Brigedouce

La clocharde de la poste

Une pauvresse
 
Debout sur ses jambes épaisses, c'est une petite femme rougeaude, à la peau creusée de petits sillons , aux cheveux filasses et yeux bleus vifs. Elle a aussi une bouche en forme de petit coeur et un nez qui ressemble à une grossière patate ! Elle profère des injures aux passants et fait des dizaines de pas dans tous les sens devant les portes de l'immense bâtiment ultra-moderne ! Pendant les jours hivernaux, ses mains rougies de froid se réfugient dans les poches de sa blouse usagée. Dans la boîte en fer blanc posée devant elle, je laisse tomber une pièce à côté des deux ou trois autres qui y sont déjà ... Aujourd'hui, les pauvres et pauvresses de la terre me rappellent un fils qui a quitté ce monde à seize ans ! Les plis de ma mémoire ont gardé les secrets de son enfance trop brève ! Ne sommes-nous pas tous des futurs mendiants éternels ? Or, sur la grande scène du théâtre mondial dont nous sommes les acteurs bigarrés de couleurs, nous tendons journellement à vouloir dominer tous nos frères humains. Mais, la chose la plus difficile, c'est d'aimer ! Pourquoi de telles dissemblances entre nous ? Et de telles disparités chez les animaux ? Considérons les rayures des zèbres, les tâches des girafes, les poils des chats et des chiens, les plumes des oiseaux, les peaux des poissons, celles des hippopotames et notre peau d'une manière égale  ... Où sont les similitudes ? Sous ses oripeaux, cette malheureuse a dissimulé des vérités pleines de richesses sur la condition humaine ! Devant elle, nous sommes dépouillés de tous nos artifices. Nus comme les arbres effeuillés de février ! Dans un avenir proche ou lointain, nous serons plongés dans un sommeil séculaire. Nous prendrons les apparences des choses les plus futiles oubliées des vivants dans un monde aux mystères insondables. L'espace d'une seule vie n'équivaut-elle pas au plus somptueux des feux d'artifice ou aux noires tempêtes ? Je raconte cette histoire en l'honneur des futurs clochards célestes !