Culture palestinienne et du monde Arabe



Dévoilements "Du hijab à la burqa et des collégiennes aux nounous : les dessous d’une obsession française", Pierre Tevanian

Livre paru aux éditions Libertalia. Rencontre publique le 2 février. Meeting "Mamans toutes égales" le 9 février.
publié le mardi 31 janvier 2012.

 

http://lmsi.net/Devoilements

Mars 2004 : loi sur les signes ostensibles, interdisant le port du foulard à l’école publique. Septembre 2010 : loi anti-burqa. Avril 2011 : offensive de Luc Chatel contre les mères voilées accompagnatrices de sorties scolaires ; « débat sur la laïcité » et « 26 propositions » de l’UMP légalisant notamment la discrimination à l’embauche contre les femmes portant le foulard, y compris dans le secteur privé… Janvier 2012 : loi « anti-nounous » (interdisant le voile dans les crèches et les garderies), adoptée en première lecture par un sénat socialiste... Depuis près de dix ans, les cheveux des femmes musulmanes sont devenus ce qu’il est convenu d’appeler un enjeu politique majeur, et leur dévoilement fait désormais partie des priorités les plus impérieuses. C’est de ces chasses au voile, et de leur incroyable violence, qu’il est question dans Dévoilements, qui parait cette semaine aux Editions Libertalia, mais pas seulement.

L’introduction du livre, que voici, nous en dit plus...


« Ces hommes, disait-il, parlant des Algériens, sont coupables de couvrir tant de beautés étranges. Quand un peuple recèle de telles réussites, de telles perfections de la nature, il se doit de les montrer, de les exposer. À l’extrême, ajoutait-il, on devrait pouvoir les obliger à le faire. » (Frantz Fanon) [1]

Le 13 mai 1958 à Alger, place du Gouvernement, des femmes musulmanes sont exhibées sur un podium pour y brûler leur voile en signe d’émancipation. Organisée par le Mouvement de solidarité féminine, une association caritative fondée par Mme Raoul Salan, l’épouse du commandant des forces armées françaises d’Algérie, cette mise en scène s’inscrit dans une cérémonie plus large de célébration de la tutelle française, alors vacillante. Dans un article publié par Résistance algérienne, Frantz Fanon décrit l’opération et raconte qu’en réaction, de nombreuses Algériennes, dévoilées depuis longtemps, reprennent alors le voile,

« affirmant ainsi qu’il n’est pas vrai que la femme se libère sur l’invitation de la France et du général de Gaulle » [2].

Dans de longues pages qu’on ne peut résumer ici mais qu’il faut relire et qui présentent d’étonnantes analogies avec le traitement contemporain du « beur » et de la « beurette », Fanon rappelle le remarquable investissement affectif, sexuel et stratégique dont font l’objet, depuis la conquête et l’installation du système colonial, la femme indigène, son corps et son voile :

« L’administration coloniale peut alors définir une doctrine politique précise : “Si nous voulons frapper la société algérienne dans sa contexture, dans ses facultés de résistance, il nous faut d’abord conquérir les femmes ; il faut que nous allions les chercher derrière le voile où elles se dissimulent et dans les maisons où l’homme les cache.” C’est la situation de la femme qui sera alors prise comme thème d’action. L’administration dominante veut défendre solennellement la femme humiliée, mise à l’écart, cloîtrée… On décrit les possibilités immenses de la femme, malheureusement transformée par l’homme algérien en objet inerte, démonétisé, voire déshumanisé. Le comportement de l’Algérien est dénoncé très fermement et assimilé à des survivances moyenâgeuses et barbares. Avec une science infinie, la mise en place d’un réquisitoire-type contre l’Algérien sadique et vampire dans son attitude avec les femmes, est entreprise et menée à bien. L’occupant amasse autour de la vie familiale de l’Algérien tout un ensemble de jugements, d’appréciations, de considérants, multiplie les anecdotes et les exemples édifiants, tentant ainsi d’enfermer l’Algérien dans un cercle de culpabilité (…). Après l’indignation, les conseils pratiques. Les femmes algériennes sont invitées à jouer “un rôle fondamental, capital” dans la transformation de leur sort. On les presse de dire non à une sujétion séculaire. On leur décrit le rôle immense qu’elles ont à jouer. L’administration coloniale investit des sommes importantes dans ce combat. Après avoir posé que la femme constitue le pivot de la société algérienne, tous les efforts sont faits pour en avoir le contrôle. » [3]

L’histoire semble bégayer : depuis maintenant près de deux décennies, pour des raisons obscures mais peut-être pas si éloignées de celles de Madame Salan, les cheveux des femmes musulmanes sont devenus ce qu’il est convenu d’appeler un enjeu politique majeur. Cette histoire débute en octobre 1989 : l’exclusion de deux collégiennes voilées à Creil déclenche une importante campagne médiatique, sous la bannière d’un manifeste intitulé « Profs, ne capitulons pas ! » et qualifiant l’acceptation des élèves voilées de « Munich de l’école républicaine » [4]. Le Conseil d’État est saisi par le ministre de l’Éducation Lionel Jospin et rend un avis autorisant le port du foulard tant qu’il n’est pas accompagné de « prosélytisme » ou de « troubles à l’ordre public ».

Les hostilités sont déclenchées une seconde fois en septembre 1994 par le ministre François Bayrou, qui publie une circulaire incitant les proviseurs à considérer que le port d’un « foulard islamique » est en lui-même un acte de prosélytisme. L’offensive provoque un nouvel emballement médiatique et aboutit à une importante vague d’exclusions, finalement invalidées par les tribunaux administratifs.



C’est en mars 2003 qu’est lancé l’assaut final, dans des conditions politiques et médiatiques que j’ai déjà racontées en détail dans un précédent livre [5]. Pétitions, tribunes de presse et débats télévisés se multiplient sans relâche jusqu’au printemps 2004, tandis que deux commissions de réflexion sont mises en place par le président Jacques Chirac : la commission Debré et la commission Stasi. Dès septembre 2003, avant même qu’ait été votée une quelconque loi d’interdiction, une immense campagne médiatique aboutit à l’exclusion d’Alma et Lila Lévy du lycée Henri-Wallon d’Aubervilliers au seul motif qu’elles portent un « foulard islamique ». Cette exclusion illégale sera légalisée a posteriori le 15 mars 2004 : suivant les recommandations de la commission Stasi, le Parlement français adopte à une très large majorité une loi interdisant « les signes manifestant ostensiblement une appartenance religieuse ».

Cette loi prévoit « une évaluation au bout d’un an » : Hanifa Chérifi rend en septembre 2005, en guise d’évaluation, un indigent fascicule de 50 pages qui se borne à constater la disparition des voiles dans les écoles et en conclut que le bilan de la loi est positif. Il fait toutefois état, sans s’en émouvoir outre mesure, de 48 exclusions par conseil de discipline et d’une soixantaine de démissions. Aucune évaluation n’est proposée en revanche en ce qui concerne l’« exclusion invisible » des élèves qui ont renoncé à faire leur rentrée scolaire : ce nombre est pourtant estimé à plusieurs centaines par le Collectif une école pour tou-te-s [6].

Quant au devenir de la centaine d’exclues reconnues par le rapport, la question n’est tout simplement pas posée, pas davantage que celle des souffrances des « dévoilées » [7]. Le bilan officiel rendu par Hanifa Chérifi exprime une tout autre inquiétude : la plupart des dévoilées remettent leur foulard en quittant l’enceinte scolaire. Le constat vaut donc comme un augure : la guerre n’est pas finie ! Et de fait, les applications sauvages de la loi en dehors de son cadre initial se multiplient dans toutes les sphères de la société : sorties scolaires, emploi, logement, guichets…



Sans monopoliser l’agenda étatique et médiatique comme en 2003 et 2004, le voile demeure ensuite omniprésent, notamment durant la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, et une nouvelle « année du voile » est inaugurée le 22 juin 2009 par un discours présidentiel annonçant que « la burqa n’est pas la bienvenue sur le territoire de la République française », suivi par la mise en place d’une « commission de réflexion » codirigée par le communiste André Gérin et le sarkozyste Éric Raoult, et aiguillonnée par la surenchère médiatique d’un certain Jean-François Copé. Et en dépit d’une inconstitutionnalité maintes fois rappelée [8], une loi interdisant aux femmes en niqab toute présence dans « l’espace public » est finalement votée le 14 septembre 2010.

C’est de ce dévoilement forcé et de son incroyable violence qu’il est question dans mon livre, mais aussi d’un autre dévoilement. Car ce que ne soupçonnent pas nos chasseurs de voiles, c’est qu’au moment même où ils s’évertuent avec plus ou moins de bonheur à dévoiler les musulmanes, ils accomplissent de manière beaucoup plus intégrale et obscène leur propre dévoilement.

Cet autodévoilement fait l’objet des quatre premiers chapitres du livre. Les deux premiers portent respectivement sur le féminisme et la laïcité, qui sont depuis vingt ans les deux principaux registres argumentatifs de la croisade, mais aussi ses deux voiles.

Le chapitre suivant revient plus spécifiquement sur l’interdiction du foulard à l’école, et sur le remarquable consentement dont elle a bénéficié au sein de cet autre « pilier de la république » qu’est l’école publique – et plus précisément chez ceux qui en sont les « hussards » : les enseignants, dont je suis.

Un quatrième chapitre se concentre sur le monde intellectuel, académique, scientifique, et plus précisément sur ses avatars médiatiques, en analysant, à partir d’un cas aussi édifiant qu’emblématique, la figure émergente de la voilologie savante – ou pseudosavante.

Un dernier chapitre revient enfin sur les principales concernées : les adolescentes portant le foulard à l’école et les femmes portant un hijab ou un niqab – trop souvent oubliées dans les analyses et les bilans, y compris chez certains antiprohibitionnistes, qui ont tendance à s’intéresser davantage au dévoilement idéologique de la République qu’au dévoilement bien réel vécu par des femmes et des adolescentes livrées à la vindicte publique. Et encore faut-il ajouter que le mal ne se limite pas au dévoilement accompli : si le rendement de la chasse n’a pas atteint le niveau escompté, si beaucoup des concernées résistent à l’injonction au dévoilement, le prix qu’elles payent pour cela est incroyablement élevé – exclusions scolaires, discriminations, injures, stigmatisation quotidienne.

Il ne s’agira donc pas de porter un diagnostic sur le hijab ou le niqab, et pas davantage sur les femmes qui les portent : loin de prendre ces femmes pour objet, ce dernier chapitre les envisage comme sujets parlants, en partant d’une enquête à laquelle j’ai participé et qui fait entendre la voix de 44 femmes portant le hijab [9], et en s’efforçant d’en tirer des leçons sur nous-même et pour nous-même. Il ne s’agira enfin pas non plus, ni dans ce chapitre ni dans les autres, d’assimiler le hijab et le niqab : si les deux vêtements sont parfois associés au fil des pages, sous le vocable commun de « voiles », c’est uniquement pour désigner une logique commune dans la manière de les percevoir, de les ressentir, de les juger et d’y réagir – une logique hélas fréquente, et profondément malveillante et malfaisante.

P.-S.

Dévoilements. Du hijab à la burqa : les dessous d’une obsession française, de Pierre Tevanian, est paru aux Editions Libertalia. 160 pages, 8 euros.
Table des matières

Introduction : d’Alger 1958 à Paris 2011

1. Un féminisme paradoxal

2. Une révolution conservatrice dans la laïcité

3. L’école dévoilée

4. Quand la science s’em-mêle

5. L’histoire vue d’en bas

Conclusion : le bilan de la chasse

Annexe : Bréviaire de la haine

(Morceaux choisis de la voilophobie contemporaine)

Rencontre publique

Autour du livre Dévoilements, en présence de l’auteur : jeudi 2 février, 19H00, au Lieu Dit, 6 rue Sorbier, 75020 Paris.

Meeting Mamans Toutes Egales

Pour alerter et mobiliser contre la chasse aux voilées et sa récente radicalisation, le collectif MTE (Mamans Toutes Egales) organise, en partenariat avec le Groupe des Associations de Bagnolet, un meeting public le jeudi 9 février 2012 à partir de 19 heures, au Cin’Hoche, 6 rue Hoche 93170 Bagnolet (métro Gallieni), en présence notamment de Clémentine Autain, Jean Baubérot, Esther Benbassa, Lila Charef, Christine Delphy, Rokhaya Diallo, Joël Roman...

Notes

[1] Frantz FANON, « L’Algérie se dévoile », L’An V de la révolution algérienne, La Découverte, 2001.

[2] Frantz FANON, « L’Algérie se dévoile », L’An V de la révolution algérienne, La Découverte, 2001.

[3] Frantz FANON, « L’Algérie se dévoile », op. cit., 2001. Sur la transmission de cette politique sexuelle du voile, et sa reformulation dans les discours et politiques publiques sur « la beurette » et « le garçon arabe », voir Nacira GUENIF-SOUILAMAS, Les Féministes et le garçon arabe, L’Aube, 2004.

[4] Publié en une du Nouvel Observateur, l’appel est signé notamment par Régis Debray, Alain Finkielkraut et Élisabeth Badinter. Sur cet épisode comme sur les suivants, voir Thomas DELTOMBE, L’Islam imaginaire. La construction médiatique de l’islamophobie, 1975-2005, La Découverte, 2005.

[5] Voir Pierre TEVANIAN, Le Voile médiatique, Raisons d’agir, 2005.

[6] Collectif Une école pour tou-te-s, « Éléments d’un futur livre noir ».

[7] Voir Ismahane CHOUDER, Malika LATRECHE, Pierre TEVANIAN, Les Filles voilées parlent, La Fabrique, 2008.

[8] Par plusieurs juristes, devant la commission Gérin-Raoult ou en dehors, et par un avis du Conseil d’État rendu le 26 mars 2010.

[9] Ismahane CHOUDER, Malika LATRECHE, Pierre TEVANIAN, Les Filles voilées parlent.

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11505


Le Musée de l’Elysée décide d’interrompre l’organisation du "Lacoste Elysée Prize",  suite à la décision de Lacoste d’exclure l’artiste palestinienne Larissa Sansour

"amateur d’art par lunettes rouges", blog lemonde.fr
publié le mercredi 21 décembre 2011.

Photo : Le musée de l’Élysée (http://www.elysee.ch/)

Mercredi 21 décembre : Communiqué du Musée de l’Elysée annonçant qu’ils ont ’’décidé d’interrompre l’organisation du Lacoste Elysée Prize 2011’’. ’’La volonté du partenaire privé d’exclure Larissa Sansour... est à l’origine de la décision du Musée de l’Elysée. Nous réaffirmons notre soutien à Larissa Sansour pour la qualité artistique de son travail et son engagement. Le Musée de l’Elysée lui a d’ores et déjà proposé de montrer au musée la série de photos ’Nation Estate’ soumise par cette dernière dans le cadre du concours. Depuis 25 ans, le Musée de l’Elysée défend avec force les artistes, leurs oeuvres, la liberté artistique et la liberté d’expression. Avec la décision prise aujourd’hui, le Musée de l’Elysée réitère son engagement en faveur de ses valeurs fondamentales

Extrait de l’article "Pour mon amie Larissa Sansour, qui vient d’être censurée et exclue par Lacoste du Prix Lacoste Elysée" dont nous vous conseillons la lecture, pour en savoir plus sur Larissa Santour

Source : "amateur d’art par lunettes rouges", blog lemonde.fr http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/

Communiqué de presse

Lausanne, 21 Decembre 2011 - Le Musée de l’Elysée a décidé de suspendre l’organisation du Prix Lacoste Elysée 2011. Introduit en 2010 pour soutenir les jeunes photographes, ce prix est d’un montant de 25.000 euros.

Pour cette édition 2011, 8 artistes ont été sélectionnés pour concourir. Il leur a été demandé de produire 3 photos sur le thème de la joie de vivre.

Chacun d’entre eux, doté d’une bourse de 4000 euros, avait carte blanche pour interpréter ce thème comme il l’entendait, de manière directe ou indirecte, avec authenticité ou ironie, en se basant, ou pas, sur son travail antérieur.

Un jury d’experts devait se réunir à la fin janvier pour choisir le gagnant de ce prix.

Le Musée de L’Elysée vient de prendre cette décision de tout suspendre, en raison du souhait du partenaire privé d’exclure Larissa Sansour, une des 8 candidats retenus.

Nous réaffirmons notre soutien à Larissa Sansour, pour la qualité artisitque de son travail et de son engagement.

Le Musée de L’Elysée lui a même proposé d’exposer sa série "Nation Estate"dans son enceinte.

Depuis 25 ans, le Musée de l’Elysée défend avec force des artistes, leur travail, la liberté artistique et la liberté d’expression. En prenant cette décision aujourd’hui, le Musée de l’Elysée est fidèle à son engagement envers ses valeurs fondamentales.

Contact : Sam Stourdzé, Directeur du Musée de l’Elysée, +41 21 316 99 10, sam.stourdze@vd.ch

(Traduit de l’anglais par CAPJPO-EuroPalestine)

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LACOSTE ECARTE UNE ARTISTE PALESTINIENNE DE LA COMPETITION

(transmis par Frank Barat)
publié le mardi 20 décembre 2011.

Communiqué de presse

La marque française de prêt-à-porter a exigé que le travail de Larissa Sansour, artiste originaire de Bethléem, soit retiré d'un important concours de photographie

Le prestigieux Prix Lacoste Elysée, remis par le Musée de l'Elysée en Suisse et parrainé par la marque de prêt-à-porter Lacoste, est doté d'une récompense de 25 000 euros.

photos faisant partie du projet Nation Estate de Larissa Sansour.

Larissa Sansour figurait parmi les huit derniers artistes pouvant prétendre au Prix 2011. Pourtant, au cours du mois de décembre, la société Lacoste a fait part de son refus de soutenir le travail de Larissa Sansour, le qualifiant de trop « pro-palestinien ». Un jury se réunira en janvier 2012 pour désigner le lauréat du Prix.

Etant nominée, Larissa Sansour, qui a bénéficié d'une bourse de 4 000 euros, avait reçu carte blanche avec pour seule contrainte, celle de présenter un portfolio. En novembre, trois des ses photos, faisant partie du projet intitulé Nation Estate, avaient été sélectionnées et elle avait reçu les félicitations des organisateurs pour son travail et son professionnalisme. Son nom figurait alors officiellement dans les plaquettes et sur le site Internet en tant que candidate à la remise du Prix. Depuis, son nom a été retiré et son projet n'apparaît plus dans l'édition du magazine d'art Art Review qui avait réalisé une présentation des différents artistes concourant à la remise du Prix.

Pour occulter les motifs de son éviction, il lui a été demandé d'approuver une déclaration évoquant son désir de ne plus participer à la compétition « afin de se consacrer à d'autres opportunités ». Larissa Sansour a refusé.

photos faisant partie du projet Nation Estate de Larissa Sansour.

Elle se dit « très triste et choquée par cette attitude. Cette année, la Palestine a été admise officiellement à l'UNESCO et pourtant on continue à essayer de nous faire taire. En tant qu'artiste investie politiquement, j'ai l'habitude d'être confrontée à des oppositions, mais je n'avais jamais censurée par les mêmes personnes qui, en premier lieu, avaient sélectionné mon travail. Le préjudice et la censure de Lacoste posent la question de l'implication de sociétés privées dans l'art. C'est très préoccupant. »

Le travail de Larissa Sansour qui avait été sélectionné s'intitule Nation Estate. Il s'articule autour de la demande d'adhésion de la Palestine à l'O.N.U. Nation Estate dépeint un État palestinien imaginaire recréé sous les traits d'un gratte-ciel unique abritant l'ensemble de la population palestinienne. Dans ce nouvel État, les habitants ont recréé leurs villes perdues à chaque étage : Jérusalem au 3e étage, Ramallah au 4e, Bethléem (ville natale de Larissa) au 5e, etc.

Regrettant la décision de Lacoste de censurer le travail de Larissa Sansour, le Musée de l'Elysée a proposé une exposition en dehors du projet parrainé par le créateur. Le Musée de l'Elysée se trouve à Lausanne en Suisse. Ceci est la deuxième édition du Prix Lacoste Elysée.

photos faisant partie du projet Nation Estate de Larissa Sansour.

Pour plus d'informations et pour toute demande d'entretien, merci de contacter Larissa Sansour ou son assistant Soren Lind au +44 784 9011 977 ou par e-mail : info@larissasansour.com


AUTRES INFORMATIONS

Biographie

Larissa Sansour, née à Jérusalem, a étudié les Beaux-arts à Copenhague, Londres et New York. Artiste polyvalente, elle s'investit dans le dialogue politique et s'exprime à travers différents supports comme la vidéo, la photographie, le documentaire expérimental, les livres et Internet.

Ses travaux sont visibles dans des galeries, musées, festivals de cinéma et publications artistiques dans le monde entier. Parmi les dernières expositions qui lui ont été entièrement consacrées : Kulturhuste à Stockholm, Depo à Istanbul, Galerie la BANK à Paris et Jack the Pelican à New York.

Elle a participé aux biennales d'Istanbul, Busan et Liverpool. Son travail a été exposé à la Tate Modern de Londres, au Brooklyn Museum de New York, lors de la troisième triennale de Guangzhou, à l'Alternative Space LOOP à Séoul, à l'Institut du Monde Arabe à Paris, à Iniva à Londres, à la Haus der Kulturen der Welt à Berlin, à la galerie Al Hoash de Jérusalem, au Centre Pompidou à Paris, au Museo Reina Sofia à Madrid, au MOCA à Hiroshima et à PhotoCairo4 au Caire.

Son film « A Space Exodus » a été nominé dans la catégorie Meilleur Court Métrage lors du Festival International du Film de Dubai.

Elle vit et travaille à Londres.

Page Web

www.larissasansour.com


"Chroniques de Jérusalem", onze mois dans la ville sainte
France 24 le 15 décembre 2011 par Guillaume COCONNIER


Le roman graphique "Chroniques de Jérusalem", du Québécois Guy Delisle, propose un regard à la fois inquiétant, amusé et instructif sur la ville sainte. À la découverte d’un brassage unique et d'un musée à ciel ouvert où tout peut dégénérer...

Plus de deux ans après son départ de Jérusalem, Guy Delisle évoque avec amertume sa dernière vision de la ville sainte : "Je suis parti avec cette image d’un colon juif prenant possession d’une maison appartenant à des Palestiniens. Et avec l’espoir que Barack Obama, qui venait d’être élu, fasse quelque chose." Mais ce triste épilogue aux onze mois - entre 2008 et 2009 - relatés dans le roman graphique "Chroniques de Jérusalem" (éd. Delcourt) ne saurait occulter le reste d’une expérience unique. Avec simplicité et fraîcheur, le dessinateur a croqué la ville entière, son architecture de musée à ciel ouvert, ses communautés, ses mélanges, ses scènes quotidiennes, ses tiraillements… Le tout avec une intention descriptive, lui qui définit son travail comme "du reportage tranquille, en laissant les choses venir".

Jérusalem et ses contrastes

Il y a d’abord une découverte, celle d’une ville dont il avait "une image un peu faussée, comme tout le monde". Une fois les premiers jours passés à Jérusalem, l’auteur s’immisce un peu plus dans le quotidien des habitants : jours sacrés et chômés, heures d’attente interminables aux check-points, insalubrité et pauvreté galopante dans la partie palestinienne, tension constante entre communautés… "En fait, il s’agit d’une ville où l’on passe de visions de rêve, comme la vue imprenable depuis l’Hospice autrichien, à une réalité assez sombre, avec des soldats armés un peu partout."

Comme pour "Chroniques birmanes" (2007, éd. Delcourt), il aurait pu piocher davantage d’anecdotes de la vie professionnelle de sa compagne pour décrire le train-train quotidien. Pas cette fois : "Documenter une partie de mon travail avec le quotidien de mon épouse qui travaillait pour Médecins sans frontières, c’était déjà fait, je n’avais pas envie de recommencer." Ça ne l’empêche pas de se trouver aux premières loges du conflit israélo-palestinien, rattrapé par l’actualité et assistant, depuis Jérusalem, à l’opération Plomb durci. "Côté israélien aussi, les journalistes n’ont pas ménagé leurs critiques."

Absurdités, drôleries et curiosités

À défaut de récits d’expériences humanitaires, le désarroi était lui bien visible, là, tout proche. "On est souvent confrontés à des choses assez étranges. Le plus absurde, je l’ai vu à Hébron, avec des rues protégées par un grillage au-dessus afin que les colons ne balancent pas leurs ordures sur les Palestiniens." C’est ainsi que le lecteur peut aussi se rendre compte d’injustices flagrantes ou d’incohérences - comme des quartiers ou des rues scindés en deux."Des exemples comme ça, il y a en a tellement…" Le simple fait de croquer le mur de séparation devient même une épreuve ; il a d’ailleurs été prié de quitter les lieux à plusieurs reprises alors qu’il en esquissait les contours.

L’album nous plonge aussi au cœur des trois religions monothéistes, à des jours bien précis. Comme celui de la fête juive de Pourim : "Jamais je n’aurais pensé assister à ça. Des juifs orthodoxes, notamment des très jeunes, complètement ivres, vous imaginez ? Certains portaient le même keffieh que Yasser Arafat ! L’un d’eux m’a même invité à rentrer les voir danser !" À une kippa près, le dessinateur aurait même pu rester !

Ville de rencontres

Puisque Jérusalem regorge d’ethnies et de confessions multiples, l’auteur évoque des gens de toute communauté. Côté palestinien, c’est par exemple la nourrice de ses enfants, dont la maison familiale est appelée à la destruction. Côté chrétien, la représentation pléthorique : Éthiopiens, Grecs, coptes et Syriaques orthodoxes, Arméniens apostoliques, catholiques romains… Côté hébreu ce sont, par exemple, les Samaritains, bien qu’ils ne soient pas considérés comme juifs par les ultras orthodoxes : "C’est la communauté la plus surprenante que j’ai rencontrée. Les Samaritains vivent là depuis toujours, ils n’ont pas de diaspora. Pourtant, ils estiment notamment que Jérusalem est une ville comme les autres."

Et puisque Guy Delisle est aussi prof de dessin, il en a profité pour aller à la rencontre de Palestiniens (jeunes et vieux) passionnés. C’est à cette occasion qu’il a aussi pu montrer son travail, avec notamment une inoubliable présentation de ses nus à un auditoire féminin (voilé) sidéré puis… évaporé. Un vendeur de kébab l’avait pourtant prévenu : "il y a toujours des frontières" à Jérusalem. Bref, une ville à (re) découvrir dans les 333 pages d’une BD remarquable aux plans narratif et graphique !
d'après : http://www.france24.com/fr/20111214-chroniques-jerusalem-guy-delisle-bande-dessin%C3%A9e-roman-graphique-delcourt-israel-palestine-

Tarabut-Hithabrut : Rencontres en France 12/26 novembre 2011

Protection-palestine - publié le dimanche 13 novembre 2011.

"Tarabut-Hithabrut est un mouvement social et politique arabe-juif qui s’occupe des problèmes les plus brûlants en Israël liés à la division des politiques israéliennes d’oppositions entre, d’une part, les luttes contre l’occupation et, d’autre part, les luttes contres les inégalités et pour la justice sociale à l’intérieur du pays"


  Rencontres avec 2 membres de Tarabut-Hithabrut à Paris, Nanterre, Nantes, Bordeaux, Agen, Toulouse, Rouen, Saint-Ouen l’Aumône, Paris



Tarabut-Hithabrut : Qui sommes-nous ?

En Israël – une société qui s’enferme et s’isole tout en écrasant son entourage, qui met ses habitants en danger et tourne ses opprimés les uns contre les autres – il est extrêmement difficile de s’unir afin de lutter contre l’ordre établi. Les élites dominantes ont réussi à surmonter des moments de crise et à accroître leur pouvoir en formant une structure sociale basée sur la division et la désolidarisation des opprimés et des dominés. Face à l’offensive contre leurs droits et la délégitimisation de leurs revendications, les cibles de cette politique d’État ont tendance à s’enfermer, à baisser la tête en attendant que l’orage passe, tout en essayant de survivre, de s’arranger... Au plus, les exploités essayent de limiter les atteintes directes qu’ils subissent en organisant des luttes ciblées, dissociées les unes des autres. Souvent on essaie de s’emparer de l’attention particulière de la part des dominants en se démarquant des autres exploités, surtout de ceux qui sont encore plus faibles. Cela fait partie de la logique du « diviser pour mieux régner » : division et désolidarisation des opprimés qui sont à la base de la société et de la politique israélienne.

Et ici, en France, qu’en est-il ?

Tarabut-Hithabrut est un mouvement social et politique arabe-juif qui s’occupe des problèmes les plus brûlants en Israël liés à la division des politiques israéliennes d’oppositions entre, d’une part, les luttes contre l’occupation et, d’autre part, les luttes contres les inégalités et pour la justice sociale à l’intérieur du pays.

Ses membres viennent de différents contextes : des militants de longue date contre l’occupation, des militants impliqués dans des projets contre les inégalités d’accès à l’éducation, des palestiniens (citoyens de l’état) engagés dans des campagnes pour l’égalité des droits de la minorité arabe en Israël, des militants de longue date contre l’exploitation et la discrimination des juifs orientaux et contre la délégitimisation de la culture arabe, des jeunes « refuseniks » (forme israélienne de l’objection de conscience), des féministes engagées dans des campagnes locales pour les droits des femmes, des étudiants engagés dans la défense de l’éducation supérieure publique contre sa privatisation sauvage, etc...

Au sein de Tarabut-Hithabrut, nous avons tous senti que le militantisme nécessite une vision large et doit se baser sur une analyse concrète des liens entre les différentes formes d’inégalités – par exemple, entre l’extension des colonies en Cisjordanie et la privatisation qui s’étend à l’intérieur de l’état, qui a incorporé des dizaines de milliers parmi les plus pauvres dans le processus colonial en Cisjordanie, en leur faisant profiter des subventions gouvernementales pour l’installation dans les colonies urbaines.

Tarabut-Hithabrut essaie de bâtir un contexte non dogmatique pour penser la pratique et promouvoir la solidarité afin de forger des alliances qui rassemblent les dépossédés et les opprimés à travers un engagement dans les luttes sociales.

D’où le nom : « rassembler », « associer » en arabe et hébreu. Les coalitions peuvent difficilement résister aux pressions énormes et au racisme quotidien dans la société. Nous cherchons à rassembler des personnes, et pas des organisations, pour penser et réfléchir ensemble sans certitudes dogmatiques et pour travailler au changement social et politique.

Tarabut-Hithabrut s’est formé en octobre 2006 à la suite de la campagne contre la guerre au Liban et compte plusieurs centaines de membres actifs. Le mouvement a déjà été actif dans plusieurs luttes :

La campagne contre la dépossession des citoyens Bédouins du Negev/Naqab, spécialement les habitants du village non-reconnu de Al-Arakib, détruit 30 fois par les autorités (2010-2011)

La campagne contre l’éviction des habitants Palestiniens du village de Dahmash, situé entre Lod et Ramla (2010-2011)

La mobilisation contre l’éviction de familles entières de projets de logements sociaux et pour le développement de ces logements (2011)

L’action pour une alliance entre les forces de gauche en Israël et dans les territoires occupés, ayant culminée par la conférence historique réunissant les gauches de deux côtés sur la ligne verte (2011)

La grève générale des étudiants des universités israéliennes contre la privatisation de l’enseignement supérieur (2007-2008)

La campagne contre l’éviction et la dépossession des habitants pauvres des quartiers populaires de Tel-Aviv au profit des intérêts immobiliers, ainsi que celle des résidents arabes de Jaffa qui se sont trouvés face à la gentrification liée à la fois à la « boboïsation », et à la judaïsation de la ville (2007-2011)

Des luttes sur des lieux de travail pour la reconnaissance de syndicats locaux dans des branches professionels non organisées

L’organisation de manifestations contre la guerre à Gaza (décembre 2008)

La campagne contre l’expulsion des travailleurs migrants et des réfugiés (été 2009)

L’action contre le « Plan gouvernemental Wisconsin » visant à l’humiliation des chômeurs et la négation de leurs droits (2008-2010).

Actuellement, Tarabut-Hithabrut joue un rôle clef dans le mouvement de protestation sociale, dite « la manifestation des tentes », cherchant à l’orienter vers les besoins des groupes israéliens périphériques et marginalisés, à concentrer l’attention sur les besoins en logements sociaux, en insistant sur l’importance de prendre en considération les demandes des citoyens palestiniens discriminés et sur la nécessité de développer une démocratie radicalement plus profonde en Israël.

En même temps Tarabut a cherché à apporter des idées et analyses nouvelles dans le débat publique : nous avons pressé la gauche israélienne de soutenir la revendication de la minorité arabe-palestinienne pour une pleine égalité – y compris la reconnaissance de ses droits collectifs - et de comprendre que la démocratisation de la société israélienne, demandée par les représentants de cette minorité, est dans l’intérêt de tous les groupes non-privilégiés en Israël. Sans renoncer au but d’un retrait total d’Israël des territoires occupés et à la création d’un vrai état palestinien indépendant. Tarabut-Hithabrut soutien la volonté de faire d’Israël un État juif-arabe garantissant la totale égalité de ses deux peuples.

http://www.tarabut.info/en/articles...

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article11293

CINÉMA UTOPIA LE  25 NOVEMBRE À ST OUEN L'AUMÔNE, LE COLLECTIF BDS VAL D'OISE ET DIFFÉRENTES ASSOCIATIONS PRO PALESTINIENNES SERONT PRÉSENTES AU COTÉ DE TARABUT



"Une bouteille à la mer'', de Binisti, vainqueur à St Jean de Luz

eitb.com-16/10/2011

Festival Jeunes Réalisateurs

Le Festival des Jeunes Réalisateurs de St Jean de Luz consacre une histoire ancrée dans la douleur du conflit israélo-palestinien, tandis que Mélanie Laurent a conquis les spectateurs.

  • ''Une bouteille à la mer"Une bouteille à la mer" de Thierry Binisti, qui sortira à la fin de l’année dans les salles de cinéma, a remporté le trophée de la Chistera d'Or du meilleur film du Festival des Jeunes Réalisateurs de St Jean de Luz (Pays Basque nord), tandis que le premier film de l'actrice française Mélanie Laurent, "Les Adoptés", avec le Prix du Public et celui du Jury Jeunes, est le vrai coup de coeur de cette 16ème édition.

Issu du roman de Valérie Zenatti, "Une bouteille dans la mer de Gaza", ce deuxième long métrage du cinéaste renouvelle le genre du film épistolaire : au lieu de lettres, ce sont des emails que s’échangent les deux héros, Tal, jeune Française de 17 ans installée à Jérusalem avec sa famille et un jeune palestinien de la bande de Gaza, Mahmoud Shalaby. Avec subtilité et équilibre, le réalisateur met en relief les contradictions mais également les convergences de deux personnages qu’un conflit et un mur empêchent de se rapprocher.

"Les adoptés" de Mélanie Laurent (en salles le 23 novembre) raconte l'histoire d'une famille de femmes que la vie a souvent bousculée mais qui est parvenue avec le temps à apprivoiser les tumultes. Les hommes ont peu de place dans cette vie et naturellement quand l'une d'entre elle tombe amoureuse tout vacille.

Le jury, présidé par Catherine Jacob, a attribué la chistera du meilleur réalisateur à Michaël R. Roskam pour son premier long métrage, "Bullhead" (Belgique) qui évoque l'histoire d'un éleveur trafiquant d'hormones associé à un vétérinaire sans scrupule (le film se voit également récompensé par le prix de la meilleure interprétation masculine, pour Matthias Schoenaerts)

Avec une convivialité ressentie dans les rangées des spectateurs mais également sur le visage des nombreuses personnalités invitées pour cette 16ème édition, ce Festival continue de séduire durablement, dans un créneau pourtant pas toujours convaincant de "têtes de gondoles du cinéma français".

La magie du lieu, le cinéma Le Sélect de St Jean de Luz, et un automne particulièrement clément, auront sans doute permis d'accentuer encore le plaisir de ces rencontres (auxquelels auront assisté 4.000 spectateurs payants).


Mahmoud Darwich, une poésie universelle
El Watan.com - le 07.08.11 | 01h00

Scène du workshop Darwish Silence pour Ghaza.

Depuis la disparition de Mahmoud Darwich, sa parole, pétrie d’humanité, porte bien au-delà de la Palestine. Elle résonne dans tous les cœurs vibrant de liberté. De scène en scène, le verbe du poète prend son envol vers l’universel.

Avignon (France)
De notre envoyé spécial
 

En Avignon, il nous a été offert le vrai cadeau de voir Quand m’embrasseras-tu ? Un beau spectacle constitué à partir des textes du défunt poète palestinien Mahmoud Darwich. «Sa poésie est une arme, un cri d’amour qui devrait nous réveiller, nous, la communauté humaine, et nous faire sortir de notre léthargie pour évoquer toute la beauté qui nous entoure», justifie la compagnie Brozzoni qui l’a créé : «Choisir Darwich, c’est choisir la poésie, parce que c’est une force qui tient à son mystère.» Le metteur en scène, Claude Brozzoni, a découvert Darwich de façon fortuite.

Une amie lui avait remis un de ses recueils. «Quand j’ai lu le premier poème, je me suis dit ‘‘je ne comprends pas’’. Puis, j’ai fait confiance à son intuition, je suis parti avec sur la route du pèlerinage de Compostelle, 2000 kilomètres à pied. Mahmoud est progressivement rentré en moi. Au retour, en Bretagne, j’ai écrit le spectacle. Le texte est universel et parle à tout le monde, on peut le ramener à chacun d’entre nous. On a travaillé sur l’énergie, sur l’amour que les textes portent.»

Brise dans le désert

Pour lui, il est certain que Darwich est déjà entré dans la postérité. Il est dans le panthéon universel des poètes. «Quand on l’a classé comme le poète qui parle de la Palestine, bien sûr qu’il ne l’a pas renié, mais en même temps, il savait qu’il était plus que cela. On souhaite, incha’Allah, que le problème de la Palestine se résolve dans un partage équitable et, le jour où cela sera réalisé, le poète ne disparaîtra pas car il a la dimension des grands poètes du monde. Nous ici, on le découvre peu à peu. Notre volonté c’est de le faire connaître encore plus. On retrouve la joie, la puissance de l’auteur, c’est une brise dans le désert, un bouquet de fleurs, une tempête, une eau qui rafraîchit, une source. Cela s’est génial. Il porte la parole du monde.»

Sur scène, ils sont trois à le faire vivre : deux musiciens, Georges Baux et Claude Gomez, et un conteur diseur, chanteur, vibrant de sincérité, de passion et d’énergie, Abdelwaheb Sefsaf, d’origine algérienne, accompagné d’un dessinateur qui rythme de son art en arrière-plan du plateau les chansons et poésies de Darwich. Ils donnent voix et corps à la parole d’un poète qui a continué, malgré le désespoir vécu, «de chanter la terre, sa beauté et par-dessus tout à évoquer l’amour. Parce que cette voix est belle, qu’elle ne se complaît ni dans le cynisme, ni dans la morosité, ni dans la détresse, parce qu’elle est lyrique et humaniste, elle dit surtout l’espoir de tous et de chacun», explique Claude Brozzoni.

Les concepteurs citent Mahmoud Darwich : «Sans doute, avons-nous besoin aujourd’hui de la poésie, plus que jamais. Afin de recouvrer notre sensibilité et notre conscience de notre humanité menacée et de notre capacité à poursuivre l’un des plus beaux rêves de l’humanité, celui de la liberté, celui de la prise du réel à bras-le-corps, de l’ouverture au monde partagé et de la quête de l’essence.»

Jouer dans des endroits improbables

La compagnie Brozzini a déjà des contacts pour jouer dans plein d’endroits, comme les plus improbables : «On va le jouer en prison, à côté de Chambéry, dans les maisons de retraite. Le spectacle est un acte poétique, un moment de partage, comme avec les personnes âgées, les gens en parcours d’alphabétisation, les quartiers difficiles, vers les populations magrébines, et après on se retrouve autour d’un couscous, c’est un auteur d’amour, de passion, de partage, et la culture arabe est une belle culture qu’on doit connaître et vivre ensemble.Ce montage poétique, où la sincérité est offerte en partage, gagnerait à être vu par le plus grand nombre.



Hommage à

Jorge Semprun : Voyageur de l’humain
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El Watan, le 11.06.11

zoom | © D. R.

Fidèle à ses engagements et à ses passions humanistes, indépendant d’esprit, Semprún s’est toujours porté au-devant des causes qui le touchaient. Il avait connu l’Algérie probablement lors du tournage du film Z, de Costa Gavras en 1969. Depuis, une belle idylle avec l’Algérie et les Algériens.

Prolongeant son soutien à l’indépendance de l’Algérie, certains de ses scénarios sont d’ailleurs liés, de différentes manières, à la guerre de Libération nationale, comme Objectif 500 millions (1966), de Pierre Schoendoerffer, ou Ah, c’était ça la vie ! (2010) de Frank Apprenderis. Il était revenu à Alger en 2001, pour y préparer l’adaptation au cinéma du roman de Boualem Sansal, Le Serment des barbares, projet qui n’a finalement pas vu le jour. A plusieurs reprises, durant la décennie noire de l’Algérie, il a exprimé clairement sa solidarité et son soutien au peuple algérien, dénonçant les assassinats d’intellectuels, d’artistes et de journalistes, dans un élan d’indignation (un mot qui résonne aujourd’hui à Madrid) qu’il a toujours conservé pour la défense des victimes de toutes sortes et des démunis de la terre.

Voyageur, il l’était assurément de multiples manières. Mais dans l’humain d’abord. Dans une interview de décembre 2008 acccordée à la revue Ulysse, il affirmait : «Le voyage pour moi est une expérience vitale. En réalité, j’ose même dire que toute ma vie est un voyage». Et, mardi dernier, tandis qu’il accomplissait à Paris son ultime voyage, à l’âge de 87 ans, Jorge Semprún – s’il est vrai que l’on voit défiler toute sa vie au point de l’agonie –, a dû passer en revue l’immense voyage que fut effectivement sa vie : voyage à travers les espaces et le temps, voyage entre les classes sociales, voyage entre les grands moments de l’histoire, voyage dans le monde des idées, voyage encore entre la littérature, le cinéma, le théâtre, la poésie et la politique…

Né le 10 décembre 1923 à Madrid, dans une grande famille castillane, Jorge Semprún Maura (le Maure ?), appartenait à une grande famille castillane, attachée aux valeurs de la tradition catholique tout en étant d’une ouverture remarquable. Sa mère était la fille d’Antonio Maura, qui fut par deux fois Premier ministre (1903 et 1907) et son père, José Maria Semprún, avocat et professeur de droit, qui avait été gouverneur des provinces de Tolède et de Santander, fut parmi les rares hommes de son rang à demeurer fidèle au gouvernement du Front populaire en 1936. Durant cette période, qui allait entraîner l’Espagne dans une guerre civile meurtrière, et considérée comme le laboratoire de la Seconde Guerre mondiale, la mère de Jorge brandissait de son balcon luxueux le drapeau rouge du Front ! Avec de tels parents, Semprún a bénéficié, dès son jeune âge, à la fois d’une solide instruction et éducation et d’un esprit non-conformiste.                   
 
Avec la guerre, la famille nombreuse (sept enfants) s’installe aux Pays-Bas, où le père représente la République espagnole.  
n deux ans, Jorge apprend à la perfection le néérlandais, se préparant déjà à devenir le grand polyglotte qu’il fut. Suit l’exil en France et il entre au prestigieux lycée Henri IV de Paris, brillant élève qui obtient le 2e prix de philosophie au concours national, décroche haut la main son baccalauréat et entre à la Sorbonne pour y étudier la philosophie. A 17 ans, il est déjà habité par la politique et participe à divers manifestations et activités antifascistes. Avec l’occupation allemande, il entre dans la résistance dans le fameux réseau FTP-MOI (Francs tireurs et partisans - Main d’œuvre ouvrière immigrée) et adhère au Parti communiste espagnol en 1942.
Du fait de son engagement, de ses connaissances linguistiques et autres, il est affecté au réseau Buckmaster qui était en liaison directe avec les services secrets britanniques.

Dans les maquis de l’Yonne, il participe aux télécommunications avec Londres, aux parachutages d’armes et à leur distribution aux résistants. Mais, en octobre 1943, il est arrêté par la Gestapo et déporté au camp de concentration de Buckenwald (près de Weimar en Allemagne), expérience terrible qui le traumatisera, au point qu’il s’imposera vingt ans après sa libération un silence, mais qui déterminera profondément ses engagements futurs ainsi que son écriture littéraire centrée sur cette période. Quand en 1992, soit quarante ans plus tard, il revient pour la première fois à Buckenwald, il fait une découverte surprenante. Dans les archives du camp, il découvre sa fiche où figure comme profession, celle de plâtrier. Le déporté communiste, qui avait rédigé ce document sous la garde des SS, avait inscrit «stuckarbeiter» au lieu de «student» comme déclaré, lui sauvant certainement la vie, car l’administration du camp veillait à conserver la main-d’œuvre qualifiée !

Peu avant l’arrivée des troupes alliées, en avril 1945, Semprún participe au soulèvement des déportés. A la fin du mois, il arrive à Paris et, sans doute emporté par son enthousiasme, chute du train. En convalescence chez sa sœur en Suisse, il commence à rédiger ses mémoires de la déportation, mais ce travail le trouble durement et il décide alors d’entrer dans ce qu’il appellera «l’amnésie volontaire». Il reprend ses activités au sein du PCE, devenant un membre influent chargé, notamment, du travail clandestin en Espagne et des relations avec les intellectuels. De 1953 à 1962, il fait de nombreux séjours clandestins dans son pays, recherché par la police de Franco. Mais, il est de plus en plus en désaccord avec la ligne du parti et la découverte de l’utilisation du camp de Buckenwald par le KGB l’écœure profondément.

En 1964, il est exclu du parti, ce qui lui permet d’entamer sa carrière littéraire. Il écrit plus de vingt ouvrages, entre romans, récits et essais et participe à plusieurs publications collectives. Son passage dans les locaux de la Gestapo, sa déportation, son activité partisane et sa vie d’exilé en France constituent la source principale, mais non exclusive, de ses écrits. Il a reçu de nombreuses distinctions : le prix Formentor (1963), le prix Femina (1969), le Prix des éditeurs et libraires allemands (1994), le Prix littéraire des droits de l’homme et celui de la ville de Weimar (1995), le prix italien Nonino (1999), le prix Ulysse pour l’ensemble de son œuvre (2004)… En 1996, il est élu à l’académie Goncourt et l’Académie française a voulu aussi l’intégrer, sauf qu’il ne s’était pas naturalisé français.

Dramaturge, on lui doit plusieurs pièces de théâtre, mais c’est surtout en tant que scénariste de cinéma qu’il s’est illustré à travers près de 20 films, dont plusieurs avec Costa-Gavras (Z,  L’Aveu, Section spéciale). Il faut signaler ici un épisode particulier de la vie de Jorge Semprún, le seul où il accepta d’occuper des fonctions politiques. En 1988, en effet, le chef du gouvernement espagnol, le socialiste Felipe Gonzalès, lui propose d’intégrer son équipe en tant que ministre de la Culture. Après quelques hésitations et interrogations, Semprún accepte la proposition. En désaccord avec des proches de Gonzalès, car trop indépendant pour se fondre dans le moule, il va jusqu’à critiquer certains membres du gouvernement et doit quitter ses fonctions en 1991. Il tirera de cette expérience un ouvrage, Federico Sanchez vous salue bien (1992), utilisant le pseudonyme de sa période de communiste clandestin. T

rès lucide, il déclara plus tard, citant André Malraux, ministre de la Culture du général de Gaulle, qu’un ministre de la Culture devait disposer de temps et de budget. Il ajoutait : «Je n’ai eu ni l’un ni l’autre, le bilan personnel est positif, mais le bilan ministériel est, disons, plutôt nul». Lucide mais sévère avec lui-même, car la culture espagnole sous son autorité a glané quelques avancées, au moins initiatrices d’un renouveau. Autre dimension de Semprún, celle de l’Européen affirmé et convaincu. Fils de diplomate ayant vécu en plusieurs lieux du continent, ayant vécu directement deux tragédies européennes, la guerre civile espagnole et la Seconde Guerre mondiale, polyglotte et érudit, il a souvent été considéré comme un modèle d’européanité. Il a d’ailleurs écrit, avec l’ancien Premier ministre français, Dominique de Villepin, L’Homme européen (2005).

Avec ses ouvrages, lui qui s’était fermé à ses souvenirs, a repris le fil de sa mémoire, soulignant même l’importance vitale de celle-ci, mais gardant un regard critique sur ses excès. Ainsi, écrit-il : «Il y a l'absence de mémoire et la mémoire exaspérée à laquelle on ne peut pas toucher sans être accusé de révisionnisme. La mémoire de l'extermination des juifs, en Europe, ne s'est pas manifestée avant les années 60. Par culpabilité des rescapés et incrédulité des autres. Aujourd'hui, c'est l'inverse. Avec le risque, non de bloquer l'avenir mais de rendre plus difficile l'audace pour aborder le présent. Je n'aime pas le mot Shoah, un mot hébreu, un peu mystérieux qui ajoute à la sacralisation de la mémoire. Alors que, pour être partagée par tout le monde, cette mémoire doit être laïque, uniquement historique et donc susceptible d'être étudiée de manière rationnelle.»

En 1989, alors que l’université de Tel-Aviv lui décerne un Doctorat Honoris Causa, il fait grincer bien des dents en proclamant le droit des Palestiniens à leur terre, déclarant : «Les citoyens d’Israël n’ont pas survécu à une telle guerre d’extermination pour se retrancher derrière leur raison d’être, pour demeurer immobiles en son sein. Ils ont survécu pour inventer une solution à ce qui semble ne pas en avoir. (…) Et sans doute qu’en cela, ils pourront être aidés par l’exemple lointain mais perdurable, qui nous est cher, de Rabbi Moshé Ben Maimon, Maïmonide, le Sefardi, qui fut forcé de fuir l’Espagne à cause de l’intégrisme des Almohades, qui trouva refuge au Caire, qui écrivit parfois en arabe et parfois en hébreu, qui fut un défenseur du dialogue entre toutes les cultures et l’ennemi de toutes les intolérances, qui fut un Maître pour les gens perplexes et un exemple de lucidité, et qui dort du sommeil des Justes à Tibériade, en cette terre d’Israël et de Palestine, la patrie des uns aussi bien que des autres.»

Attaché à la mémoire de l’horreur nazie, il l’inscrivait dans un humanisme par définition ouvert. Mais son engagement, né des tortures de sa chair et de son esprit, lui a valu pourtant d’être taxé parfois d’antisémite ! Ainsi, le 31 janvier de cette année, au Mémorial de Caen, quant un jeune avocat de 24 ans, Mahmoud Arqan, remporta le concours de plaidoiries pour les droits de l’homme en défendant en arabe une palestinienne qui, bloquée à un check-point de l’armée israélienne, perdit son bébé, c’est Jorge Semprun qui reçut après une volée d’accusations et d’insultes en tant que président du jury ! 
d'après : http://www.elwatan.com/hebdo/arts-et-lettres/jorge-semprun-voyageur-de-l-humain-11-06-2011-128151_159.php


Anaïs Barbeau-Lavalette: advienne que pourra

moncinéma.cyberpresse.ca / Nathalie Petrowski - dimanche 8 mai 2011


«Le monde arabe fait peur et moi, je veux en montrer la beauté des paysages et des gens», dit Anaïs Barbeau-Lavalette, qui partira dans un mois pour la Palestine.
PHOTO: François Roy, La Presse

Dans un mois, Anaïs Barbeau-Lavalette partira avec armes, bagages et bébé pour la Palestine. Elle ira préparer le tournage de son prochain long métrage Inch Allah, qui porte sur l'amitié entre une travailleuse humanitaire québécoise et une Palestinienne. En attendant, elle se souvient du baiser sonnant qu'elle a reçu de Yasser Arafat trois mois avant sa mort.

T'as jamais eu peur? C'est la première question que j'ai posée à Anaïs Barbeau-Lavalette dans le petit café déglingué du Mile End où elle venue me rejoindre avec Manoë, son adorable poupon de 6 mois. Je venais de terminer la lecture d'Embrasser Yasser Arafat, écrit au fil de ses séjours en Palestine, ce pays blessé et assiégé où elle a étudié l'arabe, tourné un documentaire, rencontré Arafat et noué de nombreuses amitiés.

Parmi ses chroniques palestiniennes, une raconte la mort de Yussef, un jeune Palestinien écrasé sous ses yeux par une jeep de l'armée israélienne à Ramallah. Anaïs était sur le trottoir d'en face avec son coréalisateur Arnaud Bousquet quand l'incident est arrivé. Ils ont décidé de filmer la scène puis, à la demande des parents de l'enfant, à la faire diffuser sur la chaîne Al-Jazira. Dans ses chroniques, Anaïs écrit de manière simple et poignante deux petites phrases qui disent tout: «Le corps de Yussef repose sans vie au milieu de la rue. J'ai du sang sous mes souliers.»

C'est en pensant au sang de Yussef et à cette région du monde où la violence explose à n'importe quel moment et où la mort surgit au détour des rues que j'ai demandé à Anaïs si elle n'avait pas peur. Peur pour son bébé et pour toute la tribu qui l'accompagnera pour le tournage d'Inch Allah en octobre prochain: ses parents, son amoureux, le comédien Émile Proulx-Cloutier, et sa belle-mère, Danielle Proulx, tous du voyage pour s'occuper de Manoë. Après m'avoir assurée de son extrême prudence et du fait que son bébé ne prendra pas un seul autobus, elle m'a confié que ses vraies peurs étaient ailleurs que dans les rues défoncées de Ramallah.

«Ma plus grande peur, c'est que je suis allée à Téléfilm alors que j'étais enceinte de huit mois. J'ai eu peur qu'ils refusent de financer mon film parce que j'étais sur le point d'accoucher. Par la suite, j'ai eu peur d'être tassée parce que j'étais une jeune maman, censée rester à la maison avec son bébé, ce que je fais aussi. C'est des choses comme ça qui me font peur. En même temps, quand j'entends les femmes cinéastes se plaindre qu'elles ne tournent pas assez, j'ai de la difficulté à m'identifier avec leur discours. Je n'ai jamais senti que je travaillais moins parce que j'étais une fille.»

Impossible de le nier: à 32 ans, Anaïs Barbeau-Lavalette a une feuille de route cinématographique enviable. Elle a déjà à son actif sept documentaires, dont plusieurs ont été primés, un premier long métrage (Le ring), un deuxième en chantier et la série télé sur ARTV, Les voix humaines, dont elle a imaginé le concept et réalisé des épisodes. Ajoutez à cela un roman (Je voudrais qu'on m'efface), un recueil de chroniques (Embrasser Yasser Arafat), un bébé et deux campagnes électorales où elle a milité activement contre Harper, d'abord du côté des artistes au moyen du projet vidéo Unissons nos voix, puis cette fois pour le vote des jeunes avec la campagne web Protégez vos arrières.

Attachement à la Palestine

Bref, voilà une jeune femme fort occupée, qui veut tout faire en même temps et mordre dans la vie à pleines dents. Reste que cela n'explique pas son attachement intense à la Palestine.

«Le monde arabe fait peur et moi, je veux en montrer la beauté des paysages et des gens. Cela dit, mon attachement est paradoxal dans la mesure où il n'y a pas un pays qui me ressemble moins que ce pays-là. Moi, à cause de la façon dont j'ai été élevée, j'ai une soif immense de liberté. Or, la liberté n'est pas ce qu'on trouve en grande quantité en Palestine et pourtant, on dirait que j'ai besoin de retourner dans ce pays pour me livrer à une sorte de confrontation identitaire avec moi-même, pour me sortir de mon confort douillet et me brasser intérieurement. La Palestine, c'est une sorte de grand défi personnel.»

Autant dire que ce n'est pas le seul défi que s'est lancé cette jeune femme téméraire, fille de la cinéaste Manon Barbeau et du directeur photo Philippe Lavalette, et petite-fille du peintre et signataire de Refus global Marcel Barbeau. À 20 ans, Anaïs a quitté son adolescence dorée d'Outremont et ses amis du Collège Stanislas pour aller monter Le Petit Prince dans les bidonvilles du Honduras avec des enfants de la rue.

C'était au lendemain d'un ouragan dévastateur qui avait laissé une partie du pays en ruine. Pendant une année complète, elle a répété d'arrache-pied avec des enfants poqués, drogués à la colle, sales et mal nourris. Puis, après la présentation du spectacle dans un grand théâtre national, elle est partie en vacances au Guatemala où elle a été prise en otage par des guérilleros qui ont failli lui faire la peau.

Après le Honduras, il y a eu l'Argentine et puis son coeur voyageur s'est mis à battre pour la Palestine où elle a séjourné au moins huit fois, dont la toute première fois pour apprendre l'arabe et étudier les sciences politiques à l'Université Birzeit. Mais ce n'est pas parce qu'elle a rencontré Yasser Arafat dans son parlement en ruine trois mois avant sa mort ni parce qu'il lui a plaqué un baiser sonore sur la bouche que la Palestine a toujours été accueillante à son égard.

«La violence extrême de ce pays m'habite autant que les odeurs et l'authenticité des rires explosent derrière les portes fermées. Reste que voyager en Palestine quand tu es une femme, c'est dur. Il m'est arrivé quelques mauvaises expériences dont je n'aime pas parler parce que je n'ai pas envie que ces souvenirs malheureux ternissent toutes les belles choses que j'y ai vécues. Cela dit, quand je suis là-bas, je sais où aller et où ne pas aller. Je ne me promène pas en minijupe, mais couverte jusqu'au cou. Pantalons, manches longues, foulard, bas dans mes sandales, y a pas un pouce de peau qui dépasse. Et quand je reviens à Montréal, c'est fou, mais ça me prend des semaines avant de me redécouvrir à nouveau.»

Le jour de notre rencontre, Obama venait d'annoncer la mort d'Oussama ben Laden. J'étais curieuse de savoir ce qu'Anaïs en pensait. «Ma première réaction a été d'avoir peur des répercussions, car son mythe dans ces pays-là est fort. Il n'est pas rare de voir des affiches à son effigie dans les marchés. Mais je n'étais ni triste ni soulagée. J'aurais préféré qu'ils restent discrets au lieu de faire tout un spectacle avec ça.»

À six mois du début du tournage de Inch Allah produit par Micro_scope, la boîte qui a produit Incendies, Anaïs affirme que non seulement elle va tourner son plus gros film, mais également son rêve de cinéaste. Elle refuse d'avoir peur, mais remercie le ciel d'avoir pu réaliser dans la même région le documentaire sur le tournage d'Incendies. Bref, elle sait exactement où elle s'en va et elle le fait en plus avec son père Philippe Lavalette qui sera son directeur photo et qui, dit-elle, fait ressortir le meilleur d'elle-même.

L'entrevue est terminée lorsque, pour la dernière fois, j'essaie de comprendre ce qui pousse cette jeune femme à braver tant de dangers. Anaïs me regarde droit dans les yeux et me lance sans sourciller qu'elle pense à la mort constamment et que c'est l'idée qu'elle pourrait mourir n'importe quand qui la pousse à vivre intensément chaque minute de sa vie. J'en déduis que l'adage «Advienne que pourra» n'est pas que le titre en français de son film. C'est le titre de sa vie.




En hommage à un départ douloureux .

J’écris ce texte pour rendre hommage à mon ami Hani qui s’est fait assassiné par les soldats israéliens dans le camp de Balata le 18 avril 2008. Paix à son âme !


Je t’écris de nouveau que tu me manques ...
Peut être pour soulager une solitude qui nous mord à la pénombre ...
Quand on va avec la déception aux étoiles ...
Là où nous cherchons ce qu’on a perdu un jour ...
J’essaie de te chercher ...
chercher ta silhouette ...
ta voix...
Et je ne te trouve qu’à l’intérieur de moi ...
Une fleur de jasmin blanche, à ce moment là, je poursuis une discussion qu’on a déjà commencée ...
Je prendrai l’habitude de t’écrire ...
la nuit ...
tu étais toujours l’homme de la nuit ...
là bas entre les ruelles qui te gardaient avec le silence des hommes patients ...
et le langage nostalgique que tu maitrisais avec un charme mystérieux ...
je t’écrirai sur une page du ciel ... des mots qui t’appartiennent.
Une autre année passe ...
et rien ne grandit en moi excepté toi ...
chez toi, les rêves et les souhaits s’arrêtent enlaçant ce qui étaient de plus beau ...
des moments du bel âge ...
ton âge à toi ...
Les moitiés hommes et les moitiés patriotiques sont encore sales ...
Ils montent sur les vagues de patrie avec beaucoup de lâcheté ...
c’est ça, le nouvel investissement ...
ils sont devenus des hommes d’affaires ...
ne t’inquiète pas ... nous sommes les responsables...
non pas toi ...
Nous sommes comment ... ?
Mal, Dieu merci ! Pourquoi tu veux que cette question soit toujours posée ... ?
Vous avez la meilleure patrie au ciel ...
et nous avons ce qu’il reste des rêves de la patrie ...
et ces voleurs nombreux ...
Je t’écris, mon ami, avec beaucoup de honte ...
parce que je suis encore vivant ...
parfois si on ne meurt pas aux beaux temps, on ne mérite rien d’autre après ...
Je t’écris maintenant après un silence douloureux ...
avec plus de tristesse ...
les souvenirs m’envahissent maintenant ...
Que faire ?
Je me sauve où de toutes les discussions remises à plus tard ...
des rires remis à plus tard ...
d’une patrie qui était toi ...
Où ??
Où...?
Et tes alphabets m’habitent dans la sombre noire ...
me couvrent ...
et je construit avec eux tous les dialogues ...
et tous les rêves remis à plus tard ..
Ahmad Jaayssa

Jaffa, une histoire israélo-palestinienne

Marie Medina - BabelMed
publié le mardi 12 avril 2011.

Le documentariste israélien travaille depuis longtemps sur les archives, sur les questions de représentations et de propagande. Il s’attache particulièrement à "la mémoire des choses qui sont niées".

"En 1990, je suis tombé sur un article sur la privatisation de la marque de Jaffa", raconte Eyal Sivan dans un entretien accordé à BabelMed à Paris. Il juge cette mesure "ironique" et "presque cynique". "On prend un symbole national (...) et on considère que c’est un produit capitaliste. Je trouve que c’est marrant", s’amuse-t-il. Un premier projet de documentaire n’a pas abouti mais le réalisateur a relancé son travail en 2007. Ont suivi plusieurs années de recherches sur les documents d’époque - photographies, tableaux, publicités, reportages - et des interviews avec des témoins et des intellectuels, dont le Palestinien Elias Sanbar.

Dans "Jaffa, la mécanique de l’orange", qui vient de sortir en DVD, Eyal Sivan utilise l’orange comme un "fil conducteur" pour dérouler l’histoire de son pays, mais aussi comme une "réflexion politique" : "l’orange, c’est quelque chose qui est commun", insiste-t-il. Les deux peuples l’ont cultivée sur la même terre, autrefois ensemble, même si cette coopération passée a été occultée dans les deux mémoires collectives. En outre, le réalisateur déconstruit l’idéologie qui veut que les Juifs aient rendu à la Palestine sa fertilité longtemps négligée, ce célèbre mythe selon lequel Israël a fait fleurir le désert, tout ce discours qui a fait de l’orange un symbole du sionisme.

En réalité, les orangers embaumaient la région de Jaffa avant la naissance du sionisme et plus encore celle de l’État d’Israël. Autour de ce vieux port méditerranéen poussaient des oranges shamounti, un peu ovales, sans pépin, faciles à éplucher et résistantes aux longs trajets. Ces agrumes étaient appréciés jusqu’à Istanbul et Alexandrie. La première mention écrite des oranges de Jaffa trouvée par Eyal Sivan remonte aux années 1850. Un consul britannique en poste en Palestine ottomane en envoie quelques unes au Foreign Office pour la reine Victoria. La réputation du fruit est désormais assise, même s’il reste un produit de luxe.

A la fin du XIXème siècle commencent les vagues d’immigration juive en Palestine. "Ce n’est pas encore le sionisme politique" puisque "ces Juifs ne viennent pas du tout pour un État", analyse Eyal Sivan. "Ils ne se voient pas comme des colons. Ils sont plutôt dans une tentative d’intégration, voire d’assimilation". Or, à cette époque-là, "l’une des activités de la Palestine, c’est la culture des oranges, avec les hommes d’affaires arabes", explique le réalisateur. Il l’affirme : "Ce ne sont pas les sionistes qui amènent la modernité en Palestine". Parmi les nouveaux arrivés, certains trouvent du travail dans les plantations arabes, d’autres, des hommes d’affaires qui ont gardé des contacts en Europe, font du commerce avec les exploitants locaux. "Donc il y a un moment d’industrie commune", assure Eyal Sivan.

La coopérative Pardès est fondée en 1900 pour mettre les moyens en commun, organiser l’exportation des oranges de Jaffa et la conquête des marchés étrangers. A l’époque, les Arabes possèdent la plupart des orangeraies et dominent les transports maritimes. En 1926, sous le mandat britannique, est créé le Conseil des agrumes, qui regroupe des Juifs et des Arabes. Des normes de conditionnement sont mises en place pour exporter les oranges Jaffa, notamment vers le port de Liverpool. Pendant toute cette période, qu’Eyal Sivan décrit comme "le summum de l’industrie commune", il n’est pas rare que Juifs et Arabes travaillent ensemble dans les vergers et dans les usines d’emballage.

"Mais il commence à y avoir de la compétition économique", explique le réalisateur. Quand éclate la Grande Révolte arabe (1936-39), six mois de grève paralysent le port de Jaffa et les Britanniques autorisent l’ouverture du port de Tel Aviv, qui sera utilisé par les entreprises juives. Cette séparation intervient alors que depuis quelques années, les sionistes de gauche appellent à favoriser le travail hébreu (avoda ivrit) : ce boycott consiste pour les entrepreneurs juifs à ne pas embaucher d’Arabes mais aussi à ne pas commercer avec les Juifs qui emploient des Arabes.

"C’est le paradoxe du sionisme de gauche", souligne Eyal Sivan. "La droite libérale, elle était coloniale au sens capitaliste" du terme, c’est-à-dire qu’elle voyait les indigènes comme "de la main-d’oeuvre exploitable". "Le sionisme de gauche, en étant critique du colonialisme, il est dans un colonialisme racial, ethnique", analyse le documentariste. "Le kibboutz, c’est une structure socialiste égalitaire dont les membres sont tous juifs - il n’y a pas d’Arabes dans les kibboutz. Mais c’est aussi une façon pour la gauche sioniste de dire : on n’est pas des colonialistes puisque justement on ne veut pas exploiter les indigènes".

Cette démarcation idéologique perdure "jusqu’à aujourd’hui", remarque Eyal Sivan. "La droite israélienne, elle veut garder les territoires, ça veut dire qu’elle veut garder les Arabes", interprète-t-il. L’autre côté répond en brandissant la menace démographique, ce qui fait dire au réalisateur que "la gauche sioniste, elle est pour se séparer des territoires parce que c’est le seul moyen de se séparer des Arabes".

Lors de la guerre de 1948, qui entoure la création de l’État d’Israël, la majeure partie de la population arabe de Jaffa fuit les combats et les bombardements ; beaucoup de Palestiniens s’échappent sur des bateaux ou des canots. Ensuite, les orangeraies "abandonnées" passent sous le contrôle de l’État hébreu qui confie leur gestion à des Israéliens.

Pour les Palestiniens, la perte de Jaffa signifie bien plus que la dépossession des vergers. La ville qui a été détruite était leur capitale économique et culturelle, souligne Eyal Sivan, en évoquant les cinémas et les théâtres qui animaient la cité, ainsi que les sept journaux quotidiens qui y paraissaient.

"Les sionistes disent que les Arabes voulaient jeter les Juifs à la mer", rappelle Elias Sanbar dans le documentaire. "La victime est accusée du crime qui est commis contre elle".

C’est pour cela que les Israéliens craignent - et rejettent - le droit au retour des Palestiniens, considère Eyal Sivan. Ils redoutent que les réfugiés, en revenant, ne les expulsent à leur tour : "Ils ont peur de ce qu’ils ont fait".

http://www.babelmed.net/Pais/M%C3%A... ?c=6556&m=34&l=fr




LA TERRE PARLE ARABE
Samedi 2 Avril à l'ENS Paris - à partir de 18h



Soirée Culturelle avec l’intervention de :

Nur Masalha Historien d’origine palestinienne, professeur et chercheur au St Mary's University College
Yasser Qous
Représentant de la Communauté Africaine à Jérusalem
Taher Elabadi
Président de l’Union Générale des Etudiants de Palestine - France

Avec une projection de « la Terre parle Arabe », un film de Maryse Gargour.

ENS 45 rue d'Ulm 75005 Paris / Amphithéâtre Rataud
Bâtiment de la Bibliothèque de l'ENS, 1er sous-sol.

d'après : http://www.gups-france.org/


Le Trio Joubran
 
Nous avons l'immense bonheur de vous annoncer que 
Le Trio Joubran se produira sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées à Paris le lundi 4 avril prochain à 20H30, pour une soirée exceptionnelle.

« Il y a beaucoup à apprendre et à vivre dans la proposition de ce trio virtuose du sentiment musical » Le Monde
 
« Ce troisième album inspiré du Trio Joubran est sans doute le meilleur espoir de jours meilleurs en Palestine. » Vibrations
 
 
A l’occasion de ce concert, les fabuleux percussionnistes que sont Yousef Hbeisch et Yousef Zayed, accompagnés à la voix par l’excellent Dhafer Youssef, viendront compléter notre jeu de cordes.
 
Vous pouvez réserver ou acheter vos places pour le concert au :
 
 
 
Dans l’attente de l’infini plaisir que nous aurons à partager cette soirée avec vous...
 
Le Trio Joubran



Le film « La vallée des loups-Palestine » interdit aux moins de 18 ans en Allemagne

Publié : le janvier,30,11 par anniebannie dans censure, CINEMA, Mounadil


Voilà comment s’exerce la censure sioniste dans les démocraties occidentales éclairées. Ca se passe en Allemagne où la sortie du film « La vallée des loups-Palestine » vient d’être reportée pour examen par les autorités de régulation du cinéma. Ce film de fiction qui se situe entre les James Bond et les films de guerre va cependant sortir mais interdit aux moins de 18 ans pour les raisons développées dans l’article ci-dessous publié sur Romandie.com. L’Allemagne est apparemment le seul pays à avoir vu des problèmes particuliers avec ce film et ses tendances « propagandistes ».
Mais au fond on comprend les autorités allemandes qui souhaitent préserver le jeune public de l’exposition de la pornographie sioniste qui consiste à tuer et à massacrer tout en se posant comme la Victime (avec un v majuscule).
Comme vous vous en doutez, il n’y a eu aucune pression exercée par aucun lobby. Ce film a simplement été abondamment dénoncé comme antisémite en Allemagne et en Autriche.
La société de production turque du film a réagi en déclarant:

« Notre tort est de nous tenir aux côtés des innocents,  et de ne pas soutenir les politiques sionistes-fascistes. »

On verra le sort réservé à ce film au moment où il devra sortir sur les écrans en France.
Un film turc hostile à Israël interdit aux moins de 18 ans en Allemagne

BERLIN – « La vallée des Loups – Palestine », film turc hostile à Israël dont la sortie était prévue ce jeudi en Allemagne, doit être interdit aux moins de 18 ans car il est jugé « violent » et « faisant de la propagande », selon les autorités allemandes de régulation du cinéma (FSK).
« Selon la commission d’examen du FSK, le film ne peut pas être montré aux jeunes gens car il est parcouru de scènes de violence –comme un film de guerre–. D’innombrables personnes sont tuées au hasard ou sciemment », écrit le FSK sur son site internet.
« Le film a des tendances propagandistes. Il exige du spectateur d’avoir des connaissances détaillées et la capacité d’ordonner les événements politiques où la violence est montrée », ajoute le FSK.
Pera Film, distributeur du film en Allemagne basée à Cologne (ouest), a indiqué qu’il avait une centaine de copies de « La vallée des Loups », ce qui correspond à peu près au nombre de cinémas qui le diffuseraient. Pera Films ignorait toutefois jeudi en fin de journée si des diffusions auraient lieu.
La société avait précisé mardi que le film devait être lancé en parallèle dans plusieurs pays (Allemagne, Autriche, Danemark, Belgique, Suède, Norvège…) et qu’un problème semblait n’exister qu’en Allemagne. Ce jeudi était la journée nationale de commémoration des victimes du nazisme.
Seuls l’autorité fédérale chargée de la protection de la jeunesse face aux médias (BPjM) ou un tribunal peuvent interdire un film, s’ils estiment par exemple le contenu dangereux pour ce public, avait expliqué à l’AFP Stefan Linz, du FSK. Ceux-ci ne peuvent se prononcer qu’une fois le film présentés sur les écrans.
Le film est un prolongement d’une série télévisée très populaire en Turquie, « La Vallée des loups », décrivant les aventures d’un agent secret turc épris d’action violente et de nationalisme.
Un épisode de cette série télévisée avait provoqué en janvier 2010 la colère d’Israël, qui jugeait l’épisode antisémite, et déclenché une crise diplomatique entre Israël et la Turquie.
Dans le film, l’agent Polat Alemdar et ses amis sont chargés de capturer en Palestine et d’exfiltrer l’officier israélien qui a planifié et supervisé l’assaut du 31 mai 2010 contre la flottille transportant de l’aide humanitaire pour Gaza, un personnage fictif nommé Mosche Ben Eliezer, selon le site internet de « La Vallée des Loups ».
« En tentant d’atteindre Mosche, Polat voit comment sont massacrés les Palestiniens innocents. Mosche rase les villages, tue des enfants et enferme tous ceux qui viennent en aide à Polat », affirme le résumé du film.
Le 31 mai 2010, des commandos israéliens ont arraisonné une flottille pro-palestinienne de six navires qui voulait forcer le blocus maritime imposé par Israël à la bande de Gaza, contrôlée par le mouvement islamiste Hamas.

Au cours d’affrontements survenus sur le navire amiral de la flottille, le Mavi Marmara, neuf militants turcs ont été tués par les militaires israéliens, ce qui a soulevé une vague de réprobation internationale



"Palestine Check Point" ?




Propos de mise en scène :
L’œuvre de l’esprit contribue à la représentation de la société.  L’acte théâtral, représentation symbolique de l’entité sociale, constitue l’une des formes qui la font exister.

La pièce nous transporte au cœur d’un des lieux de la planète où l’Histoire est suspendue. Cette région est le théâtre de l’affrontement d’une civilisation en bout de course et face à ses contradictions. Le spectateur peut-il intervenir ?

Palestine Check Point traite de l’empêchement pour un couple franco-palestinien de se retrouver. La frontière entre les peuples est représentée par un mirador et une clôture infranchissable.

L’auteur éprouve la passion qui unit les deux protagonistes : impossibilité de se rejoindre, de communiquer, même par téléphone. Mais les murs élevés entre les hommes sont-ils assez hauts et sophistiqués pour empêcher l’amour ?

La scénographie renvoie à l’Histoire antique et contemporaine, dans un climat à la fois paisible et oppressant.


La direction d’acteurs s’appuie sur un dialogue impossible où les protagonistes ne peuvent se voir ni s’entendre. La présence du garde-frontière renforce la contrainte mentale subie par le couple.

Infos ici : http://atpargenteuil.free.fr


11 20h30 février 2011 : Petit Théâtre - ROISSY-en-BRIE 77 - 01 60 34 64 16

22 20h00 février 2011 : Espace Jean-Dame - PARIS 2e - 01 55 80 78 35

8 16h00 mai 2011 : Le Figuier Blanc - ARGENTEUIL 95 - 01 34 23 58 11



Les "libéraux" insultent Stéphane Hessel

Jean-Emmanuel Ducoin - L’Humanité - publié le mardi 11 janvier 2011.

Photo d'archive

9 janvier 2011 - De quoi le succès d’un livre est-il le signe  ? Et à partir de quel moment peut-on, doit-on considérer qu’il échappe à son auteur pour devenir un phénomène 
de société intergénérationnel s’affranchissant de tous les codes en vigueur  ? Depuis peu, le monde de l’édition et le petit microcosme parisien de toute l’intelligentsia médiacratique ne cessent de nous exprimer leur incrédulité – doublée d’une cynique stupéfaction. En cause, l’incroyable destin du petit opuscule façon coup de poing publié par Stéphane Hessel, qui, à quatre-vingt-treize ans, jouissant d’une popularité au zénith, a d’ores et déjà touché le cœur et les tripes de 500.000 acheteurs. Vous avez bien lu  : Indignez-vous  ! (32 pages, 3 euros), qu’une petite maison d’édition du sud de la France (Indigène) a courageusement osé diffuser, affiche désormais l’un des tirages record de ces dernières années. Après une première sortie assez confidentielle, 850.000 exemplaires sont à ce jour sortis des imprimeries. Sachez-le  : tous se vendront, signe d’une époque moins consumériste et individualiste qu’on ne le croit. Car pour une fois, le public en masse n’a pas attendu les sacro-saintes et habituelles prescriptions des éditocrates pour anticiper un engouement indépendant et authentiquement engagé. Cette sincérité d’achats spontanés a rencontré une autre sincérité  : celle de Stéphane Hessel. Pour son parcours, sa ténacité, ses combats, son universalité jamais démentie. Tandis que l’époque nous convoque quotidiennement dans l’imposture des postures, dans la connivence du fric des copains et des coquins, dans la fabrique des répliques toutes faites et des fausses idoles télédiffusées, Stéphane Hessel nous rappelle tous à la citoyenneté et à l’honneur de notre pays : « L’actuelle dictature internationale des marchés financiers, écrit-il, menace la paix et la démocratie. (…) Nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l’héritage de la Résistance et de ses idéaux. Nous leur disons  : prenez le relais, indignez-vous ! »

Le croyez-vous  ? Cet homme en colère, qui a connu la Résistance, les camps, le secrétariat général de l’ONU avant de devenir diplomate, lui qui fut associé à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, se voit depuis quelques jours raillé, critiqué, vilipendé, caricaturé… insulté. Des chroniqueurs du Figaro aux blogs du Monde, en passant par Causeur.fr ou l’Express, accrochez-vous bien… petit florilège. Ainsi donc, puisque « l’indignation est le leitmotiv » de ce court livre et puisque « ceux qui l’achètent y voient un programme d’action, un bréviaire », il y aurait de quoi être « consterné tant le contenu manque de contenu ». Certains l’admettent pourtant  : « Qui pourrait décemment s’opposer aux grands principes, aux grands idéaux et aux grandes idées qui sont énoncées dans le livre d’Hessel  ? » Mais ce n’est pas tout. « Indignez-vous   ! Oui  ! mais dans le sens inverse demandé par Hessel. Pourquoi la France tarde tant à récuser un modèle social dépassé par le monde actuel  ? L’indignation, si elle s’accroche à un passé à bout de souffle, devient indigne. » Il y a pire  : « S’agit-il d’autre chose que d’une habile mise en scène de lui-même par un vieillard dont toutes les apparitions publiques révèlent l’immense plaisir narcissique d’avoir acquis le statut d’icône nationale  ? Parvenir à un très grand âge dans un état physique et mental acceptable relève d’une loterie qui ne tient compte ni des mérites, ni des mauvaises actions de ceux que le destin choisit. » Sans parler du Proche-Orient bien sûr. Parce que Stéphane Hessel avoue que, aujourd’hui, sa « principale indignation concerne la Palestine, la bande de Gaza, la Cisjordanie », il se voit traîné dans la boue  : « Il y a aussi chez Hessel cette obsession anti-israélienne qui fait songer à la définition donnée jadis de l’antisémite par Pierre Larousse  : “Personne qui hait les juifs plus qu’il n’est raisonnable.” » Rappelons qu’en octobre dernier, l’historien Pierre-André Taguieff, directeur de recherche au CNRS, avait paraphrasé un texte de Voltaire pour évoquer, à propos de la Palestine, la figure de Stéphane Hessel  : « Quand un serpent venimeux est doté de bonne conscience, comme le nommé Hessel, il est compréhensible qu’on ait envie de lui écraser la tête. » Honte à tous ces propagateurs de haine  !

L’indignation, à elle seule, avec sa petite colère sous le bras, ne renverse aucune montagne. Le discours de refus et de résistance peut s’avérer insuffisant, s’il reste dépourvu d’ambition d’à-venir et de projets aspirant à l’élévation de tous. Mais les libéraux jugent Hessel « irresponsable » en ces termes : « Brandir le programme du Conseil national de la Résistance pour faire honte aux gouvernants d’aujourd’hui relève au mieux de l’idiotie historique, au pire de l’imposture. » Nous y voilà  ! Stéphane Hessel répond lui-même dans son livre  : « Tout le socle des conquêtes sociales de la Résistance est remis en cause. Le pouvoir de l’argent, tellement combattu par la Résistance, n’a jamais été aussi grand, insolent, égoïste avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l’État. » Par ces mots et tous les autres, le vieil homme montre à ceux qui n’en ont pas l’habitude la volonté de rendre possible ce qui est souhaitable – et résolument tourner le dos à tous ceux qui prônent l’indifférence et le renoncement. Alors merci à lui.

Le blog de Jean-Emmanuel Ducoin :

http://larouetournehuma.blogspot.com/

http://humanite.fr/09_01_2011-les-l...


Jean-Emmanuel Ducoin - L’Humanité

d'après : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article9918


«L’Etat palestinien est devenu un projet mort-né»
ElWatan.com - le 06.01.11 | 03h00

Ziyad Clot, jeune avocat franco-palestinien, a publié aux éditions Max-Milo, un livre au titre sonnant comme un constat cinglant que n’apprécieraient pas les «Palestino-optimistes». Il n’y aura pas d’Etat Palestinien retrace son expérience de conseiller juridique de l’OLP à Ramallah. L’auteur, dont la famille maternelle est originaire de Palestine, a vécu de l’intérieur le dernier épisode du processus de paix (Annapolis 2007).

-Votre soutenez dans votre livre que les négociations, reportées en raison surtout de l’intransigeance de la partie israélienne, ne conduiront jamais à la création à terme d’un Etat palestinien. Pourquoi ce constat pessimiste de la part de celui qui a participé de l’intérieur à ces pourparlers ?

Ce que certains appellent encore «le processus de paix», héritier des Accords d’Oslo, est devenu au fil des années une entreprise de contrôle de la partie palestinienne, qui a, avant tout, vocation à assurer la sécurité d’Israël et la pérennité de ses intérêts. Il faut ajouter à cela que depuis les élections palestiniennes de 2006 et le refus d’accepter le Hamas au sein d’un gouvernement national palestinien, «le processus de paix» est venu cristalliser le schisme au sein du mouvement national palestinien (Hamas/Fatah). Aujourd’hui, il faut bien reconnaître que les Palestiniens ne sont plus en position de négocier grand-chose, d’autant plus que l’Autorité palestinienne connaît une grave crise de légitimité et ne rend plus de comptes à son peuple.

Il n’y a donc plus rien à espérer des négociations telles qu’elles sont encore agencées, bien au contraire : elles sont devenues un spectacle, une farce, un jeu de rôles qui s’auto entretient, alors que l’objet des négociations disparaît à vue d’œil (le territoire palestinien, Jérusalem comme possible capitale de l’Etat palestinien, etc.). Bien plus, le «processus de paix» est devenu une entreprise criminelle censée justifier le blocus et les privations subies par Gaza et qui masque mal la poursuite de la colonisation de la Cisjordanie et les nombreuses discriminations subies par les Palestiniens.

-Vous êtes favorable à une solution qui ne fait toujours pas l’unanimité : un Etat unique binational où pourraient vivre à l’intérieur des mêmes frontières les Palestiniens et les Israéliens. Pourquoi un tel choix ?

C’est une analyse pragmatique de la situation qui m’amène à ce constat : les communautés palestiniennes et israéliennes sont trop imbriquées en Israël et dans les territoires palestiniens pour être séparées. Aussi, une fois constaté l’impossibilité de la création de l’Etat palestinien, l’Etat binational redevient le seul horizon humainement acceptable en vue d’une résolution durable et pacifique du confit israélo-palestinien : le statu quo est inacceptable (c’est bien un apartheid que subissent les Palestiniens) et il faut prévenir le risque de voir le gouvernement israélien recourir à de nouvelles expulsions des Palestiniens d’Israël ou des territoires dans le futur. Reste donc l’Etat binational, la cohabitation en terre sainte, où chaque citoyen bénéficierait de droits et d’obligations égales qu’il soit juif, chrétien ou musulman. Ce vaste et périlleux projet est loin de faire l’unanimité au niveau des directions politiques des parties prenantes au conflit (Israël, OLP, Hamas, Etats-Unis, UE), car le «processus de paix» agit encore en trompe-l’œil.

-Des Etats d’Amérique latine ont décidé de reconnaître «l’Etat palestinien indépendant».Cette nouvelle donne permettra-t-elle d’infléchir votre position sur l’impossibilité de mettre en place un Etat palestinien viable ?

La question n’est pas de savoir si la communauté internationale est prête à accueillir un Etat palestinien. Le Brésil, l’Argentine, la Bolivie et l’Equateur, qui ont effectivement récemment annoncé qu’ils reconnaissaient, ou qu’ils sont prêts à reconnaître l’Etat palestinien dans les frontières de 1967, ne font que s’ajouter à près de cent Etats qui ont franchi ce pas depuis la déclaration d’Alger de 1988.
Le problème est ailleurs : l’objectif de l’Etat palestinien est devenu hors d’atteinte, au vu de l’évolution de la situation sur le terrain. La colonisation israélienne  (plus de 500 000 colons désormais en Cisjordanie incluant Jérusalem-Est) a mangé le territoire sur lequel le petit Etat devait se construire.

La Cisjordanie est durablement séparée de la bande de Gaza en raison de la lutte fratricide que se livrent le Fatah et le Hamas appuyés par des alliances concurrentes (Israël, Etats-Unis, UE d’un côté, Iran et Syrie de l’autre). Et le rapport de force entre Israël et les Palestiniens, extraordinairement divisés et affaiblis, est tel qu’il est utopique de penser que ceux-ci seraient en mesure d’obtenir d’Israël quelque chose qui ressemble à un Etat viable, souverain et indépendant en Cisjordanie et dans la bande Gaza, avec Jérusalem-Est comme capitale, en complément d’un règlement juste du sort des réfugiés palestiniens.
Je persiste donc à penser que l’Etat palestinien est devenu un projet mort-né. Ceci dit, j’espère très sincèrement me tromper : la réalisation de la solution des deux Etats reste sans doute la plus à même de contenter les parties prenantes à ce conflit et à prévenir de nouvelles effusions de sang.

-Vous vous êtes occupé d’une question cruciale, celle des réfugiés. Les Israéliens trouvent que cette exigence conduit toujours à l’impasse, alors que l’Autorité palestinienne n’en fait pas, semble-t-il, une priorité. Pourquoi cette situation ?

Les Israéliens n’arrivent toujours pas à faire face à leur responsabilité en ce qui concerne le problème des réfugiés palestiniens, car ils perçoivent la reconnaissance du drame palestinien (la Nakba) comme une négation de leur histoire propre, puisqu’ils conçoivent les événements de 1947-1948 comme leur «guerre d’indépendance». Aujourd’hui, leur stratégie consiste à tenter d’imposer un règlement du problème des réfugiés par la partie palestinienne avec le soutien de la communauté internationale et des Etats arabes. 
Pour ce qui est de l’Autorité palestinienne, son quotidien kafkaïen la conduit inéluctablement à perdre de vue le sort des réfugiés résidant notamment au Liban, en Syrie et en Jordanie.

Le quotidien de l’Autorité, c’est tenter d’administrer des territoires dont elle n’a pas véritablement le contrôle, l’occupation, la colonisation, les check points, etc. La question du droit au retour, les droits des réfugiés -qui restent pourtant au centre du problème israélo-arabe et de l’identité palestinienne- sont donc peu à peu perdus de vue par la direction de Ramallah. Et les Israéliens, soutenus par les Etats-Unis, pressent l’OLP pour qu’elle se montre toujours plus conciliante sur cette question en agitant la carotte de l’Etat…

-Le personnel politique palestinien n’est-il pas pour quelque chose dans le désastre que vit son peuple ? L’arrivée de nouveaux acteurs peut-elle constituer une solution ?

Certainement. Le choix de la négociation à tout prix de l’OLP a, depuis longtemps, montré ses limites. L’Autorité de Ramallah souffre aussi d’une trop grande collusion avec Israël et les Etats-Unis. Le Hamas, de son côté, porte également une responsabilité lourde dans la guerre de Gaza, même si elle n’a pas été déclenchée par lui.
Ceci dit, après la Nakba, 45 ans d’occupation, et une politique de liquidation des dirigeants palestiniens menée de manière continue par Israël, les Palestiniens ont aussi les leaders politiques qu’on a bien voulu leur laisser…
Pour ce qui est des nouveaux acteurs, il est difficile d’identifier qui que ce soit de crédible, d’autant qu’une bonne partie des leaders palestiniens sont en prison.Cependant, il y a fort à parier que deux mouvements de fond vont continuer à aller en croissant : au niveau régional, l’islamisme politique a le vent en poupe ; au niveau international, les mouvements de solidarité avec le peuple palestinien gagnent en influence.

Nadir Iddir
d'après : http://www.elwatan.com/international/l-etat-palestinien-est-devenu-un-projet-mort-ne-06-01-2011-105982_112.php


Le documentaire Gaza-strophe, Grand prix France Télévisions
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El Watan, le 11.12.10 | 16h50

Le Grand prix France Télévisions du documentaire  et du reportage méditerranéens, a été attribué au documentaire Gaza-Strophe, le jour d’après de Samir Abdallah et Kheridine Mabrouk, a appris samedi l’APS,  auprès du Centre méditerranéen de la communication audiovisuelle (CMCA).

Cette distinction décernée par le jury de la 15ème édition du Prix international  du documentaire et du reportage méditerranéen a été qualifiée de "victoire agréable" qui vient balayer les difficultés et les pressions subies par le groupe France  Télévisions pour déprogrammer le documentaire mais qui malgré tout a eu le courage  de le diffuser en prime-time, ont souligné les organisateurs.      

Le jury a jugé le documentaire Gaza-strophe, le jour d’après, nominé  dans la catégorie "Enjeux Méditerranéens", comme étant une oeuvre qui participe  à une meilleure compréhension de la situation actuelle dans le bassin méditerranéen  et particulièrement dans les territoires palestiniens sous occupation israélienne.       Ce prix a en outre "primé la capacité des deux réalisateurs à interroger  et mettre en perspective les évènements, ainsi qu’à se mettre à l’écoute des  protagonistes et des victimes de l’agression israélienne contre la population  civile", a-t-on souligné.

Le film documentaire dont la sortie en salle de cinéma en France est  prévue pour la mi-janvier 2011, a aussi pour objectif de montrer certaines  réalités occultées et que les images et les témoignages des protagonistes dévoilent  avec efficacité.  En effet, les deux réalisateurs ont pu pénétrer à Ghaza un jour avant la  fin de l’offensive israélienne "Plomb durci" menée en décembre 2008 et janvier 2009 et au cours de laquelle ont été commis des crimes contre l’humanité, comme  l’a souligné le rapport Goldstone. 

Plusieurs tentatives ont été menées par des lobbys israéliens pour empêcher  sa diffusion  sur la chaîne "France O" du groupe France Télévision.

APS

livre :  
Le conflit israélo-palestinien face à l’histoire

Tribunes - le 3 Décembre 2010

Israël Palestine : les enjeux d’un conflit, sous la direction d’Esther Benbassa. CNRS Éditions, 2010, 22 euros.

Cet ouvrage collectif dirigé par Esther Benbassa (1) 
est le fruit d’un colloque organisé en 2009 à Paris, dans le cadre du Paris du vivre ensemble. Une fois de plus, des historiens, des chercheurs et des journalistes s’étaient retrouvés pour plancher sur cet interminable conflit. L’un des plus « couverts de la planète », selon l’expression de Gilles Paris, du Monde. Il l’est, en effet, par les médias de tous ordres (écrits, audiovisuels, électroniques) et par les soi-disant « experts » de toutes catégories qui en sont devenus les coqueluches.

Tout aurait donc été dit sur le conflit au Proche-Orient, depuis plus de trois quarts de siècle qu’il dure, si on le fait partir de la décolonisation ratée de la Palestine, sous mandat britannique. Tellement ratée qu’elle n’a toujours pas eu lieu, l’un des deux peuples qui vivaient sur cette terre (les Palestiniens) étant toujours colonisé par l’autre : les Israéliens, érigés en nation et déniant ce droit à « l’autre ».


Le livre montre bien l’évolution du regard porté sur ce conflit depuis la naissance d’Israël en 1948 (1947, si on part du plan de partage de l’ONU). Évolution du traitement journalistique, expliqué par Denis Sieffert et Dominique Vidal, qui se penchent aussi sur l’attitude des puissances occidentales et, surtout, de la France. Après avoir été très proche d’Israël sous la IVe République (Mendès France mais aussi Guy Mollet, très lié – déjà – à Shimon Peres), la France officielle prend ses distances en 1967. Le général de Gaulle juge avec lucidité la guerre des Six Jours et prédit les conséquences « inéluctables » de l’occupation et de la colonisation. Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, s’en tiendront à cette ligne, jusqu’au retournement complet opéré par Nicolas Sarkozy, dont l’atlantisme militant s’illustre par un soutien total à Israël.

Autres évolutions mises en lumière : celle des parties au conflit. Israël est de moins en moins une démocratie et vire à « l’ethnocratie », estime Pierre Renno, tandis que les Palestiniens se divisent entre une Autorité palestinienne engluée dans un processus de négociations discrédité avec l’occupant et un mouvement islamiste qui suscite peu de sympathie. L’historien israélien Avi Shlaïm note dans une postface énergique que « l’Amérique et l’Union européenne se sont jointes de façon éhontée à Israël pour diaboliser le Hamas ». Tous ces processus ont eu pour résultats « d’affaiblir, jusqu’à sa quasi-disparition, le mouvement de la paix et de marginaliser le mouvement anticolonial en Israël », selon Karine Lamarche, qui estime que « les graines semées par l’action commune avec les Palestiniens » mettront sans doute des années à germer. Mais aussi, comme le montre l’étude de Vincent Geisser, de radicaliser certaines institutions juives de France comme le Crif, qui agite à tout bout de champ le spectre de l’islamisation et de la guerre des civilisations dont Israël serait devenu l’épicentre (2). La multiplicité des points de vue et des analyses fait toute la richesse de cet ouvrage de réflexion sur l’une des actualités les plus brûlantes du siècle.

 

(1) Directrice d’études à l’École pratique des hautes études 
en Sorbonne, elle est l’auteure de nombreux ouvrages sur le judaïsme et la mémoire.

(2) En réclamant, par exemple, l’interdiction de l’exposition 
de photographies de Kai Wiedenhofer sur Gaza, actuellement présentée au musée d’Art moderne de Paris.

GÉOPOLITIQUE

Françoise Germain-Robin

d'après : http://www.humanite.fr/02_12_2010-le-conflit-isra%C3%A9lo-palestinien-face-%C3%A0-l%E2%80%99histoire-459142


Aisheen : Gaza du côté des vivants
Moncinéma.cyberpresse.ca - André Duchesne - Le mercredi 17 novembre 2010

Le réalisateur suisse Nicolas Wadimoff connaît le Québec pour y avoir étudié et coréalisé le film Clandestins avec Denis Chouinard. Il nous revient avec Aisheen, œuvre forte qui fait découvrir un autre côté de Gaza.

Récompensé du Prix œcuménique à la Berlinale, le documentaire est présenté ce soir à 18 h 45 à la salle Claude-Jutra de la Cinémathèque québécoise dans le cadre des RIDM.

Q. Pourquoi ce documentaire?

R. À Noël 2008, j’ai vécu les bombardements d’Israël sur Gaza par procuration, en regardant les reportages à la télévision. Je me demandais ce que le cinéma pouvait faire dans ce cas-là. Parce que plus nous recevions des images, moins on comprenait et on sentait ce qui se passait. Après la fin des bombardements, j’ai reçu une offre d’un producteur travaillant avec la chaîne Al-Jazeera/Children Channel. Il voulait que je fasse un film sur la mémoire, qui laisse une trace sur ce qui s’est passé. Très vite, je suis parti pour Gaza.

Q. Dans quelles conditions s’est déroulé le tournage?

R.
Une fois à l’intérieur, on se rend vite compte que nos accompagnateurs (des fixers dans le langage journalistique) nous emmènent toujours voir les mêmes personnes. Ce sont toujours les mêmes qui s’adressent aux médias internationaux. Il fallait sortir des sentiers battus pour faire un film entre les lignes. On voulait découvrir les lieux, s’y promener, humer ce qui se passait. En somme, je voulais prendre des chemins de traverse. Lorsque nous sommes arrivés, les bombardements avaient cessé depuis deux ou trois semaines. L’ambiance était, si j’ose dire, très cinématographique. Avec toute cette désolation, on se croyait dans un décor de Mad Max. Il y avait un rapport au temps très distant. Comme si les gens attendaient quelque chose. Ils erraient dans les décombres, les restes de leurs maisons, comme des âmes en peine. J’avais le sentiment d’être dans quelque chose de cotonneux.

Q. Qui sont ces gens que l’on rencontre dans le film?

R.
Il y a eu une scène matrice du documentaire. C’est lorsque nous avons filmé une femme qui ramassait des petits morceaux de plastique, de porcelaine et de verre dans les décombres de sa maison. Elle devait faire ça, c’est comme si elle essayait de recoller les morceaux de sa vie. On s’est rendu compte que tout le monde essayait d’une manière ou d’une autre de reconstruire sa vie. À partir de là, le film a versé du côté des vivants. Il a pris une dimension poétique. On rencontre par exemple des jeunes qui essaient de reconstituer le squelette d’une baleine échouée sur la plage, un homme qui veut faire redémarrer ses manèges, un groupe de rap qui réalise un album avec des moyens de fortune, etc. Le titre, Aisheen, s’est imposé. C’est une expression arabe qui dit «Je vis», «On est là», «On est en vie.»




Nicolas, digne fils de Guy … Bedos !!!


Nicolas Bedos Israël / Suicide Médiatique en Direct



Fix ME

Docu-fiction de Raed Andoni (France/Suisse/Palestine), avec : Raed Andoni, Nasri Qumsia, Fathi Flefel - 1h38


Raed, auteur réalisateur, sorte de cousin palestinien de Woody Allen, a mal à la tête, au sens propre comme au figuré. Cela l’empêche de travailler. Armé d’humour et d’une certaine ironie, il interroge sa place dans la société palestinienne

Au risque de déconcerter sa propre famille et ses vieux amis, il décide de se faire soigner et de filmer sa psychothérapie...

d'après : http://culture.france2.fr/cinema/sorties/fix-me-65871157.html



«Fix Me», ça va pas la tête…

Par PHILIPPE AZOURY
Docu. Le Palestinien Raed Andoni intercale séances de psy et vie à Ramallah pour apaiser son mal de crâne identitaire.
Il est désormais chaque jour plus délicat de comparer un film palestinien avec un film israélien. C’est prendre le risque d’être compris de traviole, de parler en terrain miné. Toutefois, on espère qu’en rapprochant Fix Me de Valse avec Bachir personne ne nous fera de mauvais procès : l’idée étant qu’à peu près en même temps deux cinéastes issus d’un même point du monde demandent à la psychanalyse de les réparer («to fix», en anglais). Deux cinéastes faisant de leur propre séance d’analyse la trame de leur film. Deux cinéastes propres à tromper les apparences : Valse avec Bachir, d’Ari Folman, était un film d’animation mais qui allait plus loin encore. Quant à Fix Me (produit par l’actrice Julie Gayet), qui bat le pavillon du documentaire, il a très souvent l’allure d’une fiction burlesque. L’un comme l’autre, ces deux films avancent avec leur psy en terra incognita : Ari Folman espérait accéder au non-dit israélien sur les massacres de Sabra et Chatila de 1982. A Ramallah, Raed Andoni fait un rêve plus fou encore : que la psychanalyse lui ôte ce putain de mal de tête qui le paralyse. On ne sait jamais, une fois cette douleur enlevée, on pourrait apercevoir quelque chose de la Palestine aujourd’hui : ses questions, son absence de réponses.

Goguenard. Car quiconque s’intéressant de pas trop loin à la psychanalyse sait d’avance qu’une chose nommée en cache forcément une autre. Ce mal de tête qui frappe Raed Andoni pourrait bien être celui de tous les Palestiniens cantonnés dans un espace fermé, se cognant la tête contre les murs dressés par les Israéliens qui les parquent et les encerclent. Mais dans cette céphalée aiguë se révèle aussi sans doute le bourdonnement d’un homme qui n’en peut plus des cases dans lesquelles tout le monde le range : les Israéliens, certes, mais aussi sa propre famille (naturelle et politique) qui attend de sa position d’homme palestinien des réponses toutes faites («On m’a conditionné pour être un héros, mais que se passe-t-il si je n’ai plus la force d’en être un ?» - voilà une question légitime, mais que l’on entend jamais).

Le cinéaste Andoni, lui-même, n’en peut plus : il sait d’avance que le petit monde du cinéma concerné attend de lui rien d’autre qu’un message lénifiant sur les «ponts entre les peuples». A cela, Andoni, qui a la quarantaine bien entamée, affiche un air goguenard de type mal à sa place, involontairement comique (on a pu parler, de façon quand même exagérée, de Woody Allen palestinien), oppose sa fière impossibilité à formuler un début de réponse. Ce mal de tête qui barre tout discours. En cela, ce type est le parfait poil à gratter. L’emmerdeur providentiel dont la situation a régulièrement besoin. On peut toutefois regretter que la structure du film, qui intercale séances psy filmées pour de vrai (derrière une vitre sans tain) et discussions de tous les jours, plus souvent déceptives qu’autre chose, telles qu’on peut les entendre à Ramallah, dans les rues, les bagnoles, les salons, fasse un peu du surplace. Qu’elle ne libère pas à son maximum sa fantaisie sous-jacente (telle qu’on peut la voir à l’œuvre chez Elia Suleiman, par exemple).

Tremblée. Quant à la question de savoir quel documentariste peut bien être celui qui n’a trouvé que ses séances à faire entendre, on répondra que c’est un type assez malin qui sait qu’il y a comme ça des régions du monde où chaque individu est tellement otage des questions géopolitiques qui l’encerclent qu’il ne saurait s’agir d’individualisme mais bien de la photo tremblée d’une génération. Ce film-là a au moins trouvé le dispositif pour le dire.

d'après : http://next.liberation.fr/cinema/01012302623-fix-me-ca-va-pas-la-tete


"Fix Me" : au pied du mur, un Palestinien pénètre les territoires de l'inconscient
Jacques Mandelbaum

Tout le monde a, peu ou prou, été un jour sujet au bon vieux mal de tête. Raed Andoni, cinéaste palestinien, en souffre lui aussi, mais de manière constante. La région dans laquelle il vit favorisant la prise de tête, il a décidé, sans doute faute de parvenir à un Etat viable, de faire de cet Etat délabré le viatique de son journal intime. Le titre (Réparez-moi) en annonce le programme : c'est tout à la fois une injonction, une prière, une cure psychanalytique, un exorcisme, un jeu de l'esprit, une tempête sous un crâne.

Tout commence, comme de juste, dans un cabinet médical. Raed, jeune homme ombrageux de quarante et quelques années à tête d'oiseau kafkaïen, s'y fait palper sous toutes les coutures par un débonnaire médecin de famille. Lequel ne décèle rien d'anormal à l'état de santé du sujet mais lui conseille de s'adresser "à notre président ou à celui d'en face" pour résoudre l'omniprésente énigme de sa migraine.

On se trouve à Ramallah, siège de l'Autorité palestinienne de Cisjordanie, en 2008. La prochaine étape, pour Raed, sera donc le bâtiment du Croissant-Rouge palestinien, où il a pris rendez-vous avec un psychologue, sur les conseils de son médecin qui a diagnostiqué une "migraine de tension nerveuse". Le film se présente dès lors comme un montage alterné entre des morceaux choisis de la psychothérapie en cours et quelques moments de la vie quotidienne de Raed, qui va à la rencontre de ses proches.

Ces deux cadres esquissent une vision du monde en même temps qu'une personnalité très singulière. Après une année passée dans les geôles israéliennes à l'âge de 18 ans, après une vie passée à lutter pour la dignité de son peuple, Raed voudrait enfin pouvoir exercer ce droit élémentaire de vivre aussi pour lui-même comme individu. Dans le contexte qui est le sien, cela suffit à le faire passer pour un atrabilaire passablement solitaire, auquel les contraintes familiales, sociales ou politiques font rapidement "péter les plombs". Dans une société opprimée où la solidarité familiale et la cause nationale priment sur tout le reste, on imagine le scandale. Raed Andoni ferraille ainsi avec le monde entier. Sa mère, qui ne comprend pas l'objet de son film. Sa soeur, qui se révèle sa meilleure ennemie. Son neveu, jeune militant politique, qui incarne le double de ses années de combat et de jeunesse.

Son aspiration opiniâtre à la liberté le rend au besoin cruel. Il reproche à l'électricien qui travaille chez lui de croire qu'il doit à sa propre force sa survie au cancer qui le ronge, alors que lui-même prône la revendication de sa faiblesse. Il assène à un ex-compagnon de cellule que la conscience de sa liberté individuelle est désormais plus chère à ses yeux que celle du peuple pour laquelle ils ont combattu. Et lorsqu'il n'entre pas dans ces débats blasphématoires, Raed Andoni conduit comme un dingue sa BM rouge sur des routes qui ne mènent nulle part, sous l'oeil impavide d'un chameau qui semble sortir de chez Chris Marker.

Il ne faut donc pas croire que Fix Me est un film à thèse, sentencieux et passablement lourdingue. C'est tout le contraire. Il s'agit plutôt d'un work in progress en quête de légèreté, d'élégance, d'apesanteur, qui enrage de tourner en rond. Un gag visuel impliquant la voiture rouge le montre très bien : passant en trombe sur une route qui longe le mur de séparation, Raed Andoni fait s'écrouler un pan entier de celui-ci, bien après avoir disparu de l'écran. Ce gag à combustion lente n'en affirme pas moins que la vitesse est la clé de l'émancipation : il importe de ne jamais être à la place où les autres vous attendent.

En cela, Raed Andoni fraternise avec les meilleurs cinéastes de la région, qu'il s'agisse du Palestinien Elia Suleiman ou de l'Israélien Avi Mograbi. Comme eux, à travers la mise en scène de soi-même et la prise de distance avec les injonctions collectives, il affirme l'inaliénable liberté de l'individu contre l'occupation de la terre et de l'esprit.



BRISEURS DE SILENCE
Un essai radiophonique de Simone Bitton Réalisation Anna Szmuc   Briseurs de silence est un essai sonore inspiré par le travail de l'association israélienne "Shovrim Shtika" (Breaking the silence), qui recueille et rend publics des témoignages de soldats israéliens racontant ce qu'ils ont fait dans les territoires palestiniens pendant leur service militaire.  



lien pour écouter l'émission :


M. Gargour : « Le conflit israélo-palestinien m'inspire un profond dégoût »

vendredi 14.05.2010, 05:09La Voix du Nord

SEMAINE POUR LA PALESTINE

Maryse Gargour, réalisatrice palestinienne, mercredi matin dans un hôtel maubeugeois.

L'espace Gérard-Philipe, à Feignies, diffuse ce soir « La terre parle arabe », dans le cadre de la semaine pour la Palestine. Ce film-documentaire retrace l'expulsion des Palestiniens de leur terre suite à l'émergence du mouvement sioniste, un demi-siècle avant la création de l'État d'Israël (1948).
La réalisatrice Maryse Gargour explique à « La Voix » ses motivations et fait part de son scepticisme quant à une paix durable au Proche-Orient.

PAR FLORENT MOREAU flomoreau@lavoixdunord.fr PHOTO « LA VOIX »

> Quelle est l'histoire racontée par votre film ?

« Ce film évoque l'idéologie du mouvement sioniste à ses origines, c'est-à-dire à la fin du XIXe siècle. Pour établir un État juif en Palestine, il a d'abord fallu "transférer" les populations qui y vivaient. Ce film est essentiellement basé sur ce concept de transfert, pour montrer comment les sionistes sont arrivés à leurs fins, en expulsant les Palestiniens par la force. Il s'appuie sur des témoignages de gens qui ont vécu les massacres, les attentats des milices sionistes, l'expulsion par la force. Il montre ce qu'a été ce mouvement sioniste et ses conséquences, un thème qui n'est jamais abordé. » > Certains vous ont reproché d'aborder la création de l'État d'Israël sans évoquer la Shoah...

« La Shoah n'a rien à voir avec ce concept d'immigration. À travers les journaux arabes, français, anglais de l'époque, je montre la cadence de l'immigration à partir de la fin du XIXe siècle. Ce film est d'ailleurs basé sur des citations de leaders sionistes de cette époque.

La Shoah est un paramètre venu à la fin de la Seconde Guerre mondiale qui a accéléré ce mouvement, mais ne l'a pas bâti. Ce film est sans appel car il est basé sur de nombreuses recherches dans les archives anglaises, américaines, et comporte des archives audiovisuelles inédites. » 

> Vous qui avez été journaliste, que pensez-vous du traitement médiatique du conflit israélo-palestinien ?

« On médiatise ce qui est factuel. Un événement se produit et les médias rebondissent. En réalité, tous ces événements sont des conséquencesde ce qui s'est passé avant. Les médias font des raccourcis politiques. Le "monde arabo-musulman", par exemple, est un concept nouveau. Qui a dit que le monde arabe était musulman ? Moi je suis Palestinienne, mais chrétienne. La Palestine a toujours été multiple, mais il y a une propagande entretenue par des mythes. Ça, c'est abject. » > En tant que Palestinienne, quels sentiments vous inspire ce conflit ?

« Un profond dégoût, en fait. Pas de la haine, mais du dégoût. Et un profond sentiment d'injustice, quand je vois une terre spoliée sur laquelle se poursuit l'arbitraire. » 

> Croyez-vous à la paix entre Palestiniens et Israéliens ?

« Les gens veulent vivre, ils veulent la paix. Mais quelle paix ? Basée sur quels territoires ? On parle aujourd'hui de territoires occupés, qui faisaient avant partie de la Jordanie, c'est-à-dire de l'ancienne Palestine puisque la Jordanie est un État artificiel créé par les Anglais... Je n'y crois pas, car il n'y a pas de volonté de paix de la part des Israéliens. Ça ne les intéresse pas car ils perdraient tous leurs acquis. Je ne crois pas à une paix qui ne serait pas basée sur quelque chose de concret. On parle d'une chose impossible. » 

> Vous n'entrevoyez donc aucun espoir dans les négociations menées actuellement ?

« Le seul espoir que je pourrais accepter, c'est que l'on reconnaisse le tort fait aux Palestiniens. Ça, c'est le début d'une négociation. Mais c'est du domaine de l'utopie. Jamais un État comme Israël ne va mettre en danger son identité. Il faudrait un changement radical du côté des Israéliens. Chose qu'ils ne feront jamais. » •

d'après : http://www.lavoixdunord.fr/Locales/Maubeuge/actualite/Secteur_Maubeuge/2010/05/14/article_m-gargour-le-conflit-israelo-palestinie.shtml


Vivre et aimer en Palestine

jeudi 6 mai 2010 - 11h:31 / Sahar Khalifeh & Kawter Salam - Palestine ThinkTank

Nous les Palestiniennes, nous les Arabes, nous les femmes arabes, nous sommes coincées entre les préjugés occidentaux et les fondamentalistes islamiques.

Vivre et aimer en Palestine est une soirée littéraire, musicale et culturelle qui aura lieu le 7 mai 2010 à l’Odéon, à Vienne (Autriche). L’évènement est organisé par la Société pour les relations austro-arabes, dirigée par Mr Fritz Edlinger. Le Dr Sahar Khalifeh, célèbre écrivaine et romancière palestinienne, participera à la soirée aux côtés de l’acteur de théâtre et de télévision autrichien bien connu, Karl-Heinz Hackl, qui lira des passages de son livre en allemand. Le musicien Marwan Abdo exécutera de la musique typique arabe. La soirée se poursuivra avec un dialogue entre Khalifeh et Viola Raheb.

Marwan Abdo, né en 1967 à Beyrouth, Liban, est un réfugié palestinien. Enfant, il fait l’expérience de la vie dans la diaspora. En 1985, il vient en Autriche pour poursuivre ses études. A Vienne, il trouve une nouvelle patrie, comme musicien, chanteur, compositeur et poète. L’instrument d’Abdo, l’oud (luth orientale à manche court), a pour la musique arabe quasiment la même importance que le piano pour la culture occidentale, sa musique prend ses racines dans la musique arabe classique et ne se limite pas à des rythmes particuliers, ses mélodies et ses concepts musicaux tirent leurs forces de leur attachement profond à ces racines. Depuis avril 2000, il forme un duo avec Peter Rosmanith. (En savoir plus sur Marwan Abdo)

Sahar Khalifeh est une écrivaine et romancière palestinienne, née en 1942 dans la ville occupée de Naplouse, en Cisjordanie. Elle reçoit un diplôme universitaire de littérature anglaise et américaine de l’université de Bir Zeit en 1977, un diplôme de création littéraire de l’université de l’Iowa en 1978, une maîtrise en littérature anglaise et américaine de l’université de Caroline du Nord - Chaptel Hill, USA, en 1982. Elle obtient un doctorat en Etudes féminines et en littérature féminine américaine de l’université d’Iowa, en 1988.

Sahar Khalifeh a écrit des romans aujourd’hui célèbres, « Nous ne sommes plus vos filles esclaves », « L’Epine sauvage », « Le Tournesol », « Souvenirs d’une femme irréaliste », « Al Saha », « L’Héritage », « L’image, l’Icône et l’Alliance », « Le chaud Printemps, les Racines et les Rameaux », « La Porte de la Cour »...

Le 5 mai 2010, Sahar Khalifeh tiendra une conférence à St Poelten. Le thème de son intervention sera « Coincées entre les préjugés occidentaux et les fondamentalistes islamiques ». Vous trouverez ci-dessous le texte de son intervention. Il m’a été envoyé par Mr Fritz Edlinger de Saar, qui organise cet évènement culturel, de même que d’autres activités de Sahar Khalifeh.

Kawter Salam 

Coincées entre les préjugés occidentaux et les fondamentalistes islamiques

Avant d’examiner le cœur de mon exposé où j’explique comment, nous les Palestiniennes, nous les Arabes, nous les femmes arabes, nous sommes coincées entre les préjugés occidentaux et les fondamentalistes islamiques, permettez-moi d’abord de me présenter.

Je suis Palestinienne, je suis Arabe, et je suis musulmane. Bref, je suis une femme arabe palestinienne musulmane. Cela signifie, d’après les médias et les préjugés traditionnels de l’Occident, que suis une créature dangereuse qui appartient à une culture dangereuse, de caractère figé, incapable d’être convertie, incapable d’évoluer. D’après ces préjugés, nous, les Arabes musulmans, sommes figés sur une réalité statique, dans une phase statique. Palestinien est synonyme de terroriste ; Arabe est synonyme de malpropre, de cheikh obèse avec une barbe et un chapelet, un chameau en arrière-plan et un poignard derrière son dos. Nous sommes réduits à une image qui ne change pas avec le temps ni vue sous une lumière différente : un Ben Laden musulman, un fondamentaliste musulman, un terroriste musulman, une femme musulmane dissimulée sous un voile, un cheikh musulman dégoulinant de pétrole. Nous sommes catalogués dans une réalité, dans une image considérée comme réelle et vraie.

Mais, est-ce une image, et est-elle réelle et vraie ? Y a-t-il une réalité qui est figée dans sa nature, immuable, incapable de changer ? Rappelons-nous les conclusions de cet immense artiste impressionniste, Cézanne, qui avait l’habitude d’étudier les effets d’une lumière changeante sur le même paysage ou la même vue. Ce qu’il a découvert, c’est que le même paysage, ou la même vue, placé sous une lumière différente crée des images différentes. Il a également découvert que nous voyions la même vue différemment par nos deux yeux différents. Je veux dire par là que l’œil droit et l’œil gauche ne voient pas la même vue de la même manière parce chaque œil voit cette vue à partir d’un angle différent ! Donc, si une paire d’yeux, de la même personne, voit la même vue différemment, ne peut-on en conclure que la même vue ne puisse être vue différemment par deux personnes différentes ? Ne peut-on en conclure aussi que non seulement la lumière, ou des yeux, différents rendent différentes les choses, mais différents aussi les moments, différentes les imaginations, les émotions, et différents les préjugés et les concepts préconditionnés qui peuvent avoir le même impact sur la vision et la vue ?

Des préjugés et des concepts

Permettez-moi de vous démontrer à partir de cas réels, d’expériences concrètes, que les choses ne peuvent rester statiques et que les gens ne peuvent jamais être figés dans une réalité, dans une phase statique.

J’ai commencé par vous dire que je suis une femme arabe en supposant qu’une femme arabe est une réalité figée ou une identité immuable qui est claire et totale. C’est comme si j’avais supposé qu’une femme arabe est un être humain, ou une créature, ou une substance, qui est vu ou compris de la même manière par tous. Mais, comme nous le savons tous, une femme dans la culture arabe, et dans beaucoup d’autres cultures, cela veut dire le sexe faible, l’autre sexe, le sexe inégal, le sexe qui ne reçoit pas l’héritage ni ne perpétue le nom de la famille, le sexe qui peut apporter des enfants tout comme il peut apporter une affreuse honte. Dans la famille où je suis née, j’ai été accueillie par une déception qui a arraché des sanglots et des larmes. Tout le monde attendait un garçon. A leur grande consternation, j’étais une fille. J’étais la cinquième fille à la file, autrement dit j’étais la cinquième déception, ou ce que ma mère considérais comme sa cinquième défaite. A côté de l’épouse de mon oncle qui avait victorieusement produit dix précieux garçons, ma mère était une perdante, une épouse maudite. Mon oncle avait l’habitude de taquiner son frère, donc mon père, en lui disant : « Ne t’inquiète pas mon frère, mes fils porteront mon nom et le tien ! » Ma mère était plus belle, plus intelligente et plus digne que l’épouse de mon oncle et que toutes les épouses de la famille. Néanmoins, tout le monde la regardait comme la moins efficace, sans fruits précieux.

J’ai hérité de ces préjugés et de ces concepts. Depuis l’enfance, je les ai entendus dire que nous, les filles de la famille, les filles du quartier, et toutes les filles du monde, nous étions impuissantes, sans défense, un sexe condamné par la nature, le sexe qui est définitivement faible. Ainsi, aussi loin que je me souvienne, j’ai commencé à me disputer avec la nature, dès mon enfance.

Quand j’étais enfant, on me considérait comme une rebelle, plus que dynamique, très vive et très maniaque, et mal à l’aise dans l’affrontement. Je voulais prouver que malgré ma nature vouée à l’échec, j’étais capable et méritante, brillante et astucieuse, précoce et drôle. Que je pouvais faire rire les gens et les remplir de joie. Je voulais prouver que j’étais importante, autant que mon frère adoré - le seul garçon au milieu de six filles - et que je méritais la même importance, et le même amour. Bien sûr, j’ai échoué. Pendant des années, j’ai échoué. Les gens continuaient à dire : les femmes sont faibles, les femmes ne valent rien, et les femmes sont des anonymes. Elles ne reçoivent pas l’héritage et ne perpétuent pas le nom de la famille.

A ma grande surprise, et je l’espère à la vôtre, il y a quelques mois, ma jeune sœur m’a dit qu’elle avait découvert, par hasard, que j’étais le seul membre de la famille Khalifeh, qui est aussi nombreuse qu’une tribu, dont le nom était inscrit dans l’encyclopédie palestinienne. Avec un soupir de soulagement, elle a ajouté : « Ni mon père, ni ma mère, ni mon oncle avec ses dix précieux garçons, aucun homme dans la famille n’est cité dans notre encyclopédie, il n’y a que toi ! ». J’ai moi aussi poussé un ouf de soulagement et je lui ai dit : « Ma chère sœur, as-tu remarqué que beaucoup de femmes sont aussi inscrites dans l’encyclopédie égyptienne, dans l’encyclopédie syrienne, dans l’encyclopédie libanaise, dans l’algérienne, la marocaine et dans les autres encyclopédies arabes ? Les choses changent. Elles ont changé ! ».

Une ambiance de rêve

Quand je dis que les choses changent, je veux dire que les choses ne sont pas statiques. Les choses sont en train de bouger. Elles ont tendance à changer. Rien que moi, en tant que femme arabe, j’ai passé différentes phases, j’ai été transformée par les courants, et j’ai été porteuse de ce changement. Même au sein des familles arabes les plus conservatrices, les femmes maintenant vont à l’école. Quand elles arrivent à s’instruire, elles deviennent enseignantes, médecins, ingénieurs, pharmaciennes, écrivaines et journalistes, musiciennes et artistes. Beaucoup de femmes sont aujourd’hui considérées comme indispensables, plus fortes que les hommes, plus créatives que les hommes et plus importantes que les hommes. Les choses ont changé.

Mais faites attention. Quand je vois notre image dans les médias occidentaux nous montrant comme des créatures affreuses enveloppées dans leurs tchadors, avec des masques de cuirs, des harems derrière leurs voiles, je me demande avec stupéfaction : « Pourquoi nous voient-ils ainsi figées sur une réalité, dans une phase statique ?! Ils tirent de nous une image constamment morose, ils nous voient à travers une lumière unique ! Est-ce cela qu’ils considèrent comme une image fidèle ? Pensent-ils que Dieu nous a créées différentes du reste du sexe féminin, incapables d’évoluer ? ! »

Maintenant, laissez-moi vous raconter cette histoire, comment je me suis trouvée face à une réalité qui ne croit pas dans une réalité statique. Comment j’ai découvert que ce que les gens dans une certaine culture considèrent comme vrai n’est pas la Vérité, parce que les choses ne sont ni figées ni statiques, parce que les choses continuent d’avancer, d’évoluer dans leur essence et dans leur forme.

Quand j’étais enfant, j’avais un professeur qui constamment mentionnait le mot Changement, sur des tons et avec des sens différents. Il prononçait le mot Changement quand il parlait de justice sociale. Il disait Changement quand il parlait de répartition équitable des richesses arabes. Il disait Changement quand il parlait du statut des femmes arabes et il disait Changement quand il parlait des régimes arabes dépassés. Chacun de nous a respecté et admiré cet enseignant. Les jeunes voulaient être comme lui, les anciens ont voulu le cacher quand il a été recherché par la police.

Devenue adolescente, j’ai découvert que mon génial professeur n’était pas le seul à parler de Changement et de justice. La plupart de nos gens instruits y croyaient et parlaient de ces convictions et de ces idées. J’ai aussi découvert que des milliers de nos personnages éclairés, tels que mon professeur, étaient recherchés par la police ou croupissaient dans les prisons de régimes soutenus par les puissances occidentales, britanniques, françaises, et plus tard, par les Américains.

Jusqu’au milieu des années soixante, les politiques nationale et internationale de notre grand dirigeant nationaliste, Abdul Nasser, encourageaient cet état d’esprit de libération et de changement. Son influence était si grande qu’un certain nombre de codetta (chœurs de chambre ? - ndt) se sont produites avec succès dans différents Etats arabes. L’Occident a pris cela comme une menace pour ses intérêts et ceux de ses alliés réactionnaires dans la région, mais nous, nous pensions que nous étions les témoins du début d’un changement bien réel.

Les années 50 et 60 ont été l’âge d’or du nationalisme arabe. La rue arabe était pleine d’énergie et d’espoir de transformation. Notre attitude à l’égard de nos systèmes socio-politiques traditionnels était rebelle et sévèrement critique. Nous reflétions nos thèmes de libération et de justice sociale dans notre littérature, notre théâtre, nos chansons, notre musique, et dans les idiomes dont nous nous servions dans notre vie quotidienne. La littérature de partout dans le monde pénétrait en masse notre culture. Dans nos librairies et sur les trottoirs de nos rues, vous pouviez découvrir la littérature existentialiste, la littérature socialiste, la littérature noire et toutes les littératures qui appelaient à la libération, la révolution et au changement.

Cette ambiance de libération et de changement a influencé chacune d’entre nous, y compris les paysannes illettrées. Elles ont commencé à descendre dans la rue sans leurs voiles. Des dizaines de milliers de jeunes femmes sortaient des universités. Certains d’entre elles se lançaient dans l’engagement politique et adhéraient dans des partis politiques. Non seulement les femmes enlevaient leur voile, mais elles se mettaient aussi à porter des vêtements sans manche et des minijupes. Nous dansions le tango et le Rock and Roll, en écoutant les chansons et la musique de l’Occident, malgré notre haine de l’Occident. Nous voulions être comme l’Occident, mais pas sous sa domination ou son contrôle.


L’opposition de l’Occident et ses alliés

Cette atmosphère toute comme un rêve a connu son terme quand Israël, soutenu par l’Occident, a vaincu Nasser en 1967. La défaite fut celle aussi de notre mouvement national et de nos convictions socialistes. Les Américains et leurs alliés conservateurs dans la région ont saisi l’occasion. Ils ont soutenu avec force le recul de notre socialisme de gauche en aidant les islamistes. Ils ont versé des millions de dollars dans ce sens. Le parti des Frères musulmans, qui était complètement inconnu pour les masses, a commencé à prendre du pouvoir. Ce qui est arrivé dans notre région dans les années 70 et 80 est tout à fait semblable à ce qui s’est produit en Afghanistan quand les Américains ont apporté leur soutien aux islamistes, dont Ben Laden, pour battre la gauche. Un scénario similaire, presque similaire, s’est déroulé dans notre région. Mais, de façon étonnante et à la grande consternation de l’Amérique, les islamistes ont tourné le dos à ceux qui les soutenaient après s’être emparés de la rue. Ils étaient devenus une force réelle. Ils n’avaient plus besoin de l’Amérique. Après avoir choyé et nourri les islamistes, l’Amérique commençait à les appeler des « terroristes » et l’Europe enchaînait sur le style américain. C’est le temps où nous avons assisté à la naissance d’une nouvelle ère que nous, trêve d’ironie, nous avions voulue, l’ère du changement, mais pas de ce changement-là !

En Palestine, les Israéliens copiaient le modèle américain. Ils encourageaient les islamistes à se dresser devant l’OLP nationaliste/socialiste. Pendant qu’il poursuivaient, harcelaient et assassinaient les dirigeants et militants de l’OLP, ils faisaient semblant de ne pas voir ce que les islamistes faisaient aux femmes et à la société en général. Ils les ont mêmes privilégiés dans des postes d’enseignement. Ils ont infiltré des milliers d’entre eux, hommes et femmes, dans notre système éducatif. Ainsi, les islamistes ont-ils gagné plus de pouvoir en influençant les étudiants dès l’âge précoce. Une fois certains de leur emprise, ils ont retourné leurs forces contre l’Occident et Israël. Ils sont devenus un pouvoir réel. Ce qui les aidés à parvenir à ce stade, ce n’est pas seulement la défaite nationaliste/socialiste, aggravée par la chute du bloc soviétique. Ni le soutien israélo-américain. La mauvaise gérance de nombreux dirigeants corrompus de l’OLP a ajouté à leur succès.

Historiquement, après la défaite de 1967, l’OLP a comblé le vide laissé par Nasser. Les révolutionnaires arabes se sont regroupés autour de l’OLP en espérant créer un changement dans la région tout entière. Pendant les années 70 et 80, l’OLP était la force susceptible d’apporter le changement socio-politique et l’unité contre nos régimes conservateurs. Malheureusement, après un moment, il n’y a eu plus guère de différences entre l’OLP et les autres régimes arabes conservateurs et corrompus. Les dirigeants de l’OLP ont, à la fois, été atteints par le pétrodollar arabe, et se sont égarés, perdant toute sagacité en perdant beaucoup de grands intellectuels, assassinés par le Mossad israélien. Ceux qui ont fait les accords d’Oslo n’ont certainement pas été les plus brillants. Ils ont échoué en tant qu’administrateurs, autant qu’ils ont échoué à apporter la paix. Leur corruption a ajouté à la pauvreté du peuple, et les Israéliens leur ont rendu impossible d’apporter la stabilité et l’espoir. Le peuple a fini par en avoir marre et devenir amer. Ecrivains, journalistes, artistes et intellectuels se sont mis à écrire, à lancer des appels, demander le changement, en vain. Les masses, frappées par la pauvreté, le manque de vision et d’espoir, se sont tournées vers les islamistes. Elles voulaient ainsi porter au pouvoir un front qui pourrait les débarrasser de la pauvreté, de la corruption et de l’occupation. C’est ainsi que le Hamas a gagné les élections en Palestine. C’est ainsi que le Hamas a pris le pouvoir à Gaza. C’est ainsi que les masses arabes se sont tournées vers les islamistes pour qu’ils les débarrassent de la pauvreté, et de la défaite.

Nous sommes maintenant dans une situation de désordre. Israël profite de ce gâchis. Outre la poursuite de l’occupation et la construction de nouvelles colonies de peuplements, de milliers de colonies qui ne nous laissent aucun espace pour respirer ; chaque année, ou chaque nouvelle année, Israël lance une nouvelle opération ou une nouvelle guerre, comme celle que vous avez vue à la télévision et qui s’est déroulée dans la bande de Gaza. Les Israéliens envoient leurs obus, leurs missiles, ils tuent et détruisent. Ils détruisent l’infrastructure des villes et des villages. Ils détruisent les centrales électriques, les réseaux d’eau, les systèmes d’assainissement, les hôpitaux, les maisons, les immeubles et les camps de réfugiés. Ils détruisent les bureaux des Nations unies et des ONG, les lieux de stockage du blé et de la farine, du lait et du sucre, les stations essence, les bus et même les ambulances. Ils blessent et tuent des centaines, parfois des milliers de civils innocents, dont des femmes et des enfants.

Où est la Vérité ?

Comme vous pouvez le voir, je vous ai raconté mon histoire, en tant que femme, en tant que Palestinienne, et en tant qu’Arabe. Je vous l’ai racontée à partir de mon opinion, de mon vécu, et de mes convictions, que je pense être vraies et justes. Mais pour vous, Occidentaux, sur ce que vous avez appris ou êtes venus à penser, vous pouvez avoir des idées, des convictions ou des visions différentes sur tout ce dont je vous ai parlé, n’est-ce pas ? C’est normal et compréhensible. Vous savez pourquoi ? Parce que nous aussi, en tant qu’Arabes, Palestiniennes, et en tant que femmes arabes, nous avons des convictions et des visions différentes sur votre culture à vous, sur votre histoire et vos croyances. Mais ce que nous voyons, et ce que vous voyez, est-ce vrai et réel ? Est-ce la vérité ? Nous devons nous poser ces questions, à moins d’être satisfaits de nos préjugés et figés dans nos croyances traditionnelles.

Pour conclure, rappelez-vous la découverte de Cézanne sur le rapport entre la lumière et la vue. Comment une scène ou une vue peut être ressentie différemment sous une lumière différente. Dans ce cadre, permettez-moi de revoir avec vous les différents préjugés culturels, vus différemment, sous des lumières différentes.

-  Première image tendancieuse : j’ai examiné la nature des femmes, comme la voient les yeux d’une société traditionnelle considérant les femmes comme immuables, définitivement sans défense, et incapables de recevoir l’héritage de leur famille ou de perpétuer le nom de leur famille. Comment puis-je qualifier cette image, vraie ou fausse ? Répondez s’il vous plaît, vraie ou fausse ? Fausse.

-  Deuxième image tendancieuse : j’ai examiné l’image des femmes arabes comme elle est présentée dans les médias occidentaux. Cette image suppose que les femmes arabes sont des harems, coincées dans leurs voiles autant qu’elles sont coincées dans le temps. Elles sont définitivement sans défense, gelées dans une phase statique. Mais cette image ne tient pas compte des femmes comme moi ; elle ignore l’existence de milliers de femmes qui, comme moi, luttent contre le sexisme, le racisme, la colonisation et l’occupation. Cette image ne tient pas compte de l’existence de millions de jeunes femmes qui luttent pour leur éducation, la lumière et la liberté. Elles se battent contre les préjugés d’Orient et ceux d’Occident. Elles se battent pour pouvoir recevoir l’héritage de leur famille et perpétuer le nom de leur famille. Certaines d’entre elles vont réussir finalement, comme je l’ai fait, à ce que leur nom soit inscrit dans les encyclopédies en arabe et à laisser leurs marques dans notre histoire moderne. L’image partiale des femmes arabes présentée en Occident, comment puis-je la qualifier, vraie ou fausse ? Répondes svp, vraie ou fausse ? Fausse.

-  Troisième image tendancieuse : les médias occidentaux présentent les musulmans comme des fondamentalistes, les musulmans comme des terroristes, les musulmans comme des Ben Laden, tapis aux quatre coins du Moyen-Orient. Les Arabes ont une nature statique qui génère la violence, un caractère borné, une structure sociale tout autant bornée qui donne finalement naissance à la corruption et à des régimes réactionnaires arriérés. Mais les médias occidentaux oublient de mentionner qu’historiquement, l’Occident a soutenu ces régimes réactionnaires arriérés contre la volonté de leurs peuples qui voulaient défendre les intérêts occidentaux. Les médias occidentaux oublient de mentionner qu’historiquement, les puissances occidentales ont aidé les fondamentalistes islamistes à prendre le pouvoir et contrôler notre région, tout comme cela s’est passé en Afghanistan. Cette image sur les Arabes, en tant que réalité, coincés dans une phase statique, comment pouvons-nous la qualifier, vraie ou fausse ? Répondez svp, vraie ou fausse ? Fausse.

-  La dernière image concerne Israël. Israël est la seule démocratie éclairée, laïque, du Moyen-Orient. Israël n’est pas raciste. Israël n’est pas sexiste. Israël n’est pas une théocratie discriminatoire envers les autres religions et croyances. Israël est un allié permanent qui protège les intérêts occidentaux au Moyen-Orient. Des canailles, des puissantes canailles, des canailles très bien armées, remplies de haine, remplies de rancunes, prêtes à tuer et à anéantir, entourent l’innocent Israël. Ces canailles n’écoutent ni la raison ni le bon sens, n’obéissent pas au droit international, font fi des résolutions des Nations unies, tuent et détruisent avec des forces extrêmement organisées, développent l’armement nucléaire et les bombes au phosphore. Comment puis-je qualifier cette image ? Est-elle vraie ? Est-elle réelle ? Est-ce la réalité ? Je ne répondrai pas à cette question ; je vous y laisse réfléchir.

Maintenant, j’aimerais examiner le concept de « liberté d’expression ». En Occident, ou dans le Premier monde comme nous l’appelons, ils supposent que la répression dans le tiers-monde ou les pays arabes fait qu’il est difficile, voire impossible, de dire la Vérité. Mais, mes chers amis, malgré toute la liberté d’expression que vous avez en Occident, je viens juste de vous montrer que vous recevez des images qui sont différentes vues par des yeux différents qui reçoivent des lumières différentes ! Où est la Vérité dans ce que vous voyez ? Où est la Vérité dans ce que nous tous nous voyons ? En Occident, il y a une tendance à mettre tous les Palestiniens, tous les Arabes, et toutes les femmes arabes dans une image statique, dans une phase statique. Nous aussi dans le monde arabe, et peut-être dans les autres cultures du tiers-monde, nous voyons l’Occident comme une seule entité, une seule identité, et un seul visage figé.

Non seulement les médias tendent à montrer les choses autrement, ou à tirer des conclusions tordues, ou à mettre toutes les images dans un cadre unique. La religion, la politique, la race, le sexe et les intérêts, tout cela peut déformer les images et jouer un rôle en forgeant des opinions et en cadrant les esprits. De ma place au Moyen-Orient, avec mon identité de Palestinienne, d’Arabe et de femme musulmane, comment oserais-je parler de Vérité ? Quelqu’un peut-il me dire ici si nous arrivons jamais à la Vérité ?

La Vérité, celle fondée sur l’amour

Où en suis-je arrivée avec mes idées décousues et mes images éparses ? Qu’il n’y a aucune Vérité à croire ou pour laquelle œuvrer ? Que nous sommes tous victimes de cultures tendancieuses ? C’est vraiment absurde ! C’est injuste et déprimant. Pour nous, êtres humains, en dépit de nos différences, de nos barrières et de nos sphères et visions limitées, nous partageons tous une Vérité, qui est absolument vraie et digne, qui est lumineuse et pleine d’espoir, qui vaut de vivre et de mourir pour elle. C’est la Vérité qui est fondée sur l’amour et la liberté. L’amour pour tous, et la liberté pour tous. Et encore, en dépit de nos différences de race, de religion, de sexe et de politique, nous avons tous besoin d’amour, nous avons tous besoin de chaleur, nous avons tous besoin d’intimité. Nous avons tous besoin d’être reconnus en tant qu’humains, humains sensibles, humains fragiles et d’humains capables. Nous avons tous besoin d’échanger sur nos idées et nos sentiments. Nous avons tous besoin de nous étreindre et nous embrasser. Depuis l’enfance et jusqu’à ce que nous soyons devenus très vieux, nous avons besoin d’aimer et d’être aimé. Nous cherchons l’amour, nous pleurons d’amour, et parfois, nous mourons d’amour. Nous cassons tout quand nous perdons l’amour ou quand nous nous sentons trahis par l’amour. Y a-t-il une vérité au-delà de cette vérité, plus réelle, plus sincère, et plus précieuse et digne ?

Et la liberté. Y a-t-il un être humain qui ne cherche la liberté ou qui passe toute une vie dans la recherche de la liberté ? Nous appelons cela la liberté qui conduit à la grande cause de la liberté, la liberté du corps, la liberté de l’âme, la liberté du cœur, la liberté de l’esprit et la liberté d’expression. Donc, je le crois, il y a bien une Vérité, en dépit de mes doutes et de mon esprit critique. Au fond de mon cœur, je crois que les peuples méritent l’amour, l’amour et la liberté qui les rendent, tous, remplis de lumière.

M’avez-vous crue quand j’ai commencé mon intervention ce soir en disant qu’il n’y a pas de Vérité qui soit éternellement figée ? M’avez-vous vraiment crue ? Eh bien, ce n’était pas vrai, c’était une astuce, un jeu, ou ce que nous appelons en littérature, une technique. Tout ce que je voulais, c’était attirer votre attention, afin de secouer certains préjugés et de jeter des couleurs différentes sur différentes vues et lumières. J’espère que vous me pardonnez, j’espère que vous me reconnaissez, j’espère que vous m’aimez, en dépit des différences de couleur et de lumière, de vision et de vue.

Sahar Khalifeh 


(JPG)Kawther Salam est une journaliste palestinienne. Elle a travaillé plus de 20 ans pour différents journaux et stations de télévision en Palestine. Elle est obligée de vivre en exil à Vienne depuis 2002.

De Kawter Salam :

30 avril 2010 - Kawter Salam - Palestine Think Tank - sous-titrage et traduction : JPP



Video : France24 - Jérusalem, la bataille de la terre

 Jérusalem Est, une nouvelle bataille pour la terre s’est engagée. Au nom de la judaïsation de la ville, des Juifs religieux rachètent terrains et maisons à leurs propriétaires palestiniens. 
Leur but : rendre impossible "Jérusalem-est capitale de l'état palestinien" 

a voir sur :

http://apps.facebook.com/daily_motion/video/xcadzl_france24-jerusalem-la-bataille-de-l_news?ref=mf







Boycott, Désinvestissement, Sanctions
BDS contre l'occupation israélienne de la Palestine
Omar Barghouti
La Fabrique Editions
Sortie le 8 avril 2010


«Le boycott reste l’une des formes de lutte non-violente les plus moralement défendable capable de mettre un terme à l’oppression, prélude à l’instauration d’une véritable coexistence, de l’égalité, de la justice et d’une paix durable. »

Omar Barghouti est philosophe, chorégraphe, et compte parmi les plus actifs des organisateurs de BDS.


Contre Charles Boycott, propriétaire terrien irlandais, ses fermiers organisèrent en 1879 un blocus qui l’obligea à capituler sur les loyers et les conditions de travail. Le boycott est l’arme des pauvres contre les puissants, des opprimés contre la domination. Le mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) est issu d’organisations populaires palestiniennes en lutte contre l’occupation militaire de la Palestine et l’apartheid en Israël. Comme l’explique Barghouti, c’est un mouvement non violent, moral et antiraciste. Il vise tous les produits en provenance d’Israël : le limiter aux produits des colonies serait le rendre inefficace, tant cette origine est facile à masquer. Il vise entre autres le domaine académique, car à de très rares exceptions près l’université israélienne est complice de l’occupation et de l’apartheid.
Le débat sur le boycott atteint désormais des pays aussi divers que la Norvège, l’Australie, les États-Unis ou l’Afrique du Sud. Sur ce débat, le public français est mal informé. La publication de ce livre, qui comble une lacune, est menée au nom de la liberté d’expression et du droit du public à une information indépendante.

BDS veut dire Boycott, Désinvestissement, Sanctions. C’est un mouvement fondé par des organisations et des personnalités de la société palestinienne, pour soutenir la résistance populaire non violente contre l’occupation et l’apartheid. Depuis son lancement, les succès de la campagne BDS se multiplient dans le monde entier, surtout depuis l’indignation devant l’opération « Plomb durci » qui a frappé Gaza en décembre 2008. BDS prône un boycott généralisé à tous les produits et toutes les firmes israéliennes, et non limité aux produits des colonies, car Israël masque la différence entre les deux. Il défend également l’idée d’un boycott universitaire et culturel, non pas envers les individus mais envers les institutions, dont aucune n’a condamné les crimes de guerre commis par l’armée. BDS estime que désormais « le moment sud-africain est arrivé ».


La Fabrique Editions
Sortie le 8 avril 2010
192 pages
14 euros
ISBN 978-2-3587-2007-6



Jaffa, la mécanique de l’orange
Documentaire d’Eyal Sivan (France/Allemagne/Belgique, 2009). 55 mn. Inédit.

Les oranges de Jaffa ont longtemps évoqué les champs ensoleillés de l’Orient et les orangeraies à perte de vue de la Méditerranée.

Dans les années 20, elles furent utilisées à des fins de propagande par les institutions sionistes. On sait en revanche moins que l’ancienne ville arabe de Jaffa, devenue un quartier de Tel Aviv, était l’un des grands ports exportateurs d’oranges. 
A la fin du XIXe siècle, plusieurs vagues d’immigration juive en provenance d’Europe arrivent en Palestine, terre majoritairement arabe. La culture des agrumes va passer successivement de la propriété des Palestiniens à celle des cultivateurs arabes et juifs, pour devenir, dès 1948, un monopole israélien.
Des Palestiniens et des Israéliens acceptent d’évoquer ce passé devant la caméra du réalisateur, qui étaye son propos de nombreuses images d’archives.

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Le film visible en 3 parties en suivant les liens ci-dessous :
http://www.dailymotion.com/video/xc...
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