Aquarelliste, je ne me lasse pas de peindre ces lieux familiers, mais toujours singulièrement neufs, inépuisables. C’est peut-être cela aussi, le rôle du peintre : inviter à contempler d’un regard neuf ces paysages que l’on traverse sans les voir…Mais ne vous y trompez pas, la peinture de plein air n’est pas un moment paisible : il faut saisir dans l’instant, avec plus ou moins de fébrilité, les nuances du ciel champenois , la lumière toujours changeante. C’est un moment d’intense activité, car l’aquarelle, qui se retouche difficilement, impose un travail rapide et sans retour. Je crois que je connais la moindre route, le moindre chemin de vignes, et les innombrables villages tous différents, accrochés à leurs coteaux dominant la vallée ou la plaine, souvent fleuris, et dont les toits rouges sont presque ternis en automne par l’or des feuilles, le flamboiement des coteaux. J’aime aussi cette animation des vendanges , les silhouettes et les couleurs vives des cueilleurs dans leurs rangées bien alignées. J’aime ces mosaïques brunes, rousses ou vert pâle des vignes au moment de la taille et la fumée bleue des feux allumés ici et là, se détachant sur le fond plus sombre des bois qui couronnent le vignoble. J’aime ce moment où apparaissent les premières feuilles, bien après la floraison des arbres du printemps. La Côte des blancs, les hauteurs de Cramant , d’Oger ou d’Avize, tous les villages autour de la « montagne » de Reims, Ludes , Rilly-la-Montagne, Sermiers , Villedommange, et tant d’autres…comme ces superbes paysages qui se dévoilent lorsque, quittant la forêt , on descend la côte de Châtillons sur Marne ou de Champillon…voila l’univers qui m’inspire , et quand j’installe en hâte le chevalet après avoir choisi mon motif, pour saisir l’instant présent et m’imprégner du paysage en un séance de peinture de quelques heures , c’est un bonheur que seuls peuvent comprendre les peintres de plein air…. et les vrais amoureux de la Champagne… |
