JAPON

TAROT DE MARSEILLE

CORRESPONDANCE et AUTRES ÉCRITS

La Statue et le Joyau

La statue et le joyau.
‘la statue et le joyau " tiré des " Stories beyond the clouds ", une anthologie de contes populaires tibétains de Clifford Thurlow publié par " the Library of Tibetan Works and Archives "2nd edition : 1977
On entendait, à travers les murs de pierre d’une cabane de paysan le son lent et continu d’un mantra du soir.
2 jeunes voix disaient leurs prières. Dans la pièce à côté, les vieux parlaient. Leurs voix douces se perdaient dans le silence. Beaucoup de mots avaient été dits. Mais le couple, Dorgé et sa femme Shuma savaient que les mots ne résolvaient rien. Le rouet tournait entre les doigts fermes de Suma. La pile de laine brute se transformait en fil solide
Le vieil homme tirait profondément sur sa vieille pipe en argile en tournant en rond sur le sol de terre battue.
Nous devons faire quelque chose dit le vieil homme, mais quoi ? La question rappelait le problème que les pauvres rencontrent souvent. Nous devons prier le Bouddha et nous en remettre à sa grande sagesse dit Dorgé en souriant à sa femme. L’amour qu’il avait pour elle illuminait son visage. Le vieux couple avait connu l’amour, la confiance et le bonheur. L’argent n’avait jamais coulé à flot, mais il y avait toujours eu du pain et de l’amour. Leurs enfants et leur foi les comblaient. Ils avaient 2 enfants, un garçon très fort et une fille très jolie, tous  les 2 en âge de se marier. Le couple n’avait pas d’argent pour la dot de la fille. La lumière, qui filtrait à travers les fissures du toit le matin, leur rappelait qu’ils devaient le réparer avant l’hiver. Les parents étaient liés par un immense amour. Ils possédaient une grande sculpture de Bouddha que les riches du coin auraient bien voulu leur acheter, mais le père voulait la garder. Ils avaient confiance en l’avenir. Un soir un voleur entra dans la maison et caché derrière le Bouddha, il entendit ce que disaient les parents. Nous devons trouver un mari pour notre fille, elle est si belle qu’un marchand devrait pouvoir la prendre sans dot. La mère répondit, tu as raison, peut-être que le Bouddha va nous envoyer un message. Pendant qu’ils disaient leurs prières, une voix semblant venir du cœur du Bouddha dit :“demain un voyageur va venir, il sera le mari de votre fille”. Incrédules, craintifs, reconnaissants et heureux, le père et la mère se rapprochent l’un de l’autre comme des enfants et leur craintes fondent comme neige au soleil. Shuma allait dire quelque chose, mais des larmes de joie roulèrent le long de ses joues fatiguées. Dorgé essayait de retenir un sanglot. Ils avaient fait confiance au Bouddha pendant si longtemps que leur foi avait été récompensée et les avait conduit de l’ombre à une claire lumière de liberté. Ils réveillèrent les enfants pour leur annoncer la bonne nouvelle. Tachi dit qu’il croirait au mariage quand il verrait le voyageur. Dolma ne savait que penser, elle savait qu’il était important qu’elle se marie, pour soulager ses parents de la charge qu’elle représentait, mais elle espérait connaître l’homme qu’elle épouserait avant le mariage, bien que ce ne soit pas la Tradition. Kuma avait entendu parler de la statue géante et était venu avec l’intention de la voler, mais la vue de cette belle jeune fille l’avait troublée et il avait changeait ses plans, elle serait sa première victime. Pendant que la famille dormait, Kuma s’échappa comme un chat de l’heureuse demeure en scrutant les ombres qui s’allongeaient. Il s’en retourna dans la nuit vers sa maison délabrée où vivaient pauvrement sa femme et ses enfants qui, excepté son fil aîné, tremblaient de la peur devant lui.
Dés l’aube, Dorgé et sa famille nettoyaient la maison de fond en comble, cuisinaient pour l’invité qu’ils attendaient et préparaient leurs plus beaux  vêtements pour accueillir le colporteur qui allait emporter le cœur de leur jeune fille.
Bien que septique, Tachi, en habit de fête, lavait ses mains salies par les travaux des champs. Ne sois pas surprise si personne ne vient dit-il à sa soeur endimanchée. Ayons foi dans le Bouddha dit la mère avec un bon sourire tout en barattant avec un long bâton le beurre frais destiné au thé de l’invité. On frappa à la porte. Kuma, vêtu comme un voyageur était là, un sourire fourbe sur les lèvres. Shuma eut un recul en ouvrant la porte et s’effaça pour faire entrer le voyageur dans l’humble maison. Elle lui offrit de partager les offrandes préparées en son honneur.
Avec une élégance naturelle qui contrastait avec la simplicité de son costume, Dolma était assise seule dans la pièce du fond. Ses longs cheveux noirs et brillants étaient tressés et attachés avec des rubans rouges, ses bottes brillaient, ses vêtements étaient si amidonnés qu’ils craquaient quand elle s’agitait nerveusement sur son tabouret.
Elle avait plutôt l’air d’une Princesse ou même d’une Déesse, espérant tout au fond de son cœur que l’étranger serait bon et honnête et la rendrait heureuse. Kuma assis avec le vieux couple et Tachi dans la pièce à côté, parlait doucement, répondait à leurs questions et les remerciait de leurs attentions. La famille le questionnait sur ses affaires, ses voyages... Finalement Dorgé, le père lui posa la question essentielle : êtes-vous marié ?
Non, mais je pense que le temps est venu de me marier. Shuma fermait les yeux et priait en silence. Tachi, incrédule, gardait les yeux grands ouverts tandis que le père souriait à l’étranger en remplissant sa tasse de thé.
J’ai une fille, très belle, en âge de se marier, aimeriez-vous la rencontrer, dit-il en posant la main sur le bras du visiteur. Dolma, rayonnante, étincelante comme une goutte de pluie, entra dans la pièce. Kuma put difficilement en croire ses yeux. Quelle chance, cette fille fera une bonne maîtresse se dit-il en l’imaginant avec concupiscence parader devant lui. Dolma était effarouchée, elle se sentait nerveuse. Elle savait qu’elle devait se marier avec cet homme, parce que ses parents étaient pauvres, mais elle était perturbée par la lubricité qu’elle percevait chez lui. Kuma dit qu’il serait ravi de l’avoir pour épouse et promit de revenir le lendemain pour l’emmener dans son village pour l’épouser lors d’une petite cérémonie privée et de revenir dans quelques jours comme mari et femme.
Quand il fut parti, Dolma regagna sa chambre. Elle détestait cet homme, mais par amour pour ses parents, elle ne se plaindrait pas et l’épouserait. Les larmes envahirent son cœur mais elles ne leur permit pas de couler.
Plus heureux qu’ils ne l’avaient été depuis longtemps, les parents remercièrent le Bouddha et s’endormirent comme des enfants. Le lendemain avant le lever du Soleil, Kuma était de retour. L’odeur des pommiers en fleur flottait dans l’air et parfumait le jardin de la modeste maison quand Shuma accueillit l’homme qui allait épouser sa fille.
De petits nuages hauts dans le ciel bleu annonçaient une belle journée. Le cheval qui avait tiré le chariot de Kuma sur une grande distance soufflait en frappant le sol comme s’il était impatient de repartir.
Dolma avait essuyé les larmes versées pendant cette nuit sans sommeil, les restes d’un sourire forcé sur son visage rouge et fatigué, elle attendait. Percevant le malaise de sa sœur, Tachi observait le visiteur avec méfiance, mais la joie naïve de ses parents était telle qu’il ne sentait pas le courage de la briser.
Le visage crispé, Kuma partit dans un nuage de poussière en fouettant son cheval comme s’il fuyait l’enfer.
Restée sur la pas de la porte, la famille regardait le passé disparaître et priait pour un meilleur futur.
Dolma était assise sur un coffre de bois à l’arrière du chariot, la poussière se mêlait aux douces larmes salées qui jaillissaient et inondaient son jeune visage effrayé.

Dressé sur sa monture, une cravache à la main, l’autre tenant les rênes, Kuma attendait sans rien dire avec un sourire diabolique sa jeune otage. Ce sourire qui en disait long augmentait la frayeur de Dolma. Elle essuya la poussière de son visage inondé de larmes en regardant derrière elle. Déjà le village de son enfance avait disparu de l’horizon. Le cheval galopait un paysage sans arbres. Les champs fertiles de son village natal disparaissaient dans un nuage de poussière. On ne voyait plus au loin, tel des châteaux forts que des montagnes enneigées. Ils traversèrent d’étranges contrées, une désolation qui allait remplacer tout ce qu’elle avait connu dans son enfance. Le soleil descendait rapidement sur l’horizon. Le chariot roulait maintenant à travers un canyon et se retrouvait bientôt dans de nouvelles contrées... Ils s’enfoncèrent dans une grande forêt de peupliers gracieux comme des danseurs de ballets et de hauts bouleaux. Kuma donna un grand coup de fouet et le cheval écumant ralentit. Descends dit-il d’une voix dure. Dolma s’exécuta et il descendit le coffre et le plaça dans une cavité naturelle au milieu des arbres. "entre là dedans et restes y jusqu’à mon retour". Ne t’éloigne pas, nous sommes dans la forêt du tigre et je suis sur que tu ferais un très bon dîner. Tel un cavalier de l’enfer, Kuma sauta à nouveau sur le chariot, fouetta le cheval fatigué et disparut dans le jour finissant. Jusque là retenues, les émotions submergèrent Dolma et elle se mit à sangloter. Ses larmes coulaient comme de la pluie de ses yeux embrumés. Elle prit son doux visage dans ses mains délicates qui avaient tissé les plus beaux tapis du monde et pria que quelqu’un vienne la sauver du sort que Kuma lui réservait Elle imaginait qu’un Prince en vêtements chatoyants, son épée d’argent scintillant au soleil, les cheveux flottants, se précipitait à son secours. Elle imaginait des tigres sautant sur le minuscule coffre en bois au fond de sa cachette et le Prince qui les terrassait les bêtes sauvages et la soulevait pour la mettre en selle sur son cheval blanc. Ses vêtements collés par la poussière s’étaient transformés. Ils étaient maintenant d’étoffe précieuse et de soie blanche.
Ensemble, ils s’éloignaient sur le cheval, alors que le soleil disparaissait à l’horizon.
Pendant que la jeune fille pleurait et rêvait, le Roi de ce pays étrange était à la chasse avec ses ministres et ses archets. Les ombres de la forêt s’allongeaient et rampaient comme des hyènes. Alors que le Roi et sa suite étaient sur le point de rentrer au château, le Roi vit une ombre qui se déplaçait rapidement. Sa flèche partit comme un oiseau de son arc tendu et disparut en zigzagant comme par magie à travers les arbres. Quand la flèche arriva au-dessus de la cavité qui abritait le coffre, elle se mit à vibrer comme si elle avait atteint sa cible. Le séduisant jeune Roi fit faire demi tour à sa monture et s’élança à travers bois. Sa longue chevelure flottait au vent, son épée d’argent était prête à affronter le destin. Les ministres en tête et les chasseurs à l’arrière qui le suivaient croyant sortir du piége un tigre, ouvrirent la malle.
Lorsqu’il vit la jeune fille à l’intérieur de la malle, d’un geste vif le roi remit son épée au fourreau, et d’un bond il fut près d’elle, posant un genou en terre, il souriait ébloui par la jeune beauté en larmes.
“ne pleurez pas” dit le prince, Je suis le roi Ngadak Gyalpo vous n’avez rien à craindre ".
Levant les yeux vers le séduisant jeune roi, Dolma émerveillée reconnu le visage de sa vision le contempla avec amour.
" sauvez-moi, s’il vous plaît " dit-elle. J’ai peur du terrible destin qui m’attend.
Le jeune roi écouta son histoire avec patience et douceur. Dans le portrait qu’elle fit du méchant, le roi reconnut le traître qui vivait parmi eux. Pendant que la jeune fille racontait son histoire, l’amour emplit le cœur du roi et un sentiment de vengeance le saisit. Il l’entoura d’un bras protecteur et déposa sur ses épaules une cape blanche.
Si vous le souhaitez comme je le souhaite, nous allons nous marier et vous serez ma reine dit Nagkap Gyalpo.
Le roi était tombé amoureux de la jeune fille en pleurs et Dolma était tombée amoureuse du jeune et beau roi .
Le chef donna des instructions à ses hommes et le prince et la jeune fille s’éloignèrent sur le même cheval dans le crépuscule. Avant de les suivre, les chasseurs placèrent le tigre sauvage dans la malle et la scellèrent.
Le méchant voleur, Kuma était dans sa maison toute délabrée en train de manger avec sa famille tout en pensant à la jeune fille dont il allait faire le malheur. Il demanda à sa famille de ne le déranger sous aucun prétexte, car il allait faire une offrande aux dieux du mal.
" C’est une offrande spéciale, et si vous entendez du bruit, quand je serai à l’étage, vous ne devez pas y faire attention " dit-il à sa famille. Je ne veux être dérangé sous aucun prétexte.
Le pauvre cheval fut sorti de l’écurie et harnaché à la charrette. La nuit était noire et étrange, les étoiles semblaient très lointaines et le cheval galopait à travers la nuit, sans ralentir afin d’éviter les coups de fouet de Kuma qui était impatient de retourner à l’endroit où il avait laissé la belle jeune fille. Arrivé à destination, il souleva la malle, la chargea sur la charrette et repartit dans la nuit noire comme un fantôme diabolique.
La cour était sombre, seule une faible lampe à huile éclairait la maison à 3 étages dans laquelle sa famille dormait. Le cheval fut reconduit à l’écurie, où un sac d’avoine l’attendait, une goutte de gentillesse dans un océan de méchanceté. Kuma souleva la malle lourde sur son dos et la monta lentement à l’étage supérieur de la maison, vers la chambre d’offrande, où il planifiait une nuit de plaisirs charnels comme sacrifice dédié aux forces maléfiques.
Kuma arracha le couvercle de la malle, mais au lieu d’une jeune fille en pleurs, un tigre féroce et avide de sang bondit hors de la malle. Le voleur diabolique hurla et poussa des cris, appela son apprenti, sa femme, mais personne ne vint à son secours ; blessé et ensanglanté, il luttait contre la bête énorme mais ses forces s’épuisaient, et vidé de son sang il sentit sa vie s’en aller et eut une dernière vision d’une statue géante, puis il s’éteignit.
Le tigre termina son repas tranquillement et s’endormit sur le lit tout spécialement préparé.
Les gens de la maison se levèrent et ils entendaient bien les grognements d’une bête sauvage à l’étage, mais ils n’osaient pas entrer dans la chambre, craignant le châtiment du maître de maison qui était très cruel avec ceux qui lui désobéissaient. Le fils aîné appela son père et la femme fit de même, mais ils n’obtinrent en réponse qu’un cri strident de bête sauvage prise au piège. Finalement, l’apprenti rassembla tout son courage et ouvrit la porte de la chambre d’offrande. La pièce était pleine de sang, l’odeur de la mort rodait et le tigre rugissait, prêt à bondir sur la prochaine proie humaine.
Le garçon réussit à chasser l’animal par une fenêtre et il regarda le fauve s’éloigner dans la forêt et retrouver sa liberté, l’estomac rempli de chair humaine. La famille pleura la mort de Kuma. Le sort avait changé le méchant homme en tigre, chassant le passé maléfique et lui offrant un futur fait de liberté et de bonheur, lorsque l’animal apaisait sa faim et sa soif, mais qui, un jour périrait sous les flèches d’un chasseur.
Nous avons connu la corruption dit le frère aîné, mais nous en avons payé le prix, que cela nous serve de leçon.
Le garçon sourit à sa mère. Elle entrevit l’espoir d’une vie meilleure et vit de la pureté dans les yeux de son fils qui avaient été si longtemps pleins d’envie et de haine. Le seigneur Boudha leur avait fait un signe, il leur avait montré son infinie puissance, et ils ne l’oublieraient jamais.
Dolma était maintenant reine. Elle était éperdument amoureuse de Ngadak et consacrait sa vie à le rendre heureux. Le roi aussi était heureux. Sa bien-aimée était apparue comme un joyau au cœur d’une fleur de lotus, un véritable cadeau des dieux qui habitaient l’espace au dessus des cieux.
Ensemble, ils parcouraient les bois et se promenaient main dans la main cueillant des baies sauvages, et trempant leurs pieds dans les cascades d’eau fraîche.
Les semaines passaient, et puis les saisons se succédèrent ; pendant tout ce temps Dolma avait été tellement heureuse que sa famille n’était plus qu’un lointain souvenir enfoui au fond de sa mémoire. Mais un matin, elle se réveilla avec une vision si forte de ses vieux parents qu’elle pensa qu’il était temps de quitter son palais luxueux pour retourner à son humble demeure. Elle décida d’y aller seule, avec son serviteur, car elle avait honte de ses modestes origines. Le roi, bien qu’il eut aimé l’accompagner, la laissa partir sans lui. Il regarda disparaître à l’horizon la silhouette de sa bien-aimée avec une espèce de pincement au cœur.
Le village avait changé. Les routes en terre étaient maintenant pavées, les boutiques semblaient différentes.
Dolma avançait sur son cheval, comme dans un rêve vers le chemin qui menait à la cabane de pierre, la maison dont elle se rappelait avec amour, malgré les richesses dont elle joissait maintenant. Dolma cherchait la vieille maison, mais à sa place s’élevait un manoir blanc imposant qui se détachait dans le crépuscule.
Le serviteur était encore plus surpris, car tout était bien différent de ce que lui avait décrit sa maîtresse.
Comme la reine avançait vers le manoir, ses parents apparurent, suivi de Tashi, vêtu d’une élégante cape de soie, laissant voir le pommeau d’une épée en argent. Les cheveux gris de ses parents étaient noirs et leurs traits émaciés avaient laissé place à un embonpoint de riches. Dolma tomba dans les bras de ses parents devant son serviteur éberlué car il ne voyait aucun signe de pauvreté contrairement à ce qu’on lui avait dit.
Dolma n’avait plus honte d’inviter le roi chez ses parents et envoya le serviteur chercher le roi et sa cour.
Quand le roi arriva finalement, les festivités commencèrent. Il trouva les parents et le frère de Dolma, charmants et pleins d’esprit. Tout le monde dansa et la fête dura pendant sept jours et sept nuits. Le manoir blanc semblait enchanté, comme si une puissance extérieure avait déplacé les esprits de tous ces gens comme des pions sur un échiquier aux couleurs de l’automne.
Le 8ème jour, il fallut partir. Le roi s’en alla sur son étalon blanc, ses courtisans suivant la bannière dorée qui flottaient dans l’air comme une voile sur un galion imposant. Dolma était restée avec ses parents un jour de plus , son serviteur avait suivi le roi, laissant la famille se retrouver dans l’intimité.
La semaine semblait avoir duré une année. Un sort avait été jeté sur la jolie maison, le roi et ses chevaliers avaient vécu dans un rêve, heureux et pourtant étrange, un rêve romantique où tout était juste et naturel. C’était la nuit de la pleine lune. Les animaux poussaient leur cri d’amour à l’intention de la boule de lumière blanche qui luisait dans les cieux. Les étoiles brillaient comme des diamants sur un rideau de velours.
La reine Dolma avait une chambre spéciale dont le plafond était bleu comme le ciel, et de petites chandelles rappelaient les étoiles qu’elle avait contemplées quelques instants avant. Il y avait un autel éclairé par des lampes à huile, et derrière ces lampes s’élevait le Buddha géant qui avait été le témoin silencieux des vies s’écoulant en un cycle toujours renouvelé de naissance, vie et mort ; la roue de la vie tournant sans cesse, oscillant entre le bien et le mal, le bonheur et la souffrance, les années d’abondance et les années de disette. Seuls les gens pouvaient décider eux-mêmes de leur avenir par la façon dont ils vivaient chaque jour.
La jeune fille s’agenouilla devant la statue géante, comme elle l’avait fait si souvent dans ce qui lui semblait une autre vie. Elle remercia le Buddha pour sa bonté, pour le bonheur qu’elle avait trouvé et pour ses parents qui comptaient beaucoup pour elle. Elle reposait immobile sur le couvre-lit de soie comme dans une sorte de béatitude.
Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsque Dolma ouvrit les yeux le lendemain matin dans la cabane de pierre de ses parents. Mais Dorjee et Choma étaient morts depuis longtemps, et elle apprit que son frère avait quitté le village pour épouser une paysanne. Il avait maintenant des enfants et les problèmes auxquels doivent faire face les pauvres gens. Pourtant, son instinct lui soufla de ne pas être triste.
La sculpture du Boudha avait aussi disparu. La pièce était encore dans la pénombre traversée par quelques rayons du soleil. A la place du Boudha, il y avait un joyau, une petite pierre précieuse brillant de tous ses éclats, une réincarnation du cœur de l’ancienne sculpture, un message des Dieux.
La jeune fille s’agenouilla devant le joyau et remercia encore le boudha et lui offrit en échange son esprit et la promesse d’étendre sa vertu à tous les hommes sur cette terre.
Dolma prit l’amulette magique et sortit de la vieille maison. Elle sella son cheval et se mit en route en direction du palais du roi Ngadak. Elle était heureuse d’être de retrouver la vie enchantée où régnaient paix et bonté.
Le roi vint à la rencontre de sa femme. Elle avait l’air d’une déesse, d’une sainte qui a reçu la grâce divine.
" j’ai un cadeau pour vous " lui dit-elle, " une petite dote qui me vient de mes parents ".
Dolma remit au roi la pierre précieuse et lui dit qu’elle avait le pouvoir de faire le bien, comme ses parents l’avaient toujours fait. Ses parents étaient partis faire un long voyage dans l’éternité. Seuls le Buddha et la pierre magique connaissaient le secret.

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