![]() Les faits relatifs à cet être surhumain qui s'appelle Jésus-Christ, et qui vécut en Judée il y a dix-neuf siècles, ont été consignés dans un livre appelé l'Evangile. Evangile veut dire bonne nouvelle, nouvelle du salut. L'Evangile est l'histoire de Jésus-Christ, écrite par quatre témoins contemporains: les Apôtres saint Jean et saint Matthieu, et les disciples saint Marc et saint Luc. Les trois premiers ont vu de leurs yeux, entendu de leurs oreilles les faits, les paroles qu'ils rapportent; le quatrième, saint Luc, a recueilli les témoignages des autres premiers disciples, fidèles compagnons du saint Maitre. Les quatre récits forment un seul livre, que l'on appelle indifféremment l'Evangile ou les Evangiles. La première histoire de Jésus fut écrite à Jérusalem, environ huit ans après la mort du Sauveur. Avant de se disperser pour conquérir l'univers à la foi de leur Maitre, les douze Apôtres, cédant à la prière des chrétiens de Judée, chargèrent saint Matthieu de rédiger succinctement le récit des actions et des paroles les plus importantes de Jésus-Christ. Cet évangile fut composé en syriaque, langue vulgaire des Juifs à cette époque. Le but principal de saint Matthieu étant de prouver que Jésus-Christ, le Messie, est le Fils de Dieu et Fils de David; il s'applique à mettre sans cesse en regard les prophéties des livres sacrés du peuple hébreu et les circonstances de la vie du Sauveur qui en sont la réalisation. L'Evangile de saint Marc fut écrit à Rome, en langue grecque, deux ou trois ans après l'Evangile de saint Matthieu, c'est-à-dire dix ou onze ans après l'Ascension. Saint Marc, depuis Jérusalem, était disciple et secrétaire de saint Pierre, Prince des Apôtres. Son Évangile, qui résume celui de saint Matthieu, fut approuvé, sinon dicté, par saint Pierre, et se répandit bientôt dans toute l'Église. Saint Luc, natif d'Antioche, en Syrie, compagnon fidèle du grand Apôtre saint Paul, est l'auteur du troisième Évangile. Il l'écrivit en grec sous les yeux de l'Apôtre saint Paul. L'Évangile selon saint Luc est plus complet que les trois autres, et l'auteur s'attache surtout à conserver l'ordre historique et chronologique. Seul entre tous, il raconte avec détails tout ce qui concerne les commencements de la vie du Sauveur, que saint Luc tenait de la bienheureuse vierge MARIE elle-même. Quant à saint Jean, disciple bien-aimé de JÉSUS, il composa son Évangile à Éphèse, près de cinquante ans après les autres. Presque centenaire et seul survivant de tout le Collège Apostolique, saint Jean céda aux instances des fidèles épouvantés par l'audace des hérésies naissantes. A mesure que le martyre enlevait au monde les Apôtres immédiats du Seigneur, les ennemis de la foi levaient plus hardiment la tête, et altéraient la vérité par des fables et par les excès d'un faux mysticisme. Les Gnostiques et les Docètes, entre autres, niaient tantôt la réalité de l'humanité de JÉSUS-CHRIST, tantôt la divinité du Verbe. Aussi saint Jean, laissant de côté tout ordre chronologique, se contente-t-il de consigner par écrit les circonstances qui, dans la vie de son Maître, manifestent plus clairement la divinité du Fils de DIEU et la vérité de son Incarnation. Dès le premier siècle, on écrivit plusieurs autres histoires de JÉSUS-CHRIST ; mais les quatre Évangiles de saint Matthieu, de saint Marc, de saint Luc et de saint Jean, ont été seuls approuvés par l'Église et déclarés exacts et authentiques. Par les soins et sous la garde des Évêques, successeurs des Apôtres, ils se répandirent aussitôt dans tontes les Églises du monde, et les chrétiens les vénéraient à un tel point, qu'ils en savaient par coeur presque toutes les paroles sacrées, et que beaucoup en portaient constamment sur eux une copie. Ce respect et cet amour de tous les fidèles garantissaient ainsi d'une manière inviolable la pureté et l'intégrité du texte évangélique. La véracité des Évangélistes, et par conséquent la vérité des faits qu'ils rapportent, est une question de bon sens et de bonne foi. Les Évangiles ont été prêchés et écrits à Jérusalem, sous les yeux des Juifs ; à Rome, à Corinthe, à Éphèse, sous les yeux des païens et des hérétiques, qui en égorgeaient les auteurs, mais ne les démentaient pas. Toute la vie des Évangélistes et surtout leur mort nous sont données en gage de la vérité des Évangiles. La fondation rapide de tant d'Églises, la désertion des temples païens, la sainteté des chrétientés naissantes, la fidélité et le dévouement de tant de milliers de martyrs, la rage impuissante de tant d'ennemis : voilà les garants immenses de la vérité de ce livre, qui n'est pas seulement vrai, mais est la vérité même. L'Évangile est plus qu'un livre écrit sur le papier ; c'est un fait imprimé sur le monde. Les Évangélistes ont été les témoins oculaires de ce qu'ils racontent : « Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons entendu de nos oreilles, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie : voilà ce que nous Vous annonçons ! » disait l'Apôtre saint Jean (Première épitre, chapitre I.) ; et saint Pierre (Deuxième épitre, chapitre I.) : « Ce n'est pas en suivant de doctes fables, mais comme témoins oculaires de ses grandeurs, que nous vous faisons connaître la présence et la puissance de Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST, ayant entendu nous-mêmes sur la montagne la voix du ciel : Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » Ils écrivent, ils prêchent sur les places même de Jérusalem et devant le Calvaire, en face d'ennemis acharnés, témoins des mêmes faits. La métamorphose inexplicable opérée en eux dans le Cénacle, la sainteté merveilleuse et la naïveté de leur vie, leur désintéressement, leur pauvreté, leur zèle pour la vérité, leur courage à annoncer le CHRIST sous les menaces et les coups ; enfin, et plus que tout cela, le sanglant martyre qui couronne leur prédication : tels sont les gages incomparables de la sincérité et de la véracité des Évangélistes. « Pour moi, dit le grave Pascal, je crois sans peine à des témoins qui se font tuer. » Mais il est une autre garantie de la véracité de l'Évangile qui dépasse toute autre garantie et qui n'a jamais été invoquée en vain : c'est le livre lui-même. Ouvrez-le. Quelle évidence de vérité ! Et comment la méconnaître à cette simplicité, à cette indigence, à cette nudité du discours ! Quelle paix ! quelle sainteté ! quelle morale ! quelle sagesse ! quels sublimes enseignements ! quelle perfection soutenue ! L'Évangile a une profondeur et une élévation illimitées qui se tempèrent elles-mêmes par leur propre douceur, et qui sont à l'âme ce que le bleu du ciel est au regard. C'est simple, c'est doux, mais c'est infini. « L'Évangile se prouve lui-même. Quand on le lit, quand on en parcourt les pages saintes, quand l'oeil suit ce divin tissu de faits naïfs, de préceptes sublimes, de paraboles touchantes, de miracles bienfaisants, d'enseignements célestes ; et quand on voit le parfait accord, la fusion de tout cela dans un fond commun de candeur et de vérité, on se sent pénétré d'une persuasion irrésistible. On croit alors, on croit tout : toutes les preuves deviennent inutiles et superflues ; on a honte d'avoir douté ; les difficultés s'évanouissent.» La simple affirmation de l'Évangile suffit pour entraîner la foi, et l'incrédule lui-même, quand il n'a pas perdu tout sens moral et tout sentiment du vrai, ne peut retenir l'involontaire aveu qu'arrachait jadis au sophiste de Genève l'évidence de la vérité : « Je l'avoue, écrivait-il, la majesté des Écritures m’étonne, la sainteté de l’Évangile parle à mon coeur. Se peut-il qu'un livre à la fois si sublime et si simple soit l'ouvrage des hommes ? Dirons-nous que l'histoire de l'Évangile est inventé à plaisir ? Mon ami, ce n'est pas ainsi qu’on invente l'Évangile a des caractères de vérité si grands, si frappants, si parfaitement inimitables, que l'inventeur en serait plus étonnant que le héros.» Donc, même au seul point de vue de la droite raison et en faisant abstraction de la foi chrétienne, nous pouvons, nous devons conclure : l'Évangile est vrai, et nous pouvons l'ouvrir avec confiance (Voyez le quatrième volume des Études philosophiques sur le CHRISTianisme, par M. Nicolas, l'ouvrage le plus remarquable peut-être qui ait été composé sur ce sujet.). (Monseigneur de Ségur in "La divinité de Jésus-Christ") Voir également: Quatre évangiles en un seul, par le chanoine Weber |
