Missions civiles : DECEMBRE 2010 "Pour - Al Qods - Jérusalem" !


Une mission civile composée de juifs et d'arabes de France revient de Palestine

Une mission civile composée de Juifs et d'Arabes revient de Palestine.
 
Une première restitution de cette mission aura lieu le 
 
Samedi 13 novembre à 18 H au CICP
 
21 ter rue Voltaire 75011 Paris
 

 

Communiqué de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP), l’Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF), Immigration Développement Démocratie (IDD) et la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) :


 

La 166ème mission civile de la CCIPPP (campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien) a eu lieu du 23 au 30 octobre et nous sommes rentrés.

Rentrés tout comme nous étions arrivés : après des contrôles et des humiliations (interrogatoires, palpations corporelles, attentes de 2 ou 3 heures) visant la plupart des jeunes de notre groupe, et surtout les jeunes Arabes. Beaucoup d'autres internationaux ont connu les mêmes vexations. L’Etat d'Israël mène une politique ciblée de discrimination pour décourager des témoins gênants.

Notre mission était constituée d'un groupe de 28 Français, juifs et arabes, femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, de 4 associations laïques :

-- Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF)

-- Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR)

-- Immigration Développement Démocratie (IDD)

-- Union Juive Française pour la Paix (UJFP)

Pour le « vivre ensemble dans l’égalité et la justice », en France et ailleurs, nos associations françaises, juive et arabes ont tissé des liens de solidarité et de travail entre elles, notamment pour la justice en Palestine, pour les droits des Palestiniens, contre la politique coloniale sioniste d'Israël.

Une première mission civile de même nature a déjà eu lieu en 2002.

La mission de 2010 a soudé le groupe dans une belle amitié, avec le but commun de multiplier les contacts afin de témoigner.

Le groupe a participé au Forum Mondial de l'Education à Ramallah, Al Araqib, Haïfa et Bethléem. Pour cela comme pour le reste, l'AIC (Centre d'Information Alternative, association à la fois palestinienne et israélienne) a joué un rôle majeur.

Nous avons participé à la Marche d'ouverture du Forum à Ramallah et à l’ouverture simultanée dans le village bédouin d’Al Araqib dans le Négev, et nos ateliers judéo-arabes (« Education, Immigration et Développement » et « Pour une éducation décolonisante ») ont rencontré une grande écoute et suscité beaucoup de débats.

Ce qui nous a le plus marqués, c'est que le sionisme a abouti à un véritable racisme d’Etat, relayé par les colons. Un racisme permanent, qui ne se cache pas, qui nous a semblé susciter un large consensus en Israël. Un racisme virulent, « normal », des Israéliens juifs envers les Palestiniens, mais aussi souvent envers les Juifs arabes, envers tout ce qui a un faciès du sud ou oriental, envers les immigrés asiatiques ou africains. Ce renversement de situation - des Juifs se voulant héritiers du génocide en Europe se transformant en négationnistes de l'humanité de l'Autre - nous a bouleversés.

En fait, c'est une guerre de basse intensité aux conséquences désastreuses que nous avons observée.

Le confinement des Palestiniens, l'immobilité imposée, l'encerclement par les colonies, l'occupation spatiale par les Israéliens, les incursions des militaires, les comportements d'humiliation, le Mur de séparation et de la honte, les colons armés, l'omniprésence de l'armée israélienne ..., tout cela rend invivable la vie des Palestiniens.

Mais en même temps tout est fait pour afficher que c'est vivable. Des caméras de surveillance ont été installées partout. Des check-points ont disparu : nul besoin d'en avoir, tant les routes de contournement, tunnels ou ponts rendent impossible la rencontre des Israéliens avec les Palestiniens. La coexistence est prétendument affirmée, alors qu'il s'agit d'une normalisation coloniale, sous étouffoir, des Palestiniens. Le sociocide est en marche.

Mètre carré par mètre carré, les Israéliens volent la terre et repoussent plus loin les Palestiniens en réduisant leur espace vital, à l'image des Indiens d'Amérique dans leurs réserves ou des Aborigènes d' Australie.

L'israélisation du pays palestinien, la judaïsation de Jérusalem sont à l'œuvre, avec un mélange de discrétion et de grande brutalité (comme dans le quartier de Silwan à Jérusalem-Est) peu perceptibles pour un étranger non averti.

Et n'oublions pas la prison à ciel ouvert de Gaza toujours sous blocus où nous ne sommes pas allés ou le Golan occupé.

La mission est allée à Jérusalem-Est, Tel Aviv, Jénine, Haïfa, Hébron, Bethléem, Al Araqib, Ramallah, dans les camps de refugiés ...

Nous avons constaté que la politique spatiale et discriminatoire d’Israël  est destinée à empêcher toute solution juste au conflit, quelle que soit l’option envisagée. La plupart des Palestinien-ne-s que nous avons rencontré-e-s ne croient pas ou plus en la possibilité d’avènement d’un Etat palestinien viable à côté d’Israël. Et nombre d'entre eux ont des propos extrêmement durs contre l'Autorité Palestinienne, perçue comme accompagnant cette politique israélienne.

Les Palestiniens de 48 (ceux qui sont malgré eux Israéliens) ne supportent plus d'être des citoyens de seconde zone, encore dotés du droit de vote mais subissant  les discriminations (logement, enseignement, santé, travail, accès à l'eau, villages interdits régulièrement détruits ...).

Mais tous les Palestiniens résistent.  Et persévèrent à lutter quel que soit l’avenir pour l'égalité des droits, la destruction du Mur, la restitution des terres, le retour des réfugiés, bref pour une décolonisation qui rendra au peuple palestinien sa liberté et la justice.

Et nous avons rencontré des Juifs israéliens qui se savent bien minoritaires mais avec eux dénoncent les crimes commis en leur nom. Ils ne veulent pas renoncer à l'espoir d'un Vivre ensemble dans la Justice.

Tous fondent un grand espoir sur la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) sous toutes ses formes. Sur le boycott académique, des universitaires israéliens anticolonialistes (participant au mouvement "Boycott de l'intérieur") demandent eux-mêmes à ce que leurs Instituts soient boycottés

Les membres de notre mission populariseront partout, en France et autant que possible au Maghreb, ce qu'ils ont vu ou entendu et appelleront à participer activement à la campagne BDS.

Nos quatre organisations sont décidées à approfondir leur travail en commun.

 

Paris, le 4 novembre 2010

récit de la 166ème mission :

La 166ème mission CCIPPP - 23 au 31 octobre 2010

publié le lundi 25 octobre 2010.

Elle réunit quatre associations, l’ATMF (association des travailleurs maghrébins de France), IDD (immigration, développement, démocratie) et l’UJFP (union juive française pour la paix), la FTCR (fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives).


1er jour, samedi 23 octobre 2010, Jérusalem Est. Nous avons déjà 28 personnes présentes sur les 32 prévues. Sont présentes les 4 associations ATMF, IDD, FTCR, UJFP. Comme premier contact, il y a eu une présentation mutuelle des participants. Puis, Michel Warschawski nous a fait un point sur la situation de la colonisation notamment à Cheikh Jarrah. Il nous a fait un point sur la situation politique en Israël avec le gouvernement le plus à l’extrême droite jamais connu et les conséquences dramatiques qui en découlent (occupation, arrestations arbitraires et massives et expansion des colonies). Il y a un début de recomposition du mouvement pour la Paix. Un point a été fait sur le BDS (Boycott Désinvestissement Sanction) et ses conséquences en terme d’atteinte à l’image d’Israël. Le groupe ensuite s’est rendu sous la conduite de Rhacib dans le quartier d’Al Boustan dans la ville de Silwan. Là, déjà 88 maisons ont été confisquées par les colons et 1600 personnes expulsées. Nous avons été reçus sous la tente de la fraternité érigée par la population qui résiste. Tout le quartier échange et lutte, il y a des nombreuses arrestations y compris chez les enfants. Il nous a été expliqué comment l’archéologie et les fouilles menées servent de prétextes à la tentative d’exproprier et de judaïser tout un quartier.

24 octobre 2010, Jérusalem Est, Tel Aviv-Taybe. Les derniers camarades de la mission arrivent ce soir. Tout le monde a pu passer les contrôles mais on doit noter que tous les jeunes arabes-francais ont été systématiquement retenus et interrogés pendant 2-3heures.

Tel Aviv. Nous sommes reçus à la coalition des femmes pour la Paix par Esti Micenmacher. Dans la coalition, il y a eu un débat sur le BDS et sur le droit au retour des réfugiés palestiniens. Au sein de la coalition, plusieurs groupes l’ont quittée pour des divergences de stratégie (ces derniers estiment que les prises de position sur le boycott dépassent le cadre initial). La coalition a créé un site « Qui profite ? » en anglais « Who profits ? », qui vise à lister les personnes, entreprises qui profitent de l’occupation. Ce site donne les noms non exhaustifs de toutes les entreprises, banques, multinationales, industries, services qui génèrent des profits à partir de l’occupation de la Palestine. Parmi ces entreprises, on y trouve des groupes français, belges, suisses (tels que Véolia, Dexia, Danone, Orange...). Certains de ces groupes exploitent les carrières palestiniennes et y enfouissent les déchets dans des décharges sauvages. Les entreprises israéliennes détiennent le monopole de la distribution du pétrole et de l’eau. Des entreprises d’armement telles que G4S se font de la pub en expliquant l’efficacité de leurs produits testés sur la population palestinienne.

Taybe (Ville du triangle ; zone d’Israël ou les palestiniens sont majoritaires tout près de Tulkarem). Nous y rencontrons le parti Balad national laïque et démocratique, un des 3 partis des Palestiniens de 48 à la KNESSET. Il a été fondé par Azmi Bicharra, aujourd’hui contraint à l’exil. Parmi ses 3 députés du Balad, une femme Haneen Zoabi, qui était sur la flottille, Jamal Zahalka nous explique les positions de son parti. Les Palestiniens de 48 réclament la fin de toutes les discriminations qu’ils subissent en terme d’éducation, de possession de la terre, de logements, de droits. Le Balad se prononce pour l’autonomie culturelle des Palestiniens. Il considère que les Palestiniens de 48 subissent une situation semblable à celle de l’Afrique du Sud durant l’Apartheid. Il se bat également sur le terrain juridique contre les expropriations ou destructions de maisons. Le Balad est particulièrement sensible aux questions de l’éducation. Éducation, dont est privée de plus en plus la jeunesse palestinienne. Deux autres membres de la direction du Balad nous ont expliqué l’existence des 40 villages non reconnus dans la région et les conséquences désastreuses pour les habitants (manque d’eau, d’électricité, de service, etc...). Ces villages ont dû finalement s’adresser à la justice internationale TPI (Tribunal Pénal International) pour obtenir un peu d’eau potable. Interrogés par nous, le Balad nous a expliqué son soutien sans réserve au BDS et milite également pour un seul État en Palestine.

Lundi 25 octobre 2010, Jérusalem Est, les colonies autour de Jérusalem, Hébron, Deishe, Bethlehem

Jérusalem Est, les colonies autour de Jérusalem. Nous sommes reçus au siège de l’AIC (Alternative information Center) dans le centre de Jérusalem par Michel Warschawski. Dans le centre de Jérusalem, ce dernier nous a fait un exposé à la fois sur la colonisation, la situation politique en Israël et les rapports avec les États-Unis. Il a différencié deux types de colonisation. La question essentielle pour l’occupant est la conquête démographique.

A Jérusalem, il y a une tentative incessante de judaïser tout Jérusalem Est. La colonisation en Cisjordanie est essentiellement spatiale. Il s’agit d’accaparer le maximum d’espace avec le minimum d’Arabes. Les idées impulsées par Ariel Sharon s’appliquent toujours. Le principe est de laisser cinq ou six cantons aux Palestiniens et occuper tout le reste. Michel a donné l’image de l’emmental et de ses trous. Il a rappelé que pour Sharon et ses successeurs la guerre d’indépendance n’est pas terminée, que les frontières ne sont pas acquises et qu’aucune paix ne sera possible avant 50 ans. Un groupe de jeunes (CEMEA- Solidarité Laïque Étudiant) était avec nous et nous sommes partis en car voir la colonisation autour de Jérusalem. Certaines colonies sont de véritables villes de banlieue, c’est le cas de Pisgat Zeev où va arriver le tramway. Dans les années 70, la vice procureur israélienne Plya Albek avait survolé la région en hélicoptère choisissant les zones décrétées vides pour y construire des colonies. Ces colonies aujourd’hui occupent la majorité de l’espace, et quand les Israéliens disent qu’ils vont se contenter de construire dans les colonies existantes, cela revient à relancer partout la colonisation. A ce propos, la citation d’Ariel Sharon dit « La frontière d’Israël, c’est là où la charrue trace son dernier sillon ». Le système de route est complexe, avec des routes pour colons et en dessous des chemins pour les Palestiniens. Les colonies dites sauvages à savoir les zones industrielles non exploitées, les habitations, les stations-service... servent à occuper l’espace. Il y a des colons économiques attirés par des maisons bon marché, mais ceux qui les dirigent politiquement sont des colons idéologiques d’extrême droite : « Quiconque parle de 300 à 400000 nouveaux colons n’est qu’un rêveur. Notre objectif n’est pas démographique mais spatial et notre rôle est de garantir à la population juive de Judée et de Samarie qu’ils ne vivent pas derrière des barbelés mais dans une continuité juive ». Citation Hodi Liberman dans le Quotidien Haaretz du 17 juillet 1996

Hébron. Ceux qui nous accompagnent depuis Jérusalem sont Ezra, un israélien d’origine irakienne et il y a Hillel, professeur d’histoire palestinienne. L’arrivée dans la ville historique d’Hébron, où plusieurs parties de maisons ont été confisquées par des colons est saisissante. C’est un scandale absolu, le sentiment de révolte et d’injustice nous étreint tous. Sur plusieurs centaines de mètres, il y a des grillages au dessus de la rue sur lesquels les colons particulièrement hostiles jettent leurs détritus. L’impunité de leurs actes les pousse à des conduites de plus en plus irresponsables et dangereuses. Il y a aujourd’hui 500 colons et 1500 militaires comme force d’appoint à leurs exactions. Walid qui dirige le comité de réhabilitation d’Hébron nous montre les dizaines de boutiques et les rues fermées. Du coup la ville s’est beaucoup appauvrie et la mendicité est en forte hausse. Il y règne un sentiment de désolation. Après avoir passé plusieurs portiques « dits de sécurité » nous arrivons au caveau des patriarches. Là où le colon terroriste Barouk Golstein a assassiné 29 Palestiniens en 1994. Une partie de la mosquée a été transformée en synagogue. Nos camarades musulmans se sont vus interdire l’entrée de la synagogue. Devant cette obstruction le groupe a décidé de retrousser chemin. Entre temps l’autre parti du groupe a pu accéder à la mosquée.

Deiseh-Bethlehem. Nous avons pris le repas dans les locaux du centre IBDAH qui se trouvent dans le camp des réfugiés. Nous avons été invités par l’association Ibdah. Wissam nous a conviés à un échange fructueux sur le sort de la population dans le camp. 12000 habitants entassés dans une superficie de d’un ½ km². Wissam a fait son intervention en trois points d’abord en insistant sur le fait qu’au-delà de la convivialité d’être ensemble les liens d’idées devaient être plus fort encore. Ensuite qu’il était important de dépasser les liens religieux, raciaux et géographiques pour entrer dans des liens idéologiques. Enfin, que nous vivons dans un monde globalisé et chacun de nous a le droit de se sentir concerné par la situation de son voisin. Il a été question d’une mise au point historique, géographique et démographique (les jeunes composent 60% de la population) sur la création du centre et les différents bailleurs qui ont subventionné ce lieu (institut partage France...) C’est globalement un message très positif qui a été délivré sur les jeunes, sur les initiatives sportives, les projets associatifs et les rêves quels que soient les mauvais coups du sort. Malgré la difficulté de la vie dans le camp de réfugiés (pas d’espaces de jeux pour enfants, impossibilité de sortir, problèmes de chômages et de perspectives chez les jeunes...), le courage et l’humilité qu’ils témoignent force l’admiration et nous donnent de l’espoir pour lutter auprès de ceux qui sont opprimés. Le message était simple, c’est bel et bien le rêve qui leur permet d’avancer. Ils nous invitent, nous, acteurs privilégiés de ce qui se passe dans les camps pour aller témoigner au monde afin qu’ils ne sombrent pas dans l’oubli. La soirée s’est terminée par une série de questions-réponses.

Mardi 26 octobre. Dheishé – Beit Sahour - Al Masara – Jénine

Visite du camp de Deishe. Il compte 12 000 habitants sur ½ km². C’est un des 59 camps gérés par l’UNRWA. En 1948, les réfugiés ont été d’abord dans des tentes. Le camp a été créé par la Croix rouge qui a passé la main à l’ONU quand elle a pris conscience de l’ampleur du conflit. Les tentes ont été remplacées par des « chambres » de 9m² où des familles de 6 ou 7 personnes s’entassaient. Il y avait alors une seule toilette pour plusieurs chambres et il fallait faire la queue. Le camp a connu après 1967 de longues périodes de couvre feu puis des incursions armées avec assassinats ciblés ou punitions collectives.

Nous visitons un jardin d’enfants. La plupart des services proviennent d’aides de différents pays. Malgré le manque d’écoles et de professeurs, le niveau d’étude dans le camp est très élevé. Les ruelles sont très étroites, les murs graffités représentent des situations courantes de la Palestine occupée.

A la sortie du camp, nous rencontrons les travailleurs salariés de l’UNRWA, en grève depuis 12 jours parce que leurs statuts et leurs salaires sont très inférieurs à ceux des internationaux. Les poubelles débordent partout, les écoles et le dispensaire ne fonctionnent pas. Nous leur parlons de la grève en France, nous fraternisons et nous promettons de populariser leur lutte, notamment au Forum de l’Education.

Beit Sahour. Nous sommes reçus par Nassar Ibrahim au siège palestinien de l’AIC (la veille, Mikado nous avait accueillis au siège israélien à Jérusalem). Nassar se présente, c’est un professeur marxiste qui a étudié et travaillé dans différents pays et participé aux luttes du peuple palestinien. Il est rentré en 1998 en Palestine. Au début, il a eu des réticences vis à vis des Israéliens anti- colonialistes. Ses craintes se sont estompées et il a créé avec Mikado, l’AIC. Nassar nous a livré son analyse politique. Il a expliqué que le sionisme était dès le début un colonialisme.

Il est fermement partisan d’un seul État en Palestine, laïque et démocratique. Il a dénoncé le non sens des accords d’Oslo ou des tentatives de négociations actuelles puisque les préalables israéliens consistent à maintenir l’emprise coloniale. Il demande aux sociétés civiles des pays du monde entier de manifester leur solidarité et de témoigner. Il s’est adressé particulièrement aux juifs afin qu’apparaisse une alternative à la politique de Netanyahou.

Al Masara. Nous partons en car voir les ravages de l’occupation dans le district de Bethléhem. Hérodion est un haut lieu historique. Sur cette montagne se trouve le mausolée du roi Hérode. Ce lieu est devenu parc national israélien, manne financière et touristique avec le passage de nombreux cars. Non seulement, les Palestiniens sont spoliés mais encore le site est entouré de colonies riches en oliviers. Notre guide Mahmoud est en liaison avec des militants français notamment l’UJFP de Grenoble. Il anime un comité de résistance populaire à l’occupation. Il nous montre au pied d’Hérodion une colonie occupée par les 7 familles les plus extrémistes des anciens colons de Gaza et une autre occupée par Liberman.

Le comité organise chaque vendredi une manifestation non violente. Et pourtant depuis 2002, il compte 29 morts dont 7 enfants, de nombreuses arrestations et humiliations.

Mahmoud nous montre les différentes colonies, les champs d’oliviers auxquels les paysans ne peuvent plus accéder. Certains mêmes, vieux de 3000 ans, sont déracinés (1 600 000 oliviers déracinés en 10 ans). Nous faisons une longue halte devant le mur à Bethléhem dans une zone où il est graffité dans toutes les langues. Ces graffitis sont un mélange de colère et d’espoir. Les autres murs sont tombés, celui là, tombera aussi...

En partant vers Jénine, nous longeons toutes les colonies qui encerclent Bethléhem, notamment Gush Etzion (90000 habitants).

Sur la route, nous sommes arrêtés à un seul check point où un soldat israélien francophone, apprenant qu’on va à Jénine, nous signale « qu’ils sont tous fous là bas ». Puis montrant le chauffeur palestinien : « Et il est calme lui ? »...

Mercredi 27 Octobre Jénine Bir Zeit Ramallah

Visite du camp de Jénine. Notre guide Nabil est metteur en scène au Freedom Theater. Il nous raconte l’histoire de la bataille du camp en 2002. Après une résistance de 15 jours pendant laquelle les troupes israéliennes ont eu des pertes importantes Sharon a envoyé les bulldozers : 650 maisons ont été détruites. Il y a eu 67 morts dont 15 enfants et 600 blessés. Le camp est aujourd’hui reconstruit ainsi que la mosquée. La ville de Jénine compte 65 000 habitants dont 16 000 dans le camp. Elle était autrefois prospère avec une ligne de chemin de fer allant de Haïfa à la Mecque avec une gare dont il reste les ruines. Il y a aujourd’hui quelques constructions nouvelles. On a pu voir à l’entrée de la ville un entrainement quelque peu folklorique de la police palestinienne.

Le théâtre de Jénine (Freedom Theater). Nabil nous rappelle son histoire. Arna Mer Khemis, israélienne militante communiste mariée à un Palestinien de 48 est venue à Jénine pour s’excuser des crimes israéliens commis pendant la répression de la première Intifada. Elle a su donner la parole aux enfants traumatisés par les humiliations et la répression et, avec une Palestinienne du camp, a fondé le théâtre. La plupart de ces enfants ont participé aux combats de 2002 et plusieurs y ont laissé leur vie. Le film « Les enfants d’Arna » de Juliano, le fils d’Arna, raconte cette histoire poignante. Le théâtre a été détruit pendant les combats puis reconstruit grâce à des dons venus de plusieurs pays dont la France (comité d’entreprise d’EDF) et des États-Unis (un mécène juif). Parmi les initiateurs du nouveau théâtre, Zakaria Zoubeidi, qui fut recherché et menacé de mort par les Israéliens avant d’être amnistié.

Nabil nous explique le type de théâtre pratiqué à Jénine inspiré notamment par Brecht. La pièce « La ferme des animaux » de Georges Orwell n’a pas du tout plu à l’Autorité Palestinienne qui a clairement compris qu’elle était visée par cette critique acerbe de la corruption et des abus de pouvoir. Nabil a été interrogé par la police pendant 15 jours et interdit de voyager pendant un an. Nabil insiste pour que le théâtre aborde le thème de la libération des femmes et de la liberté. Nous avons pu voir pendant un moment une répétition où la metteur en scène est une femme habitée par son métier qui dirigeait des jeunes hommes comédiens.

Nous avons rencontré une Palestinienne d’origine algérienne professeure dans une école des environs dont le parcours a été fait d’exils et de déplacements successifs qui l’ont menée jusqu’au camp de Jénine. Nous rencontrons enfin Ismaël Khateeb dont l’histoire assez fantastique a été révélée dans la presse. Son fils de 12 ans Ahmed jouait avec une arme en plastique. Il a été abattu par un soldat israélien. Les parents ont alors décidé de donner les organes du fils à des enfants malades israéliens. Ce geste n’a malheureusement pas eu de conséquences sur la brutalité de l’armée d’occupation. Il existe aujourd’hui une fondation « Ismaël Khateeb » et la pension dans laquelle nous avons dormi a été créée à la fois par cette fondation et par une ONG italienne.

Deux camarades de la mission se sont recueillies sur la tombe d’un responsable du camp tué en 2007 lors d’une rixe entre factions rivales alors qu’il essayait de s’interposer.

Bir Zeit. Cette très belle université aux portes de Ramallah a été financée en grande partie par de riches Palestiniens vivant à l’étranger La mission s’est scindée au milieu de la rencontre avec le BNC (Comité national palestinien du BDS). Ce qui suit est écrit par le groupe qui participera au Forum Mondial de l’Éducation à Ramallah.

Nous sommes accueillis par Samia, une professeure de Bir Zeit et par les deux responsables salariés de la campagne BDS, Hind qui est Palestinienne et Michaël qui est Anglais.

Nos interlocuteurs ont été très clairs sur une question essentielle. S’il est vrai que chaque groupe national peut adapter le BDS aux conditions locales, ces camarades sont pour un boycott total : économique, politique, académique, culturel, sportif....Concevoir le boycott pour les seuls produits des colonies peut être une première étape. Mais le limiter ainsi est une double erreur : d’une part cela restreint les droits du peuple palestinien à la Cisjordanie et à Gaza en oubliant tout le reste : le droit au retour des réfugiés, les Palestiniens de 48 et l’apartheid. D’autre part, c’est privilégier une certaine gauche israélienne accrochée à la défense de l’ « Etat Juif ». C’est choisir les droits des Palestiniens à leur place.

Michaël a donné de nombreux exemples de succès remportés par la campagne BDS (retrait d’un fonds de pension norvégien, vente des parts de Véolia dans le tramway de Jérusalem..). Le boycott distingue clairement entre Juifs Israéliens et sionistes. C’est la seule réponse possible des sociétés civiles face à l’extension de la colonisation. Nos interlocuteurs ont ironisé sur le boycott initié par le Premier Ministre de l’Autorité Palestinienne Salam Al Fayyed. Ce boycott est la conséquence du succès international du BDS mais il se limite aux produits des colonies alors que massivement les Palestiniens n’achètent pas ces produits. De plus l’imbrication des deux économies et le faible montant des amendes rendent ce boycott inefficace.

Si l’histoire de l’Europe et sa responsabilité dans le massacre des Juifs rendent la solidarité plus difficile, nous devons rationaliser et argumenter face aux accusations d’antisémitisme. D’ailleurs de nombreux Juifs sont actifs dans le BDS.

Le boycott académique ne vise pas des personnes mais des institutions comme autrefois le boycott de l’Afrique du Sud. Certains universitaires israéliens favorables au BDS demandent eux-mêmes à être boycottés (voir le site « boycott from within » = boycott de l’intérieur). Michaël a déjà répercuté partout la plainte contre Stéphane Hessel et a proposé aux députés une lettre type de protestation afin de donner un impact international à ce scandale.

Jeudi 28 Octobre Ramallah, le Forum Mondial de l’Éducation

La matinée est consacrée à la préparation de nos interventions au Forum dans le cadre de l’atelier de demain organisée par IDD sur le thème éducation, immigration et développement.

A 14 heures, commence une marche à partir du centre ville menant au Palais de la Culture où se tiendra le forum. La manifestation de plusieurs milliers de personnes est « péchue », colorée, désordonnée, joyeuse et revendicative mêlant les organisations politiques palestiniennes comme le FPLP et le FPDLP aux ONG palestiniennes (notamment le PARC et des associations de femmes ou d’aide aux malades et handicapés) et européennes (France, Espagne, Italie etc...). Nous y rencontrons aussi des lycéens protestant contre la destruction de leur établissement.

Puis, au Palais de la Culture se tient la cérémonie d’ouverture du forum. Les intervenants tant palestiniens qu’internationaux ont souligné la signification politique de celui-ci : la solidarité internationale envers le peuple palestinien dans son combat contre l’occupation et la colonisation et pour la revendication de tous ses droits fondamentaux notamment de recevoir une éducation de qualité et pour tous, gage d’un avenir meilleur.

Beaucoup de femmes ont pris la parole, notamment Moema Miranda, brésilienne fondatrice des forums sociaux mondiaux . Elle a rappelé les propos de Mandela affirmant que la lutte contre l’apartheid ne sera pas achevée tant que la Palestine ne sera pas libre Mustafa Barghouthi, leader de l’Initiative Palestinienne et ancien candidat à l’élection présidentielle contre Mahmoud Abbas a eu le discours le plus marquant et le plus applaudi. Il s’est prononcé contre toute fausse paix et pour le BDS. Il a fait le lien entre les revendications de tous les Palestiniens : ceux de 48, de Cisjordanie, de Gaza, de Jérusalem et ceux qui aspirent à retourner dans leur pays

Jeudi 28 octobre, groupe 1. Nous nous réveillons à Haïfa avec une longue journée devant nous et la mer comme toile de fond ! Nous allons tout d’abord à une 1ère rencontre organisée autour du forum social mondial de l’éducation auprès de l’association Baladna for Arab youth. Cet atelier se révèle très riche en informations sur la situation des persécutions politiques en Israël. On nous parle du procès qui s’est tenu la veille pour Ameer Mahkoul et plus largement sur ce que subissent les activistes politiques arrêtés, poursuivis et emprisonnés suivant un schéma voulu et une politique de plus en plus fascisante. La défense d’Ameer a accepté la négociation avec le procureur selon les 1ers chefs d’accusation de passage d’informations a l’ennemi lors de la guerre avec le Liban. Il risquerait donc entre 7 à 10 ans de prison cela même si les enquêteurs n’ont en fait rien trouvé de concret dans plus de 3000 conversations enregistrées où les 10 ordinateurs personnels fouilles...

Sur le Forum mondial de l’éducation, lire également le compte rendu de Xavier

Une dizaine d’entre nous prend ensuite le bus direction le Néguev en début d’après midi. Nous sommes accompagnés d’une délégation canadienne et québécoise avec des professeurs et autres représentants de l’éducation populaire. Ils sont venus pour le forum comptant une cinquantaine de personnes dont la plupart sont alors à Ramallah pour l’ouverture officielle.

La politique israélienne de judaïsation du Néguev est pour nous en cause. Il s’agissait de concentrer les Bédouins dans de petites villes leur proposant des logements type HLM en récupérant leurs terres. Beaucoup ont refusé cette proposition et leurs villages n’ont alors pas été reconnus avec pour conséquence le non raccordement en eau et électricité par exemple.

Cherchant à les expulser, ils ont empoissonné les cultures et utilisé leur force pour détruire les habitations à plusieurs reprises, le but annoncé étant de récupérer les terres pour y installer un parc national forestier.

Al Araquib village symbole de la lutte des Bédouins compte entre 400 et 500 habitants aujourd’hui encore. Nous y découvrons un décor apocalyptique de village détruit apparemment sans vie avec des amas de béton, de ferrailles et d’oliviers morts et déracinés. Les Bédouins cependant après chaque destruction par les bulldozers, déplacent leurs tentes et matériel de fortune qu’ils récupèrent comme ils peuvent... L’école est à 7 ou 8 km de là et les habitants organisent un ramassage scolaire. Ils vont chercher l’eau également à 3 km chaque jour. Certains hommes ayant voulu défendre le village se retrouvent derrière un grillage avec interdiction d’accès au village sous une menace d’emprisonnement quand d’autres sont déjà emprisonnés.

Leur lutte est pacifique, ils se disent Israéliens, reconnaissent l’Etat d’Israël mais veulent simplement garder leurs terres et leur mode de vie, défendre leurs droits. Israël leur demande d’abandonner 80% du terrain avec une promesse d’indemnisation et de relogement mais cela est peine perdue dans les propos d’ Abunidal. Abunidal nous livre son histoire, son village florissant, les fêtes, le bétail, la vie avant la lutte, photos à l’appui... Il a de l’argent mais en nous montrant son titre de propriété reconnu par Israël dans les années 70, il dit qu’on ne le laissera pas acheter ailleurs de toute façon !

A la fin de la visite nous nous rassemblons à plus de 100 personnes sous un chapiteau. Les chefs du village et autres responsables nous transmettent leur joie d’accueillir des internationaux et nous remercient chaleureusement du soutien manifeste. L’ensemble des intervenants insiste sur l’importance de l’éducation à la résistance en Palestine et pour les Palestiniens de 48. Les échanges sont fraternels et percutants à la fois dans ce lieu où ce premier jour du forum prend tout son sens !

A l’heure de notre départ, nous sommes invités par un participant. Il nous accueille dans sa maison d’un village voisin pour un barbecue improvisé, lui a accepté l’indemnisation et construit une nouvelle maison mais continue de soutenir les habitants d’Al Araquib dans leur lutte. Notre mission réunissant juifs et arabes pour la justice aura marqué leur conscience et un chef du village aimerait qu’il y ait davantage de juifs israéliens à l’image de Jean Guy ! Nous promettons de témoigner, parole donnée...

Forum à Haïfa ce vendredi 29 octobre. Nous quittons notre guest house pour l’ouverture du volet Haïfa du forum. Ce n’est pas Ramallah, mais une centaine de participants ont répondu présent. Beaucoup de jeunes, souvent étudiants à l’Université. Plusieurs d’entre nous se réjouissent d’y voir des militants qu’ils ont connus dans des initiatives précédentes. Sarah retrouve Pascale, du CCFD. André interviendra à côté de Nick, dirigeant de la campagne BDS d’Ecosse dont il avait fait la connaissance dans un meeting de Montpellier contre Agrexco. Nacer revoit Annette, de l’AIC, qui avait accompagné la mission ATMF/UJFP de 2002...

Après la minute de silence pour les martyrs, Salma Wakins, de la direction de l’Union des Associations de la communauté arabe (Itijah), dédie le forum à Ameer Makhoul et développe ses enjeux. C’est Sarah qui au pied levé porte la parole de Mireille (fondation Fanon) - partie intervenir à Ramallah - dans le panel sur le rôle des intellectuels dans le contexte du colonialisme. Nous (ATMF et UJFP) assurons un atelier pour une éducation décolonisante. Nos interventions doivent se faire en arabe (pas de problème pour Aliatte) ou en anglais (pas de problème pour Michèle). Florence a bénéficié d’une préparation collective et solidaire, André de la traduction de sa correspondante bordelaise. Nous avions invité Marcello, de Tarabout, à présenter l’activité de son association à Haïfa, et Nick sur les problèmes posés par l’enseignement de l’“Holocauste".

Bref, une belle rencontre, dont on vous donnera des éléments de contenu lorsque nous reproduirons cet atelier à Bethléhem. Nous n’avons pas toujours pu suivre les autres ateliers proposés, mais heureusement une restitution aura lieu. Nous avons été récompensés au delà de nos efforts par une magnifique soirée culturelle palestinienne : textes, chant, humour, conte, oud, rap. L’un de nous tape ce compte rendu pendant que d’autres sont restés pour boire avec les artistes...

Groupe de Ramallah

Vendredi 29 octobre. Ramallah - Dheishe

Nous distribuons un appel à participer à notre atelier intitulé « Education Immigration et Développement » en insistant sur la composition judéo-arabe de notre groupe. Les ateliers se déroulent dans une école assez délabrée d’Al Bireh. Nous aurons six participants extérieurs à notre groupe soit 20 personnes en tout. En général, l’assistance aux ateliers est assez inégale.

Le débat commence par une présentation de la mission puis par deux interventions (ATMF et UJFP) sur l’histoire des discriminations en France, sur le rôle de l’école qui les amplifie et sur la solidarité avec la Palestine. IDD expose les actions menées au Maroc en particulier dans le domaine de l’éducation et la place des jeunes dans les actions de développement.

Hamouda du FMAS (Forum marocain alternative sud) s’est montré très critique vis à vis de l’abandon de l’enseignement public au Maroc. Il a parlé des actions menées pour que les Marocains vivant en Europe ne perdent pas leurs racines. Il a évoqué aussi le souvenir des Juifs marocains qui demeure vivace.

Iyad, un responsable palestinien du centre Bisan a parlé du développement de la Palestine. Il a expliqué comment certaines aides doivent être refusées notamment l’aide américaine. Il a expliqué comment les Israéliens ont escroqué les travailleurs palestiniens en ne leur payant pas les prestations sociales sous prétexte qu’ils étaient clandestins. Ces travailleurs ont été remplacés par des Asiatiques.

Notre délégation s’est ensuite dispersée dans différents ateliers. La route que nous empruntons pour aller à Dheishe est étroite, sinueuse et embouteillée. Elle évite Jérusalem interdite aux Palestiniens de Cisjordanie. C’est pour eux le seul point de passage entre le sud et le nord.

Naji nous reçoit au centre Al-phoenix appelé ainsi car il a ressuscité plusieurs fois après les destructions israéliennes. Ce centre comporte des salles informatiques, de fitness, de réunions, de fêtes et une grande cuisine. Dans le débat avec lui, Naji a eu des mots très durs sur l’Autorité Palestinienne et les accords d’Oslo. Citons quelques propos qu’il a tenus :
- Nous aimerions avoir un seul ennemi et non pas deux.
- La Palestine ne peut pas être dirigée par quelqu’un qui doit demander l’autorisation de se déplacer.
- La vraie négociation se fera en dehors de l’idéologie sioniste.

Il a décrit la complémentarité entre l’occupant et l’Autorité Palestinienne pour arrêter les suspects. Il a traité de mercenaires ceux qui s’enrichissent sous occupation. Il a révélé que les Israéliens refusent de rendre les corps des prisonniers décédés qui n’ont pas fini leur peine : les dépouilles sont congelées et conservées jusqu’à l’expiration de leur peine.

Un slam composé par Paggy, membre de la 166ème mission

Palestine mâle intestine

  • Je suis venu à la rencontre, bagage léger, bouquet un peu fané.
  • Dans mon sac pas grand chose, juste de quoi te charmer.
  • Devenu difficile, on me dit que tu ne te laissais pas approcher.
  • Dans l’avion j’étais angoissé, je ne savais plus comment t’aborder.
  • Il y a longtemps que je t’aime, mais ça aussi tu le sais
  • Tu n’as pas répondu à mes avances, ni à mes lettres mais je ne suis pas vexé
  • A tous ceux qui voulaient savoir, j’ai dit : « j’ai rencart avec la Palestine
  • Je savais que j’allais faire des envieux et enrager mes voisines.
  • A l’aéroport des yeux je t’ai cherché, comme d’hab tu t’es faite désirer.
  • Mon sourire a disparu quand j’ai vu que tu avais changé.
  • Désormais pour venir t’embrasser tu as exigé mes papiers.
  • Le monde entier te courtise pas étonnant qu’il te vienne l’envie de snober.
  • Alors j’ai fait comme tous les soupirants, pris mon mal en patience.
  • Dans la file indienne, j’ai rangé mes plumes et mon costume de prestance.
  • Quand j’ai vu que beaucoup repartaient pleins d’embarras.
  • Malheureux au jeu comme en amour, tu leur refusais ton visa.
  • Et sans savoir pourquoi tu m’as ouvert ta porte.
  • Hésitant, je suis resté sur le seuil essayant de retrouver les couleurs,
  • Les chants, les danses les odeurs tout ce qui fait tes charmes et ta saveur.
  • Au lieu de cela, le désert, le vide, ton entrée gardée par une cohorte.
  • Ta descendance est nombreuse, mais je ne suis pas jaloux.
  • J’accepte de toi tout ce que tu veux pourvu que tu me prennes pour époux.
  • Mais que s’est-il passé durant toutes ces années ?
  • Pourquoi tes enfants semblent-ils te pleurer ?
  • Il m’aura fallu parcourir des kilomètres pour comprendre ton mystère.
  • A chaque saison tu t’épuises et plus rien ne sort de ta terre.
  • Tu ne peux plus nourrir tes enfants toi la mère nourricière.
  • Des stigmates béants de tes blessures appellent la colère.
  • Ta fille Jénine me montre la terre que l’on « Gaza »
  • En Cisjordanie, j’ai vu tes rues couvertes de Dheishe.
  • J’ai cru Salem, quand il est venu me dire qu’on tue le Karem.
  • J’ai vu le Jourd’un œil nouveau, je ne suis pas si Bêt’ léem.
  • Ton fils Hébron sur ta Mère Morte Rama llah.
  • J’ai passé tous tes enfants en revue de Beer Sheva à Haïfa.
  • J’ai même questionné Galilée et Naplouse et m’ont tous certifié que l’espoir
  • semé refusait de repousser.
  • Tu es bien Pâlestine, est-ce le signe d’une tumeur maligne ?
  • J’ai laissé tomber mon bouquet, quand j’ai compris que le cancer était ton signe.
  • Qu’as-tu fait des champs d’orangers, de tes plantations
  • d’oliviers, de tout ce qui faisait ta renommée ?
  • Palestine te voilà bien vielle et métastasée.
  • Les prétendants que j’ai vus étaient-ils venus te commémorer ?
  • T’aurait-on déjà vivante enterrée ?
  • Ma Palestine je te suis revenu et veux croire qu’entre nous tout n’est pas perdu.
  • Même si on t’a détroussé de toutes tes plus belles vertus.
  • Dois-je en conclure que tu m’as reconnu ?
  • Tes enfants s’impatientent dans tes rues,
  • n’attendent que ton signal pour remettre les bœufs et les charrues.
  • Sillonner ta terre pour que germent enfin les pousses d’un nouveau salut.
  • Palestine veut-tu être ma concubine ?
  • Ensemble nous arrêterons de faire couler l’hémoglobine.

Paguy

Bethléhem. Le forum mondial se déroule à l’université de Bethléhem. Les 2 groupes de la mission se réunifient. L’organisation du forum est un peu confuse. Plusieurs ateliers sont annulés ou transformés. Nous assistons à la plénière sur "globalisation et éducation" avec parmi les intervenantes Mireille Mendes France (Fondation Franz Fanon et UJFP). Nous refaisons notre atelier sur l’immigration avec comme intervenant Naji, le directeur d’Al Phoenix. Il explique l’énorme importance de l’éducation pour les Palestiniens. Le niveau d’études à Deisheh est en moyenne supérieure à celui de Jérusalem ouest. Les Palestiniens, même très pauvres dépensent parfois des sommes énormes pour envoyer leurs enfants étudier à l’étranger. Même si, après le diplôme il n’y a pas de travail. Naji a montré comment dans les camps, les habitants ont dû palier aux insuffisances de l’Unrwa en matière d’éducation. Nous assistons à un atelier de l’AIC mené par Mikado sur la centralité de la guerre israelo-palestinienne.

La mission est finie. Le gros du groupe participe à une très belle fête collective à Bethléhem organisée par le forum.

Dimanche 31 octobre. 22 personnes ont dormi à Deisheh. Nous y rencontrons une camarade Françoise expulsée d’Israël, il y a 3 ans et qui a pu rentrer après 7 h d’attente.

Sur la route de Jérusalem, un check point nous oblige à rebrousser chemin. Pour nous, ce sont quelques minutes de perdues. Pour les Palestiniens, c’est le quotidien. A notre arrivée, nous apprenons que 3 d’entre nous partis la veille au soir ont été retenus plus de 3 heures à l’aéroport avec fouille au corps...






Prenez le relais des 161 missions CCIPPP en Palestine !

publié le lundi 24 mai 2010.


- du 11 au 23 juillet, 
- du 25 juillet au 6 août, 
- du 8 au 20 août.

Vous aussi, partez Palestine !

Pour lire notre charte d’engagement, cliquez ici

Pour vous inscrire, cliquez ici


Appel à mission

La CCIPPP organise trois missions cet été et en prévoit 4 pour cet automne.

Pour lire notre charte d’engagement

Pour s’inscrire

Face à la situation en Palestine, il y a urgence !

La réalité en Palestine ou dans ce qu’il en reste est d’une gravité sans précédent, mais là encore ce constat est relatif car l’histoire nous a montré que le pire est souvent à venir.

La Palestine d’aujourd’hui, c’est un territoire emprisonné et morcelé par le mur, avec 450 000 colons israéliens, à Jérusalem- Est et en Cisjordanie, des colonies toujours plus nombreuses plus étendues plus sophistiquées, plus ancrées dans la terre. C’est depuis maintenant depuis début décembre, une bande de Gaza bombardée par les airs, par la mer, puis envahie par les chars israéliens. Dans ce territoire étroit, c’est plus d’1,5 millions d’habitants affamés par le blocus imposé par les forces d’occupation israéliennes, n’ayant aucun refuge puisque même les bâtiments de l’ONU n’échappent pas aux tirs aveugles et criminels de l’armée. Ce sont plus de dix milles prisonniers politiques, dont une centaine de femmes. C’est une société civile dont les militants associatifs sont régulièrement soumis aux arrestations arbitraires et à la prison. La Palestine c’est aussi un Mur de plus de 600 kilomètres de long, qui confisque des terres et des ressources, qui encercle villes et villages, soumettant les paysans, travailleurs, familles, à une « vie en cage ».

C’est une patrie privée de plus de la moitié de sa population qui vit un exil forcé depuis plus de soixante ans et reléguée aux oubliettes de l’histoire ou au mieux servant de monnaie d’échange. Mais, la Palestine c’est aussi un rêve, une population qui vit et a envie de vivre, une population qui résiste.

Devant la forfaiture des institutions internationales et leur complicité, il est nécessaire que les citoyens du Monde exercent leur responsabilité et multiplient les initiatives de soutien à la lutte et à la résistance du peuple palestinien pour sa survie et ses droits.

C’est à cet effet que la Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP) organise des missions civiles. Depuis juin 2001, date de sa création, la CCIPPP a envoyé 161 missions civiles. Des milliers de citoyens et de citoyennes, de toute origine, région, âge et conditions sociales, d’appartenances politiques, syndicales, ou associatives diverses, sont déjà partis en missions. Cette forme d’action contribue à briser l’isolement du peuple palestinien et permet de témoigner de ses conditions de vie sous la colonisation israélienne.

La CCIPPP appellera à participer cet automne à deux missions « cueillette des olives » et à deux missions spécialisées traitant des questions d’éducation. Les dates seront publiées ultérieurement.

En quoi consistent ces missions ?

Les Internationaux tissent des liens avec la population ; rencontrent des militants palestiniens et anticolonialistes israéliens pour échanger et élaborer ensemble des moyens de lutte ; interviennent sur place, dans le cadre d’actions de protection du peuple palestinien telles que la cueillette des olives, d’interventions sur les check-points pour faciliter les passages des palestiniens, de manifestation et actions de résistance non-violentes…

Pour lire notre charte d’engagement

Pour s’inscrire

Et, bien sur, consultez les récits des missions précédentes en colonne centrale de notre site

Rappel des dates de mission de l’été : 
- du 11 au 23 juillet, 
- du 25 juillet au 6 août, 
- du 8 au 20 août (cette mission coïncide avec le mois de Ramadhan).



La 161ème mission civile en Palestine du 13 au 24 avril 2010

publié le lundi 19 avril 2010.

Elle raconte Sheikh Jarrah, Jérusalem, Bethléhem, Hebron, Al Masara, sa rencontre avec des familles expulsées, sa participation aux manifestations contre le mur et en soutien aux bergers empêchés par l’armée et les colons de faire paitre leurs troupeaux... son arrivée à Bil’in pour la 5ème conférence internationale de la résistance populaire -dont le compte rendu suivra-.

Aujourd’hui mercredi 14 avril, nous avons passé la journée sur Jérusalem. Le matin pour une visite alternative de la vieille ville et l’après midi dans un quartier de la périphérie proche Sheikh Jarrah où des familles vivent dans la rue expulsées les unes après les autres par la police israélienne pour loger des colons dans leur maison, sous leur nez, et cela a commencé il y a un certain temps.

Ce qui ressort massivement de la rencontre avec les personnes palestiniennes aujourd’hui, c’est leur dignité, leur détermination dans la résistance et la qualité de leur présence et de leur réflexion. Et je n’ai pas envie de dire malgré ce qui leur arrive car il y a sans aucun doute une responsabilité de tous à cette situation ou au nom d une loi qui serait celle de Dieu, on accepte que des hommes en chassent et en anéantissent d’autres pour exister. « Tant qu’il y aura l’occupation rien n’est possible ni discutable », « tant que des hommes occupent ma ville, ils ne peuvent pas être mes amis ». Ce sont deux réflexions, l’une d’une jeune femme israélienne faisant partie du groupe Les anarchistes contre le mur, l’autre de l’homme palestinien qui nous a minutieusement expliqué et montré le mitage de la vieille ville de Jérusalem effectué par les Israéliens jour après jour, expulsion après expulsion, destruction après destruction, fermeture après fermeture.... la liste est trop longue des faits, actes et fausses raisons. De toutes façons, ils n’en ont pas besoin de raison puisque « ce sont les ordres de dieu..... paroles de colons ». Mais un jour leur corps rejoindra l’esprit, qui est resté dans leur maison parole de Palestinien... et là, l’espoir qui continue d’habiter tous ces jeunes israéliens rencontrés ce soir lors d’un repas pris dans la rue tous ensemble avec les familles expulsées sous le nez des colons curieux aura raison du cynisme et de la lâcheté humaine.

Brigitte

Aujourd’hui visite alternative de Jérusalem avec Yacob. C’est assez déroutant de visiter une ville en faisant le tour des lieux où ont été expulsés les habitants... c’est encore plus déroutant d’écouter Yacob nous présenter le mitage progressif de la ville par les Israéliens, l’injustice des expulsions, l’impossibilité pour les Palestiniens de construire, la prise de conscience de l’application froide de la loi du plus fort... au milieu de ces flots de touristes qui viennent se faire prendre en photos avec les policiers ou l’armée présente dans ces ruelles. On comprend vite les stratégies israéliennes, dans chaque quartier, on installe des groupes de maisons pour occuper l’espace quel que soit le quartier, puis on étale les drapeaux pour rappeler sa présence .

On se retrouve un moment devant ce qui fut un centre d’aide aux femmes et aux enfants le health commuty union. Ce centre de prévention palestinien a été fermé le 5 septembre 2005 et rappelle la volonté israélienne de changer Jérusalem en ville juive pour juifs... Yacob avance et raconte presque à chaque fois les mêmes histoires d’expulsions, de destructions, de présence massive d’Israéliens dans les quartiers Est de la ville. Quand on prend conscience à chaque fois de la situation et du calme avec lequel il conte tout ça, il nous montre la cicatrice qui traverse son crâne et ses doigts et ironise sur la « démocratie israélienne ». En effet 4 fois condamné à la prison à vie et libéré après 17 ans de prison dans le cadre d’échange de prisonniers, Yacob nous rappelle à quel point la loi du plus fort est présente dans chaque ruelle et maison de cette ville.

A peine sortis de cette visite, nous voila à Sheikh Jarrah pour rencontrer les familles expulséesde leurs maisons depuis 18 mois pour certaines et 9 pour d’autres. Nous voila à écouter comment en quelques secondes et sans aucun avis, ces familles se sont retrouvées dehors à loger chez des amis, dans différentes familles et comment la solidarité est mise en place pour occuper un espace dans cette ruelle où les colons ont tout investi.

Nous rencontrons Nasser figure médiatisée de la lutte de ces habitants. Il nous raconte comment depuis ce jour où à 5 heures du matin, ils se sont retrouvés en pyjama dans le rue face à ce qui était leur maison. Depuis ce jour, il est présent là pour rappeler qu’elle est à lui cette maison construite par l’ONU. Il a essayé de parler régulièrement avec ces colons pour savoir ce qu’ils ressentaient de le savoir exclu avec sa famille de sa propre maison. Comment, ils pouvaient vivre avec cette conscience ? Une fois, il réussira à obtenir une réponse de ceux qui logent chez lui : « ils ne sont pas responsables de cette situation car c’est dieu qui les a installés là... ». La situation me semble incompréhensible. Les colons vont et viennent face à cette famille avec les enfants condamnés à vivre dans la rue. Nasser nous explique comment après avoir défendu 3 jeunes femmes suédoises agressées par des colons dans le quartier, il a été arrête et a dû payer 300 shkels. Le témoignage des femmes n’y faisant rien, il a été condamné à ne pas venir dans le quartier pendant une semaine. Sa peine pour défendre des personnes agressées, venait de prendre fin la veille. On a beau voir, savoir c’est étrange d’être là dans ce quartier face à l’absurdité de la situation... Les colons ont pris place dans ces maisons et circulent aisément au milieu des familles toujours présentes. Le soir un grand repas est organisé dans la rue réunissant Palestiniens, internationaux et anarchistes israéliens contre le mur ... scène de fraternité face aux colons qui eux mêmes viennent rappeler que c’est eux qui occupent ces maisons. On mange, on parle face aux colons qui circulent encore et toujours au milieu du rassemblement. Ca semble tellement injuste et incompréhensible. Comment peuvent-ils être là à sourire en étant conscients de ce qu’ils font subir à ces familles... du fanatisme peut permettre d’oublier qu’en face ce sont des êtres humains qui résistent. On a beau en parler, essayer de comprendre... c’est juste une pure injustice qui nous est présentée encore une fois. Nasser finit simplement en souriant, nous disant que finalement ces colons n’ont fait qu’expulser le corps de cette maison, l’esprit de Nasser et de sa famille reste dans la maison et il est convaincu qu’un jour les 2 se rejoindront.

Silviana

Je me lance après trois jours passés entre Bethlehem, Hebron, Al Masara et la vallée du Jourdain avec un passage par Ramallah et une base d’hébergement dans les familles du village d’Al Masara.

Se déplacer en Palestine, aller d’un endroit à une autre relève de l’exploit ou plutôt d’une course d’obstacles. Nous l’avons expérimenté hier matin entre Jérusalem et Bethlehem puis Hébron. Cela donne la mesure du quotidien des Palestiniens pour aller d’un endroit à un autre, simplement se déplacer sur leur terre... nous avions heureusement les contacts et les partenaires de la CCIPPP qui nous organisent et nous facilitent nos trajets, mais à l’heure des trajets mondialisés des gens et des marchandises, ces passages permanents de check point, ces tourelles d’observation partout, cette omniprésence des militaires sur la route, dans les rues et sur les toits relève d’un enfermement organisé, d’une occupation décidée et déterminée du peuple palestinien par Israël.

Des femmes de tous âges rassemblées devant un dispensaire à Bethlehem avec chacune, une ou plusieurs photos encadrées d’hommes, frères, maris, enfants, tous prisonniers enfermés dans les geôles israéliennes. Ils sont 9 000 dans le pays. Elles étaient le cœur de la manifestation au centre de la ville vers l’église de la Nativité pour exiger leur libération.

Des voix éraillées mais vivantes et vivaces avec ou sans mégaphone pour dire leur colère et leur détermination. La famille palestinienne qui nous hébergera le soir à Al Masara, avec tant d’attentions et de tendresse, nous dira dans la nuit étoilée de la rue centrale du village dominant les lumières de Jérusalem : le peuple palestinien aime la vie.

Dans Hébron, il y a deux villes, une qui regorge d’animation et de vie et une autre où les gens sont entre soi, les colonies bordées par des rues vidées de leur commerces et de leur habitants chassés par les Israéliens ; on y rentre par des check points, et les miradors qui les dominent seraient la pour rassurer qui ? Ces bordures, cette question centrale des frontières explose littéralement car dans la vieille ville les palestiniens ont du mettre du grillage au dessus des ruelles pour résister et empêcher les ordures jetées par les colons de les ensevelir. Echoppes verrouillées, ruelles désaffectées, ce sont les murs de protection pour les colons dans Hébron. On finit par se demander quelle construction mentale peut permettre à des humains d’habiter dans des zones protégées pareillement du monde et d’une vie qui serait simplement quotidienne. Vivre en autarcie dans des camps la plupart électrifié c’est sans doute cela la colonisation psychique et le sens profond de tout ce mouvement qui s’amplifie de jour en jour qui gagne du terrain videra la Palestine de tous les Palestiniens au mépris du droit international mais également du respect de soi même. Dans une partie H2 d’Hébron les dernières maisons palestiniennes qui résistent sont étouffées par les colons et l’armée qui peut s’installer sur un toit, dans un jardin sur simple décision militaire, encerclées et réduites à des cages qu’on ne peut réhabiliter ou entretenir comment continuer à résister ?? Et pourtant, il existe des centres culturels qui fonctionnent, qui accueillent et qui organisent une vie plus réjouissante et intéressante pour les gens de ces quartiers assiégés.

Un petit déjeuner palestinien, c’est l’image d’une civilisation profondément ancrée par ses racines dans l’histoire de son peuple et de sa terre ; un morceau de galette de pain trempé dans l’huile d’olive et le zaatar (mélange d’herbes) pour avoir de l’énergie et un esprit clair, un thé à la menthe et du houmous à déguster avec quelques olives.

La rencontre ensuite de différents internationaux, Italiens, Suédois, Allemands pour préparer la manifestation hebdomadaire contre la trace future du mur à Al Masara. Apprendre que cette nuit encore des soldats israéliens ont tourné autour des maisons du village par mesure d’intimidation... La démonstration sera animée par la fanfare d’une école et nous progresserons lentement et calmement vers les barbelés derrière lesquels se range l’armée qui cette fois ci bombardera les manifestant uniquement avec des appareils photos... il y avait des années que je n avais plus crié de slogans dans des manifestations : « Palestine libre », « Non à l’occupation ». A la fin une remise symbolique de médailles aux familles ayant un prisonnier.

En haut d’une colline, au dessus de Bethlehem, il y avait de l’eau et des Palestiniens y avaient construit leurs maisons mais après il y a eu la construction du mur et il y a trois jours l’armée est venue avec un bulldozer pour détruire deux maisons malgré le document de la haute cour suprême d’Israël décrétant cette démolition illégale.... L’armée, un Etat dans l’Etat et maintenant un frigo, des canapés et deux familles dominent Bethlehem en plein air... Nous enverrons les photos.

Tout est pour les Israéliens, même la pluie. Au sud d’Hébron, près de la colonie de Maoun, près de Yatta, les bergers n’ont pas le droit de laisser leurs troupeaux manger sur les terres qui leur appartiennent. De façon aléatoire l’armée décide des terrains qui deviennent zones militaires closes donc interdites. Tous les samedis les militants israéliens de Taayoush (vivre ensemble) organisent une action au même endroit pour permettre aux bergers de laisser paitre leurs troupeaux le plus longtemps possible, tant les pâturages sont rares et précieux. C’est aussi une façon d’empêcher l’armée de gagner du terrain et ce samedi nous l’avons aussi occupé pour permettre à une autre action de se dérouler ailleurs... Une espèce de jeu pas très drôle contre la loi du plus fort, la bataille du quotidien contre l’aléatoire de l’occupation qui gagne sans cesse du terrain pour chasser la vie et asphyxier un peuple. Aujourd’hui trois inculpations pour agression contre l’armée et 7 arrestations pour refus de quitter une zone militaire c’est le quotidien du combat de Taayoush.

Settlement - les colonies, ce n’est pas vivre ensemble, c’est vivre enfermés dans des petits chalets ou des maisons électrifiées avec des gens qui te ressemblent protégés de l’autre et comme nous le disait un militant à Ramallah aujourd hui, où que tu portes le regard par la fenêtre des maisons ou des voitures tu en vois partout... de loin comme de près, « légales » et « illégales », elles gangrènent la terre de Palestine. Assez pour ce soir, sans doute des redites... mais il ya un moment ou les mots ne sont plus à la hauteur et simplement être témoins, journalistes comme nous la demandés Taayoush ne suffit pas il faut élaborer et c’est un autre travail...

Brigitte

Nous sommes partis pour 4 jours en Cisjordanie... On commence notre périple par une manifestation de soutien aux prisonniers à Bethlehem où on rencontre Mahmoud le maire de Al Masara qui nous accueillera dans son village pendant ces quelques jours. La manifestation est animée par les slogans des femmes, mères, sœurs... qui exposent les photos de leurs proches emprisonnés. Cette manifestation nous permet de rencontrer les premiers autres internationaux présents en Palestine. Je parle avec une Allemande en lui disant que nous partons pour Hébron ... elle me regarde et me dit que cette ville est violente dans sa démonstration de l’apartheid...

Une fois arrivés là bas -15 avril-, tout ces mots prennent un sens... nous visitons la ville divisée en 2 partie : Hébron 1 sous autorité palestinienne (nous verrons vite à quel point c’est un leurre ) et Hébron 2 sous l’autorité israélienne (la c’est plus qu’un fait..). Nous passons les différents checks points de la ville et ses injustices répétées... Notre guide veut nous montrer la mosquée d’Abraham le lieu du massacre de 1994 où 29 Palestiniens furent tués lors de la prière. Pour rejoindre ce lieu de culte il nous faut passer 2 cheks points de haute technologie en moins de 20 mètres. A chaque check point, il faut que les hommes palestiniens retirent leur ceinture vident leur poche... Sur le second Check point, notre guide devra lever son pull montrer ses chaussettes... il nous affirme que notre présence fait qu’aujourd’hui il n’a pas eu de problème. On est là, devant cette injustice, face à ces obligations humiliantes, à regarder le peuple palestinien se plier à ces lois inhumaines, à rejoindre notre guide habitué à la situation. La visite s’arrête vite et nous rentrons sur Al Masara.

Le lendemain -16 avril-, on part à une manifestation à Al Masara contre le mur, toujours contre le mur qui ne cesse de s’agrandir. On continue la journée à découvrir des situations toujours aussi injustes, cette fois c’est une maison qui vient d’être détruite (les habitants avaient refusé la proposition financière de l’armée pour quitter les lieux en croyant à leur droit). Ils avaient le droit d’y croire même la cour suprême s’était opposée à la destruction mais c’était ignorer la détermination aveugle de l’armée israélienne qui allait passer outre ce papier. La famille s’est retrouvée dehors sans rien mais refuse toujours de quitter les lieux et loge désormais dans une petite tente à côté des décombres. On quitte de nouveau les lieux en essayant de prendre la mesure de tout ce que l’on voit.... ça semble impossible. Tellement impossible qu’on éprouve le besoin d’en parler d’essayer de comprendre tout cela.

On finit la journée avec une rapide visite du camp d’Aida qui nous rappelle une fois de plus la douloureuse situation du peuple palestinien qui affiche à l’entrée du camp qu’ils ne sont pas à vendre et qu’ils rentreront chez eux. Le mur qui les encercle est recouvert de fresques parlant de paix, rappelant l’histoire de la Palestine et mettant surtout en exergue l’aspect le plus frappant dans ce conflit, l’espoir du peuple palestinien de voir un jour régner la justice et de rentrer chez eux. On rentre au village en se disant qu’on a beau savoir, l’avoir lu des milliers de fois, avoir été profondément et sincèrement bouleversé par la situation quand on était en France... on ne peut imaginer ce qu’est vivre au final dans cette situation face à la division des hommes, la ségrégation, l’humiliation quotidienne, le vol progressif de sa terre, la destruction de sa maison, de sa vie, ses proches en prison pour avoir défendu ce qui était à eux, le mur toujours le mur, les check points qui semblent se démultiplier en somme vivre et subir l’apartheid.

On retourne une nouvelle fois au village (Al Masara) et nous parlons avec nos hôtes. Je voulais comprendre comment on arrive encore à proposer encore une résistance pacifiste face à cette situation. Mahmoud nous dira simplement qu’il croit en ses droits, il sait que la lutte de ce peuple est juste et que la justice israélienne n’est pas la sienne. Un jour la justice internationale leur donnera raison.

Le lendemain -17 avril-, c’est une rencontre avec l’association Taayoush qui signifie vivre ensemble (israéliens contre le mur) qui nous fera voir une situation difficilement qualifiable dans les collines du sud Hébron près de la colonie de Maoun. Yudas, un membre de l’association nous explique brièvement la situation.

Les bergers sont depuis 3 semaines régulièrement interdits d’accès à un lieu de pacage qui leur est pourtant autorisé. L’association a pour but d’aller sur ces lieux et de retarder au maximum l’arrivée de l’armée pour permettre aux moutons de paître le maximum sur ces terres. Il y a 3 ans, l’association avait réussi a rouvrir l’accès à ces terres pour les bergers palestiniens (après un rude combat judiciaire) mais depuis 3 semaines la situation s’est nettement détériorée. Nous arrivons sur les lieux et on nous annonce qu’il faudra être très rapide. Ces premières recommandations n’ont pas vraiment de sens au début. Elles en auront très vite. L’armée nous suit de près dans cette action et à peine nous rejoignons le troupeau de brebis en courant que l’armée arrive sur les lieux et effraie les animaux et les bergers tous jeunes (8-10 ans). Pendant 1 heure les Israéliens de l’association essaieront de retarder au maximum ces soldats en les bloquant physiquement. L’action n’aura pas réussi aujourd’hui... les troupeau ont fui et Taayoush n’aura pas réussi à obtenir les papiers justifiant ces interdits (juste de nouvelles cartes arriveront pour expliquer que nous nous trouvons dans une zone nouvellement militaire).

Au final comme chaque samedi les militants se feront arrêter : 3 pour agressions sur militaire et presque la totalité restante pour présence illégale dans un lieu militaire (nous saurons alors que les cartes et les frontières évoluent et sont modifiées chaque semaine par le colonel de l’armée). Youdas nous explique rapidement que ces arrestations sont régulières et que cette situation est propre à un régime dictatorial car ce qui définît ce type de régime c’est l’aspect aléatoire. Les militants sont étrangement habitués à ces situations d’arrestation, ils auront 24h de garde à vue maximum (durée qui s’élève à 72h pour un Palestinien )et pas d’amende. Youdas nous avait montré les colonies autour de Yatta en rappelant l’idée fondatrice du principe des colonies : un lieu clos pour vivre qu’entre semblable et insistait sur le lavage de cerveau qui s’opérait dès la naissance sur chaque Israélien. Le but de l’association Taayoush est aussi de soutenir les Israéliens pour la paix et contre le mur car si ces résistants disparaissaient ce serait la catastrophe pour le peuple palestinien. Yudas nous rappelle notamment que Taayoush milite pour un état israélien et non juif.

Nous continuons la journée en visitant le village de Suszia déplacé de 40 km en 1948. L’armée déclarera dans les années 80 la nouvelle zone d’installation zone archéologique empêchant alors à ce village toute construction. L’armée les laisse ainsi s’installer sans avoir la possibilité de construire, ils vivent alors sous des tentes sans accès à l’eau et à l’électricité... Parallèlement les colonies s’étendent partout autour de ce village. Comment supporter cette situation ?

Pour finir la journée nous repartons sur Hébron peut être là où l’apartheid est le plus visible... Nous retrouvons notre guide qui nous rappelle comment petit, il avait accès à tout les lieux de la ville et comment il est désormais condamné à les regarder de loin... il lui est interdit de se déplacer dans son pays. Il voulait qu’on comprenne la différence entre les deux zones d’Hébron. La partie 1 sous autorité palestinienne pleine de vie, ou fourmille les palestiniens en pleine activité et la zone 2 ou les Palestiniens ne peuvent pas circuler en voiture et ou chaque déplacement est surveillé. On a beau filmer, échanger avec ces familles, on se sent toujours impuissant devant cette situation.

Silviana

Sheik Jara, des familles, dehors, vivent à même le sol ou même dans des voitures, cela m’a choqué ! Mais la solidarité des autres citoyens et militants était présente. L’arrogance des colons sans peine à voir ces gens vivre dans la souffrance était vraiment scandaleuse (14 avril).

Hebron, ce qui est choquant dans cette ville, c’est de voir des Palestiniens barricadés et sans défense face aux agressions des colons, voir une maison palestinienne harcelée par les Israéliens qui ont installé un bunker sur leur toit et qui veulent les chasser (15 avril).

Bachir

Nous arrivons à Bethlehem. Traversée de la grande rue et on arrive sur la grande place. D’un coté une grande Mosquée et de l’autre, la Basilique de la Nativité. On retrouve le Maire d’ Al Massara Mahmoud. Nous participons à une manifestation demandant la libération de prisonniers palestiniens. Dans le cortège, les hommes sont en tête avec des banderoles. Derrière, les femmes, beaucoup d’entre elles brandissent un portrait représentant un mari ou un fils ou ...emprisonnés. Très émouvant !

A Hébron, l’après midi, nous retrouvons notre guide B., représentant de Youngs against settlements (les jeunes contre les colonies). Hébron est la ville la plus peuplée de Cisjordanie, la seconde après Jérusalem selon lui. Cette ville est partagée en deux entités Hébron 1 (H1) et Hébron 2 (H2).

- H1 est sous autorité palestinienne, avec les limites que l’on connaît. Ville animée, de grandes avenues, de beaux magasins, beaucoup d’immeubles. B. nous montre un immeuble avec des impacts de balles. Il appartenait à des professions libérales qui ont du quitter les lieux.

- H2 est sous autorité israélienne. Elle est composée de la vieille ville entourée de nombreuses colonies. Nous passons par un check point, premier contact avec les soldats israéliens qui nous demandent si l’on est chrétiens ou musulmans ! La vieille ville a beaucoup de charme avec ses ruelles étroites ses passages sous des voûtes... Les filles se transforment en moinillons car elles ont dû enfiler une robe de bure imposée pour la visite du Tombeau des patriarches. Ce tombeau est le prétexte de l’occupation de cette zone par les Israéliens. Il a été le siège d’un massacre de musulmans en prière en 1994. Aujourd’hui il est séparé deux espaces, l’un musulman, l’autre juif, mais tous deux maîtrisés de manière militaire.

Ensuite, on arrive dans une zone très différente et difficile, où les colonies sont comme des énormes verrues qui pénètrent en territoire palestinien : le drapeau israélien flotte sur des maisons annexées, pour ne pas dire volées ; les fenêtres ont été grillagées pour les protéger des pierres lancées par les colons ; les rues sont désertées et la plupart des commerces ont dû fermer. Dans un secteur, les commerces de joaillerie ont tous été condamnés par les Israéliens. On peut voir les portes cadenassées. Des rues ont été grillagées. Sur ce grillage, on trouve des contenus de poubelles, des pierres...jetées par des colons agressifs qui habitent les maisons surplombant ces rues. Comment continuer à vivre dans ces conditions inimaginables ?

Catherine

Une petite pause dans l’organisation me donne l’occasion de reprendre après la nuit, elles sont courtes d’ailleurs, mais permettent aux images et aux perceptions de revenir et de s’élaborer comme une digestion nécessaire...

Cela a été difficile de quitter la Cisjordanie hier et de revenir sur Jérusalem. Il y avait comme une ambiance protectrice et douce dans les territoires palestiniens : est-ce la nécessaire solidarité, la nécessite d’ouverture au reste du monde qui provoque cette chaleur, cet accueil dans le si peu avec tant. En même temps je me dis que cela renvoie à la notion du communautarisme et pourtant dans l’avion l’ambiance ressentie entourée de familles juives pratiquantes était totalement différente ; je me sentais exclue ou plutôt nos planètes n’étaient pas les mêmes et eux ne se regardaient qu’entre eux, c’est ce qui me revient.

L’émotion m’a débordée hier matin en quittant notre famille à Al Masara. Ce sont les femmes les plus courageuses dans ces situations extrêmes, c’est avec elles que j’aimerais construire des projets, on a d’ailleurs commencé à en parler la veille du départ.

La vallée du Jourdain, le désert d’un côté pour les Palestiniens et des terres florissantes de l’autre pour les kibboutz et les colonies. Voila, c’est comme ça, on ne peut pas s’arrêter sur la route qui borde la séparation des deux entre six heures du matin et six heures du soir. D’ailleurs les fils barbelés et les grilles tout le long, ne nous y invitent pas. Parler d’Agrexco a été difficile. Notre guide nous a dit que nous ne pouvions pas y entrer que c’était fermé, qu’on ne savait pas ce qui s’y passait comme un blocus tout en sachant que c’est l’entreprise qui domine le marché là bas. Mais nous avons été accueillies dans la seule entreprise palestinienne de conditionnement de tomates à l’export qui perd de façon aléatoire dans les multiples obstacles imposés par les Israéliens 20 à 25 pour cent de sa production....les différents détails des embûches qu’ils rencontrent relèvent d’un parcours kafkaïen, difficile à imaginer, donc à l’ère de la concurrence.....

Brigitte

Un nouveau comité de résistance populaire

Nous avons à nouveau rencontré aujourd’hui des Palestiniens résistant à l’invasion de leur territoire, leurs maisons, leur histoire, leur vies, contraste encore saisissant avec la proximité de sites archéologiques, aux pieds de la tombe de David et du cimetière juif.

Dans le quartier de Silwan, à Al Bustan, à 10 mn à pied du centre de Jérusalem, nous sommes encore une fois révoltés par les contrôles d’identité pratiques par les soldats israéliens.

Nous sommes pourtant en territoire palestinien !!! Des adolescents nous montrent leur quartier, populaire et enclave entre 2 avenues, parcourant des ruelles entre des maisons. Le secteur est vert, parsemé d’arbres et de fleurs malgré la forte densité des constructions. Nous arrivons à un terrain de sport au centre du quartier, entouré d’un grillage et de fils barbelés, ou une vingtaine d’enfants jouent au foot. Nos échanges mélangeant arabo franco-anglais nous permettent de comprendre que c’est pour se protéger des Israéliens qui viennent les ennuyer régulièrement. Le terrain est longé par un autre grillage, avec un passage ressemblant à un couloir de prison. De l’autre côté une maison détruite par les Israéliens. Nous apprenons plus tard que c’est la 9ème maison détruite dans le quartier depuis 6 ans, malgré plusieurs années de procédures judiciaire et de pression internationale.

Nous nous rendons dans une tente, lieu de rencontre pour les résistants du quartier et leurs soutiens internationaux. M. nous explique qu’un programme est prévu pour construire un espace vert accolé à la cité de David. Résultat pour les Palestiniens : l’ensemble du quartier d’Al Bustan va être décimé, avec la destruction programmée de 86 maisons, de l’école construite, du terrain de foot et toute la population déplacée et des vies brisées.

Pour aller où ? C’est encore la même réponse des habitants rencontrés : « nous sommes nés ici, nous resterons ici et nous reconstruirons les maisons que les Israéliens détruisent progressivement. Mon père, mon grand père et depuis 7 générations ma famille est ici et mon peuple depuis 7000 ans ! Mais que peut-on faire ? Partir de chez nous ? Mais nous sommes chez nous. On nous fait la guerre alors que nous voulons simplement vivre en paix ». M. est fatigué d’être considéré comme un terroriste, eux qui ont toujours vécu en paix avec les autres religions. Il nous montre l’acte de propriété de sa maison. Il vient de recevoir un avis de destruction des autorités mais aucun nom n’est mentionné dessus, alors que sa famille possède le terrain depuis si longtemps. Il explique qu’il lui faudra payer pour que son nom figure sur le document... Payer pour avoir un avis de destruction de sa maison à son nom... le comble ! C’est encore la négation de leurs droits, de leur présence sur un territoire convoité et volé par les Israéliens. La carte qu’il nous montre représente leurs maisons par des numéros « je ne suis pas un numéro » et il nous cite ses 9 noms comme héritage de son histoire.

Mais la résistance est présente ici comme à Sheik Jarah, Al Mass ara, Hébron, ... Les Israéliens viennent détruire les maisons mais les Palestiniens resterons ici, et reconstruirons un toit dans les ruines, malgré la pression incessante des forces armées et des colons. Il nous montre les colonies et lieux d’habitation israéliens grignotant progressivement leur quartier. Son fils de 9 ans a été arrêté dernièrement deux fois : les policiers sont venus le chercher dans sa maison une nuit et une autre fois dans la rue. Il a subi deux interrogatoires, durant 9 heures et 3 heures la seconde fois. Les lois internationales sont bafouées une nouvelle fois.

Il nous parle du soutien essentiel pour eux des internationaux et de l’inquiétude de voir des Anglais, des Allemands, Italiens et Français expulsés dernièrement du territoire palestinien pour les avoir soutenus. Le comité de résistance populaire de Silwan sera présent a Bil’in cette semaine pour la conférence internationale, avec les représentants des autres comités de résistance des autres territoires. Pendant la conférence, des délégations viendront dans plusieurs sites, comme dans son quartier, constater l’occupation progressive des colons sur les territoires palestiniens. M. restera ici, veillant sur sa maison menacée et celle des habitants de son quartier.

Valérie

La 161ème mission civile participe à la 5ème conférence internationale de la résistance populaire

Inauguration BLINDEE de la 5ème conférence internationale pour la paix à Bil in.

Mercredi 21 avril. Alors que les premières délégations internationales ont été accueillies dans les familles de Bi’in hier soir, le village a été envahi vers 4h du matin par 5 voitures blindées, avec environ une quinzaine de soldats israéliens.

Ils se sont rendus chez un habitant, fouillant partout sans ménagement et violentant la famille du jeune de 16 ans qu’ils souhaitaient arrêter. Quelques membres de la presse et des français présents sont allés à la rencontre de ces soldats muets armés jusqu’aux dents et les ont interpellés : « Que se passe-t-il ? Que faites vous là ? ». « Nous avons tous des droits ? ». Qu’est ce que vous ressentiriez si votre enfant se faisait arrêter en pleine nuit ? ». Restent muets avec leurs armes et leurs éclairages dans nos yeux.

Nous restons impuissants face à cette provocation la veille d’une rencontre regroupant les comités populaires de lutte et les institutions officielles. Sommes-nous vraiment en Palestine ?

Ce genre de manifestation de force est hélas très courante à Bil in en ce moment. Ce matin Mohamet, un représentant pour la paix inaugurera en parlant de son frère, Abdullah, qu’ils sont venus le chercher une nuit dans les mêmes conditions. Il est en prison depuis plus de 2 mois pour délit politique.

Ici les habitants résistent depuis de nombreuses années. Le 17 avril 2009 un manifestant décède dans une manifestation. Le village pointe ce triste anniversaire avec nous.

Nous allons écouter les comités populaires. Les officiels et la présence internationale n ‘empêche pas l’omniprésence des Israéliens tout autour du village.

Valérie

Nuit du 20 au 21 avril, on s’était couché tard comme tous les soirs, parler, parler, parler. Et pour une fois nous étions les 4 filles dans la même chambre. On tambourine à la porte. Des phrases dites en anglais dont je ne perçois que les mots : soldats, jeunes palestiniens, voir.

Un pantalon enfilé, on sort dans la rue, ou notre hôte nous explique que les soldats sont là, quelques maisons plus haut, pour arrêter un jeune de 16 ans qu’ils recherchent. C’est la 5ème fois qu’ils viennent fouiller la maison en pleine nuit. 5 voitures blindées, la rue bouclée en haut et en bas, des lampes torches en pleine figure et toujours des photos dans les deux sens. Eux, ils sont jeunes, absents à eux mêmes, cagoulés, agressifs. Nous n’aurons que des cris : « à la maison, », « a la casa », « go home », en nous repoussant malgré nos tentatives de parler. On ne se faisait pas d’illusion, il s agissait sans doute encore de les occuper pendant que les Palestiniens aient le temps de fuir, pris entre notre présence insistante et leur recherche désordonnée. Ils ont fini par partir, dès leur départ, les Palestiniens sont sortis de leur cachette et nous avons appris que leur incursion dans la maison avait été violente contre les personnes et les objets.

Nous sommes retournés dormir, il est 4h du matin. Bienvenue à Bil’in pour la conférence de la paix. C’est le quotidien des Palestiniens. A Bil’in, 37 arrestations depuis juin dernier.

Brigitte

Lien vers la vidéo de la nuit faite par les habitants

Sur la 5ème conférence internationale de Bil’in, lire aussi

Site de la 5ème conférence internationale de Bil’in

Vendredi 24 avril, de retour sur Jérusalem, nous n’avons pas eu accès à internet depuis mardi, donc je témoigne ce soir de notre journée de mardi et de la nuit de mardi à mercredi, la conférence de Bil’in sera traitée à part dans son entièreté à notre retour en France.

Mardi 20 avril, le PHCR à Ramallah qui collecte toutes les situations d’infractions aux droits de l’homme faites aux Palestiniens à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem. Crée en 2003, après la deuxième Intifada, cette structure fait partie de la fédération internationale des droits de l’homme.

Trois situations différentes nous ont été présentées.

Jérusalem comme symbole de l’apartheid : interdite d’accès aux Palestiniens, nettoyée de l’intérieur, interdite de construction pour tout Palestinien alors que les Israéliens grignotent jour après jour du terrain et construisent sans difficulté.

Hébron : cinq grandes colonies, occupée depuis 79. 27 check points, 12 rues fermées, 400 magasins verrouillés, 123 maisons violées ou détruites, 400 colons, 1300 soldats soit 3 soldats israéliens pour un colon. Des maisons occupées de l’intérieur, des violations sans sanctions, le crime organise sans arrestations ni procès.

La circulation en Cisjordanie pour les Palestiniens : 150 check points, tout mouvement de vie est bloqué de façon aléatoire, illégale, violente et insensée.

Gaza, surpeuplée, 1,5 millions d’habitants, 27 km2, 3 ans de blocus, 1400 martyrs, 2400 personnes sans logement, Gaza entouré par le mur et les colonies, Gaza qui n’a accès à rien, un accès limité à l’électricité, à l’espace maritime, seule ressource. The way of live. Ce n est pas de lait et de nourriture dont Gaza a besoin, mais de maisons pour y vivre.

9000 prisonniers politiques palestiniens sur l’ensemble du territoire. Les chiffres parlent tout seul. Israël, comme état d’exception au dessus des lois.

Le PCHR essaie de se situer à égale distance du Hamas et du Fatah, qui pratiquent chacun à leur façon également des violations des droits de l’homme.

Brigitte



La 161ème mission civile est en Palestine

publié le mercredi 14 avril 2010.

Aujourd’hui mercredi 14 avril, nous avons passé la journée sur Jérusalem. Le matin pour une visite alternative de la vieille ville et l’après midi dans un quartier de la périphérie proche Sheikh Jarrah où des familles vivent dans la rue expulsées les unes après les autres par la police israélienne pour loger des colons dans leur maison, sous leur nez, et cela a commencé il y a un certain temps.

Ce qui ressort massivement de la rencontre avec les personnes palestiniennes aujourd’hui c’est leur dignité, leur détermination dans la résistance et la qualité de leur présence et de leur réflexion. Et je n’ai pas envie de dire malgré ce qui leur arrive car il y a sans aucun doute une responsabilité de tous à cette situation ou au nom d une loi qui serait celle de Dieu, on accepte que des hommes en chassent et en anéantissent d’autres pour exister. « Tant qu’il y aura l’occupation rien n’est possible ni discutable », « tant que des hommes occupent ma ville, ils ne peuvent pas être mes amis ». Ce sont deux réflexions, l’une d’une jeune femme israélienne faisant partie du groupe Les anarchistes contre le mur, l’autre de l’homme palestinien qui nous a minutieusement expliqué et montré le mitage de la vieille ville de Jérusalem effectué par les Israéliens jour après jour, expulsion après expulsion, destruction après destruction, fermeture après fermeture.... la liste est trop longue des faits, actes et fausses raisons. De toutes façons, ils n’en ont pas besoin de raison puisque « ce sont les ordres de dieu..... paroles de colons ». Mais un jour leur corps rejoindra l’esprit, qui est resté dans leur maison parole de Palestinien... et là, l’espoir qui continue d’habiter tous ces jeunes israéliens rencontrés ce soir lors d’un repas pris dans la rue tous ensemble avec les familles expulsées sous le nez des colons curieux aura raison du cynisme et de la lâcheté humaine.

Brigitte

Aujourd’hui visite alternative de Jérusalem avec Yacob. c’est assez déroutant de visiter une ville en faisant le tour des lieux où ont été expulsés les habitants... c’est encore plus déroutant d’écouter Yacob nous présenter le mitage progressif de la ville par les Israéliens, l’injustice des expulsions, l’impossibilité pour les Palestiniens de construire, la prise de conscience de l’application froide de la loi du plus fort... au milieu de ces flots de touristes qui viennent se faire prendre en photos avec les policiers ou l’armée présente dans ces ruelles. On comprend vite les stratégies israéliennes, dans chaque quartier, on installe des groupes de maisons pour occuper l’espace quel que soit le quartier, puis on étale les drapeaux pour rappeler sa présence .

On se retrouve un moment devant ce qui fut un centre d’aide aux femmes et aux enfants le health commuty union. Ce centre de prévention palestinien a été fermé le 5 septembre 2005 et rappelle la volonté israélienne de changer Jérusalem en ville juive pour juifs... Yacob avance et raconte presque à chaque fois les mêmes histoires d’expulsions, de destructions, de présence massive d’Israéliens dans les quartiers Est de la ville. Quand on prend conscience à chaque fois de la situation et du calme avec lequel il conte tout ça, il nous montre la cicatrice qui traverse son crâne et ses doigts et ironise sur la « démocratie israélienne ». En effet 4 fois condamné à la prison à vie et libéré après 17 ans de prison dans le cadre d’échange de prisonniers, Yacob nous rappelle à quel point la loi du plus fort est présente dans chaque ruelle et maison de cette ville.

A peine sortis de cette visite, nous voila à Sheikh Jarrah pour rencontrer les familles expulsées de leurs maisons depuis 18 mois pour certaines et 9 pour d’autres. Nous voila à écouter comment en quelques secondes et sans aucun avis, ces familles se sont retrouvées dehors à loger chez des amis, dans différentes familles et comment la solidarité est mise en place pour occuper un espace dans cette ruelle où les colons ont tout investi.

Nous rencontrons Nasser figure médiatisée de la lutte de ces habitants. Il nous raconte comment depuis ce jour où à 5 heures du matin, ils se sont retrouvés en pyjama dans le rue face à ce qui était leur maison. Depuis ce jour, il est présent là pour rappeler qu’elle est à lui cette maison construite par l’ONU. Il a essayé de parler régulièrement avec ces colons pour savoir ce qu’ils ressentaient de le savoir exclu avec sa famille de sa propre maison. Comment, ils pouvaient vivre avec cette conscience ? Une fois, il réussira à obtenir une réponse de ceux qui logent chez lui : « ils ne sont pas responsables de cette situation car c’est dieu qui les a installés là... ». La situation me semble incompréhensible. Les colons vont et viennent face à cette famille avec les enfants condamnés à vivre dans la rue. Nasser nous explique comment après avoir défendu 3 jeunes femmes suédoises agressées par des colons dans le quartier, il a été arrête et a dû payer 300 shkels. Le témoignage des femmes n’y faisant rien, il a été condamné à ne pas venir dans le quartier pendant une semaine. Sa peine pour défendre des personnes agressées, venait de prendre fin la veille. On a beau voir, savoir c’est étrange d’être là dans ce quartier face à l’absurdité de la situation... Les colons ont pris place dans ces maisons et circulent aisément au milieu des familles toujours présentes.

Le soir un grand repas est organisé dans la rue réunissant Palestiniens, internationaux et anarchistes israéliens contre le mur ... scène de fraternité face aux colons qui eux mêmes viennent rappeler que c’est eux qui occupent ces maisons. On mange, on parle face aux colons qui circulent encore et toujours au milieu du rassemblement. Ca semble tellement injuste et incompréhensible. Comment peuvent-ils être là à sourire en étant conscients de ce qu’ils font subir à ces familles... du fanatisme peut permettre d’oublier qu’en face ce sont des êtres humains qui résistent. On a beau en parler, essayer de comprendre... c’est juste une pure injustice qui nous est présentée encore une fois. Nasser finit simplement en souriant, nous disant que finalement ces colons n’ont fait qu’expulser le corps de cette maison, l’esprit de Nasser et de sa famille reste dans la maison et il est convaincu qu’un jour les 2 se rejoindront.

Sylvianne

Sous-pages (1) : Missions civiles