Malgré la crise, les Français ont acheté beaucoup plus de bio l'an
dernier. Et de plus en plus d'agriculteurs se sont lancés dans l'agriculture
verte. Mais la filière reste loin des objectifs du Grenelle et beaucoup de
produits doivent encore être importés.
3 milliards d’euros. C’est le
poids du marché français du bio en 2009. Presque deux fois mieux qu’en 2005 et
19% de plus qu’en 2008. En temps de crise et de diminution du pouvoir d’achat,
la hausse de la demande pour ces produits réputés
(trop) chers est une bonne surprise. Le bonheur est dans le pré bio ? Pas
vraiment. Car depuis plusieurs années, la France doit importer une bonne partie
- environ 30% - de ses denrées biologiques. De quoi aggraver leur bilan carbone
et diminuer l’intérêt même de produire en bio. Et cette tendance s’aggrave cette
année : les importations représentent plus de 38% des produits bio consommés en
2009. Pire, 40% de ces importations concernent des « produits pour lesquels
la France a une forte vocation naturelle mais manque de volume », selon les
chiffres de l’Agence bio, qui vient de publier son dernier
rapport.
Pour s’approvisionner en aliments verts, la France importe en effet 25%
de son lait, 30% de sa charcuterie ou encore 65% de ses fruits et légumes labellisés, alors
qu’elle pourrait en produire une bonne partie. « La demande a crû plus
rapidement que l’offre en raison de la durée de la période de conversion [des
exploitations] », avance l’Agence bio. « La faiblesse de notre production
n’est pas due à la lenteur de la conversion mais au manque de volonté et
d’incitations politiques avant 2008 », rétorque Dominique Marion, président
de la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB). D’après lui, le
passage au bio dure « aussi longtemps que dans les autres pays
européens », c’est-à-dire « entre trois et quatre ans selon les types de
cultures ». La France paierait en fait aujourd’hui le retard accumulé entre
2003 et 2006, lorsque le nombre d’exploitations augmentait très peu voire
diminuait comme en 2004.
De plus en plus de conversions au bio
Aujourd’hui, la dynamique semble repartie à la hausse. En 2009, tous les
mois, 300 agriculteurs se sont engagés dans le bio. Et le nombre total
d’exploitations a augmenté de 24% : du jamais vu depuis les balbutiements du
secteur à la fin des années 1990. Et le nombre d’agriculteurs en conversion vers
le bio s’est accru de 86% par rapport à 2008, notamment grâce aux aides de
l’Etat. Dans ce contexte, L’Agence bio assure que « les achats extérieurs
sont appelés à diminuer à partir de 2011 dans le secteur du lait et un peu moins
vite dans le secteur des céréales et dérivés ».
Reste que l’augmentation de la production devra être très importante pour
atteindre les objectifs du Grenelle premier du nom. Le texte préconise 6% de la
surface agricole utilisée (SAU) consacrée au bio en 2012 et 20% en 2020. Selon
Dominique Marion, l’objectif n’est pas atteignable. « Il faudrait réorienter
complètement la politique agricole européenne », assure-t-il. Après la
hausse historique de la production en 2009, la part du bio dans la SAU totale ne
se hisse en effet aujourd’hui qu’à 2,46%. A peine quelques grains de blé dans le
silo.