Table ronde sur la haie du 6 Novembre 2009 à Neufchâtel-en-Bray
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PARADIS EN HERBE
Le film « Paradis en herbe » nous semblait un outil permettant d'enclencher la discussion sur des bases ou l'aspect naturaliste (biodiversité, corridor écologique ..) ne serait pas oublié, car même si nous revendiquons l'idée « que pour sauver la haie brûlons-là » ou « que100 m de haie = 150 litres de pétrole vert et sans effet de serre », l'attrait de la filière bois-énergie pour les T.C.R (Taillis à Courte Rotation ) semble souvent oublier les autres dimensions écologiques.
La projection a largement rempli son objectif de mobilisation avec la présence de 90 spectateurs à Gournay et une salle comble au-delà de sa capacité avec 340 participants à Neufchâtel. De nombreux élus tant locaux que régionaux, des représentants du monde agricole, ainsi que des élèves des lycées agricole et forestier étaient présents à coté d'un public très divers.
Le débat en présence du réalisateur Philippe HENRY mené de façon très professionnelle par Michel LEROND notre écologue local a permis l'expression de différents points de vue.
L'un d'entre eux celui du Président de la chambre d'agriculture faisant ressortir les difficultés qu'il y a actuellement, vu le cours des céréales, a conserver prairies et bocage... Mais peut-être, faut-il aussi réfléchir au maintien du bocage, au-delà des parcelles en herbe, même si les rampes du « pulvé » n'aiment pas les branches...
Certains ont pu également nous exprimer que de ce débat était ressorti un consensus un peu mou... sans perspective concrète...Il est évident pour nous que le modèle agricole productiviste est responsable de la disparition du bocage, mais nôtre objectif n'est pas de faire le procès de ce modèle qui commence d'ailleurs à vaciller sérieusement sur ses bases , mais plutôt de rechercher avec tous ceux qui par conviction et par intérêt souhaitent agir positivement pour cette foret linéaire qu'est le bocage.
En ces temps de commémoration, nous souhaiterions reprendre au compte de la cause bocagère le « ce n'est qu'un début continuons le combat » et en soulignant le succès de cette manifestation regretter son peu d'impact sur notre presse locale... La présence des deux autres associations l'ABD et Plantes et Fruits Brayons ainsi que la mobilisations du LPA du Pays de Bray n'ont pu que contribuer à cette réussite.
La prochaine étape devrait être la venue d' Yves GABORY, le directeur de la mission bocage du CHOLETAIS afin de bénéficier de son expertise. Notre projet étant de réfléchir aux outils et stratégies permettant de façon très concrète de conserver et développer notre bocage, colonne vertébrale du paysage brayon.
Nous devrions pouvoir compter sur le soutien de nos élus si l'on se réfère aux contacts pris et à la tribune publique « l'environnement un enjeu majeur » publiée dans la lettre du département N°35 de Mars 2008.
Aux actes citoyens, l'arbre et la haie ont besoin de notre soutien concret.
Dittmar HEDREUL
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DES HAIES ET DES HOMMES
Il est certainement inutile, de revenir sur l’intérêt de la conservation et de la ré-implantation du bocage ou forêt linéaire. Mais force est de constater que ces convictions pour nous si évidentes et actuellement reprises par quasiment tous les organismes socio-politiques et les médias (Conseil Général, Région, Chambre d’Agriculture...Cultivar...) n’ont pas encore été intégrées par certains "agri-managers "du Pays de Bray et des environs.

Pour eux, le modèle agricole est encore celui de l’hyper-productivisme
beauceron et leur rêve serait de transformer le bocage brayon déjà bien mité en vaste openfield où aucun obstacle ne viendrait gêner le passage des rampes du super-pulvérisateur. Ce comportement où l’intérêt individuel prime le collectif est paradoxalemnt soutenu financièrement, sans réelle contrepartie, par la collectivité. En effet, un céréalier perçoit environ 70% de son revenu sous forme de subventions, les DPU (Droits à Paiement Unique) soit en moyenne de 300 à 400 € de prime par hectare.
Souvent, cette problématique de la défense du bocage a été discutée au sein de l’ARBRE et du Pays. De nombreuses heures de réunion ont été consacrées à l’élaboration d’une charte paysagère. Et le jour où nous
recevions dans nos boîtes aux lettres cette charte (le papier boit l’encre), à l’entrée du village de Neufbosc, le maire, entrepreneur de travaux agricoles et agriculteur, arrachait une vieille haie en bordure de route. On imagine chez ces protagonistes une sorte de hargne contre les végétaux non soumis à leur loi, l’ennemi du céréalier serait-il l’arbre ?
Alors allions-nous laisser faire ce nouveau massacre à la pelleteuse sans réagir ? La décision fut prise d’organiser une replantation symbolique qui se déroula sous la canicule de juillet en présence des médias locaux.
Nous ne souhaitons pas stigmatiser l’agriculture qui a un rôle essentiel à jouer sur le territoire, mais encore faut-il que ses acteurs adoptent des comportements citoyens.
Si l’on veut sauver ce qui reste, il faut impérativement que les forces vives du Pays de Bray se fédèrent et mettent en place une mission bocage pouvant proposer un plan de gestion de celui-ci, tant à l’échelle du Pays qu’à celui de chaque exploitation.
Alors, Messieurs les décideurs qui tous parlez d’environnement, voici enfin un acte concret pour le pays de Bray, le paysage, l’emploi et contre le réchauffement climatique. Mais peut-être faudrait-il inviter Nicolas Hulot
pour passer à des actions concrètes et durables ?

Les haies du Pays de Bray, outre leur valeur écologique, représentent « la colonne vertébrale du paysage », mais force est de constater que malgré toutes les actions entreprises et les écrits ou colloques sur les multiples avantages du bocage, ces haies disparaissent rapidement.
Cette disparition, ce mitage du paysage bocager n’est pas sans conséquences socio-économiques.
La tendance qui dans une première phase consiste à retourner les prairies conduit inexorablement à la disparition de la haie servant de clôture car celle-ci constitue alors une gêne et son entretien représente alors un coût insupportable pour l’agriculteur sans aucune contrepartie économique directe. La perception de cet élément vital du paysage ne peut alors qu’être négatif pour l’agriculteur « moderne ».
La haie est alors vécue comme une gêne au passage des engins et comme ayant un coût à éliminer en bon gestionnaire. Ces différents paramètres ne peuvent conduire qu’à la régression très importante de la haie.
C’est pourquoi il y a nécessité si l’on souhaite arrêter cette régression du bocage de proposer une valorisation économique de celui-ci. Tous les autres arguments s’avérant assez peu opérants

Valorisation du bocage
De nombreux travaux portant sur le bocage de diverses régions de France et d’Europe ont montré que la valorisation économique directe du bocage pouvait prendre deux aspects non antagonistes. Les valeurs économiques indirectes (paysagères, touristiques, écologiques, patrimoniales...) étant également importantes mais d’une estimation économique assez difficile et d’une prise en compte très aléatoire par les agents ayant les clefs du développement ou de la régression du bocage.
C’est pourquoi il nous semble urgent de chercher des solutions très pragmatiques permettant cette valorisation bocagère. La première piste est celle de la valorisation d’une partie sélectionnée des feuillus bocagers comme bois d’oeuvre ou de menuiserie. Cette possibilité est à inscrire dans le long terme et peut valablement apporter une plus value à la seconde piste qu’il nous semble réaliste de développer prioritairement :
L’utilisation du bois provenant des haies bocagères comme bio-combustible.
La notion de durabilité trouve ici une application concrète et incontestable mais sa mise en application nécessite une évolution de la haie Brayonne que les puristes réprouveront peut-être, mais une structure vivante n’évoluant pas n’est-elle pas condamnée à disparaître.
Les haies du Pays de Bray sont constituées d’essence dont la valorisation comme bio-combustible est assez inégale et nécessiterait un changement de structure de certaines haies Brayonnes, notamment leur taille et en partie leur composition. Le maintien du bocage passe donc pour partie par son évolution vers le taillis et son exploitation sur des rotations courtes de 5 à 10 ans ; par ailleurs, une autre partie des haies d’épines d’émondes et d’arbres de hauts jets voyant leur valorisation soit en plaquettes, soit en bois d’oeuvre ou de menuiserie.
Les techniques actuelles d’entretien par broyage à l’épareuse ou avec un lamier constitué de scies circulaires ne sont pas durables.
Les différentes techniques expérimentées dans d’autres régions pour la production de plaquettes de bois peuvent-être valablement transférées dans le Pays de Bray, à la condition qu’elles s’inscrivent dans un schéma global reliant production et utilisation.

CLIM ou BOCAGE
« La somme des stratégies individuelles n’a jamais constitué une stratégie collective ». En ce qui concerne les haies, le bocage, cet adage se révèle très pertinent.
Le maintien, la replantation du linéaire de haies doit se raisonner à l’échelle d’un territoire et être en cohérence avec les autres projets d’occupation de l’espace : agriculture, urbanisme..
Ceci implique parfois des actions de déplantation-replantation afin d’obtenir un maillage cohérent et adapté aux techniques agricoles contemporaines ; mais cela conduit surtout à une gestion effective et collective de cette forêt linéaire qu’est la haie.
Pour cela un plan de gestion du bocage balise dans le temps et dans l’espace les interventions à mener sur le patrimoine arboré des exploitations agricoles, des collectivités ou des particuliers.
Il hiérarchise les priorités et accompagne les agriculteurs ou autres ruraux propriétaires de haies.
Que ce soit pour leur troupeau ou l’assolement les agriculteurs ont toujours été des planificateurs au mois, à la saison, à l’année….
Les forestiers font de même pour leur forêt avec une durée certes différente, mais la méthode reste la même et comprend les différents points suivants :
· réalisation d’un état des lieux
· définition des objectifs
· moyens à mettre en œuvre
· planification et suivi
· exploitation et valorisation si nécessaire
Pourquoi ne pas faire pareil avec les éléments naturels du paysage et tout particulièrement avec le bocage ?
La mise en place de P.G.B. (plan de gestion du bocage) en cohérence avec la charte paysagère serait révélatrice du mûrissement d’une politique en faveur de l’arbre champêtre.
Ces PGB (un nouveau sigle est né) ont surtout pour mérite de replacer symboliquement mais aussi concrètement les haies au sein du système agricole et de rendre visibles à nouveau leurs fonctions productives (et oui ! ) et environnementales.
Ces plans facilitent les échanges de savoirs entre l’agriculteur, le technicien, les élus.
Ces PGB vont offrir de nouvelles voies comme celles de la lutte biologique (haie = réservoir d’auxiliaires, donc diminution des quantités de pesticides…).
.A l’heure du paradoxe climatique où la grande proposition du moment est d’installer pour un euro de plus la climatisation partout et de réchauffer l’atmosphère collective pour rafraîchir sa bulle personnelle, « jouons-la collectif » par la valorisation de la biomasse des haies.
C’est possible dans notre région Haute-Normandie dans notre département de Seine-Maritime, et dans le Pays de Bray. Il suffit d’une vraie volonté politique et que ce ne soit plus « la maison qui brûle et nous qui regardions ailleurs » mais les plaquettes de bois de haie qui brûlent et nous permettent de regarder vers un futur avec un effet de serre maîtrisé et un paysage préservé.
Dittmar HEDREUL







