Tribune libre
L’opinion publique abusée !
Pierre Caldier et Sylvie Mayer, coauteurs du Guide de l’économie équitable(*)
Le
26 février 2009, malgré les titres de la majorité des médias, il n’y a
pas eu de fusion des deux banques coopératives. Seul évènement, la
nomination d’une même personne à la tête des trois entités bancaires,
l’Écureuil, Banques populaires et Natixis.
Sept millions de Françaises et de Français sociétaires de l’Écureuil et
des Banques populaires vont être spoliés de leurs droits de
propriétaires de coopératives par une atteinte au principe fondateur de
l’économie sociale : la démocratie, une personne égale une voix. C’est
sur ce principe qu’ont été fondés 60 % du système bancaire français,
30 % du système assurantiel et 50 % du système complémentaire de santé
via les mutuelles.
Au Crédit lyonnais, les dirigeants étaient nommés par l’État. Le coût
pour les Françaises et les Français fut de 100 milliards. À l’Écureuil
et aux Banques populaires, les dirigeants sont élus par les sociétaires
ou leurs représentants. Une fois encore, tous les Français vont
« payer » pour éponger les milliards perdus dans la spéculation. Les
actifs toxiques de Natixis dépasseraient déjà les 50 milliards.
La démocratie est désormais entre les mains de nos 577 députés et 343
sénateurs. C’est par la loi que sont nées les deux banques dans leur
statut coopératif, c’est par la loi que se fera la nouvelle banque :
une société anonyme qui concernera 34 millions de Français.
Le 15 avril 2009, le Conseil des ministres a adopté le projet de loi
qui sera étudié et voté selon la procédure d’urgence au Parlement.
Députés et sénateurs ont commencé leurs auditions. Dans quelques jours
commencera le travail en commission.
Les parlementaires sont désormais seuls garants du statut coopératif et
de sa démocratie. Ils sont devant un choix qui va engager la finance en
France pour de nombreuses années.
| Ils peuvent voter la loi sans
conditions particulières et laisser la porte ouverte à de nouvelles
spéculations, dérives financières et antidémocratiques. Ils peuvent
aussi modifier le projet de loi avec des conditions pour permettre la
construction d’un outil financier au service des personnes et de la
collectivité et basé sur les valeurs coopératives et mutualistes,
aujourd’hui oubliées par les dirigeants « élus » trop souvent cooptés.
Ils peuvent décider d’une banque transparente, orientée vers une
économie équitable, respectueuse de l’environnement, soutenant le
développement local. Ils peuvent faire émerger une banque citoyenne
développant le logement social, l’emploi et sa pérennité, l’économie
sociale. Ils peuvent décider d’une banque non spéculative protégeant
l’épargne populaire. Pour une banque éthique, démocratique, équitable, à gouvernance
coopérative, nous faisons des propositions concrètes, immédiatement
applicables (Agir pour une économie équitable, lettre de mars-avril) :
une représentation des sociétaires, des salariés et des clients dans
l’organe central coopératif ; un pouvoir de décision sur les
orientations stratégiques par des « référendums coopératifs » ; une
vigilance permanente par des observatoires de la gouvernance
coopérative auprès de toutes les instances nationales, régionales et
locales ; l’obligation d’un pourcentage d’investissements dans le
social et l’économie sociale ; l’application de la loi sur les
nouvelles régulations économiques, loi de communication sur les
conduites sociales et environnementales des entreprises ; la limitation
des rémunérations et des mandats des dirigeants ; un plan progressif de
mise en place de la parité femme-homme dans toutes les instances
élues ; l’organisation d’élections dans toutes les instances des deux
banques, compte tenu de la gravité de la situation, des changements
imposés par la loi, du nombre de Françaises et de Français concernés.
Agir pour une économie équitable, Ap2E, a interrogé
les parlementaires et leurs groupes, les partis politiques,
les syndicats, le Conseil économique, social et environnemental,
les dirigeants de l’économie sociale et les associations d’actionnaires sur ces propositions. À quelques jours du vote
de la loi leur silence est assourdissant.
Vous êtes 7 millions de sociétaires de la Caisse d’épargne
et des Banques populaires, 34 millions de clients. Pendant
quelques jours encore, vous avez le pouvoir de faire bouger
les choses en vous adressant à vos parlementaires et à vos élus locaux, à vos dirigeants de caisses locales et régionales,
aux représentants locaux des partis et des syndicats.
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