Lundi 1er août, Daniel, Pierre et moi nous retrouvons à
continuer le séjour tous les 3. Nous retournons vers Jérusalem-Al Quds.
Premier jour du mois d’août, premier jour du ramadan. Le ramadan ici,
surtout en plein été, cela signifie ralentissement général de l’activité
en fin d’après-midi ; il n’est pas rare de voir des gens dormir dans
leurs boutiques. Juste avant l’iftar (la rupture du jeûne), les
marchands de fallafels, pains et gâteaux sortent leurs aliments tout
chauds, ça se bouscule un peu et tout à coup l’appel à la prière, et
plus personne. Tous les magasins des musulmans ferment pour l’iftar,
quitte à rouvrir après. Il faut bien calculer ses trajets pour ne pas se
trouver en pénurie de taxi à ce moment-là.
Journée de transition où
je retrouve mon auberge habituelle au cœur de la vieille ville. Sa
terrasse jouxte celle d’une maison colonisée, en témoigne le drapeau
israélien, les grillages, les fenêtres calfeutrées de tissus… jusqu’au
portique de jeu pour enfants totalement entouré de grillage. Une cage,
voilà à quoi les colons destinent leurs enfants !

Indignés dignes, indignes, dingues, donc ?Le
lendemain, je vais retrouver Daniel et Pierre là où ils ont passé la
nuit, sur un des campements récemment installés dans Jérusalem-Ouest par
le mouvement des « Indignés » israéliens. Quelques dizaines de tentes
igloos sont collées les unes aux autres dans un petit jardin publi
c...
Lire la suite : http://rexistance.blogspot.com/2011/08/indignes-dignes-indignes-dingues-donc.html Depuis
le jour de cette conférence, le mouvement des Indignés israéliens, dit
aussi du « 14 juillet » (le bien nommé…), a grossi, jusqu’à 300 000
manifestants, dans plusieurs villes d’Israël. Du jamais vu ! Et les
analyses se sont accumulées sur les perspectives pour ce mouvement de
remettre en cause l’injustice fondamentale de la politique coloniale et
d’apartheid d’Israël qui conditionne la Paix et la justice pour tous
sur cette Terre.
En voici quelques échantillons (autres textes bienvenus !) :
Le 6 août par Abir Kopti :
« Tel Aviv, tente 1948 »
« La
justice sociale ne peut pas être divisée ou classifiée. Si ce n’est pas
une justice pour tous y compris tous les Palestiniens, alors c’est une
fausse justice, une justice d’élite ou une « justice pour juifs
seulement » exactement à la manière dont fonctionne la démocratie
israélienne « pour juifs seulement ». Le mouvement du 14 juillet est une
grande occasion pour les Israéliens pour refuser à leur Etat de
continuer à sombrer en un régime d’apartheid. »
http://www.protection-palestine.org/spip.php?article10945
Le 9 Août par Dimi Reider et Aziz Abu Sarah
« En Israël, le loyer est diantrement trop élevé »
« Avant
l’arrivée deseptembre, les protestataires doivent d'abord garantir
quelques accomplissements plus terre à terre, comme le contrôle du loyer
dans les plus grandes villes d'Israël, ou peut-être, comme le demandent
des affiches, faire tomber le gouvernement de coalition de M.
Netanyahu.
Alors seulement, un sentiment de victoire et de
puissance démocratique pourrait propulser les Israéliens vers la
contestation de l'occupation, qui reste le plus grand et l’unique
obstacle pour la justice sociale et politique de chaque côté de la Ligne
Verte. »
http://www.lanation.info/En-Israel-le-loyer-est-diantrement-trop-eleve_a167.html
Le 10 août par Uri Avnery
« Comme tes tentes sont jolies »
« C’est
délibéré. Les organisateurs, jeunes gens et jeunes femmes anonymes –
principalement des femmes – sont très déterminés à ne pas être
catalogués comme “de gauche”. Ils savent que soulever la question de
l’occupation fournirait à Nétanyahou une arme facile, diviserait les
occupants des tentes et ferait avorter la protestation.
Nous
du mouvement de paix le savons et le respectons. Nous nous sommes tous
astreints à la retenue, pour que Nétanyahou ne réussisse pas à
marginaliser le mouvement et à le présenter comme un complot pour
renverser le gouvernement de droite.
Comme je l’ai écrit dans un article de Haaretz :
Pas besoin de pousser les manifestants. Le moment venu, ils arriveront à
la conclusion que l’argent pour les principales réformes qu’ils
demandent ne peut venir que de l’arrêt de la colonisation et de coupes
dans l’énorme budget militaire de centaines de milliards – et cela n’est
possible qu’avec la paix. (Pour les aider, nous avons publié une grande
annonce qui dit : “C’est très simple – Argent pour les colonies OU
argent pour le logement, les services de santé et l’éducation”). »
http://www.france-palestine.org/article18020.html
Le 10 août par Michèle Sibony (UJFP)
« Sur la révolte des tentes – impressions »
« Les
Palestiniens d’Israël savent mieux que quiconque ce que peut coûter de
violence un forcing sur cette question. Ils sont témoins d’un mouvement
qui n’a pas les moyens de poser les vraies questions, d’inclure toute la
population, et donc d’être révolutionnaire. Même si le slogan Ma’apeha
Révolution résonne partout dans les cortèges. Lin Chalozin, de Tel Aviv
m’a cependant reprise dans une conversation sur l’avenir du mouvement,
« ce qui compte n’est pas ce qui sera, mais ce qui est, ici et
maintenant, et c’est une formidable école de pensée politique et de
démocratie directe ».
Il
n’y a pas de peuple israélien, c’est un fait, tant qu’une partie de sa
population est exclue du collectif national sur des critères ethniques,
et ne bénéficie pas de tous les droits de citoyen à part entière. »
http://www.ujfp.org/modules/news/article.php?storyid=970
Le 15 août par Haggai Matar
« Le mouvement du 14-Juillet peut-il renverser les rôles pour une cause progressiste à l'intérieur d'Israël ? »
« La lutte sociale révolutionnaire qui se déroule en Israël approche
aujourd'hui un point critique : soit elle s'effondre sous la botte des
"raisons de sécurité" et de la ségrégation raciale, soit elle se libère
de tous les anciens dogmes et faire redémarrer le système politique. »
http://972mag.com/can-the-social-protests-help-israel-win-a-progressive-battle-that-appeared-to-be-lost/
Le 17 août par Fadwa Nassar
« Les Palestiniens de 48 se mobilisent pour la terre et le logement »
« Les
Palestiniens de 48 (qui vivent dans leur pays occupé en 48, devenu
entité israélienne) ont décidé, il y a plus de dix jours, de mener leurs
propres protestations contre le gouvernement sioniste, refusant de
participer aux tentes de protestation installées par les sionistes. Avec
la participation d’une dizaine de comités populaires de quartiers et de
villages, ainsi que des comités d’étudiants, le Haut comité de suivi
des masses arabes, réuni à Nasra, dans al-Jalil, a pris la décision de
mener une vaste campagne de protestation, mettant en avant les
revendications palestiniennes : « de la terre et du logement ». Il a mis
en garde, dans son communiqué, « contre toute lecture erronée des
protestations en cours dans le pays », a souligné la différence entre
les protestations de la rue « israélienne » et les revendications
palestiniennes, avant de conclure : « nous ne mettrons pas les pieds
dans les tentes "israéliennes" ».”
http://www.ism-france.org/analyses/Les-Palestiniens-de-48-se-mobilisent-pour-la-terre-et-le-logement-article-15940
Les Indignés espagnols s'adressent aux Indignés israéliens : "pas de justice sociale sous apartheid" : http://www.youtube.com/watch?v=fpA70bDzKPY--------------------------------
09 Août 2011 :Bonjour,
Petit passage du cote israelien pres de Nazareth. Et la suite de mon recit avec plus d'une semaine de retard...
MagaliHébron : 500 colons, 2000 soldats
Petit topo a l’AIC pour nous preparer a la visite d’Hebron. Ahmad
Jaradat nous rappelle que l’enjeu des colonies est le plus important
dans le conflit : 2000 colonies dans les territoires occupes, plus ou moins grandes, plus les postes avances
tres petits en haut des collines. Sur la carte, les taches bleues des
collines s’etendent d’annee en annee, plus les routes interdites aux Palestiniens et toutes les
zones de securite interdites d’acces. Notamment ce large corridor en
construction entre Jerusalem et Hebron au Sud, pret a tout devaster de ce qui est palestinien sur son passage.
On estime le nombre de colons a 600 000, mais ce chiffre est garde
secret. Ce projet participe directement au plan de « deportation
silencieuse » qui consiste a chasser les Palestiniens en les empechant d’avoir une vie normale. Les
Israeliens n’ont jamais fait aucune concession sur les colonies, dont la
construction a fortement augmente depuis... les accords d’Oslo (1993), censes reconnaitre un embryon de
souverainete palestinienne. La blague ! Depuis Sharon, les zones A, B ou
C n’ont plus de sens : l’armee va ou elle veut. L’ex-premier ministre israelien a dit qu’il
n’arreterait pas la colonisation, « meme pour une heure ». Le processus
de Paix est mort et enterre depuis longtemps.
Apres l’armee et les officiels, les colons sont un deuxieme pouvoir
d’occupation, pratiquant des agressions systematiques sur les
Palestiniens et leurs terres (par exemple pour la cueillette des olives). Les colons ont un comite central
et sont au-dessus des lois, ils cooperent largement avec l’armee, par
exemple pas plus tard qu’hier 100 colons sont alles dans un village palestinien et l’armee a tire sur les gens.
« Des colons armés sont-ils encore des civils ? »
Hebron est la seule ville de Cisjordanie ou les colons se sont installes
en plein coeur, l’armee ayant pour cela institue des statuts
specifiques H1 et H2 (encore different des zones A, B et C des territoires) : 500 colons, 2000 soldats, pour
une ville palestinienne de 55 000 habitants (en centre ville) coupee en
plusieurs morceaux, certains Palestiniens ayant ete « coinces » au milieu des colonies. Un imbroglio
de barrieres, de barbeles, de portes condamnees et de routes barrees
pour instaurer la
segregation physique entre les Palestiniens et les colons en donnant a
ceux-ci toujours plus de place. L’Apartheid avec un grand A comme
Absurde. Ces colons ne travaillent pas, il y a beaucoup de jeunes etudiants religieux.
En arrivant sur la ville, Ahmad nous montre la strategie de ceinturer la
ville par les colonies : les 3 colonies qui se situent au Nord, a l’Est
et a l’Ouest d’Hébron sont en train d’etre reliees par des « rues-colonies » (il faut inventer des mots dans
un tel pays...). Nous nous arretons au bord d’une route avec un check
point : les Palestiniens ne peuvent la continuer qu’a pied, car elle longe les colonies. Les camions dechargent leurs marchandises.
Coeur de la ville. Nous passons le check point pour entrer dans le
quartier reserve aux musulmans, où se trouve la mosquee d’Abraham d’ou
l’on peut observer le tombeau du père des 3 monothéismes, qui se situe de l’autre cote du mur,
la ou une partie de la mosquee a ete confisquee pour en faire une «
synagogue ».
Malheureusement nous n’y entrerons pas cette fois, ca va etre l’heure de
la priere. En bas de la mosquee, il y a cette rue dans laquelle nous
avions croise, il y 2 ans, une manifestation de sionistes francais dechaines, qui ont failli s’en
prendre a nous physiquement. Aujourd’hui cette rue est coupee en 2 dans
sa longueur, les deux parties separees par un muret. D’un cote marchent les colons, de l’autre les
Palestiniens. Le marchand de babioles qui nous avait couvert de petits
cadeaux ce jour la se trouve desormais du mauvais cote de la rue : les Palestiniens ne peuvent plus
passer devant chez lui, il nous supplie de franchir le muret pour aller
visiter son magasin. Dans sa guérite, le soldat qui surveille la rue nous observe. La cour
israélienne a donné raison aux Palestiniens concernant cette route, mais
quand ceux-ci ont voulu la « réunifier », ils se sont faits arrêter. 800 magasins à Hébron sont fermés sur
ordre militaire pour « security reasons », depuis plus de 10 ans. Tsahal
est souverain. Ce quartier ressemble à une ville-fantôme, toutes boutiques fermées, peu de gens
dehors. Des projecteurs, guérites, caméras partout. Nous y hantons alors
que l’appel à la prière résonne de toutes les mosquées alentours. Jusqu’à quand pourra-t-on
encore l’entendre ? « To learn or not to learn », c’est ce qui est écrit
sur le mur d’une école annexée par un bâtiment militaire qui en contrôle l’entrée. Quelques
fois certaines artères principales du centre ville sont fermées
empêchant toute circulation de l’Est à l’Ouest ou du Nord au Sud. Certaines familles qui peuvent se parler à
travers la rue ne peuvent pas la traverser et doivent donc faire parfois
plus de 10 km pour se rendre visite de part et d’autre..
Article et photo « le choc Hebron » il y a 2 ans :
http://rexistance.blogspot.com/2009/08/le-choc-hebron.html
Nous rendons visite à une coopérative d’artisanat de femmes qui
travaillent dans les villages alentours. La coopérative valorise le
travail et les savoir faire de 120 femmes souvent peu éduquées. Maie celle qui nous accueille nous le
rappelle bien : « Nous sommes ici pour faire du commerce mais aussi pour
garder la vieille ville ouverte. La première chose pour vous à faire en rentrant est de témoigner de comment les colons nous traitent ici »
C’était le dernier jour du programme de l’AIC. Nous passons la soirée
dans les magnifiques montagnes du désert de Bethlehem sous une tente
bédouine, avec feu de camp et barbecue, pour faire le bilan et passer nos dernières heures de
groupe international ensemble, à épancher par la musique et la danse les
lourdeurs de nos cœurs.
07 Août 2011 :Quelques jours dans le village d'Al Ma'sara, ca change de l'ambiance de Jérusalem !
Encore des situations hallucinantes que je vous raconte avec plus d'une semaine de retard...
Voir
et entendre est une chose : sur le moment, la concentration pour
comprendre anesthésie un peu les émotions, Mais quand il s'agit
d'écrire, de réutiliser et traduire toujours ces mêmes mots de la
guerre, de l'injustice et de l'enfermement, c'est très lourd. D'où le
retard dans l'écriture, il faut aussi du temps pour débriefer. Et
s'aérer l'esprit, quand on a le privilège de le faire comme nous ici,
Palestiniens pour quelques jours seulement...Amities
MagaliVendredi
29 au soir : un petit documentaire sur la vie de familles
palestiniennes filmees par elles-memes. Une fenetre sur l’intimite de
leur quotidien avec coupures d’electricite, d’eau, les problemes
d’argent, les populations delaissees qui vivent dans des cavernes en
reconstruisant pour la énieme fois leur maison a la main... Un focus
particulier sur les jeunes enfants qui, paradoxalement, accroit le
sentiment angoissant de leur tragedie de vie tout en donnant une touche
legere, voire gaie, au film.
Samedi 30 juillet : Journee de rencontres a Ramallah
Les femmes
Rita,
de l’Únion des Comites de Femmes Palestiniennes (UPWC), nous presente
son organisation creee en 1980, qui comprend 6000 membres. Rita souligne
le role important des femmes pendant la premiere intifada notamment, en
manifestations, pour le boycott et en solidarite avec les prisonniers.
Elle explique la divergence entre les associations de femmes qui ont
soutenu les accords d’Oslo dans le sens des grosses ONG et des
organisations gouvernementales, et celles qui les ont refuses comme
l’UPWC, qui travaille plus directement sur le terrain avec plusieurs
programmes d’« empowerment » pour permettre l’implication des femmes
dans la societe : aide a l’independance economique, travail sur le
changement des lois pour une meilleure participation a la vie politique
et syndicale, soutien aux etudes, activites pour les enfants... Rita
insiste sur l’importance de travailler avec toute la societe, et pas
seulement les femmes, pour faire changer les mentalites traditionnelles
(par ex les conventions liees au mariage, le droit de choisir son
mari...). Mais evidemment le probleme principal des femmes en Palestine
est, comme pour les hommes, l’occupation et la colonisation au
quotidien. L’UPWC a participe au rapprochement pour l’unite nationale
entre le Fatah et le Hamas (declaration du Caire il y a 2 mois) ; elle
precise :
« Tout le monde reconnait la legitimite de l’OLP
(pas de l’Autorite palestinienn), et le Hamas fait partie de notre
peuple. J’ai honte de cette division, mais je sais que vous etes
conscients qu’elle est creee par l’occupation. » Et si le Hamas etait effectivement reelu ? « C’est le role des minorites de se battre pour leurs droits. »
Mais
elle se bat surtout pour une « reelle democratie » (petit clin d’oeil
aux « Indignés » au passage...), participative, et pas seulement un face
a face entre deux partis.
Sur
la reconnaissance de l’Etat palestinien par l’ONU en septembre, c’est
une opportunite de mettre Israel devant ses responsabilites face a
l’ONU, et pas que les USA :
« Les
negociations dans le cadre d’Oslo ayant echoué, nous allons réouvrir
les portes de l’ONU, mais cela ne changera rien sur l’occupation. » En tout cas, apres les revolutions arabes, il y a eu de gros mouvements de jeunes palestiniens qui sont de plus en plus actifs.
L’Union est impliquee dans des reseaux internationaux comme les Forums Sociaux Mondiaux (prochain FSM sur la Palestine au Bresil en 2012).
On se reverra donc...
Le droit international
Rencontre
suivante : Salma, de l’ONG Al Haq, la plus vieille association de
droits de l’Homme de Palestine et, parait-il, du monde arabe, creee en
1979 par des avocats pour mettre en evidence les violations du droit
international par Israel. Elle fait de la recherche et du soutien
juridique du plaidoyer et de la documentation. L’intervention commence
par un panorama en 3D edifiant du Mur dont le trace serpente a
l’interieur du territoire palestinien afin de manger de plus en plus de
terres, de separer de plus en plus de cultivateurs de leurs champs, de
reserver de plus en plus de terres pour les colonies, d’encercler de
plus en plus de maisons... comme celle d’Amer, encerclee par le Mur,
avec une grande facade aveugle juste en face, et des cameras partout qui
l’obligent a se calfeutrer. Comme les Palestiniens n’ont pas les moyens
de se voir rendre justice par la justice israelienne face a l’impunite
generale de l’occupant, El Haq s’attaque aux entreprises et gouvernement
etrangers qui collaborent en Palestine. Salma nous explique la grande
complexite des legislations en Palestine, regies tantot par le droit
jordanien ou egyptien a Gaza, heritees du droit britannique ou ottoman,
plus evidemment toutes les lois israeliennes de l’occupant et tous les
ordres militaires qui utilisent la « securite » a tout bout de champ
pour justifer l’injustifiable.
Concernant
le droit international humanitaire, les griefs contre Israel
s’accumulent inlassablement : attaque disproportionnee, vol et
destruction de proprietes (reconnus par la Cour Internationale de
Justice), colonisation (violation reconnue meme par le conseil de
securite de l’ONU), tranfert de populations en dehors des territoires
occupes. Des instruments de la juridiction internationale existent pour
sanctionner les violations de ces droits, la Cour Internationale de
Justice (CIJ) qui a denonce le Mur, la Cour Penale Internationale et
differents recours de saisine internationaux compliques. Mais ces
instruments sont limites selon les cas par la necessite d’etre reconnus
par les pays concernes, ou par le fait qu’ils ne ciblent que des
personnes et pas des etats, ou par l’inapplication des sanctions pour
des raisons politiques...
Elle
nous parle cependant d’une victoire recente contre une societe
hollandaise nationale participant au Mur, qui a du en desinvestir suite
une condamnation de la loi hollandaise elle-meme.
Les prisonniers
Derniere
organisation rencontree : Addameer s’engage sur la question des
prisonniers politiques palestiniens en Israel ainsi qu’en Palestine. 700
000 hommes ou femmes sont ou ont ete emprisonnes en Israel, soit 20%
des Palestiniens. 5000 a 5500 le sont actuellement, dont 35 femmes et
211 mineurs, dont 39 de moins de 16 ans, ainsi que 2030 personnes en
detention administrative. Les Palestiniens sont faits prisonniers aux
check-point, dans la rue, en manifestation, dans leurs maisons... Les
familles ne savent jamais pourquoi et ou leurs prisonniers sont emmenes.
Officiellement, les prisonniers politiques le sont soit pour des actes
militaires soit pour « trouble a l’ordre public » (la grande majorite du
temps), ou encore pour appartenance a un parti politique illegal (dont
tous les partis membres de l’OLP, qu’Israel
reconnait pourtant comme interlocuteur diplomatique !), ou pour actes
criminels (dont le fait d’entrer en Israel illegalement). Sur les 19
prisons israeliennes, 1 seule est basee en Cisjordanie, ce qui est
contraire au droit international humanitaire car cela empeche notamment
la visite des familles. Seuls les enfants de moins de 9 ans peuvent
toucher leurs parents lors des visites. Les avocats sont souvent des
Palestiniens de Jerusalem ou d’Israel puisqu’il est tres difficile pour
les Palestiniens de Cisjordanie de se rendre en Israel. Les prisonniers
peuvent rester 90 jours sans avocat et 6 mois en interrogatoire avant
que la procedure juridique commence. La torture est pratique courante,
meme si elle a ete restreinte en 1999 par la decision de la Cour de
justice israelienne de la bannir. Mais jamais aucun tortionnaire n’est
ou n’a ete poursuivi pour ses actes en Israel. Les proces militaires
sont faits dans des conditions inequitables (problemes de partialite et
d’incompetence). 95% des prisonniers politiques plaident coupables, par
pragmatisme, car s’ils s’acharnent la sanction sera plus dure pour avoir
fait perdre du temps aux juges.
700 mineurs passent en proces par an, sachant au’a partir de 16 ans ils sont traites comme des adultes.
La
detention administrative sans jugement est quant a elle basee sur le
secret, pour une duree indeterminee. Pas de charges, pas de defense
possible, l’avocat peut poser tous les 6 mois des questions au juge pour
essayer de comprendre l’accusation mais il ne peut pas poser la
question directement. Le juge lui-meme n’a souvent pas tout le dossier
en mains. Quelques avocats israeliens connus defendent les leaders
palestiniens gratuitement, mais les autres en ont pour leur poche. Les
Palestiniens ayant la citoyennete israelienne sont traites comme les
autres Palestiniensm mais sont juges devant les tribunaux civils et non
militaires. Quand aux Israeliens qui tuent des Palestiniens, ils
craignent peu, et ne sont souvent meme pas arretes.
Alors
que pendant l’intifada les personnes arretes etaient surtout des
activistes, la mode actuelle est d’arreter les enfants en manifestations
pour punir les leaders surtout a Jerusalem-Est et Hebron, ou des
sympathisants supposes du Hamas. Les greves de la faim echouent, Israel
sait diviser les prisonniers et eviter la transmission d’informations
entre eux. Addameer nous alerte sur la necessite de defendre les
prisonniers politiques palestiniens en tant que groupe, alors que
certains de leurs partenaires aimeraient faire le « tri ».
Concernant
les prisonniers politiques palestiniens faits par l’Autorite
palestinienne elle-meme, le systeme juridique n’est pas clair pour un
etat qui n’en est pas – encore – un. Depuis 2007, beaucoup
d’arrestations du Hamas par le Fatah et inversement a Gaza. L’Autorite
palestinienne prend parfois le relais d’Israeliens pour reincarcerer les
prisonniers liberes, et sur le meme motif. Ils passent la frontiere
cisjordanienne et sont aussitot arretes. Preuve de la cooperation
criminelle entre les 2 « « etats » ».
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05 Août 2011 :
Cette
semaine a surtout été consacrée a Jérusalem, que nous avons arpentée
dans tous les sens. Des colonies qui poussent comme des champignons dans
Jérusalem-Est. Marre des barbelés, grillages, postes militaires,
barrières, murs, soldats partout. La Palestine est un chantier permanent
: Israël détruit, les Palestiniens reconstruisent, Israël construit,
les Palestiniens résistent. Pierres, poussières, terre, végétation
assoiffée. Des panneaux publicitaires au milieu du désert, des drapeaux
israéliens partout jusque sur la passerelle qui mène a l'esplanade de la
mosquée Al Aqsa. De belles églises, de belles rencontres...
Bises
Magali
PS: Ma bouteille d'eau a eu la mauvaise idée de fuir sur mon appareil photo : mort. Photos compromises.
La question -« clé » des réfugiés
2e
jour : direction Bethléem où nous rencontrons Amjad de l’association
BADIL qui a été créée en 1998 pour traiter de la question des réfugiés.
Celle-ci est un enjeu majeur pour la Palestine puisqu’il nous rappelle
que 40% des Palestiniens de Cisjordanie sont des réfugiés et 70 à 80% à
Gaza. Aujourd’hui, 70% des Palestiniens sont réfugiés ou déplacés dans
le Monde (sur 10 millions de personnes environ).
Ce qui est important à noter c’est que ce n’est pas seulement un problème hérité de la Nakba (« la
catastrophe » en 1948 à la création d’Israël où 80% de la population
palestinienne a été chassée de ses terres), qu’il faudrait traiter « un
jour » pour régler le solde de tous comptes. C’est bien toujours un
problème d’actualité criante puisque la politique israélienne n’a eu de
cesse depuis de créer de nouveaux réfugiés en expulsant les bédouins de
leurs terres vers des villages ad hoc, les Palestiniens d’Israël vers la
Cisjordanie ou ceux de Cisjordanie vers l’étranger. De nombreuses
familles ont d’ailleurs vécu plusieurs déplacements forcés par les
expropriations et les massacres. L’UNRWA est l’agence de l’ONU qui gère
ces populations et administre les camps qui se sont construits petit à
petit jusqu’à constituer de véritables villes. Dans ces camps,
l’intifada a été particulièrement vivace et l’armée israélienne y fait
des incursions régulières. Par exemple 2 morts et un blessé grave il y a
3 jours au camp de Qalandiya.
Amjad
nous rappelle les grandes techniques d’expulsion. Au début du projet
sioniste, il y eut des achats de terres, mais très vite il a fallu
utiliser d’autres moyens car les terres ne se vendaient pas facilement.
Il a fallu orchestrer le vol, milices puis armée à l’appui : expulsion
manu militari, massacres et encerclement des villages pour faire fuir
les populations. Plus de 500 villages ont ainsi été dépeuplés. En 1967,
quand Israël a envahi toute la Cisjordanie, ils ont pris les noms de
tous les Palestiniens présents. Et tant pis pour ceux qui étaient partis
étudier ou voyager à l’étranger : ceux-là n’ont jamais pu rentrer à la
maison.
Les absents ont toujours tort …
Une
fois les Palestiniens évacués, il faut pouvoir s’arroger leur
propriété. Plein de techniques pour cela, dont des lois cyniques pour
s’approprier les terres ainsi « abandonnées » (« absenty property
law »), jusqu’à une loi sur l’absence-présence (oui oui !) pour les
Palestiniens qui ont le malheur de travailler trop loin de chez eux et
se trouvent mis à la porte par manque d’assiduité au domicile. Une autre
manière de faire est de rayer tout simplement la moitié des villages
arabes de la carte d’Israël : ils n’existent plus, donc n’ont plus le
droit à aucun service public ce qui les fait dépérir. La majorité de ces
villages « unrecognized » sont dans le désert du Néguev ou en Galilée,
aujourd’hui entre 80 000 et 100 000 Palestiniens de citoyenneté
israélienne vivent dans ces villages qui sont régulièrement détruits,
puis reconstruits jusqu’à plusieurs dizaines de fois.
Maintenant
il ne reste plus qu’à coloniser ces terres pour les judaïser de facto
et rendre l’accaparement irréversible. C’est le rôle de la « planning
and building law » qui dirige tout le projet d’expansion territoriale et
de construction coloniale en Israël et en Cisjordanie.
Amjad
essaye de nous faire comprendre la mentalité des Palestiniens réfugiés,
qui vivent dans l’espoir du retour et se le transmettent d’une
génération à l’autre, en gardant la clé de leur maison tout près d’eux.
Comment vivre dans cette perpétuelle sensation que tout projet ne peut
être que temporaire ?
Aujourd’hui,
la « loi du retour » pour Israël permet à des personnes juives qui
n’ont jamais mis les pieds en Israël, ni leurs ancêtres depuis des
siècles, de s’installer facilement en Israël et de jouir de tous les
droits de ses nationaux, au-dessus des droits des Palestiniens qui y
sont nés, alors qu’un réfugié palestinien qui y a vécu de longues années
ne peut même plus s’y rendre pour une visite. Amjad tient aussi à nous
rappeler que le projet sioniste était au départ un projet laïque, mené
par des nationalistes racistes européens, qui a dû convaincre les
religieux pour se développer. Aujourd’hui encore, les leaders politiques
israéliens se disent athées. D’ailleurs, les critères pour être
considéré comme « juif » par Israël ont varié selon les besoins de
« recrutement » : des bureaux sont ouverts partout dans le Monde. Pour
lui, le sionisme est un projet anti-juif qui a détruit les communautés
juives bien intégrées dans différents pays (Libye, Maroc…). Quand Israël
s’effondrera, acculé par son extrémisme, que restera-t-il de la
religion juive ?
« Aujourd’hui,
comment puis-je expliquer à un enfant palestinien de ne pas critiquer
les juifs puisque c’est Israël lui-même qui prétend représenter tous les
juifs ? »
La
question des réfugiés est une des plus sensibles diplomatiquement
parlant, car elle touche à l’équilibre démographique entre Israéliens et
Palestiniens, et donc à la nature même de l’« état juif » qui se
prétend démocratique.
Le 15 mai dernier, 10 000 réfugiés se sont
présentés pacifiquement aux frontières de la Palestine pour réclamer
leur droit au retour.
Israël leur a tiré dessus.
Nous
sommes ensuite accueillis par Hamza de l’association Abda Center du
camp de Duheishe toujours dans la province de Bethlehem, construit en
1952. 10 000 habitants, dont 60% d’enfants. 40 000 personnes ont dû en
partir par manque de place vers d’autres endroits de Cisjordanie.
L’accès à l’eau y est le principal problème. Après une présentation des
activités du Centre, une discussion plus politique s’engage : « Nous
devons être unis avant d’aller devant l’ONU pour défendre notre état ».
Hamza insiste aussi sur le rôle des prisons en terme de formation, pour
apprendre à devenir quelqu’un de bien.
Le
soir même à l’AIC, Nassar Ibrahim intervient sur « L’illusion du
développement sous occupation – les motivations politiques de l’aide aux
Palestiniens ». La problématique est cruciale, avec toute l’aide
économique apportée notamment par les USA et l’Europe sous prétexte
d’aide aux Palestiniens, mais qui collaborent avec l’occupant (depuis
notamment le « protocole de Paris »). Cette aide apparaît souvent comme
un leurre hypocrite, quand on sait que l’Europe ne réagit même pas à la
destruction par Israël des infrastructures qu’elle contribue à financer
(aéroport de Gaza…). Pour Nasser l’aide internationale n’a de pertinence
qu’à 3 conditions : être articulée avec les enjeux politiques, au
services des intérêts publics (éducation, santé…) et pas individuels, et
en respectant la logique du boycott d’Israël.
« Nous
avons besoin de manifestations partout dans les capitales européennes
contre les gouvernements qui coopèrent avec Israël ».
Sur les réfugiés, lire sur mon blog : http://rexistance.blogspot.com/2009/08/une-vie-attendre.html
Carton rouge pour Tsahal
Nous
nous échappons ensuite des camps pour nous rendre à 4 à la
manifestation hebdomadaire d’Al Ma’sara, ce village près du Mur où
j’étais allée deux fois il y a 2 ans.
Nous
arrivons juste au début de la manifestation, les gens descendent la rue
du village vers la ligne de soldats qui les attend déjà. Une
quarantaine de participants, mélange habituel de Palestiniens,
d’Israéliens et d’internationaux, dont un groupe de jeunes communistes
français. Je retrouve la battucada israélienne du réseau Rythms Of
Resistance (ROR) dont je fais partie à Paris. Ils me prêtent un
tambourin. C’est impressionnant de pouvoir se mettre à jouer ainsi
d’emblée avec des gens qu’on ne connaît pas mais dont on partage les
mêmes partitions, et convictions, sur un tel terrain de résistance !
Afoxe, Kalashnikov, wolf break, samba raggae… et des grooves que je ne
connais pas encore (désolée pour les non initiés, les camarades de Vamos
s’y reconnaîtront)
Ce
n’est d’autant pas facile que le terrain est particulier : comme chaque
vendredi, le comité populaire du village a choisi une mise en scène
particulière pour sa manifestation : l’organisation d’un match de
football. Deux equipes, dont une representant symboliquement les soldats
qui se trouvent derriere le but. L'ambiance est animee, voire festive
des qu'un but est marque. Les soldats ont des reactions tres diverses,
imperturbabilite statique, renfrognement, voire quelques sourires
esquisses malgre soi. Un moment d'enflammement quand un soldat recoit le
ballon et se jette sur le Palestinien qui l'a lance. Grosse bousculade,
je me retrouve derriere la ligne des soldats avec le tambourin dans une
main et l'appareil photo de l'autre. Puis tout le monde reprend sa
place, comme dans un vrai match...
Les orateurs prennent la parole en
s'adressant tantot aux soldats, tantot aux internationaux et aux
cameras. Mahmoud insiste sur le contraste ridicule entre l'appareil
militaire d'un cote, et ces costumes blindes surarmes, et le pacifisme,
voire la frivolite, de l'autre cote.
"Regardez ces soldats, ces
adolescents, ils sont tellement jeunes que quand le ballon arrive dans
leurs jambes, ils ne peuvent pas s'empecher de taper dedans et nous le
renvoyer"
On sait qui a gagne le match mediatique, de la justice et de la Paix.
Une autre manif a Al Masara il y a deux ans : sur mon blog http://rexistance.blogspot.com/2009/08/les-yeux-dans-les-yeux.html