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Réflexion sur l'enseignement



De nombreux membres de l’AADRAD ont assisté à la très intéressante conférence organisée par l’ANPEIP de Lyon le 16/10/2004 intitulée :

« Stratégies pédagogiques pour les enfants intellectuellement précoces »

Les intervenants étaient :
Ø Gisèle et Gérard Monin, enseignants
Ø Pierre Fourneret, pédopsychiatre
Ø Hélène Catroux, psychopédagogue
Ø M. Normann, directeur école La Garanderie, Lausanne
Ø Mme Experton directrice du CEFEM, Lyon
(Jacques Bert ne participait pas à cette conférence mais nous avons particulièrement apprécié son livre « L’échec scolaire chez les enfants dits surdoués »)

Nous avons mis nos notes en commun pour organiser les réponses qui ont été données lors de cette journée à deux questions qui nous intéressaient :
Qu’est-ce qu’un EIP ?
Quelles réponses pédagogiques pratiques apporter à leur spécificité?
Nous nous excusons auprès des intervenants de ne pas citer plus précisément leurs interventions, mais en tant que petite association s’exprimant sur un site internet, le contexte dans lequel nous nous trouvons par rapport aux droits d’auteur ne nous laisse que cette possibilité pour l’instant. Par ailleurs, nous sommes prêts à corriger tout erreur d’interprétation qui nous serait signalée.
Nous avons choisi une approche pragmatique et nous n’avons pas fait de tri entre des informations connues et d’autres plus inédites.


1/ Généralités
EIP ? Aucun terme ne semble parfaitement convenir : Enfant Intellectuellement Précoce, enfant à haut potentiel, surdoué, atypique ? Notons que le terme de précocité peut induire en erreur alors que l’enfant ne perd aucune de ses aptitudes en grandissant et en devenant adulte.
Il ne faudrait pas commettre l’erreur de confondre « enfant à performances scolaires » et « enfant surdoué » et établir une confusion entre réussite scolaire et intelligence. On sait que parmi les adultes brillants il y a des surdoués et bien d’autres. On sait aussi que de nombreux surdoués sont en échec. On pourrait utiliser cette image : c’est comme si on avait toute une boîte de crayons avec des couleurs splendides, encore faut-il faire le geste de les prendre. La capacité n’implique pas la performance.

Certains résument ainsi les caractéristiques de l’élève EIP : un rythme mental rapide, une recherche de sens, de la créativité, un grand perfectionnisme, une très grande sensibilité, le fait d’être souvent atteint de dyssynchronie, la peur de perdre son intelligence au point d’en être émotionnellement atteint au niveau de l’identité.
La question se pose : est-ce que c’est l’enfant EIP qui a un problème ou est-ce que c’est la société ? (et peut-être plus précisément la société française et son école, la France est un pays où la norme est très importante).

On estime qu’il y a 5% d’EIP donc 1 ou 2 par classe. La moitié de ceux qui ne sont pas reconnus sont en échec scolaire.

Ce sont des enfants très lucides, ils savent très tôt qu’ils sont différents. Ils n’aiment pas cette différence. Les uns pensent que c’est le monde qui ne va pas, ils peuvent devenir dissipés ou sombrer dans la rêverie. Les autres pensent que ce sont eux qui ne vont pas et ont des conduites d’auto-mutilation qui peuvent aller jusqu’au suicide (Notons cependant que la douance des filles passe plus inaperçue).

Ces enfants ont besoin d’un soutien particulier pour éviter un gâchis personnel et social dans leur cursus scolaire et sur le plan personnel. S’ils en bénéficient, ils peuvent suivre une scolarité parfaitement normale, ont un comportement banal et n’éprouvent pas de souffrance.

Les enseignants avertis constatent qu’ils posent un problème, qu’ils soient détectés ou non. Etant donné le peu de prise en compte de l’institution, l’ensemble des professeurs devrait peut-être exprimer son ras-le-bol d’avoir à gérer des EIP dans les classes sans bénéficier d’une formation adéquate.


2/ Un fonctionnement intellectuel différent, des problèmes cognitifs :
Leur pensée est divergente, en arborescence : ils traitent une dizaine d’idées à la fois et une dizaine d’idées sur chaque branche. C’est difficile de tout regrouper et on est rapidement hors sujet. Dans ces conditions suivre un cours est difficile.
Ils ont naturellement un raisonnement inductif (intuitif, sans effort, processus divergent) mais ils doivent acquérir le raisonnement déductif (conscient, avec effort, processus convergent) afin d’équilibrer ces deux modes de raisonnement.
Ils traitent l’information en adoptant spontanément un processus analogique (analyse simultanée rapide, capacité illimitée, automatique, contexte libre) plutôt qu’un processus séquentiel (analyse pas à pas, lenteur, capacité limitée, contrôle, cortex frontal, contexte dépendant).

Leur manière intuitive d’aboutir à un résultat peut être un handicap, ils ne peuvent détailler le raisonnement et sont souvent dans l’impossibilité expliquer leur démarche.

On constate à l’IRM que leur activité cérébrale est plus économe, moins de zones du cerveau sont mobilisées.

Pour transformer ces indiscutables compétences en performances ils doivent acquérir les méthodes de travail qui permettront de rééquilibrer leur processus d’apprentissage.

Ils sont réellement capable de faire plusieurs choses à la fois, et ils ont besoin d’être perpétuellement occupés, un enseignant avisé peut donc utiliser cette compétence en leur donnant autre chose à faire pendant le cours ce qui leur permettra d’être moins perturbateurs.

Leur rythme de pensée rapide fonctionne par collision d’images mentales, et fait qu’ils sautent souvent des étapes. Ils remettent ça en ordre à la fin mais se retrouvent quand même avec un texte différent de celui des autres. Le rôle du professeur peut être de leur rappeler de faire attention, de prendre son temps.
Certains ont tendance à partir dans le rêve, la digression.

Une caractéristique curieuse de leur fonctionnement est leur difficulté à comprendre les consignes. Ils peuvent donc être rapidement hors sujet. L’enseignant doit prendre conscience que la consigne doit leur être expliquée en détail pour répondre à toutes les questions qu’elle leur pose.

De même ils ont tendance à prendre tout ce qu’ils entendent au premier degré, au pied de la lettre, décortiquent tout et deviennent tatillons, pinailleurs jusqu’au non-sens (EIP serait alors synonyme d’Enervant, Irritant et Perturbateur)
Heureusement, on peut toujours compter sur leur grand sens de l’humour.


3/ Un développement mal synchronisé
Le phénomène de dyssynchronie qui touche principalement les garçons se manifeste par de la lenteur pour certaines tâches (écriture) une grande maladresse, des cahier mal tenus, des objets qui tombent souvent de leur bureau et un grand agacement parce qu’il faut que ça aille vite pour suivre leur pensée.

On constate qu’il est inutile de leur dire « ralentis ! » il vaut mieux trouver une formulation de ce genre « Laisse à ton intelligence le temps d’être conscient que tu comprends ». Il s’agit de comprendre et non de surfer. On peut leur proposer « Je pense et je parle comme si je dictais à ma main ».

D’autres caractéristiques peuvent être associées au surdouement : dyslexie, dysorthographie, dyscalculie. Certains EIP peuvent être très lents ou/et très désorganisés.

A toutes les difficultés que peuvent affronter les EIP au cours de leur scolarité il ne faudrait pas qu’il n’y ait que la réponse du redoublement. Il faut d’ailleurs se méfier des résultats, un élève en échec peut rebondir très rapidement.


4/ Une affectivité très forte
Ils sont de véritables « éponges à émotions » Une de leur caractéristique est le comportement « bébé » qu’ils peuvent adopter en réaction à une émotion, à quelque chose qu’ils ne peuvent pas comprendre par la pensée.

Ils ne supportent pas les échecs, les injustices. Ils manquent de confiance en eux-mêmes, présentent une grande vulnérabilité, des troubles anxieux de l’adaptation et du comportement, sont volontiers en conflit avec l’autorité, se dégoûtent rapidement s’ils n’ont pas la note escomptée.

Beaucoup fonctionnent à l’affectif, ne travaillent pas si on ne les aime pas. Il est important de leur faire comprendre qu’on les aime même si l’on ne répond pas tout le temps à leurs questions. Mais ils ont besoin de plus d’attention que les autres, c’est indéniable.

Beaucoup ne se laissent pas oublier en classe mais certains au contraire sont muets. Pour une raison qui est passée inaperçue ils se sont éteints. Il y a des surdouement bien cachés. Il faut aller chercher celui qui s’est refermé, il a sans doute interprété avec trop de sensibilité « Tais-toi, il faut laisser parler les autres ! ». Les mots ont beaucoup d’importance pour eux. Leur blocage intellectuel peut commencer à la maternelle, il est très important de l’éviter car il peut aller jusqu’à la déscolarisation et à la marginalisation.

Une chose les inquiète beaucoup : c’est la faillibilité des adultes qu’ils ont tendance à « tester » souvent.

Devant leurs emportements vis-à-vis de l’injustice ou pour la vérité, si on leur dit qu’il arrive qu’on fasse des erreurs et qu’on soit injuste, mais que « c’est comme ça », on désamorce bien des conflits.

Avec eux tout va bien et la seconde d’après tout va mal. Et il est bien possible qu’on ne voie rien d’autre qu’un sourire de politesse.

Il faut avoir à l’esprit leur fragilité, ils ont besoin qu’on leur dise qu’ils ne s’inquiètent pas pour leur avance, ils la garderont et même quand les autres les auront rattrapés ils resteront toujours « différents ».

Ils peuvent devenir excessivement dépressifs surtout si ils ont entendu une phrase du genre : « Tu n’es pas capable de répondre à cette question simple, en fait tu n’es pas si intelligent ». Ils peuvent s’effondrer s’ils se sentent rejetés par un seul enseignant. On les voit souvent à l’infirmerie, ils ont des maladies psychosomatiques. Quand ils sont agressifs c’est qu’ils vont mal, il faut leur poser des questions pour essayer de les tirer d’affaire mais les blocages peuvent être très anciens.


5/ Une relation aux les autres pas toujours facile
Ils sont individualistes, il faut donc que l’enseignant favorise l’entraide.
Ils ont des difficultés d’intégration sociale.

Ils sont fréquemment marginalisé, moqué par les autres, parfois l’enseignant, c’est important d’éviter l’humour contre lui. La phrase qui tue : « attention, taisez-vous, untel réfléchit ».

Ils ont une grande vulnérabilité et courent un risque réel de stigmatisation sociale.

Les enseignants peuvent ne pas apprécier leur manière de les regarder avec des « yeux mitraillette ». Ce n’est pas forcément méchant, il a besoin qu’on le regarde.

Ils sont atteints du « Complexe du saumon » et nagent souvent à contre-courant.
Pour soulager un peu la honte qu’ils ont de leur différence ils ont besoin de se retrouver de temps en temps entre pairs, d’avoir un espace de parole, de réfléchir à des sujets philosophiques par exemple.


6/ Etre hors normes scolaires pose des problèmes
Le jeune EIP monopolise la parole parce qu’il a un besoin plus important que les autres de comprendre.

Il questionne constamment et ça peut être déstabilisant pour l’enseignant, mais il ne faut pas hésiter à assumer sa faillibilité, et à lui faire comprendre qu’on est dans le raisonnement du cours, quitte à le charger de trouver lui-même la réponse à sa question. On peut parfois prendre le temps de rechercher la réponse après le cours, c’est une attitude qu’il apprécie.

Il est hyper tonique, hyper actif, bougeon, trublion, maladroit, bruyant, ses affaires tombent constamment et il est inutile de lui en faire la remarque, il peut très difficilement changer quelque chose. Il a besoin d’avoir du travail. Là il devient très calme et très concentré.

Il résout les problèmes avec des méthodes différentes, inattendues. La stratégie peut être de ne pas refuser sa méthode, de le laisser aller jusqu’au bout et de lui demander ensuite de deviner quelle est celle employée par le professeur.
Il ne sait pas travailler, il se faufile dans le système scolaire jusqu’à ce que ça coince ce qui arrive souvent au lycée. On peut réussir à lui inculquer quelques méthodes mais il ne faut pas être trop ambitieux.

Il n’arrive pas à se représenter ce que l’école attend de lui. Il est nécessaire de lui expliquer l’implicite des consignes (apprend ta leçon avant de faire l’exercice). Mettre en place une méthodologie de travail et faire en sorte que la tâche ait un début et une fin.

Il a une haute idée de lui-même, c’est difficile de lui montrer qu’il faut changer quelque chose à sa manière d’agir.

A l’inverse il faut parfois restaurer sa confiance : « Je n’ai pas compris ». « Faisons l’inventaire de ce que tu as compris ».

Il y a souvent un gros problème avec l’apprentissage « par cœur » pour lequel il a le plus grand dédain : « C’est bon pour les ordinateurs. Lui dire qu’il vit en 2004, de nombreuses personnes l’ont précédé et se sont penchés sur ces problèmes. Ils lui ont fait ce cadeau, lui, il ira plus loin et s’appuyant sur ce qu’ils ont découvert.

« Je suis nul ! » Si c’est en orthographe on peut lui suggérer de trouver une stratégie pour améliorer son orthographe… Sinon on peut lui dire : donne-toi la liberté d’être créatif, protége-toi de l’institution, reste dans le système, entretiens ton estime de toi.

Pour l’aider à surmonter son problème de mémorisation on peut lui conseiller de se mettre en projet, d’imaginer un avenir. Bien préciser qu’il a besoin d’apprendre et que « j’ai compris » n’égale pas « je sais ». Lui permettre de découvrir que l’acte de mémorisation peut devenir un plaisir, certains sont contents de découvrir leur capacité à « archiver ». On peut faire une grande partie du travail de mémorisation pendant le cours et le soir prendre un temps pour se redire mais il faut absolument une étape où l’on s’assure d’avoir bien archivé.

Au moment de la restitution il lui arrive d’être paralysé quand il ne retrouve pas ce qu’il a en mémoire. Lui faire prendre conscience qu’il suffit de se calmer, de faire autre chose, d’avoir confiance pour que ça revienne. Il est bon de le préparer mentalement pour le contrôle, lui suggérer d’imaginer à l’avance les circonstances, il doit être sûr de lui, éviter les digressions.

Certains ont besoin d’être dans le mouvement sous peine de paralysie mentale, leur permettre de chercher, leur proposer de faire de l’entraide pédagogique.
La recherche de sens est fondamentale pour lui. Il ne peut pas se mettre dans une tâche qui ne fait pas sens. Lui dire de mettre sa question en stand by pour l’instant, utiliser une pédagogie qui le mette en dynamique de questionnement.
Pour lui ne plus comprendre c’est se retrouver sans GPS en plein désert. Qui peut répondre à la question ?

Il a un très grand besoin de créativité, proposer une approche créative chaque fois que c’est possible le mettra dans de meilleures conditions d’apprentissage. Une pédagogie qui met l’enfant en situation de chercheur est particulièrement bien adaptée à son profil. On peut aussi l’aider à inventer des exercices pour les autres quand il a terminé avant eux, le mettre en situation de pédagogue…
Pour ce qui est de l’orientation : ne pas trop se fier à ce qu’ils disent. Ils sont malheureux parce qu’ils ne seront jamais comme les autres. Mais il faut qu’ils aient un projet même vague ou irréaliste. Après le lycée la fac semble bien leur convenir, ils montent petit à petit affinent leur orientation et souffrent moins qu’en classe prépa.


7/ Un comportement qui peut poser problème pendant l’enfance,
Il recherche la discussion avec l’adulte, se mêle de tout, même à 4 ans parce qu’il se voit comme un adulte. Accepter avec humour, arriver à lui faire comprendre qu’il est un enfant.


8/ Un comportement difficile pendant l’adolescence
Il peut être meneur, chahuteur ou plein d’humour et de bonne volonté, sensible et humble en fait. Il vaut mieux ne pas rechercher le combat : « Je suis simplement là pour vous aider, je suis le professeur mais je ne suis pas l’adjudant ».
Il a un problème avec l’effort. L’intelligence marche toute seule, quand ça ne suffit plus on a l’impression qu’il s’agit d’une panne. Ça génère colère et angoisse. Il est indispensable de s’entraîner à l’effort sinon l’effondrement est fréquent en seconde.

Il a fréquemment du ressentiments vis-à-vis de l’intelligence qui lui complique la vie. Pour le réconcilier avec son intelligence il faut lui apprendre à la connaître. Utiliser la gestion mentale : le codage, le projet…

Il est tiraillé entre le « je dois » et le « je m’en fiche ». On peut lui dire : « si tu veux avoir la note que tu mérites qu’est-ce qui est incontournable ? ».

Il a horreur de perdre du temps, horreur qu’on lui demande de rendre compte par écrit. On peut lui dire « Tu as le droit de ne pas apprécier cette contrainte mais il y a une réalité de la vie »

Il ne veut pas faire ce qu’il juge sans intérêt. On peut essayer cet argument : « Ce n’est pas parce que tu rentres dans un système que tu vas perdre ton identité. ». On peut lui proposer de créer une case « Bac » dans son cerveau où il pourra entreposer les notions utiles à cet examen et ne pas polluer le reste.
Il a un problème avec les codes. Montrer que le code est un facilitateur de communication mais qu’il ne va pas lui enlever son identité.

(Mon Dieu ! J'ai encore tous ces défauts et j’ai largement passé l’âge de l’adolescence, que faire ? ! Note de la rédactrice)


9/ Que faire ?
La précocité est une source de difficultés relationnelles : de part des sollicitations et un questionnement incessants, une forte indépendance d’esprit et une grande empathie, beaucoup de perspicacité et des fulgurances, beaucoup d’émotions, une angoisse vive de décevoir (culpabilité), la possibilité de perdre l’estime de soi et le fait d’être une caisse de résonance pour les évènement dramatiques du monde.

La transmission du savoir dans les conditions habituelles : je sais – tu écoutes – dans un lieu donné – à un moment donné, provoque une crispation sur le rapport de force. C’est une source de difficultés et de confrontations : le syndrome EIP.

L’enfant a bien plus besoin de modèles que de connaissances, il a besoin de coaching mental, il a besoin de renforcer le raisonnement déductif (par exemple par la discussion socratique), il a besoin que l’on sollicite son sens de l’engagement, de l’effort (actions conatives) et enfin que l’on sollicite son écoute et son empathie.

Le coaching c’est aider la personne jusqu’à ce qu’elle marche toute seule. (Une réflexion en passant : l’afflux d’élèves étrangers dans les classe et la très grande hétérogénéité des élèves montre que la mise au point d’une réelle pédagogie différenciée est un besoin de plus en plus grand.)

La précocité doit s’exprimer scolairement. Il faut les laisser vivre comme ils sont en évitant surtout le blocage. Il faut qu’ils aillent à leur vitesse de réflexion, s’ils stagnent ils s’ennuient, 6 heures par jour toute l’année ça les décourage. On peut envisager de sauter une classe : 5ème ou 4ème en collège mais le mieux est que la pédagogie employée leur permettent de travailler vite et ensuite d’approfondir.

Le mieux serait des classes doubles ou même triples (5ème/4ème en 1 an), scolarité au collège en 3 ans et un envoi à l’étranger pendant une année qui leur permette de rattraper la classe d’âge.

Des jeunes précoces peuvent se bloquer et décrocher au lycée par exemple. Si ça va mal la déscolarisation est préférable pendant 1 semaine, 1 mois, 3 mois, Une durée plus longue parait engendrer des difficultés. Il y a le CNED mais il vaut mieux que ça ne dure pas.

Les parents peuvent demander une aide spécifique. On peut demander un « Projet Educatif Individualisé » qui permette de définir des priorités éducatives pour l’enfant. Le projet est élaboré en commun par les familles, les enseignants, les professionnels.

On peut essayer de repérer rapidement ces élèves, les regarder d’une autre façon et éventuellement mettre en place une aide psychologique et pédagogique (méthodologique).

Il est nécessaire qu’il y ait une solidarité parents/enseignants.

Pour les cas les plus problématiques il existe une école privée spécialisée en Suisse : l’école La Garanderie à Lausanne. On détermine avec l’élève un plan de travail pour l’année, le travail est individualisé à l’aide de fichiers auto-correctifs. Il y a des modules, des tests, la progression se fait en fonction du rythme. Des documents d’aide très divers sont proposés pour donner un choix. Le sens du programme est très explicité. On utilise beaucoup la philosophie : le sens de la vie est étudié très tôt à travers les figures des différentes religions, l’éthique dans l’art et la musique, l’histoire des idées. Les élèves participent à des ateliers d’écriture, des ateliers littéraires, on s’occupe d’animaux. L’école se propose désormais de confier aux EIP le problème de répondre à la demande pédagogique particulière des EIP, les jeunes s’intéressent beaucoup à ce projet. Donc, à suivre ! Nous attendons avec intérêt leurs propositions.

D’un point de vue médical, la précocité n’est pas une affection morbide.

L’identification précoce est à double tranchant.

Les très hauts QI présentent le plus de risques (exemple John Nash : économiste dont la vie est racontée dans le film : « Un homme d’exception ») est-il quelqu’un de très particulier ou la société a-t-elle beaucoup de difficultés à lui faire une place ?

Parents : leur enfant est un prolongement narcissique. Il peut être un objet d’idéalisation dont ils attendent une satisfaction narcissique : performances…


Remédiation proposée par le CEFEM :
La remédiation ne doit pas être une béquille, 5 ou 6 séances dans l’année suffisent, l’élève vient avec un objectif précis, s’en va quand la tâche est réalisée.
Le but : transformer le regard très dur qu’il a sur lui-même.

Lui apprendre ce qu’on attend de lui : son métier d’élève.

Puis lui apprendre ce qu’il a à faire.

Lecture de la liste des attentes de tous les profs en début d’année.

Lecture précise de la totalité de ses copies dans toutes les disciplines et évaluation :
Comment structure-t-il ses connaissances ? Est-il capable de prendre des informations pour faire ce qu’on attend de lui ?
Comment prend-il en compte les consignes ?
Comment fait-il le lien entre ce qu’il sait et ce qu’on lui demande ?
Comment met-il sur le papier ce qu’il a dans la tête ?
Demande : Tous les soirs prend une feuille et, pour le cours où il y a le plus de contenu, note le sujet du cours au centre, le plan, 3 ou 4 mots-clefs. Ensuite tu ouvres le cahier, le livre, tu corriges éventuellement et tu rajoutes ce qui manque.
Chaque cours doit laisser une trace le soir même : utiliser ce schéma heuristique.

Il permet d’apprendre à organiser. On peut toujours compléter, rajouter des digressions pourvu qu’il y ait un lien logique. En fait, c’est reconstruire quelque chose de nouveau avec les éléments du cours. Un peu de créativité dans le travail quotidien.

Ca doit être fait le soir même ainsi que le travail donné dans la journée. Même le vendredi soir.

Ensuite il faut faire une traduction, une reformulation. Le schéma doit être traduit en phrase. Puis on passe à l’écrit.

Pour progresser, avoir de petite exigences : en orthographe ne plus oublier de s, puis plus de s en trop, puis les participes passés, etc… on traque une faute et elle seule dans tous les écrits. Tâche clairement identifiée : « il y a 5 fois la faute dans cette page ».

Le schéma heuristique est une bonne stratégie pour les EIP : toujours fini, jamais fini, rien n’est hors sujet, il permet la pensée divergente, la digression, dans son cerveau c’est toujours logique, il favorise l’enrichissement.


Je ne trouve pas de conclusion pour l’instant. Cette conférence a été un moment très fort pour nous, nous espérons qu’elle aidera à la réflexion pour que les problèmes que rencontrent les EIP dans l’enseignement trouvent une solution heureuse dans un avenir pas trop lointain.
La rédactrice : Gloria