Dans la forêt des villes elle vivait insouciante se nourrissait de vent de paroles et de chants de rencontres éclairs et d’échanges profonds de bourgeons de sourires de rides au coin des yeux de racines d’oubli à l’unisson des souffles d’amitié partagée de voyages intérieurs Verticale dressée elle était arbre aussi et puisait dans la terre l’or des matins gracieux son étoile versait une pluie de lumière blanche fine et nacrée l’éclat d’une émeraude entre ses seins vibrait C’est l’histoire d’une ancienne petite fille... qui est tombée dans un trou de mémoire... C’est tout noir, les parois sont lisses, sans aspérités, elle n’arrive pas à en sortir... Alors elle crie : “envoyez moi des mots ! mais pas n’importe quels mots ! pas des bulles ! envoyez moi des mots qui aient du poids ! pas des qui flottent comme des ballons gonflés à l’ozone... pas des cerfs-volants sans ficelle ! envoyez moi des mots comme crik corde crampons crochets... envoyez moi des mots ascenseur ! des mots avec une cédille... pour que je les attrape... envoyez moi des mots qui éclairent comme lumière ! soleil ! luciole ! bougie... regards... pas des qui vont nulle part... pas des sans rien au bout... pas des qui errent comme des nuages... envoyez moi des mots qui vous tiennent à coeur pour que je puisse m’y accrocher et remonter jusqu’à vous... C’est doux c’est chaud c’est tendre... Puis-je m’asseoir sur le canapé rose devant la cheminée pour vous raconter mon histoire ?
C’était la guerre en plein été... Je suis née sous les bombardements, 6 jours après la Nouvelle Lune. Je suis passée brutalement du silence aquatique au bruit tonitruant des bombes qui explosent !! Alors vous imaginez ma surprise, quelques années plus tard, quand je le vis surgir ! J’étais plus étonnée que l’aviateur perdu au désert de Saint EX quand les cheveux au vent des visions accrochées au bord de ses longs cils le regard ébloui d’Ailleurs entrevus au détour d’un instant tout son corps en dansant pantin sorti d’un rêve je le voyais venir Et tout changeait de forme, les couleurs scintillaient, l’air devenait palpable... Il semblait silencieux j’entendais comme un chant... Je l’avais rencontré sur le quai d’une gare...
Il m’avait dit : t’as pas 100 balles ! C’était un franc de l’époque, qu’il glissa dans la fente d’une machine qui refusait les 2 pièces de 50 centimes qu’il me colla dans la main... Et je le suivis dans le train qui remontait sur Paris. Paris dont les robes des femmes bariolent les trottoirs Paris et son ciel bleu que griffent les avions Paris aux places ombragées cachées au coin des rues où les cris des enfants n’effraient plus les pigeons Paris dont les oiseaux nichent au pied de notre-dame et rasent en piaillant les remous de la seine Paris si plein de toi Paris si plein de nous que mon coeur s’apaise quand il marche à ton bras Paris notre complice aux réverbères amis Paris aux marchandes de fleurs à qui tu fais la cour en m’offrant un bouquet Paris nos jours de fête et nos soirs de tristesse Paris nos rires d’enfants et nos mains qui se pressent Paris dans une gare pour courir dans les champs Paris dimanche matin quand chacun dort encore que tout nous appartient Paris comme un piano morceau pour quatre mains Paris et son printemps les premiers bourgeons s’ouvrent dans l’ile saint-louis Paris bruyant le jour, silencieux à cinq heures et presque recueilli en attendant demain et Paris sous la pluie quand l’orage est si proche que la pierre devient blanche Paris sous le soleil éclatant de beauté que l’été met en fête aux terrasses des cafés Paris comme un sourire accroché à nos cœurs... Paris mon bel amour aux multiples visages... Il n’avait pas 20 ans, j’en avais déjà 30 !
il suivait ses études, et j’avais 2 enfants J’étais un peu la mère, j’étais un peu la femme, j’étais un peu la sœur... j’étais parfois l’enfant J’aurais voulu lui dire : Dans 10 ans mon amour tu n’auras que 30 ans et ces 10 ans toujours resteront entre nous Une vague éclatée une chanson peut-être te diront qu’autrefois se disait aujourd’hui Et je serai pour toi rencontre de hasard et souvenir d’un train qui roule dans la nuit. J’ai regarde passer les trains j’ai regarde passer la vie de temps en temps j’ai pris le train de temps en temps j’ai pris l’avion J’ai regarde vivre les gens ils étaient tous très différents mais ils cherchaient tous le bonheur J’ai des amis un peu partout si vous voulez les rencontrer prenez le train prenez l’avion ! Ma mère me tapait sur la main quand je jouais dans mon assiette ici on mange avec ses doigts J’ai des amis un peu partout si vous voulez les rencontrer prenez le train prenez l’avion ! Je plongeais nue dans ma baignoire enfermée entre quatre murs je puise l’eau au bord des vagues les bras levés vers le soleil je la renverse sur mon corps drapé de soie multicolore J’ai regarde passer les trains j’ai regarde passer la vie de temps en temps j’ai pris le train de temps en temps j’ai pris l’avion On invitait pour le café on offre ici les mains jointes tout ce qu’on a aux étrangers J’ai des amis un peu partout si vous voulez les rencontrer prenez le train prenez l’avion ! Chacune s’affaire autour de moi l’une imprègne mes cheveux d’huile l’autre les tresse dans mon dos pendant qu’une petite fille trempe son doigt dans la peinture et colore mes pieds de rouge et des vendeurs m’ont proposé sac en serpent collier de pierres pour un briquet made in Paris J’ai regarde passer les trains de temps en temps j’ai pris l’avion le chien s’endort sur le tapis et le clochard se met au chaud sur une grille de métro l’un brûle ses poils à la flamme l’autre tremble de froid dehors J’ai regarde passer les trains j’ai regarde passer la vie Ailleurs on croit qu’il fait meilleur c’est loin des yeux et loin du coeur bêtes et hommes cohabitent en liberté dans la misère mais c’est si loin mais c’est si beau on croit rêver on rêve un peu J’ai regarde passer les trains j’ai regarde passer la vie de temps en temps j’ai pris le train de temps en temps j’ai pris l’avion et le dernier que j’avais pris a déraillé avant son coeur Quelques jours après que mon fils m’ait plantée sur le quai d’une gare
en me disant “tu n’es pas ma femme !” Il me dit “tu n’es pas ma mère” ! Alors je suis partie ! en Inde ! Chaque fois qu’un jeune homme au sourire éclatant m’éblouissait de sa beauté, je croyais le voir Il traverse l’espace et les couches d’oubli et heurte dans mon rêve la porte de mon coeur avec la cadence inlassable des vagues qui se brisent en fracas dans la baie sablonneuse aux parois de rochers... Et j’allume la lampe et j’écoute la vague et je trace ces lignes au milieu de la nuit et me rendors enfin... Mes amours de passage s’étonnaient de m’entendre gémir en murmurant son nom. J’avais 40 ans, parcouru l’Asie, lorsque à mon retour, je l’ai rencontré...
Il a 20 ans des yeux d’azur des maladresses à faire sourire et des tendresses inattendues Il dit “Je t’aime” au pluriel ! Sirène en fleur elle l’entraîne au fond des mers de l’inconscient Algues de chair entrelacées ils dérivent au gré du flot de leur amour La certitude a des rochers où se blesser et la tendresse au sable chaud de la douceur au crépuscule Comblés d’amour ils ont trouvé la Terre promise, le Feu de vie, l’Air des soupirs, l’Eau du désir et leur Amour comme un repère éclaire un chemin dans la nuit... Je voulais le garder comme on garde un instant captif du miroir un rayon de soleil mais je l’ai renvoyé plus brillant d’être une jeune fille qui n’attendait que Lui. Sur la route j’ai croisé un homme de mon âge. Le seul ! Il est mon père ma mère mon enfant mon grand-frère l’amant des heures claires et l’absent de mes nuits... J’avais écrit une lettre à sa femme... que je n’ai jamais envoyée : Si mon amour pour lui a su forcer son coeur c’est avec vous dedans Je connais son amour pour vous et vos enfants et qu’il fut déchiré - je n’en suis plus si sûre ! - S’il lui fallut choisir il vous aurait choisie - c’est ce qu’il a fait ! - Vous resterez sa femme et je suis son amie. De son amour pour moi ne prenez pas ombrage. Il nous aime Madame. Et j'ose être moi-même ! Magicienne J’ai charmé ceux qui m’indiffèrent certains ont aimé mon image d’autres ont tenté de la changer En l’aimant je suis devenue fragile et je lui ai donné le pouvoir de me troubler l’âme et le corps Et puis mon coeur s’est ouvert et je n’ai plus séduit personne. 10 ans de plus sans lui ont coulé sous les ponts je vais quitter Paris je n’y respire plus mais j’emporte avec moi l’image de nos corps enlacés qui traversent l’espace qui s’enfuit... J’ai regardé passer les trains j’ai regarde passer la vie de temps en temps j’ai pris le train de temps en temps j’ai pris l’avion J’ai regarde vivre les gens ils étaient tous très différents mais ils cherchaient tous le bonheur. Je l’ai cherché longtemps Je ne le cherche plus. J’aurais aimé qu’il soit créateur amoureux homme orchestre danseur magicien généreux ! Qu’il n’ait pas peur de perdre en donnant son amour et sache recevoir... Il osera dire “je t’aime” sans craindre d’être aimé. Lentement il se hâte sans savoir que ses pas le conduisent vers moi. Fais confiance et sois heureuse sans t’offrir la tension de l’attente. l’Amour est une pulsation que le temps ne rompt pas. Vivre est une grâce que la vie nous accorde. Avance sans te blesser sur le chemin qui conduit à la Paix et à l’Amour. |