[accueil] Actuellement à Strasbourg

Merci à Vincent Hanrion (www.vincenthanrion.com) pour la photo.
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Voir aussi deux nouvelles pages de vidéos (ici et ).

Chers lectrices et lecteurs, à partir du 22 février 2011,
le site officiel des Cercles de Silence — Alsace est à l'adresse

http://sites.google.com/site/cerclesdesilencealsace/
successeur du site personnel sur lequel vous êtes et dont les pages resteront en l'état, sans toutefois garantir des mises à jour rapides ou complètes. Allez donc plutôt sur http://sites.google.com/site/cerclesdesilencealsace/ Cordialement, Christophe Sobottka

Appel pour le Cercle de Silence du lundi 28 février 2011

Le prochain Cercle de Silence de Strasbourg aura lieu lundi 28 février 2011, Place Kléber à 18 heures, afin de protester contre la criminalisation des personnes démunies de papiers.

Malheureusement, de mois en mois, nous ne manquons pas de matière à nous indigner car depuis 2006 les drames humains provoqués par la politique du «chiffre» des expulsions n’auront fait que se multiplier, n’auront fait que s’aggraver…

Notre propos n’est pas une posture idéologique lointaine. Les situations absurdes, indignes, souvent tragiques, que nous rapportons concernent des personnes vivant là dans notre cité, jute à côté de nous…

Qu’est ce qui donc nous rassemble chaque mois en silence autour d’une lampe tempête et qui transcende nos diversités culturelles, sociales, politiques, religieuses, générationnelles ? Quelque chose de très bête, de basique, d’élémentaire, qui est la nécessité, un moment, de se lever pour dire non lorsque notre propre humanité est mise en péril.

Pour emprunter l’expression à notre psychanalyste du terroir, Charlotte Herfray:  Non, il y a des choses qu’on ne fait pas!  Non il y a des choses qu’on ne fait pas si on veut encore se reconnaître comme un Mensch.

Non, on ne renvoie pas des demandeurs d’asile dans le pays où ils sont en danger de mort.

Non, on n’arrache pas un père ou une mère à ses enfants.

Non, on n’enferme pas des enfants dans une prison et le fait que cette prison s’appelle «Centre de Rétention» ne change rien pour eux.

Non, on ne renvoie pas une personne gravement malade dans son pays d’origine où elle n’aura pas accès aux soins.

Non, on ne brise pas la vie de quelqu’un qui l’a construite ici depuis une décennie, en travaillant, en payant ses impôts, en y fondant tout son cercle familial et social.

Non, on ne renvoie pas une grand-mère dont toute la famille est en France et qui veut juste finir sa vie auprès des siens…

Non, on n’arrête pas ces mêmes personnes à proximité des Restaurants du cœur, des abris de nuit, de Médecins du monde, de la maison Casalis où travaillent Casas et la Cimade… là où vont les plus pauvres et les plus vulnérables d’entre nous pour juste avoir à manger, avoir un lit pour la nuit, être soigné, espérer régulariser leur situation administrative.

Non, il y a des choses qu’on ne fait pas, et rien de ce qu’on pourra nous raconter de la réal politique n’y changera rien.

Il ne s’agit malheureusement pas de mots, non, il s’agit de faits. Tout cela se fait quotidiennement et partout, à Strasbourg comme dans toutes les villes de France, et plus alarmant encore, dans toute l’Europe qui est sur le même versant sécuritaire. Tout cela se fait, à force bien banalement, et nous refusons la banalité du mal.

Albert Camus nous disait qu’une société se juge à l’état de ses prisons. Elles ne sont pas belles comme vous le savez et nombre de personnes sans papiers contribuent d’ailleurs à les surpeupler alors qu’elles n’ont jamais fait de mal à personne…

Ces hommes, ces femmes, ces enfants sans défense et pourchassés par la police sont des éclaireurs de ce que le monde, le nôtre, est en train de devenir.

Personne n’a vraiment envie de se reconnaître en leur miroir.

Et quand on pourra le faire il sera déjà bien tard.

En informant, informant sans relâche, nous espérons redonner un visage, une histoire, une réalité à ces personnes qui disparaissent derrière l’entreprise de déshumanisation de la politique du «chiffre», qui disparaissent derrière le fantasme de l’autre, cet étranger, envahissant et menaçant… et ça marche depuis la nuit des temps.

Nous avons la conviction que si les citoyens prennent conscience de ce qu’on inflige réellement à ces personnes étrangères qui ont le malheur, car c’est un malheur, de vivre en étant démunies de papiers, ils diront non également. Au minimum, qu’on ne puisse pas dire que l’on ne savait pas, qu’on ne savait pas ce qui se déroule, là, devant nos yeux, nos yeux si souvent grands fermés…

Jamais nous n’avons pas eu autant besoin de Menschen qu’en ce moment.*

PS : Nous vous invitons à avoir une pensée pour Artak, venu d’Arménie il y a cinq ans pour mourir à 31 ans, anonymement, sans sépulture, sur une terre restée obstinément étrangère… Disparu depuis plusieurs mois, ses ossements viennent d’être retrouvés à Strasbourg. Artak, ceux qui ont croisé ton chemin n’oublient pas combien la vie aura une galère pour toi. Hadjokhoutyun Artak !

* Extrait du discours tenu à l’occasion de la remise du prix 2010 du Club de la presse au cercle de silence de Strasbourg le 26 janvier dernier (le Club de la Presse a attribué son prix 2010 au Cercle de Silence de Strasbourg).

P.S.: Leur histoire a déjà fait l’objet de deux témoignages que vous pouvez retrouver sur ce site en janvier 2010 puis en août 2010. 

Réforme du droit des étrangers : agir pour le respect de l'État de droit

Mise à jour du 28/11/2010  : modèle de lettre à envoyer aux sénateurs
(voir aussi dans les "pièces jointes" en bas de cette page)

Mme la sénatrice, M. le sénateur,

Le Sénat est saisi du projet de loi relatif à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité. Déposé par le ministre É. Besson, il transpose trois directives européennes et, à cette occasion, réforme significativement notre droit de l'entrée et du séjour des étrangers. Légèrement durci, il a été adopté par l'Assemblée Nationale. Plusieurs de ses dispositions créeront des situations de déni de droit, qui sont inacceptables.

La législation en la matière engendre déjà de nombreuses situations inhumaines. Trois de ses traits en sont essentiellement la cause : difficulté procédurale, arbitraire, précarité.

  • Les étrangers doivent affronter une grande complexité et de nombreux obstacles procéduraux  pour faire valoir les droits que la loi leur donne.
  • De nombreuses décisions concernant les étrangers sont arbitraires, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas l'application d'articles de loi débattus et votés, mais sont laissées au libre choix de l'administration, souvent sans que celle-ci ait à se justifier. Les recours sont, selon les cas, difficiles ou impossibles.
  • Enfin, les situations légales des étrangers, même bien intégrés professionnellement et familialement, demeurent souvent précaires: titres courts,  situations d'attente.

Ces trois points ne sont pas des remarques abstraites de droit. Ils s'incarnent quotidiennement en situations insoutenables et surtout, sous quelque aspect qu'on les prenne, absurdes. Il faut le mesurer pour légiférer. La «difficulté procédurale», c'est, entre mille exemples, ce grand-père algérien, ayant droit au séjour, expulsé devant ses enfants et petits-enfants français abasourdis : il a outrepassé le délai de 48h pour contester une décision d'expulsion, pourtant illégale. L'«arbitraire», ce sont par exemple ces demandes d'asile déclarées «abusives» par l'administration (art. L741-4 CESEDA), permettant souvent l'expulsion. Des centaines de ces demandes, transmises  cependant à l'OFPRA,  aboutissent à l'octroi du statut de réfugié.

Or le projet de loi, en l'état, renforcera ces travers de la loi. À titre d'exemples particulièrement saillants, j'aimerais porter cinq dispositions à votre attention, qui me semblent inacceptables et indignes.

  • Selon l'article 40, la légalité de la mise en rétention d'un étranger ne sera contrôlée que cinq jours après le début de celle-ci. En pratique, elle interviendra donc facilement après son expulsion.
  • Le projet, dans une liste abusivement extensive de cas (art. 23), «regarde comme établi le risque que l'étranger se soustraie» à une Obligation de Quitter le Territoire Français le visant. La contestation de celle-ci se fera alors dans les 48 heures au lieu d'un mois. En pratique,  ça la rendra alors impossible.
  • Les dispositions sur les zones d'attente, pour les groupes de plus de 10 étrangers, élargiraient notamment la faculté pour l'administration de considérer comme «manifestement infondées» des demandes d'asile. En pratique, cela conduira à une négation du droit d'asile. Là, des vies humaines sont en jeu.
  • La rétention administrative passerait, maximalement, de 32 à 45 jours. L'enfermement des personnes  ne doit être employé que quand il est tout à fait nécessaire à l'ordre public. Son allongement, commode pour l'administration, n'est pas un jeu de chiffres : il traumatise, interrompt le cours de la vie ; en CRA, il est un tunnel de journées vides et d'angoisse. En outre, un enfant n'a rien à faire en CRA.
  • La mesure de bannissement (art. 23) est la création d'un nouveau pouvoir arbitraire pour l'administration. Ses conséquences sont trop lourdes pour qu'il soit laissé à la discrétion de cette dernière.

Le droit effectif au recours contre les décisions des pouvoirs publics, la limitation des décisions arbitraires, le recours à la privation de liberté seulement lorsqu'absolument nécessaire, et toujours sous le contrôle d'un juge, tout ceci constitue l'État de droit. Il est un héritage infiniment précieux de notre histoire, qui garantit le respect de la dignité humaine de chacun. L'enfreindre, c'est toujours, en pratique, léser gravement les personnes. Quelle que soit sa politique migratoire — sur laquelle le débat est légitime et le vote du Parlement est souverain — notre pays peut et doit le respecter.

Les amendements apportés par le Sénat à ce texte seront déterminants. En comptant sur votre écoute, je vous adresse, Mme la sénatrice, M. le sénateur, mes salutations respectueuses.

Dans les "pièces jointes" en bas de cette page, vous trouverez ce même modèle de lettre au format .doc, ainsi qu'un fichier .pdf avec quelques explications.

Contacts

Nous écrire cercledesilence.strasbourg@gmail.com

Webmestre : sobottka.fr