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Mai 2011, des familles de demandeurs d'asile à la rue


[Article mis en ligne le 28 mai 2011 - actualisé 27 juin 2011]
Quand des personnes arrivent en France et demandent le statut de réfugié, elles n'ont pas le droit de travailler et sont sans ressources, tant que dure l'examen de leur demande. En contrepartie, l'État doit leur verser une allocation (320 euros par mois) et les loger, dans des
centres prévus pour cela. En ce moment à Strasbourg, il utilise diverses dispositions légales pour échapper à cette obligation. Voici ce qui se passe.

La préfecture place en « procédure prioritaire » beaucoup de demandes de statut de réfugié. Cette procédure aboutit plus rarement et surtout, permet l'expulsion avant le jugement de la Cour Nationale du Droit d'Asile, et élimine au bout de quelques semaines l'obligation de logement des demandeurs.

Le premier motif de « procédure prioritaire » est la provenance des étrangers : une liste de pays « sûrs »(1), établie par l'OFPRA, la permet automatiquement. Mais l'administration y place aussi toute demande qu'elle estime « manifestement abusive », et en fait un usage très large [comme à travers les arrestations des demandeurs qu'elle refoule à ses portes]. Des centaines de demandes ainsi classées « abusives » par la préfecture ont pourtant abouti positivement, rien que dans le Bas-Rhin. Il s'agit de personnes gravement en danger dans leur pays.

Une circulaire ministérielle du 24 mai dernier enjoint aux préfectures de ne loger les demandeurs d'asile que quand la loi y contraint absolument. En particulier, tous les demandeurs d'asile en « procédure prioritaire » se retrouvent donc sans logement ni ressource après quelques semaines. Le résultat est, fin juin, plus de cinquante personnes sans logement, dont une famille avec un enfant handicapé. Ces familles attendent le jugement de leur cas par la Cour Nationale du Droit d'Asile. Cela comprend la préparation attentive de leur dossier et dure plusieurs mois. Cette mise à la rue est pour eux un enfer organisé. Quelques autres parmi les personnes à la rue sont dans d'autres types de procédure, et elles aussi sans ressource.Il ne s'agit pas d'un problème financier : quand elle y est contrainte, la préfecture utilise des hôtels, solution ponctuelle plus chère que le logement à plus long terme dans d'autres structures des quelques dizaines de personnes concernées. Diverses associations, dont ce n'est pas la tâche statutaire, s'épuisent à trouver des solutions. La préfecture refuse ne serait-ce qu'une entrevue.



Jeudi 26 mai, plus de vingt adultes et presque quarante enfants étaient à la rue (décompte CASAS). Ils viennent essentiellement du Caucase et des Balkans. Vendredi 27 mai, à partir de 18h place Broglie, à l'appel de RESF, une manifestation a eu lieu autour de ces familles. Le projet était de dormir sur place avec elles, mais la police l'a empêché : « pour des raisons de santé et de salubrité publique, vous ne pouvez placer des matelas par terre » a-t-elle expliqué. On ne peut qu'approuver : il faut un logement aux familles. La préfecture ne semble pas avoir mené le raisonnement jusqu'au bout.

Ces familles sont invisibles : pourtant, elles vivent au milieu de nous. Pour qu'elles ne soient pas sans visage, nous vous présentons quelques photos, essentiellement des enfants, qui étaient ce soir-là place Broglie. (Les adultes ne souhaitaient pas pour la plupart être photographiés eux-mêmes. Photos C. Boubel, utilisables sur demande à cerclesdesilence.alsace@gmail.com). Cette situation de familles de demandeurs d'asile à la rue est malheureusement récurrente, et empire.












(1) Nous vous laissons contempler cette liste : Albanie, Bénin, Bosnie-Herzégovine, Cap-Vert, Croatie, Ghana, Inde, Kosovo, Mali (sauf pour les femmes), Macédoine, Île Maurice, Mongolie, Sénégal, Serbie, Tanzanie, Ukraine.