Jeunesse

Benny, ça suffit : Barbro Lindgren ; éd. L'école des loisirs
 

Benny, le petit cochon, est un peu grognon ce matin : entre lui et sa maman ça ne va pas, mais alors pas du tout, surtout quand elle s’apprête à laver son Pimpin ! Du coup, fâché, Benny décide de s’échapper et de trouver une autre maison mais ce n’est pas si facile que ça en a l’air ! Personne ne veut l’accueillir et il manque même de se faire arracher la queue par un bonhomme, furieux de le voir creuser un trou dans son champ. Alors, il commence à se dire que finalement, il était bien avec sa maman et il rebrousse chemin pour la rejoindre. Mais en cours de cours de route, il se rend compte qu’il a oublié son Pimpin dans le pré lorsqu’il s’est enfuit, il ne peut pas le laisser derrière lui !

Tous les enfants se reconnaissent un jour où l’autre en Benny, se projettent en lui et se sentent alors rassurés ; ils s’approprient cette histoire et ne s’en lassent pas. D’autant que les traits boudeurs du petit cochon nous le rendent immédiatement attachant. On retrouve encore les malheurs de Benny dans La Tototte, cette fois-ci, il a un petit frère...

 
 
 
 
Petit amour : Sandra Poirot-Chérif ; éd. Didier jeunesse
Voici un album très tendre, une déclaration d'amour pour un enfant : une maman raconte sa grossesse au fil des mois à son petit, ses sensations du moment : « un jour, je t'ai senti dans mon ventre », ses projections pour l'avenir : « j'avais hâte de pouvoir jouer avec toi »... Le texte, très bref, sur la page de gauche est illustré à droite, il y a une très forte interaction entre les mots et l'image : le propos de la mère est toujours adroitement figuré par un animal et son petit, ainsi « partout où j'allais je t'emmenais » est représenté par une cigogne qui transporte par le bec son oisillon dans un baluchon. Étrangement ces animaux se trouvent sur une terre qui grossit de plus en plus : allégorie du ventre de la mère, avec une belle pirouette finale : « Et enfin tu es venu petit amour ».
Un texte poétique, plein de douceur, une illustration un peu désuète, minimaliste qui accompagne avec justesse le propos, avec pour seule couleur le oranger (celui de la terre matrice). Un album intimiste, pour un moment de lecture plein de complicité et de tendresse avec son bébé ou son petit enfant.

*****


Dédale, l'
homme oiseau de Viviane Koenig , illustré par Mélisande Luthringer
 
Tourbillon (Coll. Légendaire) - à partir de 9 ans
 

Voici retracé le mythe du prince  Dédale, fils d’Alcippé, reine d’Athènes, dès sa naissance. Adulte, il deviendra un artisan, inventeur et architecte talentueux, respecté et admiré de tous, jusqu’au jour où il prendra en apprentissage Talos, son neveu. Celui-ci va s’avérer très doué également, il sera notamment l’inventeur de la scie ce qui va rendre Dédale très jaloux. Or cette jalousie ne va cesser de croître, jusqu’au meurtre de Talos, poussé du haut de l’Acropole. Voué à l’exil pour son crime, Dédale va s’installer en Crète à la cour du roi Minos, ennemi des Athéniens. Suivront de très nombreuses aventures : le Minotaure, le labyrinthe, Thésée et Ariane, Icare…

Ce livre est très complet sur le mythe de Dédale et c’est là son intérêt majeur. En effet, bien souvent on n’en connaît que certains épisodes or ils sont tous liés et découlent les uns des autres. Viviane Koenig nous propose aussi une plongée dans la civilisation grecque de l’Antiquité, non seulement grâce aux encarts de fins de chapitre qui se consacrent à un thème particulier (les aèdes, l’hospitalité, les artisans…) mais par le récit lui-même qui fourmille d’informations sur la vie quotidienne, les croyances…  Enfin, les personnages ont une réelle profondeur psychologique, l’auteur sonde leurs sentiments : doute, peur, jalousie… Un très bon ouvrage qui se lit comme un roman d’aventures, je le recommande chaudement  dès 9 ans !

A lire dans la même collection : Lancelot du lac par Anne-Laure Bondoux, illustré par Joëlle Jolivet.

 

 
***** 
Petites et grandes histoires des animaux disparus de Damien Laverdunt et Hélène Rajcak
 
Actes sud, 2010
 

A travers ces pages,  Hélène Rajcak et Damien Laverdunt nous proposent une galerie de portraits des animaux disparus au fil des siècles. Une double page est consacrée à chaque espèce, celle de gauche, sous forme de mini-bande dessinée, souligne une anecdote particulière liée à l’animal, que ce soit sa découverte par les explorateurs (Jean-Jacques Audubon pour le grand pingouin, Charles Darwin pour le renard des îles Falkland), les légendes qui les entourent où un comportement particulier. La page de droite quant à elle s’attache aux raisons de leur disparition et force est de constater que les hommes (les occidentaux en général…) sont la plupart du temps à l’origine de leur extinction.

Voici un album surprenant au grand format qui fait la part belle aux illustrations aux couleurs douces,  une invitation au voyage, à travers le monde et les époques. Nous y retrouvons le mammouth laineux et le célèbre dodo de l’Ile Maurice mais nous y découvrons aussi des espèces insoupçonnées telles que le bandicoot à pieds de cochon d’Australie ou le tratratratra de Madagascar. Le propos est clair, instructif et, si le sujet est sérieux, le ton adopté n’est pas dénué d’humour.  Un très beau livre qui séduira petits et grands à partir de 10 ans.

 
 
***** 
 
 
Le jeu de l'oie d'Achille et d'Ulysse de Annick de Giry et anne de La Boulaye, illustré par Marion Billet
Le Seuil jeunesse, 2010
 
Les mythes gréco-latins  ont toujours fasciné les enfants  et de nombreuses adaptations pour la jeunesse existent ; peu d’entre elles cependant étaient jusqu’à présent destinées aux enfants de 6 ou 7 ans. C’est chose faite désormais  avec la parution au Seuil du Jeu de l’oie d’Achille et d’Ulysse. Les auteurs proposent aux jeunes lecteurs une version  tout à fait convaincante de l’Iliade et l’Odyssée d’Homère. Le récit de la guerre de Troie puis celui du retour d’Ulysse vers Ithaque  sont scindés en de très courts chapitres d’une page et chacun présente un événement particulier de l’ensemble : « La pomme de discorde », « Le jugement de Pâris »… Aventure, épreuves, trahison et héroïsme sont au rendez-vous pour le plus grand plaisir des petits. La mise en page très attrayante contribue aussi à faire de ce livre une réussite : le texte est clair et très aéré ; les  illustrations de style naïf de Marion Billet soutiennent le récit sans occuper une place prépondérante. Enfin, le livre est proposé avec un plateau de jeu de l’oie, à chaque case correspondant un chapitre, ce qui permet d’aborder ce classique de la littérature tout en s’amusant.

A retrouver dans la même collection et par les mêmes auteurs : le jeu de l’oie des monuments de Paris, le jeu de l’oie de la Bible et  Le jeu de l’oie de l’histoire de France

*****

 
Le loup de la 135è de Rebecca Dautremer, illustré par Arthur Leboeuf
 

Ed. du Seuil

Un enfant tout de rouge vêtu, ça vous rappelle forcément quelqu’un ! Oui, sauf qu’ici, nous sommes au cœur de New-York, où deux vieillards se souviennent de leur rencontre. A l’époque, dans les années 50, l’un d’eux, narrateur de l’histoire a été missionné par sa mère pour porter au vieux Johnson 2 ou 3 choses. Le voilà parti dans le dédale d’une forêt grise, de béton et de ferraille et c’est dans la 135è qu’il rencontra le loup, sous les traits de Chili Vince, caïd du quartier. C’est alors à qui arrivera le premier chez le grand-père, l’un passant par le métro, l’autre parcourant les rues à travers les quartiers : Harlem, Broadway, Manhattan, jusqu’au pont de Brooklyn…

Rebecca Dautremer revisite de façon originale l’un des contes les plus populaires ; son univers est moderne, le langage est celui des rues et les illustrations pleine pages d’Arthur Leboeuf sont une formidable invitation au voyage…   Un conte urbain trépidant qui ravira petits et grands dès 7 ans !

 

 *****

 

 

 

La provision de bisous de Zou de Michel Gay
 

L'école des loisirs, 2008

 

C’est avec plaisir que nous retrouvons Zou le petit zèbre, dans une nouvelle aventure. Cette fois-ci, Zou s’apprête à partir en colonie de vacances. Lorsqu’il voit son nom cousu à l’intérieur de son pyjama, il comprend qu’il part seul pour plusieurs jours et qu’il faudra s’endormir sans les bisous rassurants de ses parents. Ouf, papa zèbre a une idée : avec maman zèbre, ils vont lui préparer une provision de bisous, c’est-à-dire qu’ils vont s’embrasser en mettant entre leurs lèvres un petit morceau de papier ! Celui-ci est ensuite soigneusement plié et déposé dans une boîte à bisous. Il y en a suffisamment pour toute la durée des vacances « et même un peu plus », pensent-ils.

Cet album, comme les précédents est un véritable petit bijou. L’histoire est attendrissante, et les enfants se retrouvent bien dans la peau de ce petit zèbre : qui n’a pas connu l’angoisse de la première séparation avec ses parents ?  Les illustrations de Michel Gay combinent avec finesse humour et expressivité. A lire et à relire… (Dès 3 ans)

 

 
 
*** 
 
 
Je mangerais bien un enfant de Sylvianne Donnio, illustré par Dorothée de Monfreid
 
L'école des loisirs, 2007
 

Achille est un adorable petit crocodile, il est beau, il est fort et fait la fierté de ses parents. Mais voilà qu’un jour lui vient une idée saugrenue : il veut manger un enfant. Même le gros gâteau au chocolat concocté à son attention, ne lui fera pas changer d’avis. Or, voilà qu’Achille rencontre une petite fille au bord de la rivière, quelle aubaine ! Elle ferait bien son affaire mais, qui est pris qui croyait prendre, c’est la petite fille qui se moque de lui et le jette à l’eau ! Notre petit croco trop ambitieux comprend alors qu’avant de pouvoir s’attaquer aux enfants, il lui faudra d’abord  manger les bons repas de bananes préparés par sa maman.

 

Voici un album très divertissant, l’histoire d’un caprice irréalisable qui interpellera tous les petits. L’illustration, minimaliste, met en valeur les protagonistes, leurs mimiques et permet d’aborder avec humour le thème de la frustration. (Dès 3 ans).