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Fin mai 2011, incroyables arrestations d'étrangers venus demander l'asile à la préfecture du Bas-Rhin

[Billet mis en ligne le 30 mai 2011]

Depuis quelque temps, la Préfecture du Bas-Rhin rationne l'accès à ses locaux pour les étrangers venant se signaler comme demandeurs  d'asile et ouvrir une procédure en ce sens. Mercredi 25 mai 2011 par exemple, quatre tickets ont été octroyés, et trois le lendemain. Les étrangers concernés, quand ils sont au courant, font la queue plusieurs heures avant l'ouverture des portes, à 8h du matin. Le 25 mai au matin, deux étrangers étaient endormis devant la Préfecture.


Après la distribution des tickets, les étrangers sans ticket renoncent à entrer dans la Préfecture et se dispersent. La police tente alors des arrestations. Motif : les étrangers désirant demander le statut de réfugié doivent se rendre sans délai dans une Préfecture, dès leur entrée sur le territoire, pour se signaler en ce sens, faute de quoi ils sont irréguliers et expulsables.


C'est ainsi qu'a par exemple été considérée une jeune Nigériane venue demander l'asile il y a une dizaine de jours, et ayant dû y renoncer faute de ticket. Non francophone, elle n'a pas signalé à la police sa demande d'asile au moment de son arrestation, mais seulement plus tard, devant le Tribunal Administratif, lors de la contestation de sa mesure d'éloignement. Pour ce motif, le tribunal a validé la mesure.  Un appel est en cours. La demande d'asile déposée alors par la jeune femme sera par ailleurs, en conséquence, examinée en procédure prioritaire. Cette procédure aboutit rarement, laisse la demandeuse sans ressource ni logement, et autorise son expulsion avant la décision finale de la Cour Nationale du Droit d'Asile.


Par ailleurs une autre jeune femme venue se signaler à la Préfecture a été arrêtée puis obligée de quitter la France. Elle était cependant accompagnée d'un compatriote, qui a pu lui indiquer quelles déclarations faire immédiatement à la police. Le tribunal administratif a alors annulé la mesure d'éloignement.


Deux autres arrestations de personnes qui avaient fait la queue vainement pour être reçues à la Préfecture ont eu lieu le 25 mai, menées depuis une voiture banalisée grise garée entre la Bibliothèque Universitaire et le Théâtre National de Strasbourg.


Même si le tribunal juge illégales ces arrestations incroyables et les annule, tout le monde en ressort épuisé : les étrangers, qui doivent surmonter plus d'épreuves que celles prévues par la loi, et de nombreux salariés mandatés par l'État pour assurer les processus de demande d'asile et qui doivent, en plus de leur travail statutaire, se battre contre des situations anormales engendrées par l'administration.