Ados

 Ma de Patrick Atangana ; éd. du Rouergue jeunesse (DoAdo)

Félix, 14 ans, vit avec sa mère à Méfomo, un village africain très isolé, qui vit au rythme des traditions, séparé de la ville par la forêt. Ils vivent dans une case à l'écart, rejetés des villageois sauf du vieux Jonas, ami de Ma, revenu d'Europe après 30 ans d'absence, avec une malle pleine de livres. Félix trouve là de quoi nourrir ses rêves d'ailleurs, son imaginaire. Aussi, au rejet des villageois s'ajoute l'incompréhension de sa mère qui pense que son fils, le nez toujours dans les livres, ne deviendra jamais un homme. En même temps, c'est une mère extrêmement protectrice, un peu étouffante, qui refuse de le voir quitter le village (symbolique de la forêt) et qui craint son départ. Or, il va rencontrer une jeune fille arrivée d'on ne sait où, Magali supposée sorcière par les habitants, écorchée par la vie : enfant soldat elle a pu échapper à ses maîtres. Bien sûr, les 2 jeunes vont apprendre à se connaître ou plutôt à s'apprivoiser à se faire confiance et, à très petits pas, l'amour va naître entre eux.

Voici un roman sur le passage à l'âge d'homme ; dans cette société on passe directement du statut d'enfant à celui d'adulte. Ici, ce ne sont pas des épreuves à proprement parler qui marquent la transition mais plutôt un cheminement intérieur. Félix est à la croisée des chemins, déchiré entre son amour pour sa mère, son envie de rester près d'elle, et son amour pour Magali. D'un côté l'enfance, la sécurité, de l'autre l'inconnu. Après un moment de doutes, Félix partira vivre avec Magali et ce sont ses choix qui feront de lui un homme. Un très beau roman, beaucoup de sensibilité et des personnages secondaires très bien rendus : Ma, Jonas, mais aussi le professeur d'école, présence de la nature. La soif de l'ailleurs est un thème traité dans le livre, mais pas (à mon avis) le plus important. C'est aussi un roman sur la vie qui passe. A la fin, Félix n'aura pas accompli ses rêves mais il a d'autres bonheurs en perspective, de plus il est encore bien jeune et le récit reste très ouvert.
 
 
*****
Le monde dans la main
de Mikaël Ollivier ; éditions Th. Magnier

Pierre a 16 ans lorsque sa mère, qui n'en peut plus, disparaît sans autre explication, les laissant seuls et démunis, son père et lui, dans l'appartement versaillais. L'image de la famille bien sous tous rapports, lisse, craquelle ; peu à peu, des secrets longtemps enfouis refont surface et Pierre récolte des histoires familiales qui font tomber les masques, rompent avec une certaine austérité, et rendent ainsi à cette étrange famille une sorte d'humanité bienvenue. Pierre, le narrateur, bien que décalé par rapport aux jeunes de son âge (de par ses goûts musicaux, sa façon de s'habiller, son langage) reste un ado comme les autres avec ses peurs, ses colères, ses désirs et Le monde dans la main est aussi le récit d'une affirmation de soi et du passage, semé d'embûches, vers l'âge adulte.

Il y a de la vie dans ce roman, des drames et des bonheurs, les deux étant intimement liés, beaucoup d'humour aussi. Même s'il touche des sujets graves, ce livre est vraiment délicieux et nous met du baume au coeur. Un roman écrit pour les ados peut-être, mais la bienveillance de l'auteur pour ses personnages rappelle immanquablement Anna Gavalda, on y retrouve d'ailleurs, toute la saveur d'Ensemble c'est tout, si bien qu'il plaira à un large public dès 13 ans.


*****



Sans la télé 
de Guillaume Guéraud ; éd. du Rouergue (DoAdo)
 

Guillaume Guéraud nous a jusqu’ici habitués à des romans pour ados ancrés dans un réalisme social sombre, des romans où la peur et la violence sont intimement liés au quotidien (La brigade de l'œil). Changement de registre avec Sans la télé, roman autobiographique dans lequel l’auteur revient sur son enfance dans les années 80. Petit, il vivait avec sa mère et son oncle dans la banlieue bordelaise, un gamin comme les autres mais avec une particularité tout de même, il n’a pas la télé à la maison, sa mère ayant décrété que « la télévision, ça rend les yeux carrés » et son oncle de renchérir : « La télévision, c’est un poison qui rend con ». Le petit Guillaume éprouve donc la frustration de ne connaître ni Laura Ingalls ni Goldorak. Heureusement, la déception est de courte durée grâce à sa mère qui lui fait découvrir le 7ème art ; dès lors Guillaume fréquente les salles obscures le plus souvent possible et chaque étape de sa vie est  liée à  un film en particulier.  Plus tard, lorsque le désœuvrement et la drogue s’introduisent dans la cité, rattrapant certains de ses amis, le cinéma aide Guillaume à traverser les passages difficiles de l’adolescence. Ces films qui ont accompagné l’auteur et l’ont aidé à se construire traversent le roman, chaque chapitre met à l’honneur l’un d’entre eux, des Temps modernes à l’Exorciste (l’auteur avoue un goût prononcé pour les films d’horreur) en passant par Mon oncle d’Amérique et la Strada. On referme le livre avec une seule envie, (re)découvrir ces chefs d’œuvre du cinéma qui nous offrent du rêve et du voyage pour les uns, des sensations fortes pour d’autres mais pour tous, une bonne dose d’émotion.

 

*****
 
 
Virgule : sous la direction de Pierrette Fabre-Faton
 
un magazine de français et de littérature destinés au 10-15 ans mais qui plaira aussi aux adultes ! chaque mois, cette revue propose des portraits d'hommes de lettres (Verlaine, Rabelais...) s'arrête sur des personnages littéraires (Peter Pan, Tristan et yseut) ou des thématiques particulières telles que la Comedia dell arte ou la littérature de la Grèce antique. Des rubriques rythment aussi chaque numéro ainsi la SPM : Société Protectrice des Mots nous propose d'adopter des mots afin qu'ils ne sombrent pas dans l'oubli : une nouvelle chance est ainsi offerte à  "vertugadin", "rasibus" ou encore "ripopée". En dernière page, Ali et Lola nous permettent avec beaucoup d'humour de découvrir une subtilité de la langue française, en bande dessinées. Virgule est une porte ouverte sur la littérature, tout en privilégiant le mode ludique. A découvrir...
 
 *****
 
La boxe du grand accomplissement de Jean-François Chabas ; L'Ecole des Loisirs, 2004

Les jeunes lecteurs que la couverture de ce roman n'aurait pas rebutés, pourraient se laisser découragés par le prologue, tant il fourmille de termes techniques, propres aux arts martiaux, et de noms asiatiques. C'est pourtant bien dommage ! En effet, dès les premières pages, on entre de plain pied dans la vie de Rutger Dijk, narrateur du récit. Né en 1952 aux Pays-Bas, il a perdu ses parents très jeune et s'est alors retrouvé pensionnaire d'un orphelinat à Amsterdam. Un soir où les ronflements de son voisin de lit l'empêchent de dormir, il déambule dans les couloirs et surprend le directeur de l'établissement, Gerrit Haasse, s'entraînant seul à la boxe anglaise. Cette nuit marque un tournant dans la vie du jeune garçon : une solide amitié se tisse entre les 2 protagonistes et Gerrit va initier Rutger à la boxe. Au fil des ans et des rencontres, il se tournera vers le judo, l'arnis et enfin le tai ki ken. La découverte des arts martiaux, leur pratique, leur philosophie, est au centre du texte, ils sont présentés ici comme un art (par opposition au sport), pour lequel la force mentale prime sur la force physique. Ce récit est donc une ouverture sur le monde oriental (Philippines, Japon...), mais l'une des plus grandes qualités du roman est l'humour que l'auteur manie sans modération pour notre plus grand plaisir !


Dès 12 ans
 

 

 

*****
 

Rouge crime de Mary Hoffman ; Flammarion, 2009

Nous sommes en Ombrie, province d’Italie du centre,  au début du 14è siècle. Puisqu’il n’a pas les moyens de doter convenablement sa sœur, Bernardo envoie Chiara rejoindre un couvent de sœurs  Clarisses à Giardinetto. C’est le cœur en peine que la jeune fille se prépare alors à embrasser la vie monsatique, bien qu’elle ne ressente aucune vocation. Silvano quant à lui rejoint le monastère franciscain voisin, non pour se vouer à la vie monacale, mais pour fuir et se cacher : il est en effet accusé (à tord) du meurtre d’un riche marchand de Pérouse.  Les 2 jeunes gens, affectés à la salle des couleurs de leur cloître respectif, apprendront à  préparer les pigments utilisés pour  peindre une fresque dans la basilique de Saint-François à Assise ; c’est là que leurs destins se croiseront. Or, des meurtres sordides vont se succéder au monastère semant le trouble parmi les religieux : Silvano et le maître coloriste, Frère Anselmo deviennent alors les principaux suspects, du fait de leur passé et vont devoir faire face à de terrible pressions.

Voici un très bon roman à la fois historique et policier, au rythme haletant. Mary Hoffman nous propose une incursion fort documentée dans le moyen âge italien. Elle aborde des thèmes tels que la condition féminine, la vie monastique et artistique médiévales. Bien entendu, une idylle naîtra entre Chiara et Silvano, ce qui n’enlève rien au charme du roman ! A partir de 13 ans

 

***

Star-crossed lovers de Mickaël Ollivier ; Th. Magnier, 2006 

 

 Mikael Ollivier nous embarque ici dans une histoire d’amour impossible dans un contexte social proche de celui d’aujourd’hui. Clara et Guillaume sont adolescents et vont tomber fou amoureux l’un de l’autre. Pourtant, tout semble les séparer, leurs goûts musicaux, leurs loisirs, mais surtout, leur milieu social. En effet, Clara appartient à la classe ouvrière, Guillaume quant à lui fait partie de la bourgeoisie, son père dirige l’usine qui fait vivre la quasi-totalité du village. Or voilà que l’usine va fermer et la contestation s’organise, avec à sa tête le père de Clara, délégué syndical. L’amour entre nos 2 collégiens saura-t-il braver les épreuves ? Résistera-t-il à la forte pression des familles ? Rien n’est moins sûr. Si le roman n’évite pas quelques clichés, il est malgré tout très entraînant, grâce à une bonne dose d’humour, tout en abordant des problèmes graves et actuels tels que le chômage, la mondialisation… Enfin, c’est un récit plutôt original par sa forme puisque les narrateurs s’alternent, tantôt Clara, tantôt Guillaume d’un chapitre à l’autre ce qui permet de varier les points de vue.  Un roman qui séduira les lecteurs dès 13 ans.

 

 

***

 

Be safe de Xavier-Laurent Petit ; L'école des Loisirs, 2007
 
Oskar et Jeremy, deux jeunes américains, ont une vie paisible et se la coulent plutôt douce : Oskar est lycéen et Jeremy, prétend chercher du travail mais ne s’y emploie pas vraiment. La musique est une passion qui unit les 2 frères, ils y passent tous leurs moments libres, dans le garage familial. Jusqu’au jour où, partis en quête d’un coca au supermarché, Jeremy se laisse enrôler par des militaires et signe un engagement dans l’armée. Il pense y apprendre un métier, celui de constructeur de pont, c’est du moins ce qu’on lui laisse croire. Cependant, Jeremy se révèle être un excellent tireur, lui-même prend goût à viser les cibles et il va finalement être affecté dans les forces spéciales comme tireur d’élite, et expédié dans un pays qui n’est jamais nommé mais qui est clairement identifié : l’Irak. Il va alors connaître la peur, l’angoisse, l’horreur de la guerre, son non-sens. Les mails désespérés qu’il envoie à son frère se terminent tous symboliquement par « be safe » : reste en vie.

Le narrateur de ce récit est Oskar, la guerre nous apparaît donc vue de l’arrière, ce qui est un point de vue original. Voici un roman engagé, l’auteur nous montre à quel point la guerre peut détruire des jeunes gens, disloquer des familles, un roman qui pousse à la réflexion.

 

 

*** 

Europe : mémoires profondes (collectif d'auteurs) ; Autrement, 2008

La journée de l'Europe, le 9 mai, peut être l'occasion de découvrir ce passionnant documentaire qui nous offre « des éclairages variés sur les 27 états membres de l'Union, afin de mieux saisir ce qui fait leur originalité et notre histoire commune  ». Ainsi, les chapitres développent tout à tour un moment clé de l'histoire de chaque pays, mais les thèmes abordés sont très divers, ce qui fait l'originalité de l'ouvrage : culturels (Hergé pour la Belgique, Radio-Luxembourg), sportifs (l'Ajax, équipe de foot d'Amsterdam) ou plus directement historiques (la Révolution des oeillets au Portugal, le conflit du nord de l'Irlande, le mur de Berlin...). Néanmoins,  chaque thème a tout de même une portée historique et ils apportent tous leur pierre à la constitution d'une identité européenne. Par intermittence, des points « repères », caractérisés par une couleur beige traitent, eux, d'une problématique européenne : les institutions, la colonisation, l'immigration, le Danube, les religions... Enfin, c'est un livre très richement illustré : dessins, tableaux, affiches, publicités, photos, cartes participent à rendre la lecture agréable.

 

Voici donc un excellent ouvrage, coloré, clair, aéré, à mettre entre toutes les mains dès 13 ans. Il ne s'agit pas de leçons d'histoire mais bien d'éclairages, les faits sont relatés de façon assez brève mais vivante.  Le livre fournit des informations originales, surprenantes et permet de mieux connaître des pays qui nous sont peu connus voir même assez obscurs comme la Lituanie, Malte...

 

WebRep
Évaluation globale