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110105 | (VIDEO) RFI : Abdoulaye Bio Tchané, candidat à l'élection présidentielle du Bénin

publié le 12 janv. 2011 15:54 par ABT 2011   [ mis à jour : 12 janv. 2011 16:18 ]


« Je crois qu'il y a dans chaque personne une dimension personnelle. Le président Soglo a fait beaucoup de choses, il a redressé l'économie du pays. Aujourd'hui, la situation est différente et je crois qu'il y a de nombreux compatriotes qui pensent que l'expérience que j'ai eu sur le plan national, l'expérience internationale, aussi bien la banque qu'au Fonds monétaire international permet de donner des solutions aux problèmes de développement »

ABT sur RFI


Sa candidature était dans l'air... Depuis hier, c'est officiel. Abdoulaye Bio Tchané se présentera à l'élection présidentielle au Bénin, au mois d'avril prochain. À 58 ans, ce banquier a une solide expérience d'économiste. Ex-ministre et ancien directeur Afrique du FMI, il préside aujourd'hui la BOAD, la Banque ouest-africaine de développement. Peut-il battre Boni Yayi et Adrien Houngbedji ?

 Christophe BoisBouvier

RFI - 05/01/2011


Quelques heures après son investiture et sa déclaration officielle de sa candidature pour la prochaine élection présidentielle, Abdoulaye Bio Tchané est revenu sur les réelles motivations de son ambition. Il était l’Invité Afrique d’hier, mercredi 5 janvier,  de Radio France Internationale (Rfi). Lire ci-dessous l’intégralité de l’entretien.

Rfi : Abdoulaye Bio Tchané Bonjour

Abdoulaye Bio Tchané :  Bonjour


Rfi : Alors vous l’aviez annoncé devant vos militants, devant vos amis politiques, c’était hier à Cotonou. Pourquoi cette candidature ?

Abdoulaye Bio Tchané :  Bien, cette candidature d’abord parce que j’ai été sollicité par de nombreux béninois et puis ensuite la situation du pays est très difficile. Et donc j’ai considéré qu’il est effectivement opportun pour que je fasse une offre politique à notre pays et que je puisse rendre à ce pays ce que j’ai obtenu pendant toutes ces années.


Rfi : Vous avez été Directeur Afrique de Fmi, aujourd’hui vous dirigez la Banque ouest africaine de développement (Boad). Vous avez donc le même profil que Nicéphore Soglo, que Boni Yayi. Pourtant beaucoup de Béninois ont été déçus par ces deux chefs d’Etat. Qu’est ce qui vous distingue de ces deux hommes ?

 

Abdoulaye Bio Tchané :  Je crois qu'il y a dans chaque personne une dimension personnelle. Le président Soglo a fait beaucoup de choses, il a redressé l'économie du pays. Aujourd'hui, la situation est différente et je crois qu'il y a de nombreux compatriotes qui pensent que l'expérience que j'ai eue sur le plan national, l'expérience internationale, aussi bien la Banque qu'au Fonds monétaire international permet de donner des solutions aux problèmes de développement.


Rfi : Oui mais Boni Yayi a dirigé aussi la Boad et il a fait beaucoup depuis 4ans contre les filières mafieuses, contre la corruption. Qu’est ce qui vous distingue de lui ?

 

Abdoulaye Bio Tchané :  Beaucoup de choses. Je crois qu’au niveau des valeurs, au niveau de notre pratique, il y a de très grosses différences et enfin au niveau du parcours personnel de chacun d’entre nous, il y a de très grosses différences. Moi j’ai toujours dirigé les entreprises ou les unités que j’ai eues en charge, et j’ai eu des résultats.

 

Rfi : Vous voulez dire que Boni Yayi n’a pas eu de résultats ?

 

Abdoulaye Bio Tchané :  Au Bénin j’en doute, précisément puisque vous parlez de la lutte contre la corruption et les indicateurs le montrent clairement. Ce gouvernement n’a pas eu de résultats. Vous prenez l’indicateur de Transparency International, le Bénin a reculé dans cet indicateur de 2005 à 2009. Et les Béninois tous les jours se plaignent de toutes les dérives justement mafieuses dont vous avez parlées. Le Bénin financièrement est aujourd’hui littéralement au bord de la faillite. Sur le plan social, le Bénin passe de la pauvreté à la précarité. Et donc je crois que les Béninois attendent beaucoup de leurs dirigeants.


Rfi : Abdoulaye Bio Tchané, vous êtes originaire du nord du pays comme le président actuel. Mais beaucoup disent que Boni Yayi bénéficiera dans le nord de la « primo-sortant » tandis qu’Adrien Houngbédji fera le plein de voix dans le sud. Quel espace politique va-t-il vous rester ?

Abdoulaye Bio Tchané :  Il me restera l’espace politique des Béninois. Parce que voyez-vous, je crois que premièrement les Béninois ont évolué beaucoup plus qu’on ne le pense et ensuite, ils sont aujourd’hui confrontés tous, qu’ils soient du nord comme du sud, à des difficultés auxquelles ils entendent trouver de solutions. Donc, je crois qu’il n’y a pas d’électorat captif comme vous semblez l’indiquer. Moi je me situe comme le candidat de tous les Béninois qu’ils soient du nord comme du sud.


Rfi : Quand on dit vous êtes le troisième homme ça vous gène ?

Abdoulaye Bio Tchané :  Ça me gène pas du tout. Je ne m’en tiens pas aux qualificatifs. Ce qui m’intéresse, c’est les résultats au soir du vote. En ce moment là on verra qui est premier, deuxième ou troisième.

 

Rfi : Il y a deux mois à Cotonou, vous avez rendu une visite discrète à l’ancien président Kérékou pour lui demander son soutien. Qu’est-ce qu'il vous a répondu ?

 

Abdoulaye Bio Tchané :  Non ce n’est pas pour demander le soutien au président Kérékou. Je crois qu’il est assez sage pour donner le soutien à qui il veut. Le président est un homme que je respecte beaucoup, à qui je dois beaucoup puisque c’est lui qui m’a amené au gouvernement et qui m’a mis sur le sentier politique et donc je lui rends visite régulièrement pour échanger avec lui. C’est un homme sage qui s’est retiré, qui ne s’intéresse pas à la politique accrue.

 

Rfi : Et qui, pour l’instant ne dit pas qui va être sa préférence. Est-ce que vous souhaitez avoir son parrainage ?

Abdoulaye Bio Tchané :  Ecoutez, je me satisfais d’aller recueillir sa sagesse de temps en temps. Je pense que c’est largement suffisant.


Rfi : Vous avez mis en place une alliance des partis politiques. Mais c’est tout neuf. Est-ce que vous ferez le poids face à deux grosses machines politiques comme la mouvance Cauris de Boni Yayi ou l’Union fait la Nation d’Adrien Houngbédji ?

 

Abdoulaye Bio Tchané :  Vous savez, j’ai une alliance de partis qui pour certains, date de l’indépendance. L’alliance du président Yayi est une alliance récente aussi. Elle date de moins de six ans et donc le critère sera au finish qui arrive à convaincre les Béninois, qui a la solution à leurs problèmes.


Rfi : Oui mais, tout de même, il faut des militants, il faut de l’argent. Est-ce que vous avez tout cela face à ces deux autres grosses machines électorales ?

 

Abdoulaye Bio Tchané :  Je n’ai peut-être pas l’argent comme vous semblez le dire, mais j’ai comme un certain président l’a dit il y a plusieurs années en France, j’ai quelques idées et je pense que ça fera la différence à l’action.

 

Rfi : A quel président faites-vous allusion ?

Abdoulaye Bio Tchané :  Je pensais à un président français, Giscard d’Estaing, qui disait que la France n’a pas de pétrole mais elle a des idées.


Rfi : Est-ce que vous diriez comme Giscard que vous êtes un libéral ?

 

Abdoulaye Bio Tchané : Non je ne suis pas un libéral. J’emprunte une idée à Giscard. Mais je crois que je suis beaucoup plus équilibré entre les libéraux et les keynésiens. Je crois qu’aujourd’hui en économie on a besoins un peu de temps. Mais on a aussi besoin de libérer toutes les forces et toutes les initiatives du secteur privé.

 

Rfi : En côte d’Ivoire le Président Gbagbo continue de dire « je suis le président élu ». Mais pour vous qui est le président élu de la Côte d’Ivoire aujourd’hui ?


Abdoulaye Bio Tchané :  Ecoutez, la communauté internationale dans son ensemble reconnaît Alassane Ouattara comme le président de la Côte d’ivoire. Je crois qu’il faut s’en tenir à cela. Je crois que c’est aussi bien.


Rfi : La Cédéao envisage si nécessaire une intervention militaire ? Qu’en pensez-vous ?

Abdoulaye Bio Tchané :  Je pense qu’il faut explorer toutes les pistes. J’espère qu’on n’en arrive pas à une solution militaire. Donc j’espère que la solution qui est proposée par les dirigeants soit acceptée par toutes les parties. Je souhaite de tout mon cœur que la paix revienne dans ce pays dans le meilleur intérêt bien sûr du système démocratique qui est en place.

 

Propos transcrits par Chimelle GANDONOU (Le Matin)

 

Source : Rfi