en créant son réseau de transports : routes de liaison entre les territoires acquis sur la Cisjordanie et Jérusalem, tramway-RER pour desservir son immense territoire municipal, et nouvelle ligne de chemin de fer Jérusalem - Tel Aviv, qui traversera la Cisjordanie. Sans parler de l'industrialisation de cette région centre qui se développe, s'internationalise, et bénéficie déjà largement des conditions salariales et légales d'une main d'oeuvre colonisée soumise. C'est la côte qui sera un jour la périphérie du nouveau territoire qui va de la mer au Jourdain, un arrière pays dont Tel Aviv ferait partie, réduisant la hantise israélienne d'être collé à la mer. Tout ceci éclaire la logique de la récente réalisation de l'autoroute 6 parallèle à l' Est de la première qui longeait la côte. Mais aussi choix d'une autoroute et non d'une voie de chemin de fer sur cet axe Nord Sud, le chemin de fer sera lui, transversal d'Est en Ouest, permettant la circulation rapide et sûre des colons et de leurs produits vers la côte. Ainsi la Jérusalem provinciale et ennuyeuse, sans vie nocturne ni offre culturelle sérieuse jusqu'ici, est-elle entrain de changer, et le mouvement qui entraînait jusqu'ici les Yérosolomites vers Tel-Aviv pour les expositions comme pour les boîtes de nuit est en train de s'inverser lentement mais sûrement, loisirs et cultures commencent à se développer dans la future capitale du Grand Israël comme il se doit. Cet espace restructuré autour de l'idée de la séparation des populations, de l'isolement de l'encerclement et du contrôle des populations palestiniennes dangereuses ou à risque, mais aussi uniformisé de la mer au Jourdain, provoque immanquablement la résurgence des vieux principes de gestion coloniale de la population arabe de 48. Ainsi après les confiscations de terres en Galilée pour le programme «judaïsation de la Galilée» par l'implantation de postes d'observation (mitspim) juifs subventionnés, qui avait provoqué au moment des appropriations, la grève des terres réprimée dans le sang en 76, c'est la judaïsation du Néguev qui est à l'ordre du jour ces dernières années. Cet objectif s'accompagne d' outils de répression tels que l'empoisonnement des plantations par sulfatage aérien au début des années 2000, aux destructions de villages qui se poursuivent, pour un regroupement forcé des Palestiniens Bédouins du Néguev dans des villes-réserves, sans industrie ni aucune forme de développement comme Rahat. La résistance d'Al Arakib village palestinien détruit et reconstruit par ses habitants six fois de suite en est la plus vivante et actuelle illustration (1). Et bien sûr l'Etat incite la population à judaïser les zones ainsi «libérées» par une politique de subventions et réductions d'impôt pour l'installation de familles et jeunes couples israéliens … juifs. C'est aussi ce qui permet d'envisager sérieusement le projet d'échange territorial qui donnerait à l'Etat palestinien la région arabe du triangle, et la ville d' Um el Fahem contre l'intégration des blocs de colonies frontaliers. Eux chez eux, nous chez nous. C'est
enfin (du coup) ce qui désigne de fait les Palestiniens de 48 comme un danger
de l'intérieur, et donne toute
légitimité au serment de citoyenneté proposé par Liberman. Pas de citoyenneté
sans loyauté… à l'Etat juif. Cela
explique l'acharnement sur des militants
des droits de l'homme comme
Ameer Makhoul (2), les décisions de municipalités israéliennes de ne pas vendre
ou louer de logements à des arabes, les nouvelles lois sur la ségrégation de
l'habitat et sur la propriété de la terre (KKL), les innombrables règlements et
circulaires exigeant de prêter serment de loyauté à l'Etat juif pour être
candidat à des postes de la fonction publique... L'infrastructure de la
séparation installée sur le terrain encourage et développe la mentalité
nécessaire à sa gestion, ségrégative, raciste et violente. *Nous étions 28 , membres de l'Union Juive Française
pour la Paix, de l'Association des Travailleurs Maghrébins en France, de la
Fédération des Tunisiens Citoyens des deux rives, et de Immigration
Développement Démocratie, en mission ensemble à l'occasion du Forum
Mondial de l'Education en Palestine. (1)Janvier 2011 Al Arakib vient d'être rasé. (2)Février 2011 Ameer Mahkoul vient d'être condamné à 9 ans de prison sur des chefs d'accusation fondés sur ses seuls aveux obtenus par la torture. La 170ème mission est en Palestine publié le mercredi 29 décembre 2010. La 170ème mission répond à l’appel de la résistance palestinienne au plan israélien de judaïsation d’Al Qods-Jérusalem. Deux jours à Jérusalem, pour moi qui sors de l’Europe pour la première fois, c’est déjà beaucoup d’impressions, de petites rencontres, de regards, de sensations, de plein la vue... un autre monde, et pourtant souvent la sensation me frappe : on est tout simplement pareil. Les jeunes garçons sur les toits ont les mêmes habits, les mêmes manières et la même énergie que ceux que je connais bien. Après, il y a les endroits qui choquent, et dont je n’ai pas encore bien réussi à saisir la réalité : la vue sur les colonies, immenses cités HLM poussées comme des champignons sur des collines qu’elles ont du même coup défigurées, détruites. arrachés les oliviers des sommets, recouverts de tonnes de remblais ceux des flancs. J’ai l’impression qu’il y en a partout en allant à Bethléhem, sur chaque colline. Et puis il y a aussi les oliviers coincés entre le mur et le grillage, les gens coincés derrière le mur et l’usine à filtrer les gens. Elle est immense ! Ce que je ne m’imagine pas encore bien, c’est comment un Palestinien vit cette situation. Un vendeur m’a dit hier : "tu es chrétienne ? C’est pas grave ! C’est avec les Juifs qu’il y a des problèmes, mais pas parce qu’ils sont Juifs : parce qu’ils nous prennent nos maisons". Y’a rien à ajouter. N. ----- 22 décembre. Reconstitution du groupe à al Quds/Jerusalem en fin d’après midi. Al hamduliLlah, tout le monde est bien arrivé, plus ou moins sans problèmes au passage de la douane à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv... Rencontre le soir même avec N., un Palestinien du quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem Est, menacé d’expulsion. Deux colons (âgés de moins de 20 ans) ont déjà confisqué les clés d’une annexe de sa maison (détails dans un prochain CR). L. ----- 23 décembre 2010. Aujourd’hui a été une journée compliquée au niveau organisation avec l’appel palestinien "justice network" bien qu’ici toujours forte en émotion. Pour la plupart d’entre nous, c’était la première fois que nous passons un check point et que nous voyons le mur. On se croirait je ne peux même pas expliquer car aucun endroit ne ressemble au check point ! 2 contrôles des passeport + passage des sacs et de nous à la sécurité et l’une d’entre nous a été obligée d’effacer ses photos après la venue d’un soldat bien armé !! et puis de longs couloirs grillagés, des passages un par un, sécurisé... Étrange sensation. Ainsi que le mur, ce mur très haut, un des plus hauts ; on a l’air tellement petit a côté ! On réalise pas que d’être de l’autre côté de ce mur et de passer le check point tous les jours est très pesant pour les Palestiniens. Ce soir une association des africains palestiniens lors dune démonstration de dabke nous disait que souvent les mariages étaient organisés au check point car l’époux d’un côté du mur et l’épouse de l’autre !! Une femme n’a pas pu aller à l’enterrement d’un proche pour la même raison. J. ----- Le 24 décembre, nous prenons la direction du village de el Walaje pour notre première manifestation non violente dans le cadre de l’appel des Palestiniens "Noel en Palestine" par le « Palestinian Justice Network ». Le village se trouve à proximité de Bethlehem, et de la colonie israélienne de Gilo. Depuis 1948, la superficie du village a souvent été diminuée, et ce n’est pas fini... La construction du mur d’apartheid, qui coupe déjà le village en deux, sera bientôt achevée et séparera du coup complètement les villageois de leurs terres et isolera, voire encerclera carrément quelques maisons. Quel avenir pour les êtres humains qui y vivent ? Nous manifestons le long de ce mur hideux, aux côtés des Palestiniens. Nous sommes des dizaines de militants français, écossais et israéliens, suivis de près par les soldats de l’armée sioniste. Les quelques manifestants israéliens jouent du tambour et marquent ainsi le rythme de la manif. Ils crient des slogans en hébreu aux soldats. D’autres internationaux ont ramené des marqueurs et taguent des messages de soutien aux Palestiniens sur le mur. Au loin, on peut apercevoir les colonies sionistes sur les collines avoisinantes, je suis écœurée... et je crie encore plus fort : « Viva Palestina ! Free Palestine ! 1 2 3 4 ! Occupation no more ! We stay you go ! ». Les soldats sont très proches de nous, parfois nous hurlons sur eux notre protestation, il n y a même pas un mètre entre nous. Certains semblent très jeunes, pas plus de 20 ans, et nous regardent en souriant. D’autres restent dans des jeeps, font crier le moteur, pensant nous faire peur... C’est si facile lorsque l’on porte des M16, des grenades... Pfff nous crions de plus belle : « We are not afraid ! ». En fin d’après midi, départ pour Beit Jala. Nous y rencontrons M. Il nous explique sa situation : le mur d’apartheid passe juste devant sa maison. Il a été terminé il y a environ 8 mois. Juste devant, ils ont construit une route de "sécurité" pour les militaires. M. a ainsi perdu 2 dunums de terre (si j’ai bien compris cela représente environ 1 000m carrés). Pour ces nouvelles constructions coloniales, l’armée israélienne a détruit un espace de jeux pour les enfants et déraciné des dizaines d’oliviers. Il n y a eu bien sur aucun dédommagement de la part de l’Etat d’Israël, que les Palestiniens auraient de toute façon refusé. Mustafa Barghouti, secrétaire général de l’Initiative Nationale Palestinienne (cf. le site) nous explique que des jeunes du Palestinian Medical Relief ont été sévèrement battus par l’armée israélienne au cours de manifestations visant à protéger les oliviers et l’aire de jeux. L’armée a utilisé tous les moyens pour les en empêcher : lacrymo, tirs...Malgré les tentatives des Palestiniens pour replanter de nouveaux oliviers, les bulldozers Caterpillar ont tout détruit. Pour Mustafa Barghouti, M. est un héros. Il reste sur sa terre coûte que coûte. La rencontre s’est terminée par les échanges mutuels de joyeux Noël et la conclusion de Monseigneur Gaillot : "Nous souhaitons qu’il n y ait pas de mur entre les peuples et pas de peuple entre les murs". En début de soirée, tout le groupe se rend au camp de réfugiés de Aïda pour y voir un spectacle de dabke (danse traditionnelle palestinienne) puis la projection d’une partie du film "Notre histoire" de Mustafa Barghouti. Aïda est l’un des trois camps de refugiés proches de Bethlehem, avec Al ’Azza et Dheishe. Le soir, une fille de la mission et moi dormons dans une famille du camp de al ’Azza. Le fils de la famille est un ami proche de Salah Hamouri et a été emprisonné avec lui. Nous l’interrogeons le lendemain sur ses conditions de détention avec Salah. Sa sœur nous explique que les places pour la Messe de minuit dans l’Eglise de la Nativité sont limitées : une partie est réservée aux membres de l’Autorité palestinienne, le reste pour les Chrétiens et Musulmans qui souhaitent y assister. Pour cela, ils doivent demander une autorisation un mois à l’avance. Il y a deux fêtes de Noël, l’une le 25 décembre (Catholiques), l’autre le 7 janvier (Chrétiens orthodoxes). Elle nous parle également des bons rapports entre Chrétiens et Musulmans palestiniens. Lors de l’opération « Remparts » en avril et mai 2002, les Israéliens ont assiégé une quarantaine de jours l’Eglise de la Nativité où les Chrétiens protégeaient les résistants musulmans. Plusieurs Palestiniens ont alors été tués (Chrétiens et Musulmans). A l’issue du siège, les survivants ont été expulsés et n’ont jamais pu remettre les pieds chez eux en Palestine. Selon elle, même si auparavant il n’y avait pas vraiment de problèmes entre Chrétiens et Musulmans palestiniens, ceux-ci se sentent désormais plus concernés par la fête de Noël. Cet évènement tragique a permis selon elle une meilleure compréhension entre les deux communautés religieuses. Les deux forment un seul peuple uni face à l’occupant sioniste. 25 décembre. Départ pour al Khalil/ Hébron. Une ville du sud de la Cisjordanie dont la situation si spécifique et si choquante a fait craquer plusieurs d’entre nous. La deuxième ville de Cisjordanie (avec Jérusalem) où des colons vivent en son sein même. Quelques 400 colons "protégés" par 2 000 soldats... et par n’importe quels colons, les plus fanatiques. Quelques exemples suffisent pour comprendre leur état d’esprit. Notre guide palestinien nous explique que Baruch Goldstein, de la colonie voisine de Kiryat Arba, s’est introduit dans la Mosquée d’Ibrahim AS en février 1994 (pendant le mois de Ramadan) pour ouvrir le feu sur les fidèles musulmans alors en pleine prière de l’aube. Il a massacré ainsi une trentaine de Palestiniens. Et sa tombe est aujourd’hui considérée comme celle d’un martyr-héro par les colons. Tout ce qui s’ensuit, la division de la ville entre H1 (sous contrôle de l’Autorité palestinienne) et H2 (sous contrôle israélien et comprenant la vieille ville), les couvre-feu pour les habitants palestiniens, l’interdiction pour les Palestiniens uniquement de circuler en voiture dans certaines rues, les grilles au dessus des rues empruntées par les Palestiniens pour se protéger des jets de détritus par les colons vivant au dessus... etc etc etc, a fait de la vie des Palestiniens un véritable enfer, contraignant au déplacement de l’activité économique ainsi qu’à la déportation de la population depuis la vieille ville vers H2. Et dire que c’est la ville où a vécu le Prophète Ibrahim AS, et que son nom, aussi bien en arabe "al Khalil" qu’en hébreu "Hevron" signifie "l’ami" (de Dieu). Comment des hommes peuvent ils se sentir dignes en pratiquant de telles horreurs ? Sont ils vraiment sérieux lorsqu’ils prétendent suivre la tradition abrahamique ??! Croient ils être à leur tour les amis de Dieu de cette façon ??! Je ne comprends vraiment pas que l’on puisse revendiquer une terre, se réclamer d’être plus proche d’Abraham AS que tous les autres êtres humains, et qu’au nom de cela on en vienne aux pires des exactions. Et ce qui me frappe et me fait admirer encore plus les Palestiniens, c’est leur humilité dans l’adversité, l’absence totale de haine dans leurs propos malgré ce qu’ils endurent, alors qu’en face, il n y a que la haine aveugle, la vulgarité, l’incohérence... Juste avant d’entrer dans le quartier des colonies, le guide palestinien s’est tourné vers moi en me déconseillant de venir avec le reste du groupe (je porte le foulard)... Dans l’après midi, manifestation dans les rues d’al Khalil, rapidement avortée, car pris en souricière dans les ruelles étroites. Trois manifestants (dont un jeune français) ont été arrêtés et relâchés dans la soirée même. L’un deux, un Ecossais, a fait le signe de la victoire (ou de la paix ?) avec ses doigts aux colons, et ils lui ont répondu en lui « pétant » le doigt. Je l’ai croisé ce soir à Jérusalem, il ne regrette pas :-) L. ----- 26 et 27 décembre. Revenir ici en Palestine, en Cisjordanie à Jérusalem en mission ccippp quelques mois après ma première mission en avril 2010. C’était le printemps, c’est l’hiver mais à part la fraicheur de la nuit, la différence atmosphérique n’est pas flagrante, ferait-il toujours beau sur Jérusalem ? Les questions à l’aéroport ont été un peu plus insistantes qu’en Avril mais je suis passée au petit matin du 26 Décembre pour rejoindre Jérusalem et arriver au son de la première prière du matin dans la vieille ville. Tout de suite plongée dans l’action, j’ai rejoins le groupe CCIPPP qui était déjà la au cœur de l’appel des Palestiniens « Christmas en Palestine Justice Network ». Une action d’intervention au Check point de Qualendia entre Jérusalem et Ramallah venait d’ailleurs de se solder par 9 arrestations de militants français. Apres une nuit en prison, ils et elles ont été libérés le lendemain avec injonction de la part d’Israël de changer leur billet d’avion pour quitter le territoire au plus tôt... J’ai retrouvé tout le groupe des internationaux, des Français à Bil’in et contrairement au mois d’avril les différentes nationalités n’étaient pas représentées dans cet appel. Nous étions attendus pour planter des oliviers au plus près de la zone de construction et de trace du mur. Heureusement ce jour là était sans vent ce qui a permis aux effluves de lacrymogènes de rester sur place en l’air sans nous enfumer trop car nous pouvions suivre leur trajet du ciel à terre. Le lancer a été immédiat, accompagné des grenades assourdissantes dans une continuité sans interruption. Mais de nombreux oliviers ont pu être plantés car la vie continue malgré et contre tout. Nous nous sommes retrouvés pour des prises de paroles diverses dans le centre de Bil’in où avait eu lieu la conférence pour la paix en Avril. Films vidéos et interventions des organisateurs de l’appel palestiniens se sont succédés, entrecoupés pour nous des appels téléphoniques des personnes incarcérées le matin. J’ai retenu deux prises de paroles troublantes dans leur aspect « discours formaté » : celui du représentant du Fatah et celui du représentant de l’autorité palestinienne qui me semblent en décalage et avec la réalité de terrain vécue par les comités de résistance populaire... De toutes façon, tous les discours se sont succédés sans aucune place pour un débat ou des questions et la fatigue nous a dirigés bien tard vers un accueil chaleureux nourrissant réconfortant et intéressant dans les différentes familles de Bil’in. Repos court mais mérité car au petit matin, nous sommes repartis pour Naplouse où nous avons été accueillis à l’université et sur le site de la nouvelle université de Al Najaak dont la construction des bâtiments a été financée par différents pays arabes, l’Europe ne participant qu’au financement de projets précis mais pas de l’infrastructure. Un bâtiment pour les arts avec un magnifique théâtre, un bâtiment pour les sciences tout cela surplombant les collines d’oliviers en perspective d’horizon. Un passage dans la vieille ville au pas de course avec une visite à la fabrique de savon à l’huile d’olives. Nous avons été toute la journée en retard sur le programme prévu mais accueillis partout avec beaucoup d’attention. Sandwich falafel et gâteaux avalés, le bus nous a emmenés à Bettin, près de Ramallah ou nous étions attendus pour participer à une manifestation contre le tracé du trajet d’une autoroute destinée à permettre aux colons de rejoindre Jérusalem facilement en coupant un village en deux sans problème ! Descendus du bus, drapeaux en main nous n’avons pas eu le temps de regarder, voir, comprendre que nous étions asphyxiés par les vapeurs de grenades lancées immédiatement et rabattues sur nous par un vent violent hier après midi. Course, toux, peur à la vue des soldats derrière les oliviers pour prendre le cortège en tenaille, nous étions de nouveau dans le bus peu de temps après pour apprendre la libération des personnes arrêtées la veille et rentrer sur Ramallah. Récupérer un bus à la station, rentrer sur Jérusalem avec le passage à Qualendia ou sans être obligés nous, de descendre ; nous avons vu la queue des Palestiniens au check point.... Deux poids deux mesures, quelle égalité ? B. ----- Le temps n’est plus le même. Je ne sais pas quoi écrire, par où commencer. Alors ce matin (28 décembre), j’ai été réveillée par plusieurs personnes qui faisaient du bruit dans le couloir de l’hôtel, je me suis dressée dans mon lit et j’ai dit : qu’est-ce qu’il se passe ?! Je croyais que les militaires israéliens venaient fouiller les chambres ! Ensuite, à demi rendormie, je ne rêvais que de routes barrées et de "jeux de cache-cache" avec les soldats. Pour moi, c’est un voyage de 12 jours, ensuite je rentre chez moi et c’est fini. Comment se sentent ceux qui vivent ici ? Comment sont leurs rêves, leur réveil, coincés entre le mur, le barbelé, la colonie, le camp militaire ? Nous avons sillonné la Cisjordanie entre Hébron et Naplouse, nous arrêtant dans plusieurs villes et villages pour visiter, rencontrer et manifester : il est rarissime d’avoir autour de soi un horizon libre de tout cela. C’est très oppressant, surtout quand on sait que derrière les barrières se trouvent des colons fanatiques, c’est a dire prêts à tirer impunément, a fortiori sur un arabe. Hébron. Pour l’instant je ne peux pas parler d’Hébron sans commencer à pleurer. Voir suffit. Voir les ruelles couvertes de grillage pour se protéger des jets de pierres ou de détritus des colons qui ont envahi tout les premiers étages. Voir les rues coupées par le mur, mortes. Les magasins fermés de force, ça rappelle trop précisément de très mauvais souvenirs. En bas de la mosquée, on retrouve le quartier qui a été vidé de sa population. Seulement à l’entrée, il y a trois magasins palestiniens qui ont réussi à rester, malgré les millions de dollars que des riches juifs leur ont proposés. Le potier qui m’a offert du thé ne viendra pas à la manif l’après-midi ; il dit : « nous sommes fatigués... » Devant le magasin, passent les colons en famille ou en groupes de jeunes dont certains portent un fusil en bandoulière. D’autres, un pistolet à la ceinture. (A Jérusalem, j’en ai vu aussi). La plupart sont très pales. Des énigmes ambulantes. Mais des énigmes dangereuses. Cette rue est coupée en deux dans le sens de la longueur par un muret de 50 cm de haut, même manufacture que celui de 7m. D’un côté, marchent les Juifs, de l’autre les Arabes. Nous Européens, pouvons marcher du côté "juif" : celui qui a été vidé de ses 1 800 magasins et je crois dizaines de milliers d’habitants pour abriter 600 colons. 600 colons qui ont besoin de 4 000 soldats et 31 check-points pour leur protection... Nous traversons cette ville fantôme. C’était le centre ville d’Hébron. Ceux qui mettaient 10 min pour aller du souk à leur maison, mettent maintenant 1 heure. Le reste de la ville, celui où les Palestiniens ont encore le droit d’être, est divisé en 2 zones : H1 et H2. Je ne sais plus ce qu’elles signifient, mais ça parle. Nous montons sur une colline avec des oliviers millénaires, dont une bonne partie est morte empoisonnée. Nous montons déjeuner dans le magnifique jardin d’un centre social. Derrière la maison, une colonie. Derrière le grillage, des soldats nous regardent. Une famille palestinienne a refusé de quitter sa maison tout contre la colonie : 24 heures sur 24 des soldats sont sur son toit. En bas du quartier fermé, un gros drapeau israélien flotte sur une école coranique fondée au 12e siècle, transformée aujourd’hui en école où les enfants de colons apprennent à haïr les Arabes. Après tout ça, manifester fait du bien ! Même si encore une fois, on se sent comme une souris prisonnière du labyrinthe : le chat l’attend à chaque sortie. Et quand le chat s’énerve, il attrape un Écossais par les cheveux et l’emmène au poste. Quelques Israéliens sont là aussi, de notre côté, et interpellent les soldats : ils essaient d’éveiller en eux la petite chose qui fait basculer : il l’a dit celui qui l’a vécu : ce n’est pas dans la tête, c’est dans le coeur. C’est juste être capable de ressentir la souffrance de l’autre. C’est ça qui te fait poser des questions, rien d’autre. Une goutte d’espoir. Phrase du jour, d’un vendeur de magnifiques robes traditionnelles palestiniennes, qui m’a offert un café : "Nos cousins aiment les problèmes. On dirait qu’ils ne peuvent pas vivre sans problème" N. ----- Aujourd’hui, 28 décembre, j’ai enfin la possibilité de vous écrire. Il y a tellement à dire que je ne sais par où commencer grâce à cette mission, j’ai pris d’avantage conscience que le quotidien des Palestiniens est bien souvent une horreur, bien qu’ils ne se plaignent pas pour la plupart. J’admire ce peuple. La colère est un sentiment que je ressens bien trop souvent. Chaque rencontre est un moment plein d’émotions. Ils ont tous des histoires incroyables et tristes. Les manifestations sont pour moi des moments assez éprouvants. Celle qui m’a le plus touchée était celle de Bil’in. Alors que nous venions juste planter des oliviers, les soldats nous ont lancé une bonne vingtaine de bombes lacrymo. Comment un homme peut il faire cela ? Et pourtant .... ils font bien pire. Après avoir inhalé ce « bon parfum » de lacrymo, j’ai réussi tout de même à planter l’olivier. Ce qui m’a également touché, c’est tous ces Palestiniens avec nous qui avaient le sourire à chaque olivier planté. Une fois de plus, j’ai dû penser à autre chose pour ne pas pleurer bien que cela soit difficile. La manifestation au check point de Kalandia a été très violente à mes yeux. Plusieurs internationaux ont été attrapés par les soldats ainsi que des Palestiniens. Bien que le sort des internationaux m’inquiète, je ne peux être que plus inquiète par le sort des Palestiniens. J’ai vu un d’entre eux se faire prendre il est journaliste ; il ne faisait rien de mal. Trois soldats sont arrivés autour de lui alors qu’il ne faisait que parler avec eux ; les soldats l’ont malmené pour ensuite l’emmener. C. ----- Je vais enfin essayer de mettre mes idées au clair même si je ne vous garantis pas le résultat... En effet je ne vois plus rien de la même façon et j’ai cette impression d’être en dehors de moi même, avec beaucoup de mal à voir clairement ce que je vis ici depuis plus de 10 jours maintenant, 2 Jours seulement pour craquer et depuis ce survol de moi même et de la situation que je n’arrive plus à extérioriser de quelque manière que ce soit, peut être écrire pourra apaiser un peu mon âme... Le mur, les check points, les soldats un peu partout, les colonies et les colons, la résistance, les Palestiniens, les camps de réfugiés, les manifestations, Hébron cette ville qui marque n’importe quel esprit à jamais et dont j’ai encore beaucoup de mal à réaliser et à parler de ce que j’y ai vu, mais aussi l’ingratitude, le manque d’humanité de certains hommes sur cette terre, cette violence gratuite et sans aucune raison valable pour un tel traitement envers un peuple quel qu’il soit. (Il en faut peu car au fil des mots les larmes monte à mes yeux et j’ai dû prendre l’air pour à nouveau essayer de mettre mes idées au clair). Les manifestations... Sheikh Jarrah, pour une première manifestation j’en garde un excellent souvenir. Une manifestation contre le mur est une façon d’extérioriser cette rage si je puis dire, devant les soldats ce jour là très pacifique eux aussi ! (Il y avait surement la bonne raison que nous étions le 24 décembre, veillée de Noel et proche de Bethlehem.) Si je dis ce jour là c’est que les suivantes furent moins pacifiques au niveau israélien. La plus marquante est surement celle contre le check point de Kalandya sur laquelle je ne vais pas m’attarder vu les circonstances et le déroulement de celle-ci. Par contre la manifestation de Bil’In m’a fait découvrir la vrai face de l’armée Israélienne qui est tout sauf pacifique c’est une certitude ! Avant même que nous soyons arrivés sur le champ pour la plantation des oliviers nous voilà attaqués à coup de bombes lacrymogènes et assourdissantes ! Mais ce jour là, le destin a surement bien fait les choses car pas un brin de vent ce qui nous a permis de planter quelques oliviers sans être asphyxié ! Entre 20 et 30 bombes ce jour là... De même pour la manif de Betin pas le temps d’arriver que les soldats eux étaient déjà d’attaque ! Ce jour là, le vent n’était pas en notre faveur et nous n’avons donc pas pu manifester dans cette atmosphère de gaz lacrymogènes... Un petit retour sur le village de Bil’In à jamais gravé dans ma mémoire, un lieu tellement paisible malgré le conflit et la situations. Un lieu ou malgré tout on se sent bien, où l’on ne lit aucune haine sur les visages palestiniens (comme partout d’ailleurs). Un lieu où les gens vous accueillent si chaleureusement, avec de tels sourires et une telle force de vivre et de résister... Hébron... Je ne trouve pas les mots mais je vais essayer... La chose qui m’a le plus marquée sans hésitation c’est toutes ces bâches et grillages au dessus de la veille ville recouverte de déchets, d’ordures balancés par les colons du premier étage des rues qu’ils on bien entendu coloniser. Mais aussi les rues totalement fermées et interdites aux Palestiniens qui pourtant sont chez eux ! Sans parler des colons qui se baladent avec des mitraillettes sur le vêtement de promenade ! Et aussi de l’entrée de la Mosquée d’Ibrahim ou Tombeau des Patriarches ou chaque musulman doit passer un check point à chaque fois qu’il veut aller prier ! Je n’irais pas plus loin car j’ai vraiment du mal à parler de ce que j’ai pu observer (Mes excuses). Nous sommes passés par Nablouse, Ramallah, Betlhehem... Nous avons assisté à une petite conférence au sein de l’Université An Najah, une université ou tout étudiant révérait, je pense d’étudier tellement elle est majestueuse ! Nous avons rencontré le vice président et le maire de la ville. L’occupation Israélienne lors de la première Intifada l’a fermée durant 3 ans et également à plusieurs reprises lors de la 2ème intifada (couvre feu sur la ville). Malgré tout, An Najah est une des meilleures universités du Moyen Orient. L’éducation est une priorité pour le peuple palestinien et cela se ressent ! Notre présence au sein de celle-ci dévoile bien les problèmes que causent l’occupation Israélienne. D’ailleurs les remerciements pour notre présence se multiplient. Le Maire nous parle de l’occupation et de ce que celle-ci engendre sur sa vie, cela fait 18 ans, depuis 1992 qu’il n’a pu se rendre à Jérusalem afin de prier dans le 3ème lieu saint de l’Islam, la Mosquée Al Aqsa. Il finira son discours sur "Nous voudrions vivre en dignité, nous avons le droit de résister." Mais je veux revenir à la matinée d’aujourd’hui très enrichissante à mes yeux. Nous sommes le 29 décembre, rendez vous à 9 h 30 à L’AIC avec Michel Varchawski pour un tour des colonies sur Jérusalem, avant un petit briefing... L’essentiel de ce que j’ai pu retenir... En Cisjordanie le processus de colonisation vise à israeliser tout territoire, soit une israelisation de l’espace. Tout ceci développée par le conducteur du Bulldozer, Ariel Sharon. Très clair dans la ligne à suivre, la stratégie et l’avenir d’Israël. Il dit : "La guerre « d’indépendance » n’est pas encore finie. Israël n’est pas encore constitué. Israël n’a pas et ne doit pas avoir de frontière. La paix n’est pas à l’ordre du jour. Tout cela nous montre bien l’intention première de cet état sioniste qui ne cesse de s’accroitre. Le sionisme est pour un état ethnique, plus justement un état "juif" en Israël. "Chez nous et entre nous". Mais les dirigeants sont certes fanatiques mais pas stupides, bien plus, ils sont intelligents ! Ils ne peuvent pas virer 2 millions de personnes car l’intervention internationale ne ferait qu’empirer la situation. On préfère donc dans cette "démocratie" faire des Palestiniens des "présents absent". Semblable à du "gruyère" ce fameux fromage à trous, les trous sont contenu par Israël grâce à des murs et des check points ; ces fameux trous dont les territoires palestiniens. De simples enclaves, sans continuité entre les territoires palestiniens. La politique de colonisation est une occupation israélienne avec le moins d’arabes possible. La colonisation à Jérusalem est différente. Jérusalem Est est arabe mais fait partie d’Israël aux yeux du gouvernement sioniste, pas aux yeux des Palestiniens ni des internationaux. Elle vise à contenir et réduire le nombre d’Arabes, car il y peut être même plus d’Arabes que de Juifs, ce n’est pas une colonisation politique spatiale mais bien plus raciale, judaïser la composition du peuple, il ne faut pas plus d’un tiers d’Arabes. C’est une politique démographique qui vise à contenir la population arabe. Aujourd’hui 44 ans après l’annexion de Jérusalem malgré la forte natalité palestinienne et le départ d’israéliens de classe moyenne, on a atteint et on ne dépasse le but visé : 750.000 habitant pour Jérusalem, dont : 250.000 Juifs à Jérusalem Ouest, 250.000 Palestiniens et 250.000 colons à Jérusalem Est, ce qui est bien égal a 1/3 d’Arabes. C’est une réussite pour Israël qui gagne la bataille démographique. Et cela non pas par la force mais par une multitude de décisions administratives. Par exemple les zones déclarées vertes où il est interdit de construire, interdit oui mais pour les Palestiniens qui sont pourtant sur leur terre, ils peuvent cependant ajouter des étages à leurs maisons ou en construire une entre deux autres ; bien que pour cela il faut un permis, un aménagement du sol, tout ça pour pousser les Palestiniens dehors !! … bien entendu les colons peuvent construire sur les zones vertes ! On pousse la population arabe et on colonise, on encourage les familles juives à venir y vivre. On n’autorise plus la réunification familiale, c’est a dire le mariage entre une personne palestinienne de Jérusalem et une autre de Cisjordanie par exemple, et donc ils ne peuvent vivre ensemble donc s’ils font le choix de se marier, soit ils vivent séparément par principe pour ne pas perdre sa maison, soit ils vivent illégalement ce qui inclut qu’il vaut mieux ne pas se montrer et donc rester enfermé dans sa maison et rester bloqué, soit ils quittent Jérusalem, une autre façon de pousser les Arabes dehors... La dernière façon est de couper les liens économiques et culturels. Jérusalem était une vraie capitale pour la Palestine, mais maintenant celle-ci est morte, c’est devenu une banlieue délaissée. Toute organisation culturelle, économique en a été écarté, l’exemple du Théâtre, les gens ne peuvent plus y venir, de même que l’hôpital, et tout a donc était déplacé vers Ramallah. Voici la triste situations de cette ville sainte, surement la plus sainte du Monde et la plus diversifiée.] Après cela un tour des colonies en mini bus pendant 2 heures environ nous a permis encore une fois de voir cette réalité qui parait tout sauf réelle et à laquelle on n’a pas envie de croire. La vie ici pourrait être si belle, une multitudes d’horizons et de nationalités, des lieux où plusieurs fois par jour on vous rappelle la présence de Dieu au sein des 3 religions, un même Dieu pour Tous... Et pourtant ce gouvernement de la Terre la plus Sainte du Monde qui est entrain de la détruire, ou plutôt qui continue de la détruire. Apres avoir vu cela, je pense que tous change dans notre esprit et que même on voudrais oublier que cela puisse exister mais non c’est inhumain, inconcevable, incroyable et je ne cesserai d’y penser et de soutenir le peuple palestinien tant que Dieu me le permettra. J. ----- d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article9845 Brigitte Challande : Portrait d'une MilitanteMidi libre - 18-11-2010 La Palestine sera au cœur d'un débat vendredi soir salle Lamouroux.
Brigitte Challande qui était en mission en Palestine au mois d'avril,
animera cette soirée en compagnie d'Anis Salem et Tala Abderfattah. Brigitte Challande est une militante dans l'âme et du plus loin qu'elle se souvienne, elle a toujours aimé défendre les publics marginalisés. Elle choisit d'être infirmière pour vivre au plus prés de ses croyances et se spécialise en psychiatrie. Elle travaillera plus de dix sept ans à l'hôpital de la Colombière où elle animera des ateliers de pratiques artistiques, la Maison des Expressions. Ce dispositif de collaboration entre l'association « les Murs d'Aurelle » et le CHU permettait aux patients de quitter leur statut de malade et de devenir des artistes. Un projet qui a conduit Brigitte à reprendre le chemin de la fac et devenir psychologue. Son cursus ne s'arrête pas là, lors d'un congé de formation, elle obtient un master d'ingénieur culturel à l'Ecole Supérieure des Arts et Techniques de Théâtre de Lyon. C'est au cours de ces formations qu'elle croisera la route d'un professeur de psychologie qui lui parle de ses voyages en Palestine. Imprégnée des textes de Jean Giono et touchée par les déclarations de Jean-Luc Godard, ce discours résonne comme une nouvelle réalité pour Brigitte. Jeune retraitée, elle décide de continuer le combat et entre dans l'association CCIPPP, afin d'aider le peuple palestinien. Brigitte Challande souhaite préciser « que les missions organisées ne sont pas humanitaire ni en vue de développement. Nous cherchons juste à aider les palestiniens à vivre au quotidien. C'est escorter un berger pour faire paître ses moutons car les terres qu'ils possédaient lui sont retirer sans préavis. C'est accompagner un pêcheur en pleine mer pour qu'il puisse appâter une quantité suffisante de poissons. Les aider à vivre debout, dignement. » Son discours se veut apaisant, avec une analyse objectif de ce conflit politique où tout est imbriqué, la religion, l'impérialisme et la mondialisation. Cette rencontre débat sera suivie d'un buffet palestinien. Salle Lamouroux vendredi à 19h Entrée libre. ![]() ![]() ![]() |






