La Très Sainte Trinité

Somme contre les Gentils, de la Trinité






1: PROOEMIUM_ 442

LA GÉNÉRATION DU FILS_ 445

2: IL Y A EN DIEU GÉNÉRATION, PATERNITÉ ET FILIATION_ 445

3: LE FILS DE DIEU EST DIEU_ 446

4: EXPOSÉ ET RÉFUTATION DES IDÉES DE PHOTIN TOUCHANT LE FILS DE DIEU_ 447

5: EXPOSÉ ET RÉFUTATION DES IDÉES DE SABELLIUS TOUCHANT LE FILS DE DIEU_ 449

6: EXPOSÉ DES IDÉES D'ARIUS TOUCHANT LE FILS DE DIEU_ 450

7: RÉFUTATION DE LA THÈSE D'ARIUS 452

8: EXPLICATION DES TEXTES INVOQUÉS PAR ARIUS 455

9: EXPLICATION DES TEXTES INVOQUÉS PAR PHOTIN ET SABELLIUS 460

10: DIFFICULTÉS CONTRE LA GÉNÉRATION ET LA PROCESSION EN DIEU_ 461

11: COMMENT IL FAUT ENTENDRE LA GÉNÉRATION EN DIEU. CE QUE LES ÉCRITURES DISENT DU FILS DE DIEU   463

12: COMMENT LE FILS EST APPELÉ SAGESSE DE DIEU_ 468

13: IL N'Y A QU'UN FILS EN DIEU_ 469

14: SOLUTION DES DIFFICULTÉS SOULEVÉES CONTRE LA GÉNÉRATION EN DIEU_ 471

LA PROCESSION DU SAINT-ESPRIT_ 474

15: QU'IL Y A UN SAINT-ESPRIT EN DIEU_ 474

16: L'ESPRIT-SAINT, A-T-ON DIT, N'EST QU'UNE CRÉATURE. RAISONS MISES EN AVANT_ 474

17: L'ESPRIT-SAINT EST VRAIMENT DIEU_ 476

18: L'ESPRIT-SAINT EST UNE PERSONNE SUBSISTANTE_ 478

19: COMMENT COMPRENDRE CE QUI EST DIT DE L'ESPRIT-SAINT_ 480

20: DES EFFETS QUE L'ÉCRITURE ATTRIBUE A L'ESPRIT-SAINT PAR RAPPORT A LA CRÉATION TOUTE ENTIÈRE  481

21: DES EFFETS QUE L'ÉCRITURE ATTRIBUE A L'ESPRIT-SAINT DANS L'ORDRE DES DONS ACCORDÉS PAR DIEU A LA CRÉATURE RAISONNABLE_ 482

22: DU RÔLE QUE L'ÉCRITURE FAIT JOUER A L'ESPRIT-SAINT DANS LE RETOUR DE LA CRÉATURE VERS DIEU   484

23: RÉPONSE AUX OBJECTIONS CITÉES PLUS HAUT CONTRE LA DIVINITÉ DE L'ESPRIT-SAINT_ 485

24: L'ESPRIT-SAINT PROCÈDE DU FILS 488

25: COMMENT L'ON VEUT DÉMONTRER QUE L'ESPRIT-SAINT NE PROCÈDE PAS DU FILS. RÉFUTATION DE CES OBJECTIONS


Vidéo YouTube




26: IL N'Y A QUE TROIS PERSONNES EN DIEU: LE PÈRE, LE FILS ET LE SAINT-ESPRIT


De tout cela il faut retenir qu'il n'y a que trois personnes à subsister dans la nature divine, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et que ces trois personnes, distinctes entre elles par les seules relations, sont un seul Dieu.

Le Père se distingue du Fils par la relation de paternité et par son innascibilité; le Fils se distingue du Père par la relation de filiation. Père et Fils se distinguent de l'Esprit-Saint par ce qu'on nomme la spiration; l'Esprit-Saint se distinguant du Père et du Fils par la procession d'amour, selon laquelle il procède de l'un et de l'autre.

Aucune place, dans la nature divine, pour une quatrième personne.

Les personnes divines, en effet, unies dans l'essence, ne peuvent se distinguer qu'en vertu des relations d'origine. Ces relations d'origine, on doit les concevoir non pas comme procession qui tendrait vers des réalités extérieures, car alors le sujet de la procession n'aurait pas avec son principe communauté d'essence, mais comme procession dont le terme est en Dieu. C'est seulement, on l'a vu, dans l'opération de l'intelligence et de la volonté qu'un sujet de procession peut demeurer à l'intérieur de son principe. Les personnes divines ne peuvent donc se multiplier en dehors de ce qu'exigent les processions de l'intelligence et de la volonté en Dieu.

Or Dieu ne peut avoir qu'une procession d'intelligence; son acte d'intellection est unique, simple et parfait, puisque, en se concevant, il conçoit tout le reste. Il ne peut donc y avoir en Dieu qu'une seule procession du Verbe. De même faut-il que la procession d'amour soit unique aussi, puisque le vouloir divin est unique et simple, Dieu, en s'aimant, aimant tout le reste. Il ne peut donc y avoir en Dieu que deux personnes qui procèdent, l'une par mode d'intellection, et c'est le Fils, l'autre par mode d'amour, et c'est l'Esprit-Saint. Il y a enfin une personne qui ne procède pas, c'est le Père.

Ainsi donc, il ne peut y avoir que trois personnes dans la Trinité. Si les personnes doivent se distinguer selon la procession, il n'y a d'autre part que trois situations possibles pour une personne par rapport aux processions: ou bien elle ne procède pas, ce qui est le propre du Père; ou bien elle procède de qui ne procède pas, c'est le propre du Fils; ou bien elle procède de qui procède, c'est le propre du Saint-Esprit.

Il est donc impossible de supposer plus de trois personnes. Sans doute, dans les autres vivants, les relations d'origine peuvent se multiplier: il y aura ainsi, dans la nature humaine, plusieurs pères et plusieurs fils. Dans la nature divine, c'est une impossibilité radicale. La filiation, se faisant dans une même nature, selon la même espèce, ne peut se multiplier qu'en fonction de la matière ou du sujet, comme il en va des autres formes. Mais en Dieu, il n'y a ni matière ni sujet; les relations elles-mêmes sont subsistantes. Il est donc impossible qu'il y ait en Dieu plusieurs filiations.

Et ainsi des autres relations. Il n'y a donc que trois personnes en Dieu. On objectera que dans le Fils, Dieu parfait, il se trouve une puissance d'intellection qui est parfaite et qui peut donc produire un verbe. De même y a-t-il dans l'Esprit-Saint une bonté infinie, principe de communication, capable de communiquer la nature divine à une autre personne divine. Mais il faut bien remarquer que le Fils est Dieu à titre d'engendré, non pas de générateur, et que sa puissance d'intellection est en lui comme en qui procède par manière de verbe, non pas comme en qui produit un verbe.

De même l'Esprit-Saint est Dieu comme sujet de procession; en lui, la bonté infinie se trouve comme dans une personne qui reçoit, non pas comme en qui communique à autrui une bonté infinie. Les personnes, en effet, ne se distinguent entre elles que par les relations. Toute la plénitude de la divinité se trouve donc dans le Fils, identique à celle du Père, mais avec la relation de naissance, alors qu'elle se trouve dans le Père avec la relation de génération active. Si donc la relation propre du Père était attribuée au Fils, toute distinction serait supprimée. Il en va de même pour l'Esprit-Saint.

Nous pouvons d'ailleurs contempler dans l'esprit de l'homme la ressemblance de cette divine Trinité. L'esprit lui-même, dans l'acte de connaissance qu'il a de soi, conçoit en lui-même son propre verbe. Ce verbe n'est rien d'autre que l'esprit conçu comme objet d'intellection, l'esprit saisi par l'intellect, existant dans l'esprit. De plus, s'aimant lui-même, l'esprit se produit dans la volonté, comme aimé. Mais il ne procède pas plus avant à l'intérieur de soi. Le cercle est fermé quand, par amour, l'esprit revient à la substance même d'où la procession avait commencé, avec l'idée conçue dans l'intelligence; il y a cependant procession vers des effets extérieurs, quand, par amour de soi, l'esprit sort de lui-même pour une activité quelconque. Ainsi nous trouvons trois choses dans l'esprit: l'esprit lui-même, principe de la procession, existant en sa nature propre; l'esprit conçu comme objet d'intellection, dans l'intellect; l'esprit comme objet d'amour, dans la volonté.

Ces trois choses ne sont pourtant pas une unique nature. Se connaître soi-même n'est pas pour l'esprit son être même, pas plus que se vouloir soi-même n'est en lui identique à son être ou à son acte d'intellection. Aussi bien l'esprit en tant qu'objet d'intellection, l'esprit en tant qu'objet d'amour, ne sont pas autant de personnes, n'étant pas subsistants.

L'esprit lui-même, existant en sa nature propre, n'est pas une personne, car il n'est pas un tout qui subsiste, mais une partie d'un subsistant, l'homme. C'est donc sous le rapport de la procession, qui, selon le mot de Boëce, multiplie la Trinité, que l'on peut découvrir dans notre esprit une ressemblance avec la divine Trinité.

Il est clair en effet, après ce que l'on a dit, que la nature divine se révèle à nous comme Dieu inengendré, principe de toute procession, le Père; comme Dieu engendré par mode de verbe conçu dans l'intellect, le Fils; comme Dieu qui procède par mode d'amour, le Saint-Esprit. Impossible de découvrir, au sein de la nature divine, d'autre procession, si ce n'est une procession qui aboutisse à des effets extérieurs. La ressemblance de notre esprit avec la sainte Trinité cesse en cela que le Père, le Fils et le Saint-Esprit relèvent d'une nature unique et que chacun d'eux est une personne parfaite, étant donné que l'acte d'intellection et l'acte de vouloir, c'est l'être même de Dieu.

C'est pourquoi il en va de la ressemblance de Dieu dans l'homme, comme de celle d'Hercule dans une statue de pierre: il y a représentation formelle, non point identité de nature. On dira donc qu'il y a dans l'esprit de l'homme une image de Dieu, selon le mot de la Genèse: Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance. Les autres êtres présentent aussi une certaine similitude avec la divine Trinité, pour autant que chaque chose est une dans sa substance, formée par une certaine idée, possédant un certain ordre.

On l'a dit, la conception de l'intelligence dans un être intellectuel est comparable à l'information de l'idée (ou espèce) dans un être naturel, l'amour, lui, étant comparable à l'inclination ou à l'ordre dans un être naturel. Les espèces des êtres naturels représentent donc de loin le Fils; leur ordre représentant le Saint-Esprit. Et c'est ainsi qu'en raison de cette représentation lointaine et obscure que l'on trouve dans les êtres privés de raison, on dit qu'il y a en eux un vestige de la Trinité, non point une image, selon cette parole du Livre de Job: Prétends-tu saisir les vestiges de Dieu? Mais c'est assez parlé, pour le moment, de la divine Trinité.

SOURCE